Le problème de la « latinité »

On pourrait néanmoins faire l’objection suivante : « C’est bien beau, mais que devient la latinité dans tout cela ? Ne sommes-nous pas méditerranéens et latins ? L’origine de notre peuple et l’esprit de notre civilisation ne sont-ils pas, comme tout le monde le reconnaît, latins ? » Ce mythe latin, sinon sous la forme de la « fraternité latine » et de la fondamentale unité d’esprit et de sensibilité des peuples latins, dont les événements récents ont montré la très relative solidité, du moins au sens où la civilisation italienne appartient à la « latinité », conserve encore une certaine force dans de nombreux milieux, surtout chez les universitaires et les intellectuels et n’est pas non plus étranger à l’esprit de l’enseignement scolaire actuel. En vertu de ce mythe, on insiste particulièrement sur l’antithèse qui, malgré tout, existerait entre notre peuple et les autres et sur l’impossibilité qui en résulte d’une entente qui ne serait pas dictée par des intérêts politiques communs.
Ce raisonnement témoigne d’une incompréhension totale de la question, qui vient du fait que l’on répète machinalement et sans réfléchir des tournures et des phrases toutes faites. Que faut-il donc entendre exactement par le mot de « latinité » ? A quel domaine s’applique-t-il ?
Nous avons souligné intentionnellement que le mythe latin est cher aux milieux universitaires et intellectuels. En réalité, le mot de « latin » et le concept de « civilisation latine » n’ont de sens que sur les plans esthétique, « humaniste » et littéraire, dans le monde des arts et de la « culture » dans le sens le plus superficiel. Ici, le mot de « latinité » est considéré comme étant plus ou moins synonyme de « romanité » : il se réfère aux éléments de la civilisation romaine qui se conservèrent plus ou moins chez les peuples qui vivaient dans l’empire romain et qui, soumis à l’action culturellement formatrice de Rome, adoptèrent sa langue, le latin.
Si l’on voulait se donner la peine d’examiner les choses d’un peu plus près, on se rendrait vite compte que cette « latinité », simple écho de la civilisation gréco-romaine, est quelque chose de superficiel. Nous dirions presque que c’est un vernis, qui s’efforce en vain de cacher des différences spirituelles et ethniques qui, comme nous l’a montré encore l’histoire récente, peuvent se traduire par de violents antagonismes. Cette unité, comme nous l’avons dit, ne subsiste que dans les arts et les lettres, sans compter que ceux-ci sont conçus d’un point de vue humaniste, pour lequel la Rome antique, héroïque et catonienne ne cachait pas son mépris. Elle subsiste aussi dans la philologie, même si elle a été remise en question depuis que l’appartenance de la langue latine au grand tronc des langues aryennes et indo-germaniques a été établi indiscutablement ; il a également été établi que, du point de vue du vocabulaire, de l’articulation et de la syntaxe (notamment les déclinaisons), l’ancienne langue latine est plus proche de l’allemand que des langues romanes. Donc, pour dire les choses comme elles sont, cette fameuse « latinité » ne concerne aucune des formes réellement créatrices et originales propres aux peuples qui sont censés y avoir appartenu. Elle ne concerne que la façade – non l’essentiel, mais l’accessoire. Par ailleurs, il serait nécessaire d’examiner une bonne fois d’un point de vue raciste la signification de ce monde classique dont serait issue la « latinité » et auquel les « humanistes » vouent un culte quasi superstitieux.
Ce n’est pas ici le lieu d’aborder ce problème : nous dirons simplement que ce « classicisme » est un mythe du même acabit que celui des « Lumières », suivant lequel ce n’est que grâce aux « conquêtes » de la Renaissance et à leurs conséquences, l’encyclopédisme et la Révolution française, que serait née, au sortir des « ténèbres » du « Moyen-Âge », la « vraie civilisation ». Cette mentalité rationaliste et esthétisante apparaît aussi dans le mythe « classique », En fait, qu’il s’agisse de Rome ou de la Grèce, ce que la plupart des gens considèrent comme « classique » est une civilisation qui, en dépit de sa splendeur apparente, bien faite pour séduire une race « aphrodisienne », nous apparaît, sous plus d’un aspect, comme décadente ; c’est une civilisation qui vit le jour à l’époque où le cycle précédent, auquel appartenait la civilisation héroïque, sacrale, virile et proprement aryenne de l’Hellade et de la Rome des origines – arrivait à son terme.
En revanche, il est important de noter que, lorsque nous nous referons à ce monde des origines, créé par des races « solaires » et « héroïques », le terme de « latin » prend un tout autre sens, qui retourne le mythe que nous avons mentionné au début. Nous nous contenterons d’évoquer certains des résultats des récentes recherches sur les races et les traditions de l’Italie préhistorique et préromaine. Originairement, le mot de « latin » désignait une ethnie dont la parenté spirituelle et raciale avec le groupe des peuples nordico-aryens n’est contestée par aucun auteur sérieux. Les Latins constituaient une branche, qui avait poussé jusqu’à l’Italie centrale, de cette race, qui pratiquait la crémation, alors que les tribus osco-sabeliennes pratiquaient l’inhumation, qui est clairement liée aux peuples méditerranéens pré-aryens, ou asiatico-méditerranéens non aryens. Ces « Latins » occupaient certaines régions de l’Italie longtemps avant que ne s’y installent les Étrusques et les Celtes.
Parmi les plus anciennes traces laissées par les souches dont furent issus les Latins figurent notamment celles qui ont été découvertes récemment dans le Val Camonica. Ces traces correspondent significativement aux traces que laissèrent à la préhistoire les races aryennes primordiales, que ce soit les races nordico-atlantiques (civilisation franco-cantabrique de l’homme de Cromagnon) ou les races nordico-scandinaves (civilisation de Fossun). Les symboles sont tous ceux d’une spiritualité solaire, le style est le même et il n’y a aucun de ces signes de religiosité tellurico-démétrienne qui sont propres aux civilisations méditerranéennes non aryennes ou à celles de la décadence aryenne, comme la pélasgienne, la crétoise et, en Italie, l’étrusque ou celle de Maiella.
On peut constater aussi des affinités entre les vestiges du Val Camonica et la civilisation dorienne, qui est celle des peuples qui, venus du Nord, s’établirent en Grèce et fondèrent Sparte et qui est caractérisée par le culte d’Apollon en tant que dieu solaire hyperboréen. En réalité, comme l’ont établi les travaux d’Altheim et de Trautmann, la migration des peuples dont sortirent les Latins et qui eut pour couronnement la fondation de Rome ressemble en tous points à la migration dorienne, qui, en Grèce, donna le jour à Sparte. Rome et Sparte sont des manifestations correspondant à des races du corps et des races de l’esprit semblables, qui sont elles-mêmes spécifiquement liées à des races nordico-aryennes.
Quand nous parlons de la première romanité et de Sparte, nous sommes dans un monde de forces à l’état pur caractérisé par un ethos strict et une maîtrise incontestablement virile et dominatrice, monde qui ne survécut guère dans cette civilisation « classique » dont on voudrait que soient issues la « latinité » et l’« unité de la grande famille latine ».
Si, au contraire, le mot de « latin » est pris dans son sens originaire, la thèse de la « latinité » s’inverse. La « latinité » originelle, véritable, qui correspond à ce qui était vraiment aryen dans la grandeur romaine, se rapporte à des formes de vie et de civilisation qui, loin de s’opposer à celles que les races nordico-germaniques devaient manifester plus tard, face à un monde en décadence qui, plus que « latin », était désormais « roman » et plus moins byzantinisé, y ressemblent. Sous son brillant, la soi-disant « latinité » renfermait des forces hétérogènes qui ne pouvaient former un tout qu’aussi longtemps qu’elles n’étaient confrontées qu’à quelque chose d’aussi dérisoire que le « monde des arts et des lettres ».

Julius Evola, Indirizzi per una educazione razziale, traduit de l’italien par B. K.

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Autour du 20 juillet 1944 (3)

Les coteries. Leurs tentatives de coup d’État et leurs actions

Les opposants étaient désormais divisés en deux grandes coteries : l’une – la plus nombreuse – se bornait à la critique négative habituelle des mesures introduites par le nouveau système, au colportage de toutes sortes de rumeurs et de bobards et à des disputes mesquines avec les fonctionnaires du Parti et des organisations du Parti. Dans certains cas, il se forma des groupes d’opposants qui passaient leur temps à réfléchir à une multitude de plans pour entraver ou combattre effectiivement le système, sans jamais passer à l’action.
Dans l’ensemble, toutes ces tentatives ne présentèrent aucun danger pour le système et ne causèrent aucun préjudice à l’État. Certes, il aurait mieux valu que ces groupes se livrent à une critique positive ou tirent le « signal d’alarme » avec prudence dans l’intérêt de la patrie. Mais, dans tout État,, le gouvernement doit s’attendre à ce qu’une certaine partie de la population adopte une attitude négative à son égard, sans pour autant qu’elle mette en péril la survie du système de gouvernement en question.
L’autre coterie, bien qu’inférieure en nombre, exerça une influence beaucoup plus grande. Elle était composée de politiciens influents et de militaires de haut rang qui soit étaient déjà retirés du service actif et avaient donc soif d’action, soit étaient toujours en poste et, parce qu’ils souffraient d’un manque de reconnaissance, se tournaient vers l’activité politique. C’est dans ce cercle que se forma un petit groupe de personnes qui prirent une part active à l’opposition. En ce qui concerne les politiciens, il s’agissait du secrétaire d’État E. von Weizsäcker, des frères Kordt Schacht, Erich et Theo (le premier occupait un poste clé au ministère des Affaires étrangères, le second à l’ambassade d’Allemagne à Londres), de Schacht et du Dr Karl Goerdeler ainsi que de l’ancien officier de la Gestapo H. B. Gisevius, du Dr Josef Müller et de l’ancien ambassadeur d’Allemagne à Rome von Hassel ; les militaires étaient les deux officiers d’état-major Beck et Halder, le chef de l’Abwehr, l’amiral Canaris et son bras droit, le major-général Oster ainsi que Fabian von Schlabrendorff, le major-général von Tresckow et le colonel comte von Stauffenberg.
Le domaine des affaires intérieures ne pouvait pas leur servir d’exutoire, car la méthodologie révolutionnaire nationale-socialiste ne permettait guère d’y gagner des lauriers, si l’on ne voulait pas se contenter de tirer sobrement le « signal d’alarme ». Le seul domaine où ils pouvaient réellement nuire au système, à savoir Hitler, était celui des affaires étrangères et c’est ce domaine qu’ils choisirent pour mener leur action. L’autre avantage que présentaient pour eux les affaires étrangères était que « les masses n’y entendaient rien » et qu’il était réservé à un cercle exclusif d’hommes triés sur le volet. Ceux-ci considéraient leurs activités d’autant plus importantes que, à leur avis, les affaires étrangères étaient incompréhensibles non seulement aux « masses », mais aussi au gouvernement élu par ces « masses » (le peuple). Hitler, comme le joueur de flûte de Hamelin, pouvait inciter une majorité « irréfléchie » à lui donner ses voix, mais il en fallait plus pour conduire les affaires étrangères. Eux seuls étaient nés et qualifiés pour le faire ! Eux, l’élite ! Et comme il y avait quelque chose qui s’appelait la conscience et qu’elle se rappelait à eux de temps à autre, on avait créé les concepts de « paix mondiale » et d’« humanité », au nom desquels on pouvait faire des choses que l’on n’aurait jamais pu faire dans l’intérêt de la patrie.
Le principe directeur de ces messieurs était contenu dans la confession suivante, qui fut faite par le meilleur « expert » du cercle des conspirateurs, l’ancien secrétaire d’État au Affaires étrangères, von Weizsäcker, dans ses mémoires et dont il faut bien peser chaque mot : « Respectivement avant et pendant la guerre, je me suis toujours senti moralement tenu et obligé d’agir dans le dos de Hitler et de Ribbentrop pour transmettre à l’adversaire politique potentiel des informations politiques de nature à empêcher la guerre d’éclater ou de s’élargir, que ces informations aient été des secrets politiques ou non. Mon objectif était d’empêcher l’ennemi potentiel de devenir un ennemi effectif. »
Les « ennemis effectif » n’ont vraiment pas été gentils de le remercier de son aide précieuse et désintéressée par sept ans d’emprisonnement et il est dommage que le destin ne l’ait pas laissé vivre assez longtemps pour « savourer » le « succès » de ses entreprises. C’est ce qui arrive parfois quand on confond l’« époussetage » avec le « ponçage ».
En plus de conspirer en politique étrangère, ils travaillaient à leur autre grand projet : libérer le plus tôt possible par un petit meurtre le peuple allemand du Führer, qui étalait quotidiennement son incompétence en matière de politique intérieure et étrangère et qui, de toute évidence, ne songeait qu’à plonger le plus vite possible un monde pacifique et altruiste dans la guerre. Je m’abstiendrai de décrire leurs préparatifs en détail, car, Dieu merci, il existe de nombreux ouvrages sur ce sujet, où les héros se vantent de leurs actes. Il convient de remercier Monsieur Gisevius d’en avoir écrit un au risque de « faire perdre leur statut de héros à certains des protagonistes ».
Le chef de la conspiration était le chef d’état-major lui-même, Ludwig Beck qui avait démissionné en 1938 parce qu’il ne pouvait pas supporter Hitler, ce « caporal mégalomane». Il n’avait pas apprécié que ses mémorandums politiques tendancieux n’aient pas retenu suffisamment l’attention (14). Comme il ne pouvait pas « rester dans la place », il eut vite soin de se trouver un successeur en la personne de Franz Halder. Il en résulta des projets détaillés de coup d’État et toutes sortes d’initiatives en matière de politique étrangère, qui sont résumés ci-dessous de la manière la plus claire et la plus concise :

En temps de paix:

1. Au cours de l’été 1938, le général Beck, alors chef d’état-major général, de concert avec son successeur, le général Franz Halder, le secrétaire d’État von Weizsäcker, le Dr. Karl Goerdeler, l’amiral Canaris et le colonel Oster, préparèrent un coup d’État pour la mi-septembre. Pour essayer d’obtenir de l’aide auprès de l’étranger, Beck informa le gouvernement britannique du plan et de ses grandes lignes. En août 1938, après une discussion avec Canaris, Beck envoya l’ancien chef de l’Union conservatrice, Ewald von Kleist-Schmenzin, en mission à Londres. Du 19 au 24 août 1938, Kleist y eut plusieurs entretiens avec Sir Robert Vansittart qui en rendit compte au gouvernement anglais. Il s’entretint également avec Lord Lloyd et Winston Churchill. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général Halder, le Dr Rud. Pechel et le Dr Hans-Bernd Gisevius et, du côté britannique, M. Jan Colvin (maison d’édition Gollancz, Londres) et Lord Halifax. Il est également confirmé par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich ainsi que par les informations qu’il fournit à l’auteur du livre « Gespräche mit Halder ».
2. Le 5 septembre 1938, le secrétaire d’État von Weizsäcker chargea le docteur Theo Kordt, chargé d’affaires à Londres, d’informer le gouvernement britannique que le coup d’État aurait bien lieu. Le message fut transmis par Susanne Simonis. L’ordre fut donné dans la nuit du 5 au 6 septembre 1938 lors d’une réunion secrète entre le Dr Kordt et le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Halifax. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le Dr. Theo Kordt, Susanne Simonis (actuellement au Département d’État à Bonn), le Dr. Erich Kordt et, du côté britannique, Philipp Conwell-Evans et. Lord Halifax. Il est également confirmé par le Dr Kordt dans « Nicht aus den Akte » et par le secrétaire d’État von Weizsäcker dans « Erinnerungen ».
3. Peu avant l’exécution du projet de coup d’État, vers les 12 et 13 septembre 1938, le chef d’état-major général, le général Halder, chargea son confrère, le lieutenant-colonel Hans W. Boehm-Tettelbach, de se rendre à Londres pour en informer à nouveau le gouvernement britannique et lui demander son aide. Le message fut transmis à sir Robert Vansittart. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le Général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart. Il est également confirmé par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich.
4. Au cours de l’été 1939, le lieutenant-colonel Hans Boehm-Tettelbach fut à nouveau envoyé en mission à Londres par Halder et Canaris. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart ainsi que M. Jan Colvin.
5. Quelques semaines plus tard, vers août 1939, un autre officier d’état-major, le général comte Schwerin, se rendit à Londres, chargé de la même mission. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart ainsi que M. Jan Colvin.
6. En décembre 1938, le Dr Schacht informa Montagu Norman, président de la Banque d’Angleterre, de l’avancée des préparatifs du coup d’État et en particulier de la posture des généraux [allemands]. Le rapport fut soumis au gouvernement britannique. De ce fait furent témoins le Dr Schacht et le Dr Gisevius.
7. En août 1939, comme il l’avait déjà fait en 1937 et 1938, le Dr Goerdeler se rendit à Londres pour négocier avec des responsables du gouvernement britannique le soutien de la Grande-Bretagne au coup d’État. La preuve en fut apportée par Georg Alexander dans son article du Hannoversche Presse du 18 juillet 1947 intitulé « Entschleierter Mythos » et par le livre de Hans Rothfels « Die deutsche Opposition gegen Hitler ».
8. A la fin d’août 1939, Fabian von Schlabrendorff, auteur d’« Offiziere gegen Hitler », informa Winston Churchill et Lord Lloyd à Londres de la situation politique en Allemagne et des possibilités de coup d’État. Que Winston Churchill était au courant des projets de coup d’état de l’état-major allemand fut prouvé par son discours radiophonique du 17 octobre 1938 (cité par le Times le 17 octobre 1938, p. 16) ainsi que par Fabian von Schlabrendorff et Hans Rothfels dans l’ouvrage susmentionné.

En temps de guerre

9. En octobre 1939, le secrétaire d’État von Weizsäcker muta le Dr Theo Kordt à l’ambassade d’Allemagne à Berne, avec mission expresse de prendre contact avec un homme de confiance de lord Halifax. Cet homme était M. Conwell-Evans. Ce fait fut certifié, du côté allemand, par le Dr Theo Kordt, le Dr Gisevius et, du côté britannique, par M. Philipp Conwell-Evans et fut relaté dans « Nicht aus den Akten » du Dr. Kordt.
10. Au cours des mois de février et de mars 1940, l’ambassadeur Ulrich von Hassell prit contact avec un intermédiaire de Lord Halifax à Arosa, en Suisse. L’intermédiaire était le gendre italien de von Hassell. Von Hassell en apporta la preuve dans « Vom anderen Deutschland ».
11. Au printemps 1940, un certain Dr Josef Müller, par ordre de Canaris et de Halder, prit contact avec un homme de confiance du gouvernement britannique à Rome. « Par son intermédiaire, il fut mis en contact avec Osborne, l’envoyé britannique au Vatican, puis avec Lord Halifax », commente Hans Rothfels, historien de l’opposition. Les discussions et les négociations portèrent sur le coup d’État en Allemagne et visèrent à obtenir l’accord du gouvernement britannique. Cet accord fut donné sous la forme du « rapport X », qui fut transmis au général Halder qui le transmit à son tour au général von Brauchitsch qui, selon le témoignage de Halder au procès devant la chambre de jugement, qualifia ces activités de « haute trahison ». De ces activités furent témoins le général Halder et le ministre de la Justice Dr. J. Müller. Elles furent relatées dans. le livre de Jan Colvin « Chief of Intelligence » (Gollancz) et confirmées par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich.

Il y eut bien d’autres projets et tentatives d’assassinat contre Hitler et les membres de son entourage (*). Il convient de mentionner ici l’offre que firent des généraux allemands [aux alliés] de « liquider » 300 000 nazis en deux semaines, s’ils s’engageaient à ne pas occuper l’Allemagne. Sir Samuel Hoare en témoigne dans « Gesandter dans la mission besonderer ».
Ces « politiciens de bon sens » partaient de l’idée simple que l’Angleterre, le moment venu, ferait preuve de fermeté envers Hitler et même lui ferait la guerre. Ils pensaient même que l’Angleterre ferait preuve de fermeté envers Hitler pour le forcer à démissionner et donc les amener, eux, les « meilleurs Allemands », au pouvoir. Ils se trompaient, car ils n’obtinrent pratiquement que des compensations négligeables et d’insignifiants témoignages de gratitude.
A cet égard, il convient de rapporter un récit que donne un des principaux protagonistes, von Schlabrendorff, dans son livre « Offiziere gegen Hitler » : « Avant la guerre, je suis moi-même allé en Angleterre, où j’ai rendu visite à Lord Lloyd, avec qui j’entretenais de nouveau des relations suivies grâce à un membre de notre groupe. Je lui avais annoncé que le déclenchement de la guerre était imminent et qu’il devait être provoqué par une attaque contre la Pologne, quelles que soient les propositions de médiation qui seraient faites. Par ailleurs, je lui avais dit que les efforts de l’Angleterre en Russie seraient contrariés par la conclusion imminente d’un traité entre Hitler et Staline. Hitler voulait assurer ses arrières par ce traité..Lord Lloyd m’a autorisé à transmettre les deux informations à Lord Halifax, alors ministre de l’Intérieur. Je n’ai pas hésité. Au même moment, j’ai eu un entretien à ce sujet avec Winston Churchill. Il a eu lieu dans son domaine. J’ai engagé la conversation par ces mots : « Je ne suis pas un nazi, mais un bon patriote », un sourire est apparu sur son visage rond et il m’a dit : « Moi aussi. »
Et celui-ci, de M. Gisevius : « Pour montrer à quel genre de dangers s’exposaient les hommes responsables à cette époque, je ne prendrai qu’un cas, qui a fait beaucoup de bruit dans les rangs de la Résistance. D’un lieu neutre l’ambassade de Belgique recevait continuellement des avertissements au sujet d’une invasion imminente. Le diplomate concerné envoya à son gouvernement un télégramme d’une candeur stupéfiante, qui expliquait en substance pourquoi il ne fallait pas accorder foi à cette information. Elle émanait d’un haut gradé, ce qui laissait supposer qu’il s’agissait d’un leurre, car, dans le cas contraire, le messager était un traître. »

Friedrich Lenz, Der ekle Wurm der deutschen Zwietracht : Politische Probleme rund um den 20. Juli 1944, chap. 3, Selbstverlag, 1952, traduit de l’allemand par B. K.

(14) par exemple, lorsque Hitler a demandé à Beck s’il croyait vraiment que l’armée française était supérieure à l’armée allemande, il lui a répondu, se fondant sur ses quarante années d’expérience militaire, que, en cas de guerre, l’armée française « ne ferait qu’une bouchée de l’armée allemande ».
(*) Près de cinquante attentats ou tentatives d’attentat, dont aucun sous fausse bannière, sont recensés et documentés dans « Killing Hitler: The Plots, the Assassins, and the Dictator Who Cheated Death » (Bantam Books, 2007) de Roger Moorhouse.

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La Fabian Society

La Fabian Society a toujours implicitement
reconnu le principe de l’égalité des chances
entre les hommes et les femmes et a récemment
reconnu formellement leurs droits égaux à la
citoyenneté. Il est donc légitime que la Fabian
soit la première société à essayer de définir
définitivement la relation intime entre les
deux mouvements les plus vitaux de notre époque,
le socialisme et l’émancipation des femmes.

Le groupe des fabiennes aux membres de la Société (=)

Le public français a entendu parler pour la première fois de la Fabian Society dans la Revue des Deux mondes, à qui il a suffi de consulter ses écrits pour connaître son objectif : « [la] destruction lente de tout ce qui existe en vue d’un renouvellement du monde économique et moral… » ; son programme : « … la réorganisation de la société par l’émancipation de la terre et des capitaux industriels, qu’il faut retirer des mains des propriétaires et des individus, afin de les mettre à la disposition de la communauté pour le profit général » ; sa tactique : « … vous devez temporiser avec cette inébranlable patience que Fabius a montrée dans sa guerre contre Annibal, n’ayant aucun souci de ceux qui blâmaient sa lenteur. Mais quand le moment sera venu, vous devrez frapper fort, toujours comme l’a fait Fabius, sans quoi votre patience aura été vaine et restera sans fruit. » ; sa composition : « [des] socialistes » (i).
L’année suivante, dans sa livraison de novembre, la Revue de Lille, « dirigée par une équipe de professeurs des facultés catholiques », après un bref historique de la formation de la Fabian Society, en détaillait quelque peu le programme et la tactique : « « Elle a pour but la réorganisation de la société par l’émancipation du capital terrien et industriel, qu’elle voudrait ôter à la propriété privée et attribuer à la communauté pour le bénéfice de tous. » Conséquemment la Société travaille à l’extinction de la propriété privée terrienne et de l’appropriation individuelle, qu’elle se fasse sous forme de loyer, ou de toute somme exigée pour l’usure du sol. « La Société travaille en outre à faire transférer au sein de la communauté l’administration du capital industriel qui pourra être employé au bénéfice de la société. » Si ces mesures sont exécutées sans compensation (bien que la communauté puisse, si elle juge bon, accorder aux individus expropriés tel secours qu’il lui semblera bon) les loyers et les intérêts supprimés viendront augmenter le salaire du labeur ; les classes oisives qui vivent aux dépens des autres disparaîtront nécessairement et une égalité pratique sera maintenue dans la société par l’action spontanée des forces économiques, et cela avec beaucoup moins d’empiètements sur la liberté des personnes que n’en commet le système actuel. » Pour atteindre ces fins la Société Fabienne s’efforce de répandre les opinions socialistes et de provoquer les changements politiques et sociaux qui en sont la conséquence. Elle cherche à les provoquer par la diffusion générale de la science économique. » La Revue précisait que « [l]es Fabiens s’efforcent avant tout d’éclairer le monde ouvrier et de l’initier aux questions qui le concernent. Ils le mettent en garde contre les deux solutions extrêmes, l’individualisme à outrance et l’anarchie sociale. Ils s’acharnent à vouloir démontrer que l’on peut-être socialiste sans tomber dans aucun de ces deux excès. Ils s’unissent toujours aux membres de la Fédération démocratique et des Trade’s unions, pour réclamer la suppression des abus et l’amélioration des travailleurs de tout ordre. » (ii)
Le cinquième chapitre de « Socialisme en Angleterre » (F. Alcan, 1897) d’Albert Métin, intitulé « Collectivistes et possibilistes : La Fédération socialiste démocratique et la société fabienne » entre encore plus en détail dans les « idées », les objectifs et la tactique de la Fabian Society, tout en s’attachant à la présentation de ses dirigeants et à la description de son fonctionnement.
Au début des années 1880, un groupe de jeunes hommes se réunissaient régulièrement à Londres autour d’un petit fonctionnaire du nom de Percival Chubb (1860-1959), pour débattre des théories du philosophe idéaliste Thomas Davidson (1840-1900). Elles tournaient autour du projet de régénération morale de l’humanité par la pratique de vertus comme la gentillesse, l’amour et la simplicité. Ces vertus devaient d’abord être cultivées par un petit groupe de personnes, qui, une fois qu’elles les auraient développées au plus haut point, serviraient de modèle à l’ensemble des hommes. C’est dans le but de constituer une telle élite qu’a été formée en 1883 la Fellowswhip of the New Life. Pour des raisons difficiles à établir, mais qui semblent tenir à un désaccord sur la stratégie à adopter pour mener la réforme sociale qui devait précéder ou accompagner cette régénération, certains membres de la Fellowship l’ont vite quittée qui, pour quelques-uns, dont Chubb, ont fondé la Fabian Society. Outre celui-ci, ses membres fondateurs sont les suivants : l’écrivain Frank Podmore (1856-1910), ancien membre de la Fellowship et membre du Conseil de la Society for Psychical Research de 1882 à 1909 ; l’écrivain Edward R. Pease (1857–1955), né dans une famille de Quakers, ancien membre de la Fellowship, membre de l’Independent Labour Party, secrétaire et historien de la Fabian Society, éditeur des Fabian News et administrateur, avec les Webb, de la London School of Economics ; William Clarke (1852-1901), petit-fils d’un homme d’affaire prospère ; en désaccord avec la décision de la Fabian Society de soutenir la guerre des Boers, il a fini par la quitter ; Hubert Bland (1855-1914), disciple, comme Clarke, de l’économiste états-unien Henry George, ennemi de la propriété foncière individuelle et partisan de la nationalisation du sol ; Frederick Keddell (?-?), marxiste qui, après avoir été le premier secrétaire de la Fabian Society, a fait bande à part et a rejoint la Social Democratic Federation, premier parti socialiste organisé en Grand-Bretagne ; le journaliste et, d’après ses propres termes, « socialiste chrétien » Henry H. Champion (1859 –1928), lui aussi également membre du SDF, dont il devait être exclu en 1887 en raison de ses critiques à l’égard de l’athéisme de son président et de son appel à la révolution armée ; l’écrivain et poétesse Edith Nesbit (1858-1924), épouse d’H. Bland, avec qui elle était responsable du journal de la Fabian Society, Today ; Rosamund Dale Owen (1846-1934), fille du réformateur social Robert Dale Owen (1801–1877)
L’organisation de la Fabian Society se résume en cinq points : « 1. Meetings pour la discussion des questions qui se rattachent au socialisme. 2. Recherches sur les problèmes économiques et réunion de faits pouvant contribuer à les élucider. 3. Publications relatives aux questions sociales, avec arguments en faveur du socialisme. 4. Introduction de conférences et de débats socialistes dans d’autres associations ou clubs. 5. Représentation de la Société dans les conférences et les discussions publiques sur les questions sociales » (iii).
La Revue s’étend également sur « l’œuvre scientifique de la Société Fabienne », c’est-à-dire une collection de brochures consistant en la « réunion de discussions doctrinales et de monographies de faits sociaux » (iv) ; la Fabian Society, note, aux anges, celui qui deviendra plus tard tour à tour ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale et sous-secrétaire d’État aux Finances, « a la spécialité de recherches positives appuyées sur des données certaines, autant que possible sur des statistiques officielles et sur des faits constatés par des procédés scientifiques. Quand, poursuit-il avec une satisfaction ridicule, on consulte un des recueils d’informations édités par les Fabiens, on s’aperçoit seulement à la conclusion que ces sociologues si consciencieux sont des socialistes ». Est enfin signalée la création de la London School of Economics par les fabiens en 1895.
En 1897, Métin signe l’avant-propos de la traduction française, réalisée par lui-même, de « History of Trade Unionism » (Londres et New York : Longmans, Green and Co., 1894) de Sydney et Beatrice Webb.
Toujours en 1897, Pierre Verhaegen, avocat à la Cour d’appel de Gand et docteur de l’École des sciences politiques et sociales de Louvain, dédie à la Fabian Society un copieux chapitre de son « Socialistes anglais », où sont examinés entre autres les origines de la société, son orientation idéologique, son programme pratique, sa tactique électorale, son attitude à l’égard de la presse, ses moyens d’action, ses rapports avec les organisations existant en dehors du socialisme et ses relations avec les autres groupes socialistes. En ce qui concerne ses origines, nous savions déjà qu’elle était composée de « socialistes » ; nous en apprenons plus : ces « socialistes » sont « [u]n petit noyau d’hommes et de femmes appartenant, pour la plupart, à la classe moyenne » (v) ; plus encore : « [l]e Fabien, recruté surtout dans la classe bourgeoise […] [est] doué d’une aptitude héréditaire pour les affaires… » (vi) ; sur son but aussi : « un socialisme d’État démocratique, le mal à supprimer, c’est la propriété privée sous toutes ses formes… » (vii) ; au sujet du financement de la Fabian Society, nous verrons plus bas que l’auteur est bien mal renseigné, lorsqu’il déclare que « [l]es revenus annuels de la société proviennent des souscriptions, — facultatives et volontaires, — et de la vente des publications » (viii). L’auteur, comme la revue de Lille, se gargarise de ce que l’on y rencontre « des informations consistant en faits et en chiffres. Les documents sont empruntés à des sources sûres : ce autant que possible, écrit [l’économiste et militant socialiste] M. Webb [un des tout premiers membres de la Fabian Society] dans la Revue de Paris, ils sont puisés aux sources officielles et, à défaut, aux écrivains les plus universellement considérés » (ix) et rejoint Métin dans le ridicule, en déclarant que « souvent la conclusion » de celles-ci « rappelle que ces sociologues consciencieux sont socialistes » (x).
Les publications de la Fabian Society sont destinées à l’éducation socialiste du peuple anglais et atteignent assurément leur but, puisque, d’après S. Webb, certaines d’entre elles se sont vendues à plus d’un million d’exemplaires en quelques années (xi). La première cible des dirigeants de la Fabian Society n’en reste pas moins les classes dirigeantes ; comme l’indique G. B. Shaw, cité par l’auteur, il est primordial de « gagner [d’abord] la confiance de beaucoup de gens influents restés jusqu’à présent en dehors du socialisme… » (xii) ; de là l’assiduité des Fabiens aux réunions politiques et aux mondanités et la création par les dirigeants fabiens d’une kyrielle de « clubs de réflexion » et d’institutions, à commencer par la London School of Economics, où seraient formés les futurs dirigeants, non seulement de la Grande-Bretagne, mais aussi de tous les pays de la planète ; de là aussi que les Fabiens ont vite délaissé l’action politique, préférant la déléguer à des professionnels entièrement dévoués à leur cause – ce qui, cependant,ne fait pas de la Fabian Society un mouvement « purement [intellectuel] », comme l’affirme le Grand Larousse Encyclopédique (xiii).
En 1908, c’est au tour de la revue politique Pages Libres, proche du mouvement socialiste et du syndicalisme révolutionnaire, de faire, dans son numéro du 13 juin 1908, la promotion de la Fabian Society en France, suivie, en 1909, par la Grande revue, qui insiste sur la tactique de la société : « La Société Fabienne se compose de socialistes et a, par conséquent, pour but la réorganisation de la société par l’émancipation de la terre et du capital industriel qui doivent être soustraits à l’appropriation individuelle et à l’appropriation par une classe pour être remis aux mains de la collectivité en vue du bien général. Voilà le texte même de la déclaration que signent tous les adhérents à la société. Donc, la Société Fabienne est socialiste. Elle veut la destruction de la société capitaliste et son remplacement par une société collectiviste, au moyen d’une expropriation des possesseurs individuels. Cette expropriation doit se faire, non à proprement parler, en indemnisant les expropriés, mais en leur allouant un secours, fixé par la communauté. La Société Fabienne n’est donc pas révolutionnaire dans le sens que les Français donnent traditionnellement à ce mot : une transformation sociale naissant tout à coup d’une insurrection triomphante. La Société Fabienne est évolutionniste pour arriver à une fin révolutionnaire. Et pour atteindre cette fin, elle compte sur l’expansion des idées socialistes et s’efforce d’y arriver par la dissémination de la connaissance des rapports entre l’individu et la société sous son triple aspect : économique, moral et politique. La politique Fabienne est très originale, très curieuse. Elle ne pouvait d’ailleurs donner de bons résultats que dans un pays politiquement très évolué, où l’éducation politique est très avancée, dans un pays où l’évolution sociale est telle qu’il est le plus plus préparé à accepter et à réaliser les conceptions socialistes. Peu soucieuse de la quantité de ses membres, mais très soucieuse de leur qualité et intellectuelle et morale, la Société Fabienne poursuit le but de déterminer le peuple Anglais à démocratiser ses institutions politiques et à socialiser ses institutions économiques. Pour arriver à cette fin, elle presse de tout son pouvoir sur les partis politiques quels qu’ils soient. Elle soutient tout candidat, quelle que soit sa nuance, qui s’engage à accomplir des réformes tendant à la démocratie et au socialisme. Son essence tactique est d’être réformiste et de considérer une réforme,aussi petite soit-elle, comme un pas en avant dans la marche indéfinie du progrès. Les Fabiens doivent propagander et propagandent en effet d’une façon incessante par la parole et par l’écrit pour faire pénétrer la critique et les idées socialistes dans la presse, dans le roman, dans la poésie, dans le drame, dans les essais littéraires et scientifiques, dans les corps élus (Parlement, Conseils de comté et de villes), dans les groupes politiques et économiques, partout enfin. Et cette infiltration lente, incessante, aussi puissante que la goutte d’eau qui sans cesse tombe sur la pierre dure et la perce, a pour effet de déterminer insensiblement et inconsciemment dans le monde bourgeois et le monde ouvrier un état d’esprit socialiste, je veux dire une mentalité pénétrée d’idées et de conceptions socialistes. Et de là résulte qu’insensiblement des réformes se font en un sens socialiste et que sans cesse croissent et croîtront ces réformes, chacune d’elles étant un pas définitivement acquis vers le but final : la société socialiste. » (xiv).
Dans les années 1910, la Fabian Society fait l’objet d’articles dans diverses revues socialistes, ce qui, outre, comme indiqué ci-dessus, les efforts déployés par le politicien Métin à la fin du XIXe siècle, pour la faire connaître au public français, tend à suggérer qu’elle n’a pas attendu la Première Guerre mondiale pour « pénétrer » et exercer son influence en France.
Il est toujours question d’elle dans les années 1920 dans certaines publications spécialisées (Titus Komarnicki, « La Question de l’intégrité territoriale dans le pacte de la Société des nations [l’Article x du pacte] », Les Presses universitaires de France, 1923) ainsi que dans « Épilogue 1. Les impérialistes au pouvoir : 1895-1914 » (1926) du philosophe et historien libéral Elie Halévy qui, à chacun de ses fréquents séjours à Londres, fréquente la LSE et rend visite aux Webb ainsi qu’à Shaw (xv) et qui nous apprend (xvi) incidemment que les fabiens avaient fondé la LSE « [a]vec l’argent qui leur avait été laissé par un riche philanthrope ». Dès avant la guerre, Webb avait confié à Halévy « que l’avenir était aux grandes nations administratives gouvernées par des bureaux, et où l’ordre était maintenu par des gendarmes » (xvii), ce qui avait amené l’historien à conclure logiquement dans « Histoire du socialisme européen » (xviii), sans toutefois relever la contradiction de fait qui existe dans cette attitude, que les fabiens vouent « une admiration marquée pour toute solution administrative de problèmes économiques ». Durant sept décennies, la bureaucratie soviétique a essayé de résoudre administrativement les problèmes économiques qu’elle créait.
A partir des années 1930, la Fabian Society sera évoquée occasionnellement dans des ouvrages d’histoire politique ou d’histoire de l’économie, d’histoire du socialisme ou des doctrines économiques (Xavier de Germiny, « La position du travaillisme: vis-a-vis du communisme », Librairie René Giard, 1939 ; Fernand Renaudeau, « Le Parti Travailliste de Grande-Bretagne : ses origines, son développement [1900-1945], son orientation actuelle », Éditions Montaigne, 1947 ; Élie Halévy, « Histoire du socialisme européen : rédigée d’après des notes de cours par un groupe d’amis et d’élèves », Gallimard, 1947 ; Charles Gide et Charles Rist, « Histoire des doctrines économiques. De l’école historique à John Maynard Keynes », Recueil Sirey, 1947), avec une neutralité souvent fausse, mais toujours bienveillante. La critique, si critique il y avait, était périphérique et superficielle.
L’enduit lisse de la façade qui avait été présentée jusque-là de la Fabian Society a commencé à se décoller et à se craqueler au début des années 1980, grâce à la publication par Yann Moncomble de « L’Irrésistible Expansion du mondialisme » (Faits et documents, Paris, 1981), qui met en lumière, plus de deux décennies avant que les historiens britanniques ne commencent à s’en aviser, l’influence déterminante des théories de l’économiste libéral anglais d’origine juive David Ricardo (1772-1823) sur la pensée économique de Webb et de Shaw ; l’existence de liens ente la Fabian Society et les sociétés secrètes, en établissant l’adhésion de certains de ses membres – dès sa fondation par les administrateurs du Rhodes Trust, dirigé et financé par les Juifs Alfred Beit et Sir Abe Bailey, associés de Cecil Rhodes et de Rothschild dans les trusts sud-africains de l’or et du diamant – à la Pilgrims Society, dont le premier président était Frederick Sleigh Roberts (1832-1914), commandant en chef de l’Armée des Indes, héros de la seconde guerre afghane, commandant des forces armées britannique en Afrique du Sud durant la seconde guerre des Boers et franc-maçon (xix) ; l’investissement de la Fabian Society dans le projet d’instauration d’un gouvernement mondial, en identifiant John Boyd Orr (1880-1971), 1er baron Boyd-Orr, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de 1945 à 1948, deuxième président du Mouvement Universel pour une Confédération mondiale (créé en 1947) et prix Nobel de la paix 1949, comme un membre de la Fabian Society (xx).
Dans la seconde moitié des années 1990, la Fabian Society sera mentionnée dans « Maçonnerie et sectes secrètes – Le côté caché de l’histoire » (xxi), traduction d’un ouvrage d’un certain Epiphanius intitulé « Massoneria e sette segrete : la faccia occulta delia storia », où la franc-maçonnerie et les sociétés secrètes connexes sont dénoncées comme des manifestations kaléidoscopiques de l’hérésie gnostique, dont l’objectif est de détruire l’Église pour instaurer un gouvernement mondial : ce n’est pas pour rien que l’ouvrage est paru chez les éditions du Courrier de Rome. Les sources d’Epiphanius ne sont pas toutes aussi « sûres » que l’affirme l’éditeur. Si nombreux sont les politiciens dont l’appartenance à la Fabian Society est avérée qu’il était inutile de risquer de se discréditer en en présentant comme membres certains qui n’en étaient pas ; pourtant, du point de vue chrétien auquel se place l’auteur, il était non seulement utile, mais nécessaire, d’établir un lien entre le fascisme et la Fabian Society : et c’est ainsi que l’on n’a pas craint de faire de Mosley un fabien (xxii). Une analyse, une fois expurgée de l’interprétation spiritualiste des enseignements des sociétés secrètes qui la boursoufle, est à retenir, à condition de préciser, ce que ne fait ni l’auteur ni les critiques suivants de la Fabian Society, que l’« État omnipotent » en question est entre les mains d’intérêts privés et que ses représentants visibles sont des fantoches : « [l]’idée de Saint-Yves du primat de l’économie sur la politique […] s’accompagne sans aucun doute de l’idée jacobine de l’État omnipotent. Ces deux composantes, qui agissent en synergie, produisent l’identité suivante : primauté de l’économie + omnipotence de l’État = le socialisme. Le socialisme, dans l’État technocratique en particulier, tend par sa nature à une forme d’universalité qui, habituellement à l’insu des technocrates eux-mêmes, s’identifie en réalité à la théocratie universelle et tire par là même sa sève du panthéisme gnostique […]. La British Fabian Society est une bonne démonstration de cette correspondance bi-univoque entre magie [la référence est au gnostique Simon le Magicien] et technocratie. » (xxiii). De fait, certains membres de la Fabian Society étaient attirés par l’occultisme : Herbert Burrows (1845-1922), libre-penseur et militant socialiste favorable à « l’indépendance politique complète de la femme », « l’indépendance économique complète de la femme », « la liberté sexuelle complète de la femme » (xiv), appartenait aussi à la Société Théosophique et; avec la membre fondatrice de la Fabian Society Edith Nesbit, à la Stella Matutina (xxv), ordre initiatique créé en 1905 par William Butler Yeats. membre de l’Ordre hermétique de l’Aube dorée fondé par William Wynn Westcott en 1888. Les dirigeants fabiens étaient friands de séances de spiritisme (xxvi). C’est peut-être pourquoi, dans le premier tome de « Faits et chroniques interdits au public » (2003), dont un chapitre est constitué par un exposé critique des principes et de la tactique de la Fabian Society, Pierre de Villemarest postule une filiation entre celle-ci et l’Ordre hermétique de l’Aube dorée ; en attendant, le seul lien avéré qui unit les deux organisations est l’actrice et militante des droits de la femme Florence Farr (1860-1917), maîtresse de Shaw (xxvii) et membre de la dite société secrète. Plus tard, de Villemarest a enquêté sur la « pénétration » fabienne en France (xxviii).
En 2004, la Fabian Society, « mère de tous les organismes internationaux qui orchestrent la politique internationale aujourd’hui », a été pointée du doigt dans « La Tragédie européenne » (xxix).
Est paru en 2015, sous le pseudonyme de John Green, un ouvrage auquel, étant donné sa taille, pourra être donné le titre de somme, si – nous n’avons pas été en mesure de le consulter – il s’avère qu’il dépasse le point de vue étroitement chrétien des autres publications de l’éditeur : « La société Fabienne – L’instauration d’un nouvel ordre international chez Béatrice et Sidney Webb » (Saint Rémi, 2015). Étudie-t-il le rôle fondamental de la Fabian Society, jusqu’à présent ignoré par tous les chercheurs qui se sont penchés sur son cas, sauf par l’auteur de l’article que nous publions, légèrement remanié, en traduction française ci-dessous, dans la propagande en faveur du « multiculturalisme » et de l’invasion de l’Europe par des populations d’origine extra-européenne et dans la conception et l’élaboration même des politiques génocidaires qui y sont liées ?

Le fabianisme est un mouvement radical lancé dans les années 1880 à Londres dans le but de renverser l’ordre existant et d’établir un monde socialiste.
A cette époque, Londres était à la fois le centre du capitalisme libéral – qui est lui-même un mouvement subversif – et le foyer de la gauche radicale, qui cherchait à subvertir le premier. La principale association de promotion du socialisme en Angleterre était l’International Working Men’s Association (IWMA, aussi connu sous le nom de « Première Internationale »), établie en 1864 par Karl Marx.
Au début, les doctrines de Marx n’étaient disponibles qu’en allemand et en français et avaient ainsi peu d’impact sur le public britannique. Son disciple Henry Hyndman a été le premier à populariser ses enseignements ainsi que ceux d’autres socialistes allemands en langue anglaise. Hyndman a fondé la Fédération Sociale Démocratique en 1881 (1).
Les fondateurs de la Fabian Society étaient eux-mêmes influencés par le marxisme et appartenaient aux cercles de la Social Democratic Federation Ce qui distinguait la Fabian Society des organisations socialistes antérieures comme l’IWMA et la SDF était la méthode par laquelle elle cherchait à atteindre son objectif. Tandis que les autres socialistes parlaient ouvertement de révolution, les fabiens entendaient construire le socialisme progressivement et furtivement.
Selon l’un de ses dirigeants, la Fabian Society était « organisée en vue de la réflexion et de la discussion et non de l’action électorale, qu’elle laisse à d’autres organismes, bien qu’elle encourage ses membres à participer activement, à titre individuel, au travail de ces autres organismes » (2).

Le loup dans la bergerie

La nature subversive du projet de la Fabian Society est illustrée par la Fabian Window, vitrail en verre coloré montrant les leaders fabiens Edward R. Pease, Sidney Webb et Bernard Shaw (dans le manteau vert) forgeant un nouveau monde à partir de l’ancien, tandis que d’autres fabiens sont agenouillés en adoration devant une pile d’ouvrages de la Fabian Society.
Le vitrail porte la devise « Remould it [the World] nearer to the heart’s desire », dernier vers d’un quatrain du poète iranien Omar Khayyam (1048-1131), qui lit : «Dear love, couldst thou and I with fate conspire/To grasp this sorry scheme of things entire,/Would we not shatter it to bits, and then/Remould it nearer to the heart’s desire! » (3). Il illustre parfaitement le projet des fabiens de détruire la société pour la reconstruire à leur manière.
La Fabian Window a été commandée par Shaw en 1910 et est actuellement exposée à la London School of Economics. Son thème se veut humoristique ; comme l’a admis Shaw, les fabiens cultivent l’humour, ou ce qu’il décrit comme « la capacité à nous moquer librement de nous-mêmes » (4). En fait, les fabiens dissimulent derrière l’humour le caractère sinistrement sérieux de leurs intentions.
Si la Fabian Window est indéniablement symbolique, sa facture religieuse trahit le fait que, en dépit de sa prétention à être « scientifique », le socialisme se révèle truffé.d’incohérences et de contradictions internes qui font que l’adhésion à ses principes est fondée sur la foi plus que sur la raison. Comme l’a observé l’économiste P. Bauer, le socialisme est une sorte de religion messianique qui promet le salut sur la terre (5) et c’est précisément ce que se veut être le fabianisme aussi. Shaw a déclaré que les fabiens devaient « transformer le socialisme en une religion » (6). D’autres dirigeants de la Fabian Society ont parlé du socialisme comme d’une « nouvelle religion sociale ». Ainsi, sur le vitrail, l’attitude adoratrice des fabiens représente avec précision la nature quasi religieuse du socialisme en général et du fabianisme en particulier.
Le loup revêtu d’une peau de mouton et portant un étendard rouge marqué des initiales « FS » qui figure sur le « blason » en arrière plan est particulièrement révélateur de la tactique des fabiens, qui est l’infiltration, c’est à dire la pénétration furtive.
Enfin, la devise de la Fabian Society, empruntée qu’elle est à un poète iranien, pourrait bien être une allusion à la reconstruction de l’ordre mondial en accord avec les intérêts pétroliers internationaux. L’Anglo-Iranian Oil Company (plus tard British Petroleum) était parmi les membres corporatifs de le Royal Institute of International Affairs, alias Chatham House (King-Hall, p. 140), organisation cofondée par des membres de la Fabian Society, qui a conservé des liens étroits avec les intérêts pétroliers (voir ci-dessous).

Les fabiens et les intérêts financiers subversifs

Le principal organe à l’origine de la Fabian Society était le Parti libéral, parti de centre-gauche à l’époque. Cependant, les fabiens avaient bel et bien des liens avec la politique libérale et les intérêts capitalistes libéraux, comme le montre la liste des membres de certains des groupes de réflexion qu’a créé la Fabian Society, en tête desquels le Coefficients Dining Club (7), dont nous reparlerons plus bas.
Des écrits des fabiens il ressort qu’ils ont consciemment cherché la compagnie, la collaboration et le soutien des riches et des puissants. Our partnership de Beatrice Webb ne cesse d’exhorter les fabiens à « attirer les millionnaires», « tirer les ficelles », « manipuler toutes les forces que nous contrôlons », tout en prenant soin de « paraître désintéressés » et de prétendre être « des gens humbles que personne ne soupçonne d’être puissants » (8).
En fait, les Webb étaient en contact régulier avec des gens comme Arthur Balfour et Richard Haldane (lui-même membre de la Fabian Society) qui servaient de contacts entre les fabiens et les puissants, les riches. Au fur et à mesure que leur cercle social s’est développé, les dîners fréquents, les réunions informelles et les « petites soirées » des Webb leur ont permis de se mêler à des membres influents de l’élite dirigeante comme Lord Rosebery, Julius Wernher (de Wernher, Beit & Co.) et Lord Rothschild et de les convaincre de soutenir leurs projets subversifs.
Il est essentiel de comprendre que leurs relations étaient loin d’être à sens unique. Les principaux éléments du capitalisme libéral – les grands hommes d’affaires, les industriels et les banquiers – qui avaient accumulé de grandes richesses à la suite de la révolution industrielle, n’étaient pas des philanthropes altruistes. Ils visaient à renforcer leur propre position de pouvoir et d’influence par deux moyens: (1) en monopolisant la finance, l’économie et la politique; et (2) en contrôlant une classe ouvrière urbaine de plus en plus nombreuse.
Le premier objectif devait être atteint par la centralisation du capital, des moyens de production, etc. Le deuxième devait être obtenu par l’organisation des travailleurs et par la promesse de leur accorder une plus grande part des ressources. Ces buts coïncidaient avec ceux du mouvement socialiste, dont les fabiens voulaient devenir le principal élément.
Comme l’a souligné H. G. Wells, la grande entreprise n’était nullement antipathique au communisme, car « plus la grande entreprise grandit, plus elle se rapproche du collectivisme » (9). De même, Joseph A Schumpeter, professeur de David Rockefeller à Harvard, a écrit : « Les vrais moteurs du socialisme n’étaient pas les intellectuels ou les agitateurs qui le prêchaient, mais les Vanderbilt, les Carnegie et les Rockefeller (10).
En effet, le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels (1848) était fondé sur des politiques capitalistes monopolistiques comme la centralisation du capital et l’organisation des travailleurs.
Marx – dont la fille, Eleanor, a appartenu à la Fabian Society (11) et Engels ont commencé leur carrière en tant que journalistes au service des intérêts capitalistes libéraux. Marx a travaillé plus tard pour le New York Tribune, dont le propriétaire, Horace Greeley et son rédacteur, Charles Anderson Dana, étaient de proches collaborateurs de Clinton Roosevelt (12), membre démocrate radical du célèbre Clan Roosevelt, dont les centres d’intérêt étaient la banque et la politique et qui était un proche allié des Vanderbilt.
La Fabian Society a non seulement adopté les politiques de Marx et d’Engels, mais elle était étroitement liée aux mêmes genres d’intérêts qu’eux :
Hubert Bland, employé de banque devenu journaliste, travaillait pour le Sunday Chronicle de Londres, un des journaux du magnat de la presse Edward Hulton, ancien compositeur d’imprimerie du quotidien libéral The Manchester Guardian. Bland, co-fondateur de la Fabian Society, est devenu un membre de sa direction et son trésorier. C’est lui qui a fait adhérer à la Fabian Society son ami et collègue journaliste Bernard Shaw.
Shaw travaillait pour la London Pall Mall Gazette, où le dirigeant libéral William T. Stead était rédacteur en chef et Alfred (plus tard Lord) Milner était son assistant. Stead et Milner étaient tous deux proches du magnat du diamant et associé des Rothschild Cecil Rhodes et ont participé à la formation de l’organisation secrète influente connue sous le nom de Milner Group. Recruté par son ami Bland en 1884, Shaw a lui-même recruté Annie Besant (13) et ses amis Sidney Webb, Sydney Olivier et Graham Wallas de 1885 à 1886.
Fait révélateur, les fabiens réussissaient par excellence à s’élever socialement et financièrement – ce qui montre qu’ils ne se sentaient pas tenus par la promesse qu’ils avaient faites aux simples membres de la Fabian Society et à d’autres de « partager équitablement les avantages naturels et acquis » et de « substituer complètement la propriété publique à la propriété privée ».
Sidney Webb a épousé Beatrice Potter, fille d’un riche financier qui avait des relations dans le monde entier et était président du Great Western and Grand Trunk Railways of England and Canada. Beatrice était aussi une amie proche d’Arthur Balfour, associé des Rothschild et Premier ministre conservateur. Le Great Western Railways (GWR) a soutenu la jeune LSE de Webb, en inscrivant les membres de son personnel aux cours de l’école et Webb a également utilisé les autres relations de sa femme pour faire avancer les politiques de la Fabian Society.
Shaw a épousé Charlotte Payne-Townshend, fille d’un riche investisseur boursier qui était l’un des bailleurs de fonds de la Fabian Society. Shaw a été employé par le millionnaire William Waldorf (plus tard Lord) Astor, propriétaire de la Pall Mall Gazette et est devenu un ami proche du fils de ce dernier (et chef du groupe Milner) Waldorf et de son épouse Nancy. Le Pall Mall et la St. James’s Gazette publiaient.régulièrement des interviews dans lesquelles Shaw et Webb faisaient la promotion des théories socialistes.
Comme Shaw, Webb, Olivier et Wallas sont devenus les « Big Four » de la Fabian Society, il est clair que celle-ci était une organisation privée dirigée par des éléments au service de médias représentant des intérêts capitalistes libéraux.
En effet, l’un des principaux bailleurs de fonds de la Fabian Society était John Passmore Edwards, associé du fabricant de textile et chef de la Manchester School (ou libéralisme manchestérien) Richard Cobden. Dans les années 1890, Passmore Edwards a fait don de 10 000 £ à la LSE, pour lui permettre de faire bâtir un nouveau bâtiment (14).
Les fabiens étaient également liés à la Manchester School par Harold Cox, membre de la Fabian Society qui était un disciple du libéralisme manchestérien, secrétaire du Cobden Club, rédacteur en chef de l’influent trimestriel Edinburgh Review et collaborateur de Sidney Webb (15).
Il s’ensuit que Karl Marx et la Fabian Society ont été financés par des intérêts industriels liés à l’école de Manchester et au monde des médias.
Ces intérêts puissants étaient des alliés de la famille Rothschild, qui avait des liens étroits avec le monde des médias de gauche, de l’industrie et de la finance de Manchester : la première escale des Rothschild en Angleterre avait été Manchester, où le patriarche Nathan Meyer avait débuté sa carrière dans le commerce du textile. Les Rothschild soutenaient depuis longtemps les causes libérales, plusieurs membres importants de la famille ayant été députés du parti libéral.

Les intérêts de la Fabian Society et des Rothschild

La Fabian Society était en contact étroit avec les Rothschild, à la fois directement et par des intermédiaires comme Balfour. Les Balfour étaient parmi les principaux représentants des puissances d’argent britanniques et avaient participé à la création d’organisations visant à promouvoir leurs intérêts, comme l’Anglo-American League, la Pilgrims Society, l’Imperial College et la Société des Nations. Alors que son frère Gerald était président du Board of Trade, Arthur Balfour était président du Local Government Board, avant de devenir Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Quel qu’ait été le poste qu’il a occupé, il s’entretenait régulièrement avec Lord Natty Rothschild et les dirigeants de la Fabian Society et promouvaient leurs politiques.
Lord Rothschild lui-même a participé personnellement, avec Sidney Webb, à la restructuration de l’Université de Londres, dans laquelle la LSE des fabiens a été incorporée en 1898. Il a également fourni des fonds à la LSE et en a été le troisième président, en prenant la succession de son parent Lord Rosebery (16).
La LSE continue d’entretenir des liens étroits avec les Rothschild et leurs associés. Par exemple, le Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment de la LSE est financé par la Fondation Grantham, dont le fondateur Jeremy Grantham, de la firme de gestion de placements Grantham, Mayo & Otterloo (GMO), a été économiste chez Royal Dutch Shell, dont les Rothschild sont parmi les principaux actionnaires ; le conseil consultatif du Grantham Institute compte parmi ses membres Sir Evelyn de Rothschild de EL Rothschild Ltd. et Vikram Singh Mehta de Shell Companies, Inde ; Rothschild, Shell, Barclays, Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley sont membres de la LSE Careers Patron Group ; Peter Sutherland, président de Goldman Sachs International, est président de la LSE, etc.

La Fabian Society et le groupe Tata

L’un des liens des fabiens avec les intérêts industriels était le magnat indien des textiles Jamsetji Tata, que Sidney et Beatrice Webb avaient aidé à créer une cité ouvrière autour des aciéries qu’il venait d’acquérir à Bombay, où les fabiens avaient créé une branche de la Fabian Society. En 1912, Tata a financé le Sir Ratan Tata Department de la LSE, qui est devenu plus tard le Department of Social Sciences, dont le premier conférencier était Clement Attlee, membre de la Fabian Society et plus tard président du New Fabian Research Bureau (17).

La Fabian Society et le clan Rowntree

L’un des autres liens de la Fabian Society avec les intérêts industriels était le fabricant de chocolat Rowntree’s. Après avoir créé diverses sociétés de bienfaisance en 1904, Joseph Rowntree a financé la Commission for the Prevention of Destitution de la Fabian Society et, à partir de 1915, a subventionné les activités de la Fabian Society ainsi que celles de son département de recherche, d’où est sorti en 1916 le rapport « International Government » (18) ; son fils, Seebohm Rowntree, qui, en plus d’être un industriel, était aussi un fervent réformateur social, a été membre, avec Beatrice Webb, de la Royal Commission on the Poor Law 1905-09 (19) et, depuis, les sociétés caritatives Rowntree n’ont pas cessé de financer des projets de la Fabian Society.

Les intérêts de la Fabian Society et de Cassel

La Fabian Society était également liée au banquier et financier international Sir Ernest Cassel, associé de Rothschild, Schiff et Morgan. Cassel a été persuadé par son ami Lord Richard Haldane, membre du Coefficients Club de la Fabian Society et, à partir de 1925, membre de la Fabian Society, de léguer des sommes importantes à la LSE (20).
A la fondation du Sir Ernest Cassel Educational Trust en 1919, Haldane, le dirigeant libéral Herbert Asquith (ami de Cassel et de Bernard Shaw) et Lord Balfour en ont été nommés administrateurs. En 1924, le Trust a accordé des subventions importantes à la LSE, qui, en retour, a créé le Sir Ernest Cassel Chair of International Relations (plus tard International Relations Department).

Les intérêts de la Fabian Society et des Rockefeller

La Fabian Society est particulièrement proche des Rockefeller, qui sont des socialistes fabiens déguisés. David Rockefeller a écrit une thèse bienveillante sur le socialisme fabien à Harvard (Destitution through Fabian Eyes , 1936) et a étudié l’économie socialiste à la LSE. Sans surprise, les Rockefeller ont financé d’innombrables projets de la Fabian Society, dont la LSE. Dès la fin des années 1920 et 1930, la LSE a reçu des millions de dollars des fondations Rockefeller et Laura Spelman, à tel point qu’elle a reçu le surnom de « Rockefellers baby ».
Le Conseil des relations étarngères (CFR) des Rockefeller, qui opère au sein du Département d’État des États-Unis, a été responsable de la conception de la politique étrangère américaine d’après-guerre. Un élément clé de cette politique a été l’aide de 13 milliards de dollars octroyée au titre du plan Marshall aux gouvernements socialistes européens, dont le gouvernement socialiste fabien dirigé par Clement Attlee, ancien président du New Fabian Research Bureau.
Le Fonds monétaire international (FMI), créé en 1944 en même temps la Banque mondiale, est un autre fonds Rockefeller qui finance les projets de la Fabian Society. Son architecte en chef était le sous-secrétaire américain au Trésor Harry Dexter White, espion communiste qui avait des liens étroits avec l’Institute of Pacific Relations (IPR), dont la création en 1925 a été possible grâce à des fonds Rockefeller.
Le FMI a accordé plusieurs prêts aux gouvernements travaillistes (fabiens) :

· 250 millions de dollars au gouvernement Attlee en 1947 (21) ;
· 1 milliard de dollars au gouvernement Wilson en 1969 (22) ;
· 4 milliards de dollars au deuxième gouvernement Wilson en 1976 (23).

Un autre emprunt important de 4,34 milliards de dollars a été négocié en 1946 par l’économiste fabien John Maynard Keynes avec l’aide de son ami et collaborateur Harry Dexter White, alors employé du Trésor américain et du FMI. Tous ces prêts ont été octroyés sous les gouvernements fabiens de Hugh Dalton, Roy Jenkins et Denis Healey.
La Fabian Society elle-même continue d’être financée par des entités subversives comme la Commission européenne et la Fondation pour les études européennes progressistes (FEPS), opération à l’échelle européenne cofinancée par le Parlement européen, qui œuvre pour une Europe socialiste.
La Fabian Society travaille également en partenariat avec des sociétés mondiales comme Pearson, associé de longue date de Lazard et Rothschild. Pearson est un actionnaire important du groupe bancaire Lazard depuis le début des années 1900. Lazard a été identifié par l’historien Carroll Quigley comme la banque principale de l’establishment anglo-américain, alliance entre le groupe britannique Milner (qui s’occupe des intérêts des Rothschild) et l’Eastern Establishment (qui veille à ceux de JP Morgan et des Rockefeller) .
Comme Pearson, Lazard est un groupe de gauche qui soutient depuis longtemps les causes de gauche. Lazard a pris parti pour Obama et a embauché le dirigeant socialiste fabien Peter Mandelson comme conseiller principal.

La Fabian Society et les associations caritatives

Les intérêts financiers et industriels, avec lesquels, comme nous l’avons vu, la Fabian Society a des liens étroits, utilisent depuis longtemps les fondations philanthropiques pour promouvoir leurs programmes subversifs sous couvert de « justice sociale et raciale» ou de « bien public ».
Les registres de la Charity Commission montrent que, en 2007, la Fabian Society et la Barrow Cadbury Trust (fondation caritative contrôlée par le chocolatier Cadbury, qui travaille en partenariat avec la Fabian Society) ont participé à des discussions secrètes sur la « politique d’immigration progressiste » avec divers politiciens travaillistes, dont le ministre de l’Immigration, Liam Byrne (24), membre de la Fabian Society et co-fondateur de Progress, groupe de réflexion et de pression blairien (New Labour) cofondé en 1996 par Derek Draper et Liam Byrne et dont de nombreux présidents et directeurs ont été membres de la Fabian Society. Draper était l’un des cadres supérieurs du cabinet de lobbying bruxellois GPC Market Accessn détenu par le cabinet de conseil anglo-américain Countrywide Porter Novelli, tandis que Byrne, ancien boursier Fulbright à la Harvard Business School, était banquier chez NM Rothschild & Fils ainsi que membre de la Fabian Society.
Les autres « organismes de bienfaisance » importants qui travaillent en partenariat avec la Fabian Society, financent ses projets ou font la promotion de son programme sont le Webb Memorial Trust et les fondations Joseph Rowntree.

· Le Webb Memorial Trust a accordé des subventions à la Fabian Society.
· La Fondation Joseph Rowntree (JRF) travaille en partenariat avec la Fabian Society.
· Le Joseph Rowntree Reform Trust (JRRT) et Barrow Cadbury Trust (BCT) ont octroyé des subventions à COMPASS, groupe de pression brownien créé en 2003 et dirigé par Fabian Neal Lawson.
· Le Joseph Rowntree Charitable Trust (JRCT) – qui se décrit comme une « fondation progressiste œuvrant à un changement radical » – cofinance la Commission Runnymede Trust sur l’avenir de la Grande-Bretagne multiethnique (CFMEB), etc.

Ces fondations fabiennes ou associées à la Fabian Society sont également fortement représentées dans un certain nombre d’autres fondations et associations de fondations, qui toutes travaillent à la mise en œuvre du programme de la Fabian Society. Par exemple, Sara Llewellin, PDG de Barrow Cadbury Trust (BCT), est également vice-présidente de l’Association of Charitable Foundations (ACF), dont le comité de nomination comprend Anna Southhall de BCT et Simon Buxton de Noel Buxton Trust (NBT), fondation contrôlée par la Fabian Society et nommée d’après le fabien Lord Noel-Buxton. Llewellin est également membre du Conseil des gouverneurs du European Foundations Centre. Citons aussi Oxfam, cofondé en 1942 par Gilbert Murray, ami de sommités fabiennes comme G. B. Shaw et H. G. Wells et président de l’organisation fabienne League of Nations Society (LNS).

L’emprise de la Fabian Society sur les classes laborieuses

Les éléments monopolistiques du capitalisme libéral avaient réussi à prendre le contrôle des ressources (pétrole, or, acier, etc.) avec la collaboration des classes supérieures dirigeantes, qu’ils remplaçaient progressivement. Cependant, l’émergence d’une nouvelle classe de travailleurs industriels moins malléable menaçait de perturber l’équilibre du pouvoir dans les sociétés industrielles.
Par conséquent, les grands capitalistes libéraux – les grands groupes industriels, commerciaux et bancaires (Rothschild, Carnegie, Rockefeller, etc.) – en sont venus à soutenir la réforme sociale dans l’espoir d’apaiser les classes ouvrières rétives et d’en prendre finalement le contrôle. La Fabian Society a été créée à cette fin.
Les dirigeants de la Fabian Society avaient découvert depuis longtemps que les classes ouvrières britanniques « ne se rueraient pas sur le socialisme » – comme l’admet candidement le secrétaire de la Fabian Society Edward R. Pease (25). Par conséquent, la première tâche de la Fabian Society a été d’attirer à elle les classes ouvrières pour s’en servir à ses propres fins.
Conformément à leur slogan, « éduquer, agiter, organiser », les fabiens, par une propagande et une agitation habiles, ont réussi à manipuler le public pour l’amener à accepter et à soutenir leurs politiques, notamment leurs programmes de réforme sociale. En d’autres termes, les fabiens ont décidé ce que le public voulait, puis se sont assurés que le public voulait, ou semblait vouloir, ce que les fabiens avaient décidé qu’il voulait (26).
Une fois les masses endoctrinées par le fabianisme, il restait à les organiser et c’est à cet effet qu’a été créé l’Independent Labour Party (ILP).
L’ILP a été fondé lors d’une conférence de la Fabian Socety en 1893. Issu de la fusion de plus de soixante-dix sociétés fabiennes locales, son premier président était le fabien Keir Hardie qui avait précédemment cofondé la Deuxième Internationale avec Friedrich Engels.
Une fois l’ILP créé, la Fabian Society n’a ménagé aucun effort pour accroître son influence dans les branches de l’ILP et de la Social Democratic Federation dans tout le pays.
Fait intéressant, la Fabian Society comparait son influence sur le peuple britannique à celle de la British South Africa Company (BSAC) du groupe Milner sur les indigènes sud-africains. Par exemple, en 1897, la direction de la Fabian Society a annoncé que, tout comme la « Chartered Company » le faisait en Afrique à l’endroit des indigènes, la Fabian Society asservirait et contrôlerait les indigènes britanniques « pour son profit et leur propre bien » (27).
Que le but que l’ILP s’était fixé était de contrôler les classes ouvrières dans l’intérêt de la Fabian Society ressort clairement du Diary de Beatrice Webb et d’autres documents de la Fabian Society. En 1913, elle put constater que la Fabian Society et l’Independent Labour Party étaient sur le point de contrôler la politique du mouvement travailliste et socialiste britannique (28).
Ce qui précède démontre sans conteste que le socialisme (y compris le fabianisme) a été imposé aux classes ouvrières par des intérêts qui lui étaient extérieurs. Lénine lui-même avait utilisé le socialisme pour supprimer toute spontanéité dans le mouvement ouvrier et l’amener sous le contrôle de son parti « social-démocrate » (plus tard communiste) (29).
De leur côté, les partisans ordinaires du Parti travailliste – dans la mesure où ils étaient au courant des activités des fabiens – les considéraient comme des araignées sans scrupules, tissant des toiles pour piéger les socialistes honnêtes (30). Dans l’un de ses moments de lucidité, Bernard Shaw l’a reconnu, qualifiant le Fabian Society et se qualifiant lui-même de « magnifiques parasites » (31).

La Fabian Society et le Parti travailliste

Un autre des instruments dont s’est servi la Fabian Society pour piéger les masses sans méfiance est le Parti travailliste. Fondé en 1900 par Keir Hardie et ses collègues socialistes, le parti s’est appelé Labour Representation Committee jusqu’en 1906.
Le fait que les fondateurs de la Fabian Society appartenaient tous à la classe moyenne montre qu’elle ne représentait pas les travailleurs. Dès la création du Parti travailliste, l’un d’entre eux, Edward R. Pease, siégeait à son conseil exécutif, suivi par Sidney Webb et d’autres membres de la Fabian Society.
La Fabian Society se décrit actuellement comme un « groupe de réflexion ». Cependant, tout groupe de réflexion au sein d’un parti est, par définition, un groupe d’experts dont les conseils et les idées qu’il fournit à ce parti sur des questions spécifiques lui servent à élaborer son programme.
Dès la création de la Fabian Society, ses dirigeants ont présenté les fabiens comme les « intellectuels » du parti travailliste (32). Dans les années 1950, Margaret Cole, secrétaire de la Fabian Society, décrivait la Fabian Society comme la « machine à penser du socialisme britannique » (33). La Fabian Society continue de se définir comme étant « à l’avant-garde de l’élaboration d’idées et de politiques publiques de gauche » (34).
Comme s’il ne suffisait pas que la politique d’un grand parti politique comme le Parti travailliste lui soit inspirée par une organisation privée semi-secrète au programme subversif, la Fabian Society fait beaucoup plus que de lui fournir des idées. La constitution, le manifeste et la politique du Parti travailliste ont tous été écrits par des membres de la Fabian Society, comme Arthur Henderson et Sidney Webb.
Le Memorandum on War Aims (1918) de Sidney Webb est devenu la déclaration politique du Parti travailliste.
La brochure Labour and the New Social Order (1918), également de Webb, a été adoptée comme manifeste du Parti travailliste.
The Aims of Labour (1918) de Webb et de son collègue fabien Arthur Henderson, est devenu la politique officielle du parti travailliste (35), etc.
Le poids qu’exerce la Fabian Society sur le Parti travailliste n’est pas qu’intellectuel, il est aussi, pour ainsi dire, physique, comme le montre le nombrent de personnes qui sont membres des deux et le pourcentage de fabiens dans le nombre total des députés travaillistes, des membres des gouvernements travaillistes successifs et des membres de la direction du Parti travailliste..
La Fabian Society compte 7 000 membres, dont 80% (5 600) sont membres du Parti travailliste. Cela représente environ 3% du nombre total de membres du Parti travailliste (environ 190 000 en 2010).
Le pourcentage de fabiens augmente considérablement parmi les membres de la direction du Parti travailliste. Dès le début, un grand nombre des candidats du Parti travailliste aux élections législatives étaient membres de la Fabian Society et, depuis les années 1940, environ 50% des travaillistes qui se sont présentés à la législature en étaient membres.
En 1945, 393 candidats travaillistes ont été élus au Parlement, dont 229 membres de la Fabian Society.
En 1997, 418 candidats travaillistes y ont été élus, dont 200 membres de la Fabian Society.
A la direction du parti travailliste, la proportion de fabiens est proche de 100 pour cent. Le gouvernement travailliste qui est entré en fonction en 1966 comptait vingt-et-un ministres, dont dix-sept étaient membres de la Fabian Society et cette proportion n’a pas changé depuis. Blair compris, presque tous les ministres du gouvernement travailliste qui a été formé en 1997 étaient des fabiens (36).

· Depuis sa création, d’éminents fabiens comme Ramsay MacDonald, Arthur Henderson, James (« Jim ») Middleton, Morgan Phillips et d’autres ont occupé le poste de secrétaire général du Parti travailliste.
· Tous les gouvernements travaillistes de 1924 à 1997-2010 étaient composés presque exclusivement de membres de la Fabian Society;
· Tous les Premiers ministres travaillistes ont été membres de la Fabian Society ;
· Tous (ou presque tous) les dirigeants du Parti travailliste ont été membres de la Fabian Society ;
· Tous (ou presque tous) les chefs adjoints du Parti travailliste ont été membres de la Fabian Society ;
· Les futurs dirigeants du Parti travailliste sont formés chez les Young Fabians, la section des moins de 31 ans de la Fabian Society, qui, comme la Fabian Society elle-même, est affiliée au Parti travailliste. Sans surprise, les Young Fabians ont été décrits comme les « députés travaillistes du futur » ;
· Les publications de la Fabian Society continuent de servir de fondement à la politique du Parti travailliste (37) ;
· Les dirigeants du Parti travailliste continuent de professer leur allégeance au fabianisme et à la Fabian Society :

En avril 2006, lors du dévoilement de la Fabian Window à la LSE, le Premier ministre travailliste Tony Blair a déclaré que beaucoup des valeurs défendues par les fabiens sont « très reconnaissables » dans le Parti travailliste d’aujourd’hui (38).
Les événements importants qu’organise le Parti Travailliste sont régulièrement annoncés et évoqués lors des conférences de la Fabian Society. Par exemple, Ed Miliband a annoncé sa candidature à la direction du parti lors d’une conférence de la Fabian Society en mai 2010 ; et les politiciens et les activistes travaillistes se sont réunis sous les auspices de la Fabian Society pour discuter de la politique du parti (39).
En janvier 2013, lors de la Conférence du Nouvel An de la Fabian Society, Ed Miliband, élu entre-temps, a déclaré être « un fervent lecteur des écrits des fabiens » (40), etc.

L’emprise de la Fabian Society sur la société britannique

Il n’était pas que les classes ouvrières que les fabiens cherchaient à contrôler totalement. Le but déclaré de la Fabian Society était de pénétrer toutes les classes et d’y diffuser « l’idée que les valeurs créées par la société doivent être l’objet d’un contrôle social » (41).
Inutile de dire que toutes ces opinions propagées par la Fabian Society étaient les opinions de la Fabian Society elle-même et non du grand public, l’objectif explicite de la Fabian Society étant la propagation de ses opinions : « Les fabiens sont associés pour répandre les opinions qui sont les leurs… » (42). À cette fin, la Fabian Society a entrepris de contrôler, non seulement la politique, mais aussi l’éducation, la culture, l’économie, le système judiciaire et même la médecine et la religion, comme le montrent de nombreuses déclarations de ses dirigeants. Par exemple, Bernard Shaw a déclaré que l’objectif de la réforme de l’éducation que préconisait la Fabian Society était de créer un ministère de l’éducation, qui « contrôlerait tout le système éducatif, de l’école primaire à l’université et toutes les dotations à l’enseignement » (43).
Cet objectif a été accompli à travers un large éventail d’organisations, de sociétés et de mouvements interconnectés :

· Dans le domaine de l’éducation, par des conseils tels que le London County Council, des sociétés universitaires et des établissements comme la LSE l’Imperial College et l’Université de Londres.
· Dans le domaine de la culture, par le mouvement New Age, l’École Centrale des Arts et Métiers, le Leeds Arts Club, le Fabian Arts Group, la Stage Society et le Creative Diversity Network (CDN) (44).
· Dans le domaine de l’économie, par la LSE, la Royal Economic Society, l’Institut national de recherche économique et sociale (NIESR), l’Economic and Social Research Council (ESRC) (45), le Centre for Economic Policy Research (CEPR) (46).
· Dans le domaine du droit, par la Haldane Society (nommée ainsi en l’honneur de Lord Haldane, membre de la Fabian Society).
· Dans le domaine de la médecine, par la Ligue médicale socialiste.
· Dans le domaine de la politique, par l’Institute for Public Policy Research (IPPR) (47), le Policy Network (48), le John Smith Memorial Fund (JSMF), fondé en 1966 pour promouvoir les idées de l’ancien leader fabien et travailliste John Smith (son conseil consultatif comprend des fabiens comme Lord Dubbs, ancien président de la Fabian Society).
· Dans le domaine de la religion, par le Labour Church movement, la Christian Socialist Crusade, la Christian Socialist League, le Christian Socialist Movement, etc.

Évidemment, toutes ces organisations ont accompli l’objectif de la Fabian Society aussi graduellement et furtivement que possible. En effet, Basis, document qui contient les règles générales de la Fabian Society et que tous les membres doivent signer et respecter, stipule que le socialisme doit être atteint par la persuasion et « la diffusion générale de la connaissance » (49).
Comme l’a expliqué Sidney Webb, tous les changements menant au socialisme doivent être « graduels et ne causer aucune perturbation, quelle que soit la rapidité des progrès » (50).

La Fabian Society et la dictature

Il est essentiel de comprendre que, depuis l’époque de Karl Marx, toutes les branches du socialisme ont considéré la démocratie non comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen de parvenir au socialisme, invariablement décrit comme un système autoritaire et centralisé.
En effet, le marxisme et les systèmes, qui, comme le marxisme-léninisme, en sont dérivés considèrent la démocratie comme antithétique au socialisme, qui est appelé « dictature » ; il est question, par exemple, de « dictature du prolétariat » ou de dictature du parti socialiste au pouvoir, censé représenter la classe ouvrière.

En conséquence, Marx et Engels ont appelé leurs collègues socialistes en Allemagne à s’allier avec les libéraux-démocrates afin d’évincer les conservateurs du pouvoir, puis à se retourner contre leurs anciens alliés, y compris par la force des armes, pour établir le socialisme (51).

De même, Lénine, dans L’État et la révolution (1917), explique en long et en large que la démocratie constitue une transition indispensable du capitalisme au communisme :

« La démocratie a une importance énorme dans la lutte que la classe ouvrière mène contre les capitalistes pour son affranchissement. Mais la démocratie n’est nullement une limite que l’on ne saurait franchir ; elle n’est qu’une étape sur la route de la féodalité au capitalisme et du capitalisme au communisme » (52).
Dans le léninisme comme dans le marxisme, la démocratie était envisagée comme une caractéristique de l’État capitaliste qui deviendrait « inutile » dans la société socialiste.
Moins francs que les socialistes continentaux, les fabiens s’exprimaient naturellement avec beaucoup plus de prudence. Pourtant, il ressort des déclarations des fabiens, à la fois écrites et orales, qu’elles suivaient la ligne socialiste générale selon laquelle la démocratie n’était qu’un moyen d’atteindre le socialisme.
Le premier manifeste électoral des fabiens pour le Parti travailliste envisageait un gouvernement dirigé par un corps d’« experts » (53). Dans le même ordre d’idées, Pease a parlé de la formation de « dirigeants qualifiés » comme une condition préalable à un État socialiste (54).
Que ces « experts » et ces « dirigeants qualifiés » ne pouvaient être que des fabiens est ce qui ressort clairement de nombreuses déclarations des dirigeants de la Fabian Society. Par exemple, Shaw a exprimé son souhait de faire des fabiens « les jésuites du socialisme » (55), alors que H. G. Wells, numéro quatre de la Fabian Society (après Webb, Pease et Shaw), a proposé de transformer toute la société.en un ordre semblable aux « Samouraïs » qu’il décrit dans A Modern Utopia.
Alors que, au début, les fabiens gardaient pour eux leur point de vue sur la démocratie, l’ascension de dictateurs en Russie soviétique et ailleurs les a finalement incités à sortir bu bois et à montrer leur vrai visage.
Dès 1927, Shaw avait déclaré ouvertement que les fabiens devaient faire perdre au mouvement socialiste « ses vieilles habitudes démocratiques », que, en tant que socialistes, ils n’avaient « rien à voir avec la liberté » et que la démocratie était « incompatible avec le socialisme » (56). Lénine n’avait pas dit autre chose dans L’État et la révolution, La Révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky (1918) et d’autres écrits.
Les nombreuses déclarations publiques de Shaw montrant qu’il considérait le marxisme-léninisme et plus tard le stalinisme comme des manifestations emblématiques du socialisme fabien revêtent une importance particulière à cet égard. Pour ne donner que quelques exemples,il avait affirmé que Lénine avait étudié les œuvres de Sydney Webb et « [était] devenu gradualiste », après quoi il avait transformé le socialisme russe en fabianisme ; que « le bolchevisme [était devenu] le fabianisme, appelé communisme » ; que le communisme russe était un socialisme fabien et que les États-Unis étaient vraiment une « Union des Républiques Fabiennes » ; que Lénine était « le plus grand homme d’État européen » et que Staline était « un bon fabien » (57).
L’affirmation de Shaw selon laquelle Lénine était devenu un « gradualiste » est évidement discutable, car Lénine avait été un des dirigeants de la Révolution d’Octobre 1917, qui n’avait rien eu de gradualiste. Mais Lénine avait étudié l’Industrial Democracy des Webb, qu’il avait traduit en russe et il avait préconisé le capitalisme d’État comme une étape vers le socialisme, ce qui peut être interprété comme du gradualisme.
Quoi qu’il en soit, de 1920 à 1930, Shaw a dispensé un cours avancé sur le communisme soviétique et y a fait l’éloge de ses prétendues vertus (58). Plus important encore, Shaw assimilait clairement le communisme soviétique au fabianisme, déclarant après une visite en Union soviétique : « J’étais communiste avant Lénine et maintenant que j’ai vu la Russie, je suis plus communiste que jamais » (59).
Shaw n’était pas le seul fabien à avoir de l’admiration pour la Russie communiste et ses dirigeants. Les Webb étaient également de grands admirateurs de Lénine et de Staline ; ils avaient même un portrait de Lénine chez eux et, en 1931, ils avaient rendu visite à Staline en compagnie de Shaw. À leur retour, ils avaient écrit un énorme document de propagande en deux volumes sur la Russie stalinienne intitulé Soviet Communism: A New Civilization (1935).
Le livre des Webb avait été promu dans tout le pays et au-delà par des groupes fabiens comme l’influent Left Book Club et par des dirigeants fabiens comme le neveu de Beatrice Webb, Stafford Cripps, stalinien notoire. Malgré ou à cause de son allégeance à la Russie stalinienne, Webb a été nommée présidente de la Fabian Society en 1939, suivie de son neveu en 1951.

Parmi les autres fabiens qui se sont rendus en Russie stalinienne figuraient John Parker et Margaret Cole. Celle-ci est devenue plus tard secrétaire honoraire et présidente de la Fabian Society. Celui-là a organisé des voyages et des « visites éducatives » pour les membres de la Fabian Society en Russie de 1932 à 1960, période durant laquelle il a été secrétaire général de la Fabian Society, avant d’en devenir président (1980-87) (60). Parker a également écrit son propre livre de propagande sur l’Union soviétique, 42 Days in the Soviet Union (1945).
Il apparaît que les liens de la Fabian Society avec Lénine et sa clique remontaient bien avant la Révolution. Joseph Fels, membre de la Fabian Society, riche fabricant de savon et ami proche de Webb et de Shaw, avait prêté 1 700₤, en plus d’un souverain d’or d’argent de poche par délégué, à Lénine, Trotsky et à leur Parti travailliste social-démocrate (plus tard Parti communiste) ) lors de la conférence qu’ils avaient faite à Londres en 1907 (61).

La Fabian Scoiety et le gouvernement mondial

Le but ultime de la Fabian Society a toujours été l’établissement d’un gouvernement socialiste mondial. La Fabian Society a exprimé pour la première fois publiquement son intérêt pour les questions d’organisation internationale dans des documents comme International Government (1916) qui a été à l’origine de la création, trois ans plus tard, de la Société des Nations, en collaboration avec le Groupe Milner. Les dirigeants fabiens qui ont participé à sa création et à son administration étaient Leonard Woolf, Konni Zilliacus, Philip Noel-Baker, Arthur Salter et l’Américain Walter Lippmann, un des contacts du président Woodrow Wilson à la Fabian Society.
A partir des années 1920, le gouvernement mondial a été particulièrement promu par le département des relations internationales de la LSE (financée par le Cassel Trust), où Noel-Baker organisait des cours de politique internationale qui portaient par exemple sur « l’organisation internationale pour la promotion d’intérêts politiques et économiques communs » et où il faisait de la promotion pour les publications de la Fabian Society comme International Government.
En 1941, la Fabian Society a crée le Fabian International Bureau et en a nommé président Noel-Baker. Le FIB participe à la recherche et à la propagande en matière d’affaires internationales et promeut divers projets internationalistes comme l’union de l’Empire britannique avec l’Amérique et la Russie.
Sans surprise, la Fabian Soiety a participé ensuite à la création de l’Organisation des Nations Unies en 1944, en collaboration avec les Rockefeller et leur Council on Foreign Relations (CFR).
L’ONU avait pour membres permanents la Grande-Bretagne fabiano-socialiste, l’Amérique démocratique, la Russie communiste et la Chine maoïste et, dès sa création, elle était dominée par des socialistes comme Paul-Henri Spaak, Trygve Lie, Dag Hammarskjold (62), qui étaient étroitement liés aux fabiens de Londres, qui avaient acquis une position dominante dans le monde socialiste depuis que les dirigeants socialistes européens avaient fui à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.
La Fabian Society est tellement attachée à l’ONU que, dans les années 1950, elle est allée jusqu’à modifier sa « Basis », en s’engageant à appliquer la Charte des Nations Unies et à créer des « institutions internationales efficaces » (63).
Tout en militant pour l’instauration d’un gouvernement mondial par le biais d’organisations internationales « traditionnelles » comme l’ONU et d’établissements d’enseignement comme la LSE, la Fabian Society a également établi un réseau international de partis socialistes et d’autres organisations sous l’égide de l’Internationale Socialiste en 1951 dans le but de coordonner les organisations socialistes du monde entier.
Bientôt, l’Internationale Socialiste a été en mesure d’annoncer ouvertement : « L’objectif ultime des partis de l’Internationale Socialiste n’est rien moins que le gouvernement mondial. Pour y parvenir, ils cherchent à renforcer l’ONU… L’adhésion à l’ONU doit devenir universelle » (64).
Cette position a été ânonnée par les partis socialistes (tous membres de l’IS) du monde entier. Par exemple, le Parti travailliste britannique a déclaré : « Les Travaillistes sont restés fidèles à leur vision à long terme de l’établissement de la coopération Est-Ouest comme fondement de l’évolution d’une Organisation des Nations Unies plus forte vers le gouvernement mondial… Pour nous le gouvernement mondial est l’objectif final et l’ONU l’instrument choisi pour l’atteindre… » (65).
Le gouvernement mondial est resté l’objectif central de la Fabian Society depuis et a été vigoureusement promu par des dirigeants fabiens comme Peter Mandelson, Tony Blair et Gordon Brown.

La Fabian Society et les États-Unis d’Europe

Comme d’autres projets socialistes, l’idée d’États-Unis d’Europe trouve son origine dans les milieux capitalistes libéraux, notamment le cercle de Richard Cobden. Elle avait été adoptée par des socialistes comme Engels et Wilhelm Liebknecht, fondateur du Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne (SDAP) (66).
Dès 1914, alors que la Fabian Society en étudiait la mise en œuvre, l’idée de gouvernement mondial était devenue partie intégrante de la politique officielle du Parti travailliste indépendant (ILP), créé et contrôlé par les fabiens (67). Pendant et après la Première Guerre mondiale, le projet avait été activement promu par des dirigeants fabiens comme Arthur Ponsonby, Joseph Retinger ou d’anciens membres de la Fabian Society comme Arthur Salter et des collaborateurs comme Aristide Briand.
Fait révélateur, le projet a bénéficié du soutien de grands financiers comme Louis von Rothschild de S. M. von Rothschild & Söhne, Vienne. De plus, la volonté politique de créer une fédération européenne allait de pair avec la volonté des financiers internationaux d’établir un nouvel ordre financier mondial fondé sur un réseau de banques centrales contrôlées par eux-mêmes.
Ainsi, en janvier 1920, le libéral Herbert Asquith, le travailliste J. R. Clynes et les agents des Rothschild Paul Warburg, Jacob Schiff et J. P. Morgan Jr., ainsi que les représentants de Bank of England, des Lazard et des Rockefeller ont convoqué conjointement une conférence économique internationale pour réorganiser la structure financière et commerciale mondiale (68). En novembre 1921, Frank Vanderlip de la National City Bank de New York, contrôlée par les Rockefeller et associée à JP Morgan, a présenté le projet d’une « Gold Reserve Bank of the United States » (69), etc.

La Fabian Society et le Bilderberg

Dans ses Mémoires, David Rockefeller a écrit que « les réunions du Bilderberg doivent induire des visions apocalyptiques de banquiers internationaux omnipotents complotant avec des fonctionnaires gouvernementaux sans scrupules pour imposer des projets artificieux à un monde ignorant et sans méfiance » (70).
Des banquiers comme les Rockefeller et leurs associés ne sont peut-être pas omnipotents, mais ils sont certainement très puissants et influents. Quant à comploter avec des fonctionnaires sans scrupules pour imposer leurs projets artificieux au monde, c’est exactement ce qu’ils font. Le groupe Bilderberg lui-même en est un bon exemple.
Selon ceux qui ont participé à sa création, dont David Rockefeller lui-même, le groupe Bilderberg a été fondé par Joseph Retinger, socialiste polonais domicilié à Londres et proche collaborateur de la Fabian Society.
Retinger avait été chargé de coordonner les ministres des Affaires étrangères des divers gouvernements européens en exil à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il est devenu l’un des protagonistes de diverses organisations semi-secrètes œuvrant pour une Europe unie, telles que la Ligue indépendante pour la coopération européenne (ILEC) et la Ligue européenne de coopération économique (ELEC).
L’unification de l’Europe était également un objectif clé de la politique étrangère des États-Unis, comme en témoignent de nombreuses déclarations de dirigeants américains, notamment le discours de Kennedy sur la « Déclaration d’interdépendance » en 1962 (71). Cela ressort également des déclarations de dirigeants britanniques comme le ministre des Affaires étrangères, Ernest Bevin, membre de la Fabian Society, qui a souligné à la Chambre des communes que l’Administration américaine de coopération économique (ECA) était très attachée à l’unification économique et politique de l’Europe. .
L’ECA, gérée par Paul G. Hoffman. était l’agence chargée d’administrer l’aide financière à l’Europe dans le cadre du plan de relance européen connu sous le nom de « plan Marshall ». Le plan avait été initié par le sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques William Clayton. Clayton et Hoffman étaient tous deux membres du Council on Foreign Relations (CFR) et fondateurs de l’US Committee for Economic Development (CED) en 1942 (72). Il s’ensuit que le plan Marshall et l’unification de l’Europe, qui était stipulée comme une condition préalable à l’aide, ont été initiés et conçus par les banquiers internationaux qui, selon David Rockefeller, ne conçoivent pas de projets artificieux avec des politiciens sans scrupules.
Retinger à part, ce sont ces mêmes banquiers et politiciens internationaux qui, en 1954, ont créé le groupe Bilderberg pour coordonner les intérêts commerciaux et politiques américains et européens en vue de créer une Europe unie – conçue principalement comme un marché pour les entreprises américaines, mais aussi comme une étape vers le gouvernement mondial.
Les Etats-uniens à l’origine de la fondation du Bilderberg sont David et Nelson Rockefeller; Joseph E. Johnson, président du Council on Foreign Relations (CFR) et président du Carnegie Endowment for Peace International, contrôlé par les Rockefeller ; Dean Rusk, directeur du CFR, directeur de la Fondation Rockefeller, coprésident du Bilderberg et (à partir de 1961) secrétaire d’État démocrate ; John Foster Dulles et Allen W. Dulles, tous deux membres du CFR. David Rockefeller était lui-même une figure marquante du Senior Advisory Group aux réunions de Bilderberg.
Les Britanniques sont Denis Healey et Hugh Gaitskell, membres du comité exécutif de la Fabian Society. Healey, également à l’origine de la création de l’Internationale Socialiste, était membre du Fabian International Bureau Advisory Committee, avant d’en être nommé président et de devenir plus tard conseiller de Chatham House (RIIA). Reginald (« Reggie ») Maudling, secrétaire économique au Trésor de Churchill, qui était un partisan du programme de nationalisation des Travaillistes, était son collègue « conservateur » au comité de direction du Bilderberg.
Sur le continent, un des membres les plus influents de la Fabian Society était Guy Mollet, Vice-Président de l’Internationale Socialiste, chef de la section française de l’Internationale Ouvrière (plus tard Socialiste) (SFIO) qui deviendra plus tard Premier ministre ; son assistant, Jacques Piette, du comité exécutif de la SFIO, était également membre de la Fabian Society.
Les autres intérêts commerciaux représentés au sein du comité de direction du Bilderberg à partir des années 1960 étaient les familles Rothschild française, suisse et britannique. En fait, les intérêts des Rotchschild y étaient représentés dès le début en la personne du président du Bilderberg, le prince Bernhard des Pays-Bas, actionnaire important du géant pétrolier Royal Dutch Shell, dont sont copropriétaires les Rothschild (73).
Bien que David Rockefeller affirme que le groupe Bilderberg aborde des questions importantes « sans parvenir à un consensus », il n’en demeure pas moins que les réunions du groupe ont joué un rôle crucial dans le développement de projets internationalistes comme le Traité de Rome de 1957, qui est à l’origine de la Communauté économique européenne, aussi appelée « Marché commun » (74).
Bien sûr, aussi important qu’il puisse être, le Bilderberg n’est pas au sommet de la structure du pouvoir international qui travaille à la domination du monde en coulisse. Cette place est réservée à d’autres organisations semi-secrètes comme le Council on Foreign Relations et la Commission Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockefeller.
Dans la Trilatérale nous retrouvons la même constellation d’intérêts que dans le groupe Bilderberg. Elle compte parmi ses premiers membres Denis Healey, de la Fabian Society et de Chatham House ; Sir Reay Geddes, directeur de Shell Transport and Trading (ST & T), filiale britannique de Royal Dutch Shell ; Edmond de Rothschild, directeur de la Banque Edmond de Rothschild France ; Léon Lambert, cousin des Rothschild français, à la tête du Groupe (plus tard Banque) Bruxelles Lambert, et ami personnel de David Rockefeller ; et, bien sûr, David Rockefeller et ses associés (75).
Des membres de la Fabian Society comme R.H. Tawney, John Maynard Keynes, Philip Noel-Baker et Walter Lippmann ont également participé à la création de Chatham House, l’Institut Royal des Affaires Etrangères (RIIA) – dont la LSE est un membre institutionnel – et son organisation sœur , le Council on Foreign Relations (CFR). Ici comme dans le Bilderberg, ces fabiens agissent en qualité d’agents et collaborateurs d’intérêts financiers représentés par les groupes Astor, Morgan, Rockefeller et Schiff (76).

La Fabian Society et l’économie keynésienne

Dès sa création, alors que ses membres se réunissaient régulièrement pour étudier et discuter Karl Marx et ses théories économiques, la Fabian Society était obsédée par l’économie. Cette obsession a conduit les fabiens à créer des institutions telles que la British Economic Association (devenue plus tard la Royal Economic Society) et, en particulier, la London School of Economics (LSE).
L’étrange intérêt des fabiens pour l’économie était motivé par deux raisons. Premièrement, les théories économiques pouvaient servir de caution « scientifique » à leur idéologie socialiste, tout comme elles avaient servi de caution « scientifique » à celles de Marx avant eux. Deuxièmement, par le biais d’institutions éducatives qui enseignaient l’économie fabienne, ils ont consciemment cherché à créer des générations entières d’économistes professionnels – une nouvelle classe dirigeante – qui, une fois devenus fonctionnaires, appliqueraient les politiques de la Fabian Society (77).
Inutile de dire que, contrairement à des sciences comme la physique, qui sont basées sur des faits du monde naturel universellement acceptés, l’économie a plus à voir avec l’idée que les économistes se font du comportement financier des gens. Il en résulte des théories contradictoires qui montrent clairement que l’économie n’est pas une science ; l’économie reste à ce jour un système en proie à des conflits théoriques.
Malheureusement, les machinations de Sidney Webb ont eu pour effet que la Commission royale a reconnu l’économie comme une science (78), juste à temps pour que la LSE devienne une faculté de l’Université de Londres dans le cadre de sa réorganisation en 1900. Cela a ouvert la voie à l’infiltration et à la domination de la société – pour de nombreuses générations à venir – par une clique déterminée à imposer le socialisme au monde.
La caractéristique principale de l’« économie » fabienne – que le fabianisme partage avec d’autres systèmes socialistes – est le contrôle des ressources et de la production par l’État : dans leur Manifeste de 1884, les fabiens avaient déjà appelé à la nationalisation des terres et au contrôle étatique de l’industrie.
C’est un point important qui montre que la principale préoccupation des fabiens était l’acquisition du pouvoir et non le bien-être du public. En effet, comme l’ont admis plus tard les dirigeants de la Fabian Society, les fabiens n’avaient aucune véritable connaissance pratique ni de la société de leur époque, ni du socialisme et, en particulier, aucune connaissance des « revendications et des objectifs des travailleurs ».
Dans son histoire de la Fabian Society, Shaw décrit avec franchise l’indifférence des fabiens aux aspirations de la classe ouvrière (79). En fait, les fabiens ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ni comment « reconstruire la société » (80). En revanche, il savaient comment s’emparer du pouvoir.
Les fabiens ont adopté presque après coup les politiques relatives aux heures de travail ou aux salaires dans le but évident de faire passer le fabianisme pour un mouvement soucieux des intérêts de la classe ouvrière (81).
Tout cela révèle que le fabianisme est un projet aussi artificieux que le marxisme, auquel ses cerveaux ont emprunté leurs théories économiques. Pour faire accepter l’idée du contrôle de l’État sur l’économie, les fabiens ont exigé de l’État qu’il subvienne davantage aux besoins matériel des citoyens et, dès 1942, le rapport Beverdige jetait les bases du programme de sécurité sociale du berceau à la tombe.
Une grande partie du rapport Beveridge avait en fait été anticipée par les travaux du Fabian Research Bureau, qui ne seront cependant publiés qu’en 1943, sous le titre de « Social Security », sous la direction de William Alexander Robson (82), ancien étudiant en sciences politiques qui agissait en qualité d’« expert » pour les fabiens et de conseiller auprès des autorités locales. En outre, le Fabian Social Security Committee n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir le « rapport Beveridge », notamment en créant la Beveridge Social Security League.
Beveridge lui-même était un collaborateur de longue date de la Fabian Society, avait été directeur de la LSE de 1919 à 1937 et était un ami de la famille Rockefeller, qu’il avait sollicité pour financer la LSE (83).
Bien que plusieurs personnalités politiques aient exprimé des inquiétudes quant aux conséquences financières des politiques proposées dans le rapport Beveridge, elles ont été adoptées et mises en œuvre par le gouvernement Attlee, jetant ainsi les bases de l’État-providence moderne.
Le rapport Beveridge concordait évidemment avec les théories de John Maynard Keynes qui, en tant que secrétaire général de longue date et plus tard président de la Royal Economic Society, était l’économiste officiel de la Fabian Society.
Bien qu’officiellement membre du Parti libéral, Keynes était sans aucun doute un fabien (84). Lorsque le Parti travailliste est revenu au pouvoir en 1929, Keynes a été nommé membre du Macmillan Committee on Finance and Industry, formé le 5 novembre de cette même année pour étudier l’impact du système bancaire sur l’économie et de l’Economic Advisory Council, créé en janvier 1930 pour conseiller le gouvernement sur tous les aspects de la politique économique.Il est vite devenu un apôtre des déficits publics, c’est-à-dire qu’il conseillait aux gouvernements de financer des projets public avec de l’argent qu’ils n’avaient pas.
Sans surprise, Keynes a été l’un des architectes de la conférence de Breton Woods (1944), lors de laquelle ont été créés la Banque mondiale et le FMI, qui sont devenus des instruments de financement du socialisme mondial. Il a également dirigé la délégation britannique qui a négocié le prêt de 4,34 milliards de dollars des États-Unis à la Grande-Bretagne à Washington à la fin de 1945 et au début de 1946.
A l’instar de l’autre faux prophète du socialisme, Karl Marx, Keynes était un fieffé charlatan, comme en témoigne le fait qu’il a utilisé son influence au Trésor pour manipuler les prix et accumuler une fortune par la spéculation boursière. Quant à sa théorie générale, elle était fondée sur une logique controuvée et des suppositions non fondées (85).
Après avoir réussi à élever Keynes au rang de grand gourou économique des gouvernements de gauche en Grande-Bretagne, la machine de propagande de la Fabian Society lui a permis d’exporter ses théories fausses en Amérique, où elles ont été adoptées par les partisans du socialisme. .
Pendant ce temps, l’expérience socialiste échouait en Grade-Bretagne. En 1950, après cinq années de gouvernement fabiano-socialiste, il devenait clair que le socialisme était incapable de résoudre les problèmes pratiques. L’industrie publique était inefficace et improductive; la gestion était assurée par une nouvelle élite d’« experts » indifférents aux intérêts des travailleurs ; le contrôle de l’État sur la vie économique suscitait le ressentiment ; les conférences de partis soulevaient plus de problèmes, liés à l’entreprise, à la fiscalité et à la réforme gouvernementale, qu’elles n’en résolvaient ; le soutien populaire s’évaporait rapidement et les dirigeants de la Fabian Society ont été forcés de reconnaître que les gens étaient de moins en moins convaincus que le socialisme était une source de bienfait ou même qu’il pouvait permettre d’améliorer les conditions de vie (86).
Bien que le Parti travailliste ait essuyé une défaire cuisante aux élections de 1951, le système financier international de Keynes et le plan Marshall ainsi que les généreux prêts des administrations américaines de gauche ont littéralement sauvé le socialisme britannique d’une mort certaine et l’ont maintenu en vie. C’est ainsi que les dépenses gouvernementales croissantes, les taxes toujours plus élevées, la dette nationale et le contrôle de l’État au nom de la « croissance économique » permanente et le « progrès social » sont devenus les fléaux des nations dominées par les socialistes.

La Fabian Society, l’immigration et la race

La Fabian Society n’a pas toujours été en faveur de l’immigration. Dans les premières années de son existence, par exemple, elle conseillait au gouvernement de restreindre l’immigration des travailleurs étrangers non qualifiés (87). Bien évidemment que la Fabian Society n’était pas en faveur de l’immigration à la fin du XIXe siècle, car les candidats à l’immigration en Grande-Bretagne étaient alors dans leur écrasante majorité de race blanche. La Fabian Society est devenue favorable à l’immigration au moment même où la tendance s’étant brusquement inversée).
Plus tard, cependant, un nombre sans cesse croissant d’immigrants est entré dans le pays grâce à la loi sur la nationalité britannique adoptée par le gouvernement fabien Attlee en 1948.
À la fin des années 1960, les gouvernements travaillistes ont été contraints d’introduire une législation restreignant l’immigration. Alors que la plupart de leurs membres – dont la plupart étaient des fabiens – soutenaient cette législation, certains dirigeants de la Fabian Society s’opposaient au contrôle de l’immigration, notamment l’ancienne secrétaire générale de la Fabian Society, Shirley Williams, ministre de l’Intérieur (88).
Les dirigeants de la Fabian Society ont fini par prendre clairement le parti de la population immigrée. Au début des années 1980, le Parti travailliste faisait campagne pour l’élimination des restrictions à l’immigration liées à l’âge, au sexe, à la citoyenneté et au lieu de naissance, qui avaient pratiquement toutes été introduites par le Parti conservateur.
Comme un grand nombre d’immigrants venaient de régions non-blanches comme les Caraïbes, l’Asie du Sud et l’Afrique, l’immigration était inévitablement liée à la race, ce qui a fourni aux fabiens l’occasion d’utiliser les rapports de force entre blancs et non-blancs.
À la fin des années 1950, les intérêts des minorités ont commencé à devenir une préoccupation majeure de la Fabian Society et du Parti travailliste, comme le prouve une série de publications telles que Racial Discrimination du Parti travailliste (1958), Strangers within (1965) de la Young Fabian Society et Immigration and Racial Relations (1970) de la Fabian Society.
En peu de temps, la « discrimination raciale » a été remplacée par la « discrimination positive » en faveur des minorités immigrées. Par exemple, dans les années 1960 et 1970, les autorités locales, sous le contrôle de la Fabian Society, ont mis en place des programmes visant à faciliter l’accès au logement aux immigrants non blancs par le biais de prêts et d’emplois réservés (89). Ces autorités comprenaient le Greater London Council (GLC), organe directeur du Grand Londres, qui était issu du London County Council (LCC), organisme dominé par les fabiens depuis les années 1890. Comme son prédécesseur, le GLC (établi en 1965) est contrôlé par les fabiens ; Tom Ponsonby, secrétaire général de la Fabian Society (1964-76) et gouverneur du LSE, en a été échevin puis président dans les années 1970.
Les fabiens ont joué un rôle déterminant dans la conception et la mise en œuvre d’un système de législation sur les relations raciales (90). Le Race Relations Act de 1965 a été présenté par le ministre de l’Intérieur fabien Frank Soskice. Le RRB (Race Relations Board), dont cette loi prévoyait la création, a effectivement été créé l’année suivante par le nouveau ministre de l’Intérieur et ancien président de la Fabian Society, Roy Jenkins.
En 1967, Jenkins a rédigé un projet de loi sur les relations raciales qui devait être à l’origine du deuxième Race Relations Act adopté l’année suivante par son collègue fabien et successeur James Callaghan et de la création de la Community Relations Commission (CRC). En 1976, Jenkins, redevenu ministre de l’Intérieur, a fait passer le troisième Race Relations Act, qui a fusionné le RRB et la CRC dans la Commission for Racial Equality (CRE), en la dotant de nouveaux pouvoirs d’exécution.
La Commission for Racial Equality et l’Equal Opportunities Commission (EOC) – également créée par Jenkins en 1975 -, joints à un large éventail de programmes axés sur l’aide aux immigrants, sont devenus les instruments par lesquels les fabiens ont promu leurs politiques d’immigration.

Anthony Lester, un de ceux qui ont œuvré le plus en faveur des relations interraciales, a été conseiller spécial de Jenkins, Trésorier honoraire et plus tard président (1972-1973) de la Fabian Society et proche collaborateur des commissions mentionnées ci-dessus, il a fondé le Runnymede Trust et est l’auteur de diverses publications faisant la promotion du programme fabien « Policies for Racial Equality » (1969).
Des documents programmatiques de la Fabian Society comme A Policy for Equality: Race (ILEA, 1983) montrent que, dans les années 1980, sous prétexte d’égalité raciale, la politique des fabiens visait à changer ce qu’elle avait identifié comme étant « les rapports de force entre blancs et noirs » en faveur de la population immigrée non-blanche.
Enfin, les gouvernements fabiano-socialistes Blair-Brown de 1997-2010 ont mis en œuvre un large éventail de politiques en faveur des immigrés d’origine extra-européenne, notamment en facilitant systématiquement l’immigration de masse dans le but de changer la société britannique (Green, 2010).
La position de la Fabian Society sur l’immigration ressort clairement de publications fabiennes comme The Great Rebalancing: How to fix the broken economy (2013), qui promeut l’idée que « l’immigration est au centre de notre stratégie de croissance » et de déclarations de dirigeants fabiens comme son secrétaire général, Andrew Harrop, pour qui « [l]es politiciens travaillistes doivent parler de l’immigration précisément parce que les gens sentent que c’est un sujet tabou […]. Les électeurs doivent sentir qu’ils ont la « permission » de faire part de leurs préoccupations au sujet de l’immigration et que les politiciens sont prêts à les écouter » ; « parler de l’immigration peut aussi aider à modérer l’opinion, car le silence laisserait le terrain libre aux affirmations folles de la droite » (91).
La « croissance » économique – qu’elle soit réelle ou imaginaire – n’explique pas à elle seule ces politiques d’immigration. Le document travailliste à l’origine du programme d’immigration de masse de populations de couleur au début des années 2000 montre très clairement que cette politique avait pour but de « maximiser les objectifs économiques et sociaux du gouvernement » (92). Nous verrons plus bas quels sont ces « objectifs sociaux ».

La Fabian Society et le multiculturalisme

Les premiers dirigeants de la Fabian Society préconisaient déjà la destruction de la culture britannique, comme l’illustre le tire d’une conférence donnée au cours de l’une de leurs réunions en 1889 : Civilization: Its Cause and Cure (1889). A la même époque, Shaw considérait comme une « bonne politique » de dynamiter toutes les cathédrales sans se soucier de l’opposition des critiques d’art (93).
Dans les années 1950, les principaux membres de la Fabian Society, comme Hugh Gaitskell, C. A. R. Crosland et Roy Jenkins, qui étaient à la solde des intérêts financiers internationaux, ont commencé à « moderniser » la société britannique selon le modèle américain et, pour ce faire, ils lancé une campagne de promotion systématique de la culture américaine en collaboration avec le Congress of Cultural Freedom (CCF) – financé par la CIA – et les fondations Rockefeller et Ford (94).
La culture américaine promue par ces intérêts était saturée d’éléments afro-américains tels que le jazz, éléments encore renforcés par des musiques d’origine afro-caribéenne comme le reggae dans les années 1960 et 1970 et, plus tard, par des genres apparentés, comme le rap et le hip-hop, moyens de pénétrer à grande échelle et de remplacer progressivement la culture européenne par des traditions non européennes.
Pendant ce temps, un nombre croissant d’immigrés, en particulier les Sud-Asiatiques (Indiens et Pakistanais), ont commencé à refuser de s’assimiler à la société britannique (95). Au lieu d’encourager l’assimilation de la population immigrée, la gauche, sous le Premier ministre fabien Harold Wilson, a réagi en leur imposant le multiculturalisme, sous couvert d’« intégration » à la société indigène (96).
Dans un discours prononcé à l’occasion d’une réunion des Comités de Liaison Volontaires le 23 mai 1966, le ministre de l’Intérieur et ancien président de la Fabian Society Roy Jenkins a défini l’intégration comme « l’égalité des chances et la diversité culturelle » (97). Ainsi, la diversité culturelle imposée par l’État, plus tard appelée « multiculturalisme », est devenue la politique officielles des gouvernements fabiano-travaillistes.
Cette politique de diversité culturelle imposée par l’État était étroitement liée à l’immigration de masse de populations de couleur. À la fin des années 1990, le régime fabiano-travailliste de Blair s’est lancé dans un programme d’immigration de masse systématique dans le but explicite de rendre la société britannique « plus multiculturelle » (98).
Le programme multiculturaliste du Parti travailliste s’inscrivait pleinement dans le programme de groupes fabiens comme le Runnymede Trust, dont la Commission on the Future of Multi-Ethnic Britain (formée en 1998 pour promouvoir la « justice raciale ») a exigé de la Grande-Bretagne qu’elle déclare formellement être une société multiculturelle et a appelé les dirigeants politiques à « ré-imaginer la Grande-Bretagne » (99).
La publication du rapport du CFMEB en octobre 2000 a-coïncidé avec celle d’un document confidentiel rédigé par le Home Office en collaboration avec le think-tank blairien Performance and Innovation Unit (PUU) : le Preliminary Report on Migration, qui portait sur les « objectifs sociaux » de la politique d’immigration du gouvernement (100).
Comme nous venons de le voir, ces « objectifs sociaux » tournaient autour de l’évolution de la culture britannique. Comme l’ont souligné un certain nombre de commentateurs, il s’agissait d’un programme délibéré de transformation de l’identité culturelle du peuple britannique. Melanie Phillips a justement qualifié ce programme de « sabotage culturel national » (101).
Cependant, les changements les plus importants et les plus spectaculaires que l’immigration de masse entraîne dans une société ne sont pas culturels mais démographiques, c’est-à-dire ethniques et raciaux. Il n’est pas possible d’importer des millions de personnes ethniquement et racialement distinctes dans un territoire donné sans changer la composition ethnique et raciale de la population hôte. Il s’ensuit que le programme réel de la politique fabiano-Labour consistait à changer la composition ethnique et raciale de la société britannique.
C’est un point très important, étant donné que, si la destruction de l’identité culturelle d’une nation est moralement condamnable, la transformation forcée de la composition ethnique et raciale d’une population est une entreprise d’un tout autre ordre, qui correspond à la définition généralement acceptée du génocide, crime très grave, non seulement d’un point de vue moral mais aussi d’un point de vue juridique.
Ces événements alarmants ont été signalés par un certain nombre de commentateurs, de Leo McKinstry, qui note qu’il y a une « campagne de discrimination agressive contre la population indigène de l’Angleterre », qui va de la discrimination contre les individus à la discrimination contre des villes entières » (102), à Tony Shell, qui décrit la situation comme un « changement de population génocidaire » et un « génocide progressif » (103).
Comme l’a admis le secrétaire général de la Fabian Society Sunder Katwala, le multiculturalisme en Grande-Bretagne n’a jamais réussi à intéresser la majorité de la population blanche (104). Les rapports de son groupe de réflexion British Future ont montré que les Britanniques autochtones sont beaucoup moins optimistes quant à leur avenir que la population immigrante (noire et asiatique) (105). Katwala ne semble pas (ou ne veut pas) comprendre qu’aucun projet visant à remplacer une population par une autre ne peut bénéficier du soutien de la population à remplacer.
Il ne fait aucun doute que, si ces politiques étaient appliquées à des populations non européennes, leurs architectes seraient accusés par les fabiens d’être des « colonialistes », des « impérialistes » et des « racistes ». Les conservateurs avaient absolument raison d’exiger une enquête indépendante sur la question. Cependant, il n’est nul besoin d’une enquête pour se rendre compte que le fabianisme est et a toujours été un projet anti-britannique à double visage.
Le multiculturalisme n’est pas et ne sera jamais un projet représentant les intérêts et les souhaits de la population indigène britannique. Pour savoir quels sont les intérêts que sert le multiculturalisme, il suffit de connaître ses architectes et leurs relations.
Il est indiscutable que le projet multiculturaliste a été bâti par des intérêts politiques tels que la direction de la Fabian Society et celle du Parti travailliste. Mais la part qu’y ont pris les intérêts financiers est tout aussi importante. Roy Jenkins, membre et ancien président de la Fabian Society, a rejoint la Commission Trilatérale de David Rockefeller dans les années 1970. Le gouvernement Wilson lui-même était financé par le Fonds monétaire international (FMI), qui était dirigé par des membres de la Commission trilatérale et du Conseil des relations étrangères (CFR) (106).
Ainsi, un lien clair peut être établi non seulement entre le multiculturalisme et le fabianisme, mais aussi entre le multiculturalisme et la puissance financière internationale. Ce qui unit le fabianisme et les puissances d’argent, c’est qu’ils ont tous deux pour objectif de détruire l’État-nation pour établir un gouvernement mondial.

La Fabian Society et l’islamisation

Les fabiens ont toujours eu un faible pour l’exotisme et, en particulier, pour les mouvements religieux et pseudo-religieux subversifs qui se prêtaient à être utilisés à leurs fins, dont la franc-maçonnerie (des dirigeants fabiens comme Annie Besant, A. Orage et Clement Attlee, appartenaient à des loges maçonniques), la théosophie (dont Besant était aussi une des leaders) et « Quatrième Voie » de Gurdjeff.
L’intérêt de la Fabian Society pour l’Islam et son soutien à cette religion étaient motivés par les facteurs suivants :

· La politique de l’Empire britannique. Dès le début, le soutien britannique à l’islam était étroitement lié aux intérêts impériaux en Asie du Sud, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
· Le caractère «révolutionnaire» de l’islam. Les enseignements socialistes et cobdeniens de l’Islam, tels que la « fraternité universelle » et son opposition au christianisme, en ont fait un allié commode des fabiens dans leur tentative constante de saper la société et la civilisation occidentales.
Dans ses écrits, H. G. Wells a salué l’insistance de l’Islam sur « la fraternité parfaite et l’égalité devant Dieu », tandis que Shaw écrivait que Mahomet était « une grande force religieuse protestante » comme George Fox ou Wesley. Annie Besant et Bertrand Russell comptaient parmi les autres dirigeants de la Fabian Society qui faisaient l’apologie de l’islam (107).
· La fabianisation du monde musulman. Les incursions du fabianisme dans le monde musulman, en particulier en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, rendaient impératives les relations amicales avec l’Islam.
Les intérêts pétroliers. L’objectif que s’étaient fixés les fabiens de contrôler les ressources naturelles – objectif qui coïncidait avec celui des grandes compagnies pétrolières – les obligeait à avoir des relations amicales avec l’Islam.
· L’ascension de l’Islam au rang de puissance mondiale. Issu des revenus pétroliers, le pouvoir économique et politique grandissant du monde musulman rendait de nouveau impératives des relations amicales avec l’Islam.
· L’immigration de masse musulmane. L’immigration massive des musulmans d’Asie du Sud et d’Afrique, favorisée par la politique fabiano-travailliste, a créé de nouvelles réalités démographiques et électorales que les gouvernements fabiano-travaillistes – locaux et nationaux – ont pleinement exploitées à leur avantage.

Comme le pétrole devenait rapidement une marchandise précieuse grâce aux efforts des intérêts industriels et bancaires comme les Rothschild et les Rockefeller – qui contrôlaient les empires Royal Dutch Shell et Standard Oil (plus tard Exxon) – les fabiens et leurs collaborateurs parmi les élites dirigeantes de l’empire britannique pouvaient difficilement éviter d’adopter une position pro-musulmane.
Ainsi, en 1914, le gouvernement du Premier ministre libéral Herbert Asquith a déclaré : « Une des traditions fondamentales [du gouvernement] est d’être un ami de l’Islam et des musulmans et de défendre le Khalifat islamique, même s’il s’agit d’un Khalifat conquérant comme le Khalifat turc… » (108).
Asquith et son secrétaire aux Affaires étrangères Edward Grey étaient tous deux proches de la Fabian Society. Asquithn ami proche de Shawn a aidé le fabien Ramsay MacDonald à devenir Premier ministre en 1924 et 1929. Gray était un membre du Coefficients Club de la Fabian Society, où la collaboration entre la Fabian Society, le Milner Group et divers partis politiques et intérêts commerciaux était étudiée et planifiée.
Cette position officielle pro-musulmane a été confirmée par le secrétaire d’État fabien pour l’Inde (Lord) Sydney Olivier, qui a écrit : « Aucun de ceux qui connaissent bien les affaires indiennes ne peut nier que, dans l’ensemble, la bureaucratie britannique est bien disposée à l’égard de la communauté musulmane, en partie en raison d’affinités, mais plus largement parce que cette communauté sert de contrepoids au nationalisme hindou » (109).
Les principaux promoteurs de l’islam parmi les fabiens et leurs sympathisants étaient :

· Herbert (plus tard Lord) Samuel, ami intime des Webb. En 1921, alors qu’il était Haut Commissaire pour la Palestine, il a nommé Mohammed Amin al-Husseini Grand Mufti de Jérusalem. Al-Husseini a joué plus tard un rôle important dans les Frères musulmans, le Califat et la Ligue arabe.
· Muhammad Ali Jinnah, membre de la Fabian Society. En collaboration avec le président du Fabian International Bureau et secrétaire du Commonwealth Philip Noel-Baker et le secrétaire aux Affaires étrangères fabien Ernest Bevin, Jinnah a promu la création du Pakistan en tant qu’état musulman indépendant et, après la partition, le rattachement du Cachemire au Pakistan.
· Mahatma Gandhi, membre de la Fabian Society. En 1920, Gandhi a soutenu Khilafat, mouvement qui voulait restaurer l’Empire musulman et est devenu membre du Comité central du Khilafat.

· Lord Rothschild, président de la LSE. Après avoir participé à la création du London Mosque Fund en 1910, il en a été l’administrateur jusqu’à sa mort en 1915. Le projet a reçu le soutien de l’ancien directeur du Muhammadan College of Aligarh et du conférencier de la LSE Theodore Morison et a débouché sur l’ouverture de l’East London Mosque et de l’Islamic Culture Center en 1941, la création de la UK Islamic Mission en 1962 et du London Muslim Centre (LCM) en 2004. Selon son site web, le site ELM-LCM de Whitechapel (Tower Hamlets) est appelé à devenir le plus grand complexe islamique d’Europe occidentale.

Les répercussions de la pénétration de la Fabian Society dans les pays musulmans

À partir du début des années 1890, les fabiens ont passé le plus clair de leur temps à créer des branches de la Fabian Society ou à répandre tranquillement leurs enseignements dans presque tous les pays de la planète (110). Le Moyen-Orient islamique et l’Afrique du Nord n’ont pas fait exception.
En 1922, la Turquie est devenue une république laïque et occidentalisée. Des années 1950 aux années 1970, le socialisme à l’arabe s’est répandu dans le reste du monde islamique : en Égypte, en Syrie, en Irak, en Algérie, en Libye et même en Arabie Saoudite où le prince Talal Ibn Saud, frère du roi, a déclaré être « un socialiste fabien » (111).
Cependant, un contre-mouvement parallèle se développait en même temps, souvent avec l’aide de l’Occident (y compris des fabiens). Parallèlement à la création de la Ligue Arabe (1945), du Conseil de l’Unité Économique Arabe (1957) et du Marché Commun Arabe (1964), apparemment à l’imitation d’organisations occidentales similaires, d’autres corps ont émergé dont le programme était clairement islamique.
L’une de ces organisations était l’Organisation de la Conférence Islamique, qui a été créée en 1972 pour préserver les valeurs sociales et économiques islamiques et promouvoir la solidarité entre ses membres et dont les institutions devaient être une Banque Islamique de Développement, une Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture et une agence de presse islamique internationale.
La raison de cette affirmation musulmane était due à la dépendance croissante de l’Occident vis-à-vis du pétrole arabe. Lors de la conférence annuelle de 1955, un dirigeant travailliste a déclaré que le Moyen-Orient était le principal problème dans le monde parce que c’était là que se situaient la plupart des réserves mondiales de pétrole (112).
Les réserves de pétrole de la Grande-Bretagne étaient alors raisonnablement sûres. En 1953, le Premier ministre Winston Churchill et le président Eisenhower ont décidé de renverser le Shah – le coup d’Etat serait mené par le MI6 et la CIA – pour le remplacer par un régime fantoche et placer les ressources pétrolières de ce pays sous le contrôle de l’AngloIranian Oil Company (plus tard BP) (113). Le reste des importations de pétrole britannique (environ la moitié) provenait du Koweït.
Un tournant dans les relations entre musulmans et Occidentaux a eu lieu en 1973, lorsque les pays arabes producteurs de pétrole (OPEP) ont imposé un embargo pétrolier sur les États-Unis et plusieurs pays d’Europe occidentale qui avaient soutenu Israël dans la guerre israélo-arabe du Yom Kippour. Dans le même temps, les prix du pétrole ont quintuplé et les économies consommatrices de pétrole sont devenues largement déficitaires.
Tandis que les principaux pays industrialisés, comme les États-Unis, l’Allemagne et le Japon réduisaient sensiblement leurs déficits par la déflation, le gouvernement travailliste dirigé par le chancelier Healey a décidé de financer le déficit britannique en empruntant aux banques d’affaires ainsi qu’à l’Iran et à l’Arabie saoudite.
Healey a également proposé un mécanisme international par lequel le FMI emprunterait des excédents de pétrodollars auprès de l’OPEP pour les prêter aux pays consommateurs de pétrole qui luttaient pour financer leurs déficits. Les États-Unis s’y sont opposés, mais il a réussi à faire approuver par le Conseil d’administration du FMI une facilité plus modeste (114) pour les pays d’Europe occidentale (115) nommée « Second Witteveen Oil Facility » d’après le directeur général du FMI, Johannes Witteveen, ancien ministre des Finances des Pays-Bas, qui visait à transformer le FMI en une banque mondiale centralisée. Ainsi, d’un seul coup, l’Europe est passée du rang de puissance coloniale à celui de dépendance du monde arabe.

Le dialogue euro-arabe et le nouvel ordre mondial fabien

Alors que, en raison de ces manœuvres, la Grande-Bretagne et les autres pays européens étaient désormais endettés envers l’OPEP et le FMI, un autre plan diabolique était conçu pour rapprocher encore plus l’Europe du monde islamique.
En 1973, le sous-secrétaire français aux Affaires étrangères Jean-Noël de Lipkowski a entamé des discussions pour un dialogue euro-arabe avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi (116). En novembre, le président Georges Pompidou et le chancelier ouest-allemand Willy Brandt se sont rencontrés pour réaffirmer leur intention d’engager un « dialogue avec les Arabes ». Sous l’impulsion de Pompidou, un sommet européen s’est tenu les 14 et 15 décembre à Copenhague, pour lancer le dialogue euro-arabe (EAD).
Pour découvrir les intérêts qui se cachent derrière le projet euro-arabe, il suffit de s’intéresser à ses protagonistes. Il est de notoriété publique que toute l’administration Pompidou, du sous-secrétaire Lipkowski au ministre des Affaires étrangères Jobert en passant par Pompidou lui-même, était pro-arabe. Le gouvernement Pompidou était proche des intérêts des Rothschild. Pompidou lui-même avait été directeur général des la Banque Rothschild Frères à Paris et directeur de l’empire Rothschild jusqu’en 1962, lorsqu’il était devenu Premier ministre dans le gouvernement de de Gaulle.
Le « développement de l’Afrique » avait toujours été un des objectifs des Rothschild et avait été inscrit dans la déclaration Schuman de 1950 – qui créait la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CEE) – sur l’insistance du cousin Rothschild et ancien dirigeant de l’empire Rothschild René Mayer (117). L’Afrique du Nord était particulièrement intéressante pour les Rothschild (et donc pour l’administration Pompidou), en particulier les pays arabes producteurs de pétrole comme l’Algérie et la Libye, avec lesquels les Rothschild et le gouvernement français étaient liés par des intérêts pétroliers. La Compagnie Française des pétroles (CFP) et la FRANCAREP des Rothschild exploitaient des gisements de pétrole dans la région aux côtés de Shell (Rothschild), d’Exxon (Rockefeller) et d’autres grandes entreprises européennes et états-uniennes.
Le programme fabien de nationalisation imposé à la Grande-Bretagne sous le gouvernement Attlee après la guerre avait inspiré des pays pétroliers comme l’Iran, où le socialiste Mohammad Mossadegh avait nationalisé l’industrie pétrolière au début des années 1950, suivi par d’autres pays musulmans dans les années 1960 et 1970. L’Algérie et la Libye ont commencé à nationaliser les intérêts pétroliers français et occidentaux en 1971. La Libye était à la tête de la conspiration arabe contre l’Occident et, comme son voisin algérien, elle était dirigée par un socialiste, le colonel Kadhafi, dont les liens étroits avec la LSE et d’autres organisations fabiennes sont décrits dans Socialism Exposed.
Un autre des socialistes qui étaient impliqués dans la conspiration euro-arabe était le chancelier allemand Willy Brand, qui avait débuté sa carrière politique en tant que cofondateur et dirigeant du Bureau international des organisations révolutionnaires de jeunesse, organisation de jeunesse du Centre révolutionnaire international marxiste, appelée aussi « London bureau ». Le Bureau était contrôlé par Fenner Brockway, membre du Parti travailliste indépendant, chef de la League Against Imperialism et membre éminent de la Fabian Society (118).
En 1970, Brandt a mis en œuvre l’Ostpolitik, politique de collaboration avec le Bloc de l’Est, à l’instigation du conseiller américain à la sécurité nationale et lieutenant des Rockefeller Henry Kissinger. Brandt était aussi un ami et collègue de longue date de Healey et, en tant que leader du parti social-démocrate allemand, une personnalité de premier plan de l’Internationale Socialiste que Healey avait créée dans les années 1950 et dont Brandt avait été nommé président en 1976.
L’année suivante, Robert McNamara, conseiller présidentiel américain, président de la Banque mondiale, directeur du CFR et associé des Rockefeller, a nommé Brandt à la tête de la Commission indépendante sur les questions de développement international (Commission Brandt). La Commission a remis un rapport qui préconisait un « dialogue Nord-Sud » impliquant le transfert des ressources du Nord (les pays développés de l’hémisphère Nord ou du « Premier Monde ») vers le Sud (l’hémisphère Sud non développé ou Tiers-Monde) (119). Les propositions de Brandt, en particulier la création d’un organisme mondial de gestion de l’interdépendance économique (120), s’inspiraient clairement de la facilité Witteveen conçue par Healey pour le FMI et de projets fabiens similaires.
Kissinger et McNamara étaient devenus amis avec Healey, respectivement depuis les années 1950 et depuis les années 1960 (121) et le Premier ministre conservateur Edward Heath, qui, quant à lui, l’était devenu au Balliol College, a joué un rôle déterminant dans la création de la Communauté économique européenne ou Marché commun – avec l’appui de Pompidou et de Willy Brandt. Fait intéressant, le directeur général du FMI, Witteveen qui est aussi devenu un ami de Healey, était un adepte de ce que Healey appelle « la religion perse du soufisme ». En fait, le soufisme est une forme d’islam.
Un autre élément clé de l’équation était les intérêts britanniques des Rothschild. Comme leurs homologues français, les gouvernements britanniques entretenaient traditionnellement des liens étroits avec les Rothschild. Lorsque le président du Fabian International Bureau, Philip Noel-Baker, est devenu ministre des Affaires étrangères en 1945, il s’est entouré de membres du cercle de Lord Victor Rothschild (122).
De son côté, Victor Rothschild s’est entouré de fabiens et de communistes comme John Strachey, Anthony Blunt (espion soviétique), Guy Burgess (autre espion soviétique) et la petite nièce de Beatrice Webb, Teresa (« Red Tess »), qui habitaient tous dans la maison des Rothschild rue Bentinck. Rothschild a été élu au parlement sous l’étiquette travailliste en 1945 et, l’année suivante, il a épousé Teresa Georgina Mayor qui avait été son « assistante personnelle » au MI5 durant la guerre et qui était maintenant la secrétaire privé de Noel-Baker (123).
Noel-Baker est devenu président du Parti travailliste en 1946 et plus tard secrétaire du Commonwealth et ministre des Combustibles et de l’Exergie. Rothschild a occupé le poste de directeur de la recherche chez Royal Dutch Shell de 1961 à 1970, puis celui de directeur fondateur du Central Policy Review Staff (CPRS), think-tank qui a conseillé le gouvernement de 1971 à 1974, avant de devenir président de NM Rothschild et Rothschild Continuation (holding zurichoise du groupe bancaire Rothschild).
Inutile de dire que les Rothschild (des deux côtés de la Manche) étaient favorables à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne et participaient à divers projets de la CEE comme l’European Composite Unit (EURCO), précurseur de l’euro (124). De plus, comme indiqué au début de cette étude, les fabiens et leurs associés financiers avaient été des pionniers de l’Union Européenne dès le début des années 1900.
Ce qui est frappant, c’est la rapidité avec laquelle se sont enchaînés les événements qui devaient mener à l’instauration du Nouvel ordre économique mondial que les fabiens et leurs collaborateurs et bailleurs de fonds financiers et industriels avaient planifié et promu pendant des décennies. Pour ne citer que les plus importants :

· Nationalisation du pétrole dans les pays arabes socialistes, notamment en Afrique du Nord comme la Libye (qui fournissait 25% du pétrole de l’Europe occidentale), 1971-1973.
· Élargissement de la Communauté économique européenne, 1973.
· Entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE, 1973.
· Lancement de la European Composite Unit des Rothschild, 1973.
· Fondation de la Commission Trilatérale des Rockefeller, 1973, dont le fabien Roy Jenkins était un membre fondateur et dont Healey et son ami Heath sont devenus membres plus tard.
· Lancement du Dialogue euro-arabe par Pompidou et Brandt, 1973.
· Établissement du nouvel ordre économique international des Nations Unies (NIEC), 1974.
· Mise en place par le FMI de la facilité de prêt « Witteween » conçue par Healey, 1974-75.
· Formation de la Commission Brandt des Nations Unies prônant un dialogue Nord-Sud et la redistribution des ressources du « Premier Monde » au Tiers Monde, 1977-1980.

Il s’ensuit que le Dialogue Euro-Arabe était en fait un dispositif régional au sein du Nouvel Ordre Économique International (125) qui était en train d’être forgé par une petite clique de politiciens internationalistes de gauche – dont de nombreux fabiens ou de sympathisants du fabianisme -, qui avaient des liens étroits avec de puissants intérêts financiers comme ceux des Rothschild et des Rockefeller.

Le processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée : du « dialogue » à l’« Union »

La construction de l’Europe-Arabie (Eurabia) s’est arrêtée temporairement en 1979 à la demande du partenaire de la CEE, la Ligue arabe, à la suite des accords de Camp David entre l’Égypte et Israël, qui ont entraîné l’exclusion de l’Égypte de la Ligue et une scission dans le camp arabe. Les tentatives de relance du dialogue qui ont eu lieu après la réadmission de l’Égypte en 1989 ont pris fin en 1990.
Cependant, l’EAD était devenue la pierre angulaire de l’islamisation de l’Europe et, une fois le processus engagé, l’islamisation de l’Europe a été poursuivie par de nouvelles initiatives, officiellement par l’Espagne et la France, mais secrètement par des éléments liés à la Fabian Society et aux intérêts politiques et financiers associés.
Javier Solana, neveu de l’historien espagnol Salvador de Madariaga, fonctionnaire de la Société des nations et orateur de la Fabian Society (126), figure parmi les principaux promoteurs du processus d’islamisation de l’Europe. Sorti de l’université madrilène de la Complutense, nid de fabiens, de 1965 à 1971 il a étudié dans diverses universités d’obédience fabienne aux États-Unis grâce à une bourse Fulbright.
Le programme Fulbright était un projet de gauche géré par le Bureau of Educational and Cultural Affairs (ECA) du département d’État américain, organisme internationaliste rockfellerien dont le premier chef était le secrétaire d’État adjoint à l’Éducation et à la Culture Philip H. Coombs (directeur pour l’Éducation à la fondation Ford) qui a fondé l’International Institute for Educational Planning et a été conseiller auprès de l’UNESCO, dont le premier directeur général était le fabien Julian Huxley.
De retour en Espagne, Solana a rejoint le gouvernement socialiste de Felipe González comme ministre de la Culture et de l’Éducation dans les années 1980, avant de devenir ministre des Affaires étrangères à partir de 1992. En 1995, Solana a convoqué la première Conférence Euro-Méditerranéenne, au cours de laquelle la décision a été prise de réaliser l’unité culturelle et économique avec les pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, en vue de laquelle la conférence établit l’Euro-Mediterranean Partnership (EMP), appelé aussi Processus de Barcelone ou euro-méditerranéen.
La prolifération de think-tanks d’inspiration fabienne dans le monde entier, commencée dans les années 1970, a assuré la diffusion constante de la pensée fabienne dans toute l’Europe, y compris en Espagne, où le Centre des relations internationales de Barcelone (CIDOB) a été fondé en 1973. Devenu l’un des plus influents think-tanks d’Espagne, le CIDOB a été le pionnier des études du monde arabe en Catalogne et constitue l’une des institutions de formation les plus à la pointe du mouvement d’islamisation de l’Europe.
En 2000, le socialiste catalan Narcis Serra, ancien chercheur de la LSE et plus tard ministre espagnol de la Défense et vice-président du gouvernement, a été nommé président du CIDOB. Jordi Vaquer i Fanés a été nommé directeur de la fondation. Vaquer a obtenu un doctorat en relations internationales à la LSE ; sa thèse était intitulée Spanish Policy towards Morocco (1986-2002): The Impact of EC/EU Membership.
En 2004, le président de CIDOB, Serra, dont les intérêts principaux sont la gouvernance mondiale et la politique étrangère, a créé l’Institut d’études internationales de Barcelone (IBEI), qui emploie des personnalités pro-islamiques telles que Fred Halliday, diplômé de la LSE, auteur de « Islam and the Myth of Confrontation » (2003), à des fins de subversion et de propagande.
CIDOB collabore avec d’autres organisations pro-islamiques comme le Royal Elcano Institute (créé en 2001 d’après le modèle de Chatham House / RIIA), Asia House (2001), Institut européen de la Méditerranée (IEMed, 2002) et Institut International des Études du Monde Arabe et Islamique (CA-IEAM, 2006), la Maison Méditerranéenne (2009), etc. et bénéficie entre autres du soutien du Ministère des Affaires Étrangères espagnol (responsable de la création de tous les instituts susmentionnés), de l’UE, de l’Agence espagnole de coopération internationale, du ministère espagnol de la Défense, du gouvernement catalan, de la mairie de Barcelone et d’un vaste réseau d’autorités, d’organisations et d’institutions connexes qui sont partie prenante du processus d’islamisation de l’Europe en Espagne et dans d’autres pays méditerranéens (Italie et France).
Le CIDOB est également responsable de plusieurs publications importantes promouvant l’islamisation sous couvert de « compréhension », de « dialogue», etc., telles que le Mediterranean Yearbook, le Bibliographical Bulletin of the Arab World et le Magazine of Foreign Affairs du CIDOB.
En particulier, le CIDOB et des organisations continentales similaires créées ou infiltrées par la LSE et d’autres organisations contrôlées par la Fabian Society sont partenaires de la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue entre les Cultures (ALF), créée en mai 2004 lors de la Réunion à mi-parcours des ministres euro-méditerranéens des affaires étrangères à Dublin dans le but de promouvoir les liens culturels et religieux entre l’Europe et le monde arabe islamique. Avec un budget de 5 millions d’euros, l’ALF a été en mesure de créer des agences dans 43 pays, au centre d’un réseau de plus de 2000 organisations partageant les mêmes idées. Un certain nombre d’enseignants et de diplômés de la LSE à travers le monde ont reçu le prix Anna Lindh pour l’étude de la politique étrangère européenne sous l’angle de la politique d’islamisation du continent.
Alors que des milliers de groupes de réflexion et d’autres organisations préparent tranquillement la « justification » scientifique et l’acceptation psychologique de l’islamisation de l’Europe, la mise en œuvre de celle-ci sur le plan politique s’accélère ; c’est ainsi qu’a été créée l’Union méditerranéenne (Union pour la Méditerranée) qui vise expressément à l’union politique, économique et culturelle de l’UE avec l’Afrique du Nord islamique et le Moyen-Orient. Le projet a été lancé par le président Sarközy lors de sa campagne présidentielle de 2007 et a été officiellement annoncé au Sommet de la Méditerranée, le 13 juillet 2008, à Paris, en présence de 43 chefs d’État et de gouvernement ainsi que d’Amr Moussa de la Ligue Arabe ; Ekmeleddin İhsanoğlu de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) ; Jorge Sampaio de l’Alliance des civilisations (AoC) ; et André Azoulay de la Fondation Anna Lindh (ALF).
Le conseiller spécial de Sarközy – qui est devenu plus tard chef de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée – était Henri Guaino, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP Paris), où Sarközy était étudiant en 1979-1981. L’Institut de Paris est un organisme géré par la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), structure financée par la Fondation Rockefeller et travaille en partenariat avec d’autres organisations associées aux Rockefeller comme la LSE et l’École des affaires internationales et publiques de l’Université de Columbia (dont Obama est diplômé).
Le projet d’Union pour la Méditerranée (UM / UfM) a bénéficié du soutien total des intérêts financiers et académiques habituels de gauche. Dès septembre 2007, la Harvard Management Company (HMC), filiale de Harvard, qui est chargée d’investir la dotation de 32 milliards de dollars de l’université, a lancé son fond d’intégration, Middle East North Africa (MENA), en collaboration avec la banque privée d’investissement égyptienne EFG Hermes. membre fondateur de la facilité financière qui finance le projet de l’UM, l’InfraMed Infrastructure Fund (127).
Le co-PDG d’EFG Hermes était Yasser El-Mallawany, ancien directeur de la Chase National Bank d’Égypte des Rockefeller, tandis que le comité consultatif du MENA comptait parmi ses membres le PDG de Harvard Management Co., Mohamed El-Erian, ainsi que Lord Jacob. Rothschild, président, et Andrew Knight, directeur, de Rothschild Investment Trust Capital Partners (RITCP).
Le conseil d’administration d’EFG Hermes Holding Co. comprend des personnalités étroitement liées à la LSE, tels que Thomas S. Volpe, diplômé en économie de Harvard et de la LSE et Charles McVeigh III, ancien membre du comité des marchés financiers de la LSE.
Un peu moins de quatre mois après le lancement officiel du projet de l’UM, les 7 et 9 novembre 2008, la section européenne de la Commission trilatérale des Rockefeller s’est réunie à Paris sous la présidence du président de la LSE, Peter Sutherland. Le résumé de la réunion indiquait que l’élection d’Obama « ouvrait la voie à un changement plus large dans le monde entier » ; que la France avait une vocation similaire, tout en étant appelée à jouer un rôle actif dans l’évolution de l’UE ; que cette « nouvelle orientation » avait été exprimée, entre autres, par l’Union méditerranéenne et les initiatives prises « pour trouver des solutions efficaces à la crise financière et économique ; et concluait que le projet Euro-Med était conçu comme « un modèle pour le monde » (Commission trilatérale, résumé de la réunion).
En effet, dans son discours au Caire du 4 juin 2009 intitulé Un nouveau départ, dans lequel il s’est adressé au monde musulman, le président Obama a salué la « tradition de tolérance » de l’islam dans l’Espagne sous occupation musulmane, s’est félicité du leadership de la Turquie dans le projet pro-islamique Alliance des civilisations (AoC) et a annoncé un nouveau départ dans les relations entre les États-Unis et les musulmans du monde entier. En décembre 2012, il a nommé Mohamed El-Erian (voir plus haut) président du Global Development Council (128).
Les gouvernements fabiano-travaillistes britanniques avaient devancé l’initiative de Sarközy en faveur de l’islamisation de l’Europe :

· En 2004, le ministre des Affaires étrangères fabien Jack Straw a créé le groupe Engaging with the Islamic World (EIW) au sein du ministère des Affaires étrangères. En 2006, le groupe disposait d’un budget annuel de 8,5 millions de livres sterling et soutenait l’activité des islamistes radicaux au Moyen-Orient.
· En décembre 2004, dans une allocution à la Chambre des Communes, le Premier ministre fabien Blair s’est prononcé en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, saluant la décision d’entamer les négociations d’adhésion comme « un moment extrêmement important pour l’Europe » et la réalisation d’un « objectif historique britannique » (129).
· En octobre 2005, le ministre des affaires étrangères fabien Straw a fait de l’entrée de la Turquie dans l’UE « une priorité » lors de la réunion qu’il présidait du Conseil « Affaires générales » de l’UE (130).
· En novembre 2005, Blair a présidé la dixième Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone.
· En janvier 2006, sous la direction de Straw, le groupe EIW du ministère des Affaires étrangères a lancé le Festival des cultures musulmanes, qui s’est déroulé jusqu’en juillet 2007.
En juillet 2006, sous la direction de Margaret Beckett, ministre des Affaires étrangères, le groupe EIW du Foreign Office a parrainé et facilité un grand rassemblement d’organisations islamistes européennes en Turquie ; il en est ressorti que tous les musulmans en Europe devaient respecter le Coran pour « enrichir l’Europe » et donner l’exemple aux non-musulmans.
· En août 2006, dans son discours au World Affairs Council de Los Angeles, Blair a qualifié le Coran de « progressiste » et a décrit les terres musulmanes comme « les porte-étendards de la tolérance » au Moyen-Âge. Il a ensuite réaffirmé sa conviction que L’Islam offrait un « contraste bienvenu avec le christianisme » et que « jusqu’à la Renaissance européenne, l’Islam était le plus grand dépositaire de la pensée civilisée » (131). Inutile de dire que ce sont précisément les affirmations (non fondées) des dirigeants occidentaux qui font le jeu des islamistes.
· En novembre 2007, lors de la cérémonie d’inauguration du Campus de Bruges, le ministre des Affaires étrangères David Miliband, a plaidé en faveur des liens indissociables avec les pays voisins musulmans d’Europe et l’inclusion de la Turquie, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, tout en soulignant la nécessité de développer des institutions communes pour surmonter les divisions religieuses et culturelles entre l’Europe et les pays musulmans (132).

Que les politiques du Parti travailliste soient pro-musulmanes, c’est là ce qui est non seulement bien connue, mais aussi admis par d’éminents membres musulmans du parti tels que Sadiq Khan – membre de la direction de la Fabian Society – qui a déclaré en mai 2010 que « le Labour est et a toujours été le parti des musulmans britanniques » (133). De fait, en janvier 2013, Miliband a nommé Khan Shadow Minister of London et directeur de campagne électorale du Parti travailliste.
Clairement, les dirigeants fabiens ont activement participé à la campagne internationale orchestrée pour:

· Occulter l’hostilité traditionnelle de l’islam envers le monde occidental.
· Ériger l’Islam en un système « progressiste ».
· Promouvoir la domination musulmane sur un certain nombre pays chrétiens au Moyen-Âge comme « modèle » pour l’avenir.
· Renforcer progressivement l’union politique, économique et culturelle de l’Europe avec le monde islamique.
· Promouvoir la culture musulmane en Grande-Bretagne et dans les autres pays européens.
· Nommer des musulmans à des postes clés dans toutes les organisations influentes, politiques, financières ou autres.

La LSE, avec son Département des relations internationales et son Institut européen, organise des « recherches », des cours, des séminaires, des ateliers, des conférences et d’autres événements promouvant une « réflexion avancée » sur les relations entre l’UE et les musulmans. En 2010, un nouveau groupe pro-islamique baptisé « Centre for Middle Eastern Studies» a été ajouté à l’arsenal de la LSE. Sans doute les énormes sommes d’argent que la LSE et les institutions qui y sont associées reçoivent des régimes islamiques (134) et de la Libye en particulier ne sont-elles pas étrangères au zèle avec lequel elles défendent la cause de l’islam.
Comme indiqué ci-dessus, le président de la LSE, Peter Sutherland est un des principaux promoteurs de l’islamisation de l’Europe (135). Dans un discours prononcé au Congrès eucharistique international en juin 2012, Sutherland a déclaré que c’est faire preuve de « négativisme » que de s’attendre à ce que les musulmans s’adaptent à la culture occidentale (136). Quelques jours plus tard, il a appelé l’Union européenne à « faire de son mieux » pour « saper l’homogénéité » des États membres (137).
Les liens étroits de la LSE avec les régimes islamiques subversifs ont été découverts en 2011, lorsque des câbles diplomatiques ont révélé que le fils du dictateur libyen Kadhafi, Saïf al-Islam, s’était arrangé pour que quatre cents futurs dirigeants libyens reçoivent une formation à la gestion et aux fonctions d’encadrement à la LSE (138).
Le 7 mars 2013, Chatham House a tenu une conférence intitulée Understanding Counter-Jihad Extremism, qui avait pour but d’évoquer les groupes opposés à l’islamisation, comme l’English Defence League (EDL), jugés « extrémistes ». Animée par des orateurs fabiens comme Sunder Katwala, Gavin Shuker (député de Luton South) et leur collaborateur et associé Matthew Goodwin de Chatham House, la conférence était clairement un événement fabien et n’a fait que confirmer que la Fabian Society sert de porte-voix à la désapprobation de l’establishment à l’égard de l’opposition légitime du public britannique à l’islamisation de la Grande-Bretagne.

Cassivellaunus, The Fabian Society: the masters of subversion unmasked, 31 mars 2013, http://www.freebritainnow.org/0/fabiansociety.htm, traduit de l’anglais par B. K.

(=) Three years’ work, 1908-1911, in Sally Alexander (éd.), Women’s Fabian Tracts, vol. 7, Routledge, Londres et New York, 2001.

(i) Léon Say, « Budget de 1895 – Libéraux et socialistes ». In Revue des Deux Mondes, t. 125, 1894, p. 473.
(ii) C. Looten, « Choses d’Angleterre. Le mouvement social ». In Revue de Lille, 7e année, 2e série, t. 3, Paris et Lille, 1895, p. 417-419.
(iii) Albert Métin, Socialisme en Angleterre, F. Alcan, 1897 .p. 206.
(iv) ibid., p. 230
(v) Pierre Verhaegen, Socialistes anglais, Engelcke, 1897, p. 79
(vii) Ibid., p. 100.
(vii) Ibid., p. 90.
(viii) Ibid., p. 100
(ix) Ibid.., p. 107.
(x) Ibid.
(xi) Ibid.
(xii) Ibid., p. 108-109
(xiii) Pierre Larousse, Grand Larousse Encyclopédique, Librairie Larousse, 1960, p. 590.
(xiv) Augustin Hamon. « Bernard Shaw : L’homme ». In La Grande Revue, 1909, p. 632-33 ; republié dans id., Le Molière du XXe Siècle : Bernard Shaw, 2e éd., Eugène Figuière et Cie, Paris, 1913, p. 41.
(xv) Marie Scot, « Élie Halévy. Un regard français inédit sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt ». In Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017, note 63, p. 4, consultable à l’adresse suivante : https://www.histoire-politique.fr/documents/31/autresArticles/pdf/HP31_Varia_1_MarieScot_def.pdf, consulté le 23 mars 2018.
(xvi) Elie Halévy, Épilogue 1. Les impérialistes au pouvoir : 1895-191, Librairie Hachette, 1926, p. 154.
(xvii) Id., L’Ere des tyrannies : études sur le socialisme et la guerre, Gallimard, Paris, 1938, p. 217.
(xviii) Id.., Histoire du socialisme européen, Gallimard, 1974, p. 255.
(xix) Jessica L. Harland-Jacobs, Builders of Empire: Freemasons and British Imperialism, 1717-1927, p. 262.
(xx) Joseph Preston Baratta, The Politics of World Federation: From world federalism to global governance, Praeger, Westport, CT et Londres, 2004, p. 339. Le tristement célèbre « abbé Pierre » en a été vice-président (http://lotoisdumonde.fr/documents/ab-pierre/Abbe-Pierre-federaliste-mars1949.pdf).
(xxi) Nous ne sommes pas en mesure d’indiquer la date exacte de la publication de la première édition de « Maçonnerie et sectes secrètes – Le côté caché de l´histoire » (la deuxième date de 2005) ; tout juste est-il certain qu’elle remonte aux années 1990, puisque l’original a été publié chez Controcorrente en 1990 et que cette première édition a été préfacée par Henry Coston, décédé en 2001.
(xxii) Beatrice Webb avait certainement des vues sur Mosley, à l’époque où celui-ci, après avoir siégé un temps au parlement sous l’étiquette du Parti conservateur, y siégeait sous celle du Parti travailliste, mais la correspondance de l’économiste et militante socialiste britannique montre sans ambiguïté qu’il n’a pas rejoint la Fabian Society (voir Nigel Jones, Mosley, Haus Publishing, Londres, 2004, p. 27 ; David Howell, Mosley and British Politics 1918-32: Oswald’s Odyssey, Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2014, p. 37.
(xxiii) Traduit d’après l’édition originale.
(xxiv) Alice Grenfell, « Shafts, Feminism and the Periodical Press, 1900-1918 », in Lucy Delap,Maria DiCenzo et Leila Ryan (éd.), vol. 1, Routledge, Londres et New York, 2006.
(xxv) Francis King, Ritual magic in England: 1887 to the present day, Spearman, 1970, p. 186.
(xxvi) Diana Burfield, Theosophy and Feminism : Some Explorations in Nineteenth century Biography, in Pat Holden (éd.), Women’s Religious Experience (RLE Women and Religion), Routledge, 2015 (1re éd. 1993).
(xxvii) Nicholas Campion, The New Age in the Modern West: Counterculture, Utopia and Prophecy from the,Present Day, Bloomsbury, 2015, p. 76.
(xxviii) Voir https://www.dailymotion.com/video/x7j6qk. Sur la présence fabienne en France, voir Pierre de Villemarest, « La société fabienne s’investit en France »,
publié le mardi 27 mars 2007 à http://www.armees.com/La-societe-fabienne-s-investit-en-France,18509.html et republié à http://www.lavoixoff.org/nouvelordremondial/cat/societes-discretes/index.html. Sur l’influence de la Fabian Society en France pendant la Première Guerre mondiale, voir Emmanuel Jousse, « Un réformisme travailliste: La société fabienne pendant la Grande Guerre », in Romain Ducoulombier (dir.), Les socialistes dans l’Europe en guerre: réseaux, parcours, expériences, 1914-1918, L’Harmattan, 2010.
(xxix) Claude Beaulieu, La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen, in Pierre Marie Gallois (sous la dir.), la Tragédie européenne et la France, François-Xavier de Guibert, 2004.

(1) Harry W. Laidler, History of Socialism: A Comparative Survey, Crowell, New York, NY, 1968, p. 186.
(2) G. D. H. Cole, « The Fabian Society, Past and Present », Fabian Tract n° 258, Londres, 1942.
(3) The Rubaiyat of Omar Khayyam, traduit par Edward FitzGerald,
Collins, 1954, p. 89. La traduction français lit : « Si nous pouvions, toi et moi, nous entendre avec lui pour prendre dans nos mains ce globe infortuné! nous le briserions en morceaux; puis, nous mettant à l’ouvrage, nous tâcherions de refaire, avec ses débris, un autre monde plus conforme à cet idéal de bonheur qui tourmente notre cœur » (Les Rubáiyát d’Omar Kheyyám: le poète-astronome de la Perse Omar Khayyam, traduits en vers français d’après la version anglaise d’Ed. Fitzgerald, avec notices, texte anglais en regard, commentaire, notes, bibliographie et index, par Fernand Henry, Librairie orientale et américaine, J. Maisonneuve, 1903, p. 183.
(4) Edward, R. Pease, History of the Fabian Society: The Origins of English Socialism, New York, NY, 1916, p. 34.
(5) Péter T. Bauer, Dissent on Development, éd. revue, Harvard University Press, Cambridge, Mass., , 1976, p. 176.
(6) Archibald Henderson, George Bernard Shaw: His Life And Works, A Critical Biography, Stewart & Kidd Company, Cincinnati, OH, 1911, p. 488.
(7) Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment: From Rhodes to Cliveden, GSG and Associates, San Pedro, CA, 1981, p. 137-38 ; Margaret Cole, The Story of Fabian Socialism, Stanford University Press, Stanford, CA et Heinemann, Londres, 1961, p. 118.
(8) Beatrice Webb, Our Partnership, Drake, B. and Cole, M. eds., Londres, 1948.
(9) H. G. Wells, Russia in the Shadows, 1920, republié par Forgotten Books, 2012, p. 100.
(10) Joseph A. Schumpeter, Capitalism, Socialism and Democracy, 3e éd., Harper and Row, New York, NY, 1950, p.134.
(11) Voir http://www.victorianweb.org/history/fabian.html (N. d. T.)
(12) Sutton, Antony C., The Federal Reserve Conspiracy, Bridger House Publishers, Inc., Carson City, NV, 2005, p.45.
(13) Marie Terrier, « Annie Besant et les débuts de la société fabienne (juin 1885 – novembre 1890) ». In Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, 2010/1, n° 31 [p. 109 – 139].
(14) Beatrice Webb, op. cit., p. 93.
(15) Ibid., p. 502.
(16) Ibid., p. 182, 214.
(17) Karl West, « Tata’s British Empire – The Indian conglomerate is our biggest manufacturer but has enjoyed mixed fortunes, says Karl west », The Sunday Times, 23 septembre 2012.
(18) Patricia Pugh, Educate, Agitate, Organize: 100 Years of Fabian Socialism, Methuen, Londres, 1984, p. 129.
(19) Beatrice Webb, op. cit., p. 332.
(20) Eric D. Butler, The Fabian Socialist Contribution to the Communist Advance, Melbourne, 1964, p. 19.
(21) Rose Martin, Fabian Freeway: High Road to Socialism in the U.S.A., Heritage Foundation, Chicago, IL, 1966, p. 77.
(22) Ibid, p. 109.
(23) Stone-Lee, Ollie, « 1975 economic fears are laid bare », BBC News, 29 décembre 2005.
(24) Tony Shell, « Progressive Politics: Being Rid of the English », septembre 2011, p. 2.
(25) Edward, R., Pease, op. cit., p. 88.
(26) Ibid., p. 84.
(27) Fabian News, septembre 1897, cité par Patricia Pugh, op. cit., p. 58.
(28) Margaret Cole, op. cit, p. 167.
(29) Voir Lénine, Que Faire ? ; Andrzej Walicki, Marxism and the Leap to the Kingdom of Freedom: The Rise and Fall of the Communist Utopia, Stanford, CA, 1995, p. 294.
(30) Margaret Cole, op. cit., p. 87.
(31) Michael Holroyd, Bernard Shaw, Random House, Londres, 1991, vol. 3, p. 226.
(32) Fabian News, XXIX (5), avril 1918, in Patricia Pugh, op. cit., p. 138.
(33) Patricia Pugh, op. cit., p. 236.
(34) Voir http://www.fabians.org.uk/about/, consulté le 31 mars 2013.
(35) Patricia Pugh, op. cit., p. 138.
(36) « The Fabian Society: a brief history, Guardian », 13 août 2001.
(37) Andrew Harrop, « Fabian review of the year », Fabian Review, 21 décembre. 2012 ; Sofie Jenkinson, « Remaking the State: How should Labour govern? », 25 février 2013.
(38) Tony Blair, cité in « A piece of Fabian history unveiled at LSE », LSE News and Media, 20 avril 2006.
(39) Neal Lawson, « Labour must admit it messed up on the economy »,The Guardian, 13 janvier 2012.
(40) Sofie Jenkinson, « Ed Miliband’s speech to the Fabian Society New Year Conference 2013 », Fabian Society, 12 janvier 2013.
(41) Ernest Barker,, Political Thought in England from Herbert Spencer to the Present Day, henry Holt and Company, New York et Williams and Norgate, Londres, 1915, cité in Edward, R. Pease, op. cit., p. 186.
(42) Edward, R. Pease, op. cit., p. 28.
(43) G. B. Shaw, Fabian Essays in Socialism, 1889.
(44) Fondé en 2000 sous le nom de Cultural Diversity Network par Clive Jones, directeur général de Carlton TV, le CDN est une coalition de chaînes de télévision (ITV, BBC, ITN, Channel 4, Channel 5 et Sky), qui promeut la « diversité culturelle ».
(45) Fondé en 1965 sous le gouvernement de l’ancien président de la Fabian Society Harold Wilson, son premier directeur général était le fabien Michael (plus tard Lord) Young, qui a été responsable à lui seul de la création de plus de soixante organisations similaires. Initialement connu sous le nom de Social Science Research Council (SSRC), l’ESRC était un clone de l’organisation états-unienne du même nom, créée en 1923 par Charles E. Merriam, proche de l’American Fabian League et de la London Fabian Society, en collaboration avec l’American Economic Association, elle-même fondée par Thomas Davidson et Sidney Webb, co-fondateurs de la Fabian Society (Rose Martin, op. cit., p. 123-4, 281). Alors que le SSRC américain a été financé par les Rockefeller et les intérêts associés, son homologue britannique a été financé par le Department for Business. Les deux organisations ont toujours entretenu des liens étroits l’une avec l’autre ainsi qu’avec la LSE.
(46) Le Centre pour la recherche en politique économique (CEPR), qui a été décrit comme une « interface entre le milieu universitaire et la communauté politique », a été créé en 1983 par Richard Portes, ancien boursier à Rhodes et professeur d’économie à Harvard, qui a des liens étroits avec la Fabian Society et les intérêts des Rockefeller. il est actuellement président de l’International Growth Centre (associé à la LSE) du Global Crisis Group. Le CEPR est financé par la JP Morgan et la Citigroup des Rockefeller et des banques comme UBS, Barclays, la Banque d’Angleterre, la Banque des règlements internationaux et la Banque centrale européenne.
(47) Fondé en 1988, avec, comme présidente de son conseil d’administration, Tessa Blackstone, ancienne conférencière à la LSE et présidente de la Fabian Society, l’Institute for Public Policy Research (IPPR) est conseillé par des organismes tels que le Progressive Migration Advisory Group, qui compte parmi ses membres l’ancien secrétaire général de la Fabian Society Sunder Katwala.
(48) Policy Network a été fondé en 1999 par Blair, le chancelier social-démocrate Schröder et le président démocrate états-unien Clinton, pour promouvoir le socialisme dans le monde entier. Il est présidé par le fabien Lord Mandelson.
(49) Margaret Cole, op. cit., p. 21, 338.
(50) Ibid., p. 29.
(51) Voir Karl Marx et Frederick Engels, Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes.
(52) Voir Lénine, L’État et la Révolution (https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er.pdf).
(53) Patricia Pugh, op. cit., p. 81.
(54) Edward, R., Pease, op. cit., p. 200.
(55) Rose Martin, op. cit., p. 16.
(56) Margaret Cole, op. cit., p. 196-97.
(57) Ioan Ratiu, The Milner-Fabian Conspiracy: How an international elite is taking over and destroying Europe, America and the World, 5e éd. Free Europe Books; 5th edition, 2012, p. 85-86 ; Butler, Eric D., op. cit., p. 11.
(58) Michael Holroyd, op. cit., p. 230.
(59) Cité in Irish Slavonic studies, n° 5, Irish Slavists’ Association, 1984, p. 106 ; cité aussi in « Shaw and Lady Astor in Poland from Russia », The Times, 1er août 1931.
(60) Margaret Cole, op. cit., p. 342-43.
(61) Helen Rappaport, Conspirator: Lenin in Exile, Windmill Books, 2010, p. 153-54.
(62) G. Edward Griffin, The Fearful Master: A Second Look at the United Nations, Western Islands Publishers, Belmont, Mass., 1964.
(63) Margaret Cole, op. cit., p. 339.
(64) « The World Today: The Socialist Perspective », Déclaration de l’Internationale Socialiste d’Oslo, 2-4 juin 1962 (http://www.socialistinternational.org/viewArticle.cfm?ArticleID=2133).
(65) Let’s Go with Labour for the New Britain: The Labour Party’s Manifesto for the 1964 General Election, n° 5, Labour Party, 1964.
(66) Voir Jean Nurdin, Le Rêve européen des penseurs allemands (1700-1950), Presses Universitaires du Septentrion, 2005, chap. 5 : L’idée d’Europe à l’époque bismarckienne (N. d. T.).
(67) « Review of the Week », Labour Leader, 1er octobre 1914.
(68) « Powers to Confer on World Finance », NYT, 15 janvier 1920.
(69) « Vanderlip Gives Details Of Plan For World Bank », NYT, 13 novembre 1921.
(70) David Rockefeller, Memoirs, Random House Trade Paperbacks, New York, NY, 2003, p. 410-11.
(71) Jean Monnet, Memoirs, Collins, Londres, 1978, p. 467.
(72) Dan Smoot, The Invisible Government, Americanist Library, Western Islands, Boston et Los Angeles,1962, p. 52.
(73) John Callaghan, The Labour Party and Foreign Policy: A History, Routledge, Abingdon, 2007, p. 6 ; Danielle de Villemarest, Facts and Chronicles Denied To The Public: Secrets of Bildeberg, vol. 2, p. 14 et sqq, Aquilion, 2005 ; Denis Healey, The Time of My Life, Politico’s Publishing, Londres, 2006, p. 195-96 ; David Rockefeller, op. cit., p. 410-12.
(74) Richard J. Aldrich, « OSS, CIA and European Unity: The American Committee on United Europe, 1948-60 », International History Review, vol. 18, n° 4, novembre 1995 ; republié dans Diplomacy & Statecraft, vol. 8, n° 1, mars 1997 [p. 184-227], p. 216.
(75) Holly Sklar, Trilateralism: The Trilateral Commission and Elite Planning for World Government, South End Press, Boston, Mass., 1980.
(76) Ioan Ratiu, op. cit., p. 132-8, 163-4.
(77) Margaret Cole, op. cit., p. 88.
(78) Beatrice Webb, op. cit., p. 195.
(79) G. B. Shaw, « The Early History of the Fabian Society », Fabian Tract n° 41, Londres, 1892 ; Edward, R. Pease, op. cit., p. 30.
(80) Edward, R. Pease, op. cit., p. 27.
(81) Ibid., p. 88.
(82) Margaret Cole, op. cit., p. 298.
(83) David Rockefeller, op. cit., p. 81.
(84) Patricia Pugh, op. cit., p. 158.
(85) Voir, pour un exposé révélateur sur Keynes et ses théories, Rose Martin, op. cit., p. 323-41.
(86) Patricia Pugh, op. cit., p. 227-230.
(87) Ibid., p. 18.
(88) Voir Randall Hansen, Citizenship and Immigration in Post-War Britain, Oxford University Press, Oxford, 2000.
(89) Sheila Patterson, Immigration and Race Relations in Britain 1960-1967, Institute of Race Relations, Londres, 1969, p. 212-13 ; Christian Joppke, Immigration and the Nation-State, Oxford University Press, Oxford, 1999, p. 231.
(90) Patricia Pugh, op. cit., p. 257.
(91) Andrew Harrop, « Home affairs: too hot to handle? », in John Denham (éd.), The Shape of Things to Come: Labour’s New Thinking, Londres, 2012 [p. 95-104], p. 97-100. Parmi les groupes d’inspiration fabienne qui font partie du dense réseau de think-tanks dédiés à la mise en œuvre de l’invasion du continent européen par des populations d’origine extra-européenne on peut citer le Global Forum on Migration and Development (GFMD), fondé en 2006 par le président de la LSE Peter Sutherland, à l’instigation du lieutenant des Rockefeller et secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan ; British Future, cofinancé par Katwala et l’Open Society Foundation de George Sörös, diplômé de la LSE ; le Migration Advisory Committee (MAC), fondé en 2007 par le secrétaire d’État à l’Intérieur fabien John Reid. David Metcalf, professeur émérite au Centre for Economic Performance de la LSE, en a été président de décembre 2007 à août 2013 ; l’UK Border Agency (UKBA), agence de contrôle des frontières formée en 2008 par le ministre de l’Immigration fabien et co-fondateur de Progress Liam Byrne, ancien banquier des Rothschild et co-fondateur du magazine Young Fabians Anticipations.
(92) Tom Whitehead, « Labour wanted mass immigration to make UK more multicultural, says former adviser », The Daily Telegraph, 23 octobre 2009.
(93) Ian Britain, Fabianism and culture, Cambridge University Press, Cambridge, 1982, p. 108.
(94) John Callaghan, op. cit., p. 201-02.
(95) Sheila Patterson, op. cit., p. 111.
(96) Christian Joppke, op. cit., p. 223.
(97) Sheila Patterson, op. cit., p. 113.
(98) Tom Whitehead, « Labour wanted mass immigration to make UK more multicultural, says former adviser », The Daily Telegraph, 23 octobre 2009.
(99) CFMEB (Commission on the Future of Multi-Ethnic Britain), The Future of Multi-Ethnic Britain: The Parekh Report, Londres, 2000, p. 229.
(100) PIU/Home Office, « Preliminary Report On Migration », 11 juillet 2000, publié le 18 janvier 2010 ; Andrew Green, « Paying the price for a decade of deception », Daily Mail, 12 février 2010 ; Tom Whitehead, op. cit.
(101) Melanie Phillips, « The outrageous truth slips out: Labour cynically plotted to transform the entire make-up of Britain without telling us », The Daily Mail, 28 octobre 2009.
(102) Leo McKinstry, « How the Government has declared war on white English people », The Daily Express, 9 août 2007.
(103) Tony Shell, « Progressive Politics: Being Rid of the English », septembre 2011, p. 1 ; id., “Killing the English,” juillet 2012, p. 2.
(104) Sunder Katwala, “What must be done?”, The Guardian, 21 décembre 2005.
(105) Jolley, Rachel et Katwala, Sunder, “Hopes and Fears: The British Future State of the Nation Report”, janvier 2012.
(106) Rose Martin, op. cit., p. 109.
(107) Ioan Ratiu, op. cit., p. 102.
(108) FO141 / 710/9 ; cité in Karin Loevy, « Reinventing a Region (1915–22): Visions of the Middle East in Legal and Diplomatic Texts Leading to the Palestine Mandate ». In Israel Law Review, vol. 49, n° 3, novembre 2016 , p. 309-337.
(109) Sydney Olivier, « Hindu-Moslem Hostility: The New Bengal Regulations » (Letters to the Editor), The Times, 10 juillet 1926, p. 10.
(110) Margaret Cole, op. cit., p. 347-48.
(111) Fabian News, novembre 1962.
(112) John Callaghan, op. cit., p. 231.
(113) Mark Curtis, Web of Deceit: Britain’s Real Role in the World, Vintage, Londres, 2003, p. 303-04.
(114) La « facilité Witteveen » a accru de 10 milliards de dollars les capacités de crédit en faveur des pays dont la balance des paiements était déficitaire. « Chronologie ». In Observations et diagnostics économiques, revue de l’OFCE, n° 1, 1982 [p. 119-146], p. 126. [N. d. T.]
(115) Denis Healey, op. cit., p. 423-26.
(116) Bat Ye’or, Eurabia: The Euro-Arab Axis, Fairleigh Dickinson University Press, Madison, NJ, et Teaneck, 2005, p. 52.
(117) Jean Monet, op. cit., p. 300.
(118) Rose Martin, op. cit., p. 474.
(119) James Bernard Quilligan, The Brandt Equation: 21st Century Blueprint for the New Global Economy, Brandt 21 Forum,, Philadelphie, PA, 2002.
(120) Ibid., p. 34.
(121) Denis Healey, p. 316, 307.
(122) Ibid., p. 107.
(123) Kenneth Rose, Elusive Rothschild: The Life of Victor, Third Baron, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2003, p. 113.
(124) Niall ferguson, The House of Rothschild, The World’s Banker 1449–1999, Viking Press, New York, NY, 2000, vol. 2, p. 486.
(125) Bernard Cordineau, « Le dialogue euro-arabe, instance du nouvel ordre international (1973-1978) ». In Revue française de science politique, 30ᵉ année, n° 3, 1980 [p. 560-598], p. 561.
(126) Rose Martin, op. cit., p. 459.
(127) Heba Saleh, “Med investment project launched”, The Financial Times, 1er mai 2009.
(128) Alexis Leondis, « Obama Picks El-Erian to Lead Global Development Council », Bloomberg News, 24 décembre 2012.
(129) Hansard, 20 décembre 2004, chap. 1919-20.
(130) La référence est incomplète. Les diverses déclarations de Straw sur la Turquie et l’UE, dont le discours qu’il a prononcé à l’Université du Bosphore le 23 novembre 2007 (« Turkey and Europe: A partnership in security and prosperity », The Report: Turkey 2008, OBG, 2008, p. 24 et sqq.) ne laissent cependant aucun doute sur le fait que cette crapule ait pu faire de l’entrée de celle-là dans celle-ci la priorité de sa présidence du Conseil « Affaires générales » de l’UE. [N. d. T.]
(131) Tony Blair, A Journey, Arrow, Londres, 2011, p. 347.
(132) « EU ‘should expand beyond Europe’ », BBC News, 15 novembre 2007.
(133) « Khan: Labour’s the only way forward for British Muslims », Left Foot Forward, 3 mai 2010.
(134) Pollard, Stephen, « Libya and the LSE: Large Arab gifts to universities lead to ‘hostile’ teaching », The Daily Telegraph, 3 mars 2011.
(135) Quelque temps avant sa mort, intervenue en janvier dernier, Sutherland, fils d’un Juif et d’une Irlandaise, avait été nommé « par le pape Benoît XVI au conseil d’administration de ce qui est considéré comme la banque centrale du Vatican et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, [l’avait] nommé […] son représentant spécial pour les migrations internationales, rôle sur lequel il s’est concentré pendant ses dernières années » (https://www.irishtimes.com/news/ireland/irish-news/peter-sutherland-powerful-player-in-political-and-corporate-worlds-1.3347701) ; François le pape, dont un message lu aux obsèques de Sutherland à Dublin, lui « a rendu hommage […] pour son action dans la crise des migrants ». « For his work on the migrant crisis » (https://www.independent.ie/breaking-news/irish-news/pope-sends-tribute-to-generous-service-of-peter-sutherland-at-dublin-funeral-36479149.html) peut aussi être traduit par « contribution à la crise des migrants », ce qui, dans ce cas, conviendrait certainement davantage)
(136) Pëter Sutherland, « A Constructive Attitude to Migration is a Moral Issue », Address to the International Eucharistic Congress, Dublin, 15 juin 2012., p. 8.
(137) Steve Sailer, « BBC: « EU Should ‘Undermine National Homogeneity’ Says UN Migration Chief », 24 septembre 2015.
(138) Laura Roberts, « LSE struck deal to train Libya’s future leaders, », The Daily Telegraph, 3 mars 2011.

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Anthony M. Ludovici

L’homme est instinctivement conservateur dans
le sens où des millions d’années d’expérience
lui ont appris qu’il n’y a rien de mieux qu’un
environnement stable pour la tranquillité d’esprit,
la sécurité présente et future, l’action spontanée
(celle qui exige le moins de réflexion) et la
maîtrise immédiate des circonstances matérielles
et artificielles. C’est l’innovateur génial, ou
le fou, qui perturbe la tranquillité d’esprit en
introduisant un élément inhabituel et inexplicable
dans la vie. C’est la perturbation des conditions
économiques qui rend le présent et l’avenir douteux.
C’est l’introduction répétée de nouveaux instruments,
de nouvelles armes, de nouvelles méthodes et de
nouveaux besoins d’adaptations qui rendent la
spontanéité impossible. Et c’est la complication
de la vie par de nouvelles contributions aux intérêts
et aux devoirs de la vie qui rend difficile la
maîtrise des circonstances.

Anthony M. Ludovici

AML

Né en 1882 dans une Grande-Bretagne qui commençait à montrer des signes de déclin, Anthony Mario Ludovici fit ses études dans une école privée et, comme Julius Evola, n’accorda jamais aucune importance ni aucune valeur à l’« éducation » et n’obtint ni ne rechercha jamais aucun diplôme (1). Ses premières lectures d’adolescents furent Darwin, le biologiste et philosophe Ernst Häckel (1834 -1919), introducteur des théories du naturaliste britannique en Allemagne, le biologiste, paléontologue et philosophe Thomas Henry Huxley (1887-1975), surnommé « le bouledogue de Darwin » en raison de la ténacité avec laquelle il défendait le darwinisme, le naturaliste et psychologue George John Romanes (1848-1894), fondateur de la « psychologie comparée », le sociologue et philosophe Herbert Spencer (1820-1903) et l’astronome Richard Anthony Proctor (1837-1888), auxquels se joignirent bientôt Schiller et Schopenhauer.
En 1906, Auguste Rodin venait de perdre son secrétaire particulier, Rainer Maria Rilke. Le peintre Albert Ludovici, une connaissance du sculpteur, lui suggéra de le remplacer par son fils. Anthony fut engagé sur le champ. Se sentant vite surchargé de travail et sous-estimé, Il n’occupa ce poste que pendant six mois (2), au terme desquels il fit un séjour en Allemagne et « rencontra » Nietzsche. De retour en Angleterre en 1907, il s’employa à promouvoir l’œuvre du philosophe allemand, par des conférences et par la traduction de certains de ses livres en anglais, seul ou en collaboration avec les critiques du magazine littéraire réactionnaire britannique The New Age, dont il était entre autres le critique d’art et où il fit la connaissance d’Ezra Pound (3). Dans l’une de ces conférences, donnée en 1908 à l’University College de Londres et publiée ensuite sous le titre de « Who is to be Master of the World ? An Introduction to the Philosophy of Friedrich Nietzsche » (T. N. Foulis, Édimbourg, 1909), il déclarait, attentif et sensible aux résonances eugénistes du concept de volonté de puissance (4), que « les forts veulent et doivent décharger leur puissance et, ce faisant, les dommages qu’ils peuvent causer aux êtres qui vivent dans leur environnement est purement incidente » (5). Les forts étaient assimilés à une aristocratie autoritaire, les autres aux masses anarchiques.
Publié trois ans plus tard, « Nietzsche and Art » (1911) constitue une critique de l’anarchie dans l’art contemporain, incarné par la production de Manet et le post-expressionnisme, qui étaient considérés par beaucoup comme une subversion de la tradition artistique et dans lesquels Ludovici voyait un symptôme du chaos social engendré par la démocratie. « Le trône de l’art lui-même est maintenant revendiqué par des milliers et des milliers d’usurpateurs – chacun d’entre eux a une « personnalité libre » qu’il tient à exprimer et pour qui une loi et un ordre rigoureux seraient une barrière insurmontable. Il en résulte un individualisme exagéré et l’anarchie. De telles conséquences sont partout inévitables, quand tous les canons esthétiques ont été abolis et qu’il n’y a plus personne qui soit assez fort pour commander ou diriger » (6).
Il attribue la dégénérescence de l’art aux « trois doctrines fondamentales du christianisme », qui sont « à l’origine de toute notre science, de toute notre philosophie, de toute notre littérature » : « l’égalité de toutes les âmes, l’insurmontable dépravation de la nature humaine et l’insistance sur la Vérité… » (7), doctrines dont l’influence pernicieuse, J. Evola ne dira pas autre chose deux décennies plus tard, aurait été atténuée ensuite par « la rigoureuse discipline » de l’Église catholique et « le principe hiérarchique » sur lequel elle était établie (8), avant que le protestantisme ne déclenche « une rébellion générale contre l’autorité ». « Le profane, dont la conscience était reconnue comme le tribunal suprême, fut déclaré un homme libre, émancipé de la loi elle-même… Non seulement l’âme immortelle de chaque individu devint importante, mais ses inclinations, ses désirs et ses aspirations le devinrent aussi » (9).
En attendant, voici quelles furent les conséquences funestes des « trois doctrines fondamentales du christianisme » sur l’homme blanc : « [a]u moyen de la première et de la troisième [… ] l’égalité fut établie dans l’esprit et, au moyen de la seconde, elle fut établie dans la chair. Au moyen de la première, chaque individu, grand ou petit, se vit attribuer une importance insoupçonnée jusqu’alors, tandis que les plus inférieurs étaient élevés aux plus hauts rangs ; au moyen de la seconde, qui donna à l’orgueil humain un camouflet à la fois sévère et impitoyable, les personnes du plus haut rang furent réduites au niveau des inférieurs, tandis que, par voie de conséquence, les plus inférieures furent matériellement élevées ; et, au moyen de la troisième, les vérités ou les points de vue qui ne pouvaient pas être généralisés ne furent plus considérés comme des vérités ou des points de vue […] Dans chaque cas, comme indiqué plus haut, ce sont les hommes supérieurs qui en pâtirent. Car eux seuls avaient quelque chose à perdre. La première notion, celle d’égalité, menaçait à la fois de les faire douter de leurs propres privilèges et pouvoirs, de jeter le soupçon dans l’esprit de leurs partisans et de rendre absolument nulles toutes les revendications particulières, exceptionnelles et isolées. La troisième – l’insistance sur une vérité qui puisse être générale et absolue, les privait de leur droit d’établir leurs propres vérités dans l’esprit des hommes et de s’élever au-dessus de la vérité la plus générale, qui était la réalité ; tandis que, dans la seconde – la doctrine sémitique du péché général, qui soutenait que l’homme n’était pas seulement un être imparfait, mais un être déchu et que tous ses semblables partageaient cette honte – non seulement il n’y avait plus de place pour la hiérarchie, mais il y avait aussi une dépréciation universelle de la nature humaine, qui devait mener progressivement l’homme à douter d’abord de lui-même et ensuite des nobles, des rois et finalement des dieux. D’un seul coup, ce ne sont pas une ou deux actions humaines, mais toutes les prouesses, les inspirations et les pensées heureuses des hommes, qui furent dépouillées de leur gloire et condamnées. L’homme ne pouvait s’élever que par la grâce de Dieu, c’est-à-dire par un miracle, sinon il n’était qu’un ange déchu, battant l’air de ses ailes brisées, sans but. Ces trois coups portés à la tête des hommes supérieurs furent fatals à l’artiste ; car c’est précisément dans la valeur des inspirations humaines, dans l’efficacité de la création humaine et dans le pouvoir irrésistible de la volonté humaine, qu’il doit croire et croit par-dessus tout. C’est sa mission d’exiger l’obéissance et d’obtenir le respect ; car […] tout artiste digne de ce nom est au fond un despote. » (10) L’art n’est beau que dans la mesure où s’y incarnent les principes aristocratiques de précision, de sélection, de simplicité et de forme et ne peut donc se développer que dans une société fondée sur un ordre aristocratique.
La critique n’ayant pas compris ce que recouvraient précisément les termes d’« aristocrate » et d’« aristocratie », ou plus précisément de « vrai aristocrate » et de « vraie aristocratie », dans « Nietzsche and Art », Ludovici publia « In Defence of Aristocracy » (1915), non seulement pour les définir, mais aussi pour « offrir une solution pratique aux problèmes modernes, qui soit plus fondamentale et plus réaliste », « plus conforme aux passions et aux faiblesses de la nature humaine », « que la solution offerte par la démocratie ou le socialisme » (11). « In Defence of Aristocracy », Ludovici comme l’indique son titre, n’est pas une critique du socialisme et de la démocratie, qu’il assimilait à « une forme de névrose de masse » (12), mais « la présentation du point de vue du vrai aristocrate », à charge au « lecteur de voir en quoi ce point de vue bouscule fondamentalement les thèses des deux autres parties » (13). Six ans plus tard, dans « The False Assumptions of « Democracy ». With an Introductory Letter from the Right Hon. Lord Willoughby de Broke » (Heath Cranton, Ltd, Londres, 1921), il traitera à part la spéciosité des arguments en faveur de la démocratie et la fausseté de la philosophie qui est à l’origine des idéaux démocratiques .
« In Defence of Aristocracy » aurait tout aussi bien pu être intitulé « A Critique of Aristocrats ». En effet, si le premier chapitre présente certaines des qualités fondamentales du dirigeant – santé, beauté, vigueur, volonté, discernement, etc. – et conclue que l’aristocrate est, de tous les types d’hommes, celui qui en est doté au plus haut point et que le septième offre la démonstration que, pour cette raison, l’aristocrate est l’homme accompli par excellence et même qu’il est un « accomplissement » (« the aristocrat is an achievement ») (14), « une œuvre d’art faite homme » (« a work of human art ») (15), la plupart des autres développent une critique en règle du rôle historique des aristocrates. C’est ainsi qu’est présentée une analyse de la part qu’a eue l’aristocratie anglaise dans le développement du système industriel et de ses maux et qu’est mise en évidence l’incapacité des aristocrates britanniques à protéger le peuple de ces maux depuis le début de la révolution industrielle. Dès le XVIIe siècle, sous l’influence du puritanisme et des « Marchands Puritains », « l’élément le plus puissant de la nation semblait déterminé à embrasser cette nouvelle vie, ce nouvel idéal – l’idéal d’une ville surpeuplée, avec ses usines enfumées, ses bidonvilles, son exploitation et sa misère ». « Il s’agissait de rendre primordiaux et de faire triompher le commerce, le mercantilisme, les usines, le capitalisme et l’activité commerciale, tels que nous les connaissons aujourd’hui. Pour que s’opère ce changement, il était essentiel de démoraliser une grande partie de la population des îles britanniques, de diminuer sa vigueur physique et intellectuelle, de la rendre pusillanime, faible, servile, anémique, asexuée et, en fait, malade. Il était nécessaire de disposer d’une vaste armée d’esclaves consentants qui ne seraient pas simplement satisfaits et contents, pas simplement heureux, mais qui jouiraient de la plénitude de leur être, pour ainsi dire, en se balançant toute la journée, comme des saints stylites, sur des tabourets de bureau, en tournant les pages d’échéanciers, de carnets de factures et de registres, ou en manipulant un poinçonneur, un coupeur, un laminoir ou une machine à bascule.» (16). Cette vaste armée d’esclaves consentants, « préparés au comptoir de boutique, au tabouret de bureau, à l’usine et à la forge » (17), les aristocrates contribuèrent à la lever et c’est en cela qu’ils portent une responsabilité historique dans la métamorphose involutive du Britannique.
Ludovici, comme J. Evola plus tard, faisait une nette distinction entre le principe aristocratique et les représentants de l’aristocratie, arguant même que « les principes de la vraie aristocratie ont été mal compris par les aristocrates eux-mêmes » (18) et que, dans l’Angleterre de l’époque, « il n’y [avait] plus de vraie aristocratie et que cela [faisait] de nombreuses années qu’il n’y en [avait] plus » (19), faute de vrais aristocrates, c’est-à-dire d’aristocrates sains, biologiquement et mentalement ; la faute en incombait aux aristocrates eux-mêmes, qui n’avaient pas tenu compte des facteurs eugéniques (20) Les rejetons des familles royales européennes se mariaient aux quatre coins du continent pour cimenter des alliances politiques avec des pays étrangers, sans jamais s’inquiéter de la santé physique et mentale (21) de leur future épouse. Au contraire, les Juifs, parce qu’ils avaient pratiqué l’endogamie au cours des siècles, avaient gardé leur force vitale intacte et, parce que, en même temps, ils avaient encouragé les mariages mixtes chez les autres peuples, en étaient ainsi venus à affaiblir leur volonté de puissance (22) et à étendre et consolider leur influence dans le monde européen.
Quelques autres auteurs, dont Oscar Levi, l’éditeur juif antisémite des œuvres complètes de Nietzsche en anglais, en partie traduites par Ludovici, s’étaient déjà adressés directement aux Tories pour faire valoir la nécessité d’un renouveau de l’aristocratie britannique (23). Cependant, cet appel n’eut d’écho que chez le Tory radical Richard Verney, 19e Baron Willoughby de Broke, qui appela à son tour à « la création d’une aristocratie, non pas de naissance, ou de l’intelligence, mais de l’instinct et du caractère… le renouveau national fera suite à un grand appel à l’instinct national (24). De « A Defence of Aristocracy » la majorité des aristocrates britanniques, dont rares n’étaient pas ceux qui avaient du sang juif dans les veines, ne retint guère que le titre ainsi que, sans doute, les arguments contre la démocratie qui pouvaient servir leur politique réactionnaire. La plupart des conditions étaient réunies pour que les Tories, qui avaient fait tomber le gouvernement Balfour en 1911, reviennent au pouvoir et pourtant ils demeurèrent jalousement dans l’opposition, préférant peut-être laisser le Labour mettre en place les mesurettes qu’ils préconisaient, comme l’augmentation importante des dépenses militaires et les Alien Acts de 1905 et de 1917, qui avaient été conçus pour empêcher les indigents et les criminels d’entrer dans le pays et pour expulser ceux qui y étaient entrés, mais dont l’un des principaux objectifs était apparemment de contrôler l’immigration juive d’Europe de l’Est. Il s’agissait déjà de « contrôler », de « maîtriser », pas à stopper.
La guerre était arrivée. Ludovici s’engagea en qualité de traducteur dans la Nouvelle Armée, avant de servir comme officier d’artillerie à Armentières et dans la Somme, puis au ministère de la Guerre, où, après deux années de service, il fut promu chef de service (25). Pour son service pendant la guerre, il fut fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique, distinction qu’il rendit immédiatement parce qu’il la considérait bradée (26).
A la fin de la guerre, Ludovici se détourna presque complètement de la critique artistique pour concentrer ses attaques contre les fondements idéologiques de la société moderne : le libéralisme, le socialisme, le marxisme, le christianisme, le féminisme, le multiculturalisme et le consumérisme. Concurremment avec le racisme, seul et unique remède à ces maux, comme devait le montrer J. Evola dans les années 1930, puis dans « Synthèse de doctrine de la race » (1942), la question de la dégénérescence, qui y est étroitement liée, prit une place de plus en plus importante dans ses écrits. Comme preuve de la dégénérescence des modernes il alléguait que « Spencer a établi de façon concluante que la plupart des organismes actuels sont des descendants dégénérés d’espèces supérieures » (27), ce qui étai exact, à ceci près que le sociologue britannique n’avait en vue que les espèces animales. Lecteur attentif de Spencer, cependant, il avait noté que l’évolutionnisme, pas plus le darwinien que le spencerien, n’implique le progrès et que, tout au contraire, la possibilité d’une régression est envisagée et même constatée dans certains cas, particulièrement chez la seconde génération de darwiniens. Ainsi, le zoologiste britannique Edwin R. Lankester (1847-1929), dans « Degeneration » (1880), fournit de nombreux exemples de dégénérescence et conclue : « En ce qui nous concerne, nous races blanches d’Europe, la possibilité de dégénérescence semble envisageable. En accord avec une acceptation tacite du progrès universel — optimisme irraisonné — nous avons pris l’habitude de nous considérer comme progressant nécessairement, comme ayant atteint une condition plus élevée et plus complexe que celle qu’avaient atteinte nos ancêtres, et comme destinés à progresser. D’autre part, il faut nous rappeler que nous sommes tout autant sujets aux lois générales d’évolution, et sommes tout autant susceptibles de dégénérer que de progresser » (28). Ludovici, pour avoir affirmé, encore plus radicalement, que « le développement est […] vraiment l’exception et non la règle » (29) pourrait donc être qualifié d’« involutionniste » plutôt que d’évolutionniste.
La cause principale de la dégénérescence était « l’influence du mépris démocratique pour la famille et le sang, qui est fondé sur la croyance en l’égalité et mène au croisement entre les races à l’échelle universelle » (30). Pour y remédier, Ludovici, comme d’ailleurs bon nombre de biologistes et d’anthropologues de l’époque, recommandait l’endogamie raciale. Du déclin national et racial Ludovici tenait les femmes en partie responsables, pour n’avoir pas hésité, suite à leur émancipation, à quitter le foyer pour l’usine, mais aussi, que l’on prenne garde de ne pas l’oublier, le théâtre, le cinéma, la mode, la prostitution de luxe et avoir ainsi refusé d’endosser leur rôle naturel de mères pour une carrière qui les avait rendues stériles ou, pour celles qui avaient toutefois eu des enfants, les avaient empêchées de les élever correctement, faisant d’eux, livrés à eux-mêmes, des délinquants potentiels. Il ne visait ici que les femmes héréditairement saines (31), qu’il critiquait aussi pour avoir la mauvaise habitude de s’accoupler avec des hommes plus ou moins dégénérés, donnant ainsi naissance à une progéniture physiologiquement déficiente. Il n’était pas souhaitable que les femmes dégénérées se reproduisent.
Mais la cause ultime de la dégénérescence est due à l’adhésion de l’écrasante majorité à de fausses valeurs, celles qui, dans le domaine du droit, ont permis l’invention des droits de l’homme, dans le domaine social, l’imposition du multiculturalisme et du multiracialisme, en économie, l’avènement et le développement du marxisme d’un côté et du libéralisme de l’autre et en politique, l’instauration de la démocratie et l’émancipation conséquente des femmes ; bref, celles qui, dans tous les domaines, ont favorisé le progrès et le triomphe de l’égalitarisme. Ces fausses valeurs, fondées sur l’humanitarisme, qui n’est « qu’une forme de sadisme inversée et socialement permise » (32), peuvent être ramenées à la morale chrétienne, par le truchement de laquelle elles se sont infiltrées dans le monde blanc.
N’est-ce pas là exactement le même constat que celui que firent, non seulement Nietzsche, mais bien d’autres auteurs, avant lui ? En ce qui concerne le philosophe allemand, nous nous risquerions presque à dire que Ludovici a approfondi ses réflexions sur les causes de la décadence, les a détaillées et affinées, tout en en étendant le champ d’application. Les conséquences du mépris chrétien du corps sur l’homme blanc sont ici embrassées dans toute leur étendue. Elles ne sont pas seulement d’ordre psychologique, mental, spirituel ou, pour commencer, physiologique, elles sont également économiques : le mépris du corps a entraîné le dédain des soins corporels et par suite la dégénérescence physiologique, qui a eu pour conséquence de réduire tous les individus à l’état de déficients ou de malades chroniques a eu pour contrecoup la prolifération d’experts capables, non pas de les soigner, mais de palier leurs déficiences et leurs maladies : les médecins, dont le but ultime, qu’il soit conscient ou non, est, pour leur plus grand profit et celui de l’industrie pharmaceutique, de faire naître les gens déficients et malades et de les conserver à tout prix dans cet état le plus longtemps possible, tandis que, pour ceux qui sont derrière ces pratiques nécrophages à grande échelle, il s’agit essentiellement de fabriquer un support propice à la manifestation d’influences psychiques infra-humaines dans le milieu. Fût-elle verte, la croix est, avec le caducée d’hygie, l’emblème et l’enseigne des pharmaciens. Les papes ne furent-ils pas les premiers dignitaires à s’intéresser à la médecine et à s’entourer de médecins (32bis) ?
En ce qui concerne les autres penseurs de la décadence, comme Spengler ou Pareto, voir Evola, très peu d’entre eux ont pris en compte le rôle de la femme dans la fabrication du monde moderne, ou, s’ils l’ont fait, ils ont plus ou moins largement sous-estimé ce facteur, quand Ludovici met en lumière son caractère déterminant, en particulier dans « Lysistrata or, Woman’s future and future woman » (1925), où il souligne notamment la collusion entre la femme et la science. Le premier « bébé-éprouvette » naquit en 1978 et le nombre de fécondations in vitro n’a cessé d’augmenter depuis. En 1925, très peu furent ceux qui prirent au sérieux Ludovici, lorsqu’il affirma que « [l]es résultats obtenus par des hommes comme Alexis Carrel, Ebeling et Fischer, qui travaillent tous avec succès sur la culture tissulaire et la transplantation de structures anatomiques d’un organisme vivant à un autre, seront améliorés et un moyen sera découvert par lequel l’ovule fécondé se développera en dehors du corps de la femme » (33) ; « la gestation extra-corporelle, ou « ectogenesis » […] sera possible et l’idéal féministe d’une émancipation complète de la servitude du sexe sera réalisé » (34). il reste à savoir si la prédiction suivante fera toujours sourire les hommes dans cinquante ou cent ans : « Lorsque l’imprégnation artificielle sera devenue monnaie courante, un parlement de femmes adoptera sans doute une législation interdisant à un homme de procréer un enfant naturellement, si c’est le désir de l’épouse d’en avoir un par l’intermédiaire de la science… » (35).
1927 vit la publication de « A Defence of Conservatism. A Further Text-Book for Tories » (Faber & Gwyer, Londres), contribution majeure à l’histoire des idées, puisque presque quarante pages y sont dédiées à la définition d’un terme dont, depuis son apparition au milieu du XIXe siècle, le sens était resté flou : « conservatisme ». Le conservatisme représente « … non seulement […] une politique de préservation, mais aussi le discernement dans le changement […] le vrai conservatisme devrait préserver non seulement par suite du principe obstructif de l’opposition au changement, qui peut parfois être synonyme de stagnation et de simple négativisme, mais aussi par suite du principe progressiste et positif du refus de l’introduction de quoi que ce soit de nouveau, sauf quand il est capable de permanence, c’est-à-dire quand il est conforme aux lois éternelles de la nature ou de la nature humaine. Le rôle du politicien conservateur […] se révèle ainsi un rôle très difficile et compliqué, dans lequel une grande sagesse innée et une grande habileté doivent se combiner avec beaucoup de réalisme et d’humanité, afin de réussir à combattre les forces romantiques de la désintégration et du désordre. La bannière trompeuse du « Progrès » à leur tête, ces dernières forces visent constamment à initier un simple changement, sans jamais songer à la direction dans laquelle va le changement – vers la décomposition ou l’organisation supérieure… » ; « … et, poursuit-il, j’espère qu’en définissant clairement la fonction du conservatisme comme l’exercice du discernement dans le changement, j’ai pu montrer que la politique conservatrice est la seule force de la nation capable de résister à la décomposition nationale et de conserver une attitude critique envers chacune des étapes par lesquelles les rêveurs et les hurluberlus passent pour atteindre cet objectif » (36).
En substance, les considérations que développe ensuite Ludovici rejoignent la clarification qu’apporte J. Evola sur le conservatisme dans « Les Hommes et les ruines » : « … il ne s’agit […] absolument pas de perpétuer artificiellement et coercitivement des formes liées au passé, en dépit du fait qu’elles ont épuisé leurs possibilités vitales et ne correspondent plus à leur époque. Pour l’authentique conservateur révolutionnaire, ce qui compte vraiment, c’est d’être fidèle non aux formes et aux institutions passées, mais plutôt aux principes dont ces formes et ces institutions ont pu être des expressions particulières adéquates pendant une période déterminée et dans une zone géographique spécifique. Et de même que ces expressions particulières doivent être considérées comme changeantes et éphémères en soi, puisqu’elles sont liées à des circonstances historiques qui sont souvent uniques, ainsi les principes qui les animent ont une valeur qui n’est pas affectée par ces contingences et, en fait, possèdent une actualité perpétuelle. De nouvelles formes, homologues aux anciennes, sont susceptibles d’en naître comme d’une graine. Ainsi, même si elles remplacent d’anciennes formes (même de manière « révolutionnaire »), une continuité est maintenue dans l’évolution des facteurs historiques, sociaux, économiques et culturels. Afin d’assurer cette continuité, tout en restant fidèles aux principes, il peut s’avérer nécessaire d’abandonner tout ce qui doit être abandonné, au lieu de se raidir, de partir à l’aventure ou de chercher confusément de nouvelles idées quand des crises se produisent et les temps changent : c’est là l’essence du véritable esprit conservateur » (37).
The English Mistery fut fondé en 1930 par William Sanderson, ancien franc-maçon et membre de l’Imperial Fascist League ainsi que de l’antisémite Order of the Red Rose. Élitiste, il luttait pour que la Grande-Bretagne soit gouvernée par une hiérarchie d’Anglais racialement purs et loyaux au monarque. L’Église devait être placée sous le contrôle de la royauté (38) et « l’élimination de la vie publique, du parlement et des institutions, de toutes les personnes d’origine juive ou étrangère, qui, quelle que puisse être leur valeur, ne peuvent pas ne pas travailler contre les instincts et les traditions anglais » (39) était absolument nécessaire. Les femmes, qui sont « uniquement guidées par leurs instincts sexuels » et n’ont « aucun instinct social », ne devaient avoir aucune part à ce gouvernement, pas plus qu’à la vie politique (40). Versé dans les sciences occultes, il conférait une dimension mystique à ce gouvernement, qui serait fondé sur des « secrets perdus », notamment le « secret de la race », le « secret de la puissance » et le « secret de la propriété ». Perdus ou obscurcis sous l’effet des « idéaux industriels », ils n’étaient révélés initiatiquement qu’aux membres de The English Mistery. (41). Son objectif était de « régénérer la nation anglaise et de recréer un corps politique doté de membres en bon état » et de « créer un fondement moral solide pour la politique nationale » ; il n’en existait qu’un : les instincts et les traditions des races anglaises » (42). La régénération de la « race anglaise », pour être effective, devait cependant être physique autant que morale. Eugéniste, Sanderson pensait qu’un « régime approprié » suffirait à « arrêter la tendance à la dégénérescence de la race [anglaise] » (43) D’abord physique, elle passait par un retour à la terre. La plupart de ses membres n’avaient pas besoin de retourner à la terre ; propriétaires terriens pour la plupart, ils en avaient une expérience directe et non rousseauiste. Ludovici, né à la ville, devait lui aussi en avoir une, à partir de 1941, quand il prit la tête d’une petite exploitation agricole, dont les produits lui permirent de vivre en autarcie, dans le Suffolk (44).
Peu enclin à faire triompher ses idées par l’action, Sanderson finit par susciter les critiques d’un bon nombre de membres de l’English Mistery, dont le député conservateur Gerard Wallop, vicomte de Lymington, qui, avec Michael Beaumont et Reginald Dorman-Smith, ses collègues au parlement, Graham Seton Hutchison, fondateur en 1933 de l’antisémite et pro-national-socialiste National Workers’ Movement, le diplomate Cecil de Sausmarez et lé député travailliste John Platts-Mills, comptait parmi les personnalités de l’organisation. Dans la journal même de l’English Mistery, Ludovici la qualifia de « farce, ou tout au plus [de] branche du parti conservateur » (45).
Wallop quitta l‘English Mistery en 1936 pour former l’English Array et Ludovici y adhéra immédiatement.
Pour une raison, cependant, Ludovici ne regretta jamais d’avoir fait partie de cette société : durant l’été de 1936, Sanderson qui était en relation avec le personnel de l’ambassade d’Allemagne à Londres fut invité à Berlin par les autorités allemandes et c’est ainsi que, en avril 1937, Ludovici, seul membre germaniste du British Mistery, l’accompagna en Allemagne, où ils séjournèrent plusieurs semaines, durant lesquelles ils firent connaissance avec les principales personnalités du gouvernement et se familiarisèrent avec les conditions de vie dans l’Allemagne hitlérienne (46). Des souvenirs qu’il évoquera de ce séjour dans son autobiographie (47) le suivant mérite particulièrement d’être rapporté ici, parce que, entre autres, il confirme que les autorité allemandes n’avaient pas bien conscience de la véritable attitude de la Grande-Bretagne à l’égard de leur pays : « Lors d’un déjeuner que Ribbentrop donna pour nous à l’English Club, j’essayai à plusieurs reprises de le convaincre que l’opposition au régime nazi et surtout au comportement souvent autoritaire d’Hitler vis-à-vis des États voisins était beaucoup plus forte en Angleterre, parmi les Anglaises influentes, que lui et ses collègues ne semblaient le penser ; et je fis remarquer que les femmes de toutes les classes en Angleterre étaient enclines à ne pas accepter un mouvement qui, comme le régime nazi, était essentiellement d’esprit masculin. » (48).
L’English Array se posa en successeur de l’English Mistery ; plus dynamique que celle-ci, il se fit connaître par des camps et des publications, comme le New Pioneer, fondé par Lymington en 1938. Y avaient adhéré les membres les plus sérieux et jusqu’au-boutistes de l’English Mistery. L’English Array s’occupait davantage de politique et était résolument favorable au régime national-socialiste. (49). Cependant, sa ligne restait la même que celle de l’English Mistery : outre la (re)constitution d’une aristocratie véritable, la formation d’un type national homogène, l’opposition au croisement entre des types raciaux très différents, l’arrêt de l’immigration, l’élimination de la spéculation financière, le refus de la sous-culture hollywoodienne et en particulier du jazz, il prônait la régénération de la paysannerie comme fondement de la société (50). Partisan du ruralisme, Lymington, comme Ludovici, l’était aussi de la sélection raciale. « Pour que, écrivait-il dans « Famine in England » (1938), les meilleurs survivent, ils doivent être attentivement soignés et protégés contre les mauvaises herbes et les parasites » (51). « C’est en prenant bien soin de notre sol que nous rendrons de nouveau fécondes nos souches nationales ; fécondes et saines » (52).
Lymington était en relation avec Mosley et d’autres membres de haut rang de la British Union of Fascists (BUF). Les deux organisations partageaient certains objectifs, dont l’un était d’empêcher la Grande-Bretagne de faire la guerre à l’Allemagne. Un rapprochement, voire une coalition, avait été envisagé. Ludovici était résolument contre et, peu avant de rencontrer Mosley en février 1939, il s’en ouvrit à Lymington en ces termes : « Je crois devoir souligner que tout ce qui pourrait ressembler à une coalition entre l’Array et les fascistes est hors de question pour les trois principales raisons suivantes : (a) Que nous n’approuvons pas la dictature, quelle que soit sa forme ; (b) Que nous ne pouvons pas soutenir un parti qui inscrit le féminisme en tête de son programme ; (c) Que nous ne pouvons pas cautionner des méthodes essentiellement démocratiques. » (53)
En attendant, les colonnes du New Pioneer donnèrent à Ludovici toute latitude pour traiter à fond une question qu’il n’avait fait qu’aborder incidemment jusque-là : la juive, dont la BUF s’était emparée vers 1934 (54). De plus, il avait publié en 1938, sous le pseudonyme de Cobbett, « Jews, and the Jews in England (Boswell, Londres), dans lequel, après avoir déclaré se situer à égale distance des philosémites comme des antisémites, auxquels il reproche pareillement d’obscurcir la question par leur esprit partisan, il affirme « s’en tenir principalement à des faits qui sont plus ou moins établis et à des autorités pour la plupart juives » (55). Cette déclaration liminaire n’est pas sans rappeler l’intention qu’annonce J. Evola dans les premières pages de « Trois Aspects du Problème Juif » de traiter la question avec « calme » et « objectivité » et de montrer « la faiblesse et la confusion des arguments couramment avancés par les antisémites », qui, joints à « leur violent esprit de parti », « en arrivent à produire l’effet inverse à celui qu’ils escomptent, laissant penser à tout observateur impartial que ce ne sont là que des attitudes unilatérales et arbitraires dictées non pas tant par de vrais principes que par des intérêts pratiques contingents » (56). Les deux ouvrages tiennent leurs promesses, bien qu’à des égards différents. Les deux auteurs examinent la question juive d’un point de vue racial ; implicite dans cet ouvrage de J. Evola, l’idée qu’il est erroné et irréaliste de distinguer les blancs des Juifs en fonction de critères purement religieux est formulée explicitement chez Ludovici (57). Avec une cohérence qui fait défaut à la plupart des antisémites, les deux auteurs en arrivent à la même constatation : cohérente en principe, l’exclusion des Juifs de la société blanche ne l’est plus là où les blancs ont adopté la forma mentis des Juifs. « Serait-il logique, demande Ludovici, d’exclure maintenant le Juif, quand le Gentil, son élève et son imitateur servile siège partout à ses côtés et en plus grand nombre que les Juifs eux-mêmes ? » (58). La seule solution est un redressement, de la race de l’esprit pour l’auteur italien, de la race du corps et de l’âme pour l’auteur anglais.
De plus en plus préoccupée par la question juive à mesure qu’approchait la guerre, l’English Array avait attiré à elle les membres de l’English Mistery qui avaient des relations et de l’influence. Outre Ludovici et le ruraliste Rolf Gardiner (1902–1971), collaboraient entre autres au New Pioneer et à la Quaterly Gazette, l’autre périodique de l’EA, le major-général J. F. C. Fuller, deux fois l’invité d’Adolf Hitler avant la Seconde Guerre mondiale (59) et, une fois celle-ci déclenchée, favorable à un règlement pacifique du conflit, le baron John de Rutzen et le colonel Hardwicke Holderness, le journaliste K. Chesterton, membre de la BUF de 1933 à 1938, puis de la Nordic League, organisation semi-secrète fondée en 1938 par le capitaine Archibald H. Ramsay (1894– 1955), député conservateur et chef du Right Club, dans le but de coordonner toutes les organisations racialistes britanniques, puis encore, précisément, du Right club, créé l’année suivante, dans ce même but et aussi dans celui de « de s’opposer aux et de révéler les activités de la Juiverie organisée » (60) et d’éradiquer toute influence juive dans le parti conservateur (61). Pour avoir été membre du Right Club, Ludovici fut renvoyé du ministère de la Guerre le 14 août 1940 (62).
La guerre vit les divers groupes fascistes britanniques se mettre en sommeil forcé. Le gouvernement avait pris des mesures pour les museler. Dès 1936, Arnold Leese ((1878-1956), vétérinaire qui avait fondé l’Imperial Fascist League en 1928 après un court passage aux British Fascists et avait refusé de fusionner son groupuscule avec la BUF, accusant Mosley d’être un « fascist kosher » manipulé par les Juifs pour discréditer son action (63), avait été poursuivi pour avoir donné crédit dans son journal, The Fascist, à l’accusation de meurtre rituel souvent proférée au cours de l’histoire contre les Juifs. Le 24 août 1939, le Parlement avait adopté l’Emergency Powers Act, qui l’autorisait à légiférer par décrets pour assurer la défense du royaume. Le 1er septembre, le gouvernement avait promulgué la Defence Regulation 18, permettant aux autorités de placer en détention ceux qu’ elles estimaient capables de commettre des actes préjudiciables à l’État. En vertu de cette loi, en mai 1940, 1847 militants fascistes avaient été arrêtés dont Mosley et sa femme ainsi que Lesse. Aucun d’entre eux n’avait été inculpé, mais ils avaient été emprisonnés ou internés dans des conditions difficiles. En juillet 1940, la BUF avait été interdite (64).
La fin de la guerre n’avait cependant pas marqué la fin du fascisme britannique. Sous la pression ou non de ses partisans, Mosley fit son retour, non dénué de théâtralité (65), sur la scène politique, pour former en 1948 l’Union Movement, dont le programme se résumait à peu près à l’idée de fondre tous les États européens dans un seul État-nation et, dans cette optique, il lança au début des années 1960 le National Party of Europe. Sur le plan intérieur, il mena campagne essentiellement contre l’immigration en provenance d’Europe de l’Est et, alors que l’antisémitisme regagnait du terrain, chez les sympathisants fascistes, mais aussi dans une partie de la population, en raison de la détérioration de la situation en Palestine et, en particulier, du meurtre de plusieurs centaines de sujets de Sa Majesté sur le sol du futur État d’Israël, Mosley critiqua publiquement la League of Ex-Servicemen and Women (66), groupuscule fasciste créé avant guerre et réactivé en 1944 par Jeffrey Hamm et Victor Burgess, pour son antisémitisme virulent. Lors de leur première réunion depuis l’avant-guerre, tenue à Hyde Park le 4 novembre 1944, ils déclenchèrent des réactions très hostiles dans le public, lorsqu’ils déclarèrent être en faveur de la pureté raciale et d’une « Grande-Bretagne pour les Britanniques » (67). Ce fut sans doute la dernière fois qu’ils parlèrent publiquement de pureté raciale, puisque ce concept n’avait pas cours à l’UM et que Burgess, vite évincé de la League par son compère (68), adhéra à l’UM dès sa formation, tandis que Hamm ne tarda pas à intégrer la League dans l’UM. L’eugénisme, qui n’avait jamais compté parmi les priorités des principales organisations fascistes britanniques dans l’entre-deux-guerres, n’était plus à l’ordre du jour dans celles qui apparurent dans l’immédiat après-guerre, où, hormis dans quelques œuvres de fiction, dans certains ouvrages médicaux, dans certaines études de politique sociale, dans les recherches du biologiste et généticien britannique Cyril D. Darlington (1903-1981) et, évidemment, dans les publications de l’Eugenics Society (69), cette question fut enterrée, avant d’être exhumée plus tard par la presse et la sociologie à sensation.
Au contraire, Ludovici, non seulement reprit tous les thèmes qu’il avait traités auparavant, mais les approfondit, dans The Four Pillars of Health. A Contribution to Post-War Planning (Heath Cranton Limited, Londres, 1945), Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism (Carroll & Nicholson, Londres, 1948) et The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders (Rider, Londres, 1952).
Dans le premier, il se donne comme objectif de « fournir à l’homme moyen et à la femme moyenne une étude, brève mais complète, des principaux facteurs de la production et de la conservation d’une constitution saine » (70). « Les quatre piliers de la santé » sont « les conditions essentielles à la santé », « les bonnes habitude de vie et d’hygiène », « les bonnes habitudes alimentaires » et « le bon usage de soi », fondé sur la technique dite Alexander, du nom de son inventeur, ensemble de procédés empiriques permettant d’apprendre à se mouvoir et à se déplacer sans tensions par une observation attentive de son corps et de ses mouvements. Tout cela, souligne Ludovici, ne vaut cependant que pour les personnes qui ont de bonnes dispositions héréditaires et ne saurait avoir aucun effet positif sur les dégénérés (71).
Parler de « dégénérés » au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans une Europe noyée sous un déluge de sentimentalisme humanitaire, était pour le moins inhabituel. Parler de « mutations nuisibles » et ajouter que, « dans notre civilisation, non seulement on les rend viables, mais on leur permet de se reproduire » (72), alors qu’Alfred Sauvy, atteint par la fièvre nataliste ambiante, déclarait que « l’espoir de pouvoir indéfiniment compenser une défaillance quantitative par une amélioration de qualité ne repose que sur des considérations périmées… » (73), était tout à fait singulier ; à droite, là encore, seul J. Evola le suivait sur cette voie (74).
D’amélioration il est encore question dans « The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders », d’amélioration, non plus de l’homme moyen et de la femme moyenne, mais des membres de la classe dirigeante idéale, c’est-à-dire les aristocrates. Ludovici n’avait pas changé d’avis sur l’aristocratie depuis que, trente-sept ans plus tôt, il avait établi que l’aristocratie était le meilleur gouvernement. « Pendant tout ce temps, explique-t-il, l’auteur de cet ouvrage a vu les événements se dérouler et a observé ses semblables à l’étranger et dans son pays et a également lu beaucoup d’ouvrages d’histoire, de philosophie politique et de science. Si, par conséquent, il n’a pas jugé nécessaire de s’écarter de la position qu’il avait adoptée en 1915, ce n’est pas à cause de son refus d’écouter les arguments de ses opposants, ni d’étudier d’autres points de vue, mais parce que tout ce qui s’est passé et tout ce qu’il a lu dans l’intervalle n’a fait que renforcer les convictions qu’il avait d’abord exprimées dans » « A Defence of Aristocracy: A Text-Book for Tories » (75). Dans « The Quest », l’auteur se propose premièrement de « réexaminer la démocratie dans ses aspects doctrinaux et pratiques, afin de déterminer si elle mérite vraiment les éloges sans réserve et les témoignages d’approbation dont elle a été comblée dans le dernier demi-siècle et, deuxièmement, de démontrer que l’aristocratie n’est pas seulement une forme de gouvernement viable, mais aussi la seule forme de gouvernement capable de donner à une société une santé et une force durables » (76). Pourquoi réexaminer les deux points ? D’abord, parce qu’il juge souhaitable de revenir sur quatre décennies d’expérience démocratique, en examinant entre autres « l’électeur moyen et ses inévitables limitations », l’influence de la presse et de l’éducation sur l’opinion publique et en cherchant à voir si la presse est aussi libre qu’on le dit, dans quelle mesure la « volonté du peuple » peut s’exercer, etc., mais aussi parce que, dans le camp de ceux qui, sans avoir aucune sympathie pour la noblesse, s’alarmait des méfaits de la démocratie, des voix s’élevaient pour réclamer une « nouvelle aristocratie » (77) et que, à un autre égard, en raison des « découvertes significatives » qui ont été faite entre-temps au sujet « des faits biologiques et historiques les plus importants qui ont contribué à la naissance d’une aristocratie », « l’auteur a pu rendre décisifs maints arguments qui, en 1915, ne pouvait pas être concluants » (78).
Un des événements historiques que Ludovici avait vu se dérouler dans l’entre-deux-guerres avait été l’arrivée au pouvoir du national-socialisme, premier régime politique dans l’histoire à avoir adopté une politique raciale. Du séjour qu’il avait fait dans l’Allemagne hitlérienne en 1937 il avait rapporté une série d’articles (79), dans lesquels s’exprime une admiration certaine pour la personnalité d’Hitler et les réalisations du Führer, particulièrement dans le domaine social ; assez étonnamment, peu de place y est accordée à la question raciale. En revanche, elle fait l’objet d’un chapitre de « Quest », où les « internationalistes » et les « racialistes » (Madison Grant, Arthur de Gobineau, Lothrop Stoddard, Woltmann, etc) sont renvoyés dos à dos. Ayant constaté que « de 1933 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les adversaires des dirigeants allemands ont senti le besoin de discréditer l’attitude des nationaux-socialistes envers la race et de dénoncer comme fausses leur idée et leur utilisation même de ce mot, mot qui, aux Nations Unies, est devenu aussi obscène que le fameux monosyllabe de l’écolier » (80), Ludovici, convaincu, pour sa part, de la pertinence du terme, s’emploie à justifier son emploi, par moult arguments scientifiques, principalement anthropologiques et en profite pour rappeler ce qu’il entend par « race » : « une variété d’espèce qui l’est devenue par l’isolement et la consanguinité, a acquis des caractéristiques distinctifs qui sont devenues uniformes chez tous ses membres et se reproduit sans variation » (81). Abstraction faite de sa forte coloration évolutionniste, elle ne ne distingue guère de celle de Woltmann (« une unité vivante d’individus d’origine commune, avec les mêmes caractéristiques corporelles et spirituelles »), de celle de Günther (« un groupe humain qui, en raison d’un lien, qui lui est propre, entre des caractéristiques corporelles et des qualités psychiques, se distingue de tout autre groupe humain et engendre des éléments toujours semblables à eux-mêmes ») ou de celle de Fischer (« une souche définie par des groupes de “gènes” identiques et non d’hommes semblables du point de vue des formes extérieures : c’est un groupe héréditaire ») (82) et pourtant ils font partie des racialistes à l’égard desquels Ludovici se montre critique.
Ce qu’il leur reproche est leur insistance sur la nécessité d’une race pure et leur idée que la dégénérescence d’une race, originellement pure, est provoquée par le métissage.
En ce qui concerne le premier point, ce n’est pas que Ludovici nie qu’il ait jamais existé de races pures, c’est qu’il estime que « la recherche dont elle fait l’objet aujourd’hui est vaine » (83). Il ne voit pas que ce concept peut et même doit être pris comme « point de repère, dans le sens d’idéal et de but final » (84). Des trois tâches qu’Evola assigne au racisme il n’envisage que celle qui consiste à « protéger des altérations et des mélanges dégradants le type commun, analogiquement qualifié de “race italienne”, “race allemande”… » (85).
Par conséquent, ni la nécessité d’« analyser [le type commun] afin de déterminer les principales composantes raciales qui y concourent », ni celle, « une fois distinguées avec précision les différentes races présentes » dans une race déterminée, d’« établir quelle est celle à laquelle on peut légitimement attribuer la valeur de type supérieur et créateur, d’élément central et essentiel pour tout l’ensemble ethnique et culturel auquel correspondent à proprement parler la nation et la race au sens large » et d’« isoler cet élément racial supérieur, de le renforcer, de le mettre au centre d’un processus ayant pour fin de purifier et d’élever le type général, afin de le rendre le plus conforme possible à cet élément supérieur » (86) n’apparaissent à Ludovici.
Au sujet du second point, il attribue la dégénérescence à la reproduction entre deux individus disparates (87), sans supposer que cette disparité est précisément due, soit à leur appartenance à deux races différentes, soit, si ces deux individus appartiennent à la même race, au fait que l’un d’entre eux est le produit d’un croisement entre deux individus de race différente et que ce sont les qualités héréditaires de la race inférieure qui ont un caractère dominant chez lui.
S’agissant justement des croisements, Ludovici déclare que, « [p]our le défenseur de l’aristocratie, la « race » à une époque comme la nôtre n’a d’importance qu’en tant qu’elle signifie […], non pas être issu sans croisement de personnes à l’origine non croisées, mais être issu de personnes, croisées ou non. qui étaient à l’origine pourvues de qualités supérieures » (88), c’est-à-dire « psycho-physiques », telles que la beauté, la santé, la sérénité, l’équilibre et l’endurance – par « croisées » Ludovici veut dire « issues d’un croisement entre deux individus de peuples différents appartenant à la même race » et non « entre deux individus de races différentes ». Ce qui le montre sans ambiguïté, ce sont les deux règles qu’il fixe pour la production d’un « peuple de qualité » (89) : « (1) […] l’isolement, la consanguinité, la sélection impitoyable et l’uniformité psycho-physique graduelle à laquelle ils conduisent […] ; (2) Les régressions et les réversions (c’est-à-dire l’instabilité des cellules corporelles et des caractères psycho-physiques spécifiques récemment acquis dans les souches hautement évoluées) qui résultent de la reproduction aléatoire de souches et de types disparates et de la dégénérescence qu’implique ces régressions doit être empêchée par la seule reproduction d’individus issus de souches uniformes » (90) Les Juifs sont cités parmi les peuples les plus uniformes du point de vue psycho-physique (91). J. Evola lui aussi souligne l’« indiscutable unité » du peuple juif, encore qu’il ne place pas « la cause de cette unité dans la race au sens strict, mais dans la force formatrice exercée par une idée et une tradition » : la Torah, qui « a réagi à un mélange racial originel, chaotique et détritique, lui a imposé une forme, y a élaboré des instincts et des attitudes d’un type spécial, qui devait devenir héréditaire au cours des siècles » (92).
Ce qui est recherché ici, comme l’indique le titre de l’ouvrage, c’est la « qualité » plus que la « race ». « Le philosophe politique qui, écrit-il, est favorable à l’aristocratie et […] estime que l’Occident démocratique ne peut être sauvé que par la création d’une élite dirigeante ne se soucie pas tant de la « pureté de la race » que des moyens par lesquels un peuple de qualité naît par l’observation des deux règles » (93) susmentionnées. Mais qui dit « race » ne dit-il pas par définition « qualité » ?
Tout limité qu’il soit par le racisme de premier et de second degré auquel se cantonna Ludovici, « The Quest » n’en constitue pas moins une contribution valide et stimulante à l’étude des fondements de la prophylaxie raciale.
Dans « Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, publié quatre ans avant « The Quest », Ludovici revient sur l’une des questions qui avait particulièrement retenu son attention dans les années 1920 : le féminisme. Cinq influences ont concouru à sa formation et à son développement : celle de « la philosophie principale de l’homme blanc », celle de l’esthétique grecque, celle de certains types d’hommes blancs, celle de la femme et celle de la civilisation urbaine et de l’industrialisme. « La philosophie principale de l’homme blanc » est constituée par le socratisme, précurseur du christianisme. En effet, « comme le sous-entend constamment l’Apologie de Justin le Martyr, Socrate et ses disciples furent chrétiens avant Christ » (94). « Tout le monde sait que Socrate a fait un choix malheureux en épousant Xanthippe. En clair, comme celui de beaucoup d’hommes avant et après lui, son mariage a été un échec. Selon la tradition, sa femme le grondait et l’aspergeait ensuite d’eau et une fois elle lui a arraché son manteau sur la place du marché, à la vue de la foule. Maintenant, n’importe quel homme ordinaire, dans des circonstances semblables, aurait simplement haussé les épaules et admis qu’il avait fait preuve de mauvais goût, qu’il s’était en fait « fait avoir » et devait en tirer le meilleur parti. Pas Socrate. Quand son amour-propre était en jeu, il n’avait pas son pareil pour retourner la situation à son avantage et il avait la stupéfiante effronterie d’essayer de persuader ses amis qu’il avait délibérément choisi une mégère pour son édification morale. Ainsi dit-il à Antisthène qu’il avait choisi Xanthippe pour que son mauvais caractère l’aide à supporter plus facilement toutes sortes d’hommes. Il eut aussi l’impudence d’essayer de faire croire à ses connaissances qu’il avait choisi Xanthippe pour la même raison que celle qui pousse les cavaliers à préférer les chevaux fougueux et qui est que, après les avoir dressés, ils n’ont aucune difficulté à faire face aux autres. Ne fallait-il pas que ses amis soient des imbéciles pour avaler de tels bobards ? Sans doute, mais il est significatif que Socrate ait tenté de les tromper afin de sauver son amour-propre et cela justifie mon interprétation des motifs qui l’ont poussé à s’opposer et finalement à vaincre la croyance en l’unité de l’homme. Naturellement, ses cinq propositions [la dualité de l’homme, c’est-à-dire son existence à double face, celle du corps et celle de l’âme ou de l’esprit ; l’indépendance de l’âme à l’égard du corps ; la supériorité de l’âme sur le corps ; l’insignifiance et la vileté du corps ; l’immortalité de l’âme] ne furent pas immédiatement acceptées par le monde antique. Les meilleurs restes du peuple grec s’y opposèrent longtemps. Un des plus formidables d’entre eux, Aristote, son petit-fils spirituel, continua à insister, lorsqu’il évaluait un homme, sur l’inséparabilité de ses aspects visibles et invisibles. Mais l’enseignement socratique intéressait et flattait le plus grand nombre et il finit par devenir la doctrine dominante de l’Homme Blanc. C’est qu’il rendait la vie facile. Aucun discours, aucune protestation de foi, aucune affectation ne pouvait modifier la forme de votre nez ou votre taille, embellir vos yeux ou rendre votre corps plus beau qu’il n’était. Jésus lui-même laissa entendre qu’il était impossible pour un homme d’ajouter, par ses inquiétudes, une coudée à sa taille. Si, physiquement, vous étiez inférieur, vous n’en pouviez pas moins, selon le socratisme, accroître considérablement votre prestige en vous présentant comme une personne dotée d’une âme supérieure et, en faisant certaines professions de foi, en adoptant des airs de piété et de pureté, passer pour quelqu’un de très supérieur. En bref, Socrate donna à ceux qui n’avaient pas été gâtés par la nature une chance de briller par leurs qualités morales. Il n’est pas étonnant que Socrate ait fini par prévaloir. » (95) Le résultat est que « [p]endant plus de deux mille ans, la doctrine socratique a fait partie de notre atmosphère et nous a imprégnés jusqu’à la moelle, à tel point qu’aujourd’hui même ceux qui n’ont jamais entendu parler de Socrate – la femme de ménage, le facteur et le charlatan – parlent tous des aspects visibles et invisibles de l’homme comme s’ils étaient assis à ses pieds. Or, les féministes de tous les temps – que ce soit dans la Grèce hellénistique ou dans l’Europe de la Renaissance ou du 17ème siècle, s’emparèrent naturellement avec empressement des arguments que leur fournissait Socrate. Car, si le corps était négligeable, si les différences corporelles n’avaient pas d’importance, si l’âme seule comptait, les différences visibles ou physiques entre l’homme et la femme étaient également négligeables. En effet, plus on se comportait comme s’il n’y avait pas de différence entre l’homme et la femme, plus on était pur, pour faire peu de cas de ce corps qui était méprisable. Il fut ainsi facile d’établir l’égalité des sexes et, d’après des raisonnements similaires, de continuer à l’établir jusqu’à ce jour. Même la corrélation nécessaire des parties corporelles ou anatomiques particulières avec certaines caractéristiques mentales correspondantes – corrélation qui semble évidente et constante dans la nature et sur la base de laquelle les sexes devraient être considérés comme différents mentalement aussi bien que physiquement – fut facilement niée en vertu du principe de la négligence socratique du corps et l’égalité parfaite fut supposée, vraisemblablement parce qu’il était impossible de prouver que les êtres humains, dans leurs aspects invisibles, étaient différenciés sexuellement » (96). Sur Socrate, soit dit en passant, Ludovici est donc en désaccord avec Nietzsche ; car, si le philosophe allemand a « perçu dans une grande mesure ce qu’il y avait de dégénéré chez Socrate », il n’a pas vu que le premier responsable du renversement des valeurs, c’était lui et non, comme « il ne cesse de le répéter », les Juifs (97).
Le deuxième facteur du féminisme serait la tendance des anciens Grecs à donner un caractère masculin à la femme en raison d’une homosexualité présumée qui les aurait amenés à considérer le corps féminin comme inférieur au corps masculin. L’argument, fondé sur la représentation de femmes sous des traits masculins dans la poterie grecque, est bien moins concluant que le premier et que les trois suivants, dans la mesure où, à partir de la moitié du Ve siècle, les femmes y furent représentées au contraire dans toute leur féminité (98).
Les cinq types d’hommes qui ont contribué au développement du féminisme proprement dit au XIXe siècle sont ceux qui sont partiellement ou complètement privés de relations sexuelles, car c’est dans cet état que les hommes sont les plus enclins à idéaliser la femme, à lui prêter des qualités qu’elle n’a pas et donc à la mettre indûment sur un piédestal ; ceux qui n’entendent rien à la nature féminine ; les pères de filles, car, « dans tous les pays comme l’Angleterre, où le puritanisme, la stricte respectabilité et la crainte des conséquences fâcheuses, dans des centaines de milliers de cas, maintiennent un homme d’âge moyen et au-delà, après vingt-cinq ans de mariage, dans un état chronique de légère tumescence, il doit inévitablement naître entre ses filles adultes et lui-même une relation dans laquelle inconsciemment il ne peut s’empêcher de vouloir jouer le rôle d’amant » (99) ; ceux qui sont atteints de dégénérescence, car « leur manque de vivacité d’esprit et de perspicacité psychologique […] les a empêchés de voir à travers le brouillard et la poussière de l’agitation et de la propagande bruyante du féminisme et de discerner le caractère spécieux et stupide des revendications souvent faites par les dirigeants du Mouvement féministe » (100). Les faiblesses respectives de ces cinq types d’hommes les mettent à la merci de la femme et les condamnent à soutenir, sinon le féminisme de manière directe et ouverte – il n’est même pas rare, note pertinemment l’auteur, que, « dans la conversation, ils fassent semblant de soutenir l’anti-féminisme et s’indignent de ce qu’il y ait des femmes au parlement et dans la vie politique » (101), au moins les intérêts de la femme aux dépens de ceux de leur propre sexe.
Les quatre types de femmes qui ont promu le féminisme sont la virago, la vieille fille, l’agitatrice de haut vol et la femme anglo-saxonne normale, entraînée à refuser son rôle traditionnel d’épouse et de mère « par la vie sexuelle décevante et souvent répugnante qu’elle mène avec l’homme que produisent les pays puritains » (102) et par les conditions pénibles de la maternité moderne, dues aux « imbécillités du régime qui lui est prescrit pendant la grossesse et [à] l’incompétence de beaucoup de médecins » (103), problèmes auxquels il s’était attaqué dix ans plus tôt dans « The Truth about Childbirth: Lay Light on Maternal Morbidity and Mortality » (Kegan Paul, Trench, Trubner and Co, Londres, 1937 ; E. P. Dutton, New York, 1938).
Enfin, deux processus concomitants ont joué en faveur de l’« émancipation de la femme » : l’urbanisation et industrialisation. Elles n’ont pas seulement permis à la femme de s’affranchir de l’homme par l’exercice d’un emploi salarié à la ville, elle ont aussi « diminué l’énergie, la virilité et les capacités générales des hommes et [ont] donc nivelé les sexes… » (106) L’emploi salarié lui a permis non seulement de s’affranchir de l’homme, mais aussi, dans nombre de cas, du travail lui-même. « C’est un fait peu reconnu par les sociologues, mais que j’ai déjà remarqué en 1924 (du moins en ce qui concerne les produits laitiers), que les femmes de la campagne – les épouses, sœurs et filles d’agriculteurs, de petits propriétaires et de propriétaires de cottages – sont beaucoup plus occupées que leurs sœurs des villes et des cités. On peut dire qu’un agriculteur, comme la femme d’un petit exploitant, est toujours occupé. Si ce n’est pas par la volaille, alors c’est par le lait, la cuisine, les enfants et parfois même les veaux, les chèvres et les cochons. En comparaison, la femme d’un employé de banque ou d’un employé d’assurances et, en général, la femme d’un citadin mènent une vie quasi oisive. De plus, elle n’a pas à entretenir les lampes et les bougies, à aller chercher de l’eau à la pompe ou à l’étang, à trouver et à couper son propre bois de chauffage, etc. tandis qu’elle a toutes les boutiques qu’elle aime, nombre de ses congénères et des divertissements de toutes sortes » (107). C’est pourquoi Ludovici, suivant en cela la thèse de l’auteur d’un ouvrage intitulé « Living in the Country » (Londres, 1940), déclare « [incliner] à penser que les femmes, plus que les hommes, ont recherché la ville » (108) et que, dans une civilisation déterminée, il existe un lien très étroit entre le goût de la vie urbaine et l’étendue de l’influence des femmes. Sa conclusion est que, si les conditions urbaines favorisent le féminisme, l’influence des femmes dans une culture soutenue par des hommes faibles favorise l’urbanisation (109).
Bien sûr, toutes les citadines n’étaient pas mariées à des employés et l’auteur n’a garde d’oublier la condition des centaines de milliers de femmes mariées qui travaillaient à l’usine ou à la mine, pas plus que la situation de la domesticité des familles de la classe moyenne en Grande-Bretagne. Selon l’auteur, contrairement à ce qui se passait sur le continent, les relations entre la servante et son employeur étaient inhumaines et cette inhumanité était due au fait que l’employeur considérait sa servante comme une inférieure et ne se privait pas de le lui faire sentir avec une impitoyable ostentation, même si, ou d’autant plus que, ainsi que cela arrivait assez fréquemment, la servante, comme sa maîtresse, était issue des classes moyennes. Le ressentiment que, à force d’humiliations, en conçut le million et demi de femmes qui servaient ici et là en qualité de domestiques peut certainement expliquer qu’elles aient été incitées à se détourner des tâches ménagères avant même que le féminisme n’y engage l’ensemble des femmes (110). Encore une fois, l’auteur décèle à un mal déterminé une cause que n’avait entrevue ni même soupçonnée personne d’autre.
Au sujet des ouvrières, Ludovici rappelle d’abord un fait que préfèrent taire les agitatrices féministes : dans les classes dites populaires, la femme mariée fut contrainte de chercher un travail en dehors de son foyer pour compléter les revenus de son ménage, parce que, en raison de la sous-rémunération de la main d’œuvre masculine, son mari n’était pas en mesure d’assurer par son seul salaire la subsistance de sa famille, tout cela pour être encore moins bien rémunérée que son mari et le mettre indirectement au chômage. Mécontentes de leur piètre salaire et des conditions de travail dans l’industrie et les mines, qui, pour le coup, étaient les mêmes pour les hommes, il n’est pas surprenant que les femmes aient prêté une oreille attentive aux revendications du mouvement féministe, qui, Ludovici le souligne dans le dernier paragraphe de l’ouvrage, n’était jamais que la garde avancée du libéralisme. Précisément, « The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion », le dernier ouvrage publié par Ludovici, constituera une « tentative de présentation des hypothèses erronées et de la vacuité destructrice sur lesquelles reposent [les] principes [du libéralisme] et de description des moyens constructifs de les combattre » (111), dans le prolongement de son « English Liberalism (A « New Pioneer » Pamphlet). (New Pioneer Periodicals for The English Array, Londres, 1939).
L’un des aspects les plus intéressants des écrits de Ludovici réside dans les solutions qu’ils proposent aux différents maux de la civilisation européenne moderne, solutions qui, en général, n’ont rien de particulièrement original ou d’inouï : par exemple, il prônait « l’interdiction rigoureuse de l’immigration » en Grande-Bretagne, « même celle des populations autochtones des colonies et des dominions britanniques » et « l’abolition de la naturalisation et la révision et l’annulation de toutes les naturalisations existantes » (112), à une époque où, déjà, les partis dits d’extrême droite se contentaient de claironner mollement leur simple opposition de principe à l’immigration d’origine extra-européenne et de demander son simple « contrôle », sa simple « maîtrise » ; à cette époque déjà, il fallait avoir du courage, du caractère ainsi que de la race pour faire en la matière les propositions que faisait Ludovici. Le deuxième aspect remarquable des idées de l’auteur, qui concerne cette fois la critique de la société dite occidentale moderne, passerait presque, si l’on nous permet cette apparente contradiction dans les termes, inaperçu, tant est presque commun, chez les auteurs du XIXe au XXe siècle, l’examen critique du féminisme, du libéralisme, du christianisme, de la juiverie, du métissage, de l’industrialisme et de la mécanisation, du cosmopolitisme et du multiculturalisme, du marxisme et du consumérisme. Aucun d’entre eux ne les a cependant examinés dans leur ensemble et systématiquement. Même chez J. Evola, le seul chez qui tous ces éléments sont pris en compte dans l’analyse globale de la crise du monde moderne « occidental », l’un deux ne l’est que marginalement : le féminisme. Au contraire, Ludovici a traité tous ces problèmes, séparément ou synchroniqement, fût-ce, pour certains, en filigrane ou de manière allusive, comme nous allons pouvoir nous en rendre compte en lisant la préface de « Lysistrata ». N’ont-ils pas pour commune origine le « socrato-christianisme » ? En soixante ans et plus de quarante livres, Ludovici ne changea rien à ses conceptions, ni à son analyse, il les développa, les approfondit, les enrichit, avec une conscience et une intransigeance peu communes, au point de donner raison à celui qui, cinquante ans plus tôt, avait écrit ironiquement qu’il « risquait de devenir le champion professionnel des causes perdues » (113), c’est-à-dire le type d’hommes auquel s’adresse « Chevaucher le Tigre » : celui qui est prêt à « se battre même sur des positions perdues ». La plus désespérée de toutes était sans doute l’eugénisme, que Ludovici traita jusque dans es derniers écrits ; il fit mieux à cet égard : il mit la main à la poche, léguant, avant sa mort, survenue en 1971 à Londres, 70,000 livres sterling — l’équivalent d’environ $630,000 euros actuels – à l’université d’Édimbourg, afin qu’elle fasse des recherches sur la dégénérescence (114).
Ici, l’exposé est, nous l’avons dit, formidablement synthétique et son originalité tient aussi à ce que l’analyse conceptuelle y est souvent informé par l’observation empirique de la réalité et illustré par des exemples tirés de l’expérience, y compris de l’expérience personnelle de l’auteur. Tout autant que le fruit d’une pensée, cette œuvre est celui d’un regard. La hauteur de vue de l’auteur est proportionnelle à la profondeur de l’oubli dans lequel, après avoir connu une certaine notoriété (115) dans son pays dans la décennie qui précéda la Première Guerre mondiale, notoriété qui se prolongea dans l’entre-deux-guerres, il est tombé.

Les valeurs gouvernent la science

D’une brève étude de leurs compatriotes de nombreux enseignements étranges sur l’Angleterre d’aujourd’hui sont à tirer pour tous ceux qui gardent les yeux ouverts et se gardent bien de prendre trop de choses pour acquises.
L’observateur n’a qu’à échanger quelques mots avec les hommes, les femmes et les enfants qu’il croise et à regarder leur visage – il n’a pas à en faire plus pour apprendre ce qu’il veut savoir. Il n’aura pas non plus besoin d’être très exigeant sur la beauté humaine pour être déçu par les traits de la grande majorité d’entre eux, tandis que les connaissances les plus élémentaires en psychologie et en hygiène lui permettront de voir par leur comportement et leurs expressions qu’ils sont pour la plupart épuisés, en mauvaise santé et mal nourris.
Mais l’un des premiers faits curieux qu’il remarquera est que la plus grande partie de ses compatriotes semblent s’être tellement habitués à vivre leur vie à l’aide de toutes sortes d’accessoires artificiels que ces derniers ne sont plus pour eux un sujet de honte ou de préoccupation.
Par exemple, il passe constamment des hommes et des femmes – jeunes ou vieux – à lunettes et c’est avec beaucoup de gaieté et de confiance que, à travers ces aides optiques, ils regardent ceux qui . s’adressent à eux. Il suffit de parler aux gens dans la foule et de les voir sourire pour s’apercevoir instantanément que certaines de leurs dents, voire toutes, sont cariées ou fausses. Ils sourient avec autant de conviction, que leur dentition soit naturelle ou fausse. Nombre de jeunes adultes et d’enfants portent sur le visage, dans la région des yeux et des sourcils, des cicatrices minuscules, presque imperceptibles, ce qui indique qu’ils ont été mis au monde au moyen d’instruments obstétriques. Et d’innombrables autres ont eu une naissance tout aussi artificielle, bien qu’ils n’en portent aucune marque. Mais personne ne semble s’en inquiéter, ni même se demander comment il serait possible d’éviter cette fréquente interférence avec une fonction naturelle. Partout les gens se serrent la main et proclament sincèrement qu’ils vont « bien », quand, le matin même et bien des matins précédents, leurs intestins n’ont fonctionné que par l’intermédiaire de quelque adjuvant artificiel faisaant l’objet d’une large publicité. Mais aucun d’eux ne se sent coupable de s’être montrés terriblement imprécis en déclarant aller bien dans ces circonstances.
Par centaines de milliers des mères promènent sereinement dans un landau, ou mènent par la main, leurs enfants, dont aucun n’a jamais mis ses lèvres à un sein. Les publicités recommandant les nourritures artificielles auxquels sont élevés ces enfants sont partout. Mais il ne vient jamais à l’idée des mères elles-mêmes, ni des enfants, ni des spectateurs, de se demander si cet état de choses justifie tant d’autosatisfaction, de bonne humeur, d’indifférence et de contentement apparent.
Ces signes d’une vie hautement standardisée, qui révèlent les imperfections de nos corps et de leurs fonctions, sont maintenant si courants, si banals, que personne ne les remarque, ne les trouve étranges et ne semble s’inquiéter ou s’alarmer de leur fréquence monotone.
D’autres auxiliaires aux fonctions corporelles normales sont utilisés quotidiennement par la population de ces îles ; mais, puisque nous parlons ici des enseignements qui peuvent être tirés par un observateur ordinaire qui garde les yeux et les oreilles ouverts dans nos rues et nos ruelles, nous pouvons nous limiter aux plus courants.
Comme toute uniformité marquée ne peut résulter que de l’adhésion aux mêmes idées fondamentales, aux mêmes principes généraux, si notre voyageur veut poursuivre ses observations, il peut être amené à se demander de quel substrat de règles, de quelles valeurs fondamentales, naît cette uniformité. S’il a raison de conclure que la population qu’il voit autour de lui – les gens qui sont considérés comme étant en forme et en bonne santé, pas ceux qui peuplent nos hôpitaux, nos asiles et nos établissements pour handicapés et incurables ! – est composés en grande partie d’arriérés ou de sous-hommes, dans le sens où ils ne sont ni complètement corporels, ni capables de fonctionner sans aides artificielles ; si, en outre, il a raison de penser que leur sous-humanité ne semble pas les perturber beaucoup, il voudra peut-être connaître la nature de l’atmosphère dans laquelle se forment leurs pensées et leurs idéaux. Leur hâte de se déclarer « en forme » ou « en bonne santé » simplement parce qu’ils ne sont pas suivis par un médecin ou alités, est singulière. La question qu’ils se posent n’est pas : « Suis-je vraiment en forme ou en bonne santé ? », mais : « Suis-je capable de m’acquitter de mes tâches quotidiennes, de me promener, de faire des courses, de fonder une famille et de prendre mes repas tous les jours ? S’ils peuvent répondre à cette question par l’affirmative, ils se disent sans sincérité inconsciente qu’ils sont en forme.
Il est donc évident que, dans la population actuelle, il n’existe pas de normes strictes de bonne condition physique, ni même de désir d’en avoir. Ou, s’il en existe, elles sont étonnamment peu élevées.
Être malade ou mutilé n’empêche plus personne de se considérer ou d’être considéré par les autres comme désirable et normal. Il en est ainsi même en ce qui concerne la question vitale de l’accouplement – combien plus il doit l’être, par conséquent, dans des questions moins vitales ! Levez-vous, souriez et agitez vos quatre membres pour montrer qu’ils sont intacts et toujours mobiles et cela suffit. Les préjugés qui existaient contre toute une série de défauts et d’imperfections ont complètement disparu.
La dépravation morale est encore stigmatisée. Mais la dépravation physiologique laisse tout le monde frivolement indifférent. Dans les romans populaires, qui reflètent le mieux l’esprit de l’époque, l’héroïne rejette un prétendant, non pas parce qu’il a de fausses dents ou une dyspepsie chronique ou des varices – ces choses sont si courantes qu’elles ne sont jamais mentionnées ; mais parce qu’il est « égoïste » ou manque de galanterie ou d’« humour ». Le héros dont elle tombe amoureuse peut être moins sain, moins intègre physiquement que l’homme qu’elle rejette. Il peut aussi être en moins bonne santé, avoir deux ou trois fausses dents et une langue pâteuse ; en fait, il peut être, sous tous les rapports, un mari potentiel beaucoup moins désirable ; mais elle prend en considération son « âme », pour reprendre une expression à la mode ; et tous les lecteurs sont satisfaits qu’elle se comporte de la meilleure façon possible.
L’atmosphère spirituelle dans laquelle vit notre population est donc une atmosphère où l’accent semble être mis sur l’âme, où les normes impératives sont les normes de l’âme et où l’importance du corps et de son intégrité sont presque complètement ignorés. Par exemple, il est intéressant de noter que la dépravation corporelle n’engendre aujourd’hui aucun sentiment de culpabilité. Des centaines d’années de moralisation régulière ont finalement abouti à ce que l’état connu sous le nom de « conscience coupable » soit restreint à l’âme et à la vie morale. Dire « c’est plus fort que moi » étouffe immédiatement la critique et le dégoût. Cela suffit à montrer à quel point notre vision est purement morale. Les moins capables de se mépriser sont ceux qui ont de fausses dents ou assurent habituellement le fonctionnement de leur organisme au moyen d’aides artificielles.
Et, dans tous ces domaines, l’unanimité du monde civilisé moderne est si frappante que nous sommes forcés d’en venir à la conclusion qu’elle est l’effet de certaines valeurs fondamentales dominantes qui doivent être communes à tous les peuples dont nous avons parlé. De la nature de l’attitude uniforme à laquelle a conduit l’adhésion à ces valeurs nous sommes également obligés de conclure qu’ils doivent avoir enseigné avec une constance inébranlable au moins deux doctrines très précises : (a) la surestimation de l’âme et (b) le mépris et le dénigrement du corps dans son ensemble. Ou, pour le dire moins brutalement, ils doivent avoir enseigné à l’humanité non seulement à toujours placer l’âme avant le corps, mais aussi à ne jamais tenir compte du corps pour déterminer la caleur des êtres humains.
C’est là ce qui a dû se produire et nous en arrivons à cette conclusion simplement en jugeant les résultats que nous voyons aujourd’hui autour de nous. Cependant, quand nous nous mettons à enquêter sur l’histoire de notre population et à tenter de découvrir si ces valeurs ont effectivement contribué à former son atmosphère spirituelle, non seulement nos soupçons sont largement confirmés, mais nous sommes en mesure de mettre le doigt sur le corps de la doctrine contenant les valeurs dont nous avons posé l’existence a priori.
A partir de là, nous pouvons continuer à déplorer les résultats que nous voyons autour de nous, mais nous ne pouvons plus nous en étonner. En fait, il aurait été étonnant que, dans une telle atmosphère, nous ne dégénérions pas, ou cessions de dégénérer. Ce qui est étonnant, ce n’est pas que nous soyons devenus une nation de décadents et de mous, mais qu’il ait fallu tout ce temps pour faire de nous une telle nation.
Si nos valeurs ne nous avaient pas éloignés, depuis des dizaines de générations, de normes corporelles strictes, jamais nous ne serions devenus ce que nous sommes ; il est inconcevable que cette atmosphère de tolérance et d’indifférence envers les défauts corporels soit devenue si générale. Une nation finit par devenir l’image de ses valeurs. Les valeurs sont le moule, la nation la pièce. Nous jugeons le moule d’après l’avers de la pièce. Nous pouvons juger les valeurs des Anglais d‘après leur visage.
De plus, ces valeurs doivent s’être ancrées si profondément en eux qu’elles façonnent maintenant l’opinion, sans que ceux dont elles façonnent l’opinion aient conscience de l’origine de leur attitude mentale. La meilleure illustration en est que, bien que ces valeurs dérivent en définitive d’une grande religion, les gens les plus irréligieux du monde moderne partagent avec les croyants l’atmosphère spirituelle que nous avons décrite. Les gens qui ne croient plus à l’âme du point de vue religieux montrent néanmoins, par leur tolérance envers les défauts corporels, les leurs comme ceux des autres, qu’ils sont inconsciemment influencés par la même atmosphère. Ils peuvent même avoir cessé d’identifier leurs opinions avec quelque valeur fondamentale que ce soit et considérer leur attitude comme assez originale, comme le font beaucoup, en particulier les femmes. Peu importe ! Qu’ils indiquent qu’il y a une différence considérable entre les normes qui sont les leurs pour évaluer la « condition physique » des êtres humains et celles qu’ils utilisent pour évaluer la « condition physique » des animaux et nous serons fixés sur l’origine de leur attitude mentale.
C’est pour cette raison qu’un écrivain comme [le pasteur anglican. N. d. T.] Wiliam Inge est mal placé pour plaider avec une telle véhémence en faveur de l’eugénisme. Car comment pouvons-nous espérer une réaction en faveur du corps tant que les valeurs qui mettent tout l’accent sur l’âme et méprisent le corps exercent une influence parmi nous ? Ne sont-ce pas les valeurs qu’il soutient et qu’il est censé inculquer officiellement à sa génération ?
Si jamais il est prouvé au monde entier que ces valeurs sont fausses et qu’elles cessent d’exercer une quelconque influence, aucune eugénique ne sera alors nécessaire. Parce que, dès que nous commençons à juger les gens selon leur valeur physiologique aussi bien que selon leur valeur spirituelle, c’est-à-dire que nous les jugeons selon les espérances qu’ils donnent, par leur corps et leur esprit, de garantir la survie de la vie humaines sous une forme désirable, l’accouplement eugénique devient tout aussi commun et instinctif que l’est aujourd’hui l’accouplement dysgénique.
Inge, tout en reconnaissant la dégénérescence généralisée et la faillite physiologique auxquelles il a été fait allusion, ne semble pas percevoir, comme notre observateur, l’empressement singulier avec lequel tous les modernes les ignorent ou les tolèrent en eux-mêmes et chez les autres et il affirme, avec quelque raison, que notre déplorable condition physique est due à notre industrialisme et à notre urbanisme hypertrophique.
Mais cela revient à considérer le dernier symptôme secondaire de notre état comme sa principale cause. Car, en premier lieu, il est extrêmement douteux que la révolution industrielle ait pu se produire sans ce mépris du corps et de ses besoins qui est ancré dans nos valeurs dominantes.
Deuxièmement, Inge ne trouve aucun signe de ce mépris du corps avant l’ère industrielle. Que fait-il du Moyen Age ? Que fait-il de la période la Grande Rébellion en Angleterre? Le présent auteur s’est un jour donné la peine de montrer que tout le mépris puritain pour le corps et les conséquences fatales qu’il a eu pour le peuple anglais trouvent leur origine dans les valeurs que soutient Inge. Il a même été capable de montrer que, sans ces valeurs, les germes de l’industrialisme moderne auraient difficilement pu être semés, comme ils l’ont été, au milieu du dix-septième siècle. N’était-ce pas avant la révolution industrielle ?
Comment les conditions alimentaires dans ce pays auraient-elles pu devenir aussi effroyables qu’elles le sont aujourd’hui, si le corps n’y avait pas été traditionnellement négligé depuis des siècles ? Ces phénomènes, comme l’a montré ailleurs le présent auteur, ont précédé la révolution industrielle de plusieurs centaines d’années. Il est donc évident que le corps n’était plus soumis à des normes strictes depuis une époque bien antérieure à l’ère industrielle. Et, quand celle-ci a commencé, elle n’a rencontré aucun obstacle dans les préjugés du peuple anglais sur le corps et la santé : autrement elle n’aurait jamais pu réussir aussi bien qu’elle l’a fait à débiliter encore davantage le peuple.
Nous pouvons donc considérer que l’environnement spirituel de tous les sous-hommes modernes est le résultat de nos valeurs fondamentales, tout comme leur sous-humanité ; et que cet environnement spirituel est caractérisé par une tendance à négliger et à mépriser le corps et les considérations corporelles.
En tout cas, pour le dire dans les termes les plus doux et les plus modérés, il est impossible d’exonérer ces valeurs fondamentales de toute responsabilité en la matière ; et ignorer leur influence et adhérer au mouvement eugénique, sans d’abord tenir compte de leur puissance, comme l’a fait Inge, c’est être coupable d’une confusion de pensée indigne de ceux qui prétendent guider l’opinion publique.
Maintenant, quel est l’environnement matériel de notre population? Il est clair que c’est un environnement dans lequel l’élaboration mécanique de la vie quotidienne a été portée à un degré totalement ahurissant. Ces sous-hommes du vingtième siècle vivent parmi des merveilles d’habileté technique et d’ingéniosité ; et les appareils et l’équipement général de leur vie quotidienne ont atteint une complexité et une perfection sans précédent dans l’histoire. Loin d’avoir tiré quelque leçon que ce soit des doctrines enseignées par Darwin au siècle dernier, toute notre énergie et notre compétence se sont concentrées dans la direction opposée. L’évolution progressive n’est plus un fait chez nous ; car, en tant qu’espèce, nous retombons progressivement à un niveau inférieur à celui qui a été atteint par notre race dans les âges précédents. Alors que nous-mêmes descendons constamment sur l’échelle de la qualité, nos conditions environnementales, nos outils, nos moyens, acquièrent une perfection toujours plus grande.
Le fardeau de l’évolution a, pour ainsi dire, été transféré de nos propres épaules aux épaules de notre environnement. Aveuglés par les réalisations fulgurantes des sciences mécaniques et autres, nous parlons encore de nous-mêmes comme si nous étions, en tant qu’organismes vivants, en perpétuelle évolution. Mais, à vrai dire, il n’en est rien. Même dans le domaine des facultés intellectuelles, nous sommes misérablement en deçà des normes déjà atteintes.
A la majeure partie de l’humanité, inattentive et irréfléchie cet état de choses est largement caché ; parce que, si la science augmente l’efficacité de notre équipement extracorporel, elle a aussi, parallèlement à notre dégénérescence, fourni les moyens de continuer à faire fonctionner notre équipement corporel. Presque aussi vite que nous les avons voulus, les sciences de la chimie et de la médecine nous ont donné les moyens de remplacer les membres dont nous sommes privés et de remédier à nos fonctions déficientes. Toute une sphère d’intérêts – en fait tout un monde d’intérêts et d’ingéniosité – a été créé par la dégénérescence physique moderne. Les industries des médicaments brevetés, des appareils brevetés et des produits brevetés représentent certaines des plus grandes affaires du pays. En réalité, on pourrait dire que ces industries ne sont elles-mêmes que l’envers de la médaille représentant nos valeurs fondamentales. Là où existent des valeurs comme les nôtres, il y a nécessairement des médecins très nombreux et prospères et une vaste armée de dentistes, de chimistes et d’ostéopathes, qui se creuseront quotidiennement les méninges pour trouver les moyens de corriger les défauts croissants du corps humain. Immanquablement, l y a aussi des magnats de l’industrie pharmaceutique, des magnats de l’industrie de l’énergie et des magnats de l’industrie alimentaire, qui, profitant de la dépravation physiologique de tous leurs contemporains, amassent de grandes fortunes en se contenant d’offrir le « salut » à bas prix à ceux qui sont physiologiquement dépravés.
En stricte logique, même la nature de la recherche scientifique devrait être ajoutée aux conséquences des valeurs dominantes d’un peuple ; car le but ultime de la recherche scientifique est nécessairement déterminé par les desiderata implicites aux valeurs. Si les valeurs d’une époque tendent de plus en plus à tolérer les défauts corporels et à garantir la satisfaction simplement en les replâtrant ou en les corrigeant artificiellement, la recherche scientifique se concentrera de plus en plus sur les découvertes qui promettent d’atténuer la dégénérescence physique ou de la dissimuler . Et nous pouvons compter sur la science pour être toujours prête à rendre nos vies tout à fait possible avec des aides artificielles et pour le faire avec la même rapidité que celle avec laquelle nous perdons d’autres parties de notre corps ou d’autres capacités de fonctionnement.
C’est de cette façon que les valeurs dirigent la science. Si nous changions nos valeurs dominantes, nous constaterions que la direction de la science serait également modifiée, parce que les desiderata toujours implicites aux valeurs dominantes auraient alors changé.
« Mais, crient à outrance les modernistes, si la science est toujours prête – et elle sera toujours prête – à compenser par des aides artificielles les déficiences de notre équipement corporel et les pertes d’efficacité qu’elles entraînent, pourquoi faire tant d‘histoires ? Pourquoi s’inquiéter ? »
Ce point de vue, adopté tacitement ou professé ouvertement par la majorité de l’humanité moderne, serait bien beau et justifierait un minimum de contentement optimiste, si nous pouvions agir et penser et continuer à reproduire notre espèce dans une forme désirable, indépendamment de nos corps. Mais, malheureusement pour l’homme moderne, c’est impossible. En outre, une bonne partie des joies de la vie – certaines de ses plus grandes et durables – sont précisément liées à la reproduction de notre espèce, au maintien de notre efficacité corporelle et au bon fonctionnement de notre organisme. Dès que la sérénité physiologique disparaît et qu’une fonction cesse d’être un plaisir, le corps devient le plus tyrannique et le plus insistant ennemi de la vie (*). Il remet constamment et redoutablement en question les valeurs de la vie.
Les plaisirs que ressent un corps sain sont des plaisirs très réels. Ils constituent une très grande proportion de la somme de joie sur terre. Et rien n’est plus évident que la volonté de la nature de contribuer largement à cette somme de joie. Manger avec de fausses dents n’est pas aussi agréable que de manger avec des dents naturelles. Favoriser artificiellement l’appétit ou la digestion s’avère vite une pâle et trompeuse imitation de la nature. Porter des lunettes n’est pas aussi agréable que de ne pas en porter. Le visage ou l’expression de celui qui porte toujours des lunettes n’est pas aussi attrayant que le visage et l’expression de celui qui n’en porte pas. Pour une mère, donner le biberon à son bébé ne vaut pas l’expérience inoubliable de l’allaitement. Et, dans les transports d’amour les plus profonds et les plus exaltés, où une grande partie de l’extase dépend de la saveur des corps, il est d’une importance primordiale que les deux partenaires disposent de l’équipement physiologique naturel et normal. Une bouche propre, pleine de dents naturelles, fermement plantées dans des gencives intactes ; une langue fraîche et propre, pas même légèrement empâtée par un début d’indigestion chronique ; une douce haleine et le parfum naturel d’un corps sain ! Celui qui n’a pas connu ces choses ne connaît pas l’amour tel que la nature a voulu qu’il le connaisse.
Et pourtant, combien d’hommes et de femmes modernes peuvent connaître l’amour sous cette forme ? Comment le pourraient-ils ?
Peut-on s’étonner, par conséquent, que l’humanité moderne dans son ensemble commence à soupçonner que la joie de vivre est largement surestimée ? Peut-on s’étonner que la majeure partie de l’humanité commence à sentir que la vie peut bien être vécue sans amour ?
Voilà donc la désillusion qui accompagne les valeurs qui régissent notre progrès scientifique. Tandis que, à travers ces valeurs, nous nous contentons d’exister malgré la déficience de notre équipement corporel, nous sommes progressivement sevrés de notre amour de la vie et de nos convictions les plus profondes au sujet de la valeur de la vie. Car non seulement notre corps débilité ou défectueux nous donne lui-même des joies médiocres, mais la science qui vient à notre aide ne nous offre que des substituts et nous ne sommes capables de mesurer la valeur de la vie que selon ces joies médiocres et selon le niveau de bonheur que nous atteignons au moyen de ces substituts.
Ainsi, les valeurs qui insultent à la fois la vie et le corps réussissent à rendre la vie et le corps vils. Voilà pour le côté esthétique de la question, qui est important, car la vie est très largement un phénomène esthétique. Mais il y a des conséquences encore plus graves que celles-ci. Par exemple, il est hautement improbable que notre vitalité et notre intellectualité puissent ne pas pâtir d’atteintes au fonctionnement normal de notre corps. Les diverses parties et fonctions du corps du mammifère supérieur sont si complexes et interdépendantes qu’il n’est guère possible de perturber l’équilibre d’une partie ou d’une fonction sans altérer l’ensemble. Il n’est donc pas improbable que, à une époque comme la nôtre, où quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population des pays hautement civilisés sont atteints d’un trouble physiologique ou d’un autre, nous soyons tous des sous-hommes par l’esprit aussi bien que par le corps. Il est même concevable que l’impasse dans laquelle se trouve la civilisation occidentale ne soit que la conséquence inévitable de notre sous-normalité ou sous-humanité chronique et que seule une régénération de nos corps pourra nous aider.
L’argument selon lequel ce point de vue est matérialiste n’est plus valide. Nous remercions Inge en passant pour sa brillante réponse à ceux qui, en s’opposant au point de vue qui vient d’être avancé, sont prêts à accuser ceux qui l’affichent de matérialisme.
En tout cas, nous nions honnêtement être matérialistes et ne croyons pas être moins religieux ou spirituel pour avoir lutté durement pour nos opinions religieuses hétérodoxes au cours d’années d’études et de réflexions métaphysiques. Deuxièmement, nous rejetons l’idée que prêcher l’entretien et la conservation de la beauté et de la santé du corps est nécessairement matérialiste ; car c’est l’invalide, le malade, l’homme de notre époque, qui se dit « en bonne santé » et qui songe constamment à son corps. Un homme en bonne santé peut oublier son corps, qui, par sa sérénité, son efficacité silencieuse, lui permet de se livrer à toutes sortes d’exercices spirituels.
Ce n’est pas parce que nous accusons les valeurs qui depuis des siècles ont jeté le discrédit sur la vie et le corps humain d’être la cause de la décadence moderne que nous nous proclamons irréligieux ou matérialiste ; que ceux qui présument trop hâtivement que nous sommes à la fois irréligieux et matérialiste se souviennent qu’il y a d’autres religions en dehors de celles qui ont créé les valeurs qui sont à l’origine du mépris du corps. Et, quand nous mettons au défi l’âge moderne de prouver qu’il peut être autre chose que matérialiste, avec ses millions de corps malades ou déficients ; quand nous le mettons au défi de montrer de quelle manière deux mille ans de mépris et de négligence du corps nous ont conduits à une spiritualité plus élevée, à la grossièreté même de la vie moderne, à l’abrutissement même de l’esprit moderne et au système même du gouvernement du monde moderne, la démocratie, qui est le matérialisme en politique (la démocratie estime la valeur d’une idée ou d’une politique en mesurant le poids corporel qui la sous-tend et non en mesurant l’autorité ou la compétence qui la sous-tend), tous se dressent contre nous dans leur laideur, ne nous laissant guère de doutes sur le danger que nous courons de tomber dans le matérialisme en mettant en doute les valeurs qui nous ont conduits jusqu’ici.
Les masses sont matérialistes aujourd’hui, parce que, d’abord, la baisse de la vitalité et la déficience dépriment l’esprit et émoussent l’intelligence, rendant ainsi l’esprit inapte à toute recherche noble ; et, d’autre part, parce que, à chaque moment de leur vie, leur attention est soit rivée sur leurs fonctions organiques déficientes, soit distraite par des troubles semblables chez ceux dont le sort est jeté.

Anthony M. Ludovici, Lysistrata : or, Woman’s Future and Future Woman, 2e éd. revue, traduit de l’anglais par B. K., Kegan Paul, Trench, Trubner & Co, Ltd, New York, E. P. Dutton, Londres, 1927.

(*) Ce n’est certes pas un hasard si, dans le bouddhisme originel, la santé est considérée comme la première condition sine qua non à l’éveil. Voir J. Evola, La Doctrine de l’éveil : essai sur l’ascèse bouddhiste, Adyar, 1956.
(1) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chez l’éditeur, 2002, chap. “My Education, I (1882–1910).
(2) Voir Rachel Corbett, You Must Change Your Life: The Story of Rainer Maria Rilke and Auguste Rodin, W. W. Norton & Co, 2016.
(3) Michael T. Davis et Cameron McWhirter, Ezra Pound and ‘Globe’ Magazine: The Complete Correspondence Ezra Pound, Bloomsbury Academic, 2015, p. 298.
(4) Emmanuel Salanskis, « Nietzsche sur l’eugénisme et sa justification machiavélienne », https://www.academia.edu/5371252/Nietzsche_sur_leugénisme_et_sa_justification_machiavélienne.
(5) Hélène Aji, Céline Mansanti et Benoît Tadié (dir.), Revues modernistes, revues engagées (1900-1939), PUR, coll. Interférences », 2011, p. 144.
(6) Anthony M. Ludovici, Nietzsche and Art, Constable & Co. Ltd. Londres, 1911, p. 52.
(7) Ibid., p. 43.
(8) Ibid., p. 45-46.
(9) Ibid., p. 48.
(10) Ibid., p. 43-45.
(11) Anthony M. Ludovici, A Defence of Aristocracy. A Text Book for Tories, Constable & Company Ltd, Londres, 2e éd., 1933, p. vii-viii.
(12) John V. Day, « What is Best Will Rule. Anthony Ludovici on Aristocracy and Democracy », The Occidental Quarterly, vol. 3, n° 4, p. 15, http://www.toqonline.com/archives/v3n4/TOQv3n4Day.pdf.
(13) Anthony M. Ludovici, A Defence of Aristocracy. A Text Book for Tories,, p. viii.
(14) Ibid., p. 295.
(15) Ibid., p. 296.
(16) Ibid., p. 172.
(17) Ibid., p. xviii.
(18) Ibid., p. viii.
(19) Ibid., p. 64.
(20) Id., The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion, Britons Publishing Company, Londres, 1967, p. 128-132.
(21) John V. Day, op. cit., p. 67, note 23.
(22) Voir, pour une analyse des vues de Ludovici sur cette question, Edward McChesney Sait, Political Institutions: A Preface, D. Appleton-Century Company, New York et Londres, 1938, p. 353 et sqq.
(23) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The « Exceptional » Ideology of Anthony Mario Ludovici », Journal of Political Ideologies, vol. 4, n° 2, 1999 [191-218], p. 195.
(24) Ibid, p. 194.
(25) Voir John V. Day, (éd.), Confessions of an Anti-Feminist: The Autobiography of Anthony M. Ludovici, Counter-Currents Publishing, 2013, chap. 4 : My Education, II (1910–1916).
(26) Samuel Francis, « Buried Alive », The Occidental Quarterly, vol. 4, n° 1, 2004, p. 85-92.
(27) Anthony M. Ludovici, The False Assumptions of « Democracy », Heath Cranton, Londres, 1921, p. 33 ; voir aussi Herbert Spencer, Collected Essays, vol. I, Williams and Norgate, Londres et Edimbourg, 1891, p. 379, http://oll.libertyfund.org/titles/spencer-essays-scientific-political-and-speculative-vol-1–5.
(28) R. Lankester, Degeneration. A New Chapter in Darwinism, Londres, Chapman, 1880, p. 59-60. Cité in Daniel Becquemont, « Herbert Spencer : progrès et décadence ». In Mil neuf cent, n° 14, 1996. Progrès et décadence [p. 69-88], p. 78.
(29) Dan Stone, op. cit., p. 196.
(30) Ibid.
(31) Anthony M. Ludovici, « Woman’s contribution to Britain’s national decline », The South African Observer, vol. 1, n° 10, 1956.
(32) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 3 : « Ludovici on Feminism & Emasculation », ETSF, Berkeley, CA, 2003, https://www.counter-currents.com/2010/09/ludovici-on-feminism-and-emasculation.
(32bis) Voir Laurence Moulinier. L’originalité de l’école de médecine de Montpellier. A. Leone, G. Sangermano. La Schola Salernitana e le altre, juin 2002, Salerno, Italie [p.101-126], 2003, consultable à l’adresse suivante : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00609379/document, consulé le 24 mars 2018. Ils ‘intéressèrent particulièrement à ceux de la faculté de médecine de Montpellier, truffée de praticiens arabes et juifs (Anonyme, Seconde apologie de l’université en médecine de Montpellier, Jean Piot, Paris, 1653, p. 123) et dont l’enseignement était fondé sur la médecine arabe (Antoine Bayle et Auguste Thillaye, Biographie médicale par ordre chronologique d’après Daniel Leclerc, Eloy, t. 1, Adolphe-Delahays, Paris, 1855, p. 128).
Sur les méfaits de la médecine moderne, voir Ivan Illich, Némésis médicale: l’expropriation de la santé, Le Seuil, 1981 ; sa traduction anglaise, Medical Nemesis: The Expropriation of Health, Random House USA Inc., 1988 est disponible à https://ratical.org/ratville/AoS/MedicalNemesis.pdf.
(33) Anthony M. Ludovici, Lysistrata or Woman’s Future and Future Woman [To-day and To-morrow], 2e éd. révisée, Trubner & Co., Ltd, Londres, 1927.p. 91.
(34) Ibid., p. 92.
(35) Ibid. p. 90. Voir, au sujet de l’importance de la question de la grossesse extracorporelle dans les cercles féministes, Iskra Krstić, Extracorporeal Pregnancy as a Feminist Issue, Art + Media, Journal of Art and Media Studies, n° 8, octobre 2015, https://fmkjournals.fmk.edu.rs/index.php/AM/article/viewFile/104/pdf.
(36) Anthony M. Ludovici, A Defence of Conservatism. A Further Text-Book for Tories, p. v-vi.
(37) Julius Evola, Gli Uomini e le rovine et Orietamenti, 5e éd. revue avec une annexe, Edizioni Mediterranee, Rome, 2013, p. 63-64.
(38) Martin Edmond, The Expatriates, BWB e-book, 2017, p. 164.
(39) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The  »Exceptional’ Ideology of Anthony Mario Ludovici », p. 200.
(40) Heinrich August Winkler, The Age of Catastrophe: A History of the West 1914–1945, traduit de l’allemand par Stewart Spencer, Yale University Press, New Haven et Londres, 2015, p. 359.
(41) Matthew Reed, Rebels for the Soil: The Rise of the Global Organic Food and Farming Movement, Earthscan, Londres et Washington, DC, 2010, p. 46.
(42) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The ‘Exceptional » Id’ology of Anthony Mario Ludovici », p. 199.
(43) Martin Edmond, op. cit., p. 163.
(44) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 5 : “My Education, III (1882–1910), https://www.counter-currents.com/2012/01/my-education-part-iii.
(45) Dan Stone, Breeding Superman: Nietzsche, Race and Eugenics in Edwardian and Interwar Britain (Studies in Social and Political Thought), Liverpool University Press, 2002, p. 43.
(46) Ibid., https://www.counter-currents.com/2011/03/memories-of-hitler-and-the-third-reich/
(47) John V. Day (éd.), Confessions of an Anti-Feminist: the Autobiography of Anthony M. Ludovici.
(48) Ibid., Il poursuit : « Incidemment, l’unanimité avec laquelle les Anglaises soutinrent par la suite soutenu le parti de la guerre en Angleterre, souvent contre l’avis de leurs hommes, confirma abondamment ce que pensais de leur attitude en 1936 »).
(49) Peter Barberis, John McHugh et Mike Tyldesley. op. cit., p. 348 et sqq.
(50) Dan Stone, « Ruralisme et droite radicale en France et en Grande-Bretagne dans l’entre-deux-guerres », in Philippe Vervaecke (éd.), À droite de la droite: Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle, Septentrion Presses Universitaires, 2017, p. 124 et sqq.
(51) Dan Stone, « The English Mistery, the BUF, and the Dilemmas of British Fascism », The Journal of Modern History, vol. 75, n° 2, juin 2003 [p. 336-358], p. 347.
(52) Ibid.
(53) Ibid., p. 348
(54) David Botsford, British Fascism and the Measures taken against it by the British State, Historical Notes n° 28, 1998, p. 3.
(55) Anthony M. Ludovici, Jews, and the Jews in England, Boswell, Londres, 1938, p. 1.
(56) Julius Evola, Tre Aspetti del Problemo ebraico, Ar, 1978, p. 13, 1978.
(57) Anthony M. Ludovici, op. cit, p. 94.
(58) Ibid., p. 116.
(59) Mason W. Watson, « Not Italian or German, but British in Character »: J. F. C. Fuller and the Fascist Movement in Britain, Undergarduate Honors Thesis, College of William and Mary W&M Publish, 2012.
(60) Voir « The Right Club », http://spartacus-educational.com/2WWrightclub.htm.
(61) Peter Barberis,John McHugh et Mike Tyldesley, op. cit., p. 191.
(62) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 5 : “My Education, III (1882–1910).
(63) David Botsford, op. cit., p. 5.
(64) Ibid., p. 7.
(65) Richard C. Thurlow, Fascism in Britain: From Oswald Mosley’s Blackshirts to the National Front, I. B. Tauris, New York, NY, 1998, p. 213.
(66) Peter Barberis, John McHugh et Mike Tyldesley, op. cit., p. 177. Il est vrai que l’antisémitisme d’après-guerre en Grande-Bretagne était tombé au niveau des attentats, des voies de fait, des lettres anonymes et des incendies de synagogues. Nicholas Hillmann, « ‘Tell me chum, in case I got it wrong. What was it we were fighting during the war ?’ The Re-emergence of British Fascism. 1945-58 », in Michael S. Neiberg (éd.), Fascism, Routledge, Londres, 2017.
(67) Stephen Dorril, Blackshirt: Sir Oswald Mosley & British Fascism, Penguin Books, 2007, p. 542.
(68) Richard C. Thurlow,, op. cit., p. 213.
(69) Voir Clare Hanson, Eugenics, Literature, and Culture in Post-war Britain, Routledge, New York et Londres, 2013.
(70) Anthony M. Ludovici, The Four Pillars of Health. A Contribution to Post-War Planning, Heath Cranton Limited, Londres, 1945, p. vii.
(71) Ibid., p. 46.
(72) Ibid., p. 40.
(73) Alfred Sauvy, Bien-être et population, Ed. Sociale Française, 1945, p. 143, cité in Alain Drouard, Alexis Carrel (1873-1944) : de la mémoire à l’histoire, L’Harmattan, 1995, p. 32.
(74) Voir Julius Evola, op. cit. , chap.: Il Problema delle nascite.
(75) Anthony M. Ludovici, The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders, Rider, Londres, 1952, p. 9.
(76) Ibid., p. 11.
(77) Ibid., p. 10.
(78) Ibid., p. 9.
(79) Les articles de Ludovici sur le IIIe Reich, publiés dans The English Review Journal ainsi que dans le South African Observer dans les années 1950 et 1960, ont été réunis en 2017 dans The Third Reich and Fascism Contra Liberal Democracy, BLURB Incorporated, 2017.
(80) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 39.
(81) Ibid., p. 139.
(82) Cités in Julius Evola, Sintesi di dottrina della razza, Hoepli, Milan, 1941.
(83) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 168.
(84) Voir Julius Evola, op. cit.
(85) Voir ibid.
(86) Voir ibid.
(87) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 149.
(88) Ibid., p. 148.
(89) Ibid., p. 137.
(90) Ibid.
(91) Ibid., p. 162.
(92) Julius Evola, Il Mito del sangue, chap. Razzismo e antisemitismo.
(93) Anthony M. Ludovici, op. cit. p. 148.
(94) Idem, Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, Carroll and Nicholson, Londres, 1948, p. 11.
(95) Ibid., p. 11-14.
(96) Ibid., p. 14-15.
(97) voir Ibid., annexe 1 : My Main Divergence from Nietzsche.
(98) Noémie Hosoi, Des femmes au louterion. À la croisée d’une esthétique masculine et féminine au travers des objets, Images Revues [En ligne], 4, 2007, document 7, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/imagesrevues/145consulté le 24 février 2018.
(99) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 59.
(100) Ibid., p. 73.
(101) Ibid., p. 62.
(102) Ibid., p. 103.
(103) Ibid., p. 104.
(106) Ibid., p. 135.
(107) Ibid., p. 139.
(108) Ibid., p. 140.
(109) Ibid.
(110) Ibid., p. 162.
(111) Id., The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion, p. 7.
(112) Id, Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, p. 150.
(113) R. B. Kerr, Our Prophets : Being Appreciations of Norman Angell, Dean Inge, Bernard Shaw, H G Wells, Bertrand Russell, Anthony M Ludovici, Croydon, 1932, p. 86.
(114) L’université d’Édimbourg refusa la donation, mais fut autorisée par les exécuteurs testamentaires de Ludovici à prélever un tiers de la somme pour financer des recherches sur la chorée de Huntington (anonyme, « Anthony Ludovici: Conservative From Another World », 1989, https://www.counter-currents.com/2011/01/anthony-ludovici-conservative-from-another-world/)
(115) Outre qu’il rencontra Hitler (Anthony M. Ludovici, Memories of Hitler & the Third Reich, https://www.counter-currents.com/2011/03/memories-of-hitler-and-the-third-reich/) et Mosley à la veille de la Seconde guerre mondiale, ce qui autorise à affirmer que Ludovici acquit une certaine notoriété dans la première moitié du XXe siècle est qu’il fut invité à débattre publiquement avec la célèbre amazone Sylvia Pankhurst en janvier 1936 (Dan Stone, Breeding Superman: Nietzsche, Race and Eugenics in Edwardian and Interwar Britain (Studies in Social and Political Thought), p. 37). La plupart des ouvrages de l’auteur sont disponibles à http://www.anthonymludovici.com/

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Les extrêmes se rejoignent

L’Institute for the Study of Gobalization and Covert Politics (ISGP) a été fondé en 2005. dans le but « d’analyser les différentes ONG du monde occidental et de voir comment elles coopèrent les unes avec les autres et avec les gouvernements nationaux ». L’ISGP a dressé une liste d’environ mille trois cents ONG (1) – dont une bonne centaine était complètement inconnue du public et même des des « conspirationnistes » spécialisés dans le copier-coller – ainsi qu’une liste des personnes clés qui, soit en sont membres, soit y sont liées de près ou de loin. L’ISGP a également fourni des documents inédits sur des think-tanks bien connus des « conspirationnistes », comme le Bohemian Grove, des ONG qu’ils connaissent moins, comme l’American Security Council Foundation (l’ASCF cherche à influencer la politique étrangère des États-Unis en « promouvant la paix par la force »), des groupes dont ils ignorent souvent jusqu’au nom, comme le Jason Group (groupe de conseillers scientifiques du gouvernement des États-Unis en matière de technologies sensibles). L’ISGP a été le premier à publier des enquêtes approfondies et documentées sur certaines des organisations des pseudo-élites, telles la Pilgrims Society (2) ou le 1001 Club (3), mais aussi la liste de leurs membres.
Les membres de ces organisations, ONG ou autres, appartiennent – si tant est que cette distinction soit encore pertinente – au secteur privé (la finance, l’entreprise, les médias) ou au secteur public (le haut fonctionnariat, l’armée, le renseignement, les médias) et « forment [à eux tous] une « institution internationale stable » », que l’ISGP appelle « superclasse ». L’ISGP les a classés en fonction de la durée et de l’importance de leur implication – nous parlons bien d’« implication » dans le sens juridique, c’est-à-dire « le fait de jouer un rôle dans un délit, un crime » – dans les activités subversives des organisations auxquelles ils appartiennent ou autour desquelles ils gravitent (4). L’ISGP a réussi à isoler quatre réseaux secondaires dans le vaste réseau supranational dont elles font toutes partie : l’establishment libéral, dont les antennes dans l’administration états-unienne sont la CIA et le Département d’État ; l’establishment conservateur, qui, en plus d’avoir aussi des antennes à la CIA, peut compter sur le dévouement zélé des cadres du Pentagone ; le réseau vaticano-paneuropéiste, dont les deux principaux leviers de commande sont l’Opus Dei et l’Ordre des Chevaliers de Malte ; l’establishment sioniste, constitué par l’État d’Israël, les communautés juives et le lobby juif aux États-Unis, mais aussi par les fameux « oligarques » poutiniens, dont un certain nombre sont d’origine juive. En dépit de la solidité et du caractère opérant de ce modèle, qui sert à « comprendre la politique occidentale » (5), il présente le défaut de ne pas tenir compte des réseaux de la superclasse du monde arabe et surtout de celle des pays de l’Extrême-Orient, défaut qui doit sans doute être attribué à la grande difficulté, elle-même due à la barrière de la langue, à trouver des sources d’information et à les déchiffrer. Un autre défaut que l’ISGP partage avec l’ensemble des médias, « conspirationnistes » ou non, est d’employer le terme d’« extrême droite » dans son acception la plus élastique, en l’appliquant à la louche à des personnes dont, comme c’est le cas pour Otto von Habsburg, successeur du métis métisseur Coudenhove-Kalergi à la tête de l’Union Pan-Européenne, la coloration idéologique n’a rien à voir avec la vision du monde du national-socialisme, ni même avec le fascisme. Enfin, il ne faut jamais perdre de vue que, quel que soit le pouvoir de la « superclasse », elle ne constitue nullement la dernière et suprême instance ; le nom de la plupart des ses membres est connu du public et publié sur des centaines de milliers de sites Internet, à tel point que certains d’entre eux sont même devenus des « stars » ; il y a, derrière eux, dans l’ombre la plus totale, des individus autrement plus puissants, en communication avec des influences infra-humaines et nous avons déjà eu l’occasion d’avancer notre hypothèse sur leur nature.
Cela étant dit, ici, l’étude du complot, ou des complots, n’est pas un hobby, mais une occupation sérieuse, aussi sérieuse que la manière dont sont planifiés et menés à bien les complots. L’influence de l’ISGP dépasse les cercles conspirationnistes, en tout cas aux Pays-Bas. La publication par ses soins de la liste des membres du 1001 Club a eu pour effet que cette organisation a fait pour la première fois la une des journaux télévisés néerlandais. À propos des médias, une des fonctions les plus utiles de l’ISGP est d’attirer l’attention sur le fait que les « alternatifs », au moins quant aux plus populaires d’entre eux, ne sont pas plus indépendants que les dominants, la seule véritable différence entre les deux étant que ceux-là mêlent plus d’informations exactes aux mensonges que ceux-ci, que, pour faire court et utiliser une terminologie qui vaut ce qu’elle vaut, ceux-là « mésinforment », tandis que ceux-ci « désinforment » ; un des immenses services qu’a rendus l’ISGP à cet égard est d’avoir fourni des preuves indiscutables de la collusion des dirigeants du réseau de communications Genesis (qui diffuse entre autres l’Alex Jones Show, qui semble avoir eu un rôle déterminant dans l’élection du nouveau locataire de la « Maison blanche ») et de la radio Coast to Coast (6), médias tous deux spécialisés dans la « théorie du complot », avec les services de renseignement. Les services de renseignement, pour discréditer la « théorie du complot », inondent Internet de « théories du complot » à dormir debout.
Tout « théoricien du complot » qui adhère à et promeut l’idéologie des droits de l’homme, c’est-à-dire le même ensemble de dogmes que celui qui est au fondement du soi-disant « Nouvel Ordre Mondial » contre lequel il prétend se battre, doit être tenu pour suspect. Non pas que l’ISGP soit immunisé contre certains des préjugés et certaines des naïvetés qui résultent de l’individualisme anarchique et égoïste qu’engendre l’égalitarisme : par exemple, l’ISGP critique un auteur pour avoir affirmé que la « sûreté nationale » passe avant les « libertés individuelles » et s’inquiète du caractère « non démocratique » des mises sur écoute téléphonique de personnalités par l’un des services de la « sûreté nationale », qui plus est sans se rendre compte que, dans les deux cas, le problème est faussé par le fait que la « sûreté » n’a de « nationale » que le nom, étant sous les ordres d’un exécutif à la solde d’intérêts trans- et, sans doute faudrait-il dire, infra-nationaux.
Dans son opposition claire et nette au complot immigrationniste, l’ISGP n’est pas sans donner dans les pièges dans lesquels tombe souvent ce qu’il appelle l’« extrême droite », en ne faisant valoir que des arguments socio-culturels et religieux, à l’exclusion et au mépris des considérations raciales. Avant même de se poser la question de savoir si et dans quelle mesure l’« intégration » est possible, il faudrait se demander si elle est désirable – pour les autochtones. Du rapport de 2003 intitulé « Le Contrat et l’Intégration » il ressort que l’intégration « est ce processus spécifique par lequel il s’agit de susciter une participation active à la société nationale d’éléments variés, tout en acceptant la subsistance de spécificités culturelles, sociales et morales… » et qu’une personne (7) est considérée comme « intégrée » sur la base de critères essentiellement civiques, sociaux, économiques et linguistiques. Dans cette optique, la pseudo-éducation pseudo-nationale est chargée d’apprendre plus ou moins la langue française et les « valeurs de la République » à l’immigré extra-européen, un tas d’organismes, d’assurer sa formation professionnelle, une nébuleuse d’associations, sa promotion sociale et le tour est joué : le voilà « intégré ». D’autres, dans leur inconséquence, exigent plus : qu’il adopte la culture française, les mœurs françaises, bref qu’il devienne français. Ils exigent ainsi l’impossible, n’hésitant pas à reprendre en cœur ce slogan imbécile d’un immigrationniste forcené : « La France, tu l’aimes ou la quittes. » Moins courant, du moins en France, est l’argument de l’ISGP selon lequel les immigrés extra-européens représentent une menace pour la culture européenne parce qu’ils manquent de « sophistication culturelle » ; moins courant, mais tout aussi contourné que le raisonnement de ceux qui exigent l’impossible, car c’est précisément en grande partie à cause de leur « sophistication culturelle » et donc de leur amollissement que les peuples européens se trouvent aujourd’hui incapables de se défendre contre le danger mortel qui les menace de l’intérieur. Enfin, en considérant la dénatalité des populations européennes blanches comme un problème, ce que, pour des raisons qu’il n’y a pas lieu de présenter ici, elle n’est pas dans tous les cas, tant qu’elle n’a pas dépassé certaines limites, l’ISGP n’admet-il pas tacitement, fût-ce à contrecœur et même la mort dans l’âme, la thèse absurde des fossoyeurs nécromants des peuples européens, selon laquelle la baisse de la natalité (sous-entendu : des blancs) ne peut être compensée que par l’importation massive de populations originaires des pays du tiers-monde ? En réalité, qui dit « intégration » d’éléments étrangers dans une communauté nationale dit désintégration de cette communauté nationale et c’est là la raison fondamentale et essentielle pour laquelle toute « intégration » est indésirable et doit être exclue.
Cela étant dit, l’ISGP est parfaitement conscient que ce qu’il appelle l’« élite politique » mondialiste, qu’elle soit « libérale » ou « conservatrice », est derrière l’invasion des pays d’Europe de l’Ouest par les populations du Maghreb, de l’Afrique noire, du Proche- et du Moyen-Orient et, depuis peu, – les mondialistes sont toujours en quête de nouveaux produits – des « républiques » musulmanes de la Russie ; parfaitement conscient aussi que ce sont les ONG, dont les fils en or remontent tous aux tapées de fondations de philanthropes milliardaires comme Sörös et les Rockefeller, qui sont chargées de la logistique ainsi que, dans les « pays d’accueil », de l’incessante campagne de propagande publicitaire en faveur de l’« accueil » des populations susdites. Pour arriver à leurs fins, il est inutile de dire que ces milliardaires philanthropes sont prêts à tout, y compris à tuer, du moins, car il est tout aussi évident qu’ils ne se salissent pas les mains, à faire, ou à laisser, tuer, y compris les leurs. N’oublions pas que le « petit monde » auquel ils appartiennent est celui de la délinquance légale, en smoking, mais aussi en tailleur.
Wilhelmus Simon Petrus Fortuijn est né le 19 février 1948 à Driehuis, dans le nord des Pays-Bas, dans une famille catholique conservatrice de la classe moyenne. Au sortir du lycée, en 1967, il a suivi des études de sociologie à l’Université libre d’Amsterdam, où il est devenu membre de l’association estudiantine Thomas d’Aquin, puis, en 1972, du syndicat estudiantin socialiste SRVU, dont il a vite compté parmi les militants les plus actifs (8) ; la même année, il a voulu adhérer au CPN, le parti communiste néerlandais ; sa demande d’adhésion ayant été rejetée, il a rejoint le parti socialiste (PvdA) (9). D’après ses anciens camarades de l’époque, il n’était jamais à court d’argent, menait grand train, faisait déjà preuve d’une certaine excentricité, étalait son homosexualité. Quelques années plus tard, il a obtenu un poste de chargé de cours au département de sociologie de l’Université de Groningue, connu pour ses fortes sympathies envers le marxisme. Fortyun lui-même était connu pour être marxiste. Il enseignait la sociologie marxiste (10). En 1974, Fortuyn a rencontré Wilfried Uitterhoeve, co-fondateur de la Socialistische Uitgeverij Nijmegen (SUN), qui deviendra plus tard son ami. Il se rappelle de Fortuyn comme d’une personne qui « vivait et s’habillait magnifiquement » et faisait partie « de cercles alternatifs pleins de drôles d’oiseaux » (11). En 1980, Fortutyn a obtenu son doctorat, avec une thèse intitulée « Sociaal-economisch politiek in Nederland, 1945-1949 », une étude de la politique socio-économique du gouvernement néerlandais de l’immédiat après-guerre. D’après un ancien camarade de Fortuyn, Ton Kee, aujourd’hui directeur de la faculté de médecine de l’Université de Groningue, Fortuyn était « un opportuniste […] C’était son plus grand talent. Après avoir débuté sa carrière d’étudiant dans un mouvement catholique, il a rejoint le mouvement estudiantin, parce qu’il a remarqué que les idées de gauche étaient dans l’air […] Il a toujours recherché des sujets controversés, pour les aborder d’un point de vue complètement différent de celui auquel étaient habitués la plupart des gens. La seule continuité [dans sa vie] a été la recherche de l’attention et du pouvoir, le contenu y était subordonné ». Quoi qu’il en soit, « Fortuyn et ses amis radicaux voulaient rompre avec la théorie bourgeoise et répandre les idées de Lénine et de Marx aussi largement que possible » (12) ; et, s’il faut en croire la BBC (13), un portrait de Lénine et un autre de Marx trônaient dans sa cuisine.
Bien qu’il soit resté en poste à l’Université de Groningue jusqu’en 1989, il a commencé à exercer des fonctions administratives à l’Université puis en dehors de l’Université dès les années 1970. A la fin des années 1990, il a travaillé comme conseiller dans diverses organisations publiques ou semi-publiques néerlandaises. De 1990 à 1996, il a été attaché comme professeur extraordinaire en sciences politiques à l’Université de Rotterdam, où il a obtenu le surnom de « professeur Pim ». Toujours dans les années 1990, il s’est fait connaître comme journaliste et commentateur politique. Éditorialiste de l’hebdomadaire conservateur néerlandais Elsevier de 1992 à 2000, ses articles provocateurs ont souvent déclenché des débats publics. Ses livres aussi. De 1994 à 2001, Fortuyn en a publié pas moins de dix, qui présentaient tous des idées révisionnistes sur des sujets sensibles.
« Aan het Volk van Nederland » (« Au peuple des Pays-Bas ») est un pamphlet qui fut distribué dans la nuit du 25 au 26 septembre 1781 dans toutes les grandes villes de la République des Pays-Bas et dont on apprit cent ans plus tard qu’il avait été écrit pat Joan Derk van der Capellen tot den Pol (1741-1784). Il affirmait que l’ensemble du système politique, dominé par la dynastie des Orange, était corrompu et devait être renversé en faveur d’une république démocratique. Le pamphlet devint le credo des Patriotten, groupe composé de membres de la noblesse « éclairée » et de la bourgeoisie libérale ainsi que d’artisans et de commerçants qui, influencés par les idées de Jean Jacques Rousseau sur la souveraineté populaire et la volonté générale, voulaient mettre fin à l’absolutisme du Stadholder William V. En 1992, Fortuyn, s’inscrivant dans la tradition des patriotten, a publié, sous le même titre, une brochure dirigée contre la pseudo-élite politique des Pays-Bas. Plus tard, il a présenté ses idées politiques dans « Beklemmend Nederland » (« Les Pays-Bas en pleine déprime ») (A.W. Bruna, 1995) et surtotu dans « Tegen de islamisering van onze cultuur: Nederlandse identiteit als fundament » (« Contre l’Islamisation de notre culture ») (A.W. Bruna, 1997).
Fortuyn avait exprimé son ambition de faire de la politique dès le début des années 1990 (14) et c’est ainsi que, en novembre 2001, il a pris la tête du petit parti Leefbaer Nederland (Des Pays-Bas Vivables), décrit comme « radical ». Il en faut très peu aujourd’hui pour qu’un parti soit qualifié de « radical ». Le cheval de bataille de Fortuyn était l’immigration. Exprimée dans « Tegen de islamisering van onze cultuur » et dans les éditoriaux qu’il publiait dans Elsevier, sa position sur l’immigration extra-européenne consistait en trois points : 1. de nombreux immigrés ne s’intègrent pas correctement à la société néerlandaise ; 2. il faut donc restreindre autant que possible l’immigration ; 3. il faut célébrer les valeurs néerlandaises et exiger des nouveaux arrivants qu’ils assimilent ces valeurs (15). Outre les valeurs traditionnelles néerlandaises, comme l’économie, la modération, l’autodiscipline et la propreté, il y en avait cinq, qui sont détaillées en particulier dans son plaidoyer en faveur d’Israël, 50 Jaar Israel, Hoe Lang Nog ? tegen het tolereren van fundamentalisme (« 50 ans d’Israël, Combien de temps encore ? Contre la tolérance du fondamentalisme ») (A.W. Bruna, 1998) : la liberté d’expression, l’initiative individuelle et la liberté d’entreprise, fondement de l’économie de marché, les droits de l’homme universels, l’égalité entre hommes et femmes et la responsabilité individuelle, auxquelles viennent s’ajouter le respect de la séparation de l’Église et de l’État, le respect de la démocratie parlementaire et le respect de la séparation du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, pour constituer, toujours d’après Fortuyn, le socle de la « modernité », c’est-à-dire le produit de la sécularisation du christianisme et du judaïsme (16).
Comment se fait-il, se demandent les observateurs sérieux, qu’un politicien qui adhère aussi scrupuleusement aux dogmes du libéralisme, allant jusqu’à soutenir les lois permissives de son pays sur la drogue et sur la prostitution (lois votées par l’establishment contre lequel il prétendait se battre), jusqu’à se féliciter de la légalisation du mariage homosexuel (voulu par ce même establishment) et qui, de surcroît, étale dans son autobiographie, « Babyboomers: autobiografie van een generatie », ses nombreuses aventures homosexuelles (17), ait pu en arriver à être catalogué d’« extrême droite », de « fasciste », comparé à Mussolini et à Hitler par la presse néerlandaise (18), avant même de l’être encore à Hitler par son assassin au cours de son procès ? Certainement pas à cause de son opposition à l’immigration extra-européenne.
Aux Pays-Bas, les critiques que formulait Fortuyn contre l’immigration extra-européenne n’avaient rien de particulièrement originales, ni même de scandaleuses. En déclarant, dans un éditorial d’Elsevier du 8 octobre 1994, que « Nederland is vol » (19), Fortuyn n’avait fait que répéter ce que la reine Juliana avait déjà dit dans son discours au Trône en 1948 et avait elle-même répété en 1979, avant d’être reprise par le Premier ministre Jelle Zijlstra. Cette opinion est alors partagée par de nombreux « experts », néerlandais ou étrangers (20), même si aucun d’entre eux, pas plus que la reine et le Premier ministre, n’avaient dénoncé nommément les immigrés d’origine extra-européenne.
Dans les années 1990, le dirigeant du parti libéral néerlandais (VVD), Frits Bolkestein, avait été le premier à dénoncer les effets négatifs de l’immigration sur la société, la culture et l’économie du pays et à réclamer que les immigrés d’origine extra-européenne s’assimilent à la société néerlandaise au lieu de préserver leur identité ; ses successeurs avaient adopté la même ligne en la matière (21), préconisant une « immigration zéro » (22). Le PAARS, coalition formée du PvdA, du D66 et du VVD, au pouvoir de 1994 à 2002, avait voulu rendre l’immigration extra-européenne plus difficile par toute une série de mesures ; par exemple, il avait été posé que les immigrés d’origine extra-européenne n’auraient pas droit d’office à la sécurité sociale, mais devraient le « mériter » (23) ; une loi votée en 1998 avait interdit aux immigrants illégaux l’accès aux services sociaux (24) ; la loi sur les étrangers élaborée par les scribes de Job Cohen, secrétaire d’État à la Justice dans le second cabinet (1998-2002) du travailliste Wim Kok, avait prévu que les demandeurs d’asile qui avaient épuisé tous les recours légaux soient expulsés « plus rapidement » (ce qui suggérait faussement qu’ils étaient déjà expulsé « rapidement »). En 2000, le journaliste, éditeur et membre du PvdA Paul Scheffer avait publié dans un grand journal néerlandais (25) un article intitulé « Het multiculturele drama » (« Le désastre multiculturel »), qui disait tout haut ce que beaucoup de Néerlandais pensaient tout bas sur l’immigration extra-européenne ; comme Fortuyn, il avait accusé l’establishment néerlandais d’avoir développé un relativisme culturel qui l’avait rendu indifférent à l’égard de l’identité néerlandaise et risquait de détruire la culture nationale ; Fortuyn allait plus loin, sacrifiant à la rituelle reductio a hitlerum dont il était lui-même victime, pour comparer les conséquences du relativisme culturel qui régnait dans l’ensemble du monde occidental à celles du défaitisme qui aurait mené la France et la Grande-Bretagne à signer les accords de Munich (26). Scheffer avait lancé une mode. Elle a fait fureur au tout début des années 2010. En octobre 2010, la Kanzlerin, devant un parterre de sympathisants, déclarait, avec son air de concierge qui a perdu ses clés : « Le multiculturalisme est un échec, un échec absolu » ; trois mois plus tard, à peine nommé à Downing Street, le Prime Minister reprenait le même couplet lors de son premier discours officiel, imité, dans le Figaro du 10 février 2011, par le locataire de l’Elysée. Bovinement, l’ensemble des commentateurs de la presse nationaliste européenne applaudissait. C’était là l’effet escompté – l’un des effets escomptés. De manière similaire, les prises de position répétées de l’establishment, qu’il soit néerlandais ou autre, contre l’immigration extra-européenne ne sont que des mots ; les lois qu’il peut lui arriver d’élaborer et de voter sur l’immigration restent toutes lettre morte ; elles ne sont qu’un leurre, un stratagème destiné à endormir ceux qui sont opposés à cette invasion et à gagner du temps, jusqu’à ce que les peuples blancs soient complètement et définitivement submergés par les races de couleur.
« Nederland is vol », avait donc déclaré Fortuyn dans les années 1990. « Je ne dirais pas, s’était-il repris lors de son discours d’investiture à la présidence du « radical » LN en 2001, que les Pays-Bas sont pleins, mais très occupés. À mon avis, même un peu trop occupés » (27).
Entendait-il y faire de la place, en en expulsant les immigrés d’origine extra-européenne ? Nullement, pas même les illégaux et les criminels, contrairement à Wilders aujourd’hui. « Tous ceux qui sont ici resteront ici, a-t-il martelé, dans une interview à Volkskrant en 2002, ce sont nos bad boys marocains. On ne peut pas les larguer sur le roi Hassan. Ils resteront et ce sera à nous de régler le problème » (28), c’est-à-dire de faire en sorte qu’ils « s’intègrent ». Pour ce faire, il proposait, dans le droit fil du programme d’assistanat généralisé de la social-démocratie, d’accroître les dépenses de l’État-providence néerlandais en matière de santé, de logement et d’éducation (29). La politique anti-immigrationiste de Fortuyn était par conséquent bien moins rose que n’ont pu et que ne peuvent encore s’imaginer ceux qui, dans les autres pays européens, observaient sa fulgurante ascension avec l’espoir de voir surgir chez eux un politicien nationaliste aussi charismatique et populaire que lui. Dans le fond, être, comme Fortuyn, pour l’« intégration » est aussi extrémiste et criminel qu’être, comme son assassin, en faveur de l’« immigration ».
Fortuyn était cependant encore trop « radical » pour le LN. Il devait en être exclu en février 2002 à la suite d’une interview au cours de laquelle il avait déclaré que l’islam était une « culture arriérée » et avait appelé à la suppression de l’« absurde » premier article de la constitution des Pays-Bas (« Tous ceux qui se trouvent aux Pays-Bas sont, dans des cas égaux, traités de façon égale. Nulle discrimination n’est permise, qu’elle se fonde sur la religion, les convictions, les opinions politiques, la race, le sexe ou tout autre motif »). Le lendemain de son exclusion de LN, Fortuyn fondait le List Pim Fortuyn (LPF). Et, sur la foi des sondages, qui lui étaient de plus en plus favorables, il pouvait lancer aux journalistes qui l’attendaient à la sortie d’un meeting le 9 février : « Je serai le prochain Premier ministre des Pays-Bas. » (30). Il était assassiné le 6 mai.
Ce qui a valu à Fortuyn d’être diabolisé par l’establishment, on l’aura maintenant compris, ce n’est pas son opposition à l’immigration extra-européenne tout court, c’est, sur le fond, sa lutte contre l’immigration en provenance des pays musulmans et, sur la forme, la verdeur de ses critiques à l’égard de l’islam et des musulmans, verdeur qui, d’un autre côté, a contribué pour beaucoup à le rendre très populaire auprès d’une grande partie des Néerlandais. Son allergie à l’islam et aux musulmans semble avoir été due pour une grande part aux insultes qu’il avait essuyées et aux agressions dont avaient été victimes certains de ses amis homosexuels de la part de musulmans et, en particulier, de jeunes Marocains (31) ; quant aux Indonésiens, dont des centaines de milliers, pour la plupart musulmans, s’étaient installés aux Pays-Bas dans les années 1950, ils échappaient aux foudres de Fortuyn : il faut croire qu’ils s’étaient parfaitement « intégrés » à la société néerlandaise. Par ailleurs, mettre sur le devant de la scène des figures d’« extrême droite » est essentiel à la pérennité de l’establishment, qui doit faire croire au public qu’il existe toujours une opposition véritable et objective à sa politique extrémiste : comme il n’y a plus de figures d’« extrême droite », il charge les médias d’en créer de temps à autre, ce qu’ils n’ont manifestement aucun mal à faire, même si la matière première est constituée par un politicien libéral de formation marxiste.
Pour le dixième anniversaire de son assassinat, une place de Rotterdam a été rebaptisée Fortuynsplaats et, pas rancunier, le maire social-démocrate de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb qui avait déclaré en 2009 que Fortuyn était « un partisan des principes démocratiques » (32), a fait un discours au cours de la cérémonie. Le LPF avait été dissout quatre ans plus tôt, en raison de graves conflits internes et de l’absence d’un véritable leader. Nommé successeur de Fortuyn après les élections législatives de 2002, auxquelles le parti était arrivé en seconde position, Mat Herben (1952-?), président de la loge Via Lucis de 1993 à 1997 et membre de la première heure du LPF, est soupçonné d’avoir été un lobbyiste du ministère de la Défense néerlandais, qui l’aurait chargé d’infiltrer le LPF pour faire revenir Fortuyn sur son refus de laisser les Pays-Bas s’engager dans le programme Joint Strike Fighter (JSF) du Département de la Défense des États-Unis, s’il devenait Premier ministre (33). Certains estiment même que ce serait là un des motifs de l’assassinat de Fortuyn.
Quelques remarques d’ordres divers s’imposent au sujet de l’article de l’ISGP, qui présente des redites lourdes et pénibles, des digressions inutiles et des défauts de composition, dont la nature laisse penser qu’il a été écrit d’une seule traite et n’a pas été relu avant publication. Les redites et les digressions ont été éliminées autant que possible et, s’agissant des informations concernant un même protagoniste qui ont été éparpillées sans raison dans le texte, nous les avons regroupées dans un même paragraphe. C’est là ce qui explique que, dans deux endroits, les notes ne se suivent pas exactement (par exemple, la note [85] suit la [92] – il va sans dire que la note [85] renvoie bien à la note [85] à https://isgp-studies.com/pim-fortuyn-assassination=). Nous aurions changé leur numérotation, si nous avions jugé nécessaire de les figurer traduites sous le texte. Nous avons cependant décidé de ne rien en faire, car, nonobstant leur importance, puisque, qu’il s‘agisse de liens vers des sites Internet ou de citations extraites de sites Internet ou de journaux, elles forment pour une grande part les sources sur lesquelles l’ISGP se fonde pour atteindre ses trois objectifs, qui sont exposés dans l’introduction, ces trois objectifs ne sont pas exactement ceux qui nous ont déterminé à publier son enquête. Les nôtres sont de montrer que Fortuyn, contrairement à l’image d’outsider et de politicien « anti-système » qu’ont complaisamment donnée de lui les médias et qu’ont absorbée, sans esprit critique et faute d’enquêter eux-mêmes sur le personnage, tous les nationalistes européens, n’était pas étranger à l’establishment et œuvrait, à sa manière, quoique sans doute inconsciemment, pour l’establishment, de faire comprendre une fois pour toutes que seuls ceux dont le discours a reçu l’agrément de l’establishment, aussi opposé qu’il puisse apparaître au projet de l’establishment, sont autorisés à avoir durablement accès aux médias, dominants ou « alternatifs » et, d‘autre part et pour employer une expression qu’affectionnent ceux qui mettent en scène le jeu politique, de braquer les projecteurs sur les ONG en tant qu’instrument privilégié de la « superclasse » ; bien que, dans les pays démocratiques dits « occidentaux », l’« Etat » ait été le principal propagateur de l’idéologie des droits de l’homme tout au long du XIXe et du XXe siècle, l’État inspire de la méfiance aux masses et d’ailleurs, dans le rapport qu’il établit tous les quatre ans à la suite d’un « examen périodique universel », le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU ne dénonce-t-il pas de multiples violations des droits de l’homme dans tous les pays d’Europe de l’Ouest ? A l’inverse, qui se méfierait d’une organisation caritative ? Sous couvert de charité – la charité est presque par définition une couverture -, l’ONG peut ainsi se dévouer en toute impunité et en toute discrétion à la fonction pour laquelle elle a été créée : l’élaboration de complots ; non pas la subversion – loin de viser à renverser les institutions, l’ordre établi, l’ONG a pour but de les renforcer, ne serait-ce qu’en jouant le rôle d’une fausse opposition -, mais bien la mise au point et l’accomplissement de projets secrets. Le complot est une nécessité interne à la démocratie. La démocratie, c’est le complot permanent.
Nous n’avons pas non plus jugé utile de publier les annexes à l’article. L’annexe A contient la liste des fondateurs et des dirigeants de la Société Républicaine, l’annexe B, la liste de ses membres les plus notables, l’annexe C, celle de ceux qui en étaient toujours membres en 2016. Quant à l’annexe D, qui concerne Mat Herben et le programme Joint Strike Fighter, nous en avons résumé le contenu un peu plus haut.

1. Introduction
Partie 1 : La Société Républicaine : Fausse opposition à la maison royale et au Bilderberg ?

2. Histoire de la Société Républicaine: ses liens avec le Bilderberg et le 1001 Club
3. L’ISGP était entouré de membres de la Société Républicaine, sans s’en apercevoir
4. Une sorte de John Birch Society néerlandaise ?
5. La Nouvelle Société Républicaine : des liens avec l’establishment libéral ?

Partie 2 : Vérité et mensonges sur l’assassinat de Fortuyn (et sur l’Irak)
6. La mort de Pim Fortuyn et Theo van Gogh, membres de la Société Républicaine
7. Tomas Ross, membre de Société Républicaine, répand de fausses informations sur le meurtre de Fortuyn
8. Ross, le néo-con
9. Si Ross a menti à propos d’un second tireur, Ine Veen aussi
10. Les faits établis : retard de l’ambulance, porte défectueuse et arrestation rapide
11. L’ancien chauffeur de Fortuyn soupçonne une conspiration de l’establishment
12. Le téléphone de l’assassin de Fortuyn sur écoute
13. La sûreté nationale avait infiltré la cellule terroriste du meurtrier de van Gogh
14. Fortuyn espionné par le renseignement néerlandais, des informations sensibles ont été divulguées
15. L’avocat de Fortuyn, Oscar Hammerstein, lié à la manipulation étatique

Partie 3 : Qui a tué Fortuyn ?
16. Le tueur de Fortuyn financé par le réseau d’ONG des Rockefeller et des Orange
17. Les avocats de l’assassin de Fortuyn liés à la superclasse (Rockefeller-Sörös) ET à la Société Républicaine

Partie 4 : Résumé et conclusions
18. Résumé et conclusions sur l’assassinat de Fortuyn

1. Introduction

En 2012, je me suis penché sur l’assassinat de Pim Fortuyn en 2002, essentiellement pour évaluer l’affirmation largement relayée par les médias selon laquelle un second tireur y était impliqué. Cette information s’est avérée être tout aussi fallacieuse que les théories selon lesquelles un missile ou un petit avion se serait écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. A l’époque, j’avais publié un article sur la question. Je le republie aujourd’hui, dans une version considérablement élargie. Son objectif est triple :
1. Explorer les liens et les activités des membres de la Republikeins Genootschap (Société Républicaine), en particulier ceux qui, dans le mouvement contestataire, sont liés à l’assassinat de Pim Fortuyn.
2. Lutter contre la fausse information selon laquelle il y aurait eu un second tireur dans l’affaire Fortuyn.
3. Expliquer comment le mouvement environnemental dont est issu le tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf, est dominé par un réseau très dense de richissimes ONG, créatures de la classe dominante supranationale et vitrines de l’ « aile libérale de la CIA ».

Partie 1 : La Société Républicaine : Fausse opposition à la maison royale et au Bilderberg ?

2. Histoire de la Société Républicaine : ses liens avec le Bildeberg et le 1001 Club

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La Republikeins Genootschap a été fondée le 11 septembre 1996, [1] dans le but de lancer un débat public sur les avantages et les inconvénients de la monarchie parlementaire actuelle et sur l’opportunité d’adopter à la place le modèle politique républicain. La question se pose évidemment, mais, dans les années 90, c’était encore un énorme tabou, du moins dans les milieu dirigeants. Les principaux politiciens et les principaux journaux du pays accusaient tous sévèrement et surtout de manière irrationnelle les fondateurs de la Société Républicaine d’être un groupe d’ivrognes subversifs. [2] La télévision a diffusé plusieurs reportages en quelques semaines sur la Société et a quasiment cessé d’en parler ensuite.
La biographie des quatorze co-fondateurs [ 3 ] de la Société Républicaine fait apparaître qu’elle est essentiellement une collaboration entre, d’une part, les hauts dirigeants des banques RABO, ABN-AMRO, Mees Pierson et Royal Dutch Shell et, d’autre part, les rédacteurs en chef du journal NRC Handelsblad et ceux des magazines De Groene Amsterdammer, Vrij Nederland et Elsevier. Les trois premiers de ces médias sont considérés comme étant relativement libéraux et de gauche. Elsevier passe pour conservateur. La polarisation entre les libéraux et les conservateurs n’est pas aussi accentuée aux Pays-Bas qu’elle l’est qu’aux États-Unis.
La collaboration entre ces deux éléments est parfaitement logique. Les banquiers fournissent des fonds et ont accès aux plus hauts niveaux de la société, tandis que les médias façonnent l’opinion publique, même si, dans le cas des Pays-Bas, leur influence est modérée.
En 2016, vingt ans après la fondation de la Société Républicaine, peut-on dire qu’elle a été récompensée de ses efforts ? Il ne semble pas, car la maison royale d’Orange est toujours là et la plupart des gens ne connaissent même pas l’existence de la Société Républicaine. Le nouveau roi Alexandre et sa femme Maxima sont très appréciés par la population et, tant que cela continuera, il est peu probable que le public fasse pression pour que la monarchie soit abolie. Il est vrai que le grand-père d’Alexandre, le prince Bernhard, connu pour ses magouilles, a toujours été soupçonné d’être un opportuniste et que, de tous les membres de la maison royale, il était celui qui traînait le plus de casseroles, principalement à cause de son implication dans l’affaire Lockheed. En même temps, il est reconnu que les liens qu’il avait tissés avec les Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’il avait conservés ensuite ont vraiment bénéficié à l’économie néerlandaise. La plupart des Néerlandais voient Bernhard comme une personne qui a des opinions relativement libérales, le sens de la justice sociale et qui participe activement au mouvement environnemental et ils l’apprécient beaucoup pour cela. En outre, la Fête du roi, ou Fête de la reine, est un jour férié. La famille royale devra donc être secouée par bien d’autres scandales avant que les Néerlandais songent à remettre en cause la monarchie.
Cela ne signifie pas que la Société Républicaine n’ait aucune importance. Il y a quelques questions à poser sur ses membres et c’est exactement ce que nous allons faire dans cet article.

3. L’ISGP était entouré de membres de la Société Républicaine, sans s’en apercevoir

Heureusement, il n’est pas difficile de savoir qui sont les membres de la Société Républicaine. Leurs noms figurent sur leur site Internet, http://www.republikeinsgenootschap.nl, depuis le début des années 2000. Certains d’entre eux se démarquent immédiatement, car ils sont à peu près les seuls auteurs et militants de renom à avoir écrit des articles et soutenu des travaux critiques sur le Bilderberg et le prince Bernhard. Il s’agit notamment de Gerard Aalders (membre), Rene Zwaap du Groene Amsterdammer (membre) et Philip Droge (le site promeut son travail, mais il n’y est pas répertorié comme membre).
Aalders est chercheur à l’Institut néerlandais de documentation sur la guerre (Instituut voor Oorlogsdocumentatie), dont le directeur, Hans Blom, est aussi membre de la Société Républicaine.
Zwaap est journaliste au Groene Amsterdammer, dont les cadres sont fortement représentés dans la Société Républicaine.
Droge a écrit divers livres percutants sur la vie du prince Bernhard et d’autres membres de la famille royale, au point qu’il peut être considéré comme l’un des principaux auteurs conspirationnistes néerlandais.
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Fait intéressant, ces trois hommes – Aalders, Zwaap et Droge – sont à peu près les seules sources disponibles sur le 1001 Club, dont l’ISGP a été le premier à publier la liste des membres. Cependant, contrairement à l’ISGP, ces auteurs ne sont jamais allés jusqu’au bout de leurs enquêtes, se contenant d’aguicher le lecteur par la publications d’informations sensationnelles.
Quant à mes « relations » avec ces hommes, j’ai demandé une fois à Zwaap la liste des membres du 1001 Club, mais je ne l’ai jamais reçue. Cette histoire est en fait assez hilarante. Je venais d’entamer des recherches sur la théorie de la conspiration et d’ailleurs je n’avais même jamais encore fait de recherche. J’ai informé Zwaap que j’avais une liste des membres de la Pilgrims Society et je lui ai demandé s’il voulait l’échanger contre une liste des membres du 1001 Club. Il a accepté et je lui ai envoyé ma liste. Seul problème : je n’avais pas de photocopies à l’époque. Je n’avais qu’une compilation de noms, que je tenais des plusieurs sources individuelles différentes, dont le si « fiable » Fritz Springmeier (il s’est cependant avéré que la plupart des noms qu’il m’a donnés étaient bien ceux de membres de la Pilgrims Society). C’est la première et la dernière fois que j’ai été contact avec Zwaap. Plus tard, j’ai acquis des photocopies de la liste des membres du 1001 Club et de la Pilgrims Society. Six mois après la publication des photocopies de cette liste, Gerard Aalders l’a mentionnée au journal télévisé et c’est ainsi que le grand public a entendu parler pour la toute première fois de la Société Républicaine. Inutile de dire que, plus tard, j’ai été assez surpris de voir que Zwaap et Aalders étaient membres de ce groupe plutôt élitiste.
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Une autre surprise pour moi a été de constater que Harry van Bommel du Parti socialiste en faisait également partie. Fin 2010, un expert en politique étrangère d’un sénateur du Parti socialiste m’a appris que van Bommel était le SEUL membre du parlement néerlandais qui osait poser des questions sur le Bilderberg [4] – et van Bommel se trouve aussi être, non seulement, donc, membre de la Société Républicaine, mais aussi un agitateur pro-palestinien, un travail de premier ordre pour un agent de l’ « aile libérale CIA ». Sur la base de ce dernier fait, il fallait s’attendre à ce que van Bommel ait travaillé avec Gretta Duisenberg, la plus célèbre activiste du lobby pro-palestinien et anti-israélien aux Pays-Bas. De fait, il a organisé avec elle au moins une grande manifestation pro-palestinienne contre Israël. Dans la foulée, ils ont été tous deux poursuivis sans succès par le plus célèbre avocat des Pays-Bas, Bram Moszkowicz [5], Juif dont la famille défend depuis des décennies les plus grands criminels néerlandais, dont certains ont des liens avec les Orange. En 2014, l’ISGP a publié un article sur l’affaire Demmink où il est question de Moszkowicz et des affaires de conspiration auxquelles il est mêlé – et dont chacune ressemble à un scénario fait pour être joué dans la minuscule bulle où vit la classe dirigeante. Le procès intenté par Moszkowicz contre van Bommel et Duisenberg en est un autre exemple.
Comme prévu, Duisenberg elle-même a un curieux passé. À la fin des années 1970, elle a intégré le Transnational Institute (TNI), où elle a travaillé en étroite collaboration avec le lanceur d’alerte de la CIA et fondateur du magazine CounterSpy, Philip Agee. [6] Fait intéressant, qui a été mentionné dans l’article de l’ISGP sur « L’aile libérale de la CIA », TNI (ainsi que CounterSpy) était une branche de l’Institute for Policy Studies (IPS), groupe d’activistes socialistes fondé par des employés du gouvernement des Etats-Unis en désaccord avec le conseiller auprès de la Maison Blanche John McCloy (1895-1989) et le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy (1919-1996), deux dirigeants bien connus de la Fondation Ford, qui étaient également des hommes de Rockefeller. McCloy a aussi été un des membres éminents de la Pilgrims Society. À ce jour, l’IPS a reçu des millions de dollars des fondations rockfelleriennes, fordiennes, macarthuriennes et sörösiennes de l’Eastern Establishment (*) dirigées en sous-main par l’« aile libéral de la CIA ». Le groupe gère également l’encyclopédie en ligne anti-conservatrice Rightweb-irc-online.org, qui publie des informations sur les néoconservateurs et leurs think-tanks préférés. Après avoir flirté avec le TNI et Agee – qui a fini par être expulsé des Pays-Bas -, elle a eu une brève relation avec Hans van Mierlo, ministre de la Défense et invité à la conférence de Bilderberg en 1982 [7], avant de passer à Wim Duisenberg. Wim Duisenberg a occupé les fonctions suivantes :
– membre du personnel du FMI à Washington (1966-1969) ;
– membre du conseil de surveillance de Royal Dutch Airlines (KLM) depuis 1979. Il l’est donc devenu peu de temps après que le prince Bernhard a été contraint d’en démissionner à cause de son implication dans l’affaire Lockheed ;
– vice-président de la banque RABO (1979-1981) ;
– directeur de la banque des règlements internationaux (1988-1990 et 1994 -1997) ;
– président de la Banque centrale néerlandaise (1982-1997) ;
– premier président de la Banque centrale européenne (1998-2003) ;
– membre du conseil de surveillance de la banque RABO (2003-2005). [8]
Si l’on ne peut pas dire que Wim Duisenberg ait franchement milité pour la cause palestinienne, la monarchie néerlandaise et l’establishment qui l’entoure ont toujours eu, comme l’Eastern Establishment, un parti pris pour les Palestiniens. Cela est très probablement dû pour une large part aux intérêts pétroliers de l’establishment néerlandais, propriétaire de Shell et de diverses sociétés pétrolières en activité dans l’immense port de Rotterdam. Un des exemples les plus clairs du soutien de la superclasse à la cause palestinienne est The Rights Forum, ONG néerlandaise dont nous aurons à reparler plus bas. Un grand nombre de politiciens néerlandais à la retraite siègent dans son conseil d’administration. [9]
Mes recherches m’ont amené à examiner le cas d’autres membres de la Société Républicaine : Willem Oltmans, Pamela Hemelrijk, Britta Bohler et Thomas Ross.
Dans les années 1970, Oltmans s’est intéressé à l’assassinat de Kennedy et a même fait venir aux Pays-Bas George de Mohrenschildt, géologue pétrolier d’origine russe qui avait été chargé par la CIA de manipuler Lee Harvey Oswald et qui avait des liens avec les principaux dirigeants de l’industrie pétrolière au Texas. C’est lui qui avait mis les Oswald en contact avec Michael Paine et sa femme Ruth, laquelle avait également été chargée de manipuler les Oswald. Les parents de Michael Paine faisaient partie d’un vaste réseau occulte de désinformation géré par la CIA et entretenaient également des liens étroits avec le directeur de la CIA, Allen Dulles, tout comme de Mohrenschildt et certains de ses amis de l’industrie pétrolière. Evidemment, de Mohrenschildt s’est suicidé quelques heures avant que l’enquêteur de l’HSCA, Gaeton Fonzi, ne l’interroge. Il n’a pas été le seul suspect de l’assassinat de Kennedy à mourir subitement à l’époque.
Longtemps journaliste et chroniqueuse à l’Algemeen Dagblad, Pamela Hemelrijk en a été licenciée à la suite de l’assassinat de Pim Fortuyn, pour s’être comportée de manière irrationnelle et s’être déchaînée dans les colonnes de ce grand journal néerlandais contre l’establishment politique et médiatique qui avait diabolisé Fortuyn. Pim Fortuyn, candidat politique quelque peu conservateur, était également membre de la Société Républicaine. Theo van Gogh, autre membre de la Société républicaine et allié politique de Fortuyn, a été l’un de ceux qui ont apporté leur soutien à Hemelrijk. [10] En 2009, peu avant sa disparition, Hemelrijk était secrétaire et trésorière de la Klokkenluiders Online Stichting (Fondation en ligne des lanceurs d’alerte), présidée et gérée par Micha Kat. [11]
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Kat est une vieille connaissance de l’ISGP. Il a apporté tout son soutien à l’article que l’ISGP a publié en 2007 sur l’affaire Dutroux ainsi qu’à la première version de l’article du même ISGP sur l’affaire Demmink. J’ai apprécié qu’il m’ait soutenu, même si j’ai toujours trouvé que le ton catégorique et accusatoire de son site Internet le dessert. Quelques années plus tard, j’ai découvert que Kat faisait partie d’un réseau de désinformation financé par des membres de l’establishment américano-néerlandais, dont Robert Rubinstein. Nous reviendrons plus bas sur ce personnage. Rien d’étonnant à ce que Theo van Gogh ait soutenu Kat et qu’il l’ait autorisé à faire campagne contre « l’establishment» sur son site Internet (De Gezonde Roker [Le fumeur en bonne santé]) de 2001 à 2004. [12]
Britta Böhler, deux ans après avoir rejoint la Société Républicaine [13], est devenue l’avocat de l’assassin de Pim Fortuyn, un environnementaliste radical du nom de Volkert van der Graaf. Pour pouvoir assurer sa défense, elle a été obligée de démissionner de son poste de présidente de Greenpeace Nederland, autre ONG financée par l’« aile libérale de la CIA ». Nous y reviendrons plus bas.
Quant à Tomas Ross, le plus célèbre auteur conspirationniste néerlandais, il a répandu de fausses informations sur l’affaire Pim Fortuyn avec le membre de la Société républicaine Theo van Gogh. [14]

4. Une sorte de John Birch Society néerlandaise ?

Étant donné que la Société Républicaine ne comprend qu’environ deux cents membres, n’est-il pas tout simplement incroyable de trouver de telles personnalités parmi eux ?
Nous sommes en présence d’un réseau d’auteurs conspirationnistes, d’activistes et même un candidat au poste de Premier ministre qui se sont tous alliés contre l’influence de la famille royale, influence qu’elle doit principalement à ses liens étroits avec le Bilderberg. Aux Pays-Bas, il semble que, en dehors de ce petit réseau, personne ne soit autorisé à faire publier des livres sur le sujet et que, en tout cas, personne n’ait droit de s’exprimer sur ce sujet dans les colonnes d’un grand journal ou magazine. En outre, ces auteurs et activistes ont tendance à ne pas traiter à fond les faits qu’ils mentionnent et parfois même répandent des informations manifestement fausses.
C’est ici que la Société Républicaine commence à devenir vraiment intéressante. Compte tenu du nombre de scandales dans lesquels sont impliqués, sinon les membres de la famille royale, du moins les relations qu’elle a dans l’establishment et apparemment dans le monde du crime organisé, il semble que des dommages catastrophiques pourraient leur être causés par un journalisme d’investigation incisif et une recherche historique sans complaisance. La Société Républicaine a les moyens de le faire et pourtant elle s’en est toujours abstenue.
La Société Républicaine rassemble un groupe d’anarchistes et de militants de gauche et de droite. À gauche, nous avons des communistes, des « socialistes pacifistes », des « provocateurs », des « radicaux », des fondateurs des Verts, d’anciens opposants à la guerre du Vietnam, d’anciens militants anti-apartheid, des théoriciens de la conspiration, des féministes et même un ancien maoïste. qui est devenu un défenseur virulent des droits des pédophiles. Autant dire que les Orange et le Bilderberg n’ont qu’à bien de tenir.
A droite, il n’y a pas grand monde, d’autant que, des trois principaux néo-conservateurs de la Société – Pim Fortuyn, Theo van Gogh et Tomas Ross -, les deux premiers ont été tués au cours de la période 2002-2004. Restent les éditeurs d’Elsevier, probablement le magazine politique le plus à droite aux Pays-Bas (le cofondateur et éditeur d’Elsevier des années 1950 aux années 1970, Henk Lunshof, était un anti-communiste notoire et rien n’indique que ses successeurs aient infléchi cette ligne). A la veille des élections néerlandaises de 2012, Elsevier a publié des articles ridicules intitulés, par exemple, « Les Pays-Bas sont beaucoup trop sages pour la dictature du SP » (« Nederland est veel te nuchter voor SP-dictatuur »), dans lesquels il était expliqué, presque à la manière de la John Birch Society, que « les médias représentent toujours l’église de la gauche ». [15] Un certain nombre des fondateurs et des membres de la Société Républicaine travaillent pour Elsevier.
Il est assez incroyable de voir l’extrême gauche coopérer avec l’extrême droite au sein de la Société Républicaine. Les choses deviennent encore plus intrigantes, lorsque l’on constate que la cohésion de ces éléments polarisants est assurée par un groupe de banquiers et d’exploitants de gisements pétrolifères, dont certains ont des liens avec le groupe Bilderberg de Bernhard et le 1001 Club, ONG que le mari de la reine Juliana dirigeait avec les Rockefeller.
En ce qui concerne précisément le groupe Bilderberg, trois fondateurs de la Société Républicaine ont été ses invités.
Roelof Nelissen, de la banque ABN-AMRO, devenue peu après la banque Mees Pierson, a été son hôte en 1979.
Ben Knapen y a été invité en 1991, alors qu’il venait d’être nommé rédacteur en chef du NRC Handelsblad, l’un des plus grands journaux néerlandais.
Pieter Korteweg, président de Robeco jusqu’à son rachat par lRABO en 1996, est le plus intéressant des trois. Comme Knapen, il a été invité au Bilderberg en 1991, puis, de 1992 à 1995, il a été trésorier honoraire du Bilderberg et membre du comité de direction du groupe avec Henry Kissinger et David Rockefeller. En dépit de la participation de Korteweg à la fondation de la Société Républicaine en 1996 et des attaques virulentes qu’a lancées une bonne partie de l’establishment néerlandais contre cette organisation à la suite des critiques qu’elle a faites du Bildeberg et des Orange, Korteweg a été invité au Bilderberg avec la famille royale en 1997 et 1998. [ 16 ] L’invitation apparaîtra moins paradoxale si l’on se souvient que les critiques de la Société Républicaine à l’encontre du Bildeberg et des Orange sont toujours demeurées relativement superficielles. D’ailleurs, lorsque, pour revenir à lui, Knappen est devenu président de Philips et qu’il a été révélé qu’il était membre de la Société Républicaine, il a pris ses distances d’avec celle-ci par crainte de perdre ses bonnes relations avec la famille royale. [17]
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Les liens de la Société Républicaine avec le 1001 Club de Bernhard passent principalement par le président de la Société, Hans van den Bergh, neveu de l’ancien ministre de la Défense, membre du conseil consultatif du NRC Handelsblad et membre du 1001 Club, Sidney van den Bergh. Une cousine de Hans et de Sidney van den Bergh, Lily van den Bergh, est membre titulaire de la Société Républicaine. Hans et Lily ont écrit pour des médias proches de la Société comme NRC Handelsblad, Vrij Nederland et De Groene Amsterdammer.
En outre, le magazine conservateur Elsevier, dont nous avons vu qu’un certain nombre de cadres font partie de la Société, a des liens étroits avec le 1001 Club. De 1954 à 1987, Elsevier a été dirigé par un membre du 1001 Club, Rudolf van den Brink, dont le frère, banquier influent et magnat des affaires (AMRO Bank, Ford Pays-Bas, etc.), Jan van den Brink, a été membre du 1001 Club. À ce jour, le fils de Rudolf van den Brink joue un rôle clé dans le réseau Elsevier. Divers autres membres néerlandais du 1001 Club ont siégé dans le conseil d’administration d’Elsevier au cours des dernières décennies :
Dr. Pieter A. Blaisse (1911-1990) Philips, AMRO Bank, Thyssen-Bornemisza et Bilderberg ;
Allard Jiskoot (1918-1991), directeur d’AMRO Bank, dorecteur d’Elsevier et président du conseil d’administration de la banque Pierson, Heldring & Pierson, fondée par son grand-père ;
Cees van Lede (1942-?) (hôte du Bilderberg en 1989), Philips, JPMorgan Chase (Rockefeller) et le groupe Carlyle.
Il est vraiment intéressant que le personnel du magazine Elsevier ait fourni un grand nombre des fondateurs et des membres non fondateurs de la Société Républicaine. C’est un mouvement d’opposition curieux. Il semble avoir des similitudes avec l’extrême droite états-unienne (la John Birch Society, le Liberty Lobby, Alex Jones, etc.), qui elle aussi attaque l’establishment libéral. Ce groupe marginal ne franchit jamais certaines lignes et se concentre dans une très large mesure sur la diffusion de fausses informations. Dans certains cas, il peut être démontré qu’il le fait sous l’autorité d’éléments de la CIA, du Pentagone et de la superclasse.
L’extrême droite états-unienne mise à part, je ne serais pas surpris que la CIA et les services secrets néerlandais se servent de la Société Républicaine pour organiser et gérer l’opposition néerlandaise à l’establishment libéral. Comme, dans une société démocratique, le public a tendance à s’inquiéter, lorsqu’aucune voix dissidente ne se fait entendre, l’establishment n’a-t-il pas intérêt à créer de toutes pièces une petite clique de rebelles ?
Je ne prétends pas savoir avec certitude ce qu’est la Société Républicaine, je sais simplement qu’elle rassemble de nombreux éléments de gauche, dont les noms auraient sans aucun doute été mis sur la liste de surveillance des services de renseignement néerlandais, si la guerre froide faisait encore rage. D’autre part, force est de constater qu’il y a un décalage incroyable entre les dirigeants de la Société Républicaine et les nombreux gauchistes, écologistes et anarchistes qui ont rejoint la Société au fil des ans. Il se peut que ces membres de base croient honnêtement et sincèrement en la nécessité de transformer les Pays-Bas en une république, mais le magazine politique Elsevier, qui a joué un rôle important dans la fondation de la Société Républicaine, fait partie de l’establishment et n’est pas particulièrement socialiste.

5. La Nouvelle Société Républicaine : des liens avec l’establishment libéral ?

En étudiant la Société Républicaine, j’ai commencé à m’intéresser à un groupe apparenté : la Nieuw Republikeins Genootschap. Le groupe a été fondé le 20 janvier 1998, un an et demi après la création de la Société Républicaine. La Nieuw Republikeins Genootschap était déçue de la relative inaction de la Société Républicaine et était opposée à son élitisme. La Nouvelle Société Républicaine est ouverte à tous. [20]
Qui en sont les fondateurs ? Il s’agit d’Ewout Irrgang [21] et d’Elisabeth van der Steenhoven. On ne sait pas grand-chose de cette dernière. Quant à Irrgang, il est assez connu et il a un passé pour le moins intéressant. Né en 1976, il est l’un de ces éternels étudiants qui réussit tout ce qu’il entreprend et atteint directement les sommets. Il a fondé la Nouvelle Société Républicaine alors qu’il était encore étudiant.
– secrétaire du syndicat d’étudiants SRVU (Université libre) (1996-1997) ;
– rejoint le Parti socialiste en 1997 ;
– Licence en sciences politiques en 1999 et licence (ou maîtrise) en économie en 2000 ;
– Co-organisateur de la délégation du Parti socialiste au FMI et à la Banque mondiale à Prague (2000) ;
– Fondateur et président de la Nieuw Republikeins Genootschap (1998-2001) ;
– Co-organisateur du Klote Koninklijke Kermis (KKK) à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la reine Beatrix sur la place du Dam à Amsterdam (1999) [ 22 ] ;
– Sympathisant, sinon membre, du Het Witte Plein Comite, groupe contestataire qui a fait campagne contre le mariage royal en février 2002. Le HWPC comptait parmi ses membres le successeur d’Irrgang au conseil d’administration de la Nieuw Republikeins Genootschap [23] ;
– Président du Parti socialiste (1999-2005) ;
– Membre du personnel du service financier et économique de De Nederlandsche Bank (Réserve fédérale néerlandaise) (mai-octobre 2005) ;
– Député du Parti socialiste (2005-2012) ;
– Directeur technique de la Fondation PharmAccess à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, depuis 2013. [24]
La biographie d’Irrgang me laissait perplexe avant même que je n’apprenne qu’il allait travailler pour la Fondation PharmAccess. Il avait le profil pour être recruté comme agent des renseignements. Pourquoi ne l’avait-il pas été alors qu’il était étudiant à l’Université libre ? De plus, PharmAccess est une ONG dont le projet chevauche celui de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Ford [ 25 ], qui ont toutes deux des liens profonds et de longue date avec l’« aile libérale de la CIA ». Les liens de la CIA avec ces fondations ont été examinés en détail dans l’article de l’ISGP sur la Pilgrims Society et dans les articles du même ISGP sur « L’aile libérale de la CIA ».
En guise de conclusion à cette section, il faut dire quelques mots d’Anjo Clement, membre du conseil d’administration de la Nouvelle Société Républicaine depuis 2002 et président de la Société depuis 2011. Ancien étudiant de l’université de Tilburg, il participe à des protestations nationales depuis les années 1960. Plus récemment, il est devenu employé de l’administration publique de La Haye, où il était chargé d’assurer la liaison entre la municipalité néerlandaise et l’Union européenne. L’un des projets sur lesquels il a travaillé a permis à cinq communautés israéliennes et palestiniennes de collaborer en paix. Le projet était financé par l’« aile libérale de la CIA ». [26]
A l’instar d’Irrgang, Clément serait un agent idéal de l’élite libérale atlantiste, qui aujourd’hui encore est plus pro-arabe que pro-israélienne. La seule différence d’opinion perceptible entre les membres de cette élite et lui est qu’il aimerait faire des Pays-Bas une république comme la France ou les Etats-Unis. C’est tout. La Nouvelle Société républicaine n’est peut-être pas aussi élitiste que la Société Républicaine, mais elle ne donne pas pour autant l’impression d’être animée par de « simples citoyens ».

Partie 2 : Vérité et mensonges sur l’assassinat de Fortuyn (et sur l’Irak)

6. L’assassinat de Pim Fortuyn et de Theo van Gogh, membres de la Société Républicaine

Il y a certainement des informations bien plus intrigantes que celles qui ont été examinées jusqu’ici. Deux membres importants de la Société Républicaine ont déjà été mentionnés : le professeur Pim Fortuyn, ancien chroniqueur d’Elsevier (ce qui explique qu’il soit devenu membre de la Société) et candidat au poste de Premier ministre aux élections de 2002 ; et Theo van Gogh, son ami devant les caméras. Fortuyn militait depuis longtemps contre l’Islam. En 1997, par exemple, il a écrit « Tegen de islamitisering onze cultuur » (« Contre l’islamisation de notre culture »), aujourd’hui plus pertinent que jamais. En même temps, il était très pro-israélien et pouvait donc être qualifié de néo-con, un néo-con rationnel et pragmatique. [27] Paradoxalement, il a été abattu par un activiste écologiste, une semaine avant les élections de 2002. Deux ans plus tard, en 2004, Van Gogh a été tué dans la rue par un musulman radical.
Van Gogh était l’un des plus fervents soutiens d’Ayaan Hirsi Ali [28], musulmane dont la campagne parlementaire tournait autour du fait que, comme toute musulmane, elle avait subi une excision. Après l’avoir tué, le djihadiste a posé sur la poitrine de Van Gogh un papier sur lequel était écrit qu’Ali serait la prochaine. [ 29 ] Intimidée, Ali a fui aux États-Unis, où elle n’a pas tardé à décrocher un poste de professeur invité à l’American Enterprise Institute [ 30 ], qui compte parmi ses membres de nombreux néo-extrémistes, comme Richard Perle et Michael Ledeen. Finalement, elle a épousé Niall Ferguson, membre important de la superclasse, avec qui elle a participé au 40e anniversaire de Nat Rothschild en 2011. [31] Au fil des ans, j’ai découvert que Hirsi Ali appartient à d’autres ONG. Elle est chercheuse au Centre Belfer pour la Science et les Affaires internationales à Harvard, qui compte parmi ses membres et ses conseillers Nat Rothschild, Oleg Deripaska, oligarque russe et principal partenaire d’affaires de Rothschild, James Schlesinger et John Deutch ainsi que certains des plus proches conseillers économiques et amis de David Rockefeller. [32] Hirsi Ali est également membre de la Fondation OpenDemocracy, fondée et financée par George Sörös ainsi que par la Fondation Ford et le Brothers Fund de Rockefeller. [33] Enfin, Hirsi Ali a été membre de la Mont Pelerin Society [34], comme son mari, Niall Ferguson qui apparient également à des ONG comme la Conférence de Munich sur la Sécurité, l’Institut pour le Dialogue Stratégique, l’institut Hudson, la Herzliya Conference (Israël) et Tomorrow: The Israel Presidential Conferences.
Beaucoup de Néerlandais s’inquiétaient déjà pour Fortuyn dans les semaines qui ont précédé son assassinat. Il avait été menacé et attaqué à plusieurs reprises et avait de plus en plus peur de marcher dans la rue – du moins dans certaines grandes villes. Dans plusieurs interviews télévisées, Fortuyn a déclaré qu’il avait besoin d’une protection. Aucune protection ne lui a été accordée par le gouvernement, dirigé alors par Wim Kok (plus tard membre du conseil consultatif de Royal Dutch Shell [2003-2005], président du Club de Madrid [2010-2014] et administrateur de l’International Crisis Group de Sörös [35]). Ce refus a provoqué des remous après sa mort. [36]
Fortuyn n’a jamais mérité les agressions verbales et physiques dont il a été victime. Il avait simplement une approche réaliste du problème de l’immigration, problème énorme pour la population néerlandaise, mais dont il est complètement impossible de discuter dans les médias. Pour illustrer notre propos, voici ce qu’a déclaré Fortuyn lors d’un débat auquel il participait avec d’autres candidats de premier plan le 21 mars 2002 à l’Université Erasmus de Rotterdam :
« Bien sûr, il faut saluer les réussites, mais il faut les voir dans un contexte de 20 ans d’échec et je viens d’une ville, Rotterdam, où tout va à vau l’eau et où la croissance démographique est sérieusement déséquilibrée. Le PvdA, parti [travailliste] qui a tourné le dos à ses électeurs, s’est assuré que le problème multiculturel ne puisse pas être abordé. Chaque fois que nous avons essayé, même avec des veuves de dockers, qui étaient disséminées dans des communautés où vivaient 70 nationalités [du tiers monde, des Arabes et des noirs]… elles ont été accusées d’être racistes par les membres de votre parti et par votre conseiller municipal, M. Rosenmöller [de la Gauche Verte], et pourtant ces femmes n’étaient pas racistes. »
« Nous ne pouvions parler de rien. Tout était considéré comme stigmatisant, nous ne pouvions prendre aucune mesure et nous n’avions pas le droit de connaître [les faits], tout cela grâce à l’église des gauchistes [pointant du doigt le dirigeant de D66 Thom de Graaf]. Et vous aussi vous en faites partie (**). »
Les candidats des partis traditionnels n’avaient pas grand-chose à lui opposer, hormis la rhétorique creuse du politiquement correct. Le leader du PvdA, Ad Melkert, lui a répondu, réprobateur : « Vous pouvez apprendre beaucoup des autres cultures. » Paul Rosenmöller a ajouté sur un ton faussement ému : « Faîtes attention à ne pas créer de problèmes là où il n’y en a pas !… Ne vous laissez pas aveugler par les chiffres, là où s’agit de personnes. » [37] En d’autres termes, ces politiciens traditionnels n’auraient rien changé. Mais le changement est exactement ce qu’exigeaient les gens.
Deux ans plus tôt, en 2000, la presse avait déjà admis que les statistiques révélaient une évidence : « Le chômage, la pauvreté, le décrochage scolaire et le crime se sont accumulés à cause des minorités ethniques. » [38] Dans les années qui ont suivi l’assassinat de Fortuyn d’autres études l’ont amplement confirmé. L’ISGP a examiné ces études en détail dans un certain nombre d’articles, dont un sur le taux de criminalité des noirs – qui donne également des informations sur les chiffres de la criminalité arabe aux Pays-Bas – et un autre sur les agressions sexuelles commises par des Arabes dans les piscines aux pays-Bas et dans le monde. Le fait est que les taux de criminalité et de soutien au djihadisme sont quasi apocalyptiques chez ces populations. Il y a déjà très longtemps que l’Europe de l’Ouest n’a plus les moyens d’absorber les masses culturellement peu sophistiquées du tiers-monde, dont la plupart refusent de s’intégrer. Mais il semble que l’immigration soit la seule solution que les élites aient trouvé pour lutter contre le vieillissement de la population, qui est certainement un problème considérable.
Fortuyn a été diabolisé, espionné et apparemment intimidé par les services secrets néerlandais à cause des positions politiques qu’il a prises, tout cela pour être assassiné par un militant écologiste quelques jours avant des élections au poste de Premier ministre qu’il avait de très grandes chances de gagner. Nous y reviendrons plus en détail dans la suite de cet article.
La mort de Theo van Gogh est presque aussi curieuse que celle de Fortuyn. Il a été tué par Mohammed Bouyeri, membre du groupe Hofstad, qui était complètement infiltré par les services de renseignement néerlandais. Les services de renseignement néerlandais avaient réussi à faire héberger le groupe dans une maison qui avait été mise sur écoute. Certains des hommes du groupe étaient des informateurs du renseignement néerlandais. Inutile de dire que les autres n’aient pas été arrêtés avant de passer à l’acte a soulevé bien des questions.

7. Tomas Ross, membre de la Société républicaine, répand de fausses informations sur le meurtre de Fortuyn

Les choses deviennent encore plus bizarres. Avant d’être assassiné, van Gogh et l’auteur de « faiction » (comprendre : faits + fiction) Tomas Ross, le gourou des médias hollandais pour tout ce qui concerne les conspirations et les services secrets, avait travaillé sur un film dans lequel Fortuyn était tué à la suite d’une conspiration de grande envergure similaire à celle dont avait été victime John F Kennedy. Ross est membre de la Société Républicaine. En mai 2012, il a de nouveau fait la une des journaux, lorsqu’il a affirmé que Fortuyn avait été tué de la même manière que Kennedy. Cependant, une simple analyse de ses arguments révèle qu’ils ne tiennent absolument pas la route. Prenons-en deux : il aurait été techniquement impossible que des douilles aient été trouvées à une distance de plus de 10 mètres du corps de Fortuyn ; il existerait des preuves que les tirs provenaient de deux directions différentes. Voici un extrait de l’un des articles qui reprend les affirmations de Tomas Ross :
« Une balle a été retrouvée à plus de 10 mètres de Fortuyn, ce qui est techniquement impossible au vu du pistolet utilisé par Volkert van der G. pour le meurtre. Et une phrase aurait été retirée du rapport d’autopsie. Dans ce rapport, le pathologiste écrit que l’une des balles qui se sont logées dans la tête de Fortuyn n’y serait pas entrée par l’arrière, mais par l’avant.
« En outre, des témoins comme le présentateur de radio Ruud de Wild et le membre du LPF Albert de Booy affirment que Fortuyn serait tombé à genoux avant que van der Graaf n’ait tiré le premier coup de feu, donc van der G. tirait sur le cadavre de Fortuyn. » [39]
Le fait est que rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. Intéressons-nous aux déclarations des témoins de cet événement. Voici le témoignage officiel de Hans Smolders, chauffeur et ami proche de Fortuyn, qui était assis dans la voiture, quand les premiers coups de feu ont été tirés :
« Le 6 mai 2002, de 16h00 à 18h00, Fortuyn a donné une interview à Studio 3 FM (le tribunal comprend que cette radio est située à Hilversum). L’interview s’est achevée peu avant 18 heures, après quoi Fortuyn et moi avons quitté les lieux. Puis j’ai entendu des coups de feu [j’étais dans la voiture et Fortuyn dehors], deux, me semble-t-il, j’ai vu Fortuyn tomber par terre et à environ 1,5 mètre de Fortuyn, j’ai vu un homme debout une arme à feu à la main. Cet homme a tiré plusieurs autres coups, trois ou quatre, le tireur s’est enfui rapidement et je l’ai poursuivi. »
Les témoins Ruud de Wild, Sander de Heer et Jeroen Kijk ont participé à l’émission de télévision Barend etnvan Dorp (Villa BvD) le lendemain de la fusillade. Ce pourrait être une coïncidence, si ce n’est que le co-présentateur Fritz Barend est membre de la Société Républicaine, de même que Jan Mulder, un habitué de l’émission. Je rappelle que cette Société compte seulement environ deux cents membres aux Pays-Bas.
En fait, Fortuyn tenait le bras de Ruud de Wild au début de la fusillade. Rappelez-vous que, selon Ross, Ruud de Wild a affirmé que Fortuyn s’est effondré à terre avant que Volkert van der Graaf ne commence à tirer sur lui. Voici le récit de de Wild qui a d’ailleurs mis des mois à se remettre psychologiquement de la fusillade :
« Je me retourne et un gars arrive [sur le parking] … La seule chose que je vois, c’est une casquette de base-ball grise, c’est tout ce que j’ai vu de lui. Il tenait en l’air un sac en plastique. Il a commencé à tirer par le haut, sur le côté du sac en plastique, et après le deuxième coup, j’ai commencé à avoir mal à la tête, parce que mon oreille gauche s’est bouchée… Mes oreilles ont commencé à me faire tellement mal que je me suis baissée vivement. Il a tiré un quatrième coup, puis un cinquième et un sixième – et il les a tirés de loin, car il avait déjà commencé à courir, il a continué à tirer et je me suis penché derrière la voiture de Pim. Et il y a eu un sixième coup, qui a atterri dans la voiture… Je continue à sentir la main de Pim – et ensuite je la perds. »
Intéressant. Il est absolument clair que les deux premiers coups de feu ont été tirés par van der Graaf, car les oreilles de de Wild ont commencé à lui faire mal après s’être bouchées à cause de la détonation. Si Fortuyn avait été abattu sous un angle différent, de Wild (dont Fortuyn tenait le bras) ou quelqu’un d’autre ne l’aurait-il pas remarqué et ne l’aurait-il pas indiqué lors de l’interview télévisée ? Le fait que van der Graaf ait tiré ses derniers coups tout en s’enfuyant explique aussi facilement pourquoi l’une des douilles a été retrouvée à plus de 10 mètres du corps. Les deux autres témoins ayant participé à Barend en Van Dorp, Sander de Heer et Jeroen Kijk, ont donné des descriptions similaires de l’événement.
Et voici comment van der Graaf lui-même s’est souvenu de l’événement au cours de son procès :
« J’ai marché dans la direction [de la victime], je portais une casquette et des lunettes de soleil… J’ai levé les deux bras [alors que] l’arme était encore dans le sac en plastique… Arrivé à 1.5 mètres de lui [J’ai commencé à tirer]… Je me souviens encore que j’ai tiré les deux premiers coups dans la partie supérieure du dos [de la victime], j’ai tiré au total cinq fois… Le sixième coup s’est déclenché par accident et je crois que c’est à ce moment-à que je suis tombé à terre. J’ai vu la victime s’écrouler et j’ai encore tiré, j’ai délibérément visé la tête. »
Ce sont les seuls témoignages que j’ai pu trouver pour l’instant et ils sont tirés de documents judiciaires. Pour une raison quelconque, ces petits détails n’ont guère été rapportés dans les médias néerlandais. Mais ce qui s’est passé est clair : van der Graaf s’est approché de Pim Fortuyn par derrière, a tiré deux coups de feu, est passé devant lui, a vu Fortuyn s’affaisser sur les genoux (puis sur le dos) et lui a tiré trois balles dans la tête (Ruud de Wild a vu les trous dans sa tête). Au moment où il a tiré ses derniers coups, van der Graaf s’enfuyait, poursuivi par le chauffeur de Fortuyn, Hans Smolders. Aucun mystère jusqu’ici.

8. Ross, le néo-con

Ross collaborait avec Théo van Gogh dans le but de susciter un débat public sur le meurtre de Pim Fortuyn et ce n’est pas la première fois que les deux familles se rencontraient. Résistant, le père de Ross est devenu membre du BVD, l’ancêtre de l’AIVD, dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale [40] et le père de Theo van Gogh lui aussi a travaillé pour le BVD comme agent spécialisé dans la collecte d’informations sur le Kremlin. [41] Un oncle et homonyme de Theo van Gogh a été exécuté par les Allemands pour avoir appartenu à la Résistance, mais nous disposons de très peu d’informations sur ces « ancêtres » – ce qui est dommage, étant donné les liens étroits que le prince Bernhard a entretenu après la Seconde Guerre mondiale avec les membres des services secrets néerlandais qui avaient fait partie de la Résistance [***]. Si van Gogh était relativement modéré, Ross est un véritable néoconservateur, comme en témoigne l’affirmation qu’il a faite, quelque peu insensée et complètement discréditée, que l’Irak était derrière le 11 septembre. Elle est sortie tout droit du livre de l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey. Ross estime également que l’Etat a le droit de limiter les libertés personnelles au nom de la sécurité nationale. Est-ce là un enquêteur vraiment indépendant et objectif ?
Voici la théorie que Ross avançait sur l’Irak et le 11 septembre, deux mois après l’attaque :
« Avec l’attaque contre le WTC, la première étape a été franchie : ils veulent donner du pouvoir aux masses du Moyen-Orient, un sentiment d’estime de soi, nous pouvons battre les Américains ! … Ils savaient qu’une contre-attaque viendrait. Maintenant, ils veulent trouver quelque chose qui renverse la situation. Plus de grandes attaques terroristes, mais la création de flux de réfugiés, dont les images feront le tour du monde. Bientôt, une partie de la civilisation occidentale ne considérera plus l’Amérique comme une victime, mais comme un agresseur. Saddam Hussein se présentera comme un médiateur : Ben Laden est le terroriste, l’agresseur américain et Hussein le sauveur et, par sa diplomatie, il assure à son régime le soutient des pays musulmans modérés du Moyen-Orient. » [42]
Il faut reconnaître que Ross a pondu là une très belle fiction (****). Là encore, Ross peut toujours se cacher derrière son rôle d’auteur de « faiction ». Sa capacité à représenter l’assassinat de Fortuyin de manière caricaturale chaque fois qu’il passe à la télévision ne fait-il pas de lui l’outil ultime pour discréditer toutes les « théories du complot » ? Voici trois autres déclarations de Ross, dans lesquelles il utilise la même logique que ceux qui ont voté l’US Patriot Act, approuvé par le Congrès en 2003 :

« [L’accord de Schengen, limitant les contrôles aux frontières entre les différents pays européens] n’est pas bon… Ils devraient filtrer tout le monde, pour notre propre sécurité… Où est le problème ?

« Les politiciens qui prétendent que la vie privée est plus importante que la sécurité se trouvent dans une position très privilégiée. »

« Il est trop simpliste de dire, comme c’est le cas en droit pénal, que quelqu’un qui a préparé un crime est innocent parce qu’il n’est pas passé à l’acte… Le droit pénal est dépassé, il doit donc changer … La balance penche de plus en plus en faveur du suspect, alors qu’elle devrait pencher en faveur des victimes potentielles. » [43] (*****)
Il semble exister des liens entre Tomas Ross et le réseau du Cercle. Il n’a probablement jamais participé à aucune de ses réunions, mais je serais surpris que des membres du Cercle comme Louis Einthoven et Cees van den Heuvel (responsable de la branche hollandaise de la Human Ecology Fund, qui était liée au projet MK-ULTRA) n’aient pas eu partie liée avec les services de renseignement néerlandais, pour qui, comme nous l’avons dit, le père de Ross a travaillé. Le lecteur en saura plus à ce sujet dans l’article de l’ISGP sur l’affaire Demmink.

9. Si Ross a menti à propos d’un second tireur, Ine Veen aussi
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Ross n’a pas été la seule personne à prétendre que deux types de balles différents ont été trouvés dans le corps de Fortuyn et que la preuve de l’existence d’un second tireur se trouve dans les témoignages des témoins. La même affirmation a été faite par Ine Veen, auteur de Moord names de Kroon ? (2007) (Un Meurtre commandité par la Couronne ?). L’oncle de Veen était Johan van Hulst, éminent politicien chrétien qui a siégé à la fois au Parlementaire néerlandais et au Parlement européen. Mannequin, chanteuse et actrice des années 1950 à 1980, Veen connaissait beaucoup de monde dans les médias.
Comme l’ouvrage de Tomas Ross, le livre de Veen a eu un certain écho dans les journaux télévisés néerlandais. A l’époque, il m’a paru étrange qu’elle ait été interviewée dans une pièce mal éclairée et qu’elle ait été présentée comme une ufologue. La même ambiance régnait dans les conférences auxquelles elle a participé par la suite. J’en ai conçu une certaine méfiance à son égard. Mon scepticisme n’a fait que croître à la lecture d’une bonne partie de son livre. Une de ses spécialités est de ressasser la théorie qui avait été échafaudée sur le forum Internet de Pim Fortuyn par un certain « Mishima Cyber Command ». Selon cette théorie, le trafiquant d’armes syrien Monzer al-Kasser a été utilisé pour recruter un musulman fondamentaliste du nom d’Abu Fatah et cet Abu Fatah est le second tireur. Veen identifie « Mishima Cyber Command » comme étant un agent du renseignement néerlandais et explique qu’il a travaillé pour la CIA. Compte tenu du contenu des messages de MCC, il ne me surprendrait pas que ceux-ci aient été effectivement écrits par un agent du renseignement néerlandais. Mais Veen, pour une raison quelconque, suppose que MCC dit la vérité. J’ai lu les messages en question à plusieurs reprises, sans parvenir à comprendre comment elle en était arrivée à cette conclusion. Le fait est que les affirmations de MCC étaient absurdes, car, je le répète, il n’y absolument aucune preuve qu’il y ait eu un second tireur. Comme par hasard, un rapport de police a été divulgué à Ine Veen qui est censé fournir des preuves qu’un second type de balle a été retrouvé sur la scène du crime. Il doit s’agir d’un faux rapport – car aucun des témoins du meurtre ne fait état d’un second tireur (dans le cas de l’assassinat de Kennedy, en revanche, les témoins évoquent bien un second tireur).

10. Les faits établis : retard de l’ambulance, porte défectueuse et arrestation rapide

Toutes les absurdités soutenues par Tomas Ross et Ine Veen en arriveraient presque à nous faire oublier les questions légitimes qui entourent le meurtre de Fortuyn. Il est vrai, par exemple, que l’ambulance est arrivée très tard, en partie parce que la porte d’accès au parking, où Fortuyn était allongé, ne s’est pas ouverte. Pour avoir une idée de ce qui s’est passé dans la première demi-heure qui a suivi le meurtre, il faut se tourner de nouveau vers les témoins Ruud de Wild, Sander de Heer et Jeroen Kijk, dont les premières descriptions excluaient la possibilité d’un second tireur. Voici des extraits de l’interview qu’ils ont accordée le 7 mai 2000 :

Ruud de Wild : « L’ambulance est arrivée en 9 minutes ? C’est n’importe quoi, de la pure foutaise. Et tout ce que racontent les journaux, ce ne sont que des rumeurs. »

Jeroen Kijk: « La policière de Hilversum a dit que, selon certaines rumeurs, il y avait toujours des coups de feu dans le coin [ce qui ne permettait pas à l’ambulance d’y accéder], mais la vérité est que l’ordinateur de la barrière du parking avait planté. »

Sander de Heer : « J’entends encore le porte-parole de la police : « Nous ne savons pas s’il est mort sur le coup. » Je me tenais au-dessus de lui, il respirait encore… Il respirait doucement et se détendait… Ce que je viens de dire, j’ai entendu la police le dire ce soir-là : « Nous ne savions pas s’il était mort sur le coup. » Je me suis dit à moi-même : « Ouais, vous auriez dû m’interviewer alors. Quelle connerie. Je l’ai vu respirer pendant encore 15 minutes… »

« Il a fallu au moins 20 minutes à la police et à l’ambulance pour arriver, la barrière à l’entrée ne s’est même pas ouverte… Je me suis éloigné, je me suis dit qu’une ambulance arriverait peut-être, puis, en passant devant les barrières du parking, je leur ai dit : « Par Ici, venez par ici ; ici, il faut entrer. » Rien, rien, rien… L’ambulance est restée cinq minutes devant la barrière. J’étais devant l’ambulance, derrière la barrière … La porte ne s’ouvrait pas… [Ruud de Wild s’écrie : « Une honte! » ] »

« J’étais à côté du poste de sécurité de la barrière et j’ai demandé : « Pourquoi la porte ne s’ouvre-t-elle pas ? Il y a quelqu’un en train de mourir ici !  » Réponse : « Oh, il faut juste que nous redémarrions l’ordinateur. Juste une minute. » C’est ce qu’il a dit texto et j’ai vu le système informatique redémarrer, redémarrer et la porte a fini par s’ouvrir. »
Sander de Heer s’est également exprimé sur le contraste entre la rapidité avec laquelle le tireur avait été arrêté et le retard de l’ambulance :
« Ouais, j’ai trouvé ça étrange que nous ayons dû attendre si longtemps une ambulance alors qu’à six heures et demie il avait déjà été arrêté par une équipe de police. »
Hans Smolders, le chauffeur de Fortuyn qui, on s’en souvient, a poursuivi le tireur, a expliqué comment van der Graaf a été capturé si vite, mais il était encore un peu surpris du nombre de policiers présents à l’arrestation de celui-ci : « J’ai appelé le 112 [911] et j’ai expliqué à la police où nous nous trouvions, dans quelle rue et c’est ainsi qu’il est tombé dans le piège que lui avait tendu la police à la station d’essence… Oui, il y avait beaucoup de policiers, ce qui m’a aussi surpris, mais sur le moment j’étais vraiment content, bien sûr – j’étais content que nous l’ayons eu. » [44]

11. L’ancien chauffeur de Fortuyn soupçonne une conspiration de l’establishment

Smolders a été invité à l’émission de Menno Buch le 17 mars 2003. Loin d’accepter d’être qualifié de héros par le gouvernement hollandais ou par Buch, il a critiqué l’establishment politique : « Je ne veux vraiment pas accepter ce titre [de la reine], il semble que beaucoup de gens ont oublié ce qu’on a fait à Pim. Regardez, nous parlons de Volkert van der G., qui a appuyé sur la gâchette et il doit en assumer la responsabilité à 100% et doit être sévèrement puni, mais ceux qui prétendent que Pim était raciste ont vraiment créé le climat qu’il fallait pour que Volkert passe à l’acte… Eh bien, oui, mais cet establishment et cette élite politique [dont fait partie la reine] ont pété un plomb quand Pim a fait son entrée sur la scène politique. Ils étaient probablement prêts à commettre un meurtre afin de faire disparaître Pim de la scène politique et il a effectivement été assassiné ! Si ça n’avait pas été Volkert, ç’aurait été quelqu’un d’autre, si ça n’avait pas été le 6 mai, ç’aurait été le 10 mai ou le 2 juin. Le climat qui a été créé était très préoccupant. Et si vous êtes directement mêlé à tout ça, alors vous ne savez vraiment pas ce qui vous arrive. Vous vous dîtes : « Ce n’est pas possible que ça soit arrivé dans ce pays. » »
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C’est là un point sur lequel Smolders n’a pas cessé de revenir au cours de cette interview. Il semblait être d’accord avec Buch pour dire que van der Graaf n’aurait peut-être jamais été capturé, s’il ne l’avait pas poursuivi. Smolders a donné plusieurs autres interviews à la télévision néerlandaise pour le premier anniversaire du meurtre de Pim Fortuyn. Chaque fois, il a attaqué l’establishment et a défendu l’héritage de Fortuyn. Voici ce que Smolders a dit à Daphne Bunsboek sur Good Morning Netherland le 6 mai 2003 : « Oui, une certaine colère est née en moi,. Avant j’étais vraiment un gars très calme. Il y avait des gens que j’admirais, comme [le premier ministre Wim] Kok, etc. Et puis je me suis engagé. Vous voyez bien qu’il y a une partie de ce pays qui ne voit rien et empêche ce pays de desserrer l’étau dans lequel il est pris. Si M. [Rob] van Gijzel n’avait pas eu le courage de se dresser contre eux, nous ne saurions toujours rien du système d’appels d’offre truqués dans le bâtiment [Bouwfraude]. Il y a des tas de dossiers que nous ne connaissons pas : l’affaire JSF et ainsi de suite. Au sujet du Bouwfrade, ils mentent et noient le poisson, ces ministres. [Tineke] Netelenbos déclare : « Un compte fictif ? L’argent qui est dessus est-il fictif aussi ?  » Faut-il vraiment que ce soient des types pareils qui dirigent le pays ? Qu’est-ce qu’on nous chante ? … [Jan Peter Balkenende] n’est pas honnête .Jan Peter a tout pour être un bon Premier ministre, mais il n’arrête pas de pratiquer la langue de bois … Allez, dis-la vérité, crache le morceau… Écoutez, la reine a abusé de son pouvoir et Wim Kok était au courant. »

« Écoutez, c’est logique, si l’on excepte le leader, il y a des gens [dans le parti] qui n’ont rien à y faire. Qui n’ont pas été capables de se conduire en adultes, parce qu’ils étaient en contact permanent avec les médias. Parce qu’il est vrai que les médias ont détruit la réputation de Pim Fortuyn, Ils ont suivi aveuglément l’élite… Wim Kok dit : « Il va diviser le pays et il est asocial et il sème la haine. » Mais c’est lui-même qui est responsable [de cette division et de cette haine], puisqu’il a entassé ces pauvres immigrés dans les vieux quartiers, sans aucune perspective – et leur a permis de vivre de l’assistance sociale. »
De 2006 à 2010, Smolders a siégé à la Chambre des représentants, dans le vain espoir de sauver l’héritage de Pim Fortuyn. En 2012, il a donné une autre interview, où il apparaît clairement qu’il n’a pas changé d’avis sur l’assassinat de Fortuyn :
« Je ne voulais pas faire de la politique, mais je me suis dit que j’allais aider quelqu’un [Pim] qui combattait les partis de l’establishment, Je ne suis pas naïf au point de penser qu’on peut changer quoi que ce soit en politique. C’est une structure de type mafieux. Ce n’est pas une promenade. Ils font tout pour vous détruire. » [45]
Dans cette même interview, Smolders a clairement déclaré qu’il croyait qu’il y avait des gens qui avaient manipulé van der Graaf ou lui avaient ordonné de commettre le meurtre :
« Je suis heureux qu’il ait commencé à parler, parce que je veux la vérité, je veux savoir pourquoi il a fait ce qu’il l’a fait, dans quel but… Toute cette histoire telle qu’il l’a racontée au cours du procès me semble incohérente. Je pense donc que ce serait bon qu’il dévoile l’arrière-plan ; qu’il dise avec qui – sur les ordres de qui – il a commis ce meurtre. »
Pour une raison quelconque, la personne qui l’a interviewé ne lui a pas demandé d’expliquer cette affirmation. Étrange, car pimfortuyn.com, auquel collabore cette personne, est un site conspirationniste (d’ailleurs pas très bien documenté). Et, naturellement, le courriel rempli de questions que l’ISGP a envoyé au site à ce sujet est resté sans réponse.

12. Le téléphone de l’assassin de Fortuyn sur écoute

Thomas Ross, ce membre néo-con de la Société Républicaine qui, comme indiqué plus haut, avait accusé à tort l’Irak d’être derrière les attentats du 11 septembre et avait affirmé, toujours à tort, qu’un second tireur était impliqué dans l’assassinat de Pim Fortuyn, a cependant dit sur l’affaire Fortuyn des choses avec lesquelles je suis d’accord, du moins dans une certaine mesure :
« La thèse a toujours été, bien que je ne puisse pas le prouver, qu’ils [les services secrets néerlandais] savaient que Volkert van der G. assassinerait Fortuyn. L’AIVD [les services secrets néerlandais] surveillait Volkert depuis longtemps. Il était soupçonné d’avoir perpétré avec un ami l’assassinat d’un fonctionnaire du ministère de l’Environnement [Chris van der Werken] en 1996. Son mouvement écologiste « Milieu Offensive » était perçu comme une menace à la sécurité nationale et comme un mouvement très radical. Ils étaient surveillés par la police, car la surveillance de ce genre d’individu n’entre pas dans les fonctions de l’AIVD. Quatre mois avant l’assassinat, Volkert a dit au téléphone à son ami Sjoerd van der W. : « le bâtard doit mourir ». « Chut », répond l’autre voix, nous pourrions être surveillés. » « Je voulais dire ‘le faire taire’, bien sûr », lui dit Volkert. » [46]
Il est exact que le tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf, est lié de près au meurtre du fonctionnaire du ministère de l’Environnement Chris van der Werken. Le simple fait que van der Graaf ait eu une violente dispute avec van der Werken juste avant le drame est déjà sérieusement troublant. De plus, une Opel Kadett rouge semblable à celle que possédait van der Graaf à l’époque a été vue près de la scène du crime. Selon les témoignages, van der Graaf avait menacé de tuer van der Werken. [47] Il est donc tout à fait possible que l’AIVD et le ministère de la Justice aient eu des informations sur son implication dans le meurtre de van der Merken et les aient utilisées pour le manipuler.
Les paroles échangées par van der Graaf et son ami au téléphone ne constituent cependant pas une preuve que les services secrets aient formé un complot pour assassiner Fortuyn. D’abord, ils ont parlé de bien d’autres sujets. Ensuite, en privé, beaucoup de gens disent tout le temps des choses de ce genre sans le penser vraiment. Peut-être même qu’ils plaisantaient. Qui sait ? Mais on ne peut certainement pas nier que van der Graaf était surveillé par les services de renseignements néerlandais et aurait dû être le suspect principal dans une affaire de meurtre.

13. La sûreté nationale avait infiltré la cellule terroriste du meurtrier de Van Gogh

Les liens sont aussi très nombreux entre l’assassinat de Theo van Gogh et les services de renseignement néerlandais. Ross déclare :
« L’AIVD a loué un appartement à Samir A. Ils ont truffé cet appartement de micros, c’est comme cela qu’ils ont su |qu’il projetait de tuer van Gogh]. Est-ce légal ? Apparemment, oui. L’AIVD n’a pas été réprimandé. En ce qui concerne Mohammed B., ils n’a pas été inquiété, il était libre de ses mouvements, alors que l’AIVD savait. Incroyable. [48]
Les circonstances du meurtre de Theo van Gogh ont été analysées dans le documentaire de Katja Schuurman et Stan de Jong « Prettig Weekend Ondanks Alles » (« Passez un bon week-end malgré tout ») (2005). De Jong est un journaliste relativement classique qui connaissait Micha Kat et a écrit sur des affaires controversées, y compris les Dossiers-X Dutroux. Voici un résumé du documentaire :
Après le meurtre de van Gogh, la police fait irruption dans la maison du voisin de Mohammed B. Les médias internationaux sont postés devant cette maison – pas devant celle de Mohammed B. Il faut deux jours à la police pour comprendre son erreur. Le voisin de Mohammed B., Ibrahim ben Salah, qui ressemble en fait à un gangster du Moyen-Orient, déclare : « Le ministère de la Justice prétend que Mohammed B. venait souvent chez moi, ce n’est pas possible, Mohammed B. n’est jamais venu ici. Je n’avais même aucun contact avec Mohammed B. »
Une vidéo est diffusée d’une conférence de presse préliminaire d’un commissaire et du procureur en chef Leo de Wit. Ce dernier affirme : « Euh, laissez-moi vous dire que, euh, il était inconnu, euh, de la police et, euh, de la justice, à l’exception d’un incident relativement peu sérieux. Un an plus tard, Schuurman rappelle à de Wit qu’il avait parlé d’ « un incident relativement peu sérieux » et de Wit répond : « Non, non, non, ce n’est pas vrai, cela n’a pas été dit dans ce sens. » Schuurman lui rappelle également que, à la question : « Mohammed B. était-il connu des services de renseignement, le RID par exemple? », il avait répondu : « Euh, non [il n’a pas l’air très sûr]. » Et de Wit répond à Schuurman : « ce n’est pas moi qui ai dit une pareille chose, je n’aurais pas pu dire ça. »
De Wit a dû changer de disque, car il se trouve que Mohammed B. était impliqué dans plus d’« un incident relativement peu sérieux ». S’il a dû le faire, c’est que, entre temps, le documentaire avait révélé l’implication de Mohammed B. dans d’autres incidents :
Printemps 2000 : La sœur de 17 ans de Mohammed appelle la police et prétend qu’elle a été kidnappée par son frère aîné, qui n’est pas d’accord qu’elle ait un petit ami prénommé Abdul.
Été 2000 : Mohammed provoque une bagarre dans un bar de la ville. Il est reconnu coupable d’agression.
Juillet 2001: Mohammed bouscule l’ex-petit ami de sa sœur, Abdul. Une bagarre éclate, Mohammed attrape un couteau et attaque même un officier de police. Mohammed est condamné à trois mois de prison pour intimidation et violence publique.
Mai 2004: Mohammed est impliqué dans une échauffourée avec un gardien de sécurité des services sociaux, car il estime qu’il n’est pas aidé assez rapidement. Il balance une poubelle et crie : « Je vais te tuer, je vais t’arracher le cœur. »
Septembre 2004 : Mohammed est pris sans titre de transport dans le tramway. Il a une altercation avec les contrôleurs et est arrêté par la police. Au cours de l’audience, il refuse d’aider un policier et crache sur le sol. Lors d’une perquisition chez lui, la police trouve des numéros de téléphone et des adresses e-mail appartenant à des membres du groupe Hofstad. Elle les transmet aux services de renseignements néerlandais, qui savaient déjà à ce moment-là que Mohammed était un extrémiste dangereux.
Mohammed faisait partie du groupe terroriste Hofstad. L’imam du groupe Hofstad, surnommé « le Syrien », recrutait des volontaires pour le Jihad et vivait au-dessus d’un magasin d’Amsterdam où le groupe Hofstad tenait ses réunions. Un témoin qui habite de l’autre côté de la rue a expliqué que la police avait effectué plusieurs fouilles dans le magasin et qu’il lui arrivait d’être apparemment à la recherche des habitués du magasin. Mohammed B. était de ceux-là. Un des employés, Samir A., est connu pour avoir organisé des attentats.
Jason Walthers (alias Abu Amrikie, fils d’un soldat américain stationné aux Pays-Bas) et un complice ont été arrêtés le 10 novembre 2004 après que la police a perquisitionné sa maison à la suite du meurtre de Theo van Gogh. Une grenade a été lancée sur la police au cours de la descente. Plusieurs années auparavant, Jason et d’autres membres du groupe Hofstad auraient suivi un cours d’entraînement terroriste au Pakistan. Cependant, selon la défense de Walthers, la grenade lui avait été fournie par Saleh Bouali, informateur / employé des services de renseignement néerlandais. Cela n’a jamais été prouvé, mais des éléments indiquent que le groupe était infiltré par les services de renseignements néerlandais. Robert Maanicus, l’avocat de Jason Walthers, a déclaré : « Il a eu des contacts avec un employé d’une société immobilière, un certain Ed Aarts qui s’est arrangé pour qu’il [Walthers] puisse avoir cet appartement, mais je ne sais pas qui est Ed Aarts. Pour une raison obscure, toutes les informations concernant Ed Aarts ont disparu : la carte de visite avec son numéro de téléphone, que mon client avait sur lui, n’est plus là et toutes les informations qui ont trait à Ed Aerts dans le dossier ont été supprimées. Son numéro de téléphone portable n’est plus là. Sa société n’existe plus. C’est un peu mystérieux. »
Ruud Lubbers, l’un des principaux membres de la superclasse néerlandaise, a déclaré en 2005, alors qu’il était chef du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : « C’est une situation particulière… En même temps, les services de renseignement sont les services de renseignement : donnez-nous toutes les informations sur cet homme, mais ne l’arrêtez pas. Nous suivrons ces informations et c’est ainsi que nous en obtiendrons d’autres. »
Jan Vlug, l’avocat de Zakaria T., membre du groupe Hofstad : « Laissez-moi vous expliquer : ils avaient tendu un piège à tout le monde, sauf à Mohammed B. Et c’est très étrange, parce qu’il a été arrêté un jour un testament de martyr sur lui. L’information a été transmise à l’AIVD, mais rien n’a été fait, il a eu encore des démêlés avec la police, mais rien n’a été fait, toutes les réunions [du groupe Hofstad] avaient lieu. Il n’a pas été inquiété… L’AIVD a pris contact avec plusieurs membres du groupe pour leur proposer de devenir des informateurs, Zakaria aussi… Quand Zakaria est revenu du Pakistan [du camp d’entraînement terroriste] il était attendu à Schiphol… En janvier 2004… Jason et Zakaria ont tous deux décliné la proposition de l’AIVD [l’avocat de Jason a prétendu que celui-ci n’avait pas été contacté, mais d’autres membres d’Hofstad l’avaient été]… Je ne sais pas si [Mohammed B.] a travaillé comme informateur du renseignement néerlandais, mais si tel est le cas, cela expliquerait bien des choses. »
Bien qu’il soit tout à fait possible que les services de renseignement néerlandais n’aient pas pu empêcher le meurtre de Theo van Gogh, soit parce que les membres du groupe Hofstad n’ont pas parlé de ce complot d’assassinat entre eux dans leur appartement, soit parce que les informateurs des services de renseignement n’en ont rien su, des zones d’ombre subsistent. Il est certain que les Pays-Bas pourraient être beaucoup plus stricts avec les djihadistes, par exemple en ne leur pas accordant pas la citoyenneté.

14. Fortuyn espionné par le renseignement néerlandais, des informations sensibles ont été divulguées

Manifestement, l’AIVD n’a réussi à empêcher ni le meurtre de Pim Fortuyn, ni celui de Theo van Gogh. Cependant, l’AIVD espionnait Pim Fortuyn et, dans ce cas, ses agents semblent avoir agi hors du cadre légal de la démocratie et, en même temps, ils n’ont pas su tirer la sonnette d’alarme quant à certaines activités « extra-curriculaires » de Fortuyn et de ses amis.
L’AIVD et le ministre de l’Intérieur, Klaas de Vries, ont d’abord démenti avoir mis le domicile de Fortuyin sur écoute. Interviewé au journal du soir, de Vries est apparu incroyablement nerveux et tendu, il était donc clair dès le début qu’il y avait anguille sous roche :
« C’est une foutaise absolue [la mise sur écoute du domicile de Pim Fortuyn]. Il ne viendrait pas à l’esprit des services secrets des Pays-Bas de faire pression sur les politiciens et en plus aucun ministre ne marcherait. C’est donc de la foutaise totale… Oui, toutes les activités d’écoute du BVD [AIVD] doivent être approuvées au préalable par écrit par quatre ministres, mais bon, le cas ne pouvait même pas se présenter, parce que le BVD [AIVD] s’occupe de choses tout à fait différentes, il est là pour protéger la démocratie, pas pour la subvertir… Complètement impossible [que l’AIVD ait agi de sa propre initiative]… Je ne peux pas vous en dire plus, madame. Je peux seulement vous dire que tout cela est complètement absurde. » [49]
Ces premières déclarations de de Vries sont vraiment fascinantes, tout d’abord parce que Fortuyn était très certainement espionné [ 50 ] et ensuite parce que, en 2013, il a été révélé que « l’AIVD met sur écoute les membres des partis politiques », fait que les services de sécurité ont tenté de cacher. [51]
Dans le cas de Fortuyn, il semble que les opérations d’espionnage ne se soient pas limitées à la simple mise sur écoute. Selon des amis proches, non seulement la maison, la voiture et le téléphone portable de Fortuyn étaient écoutés, mais les informations confidentielles dont il parlait en privé étaient parfois divulguées à la presse. Pour éviter les fuites, les membres de l’équipe de campagne de Fortuyn parlaient parfois en langage codé, se rencontraient dans des lieux publics et n’abordaient pas de sujets sensibles au téléphone portable. Juste avant sa mort, il a même été décidé que Fortuyn habiterait chez des amis, pour des raisons de sécurité. Ces aspects ont été évoqués en 2005 au cours d’une table ronde à laquelle a participé l’ancien ministre de l’Intérieur Klaas de Vries dans l’émission Barend en van Dorp. En voici une transcription partielle :

Frits Barend : Dimanche prochain, [le journaliste d’investigation] Peter R. de Vries dévoilera dans l’émission des enregistrements qui montreront que Pim Fortuyn a été écouté et qu’il a été suivi. Ces faits ont toujours été niés…

Klaas de Vries : Je ne suis pas au courant, euh… non, certainement pas. Je n’en savais rien [il semble vraiment nerveux]… Vous semblez vouloir dire que [, en tant qu ministre chargé de l’AIVD, j’aurais dû être au courant que Fortuyn était espionné], mais ce qui s’est passé, c’est que c’était la police qui était chargée de vérifier si Pim Fortuyn avait des problèmes – s’il était menacé, ou s’il faisait l’objet d’un chantage… Après avoir consulté le ministère de la Justice, ils ont conclu qu’il n’y avait pas de problèmes…

Yves Gijrath, organisateur de Millionaire’s Fair : Saviez-vous qu’il était suivi ? Saviez-vous que son domicile était mis sous écoute ? Qu’il était suivi dans la rue ? Qu’il vivait dans la peur ?…

De Vries : Non, absolument pas…

Gijrath : Qu’il a été menacé en mars dans un restaurant de La Haye ? Il y a un rapport de police. Il n’a jamais été rendu public. Vous le savez.

De Vries : Oui, mais tout cela a fait l’objet d’une enquête, n’est-ce pas ?

Gijrath : Il avait peur de mourir et il voulait une protection policière, mais seulement si elle lui était offerte par Wim Kok. Je lui ai demandé une fois : « Alors, pourquoi as-tu si peur ? » C’était le 30 avril, le jour de la Reine, six jours avant sa mort… N’est-il pas temps que tu bénéficies d’une véritable protection ? Il ne dormait plus chez lui. Il allait dormir quelque part à Groningue. « Tu ne bénéficies toujours pas d’une protection ? », ai-je insisté. « Non, ils m’ont même mis sur écoute. » « Comment est-ce possible ? Qui a fait ça », lui ai-je encore demandé.

De Vries: Oui, mais ce n’était pas le cas.

Gijrath : Il a tout inventé alors ? Je suis allé chez lui. Ce truc [le téléphone] ne fonctionnait même pas. Les communications étaient complètement brouillées…

De Vries : Oui, eh bien, je n’ai pas brouillé ce téléphone et la Commission van den Haak a fait une enquête incroyablement approfondie et elle a conclu que rien de tout cela n’était vrai.

Frits Barend : Ce n’est pas le point de vue de tout le monde. Je pense que l’enquête a été très orientée, une très mauvaise enquête, pour être honnête.

De Vries : Oui, bien [l’air passablement suffisant].

Frits Barend : Tout ce que vous avez lu, c’est que le ministère de la Justice n’a rien fait de mal. La police n’a rien fait de mal. L’AIVD n’a rien fait de mal. Personne n’a rien fait de mal…

Van Dorp : Je vais vous donner un exemple. Quatre heures après son assassinat, des détectives de Gooi en Vechtstreek pénètrent chez lui, mettent la maison sans dessus dessous et passent tout au peigne fin. Que faisaient-ils là ?

De Vries : Je pense qu’ils cherchaient à vérifier s’il avait effectivement été la cible de menaces, ou quelque chose dans le genre, mais j’insiste sur le fait que la Commission van den Haak a vraiment effectué une enquêté minutieuse.

Frits Barend : Eh bien, ça s’est pourtant produit ainsi, car un agent immobilier était présent et il a entendu dire [un policier] : « Ha! Nous l’avons trouvé ! » Et cet agent immobilier n’a jamais été interrogé. Il n’a même pas été cru. Et [le secrétaire du maire de Rotterdam et membre du parti de Pim Fortuyn] Joost Eerdmans en a conclu que ce qui avait été trouvé était très certainement du matériel d’écoute. Et ce qui est aussi étrange, c’est qu’il a fallu quatre à cinq jours avant que le mandat de perquisition du domicile de Volkert van der G. soit délivré. [52]
Klaas de Vries ressemble à un personnage de film. Même s’il est laconique, arrogant et considère le gouvernement comme l’autorité absolue et ultime, il est aussi absolument hilarant. Il ressemble à une gerbille en danger de mort et n’arrête pas de faire du mauvais esprit. Naturellement, il fréquente le « beau monde » depuis un bon nombre d’années ; voici les différentes fonctions qu’il a occupées :
– Député travailliste (1973-1988).
– Commission d’enquête du président sur les subventions à la construction (1986-1988).
– Président du Conseil socio-économique (1996-1998).
– Ministre du Travail et des Affaires Sociales (1998-2000).
– Ministre de l’Intérieur (2000-2002).
– Hôte de Bilderberg (2003).
– Directeur de la Commission de l’Atlantique.
– Membre de l’Assemblée de l’Atlantique Nord.
– Conseil consultatif de la compagnie d’électricité Eneco (2007).
– Sénateur (2007-2015).
– Membre du conseil d’administration de l’ONG pro-palestinienne Rights Forum, où il côtoie l’élite politique néerlandaise : Dries van Agt (fondateur et président), Laurens Jan Brinkhorst, Hans van den Broek, Wim van Eekelen, Hedy d’Ancona (Société Républicaine), Pieter Kooijmans et Jan Pronk.
Il est difficile de dire qui a donné l’ordre d’écouter le téléphone de Pim Fortuyn et pour quelle raison. Peu après avoir créé l’ISGP, j’ai moi-même eu à faire à la sûreté nationale. Pendant un certain temps, je ne recevais aucun des livres que je commandais en Angleterre, alors que je recevais bien ceux que je commandais aux États-Unis. Au moins un phénomène curieux a affecté mon téléphone dans cette même période. Aussitôt que je posais le combiné contre mon oreille, j’entendais en arrière-plan ce qui ressemblait à un bruit de serveurs en marche. J’ai même reçu d’un groupe du nom de JASON qui se prétendait ultra-secret un document d’information sur la manière de protéger les centrales nucléaires américaines contre les attaques terroristes. Une semaine plus tard, ce courriel a disparu soudainement de ma boîte de réception avec tous les autres courriels qui s’y trouvaient, ce qui n’était jamais arrivé avant et n’est jamais arrivé depuis. Dans quelle mesure l’AIVD ou le ministre de l’Intérieur Klaas de Vries ont été informés de ces manigances, c’est ce que je ne peux pas dire. Dans le cas de Fortuyn non plus, personne n’est en mesure de dire dans quelle mesure le protocole officiel a été suivi.
En tout cas, aussi incroyable que cela puisse paraître, dans les mois qui ont précédé sa mort, celui qui avait tout pour devenir le politicien le plus puissant des Pays-Bas a été diabolisé, terrorisé et espionné par des forces inconnues. Que les témoignages de ses amis soient véridiques ou non, il est difficile d’imaginer que les pouvoirs en place avaient l’intention de laisser Fortuyn devenir Premier ministre. Son assassinat semble avoir été presque inévitable.

15. L’avocat de Fortuyn, Oscar Hammerstein, lié à la manipulation étatique

Lorsque, quelques jours après la table ronde à laquelle avait participé Klaas de Vries à Barend en van Dorp, Peter R. de Vries, un des journalistes les plus célèbres de Hollande et aussi un des plus grands propagateurs de fausses informations sur l’assassinat de John F. Kennedy, a révélé que l’AIVD avait écouté le téléphone de Fortuyn, il a également révélé que les services de sécurité avait réuni des preuves que Pim Fortuyn était un violeur d’enfants. [54] Mis à part le fait que cette « fuite » curieuse soit intervenue à un moment incroyablement opportun pour l’establishment, il existe des preuves indirectes que cette affirmation pourrait bien être vraie. Theo van Gogh et Tomas Ross n’étaient pas les seuls amis étranges de Fortuyn. Il y avait aussi le célèbre avocat néerlandais Oscar Hammerstein, principal avocat de Fortuyn tout au long de sa carrière politique et qui, après la mort de celui-ci, a critiqué les médias et l’establishment politique pour avoir diabolisé Fortuyn. [55]
Hammerstein est un ami intime et un associé de longue date de l’avocat Frits Salomonson, conseiller principal et ami très proche de la famille royale néerlandaise. Il aurait lui-même rencontré régulièrement le prince héritier Alexandre (aujourd’hui roi). En outre, les deux avocats ont été accusés de maltraitance d’enfants. Salomonson publiquement ; Hammersteinn dans un dossier qui n’a jamais été abordé par les grands médias. Ensuite, il y a l’ancien associé de ce duo, le comte Rutger Jan Schimmelpenninck (né en 1949), que l’ ISGP a relié au culte pédosexuel de Westerflier qui est décrit dans les Dossiers-X Dutroux. Dans cette affaire, que l’ISGP a également été le premier à révéler, du moins au monde anglophone, les accusations de pédophilie se mêlent à des accusations de liens mafieux. [56]
Comme si cela ne suffisait pas, en 2004, Hammerstein a réuni des fonds (plusieurs dizaines de milliers d’euros par an, semble-t-il) [58] pour le média « alternatif » De Gestopte Roker, continuation de la plate-forme Internet activiste de van Gogh De Gezonde Roker. [57] Ce faisant, Hammerstein a fourni une plate-forme à Pamela Hemelrijk, membre de la Société républicaine et à son compagnon de lutte Micha Kat qui, à cette époque, a entamé une campagne, qui devait prendre de l’ampleur, contre le secrétaire général du ministère de la Justice Joris Demmink, accusé à plusieurs reprises, avec d’autres hauts fonctionnaires, de maltraitance d’enfants. Donc, comme l’ISGP l’a écrit dans un autre article, Kat et une poignée d’activistes ont été logistiquement et financièrement soutenus par des personnes ayant des liens douteux avec la sécurité nationale des États-Unis et des agents de la CIA impliqués dans le trafic de drogue. En outre, un grand nombre des témoins et des preuves produits par Kat et ses associés se sont avérés complètement bidon. Par conséquent, nous sommes obligés de conclure que toutes ces personnes sont impliquées dans une sorte de machination montée par la sûreté nationale.
D’autres éléments nous autorisent à en arriver à cette conclusion. D’abord, il y a les accusations de maltraitance d’enfants contre Hammerstein et Salomonson. Ces accusations existent également contre Pim Fortuyn et Gérard Spong, autre avocat très en vue qui, avec Hammerstein, a tenté de poursuivre les membres de l’establishment après l’assassinat de Fortuyn. [59] Mais qui est celui qui porte ces accusations avec le plus de détermination ? Micha Kat, ancien employé de Hammerstein à De Gezonde Roker. [60] N’est-ce pas étrange ? N’est-il pas non plus étrange que, à une exception près, qui est celle qui a été pointée du doigt par l’lSGP dans les Dossiers-X Dutroux, tous ceux, y compris Demmink et ses collègues du Bureau du Procureur, qui ont été accusés de maltraitance d’enfants aux Pays-Bas sont des homosexuels ?
Ce ne sont pas les coïncidences bizarres et les associations curieuses qui manquent. Que penser, par exemple, du fait que De Gezonde Smoker a également été financé par la Fondation Stichting MeerVrijheid, groupe d’opposition contrôlée de droite libertarienne. Dans son conseil consultatif siègent un membre de l’Institut Ludwig von Mises et un spécialiste de l’OTAN ainsi que des membres de l’équivalent néerlandais du Council on Foreign Relations (Clingendael) et des membres de divers instituts conservateurs états-uniens. [61] Il est très difficile d’imaginer qu’Hammerstein et Stichting MeerVrijheid dirigeaient un média véritablement indépendant de la sûreté nationale.
Hammerstein n’a peut-être pas été membre de la Société républicaine, mais, à en juger par ses amis et ses activités, il aurait très bien pu l’être. Il était probablement un peu trop proche de la maison royale pour que son adhésion ait été crédible. En tout cas, le cas de Hammerstein fournit des preuves supplémentaires que Fortuyn faisait partie d’un réseau très particulier d’agents de renseignement(******). Il n’était pas du tout indépendant.

Partie 3 : Qui a tué Fortuyn ?
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16. Le tueur de Fortuyn financé par le réseau d’ONG des Rockefeller et des Orange

Dans son livre de 2014, Hammerstein critique vertement les militants écologistes qui avaient combattus son ami Fortuyn, les comparant aux extrémistes musulmans. [62] Il ne visait pas seulement l’assassin de Fortuyn, Volkert van der Graaf, mais aussi trois écologistes de la Biologische Bakkers Brigade qui, le 14 mars 2002, environ sept semaines avant son assassinat, avaient lancé des gâteaux remplis d’excréments d’animaux au visage de Fortuyn. Hammerstein était allé porter plainte à la police en compagnie de Fortuyn. [63] Aucune mesure n’avait été prise.
Après l’assassinat, la presse n’a guère prêté attention ni au réseau d’activistes dont faisaient partie les membres de la BBB, ni à l’assassin, Volkert van der Graaf. Le seul « spécialiste » de ces réseaux d’activistes verts qui était autorisé à s’exprimer sporadiquement sur le sujet dans la presse était Peter Siebelt, agent d’extrême droite de la sûreté nationale qui assimile l’activisme vert au terrorisme et au crime organisé. Selon Siebelt, il semble que les réseaux militants de Van der Graaf et de la BBB se chevauchaient, mais, en fin de compte, sa conclusion est que ces militants « terroristes » verts sont contrôlés par les Verts et une poignée d’avocats bien connus. [64]
Cependant, regardons les choses en face, le mouvement vert est contrôlé par le groupe mondialiste, qui, aux Pays-Bas, est représenté par cette famille royale qu’aime tant Hammerstein. Et il n’est donc pas surprenant de voir que les liens du militant écologiste Volkert van der Graaf, l’assassin de Fortuyin, étaient aussi bizarres et incestueux que ceux de la coterie de sa victime. Nous avons déjà vu que la police considérait van der Graaf comme le principal suspect dans le meurtre encore non élucidé du fonctionnaire du ministère de l’Environnement Chris van der Werken et que le téléphone de van der Graaf avait été écouté par les services secrets néerlandais pendant la période précédant la mort de Fortuyn. Nous ne savons pas si ces deux faits étaient liés. Il est tentant de penser que la surveillance du téléphone de van der Graaf était simplement due à ses activités dans le Vereniging Milieu Offensief (Association Environnementale Offensive) et n’était motivée que par la paranoïa qui survit depuis l’époque de la Guerre froide dans les services de sécurité pour tout ce qui est de gauche.
Quelles que soient les raisons exactes pour lesquelles le téléphone de van der Graaf a été mis sur écoute, sa position de co-fondateur, secrétaire et trésorier du Vereniging Milieu Offensief [65] le plaçait en première ligne de la bataille entre l’aile libérale et l’aile conservatrice de la superclasse. Tout service de sécurité nationale considérerait un groupe comme Vereniging Milieu Offensief comme une cible de choix pour l’un de ses agents.
Plus important encore, l’establishment libéral a littéralement créé et continue de porter à bout de bras le mouvement écologiste international. L’ISGP l’a d’abord remarqué en enquêtant sur le très secret 1001 Club, qui contribue à subventionner le Fonds mondial pour la nature. Fondé par le prince Bernhard, il a compté parmi ses membres le prince Philip, des Rockefeller, des Rothschild, des Bechtel, des Liechtenstein, des Habsbourg et d’autres grandes familles. Mais le WWF n’a rien d’unique à cet égard. Des dizaines et des dizaines de groupes écologistes reçoivent des millions et des millions des plus grandes fondations libérales (la Fondation Packard, la Fondation Hewlett, la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller, le Fonds Rockefeller Brothers, Tides, etc.). Voici quelques-uns des groupes écologistes les plus importants que subventionnent ces grandes fondations libérales :
– WWF et Peace Parks Foundation
– Greenpeace
– Friends of the Earth
– Sierra Club
– Natural Resources Defense Council
– Rainforest Action Network
Me demandant si l’assassin de Fortuyn avait un lien quelconque avec ces groupes, j’ai rapidement remarqué que le siège de son Vereniging Milieu Offensief était dans les locaux de Milieudefensie (Défense de l’Environnement). [66] Et, bizarrement, Milieudefensie est la branche néerlandaise de Friends of the Earth [67], un de ces groupes écologistes largement financés par des ONG de l’establishment libéral. Il y a quelques années, j’ai découvert que des membres du 1001 Club comme Robert Anderson, Maurice Strong, les Rockefeller, Aurelio Peccei (1908-1984) (subordonné de Gianni Agnelli, lui aussi membre du 1001 Club) et le milliardaire Ted Turner participaient au financement et même à la gestion de Friends of the Earth. [68] L’ISGP a recueilli beaucoup plus d’informations depuis. Ce qui suit est une liste partielle et cumulative des subventions accordées par de grandes fondations à Friends of the Earth dans les années qui ont précédé et dans celles qui ont suivi l’assassinat de Pim Fortuyn.

1999 : Kellogg Fund 20 000 $
1999 : Packard Foundation 45 000 $
2000 : John Merck Fund 45 000 $
2000 : Rochschild Foundation 30 000 $
2001 : Rockefeller Philanthropy Advisors 50 000 $
2001: Rockefeller Brothers Fund 1 427 500 $
2001 : Merck Family Fund 105 444 $
2001 : MacArthur Foundation 870 000 $
2001 : Threshold Foundation 86 000 $
2002 : Rockefeller Family Fund 400 000 $
2002 : Pew Charitable Trusts 555 000 $
2002 : Turner Foundation 425 000 $
2003 : Ford Foundation 2 243 901 $
2004 : Mott Foundation 7 303 965 $
2005 : Tides Foundation 142 811 $
TOTAL
13 749 621 $

IL est dommage que la plupart de ces chiffres proviennent de sites conservateurs comme activistfacts.com. Ils sont cependant confirmés pour la plupart par les rapports annuels de Friends of the Earth. Les sources exactes sont fournies dans « L’aile libérale de la CIA », où l’on peut également trouver beaucoup plus d’informations sur toutes ces fondations.
Comme le siège du groupuscule de van der Graaf, Vereniging Milieu Offensief, était situé dans le même bâtiment que Milieudefensie, la branche néerlandaise de Friends of the Earth [69] et que, de plus, le nom de ces deux organisations se répondent (Offensief/Defensie), on peut se demander dans quelle mesure van der Graaf a coordonné la création de son groupe avec Friends of the Earth. Curieusement, presque rien n’a été écrit sur ce sujet. Ce que je sais est que Vereniging Offensief Milieu et Friends of the Earth n’ont pas cessé de déposer conjointement plainte contre des agriculteurs pour infraction aux lois environnementales. [70] Un autre indice très important semble être que Sjoerd van der Wouw, la personne avec laquelle Van der Graaf a fondé Vereniging Milieu Offensief en 1992 et son principal associé tout au long des années 1990 dans la gestion de l’ONG (Van der Wouw en était le président et Van der Graaf le secrétaire-trésorier), a travaillé à un moment donné pour Milieudefensie/ Friends of the Earth Pays-Bas. [71]
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Plus important encore, le Vereniging Milieu Offensief de van der Graaf et la branche néerlandaise de Friends of the Earth ont été financés par la Nationale Postcode Loterij (Loterie nationale Néerlandaise). A travers la Stichting Doen (Fondation Doen), la Nationale Postcode Loterij a versé un peu plus de 150 000 euros dans le coffre au trésor de la Vereniging Milieu Offensief au cours de la période 1992-1998. [72] Il semble que ces fonds, qui auraient été en grande partie gérés par le co-fondateur, secrétaire et trésorier Volkert van der Graaf, ont été utilisés pour assurer le fonctionnement du Vereniging Milieu Offensief dans ses débuts, jusqu’à ce qu’il trouve d’autres sources de financement. À la fin des années 1990, de nombreux fermiers achetaient le Vereniging Milieu Offensief pour éviter des poursuites judiciaires coûteuses [73], ce qui peut expliquer pourquoi la Nationale Postcode Loterij a cessé de le financer.
Tout cela peut sembler peu passionnant, si ce n’est que la Fondation Doen collabore avec Rockefeller, Ford, Open Society (Sörös), Omidyar et d’autres fondations de « l’aille libérale de la CIA » dans une flopée de programmes internationaux. [74] En outre, la Nationale Postcode Loterij a été fondée en 1989 par Simon Jelsma qui, à en juger par le portrait du prince Bernhard accroché chez lui [75], était dans les meilleurs termes avec lui. En 1959, Jelsma et le prince Bernhard ont tous deux fondé Oxfam Novib, la branche hollandaise de la prestigieuse ONG immigrationniste de « l’aile libérale de la CIA », Oxfam International. Oxfam Novib a pu compter sur l’étroite collaboration de nombreux membres de la superclasse néerlandaise. Au fil des décennies, nous retrouvons dans son conseil d’administration d’anciens premiers ministres et secrétaires d’État, dont certains ont également dirigé la fondation néerlandaise Carnegie et l’Institut néerlandais des Affaires Internationales (Clingendael), ont été les hôtes du Bilderberg ou ont d’autres liens avec la superclasse internationale. Le Premier ministre sortant au moment de l’assassinat de Fortuyn, Wim Kok, comptait parmi eux. [76] Les succursales internationales d’Oxfam sont financées par les mêmes fondations que celles qui financent Friends of the Earth. La Stichting Oxfam Novib a elle-même reçu 1,5 million de dollars de la seule Fondation Ford au cours de la période 2008-2014. [77] En ce qui concerne la Nationale Postcode Loterij, il semble que Jelsma et ses amis l’aient fondée dans le but de pouvoir financer par un afflux continuel d’argent leurs ONG de développement durable préférées. Sans surprise, la NPL est devenue le principal soutien financier des médias hollandais, en particulier autour du Nouvel An ; une loterie nationale qui investit dans des causes caritatives est ce qui se trouve de mieux pour financer un réseau d’ONG.
Si jamais les médias dominants rapportaient largement ces faits, nul doute qu’ils suggéreraient que les gens qui jouent à la loterie nationale ont indirectement financé l’assassinat de Fortuyn. Le fait est que l’élite politique et la superclasse qui entourent la famille royale néerlandaise et le réseau philanthropique des Rockefeller ont directement financé les activités du tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf. Ce n’est pas tout. Les élites néerlandaises qui gèrent le réseau Oxfam Novib / NPL ont occupé des postes dans les cabinets Kok et même dans le cabinet Balkenende, à qui le poste de premier ministre était certain de revenir après la mort de Fortuyn. On peut citer ici Ben Bot, Benk Korthals d’Oxfam Novib [78] ainsi que Pieter Winsemius et Cees Veerman.
Veerman et Winsemius en particulier ont chacun des conflits d’intérêts assez incroyables et sont tous deux des insultes aux Pays-Bas. De 1997 à 2002, Veerman a été président de l’Université de Wageningen, où Volkert van der Graaf est devenu pour la première fois membre d’un réseau écologiste organisé et radical et où il semble que « plusieurs professeurs […] avaient des convictions [écologistes] très radicales ». Après l’assassinat de Fortuyn, le nouveau Premier ministre, Balkenende, a nommé Veerman ministre de l’Agriculture, de la Nature et de la Qualité des Aliments (2002-2007). Une fois à la retraite, Veerman a obtenu un siège au conseil consultatif de la Rabobank et, comme je viens de l’indiquer, a été nommé président de la Holding Nationale Goede Doelen Loterijen N.V..
La Holding Nationale Goede Doelen Loterijen N.V. avait été présidée par Winsemius de 2001 à 2012, période au cours de laquelle la Holding a financé les activités de van der Graaf. [80] De 2006 à 2007, Winsemius a brièvement occupé le poste de ministre du Logement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement dans le gouvernement de Balkenende. [81]
Si quelqu’un se demande si le ministère néerlandais de la Justice ne s’est pas inquiété du fait que l’un des ministres du gouvernement avait des conflits d’intérêts, qu’il sache que, un mois après l’assassinat de Fortuyn, le Premier ministre Balkenende a nommé Piet Hein Donner ministre de la Justice. Or, Donner connaissait personnellement van der Graaf. Quelques mois avant d’être nommé ministre de la Justice, il était président de la chambre des affaires environnementales du Conseil d’État, qui était en charge des poursuites contre Van der Graaf. Il a personnellement rencontré van der Graaf avant qu’il n’assassine Fortuyn et a ensuite été chargé d’enquêter sur l’affaire. [82] Plus on y réfléchit, plus tout cela semble inconcevable.
Une autre des personnes sur laquelle Donner était chargé d’enquêter était une certaine baronne Pauline van Tuyll van Serooskerken, l’une des trois écologistes de la Biologische Bakkers Brigade qui, le 14 mars 2002, environ sept semaines avant l’assassinat de Fortuyn, lui avait jeté des gâteaux remplis d’excréments d’animaux au visage. Comme indiqué plus haut, Fortuyn et son avocat Oscar Hammerstein avaient immédiatement déposé plainte, mais aucune mesure n’avait été prise jusqu’à ce que Fortuyn soit assassiné. La baronne et les deux autres membres de la BBB ont alors été arrêtés, pour être rapidement libérés et l’on a plus entendu parler d’elles. Le nom de la baronne n’a été mentionné que dans quelques journaux et encore n’ont-ils publié que ses initiales (« Pauline van T. van S. ») [83]. En ce qui nous concerne, nous ne saurions rien d’elle, si nous n’avions pas glané quelques renseignements sur elle en écrivant la biographie de tous les membres néerlandais du 1001 Club du Prince Bernhard.
Il s’avère que la baronne Pauline van Tuyll van Serooskerken appartient à une famille qui est obsédée par le développement durable ; deux de ses parents sont ou ont été membres du 1001 Club et la famille a des liens avec l’aristocratie britannique. [84] Les deux membres de la famille Tuyll van Serooskerken qui ont appartenu ou appartiennent au 1001 Club sont le baron Frederik Willem Walter (1911-1985) et son fils le baron Ernest George Frederik (1939-?). D’autre part, des membres de la famille de van Tuyll van Serooskerken appartiennent ou ont appartenu à l’Illustre lieve vrouwe broederschap (Confrérie de l’illustre Notre-Dame), également connue sous le nom de Zwanenbroeders (*******), qui a été fondée en 1316 et avec laquelle la famille royale d’Orange a toujours eu des liens depuis. Appartiennent également à cette confrérie des membres de nombreuses autres familles aristocratiques néerlandaises – les van Lanschot, les Fentener van Vlissingen, les de Vos van Steenwijk, les Philips et d’autres [91] -, qui, pour certains, appartiennent également au 1001 Club. La baronne est liée à cette confrérie par son arrière-grand-père, le baron Frederik Christiian Constantijn (1886-1958) [92] ainsi que par son cousin, Sammy Tuyll van Serooskerken, homme politique libéral modéré qui a occupé des postes à la Banque centrale néerlandaise, au ministère des Finances et à l’Union européenne. De manière significative, en 1994, Serooskerken a cofondé le think-tank Tindemans, dont le but était d’étudier la meilleure façon de faire avaler au grand public la pilule de l’élargissement de l’Union européenne aux pays de l’Europe de l’Est, qui a eu lieu au cours des quinze années suivantes. Leo Tindemans, ancien Premier ministre belge, était un proche allié de la figure de l’Opus Dei Otto von Habsburg. Il a cofondé avec von Habsburg la branche luxembourgeoise de l’Europaeisches Institut für Sicherheitsfragen et est connu pour avoir fréquenté le tristement célèbre groupe Cercle.
Le député hollandais Ernst Hirsch Ballin a également bénéficié de l’assassinat de Fortuyn, car Balkenende, devenu Premier ministre après avoir remporté les élections en raison de la mort de Fortuyn, l’a nommé ministre de la Justice en 2006. Ballin fait également partie des principaux protecteurs que Joris Demmink semble avoir eu au gouvernement.
Un membre de la famille de la baronne a infiltré le LPF de Fortuyn [85] ; un autre a rejoint le Partij voor de Dieren (Parti pour les animaux) et figurait en quatorzième position sur la liste des éligibles. Le numéro un, Marianne Thieme [86], a embauché comme assistant personnel Sjoerd van der Wouw, associé principal de van der Graaf dans le Milieu Offensief. [87] Et, par une autre coïncidence, celui qui a contribué le plus au financement du Partij voor der Vouw et de sa campagne législative est un membre de la famille qui est à la tête de Heldring & Pierson N.V [88] et dont un certain nombre de membres appartiennent au 1001 Club du Prince Bernhard. [89] Ironiquement, la banque Pierson a également des liens avec la Société républicaine et le magazine Elsevier, la publication néerlandaise de loin la plus critique à l’égard du socialisme et des Verts.
Les médias dominants n’ont pas enquêté sur le cercle d’influence de la famille Van Tuyll van Serooskerken. En 2013, la baronne pouvait toujours participer à des émissions grand public sans que personne ne la reconnaisse comme l’une de celles qui avaient lancé des gâteaux au visage de Fortuyn. La baronne indique même sur son compte LinkedIn avoir travaillé pour Milieudefensie / Friends of the Earth en 2010, mais personne ne l’a relevé non plus. [90]
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Évidemment, dans une société normale et libre, les médias remueraient ciel et terre pour trouver les liens qui peuvent exister entre van der Graaf, la baronne et Friends of the Earth, ainsi que ceux qu’ils peuvent avoir avec le gouvernement ou l’élite. Peter Siebelt, individu d’extrême droite à la solde du renseignement, a été le seul à se lancer dans cette entreprise, mais, bien sûr, il ne mentionne jamais le fait que la superclasse libérale contrôle le mouvement écologiste, préférant considérer les Verts, le Parti Socialiste et le Parti Travailliste comme les forces contrôlant les principales fondations « vertes » et les groupes d’action qui sont sous leur direction. [93]

17. Les avocats de l’assassin de Fortuyn liés à la superclasse (Rockefeller-Sörös) ET à la Société Républicaine.

Peter Siebelt a décrit un autre aspect de l’« eco nostra », à savoir le soutien qu’apportent certains avocats aux militants écologistes, mais, ce faisant, il a oublié de mentionner leurs liens avec la superclasse. Après son arrestation, van der Graaf a demandé à être représenté par l’avocat Pieter Bakker Schut. Schut a refusé [94], mais un de ses camarades d’extrême gauche qui avait travaillé avec certains de ses anciens associés [95] et avait été un sympathisant du groupe terroriste Rote Armee Fraktion [96], Britta Böhler, a accepté la charge du dossier et l’a transmis à son employé, A. A Stijn Franken. [97]
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De 1991 à 1994, Böhler a travaillé chez Loeff Claeys Verbeke [98], le cabinet d’avocats pour lequel le célèbre duo Hammerstein et l’avocat de la famille royale Salomonson travaillaient quelques années plus tôt. [99] Naturellement, Hammerstein est devenu l’homme de confiance de Fortuyn au cours de la campagne électorale. Puis, de 1994 à 1999, Böhler a été secrétaire de Greenpeace Pays-Bas, avant d’en exercer la présidence de 1999 à 2002. [100] Comme indiqué plus haut, elle a été forcée de démissionner de son poste de présidente de Greenpeace Pays-Bas pour assurer la défense de l’assassin de Fortuyn. [101] Il peut sembler surprenant qu’un cadre de Greenpeace accepte d’assurer la défense d’un terroriste vert lié à Friends of the Earth. On pourrait penser que le mouvement écologiste voudrait se distancier autant que possible d’un militant écologiste devenu un assassin politique. Le fait est que les journaux nationaux se sont montrés coopératifs, en ne posant aucune question et, grâce à Böhler, ils n’ont eu aucun mal à dépeindre le mouvement écologiste comme un front unifié soutenant les assassinats politiques. Naturellement, comme mentionné plus haut, Greenpeace est financé par les mêmes fondations que Friends of the Earth : la Fondation Rockefeller, le Fonds Rockefeller Brothers, la Fondation Ford, Mott, Tides, Turner, Packard, Hewlett, etc. Ces fondations sont toujours parmi les principaux donateurs de Greenpeace. [102] Or, comme l’ISGP l’a montré dans l’article sur la Pilgrims Society, elles constituent des créatures de la CIA et d’un certain nombre de fonctionnaires du gouvernement américain.
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Les coïncidences ne s’arrêtent pas là. Étonnamment, Britta Böhler appartient à la Société Républicaine – elle en est devenue membre en 2000, un an avant que Pim Fortuyn, lui aussi membre de la Société Républicaine, n’annonce sa candidature au poste de Premier ministre. Theo van Gogh et Tomas Ross aussi étaient membres de la Société républicaine, eux qui ont répandu de fausses informations sur l’assassinat de Foruyn. Frits Barend et Jan Mulder, les premiers à avoir organisé une table ronde avec des témoins clés de la fusillade de Fortuyn, en étaient bien membres, eux aussi. En décembre 2005, ils ont eu en quelque sorte l’audace d’organiser une discussion entre le ministre de l’Intérieur Klaas de Vries et l’ami de Fortuyn, Yves Gijrath, au sujet de l’espionnage illégal de Fortuyn par l’AIVD. Qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que l’avocat de l’assassin van der Graaf, Britta Böhler, s’avère être membre de ce même club, qui compte ou comptait environ 200 personnes ? Böhler a également défendu Samir Azzouz, membre du groupe Hofstad, le groupe terroriste responsable de l’assassinat en pleine rue du membre de la Société Républicaine Theo van Gogh. Pourquoi tant d’événements de portée mondiale se déroulent-ils dans une petite bulle de la superclasse ?
De 2007 à 2011, Böhler a été sénatrice des Verts. Dévouée à l’environnementalisme, elle semble être très utile à l’aile libérale de la superclasse à tous les égards. En 1994, Bohler s’est rendue en Afrique du Sud en tant qu’observatrice auprès la Fondation des avocats (Stichting Juristen) de Johannesburg, dont elle est ensuite devenue la présidente ; elle était chargée de surveiller les premières élections libres qui étaient organisées dans ce pays à la suite de l’abolition de l’apartheid. Inutile de dire que, avec le Dalaï Lama, Kofi Annan et le révérend Desmond Tutu, Nelson Mandela était l’un des leaders du tiers-monde favori de l’aile libérale de l’establishment (la princesse Mabel d’Orange, par exemple, s’était investie dans The Elders, le groupe de Nelson Mandela) ; Il était aussi le préféré de Böhler. [ 105 ]
De 2009 à 2011, elle a été membre du comité consultatif d’Interchurch (ICCO), coopérative axée sur le développement durable. Un message pris au hasard sur la page d’accueil de son site Internet nous informe que « les Indiennes vont [bientôt] gagner de l’argent en produisant des crédits-carbone », ce qui nous indique instantanément que cette ONG est financée par l’establishment. La Fondation Ford et la Fondation Bill & Melinda Gates font partie des bailleurs de fonds de l’ICCO. La Fondation Ford et la Fondation Bill & Melinda Gates financent aussi l’organisation caritative palestinienne Al-Haq, aux côtés de l’Open Society Foundations de Sörös. L’Open Society Foundations n’est pas répertoriée comme bailleur de fonds de l’ICCO, mais la Nationale Postcode Loterij, qui fournit à l’ICCO plus de 1,3 million d’euros par an, l’est certainement. [107].
Au cours de sa carrière d’avocate, Böhler a eu un certain nombre de clients très embarrassants sur le plan politique, parmi lesquels le leader kurde du PKK Abdullah Öcalan, allié du cartel de l’héroïne de Hüseyin Baybaşin ; Samir Azzouz, membre du groupe terroriste Hofstad et assassin de Theo van Gogh ; la militante anti-islam Ayaan Hirsi Ali, qui a fui les Pays-Bas, envahi par les musulmans, pour faire la fête avec les Rothschild et travailler, aux côtés des néo-conservateurs, des directeurs à la retraite de la CIA et des oligarques russes, à l’American Enterprise Institute et au Belfer Center ; et Maarten Mourik, dont le procès a presque empêché le roi Willem Alexander d’épouser sa femme actuelle, Maxima.
Le fait que Böhler se soit occupée de ces affaires sensibles s’explique logiquement par ses liens avec Pieter Bakker Schut, l’avocat que van der Graaf avait initialement demandé. Dans les dernières années de leur vie, Bakker Schut et sa femme, Adele van der Plas, sont devenus des experts en matière de la manipulation de l’Etat néerlandais. En avril 2007, le couple a poursuivi le secrétaire général du ministère de la Justice, Joris Demmink, pour fabrication et manipulation de preuves dans le but de faire jeter en prison leur client, le patron du cartel d’héroïne, Hüseyin Baybaşin. Bakker Schut et sa femme ont allégué que Demmink avait été victime d’un chantage de la part du gouvernement turc, qui aurait détenu des preuves de son implication dans le viol de mineurs en Turquie. [108] À cette époque, Demmink avait déjà été accusé de pédophilie par des médias comme Gay Krant et Panorama ainsi que par des militants comme Pamela Hemelrijk et Micha Kat. Pourquoi ne pas scruter plus en détail le passé de Bakker Schut et de sa femme ?
Pieter Bakker Schut (décédé en 2007) est allé l’université de Leyde, où il a adhéré à la fraternité Minerva, à laquelle appartiennent également la plupart des membres de la famille royale. Dans les années 1970, il a été l’avocat de la Rote Armee Fraktion (RAF), groupe terroriste communiste soupçonné ici et là d’être téléguidé par la CIA et l’OTAN dans le cadre de l’opération Gladio. Bakker Schut partageait entièrement les idéaux de la RAF, y compris le terrorisme. Il était également pour le trafic de drogue, sous prétexte que des drogues comme la cocaïne et l’héroïne ne devaient pas être illégales. [109] Plus tard, il a défendu les gangsters néerlandais Mink Kok et Sam Klepper. [110] Kok est un trafiquant de drogue et un trafiquant d’armes qui est en relation étroite avec les services de renseignement de nombreux pays. Quant à Sam Klepper, comme par hasard, en 1991, une grande cache d’armes de Gladio a été découverte chez lui. [ 111 ] Van der Graaf a immédiatement demandé à Bakker Schut de le défendre, pour être finalement défendu par un de ses proches collègues.
En 2010, l’avocate Adele van der Plas a créé la Fondation Bakker Schut (Bakker Schut Stichting). Elle a engagé Klaas Langendoen pour qu’il enquête sur les accusations du gouvernement turc contre Demmink. Langendoen, ancien chef du renseignement criminel, était au cœur de l’affaire IRT, à l’origine de laquelle se trouve Mink Kok ; celui-ci avait pu importer 15 tonnes de cocaïne du Cartel de Cali sans être inquiété. L’affaire IRT a toutes les caractéristiques de l’affaire de trafic de drogue qui était au cœur de l’Iran contra, trafic contrôlé par la CIA à travers l’agent spécial de la DEA Robert Nieves.
En 2012, Langendoen et la Fondation Bakker Schut ont produit un documentaire à gros budget de 20 minutes intitulé « Dutch Injustice: When Child Traffickers Rule a Nation » (« L’injustice aux Pays–Bas : quand des trafiquants d’enfants dirigent une nation »). Il présente les mineurs que Demmink aurait prétendument violés en Turquie en 1995. Demmink, cependant, prétend avoir été pour la dernière fois en Turquie à la fin des années 1980. Si les témoignages de ces jeunes Turcs sont aussi authentiques que les autres preuves recueillies contre Demmink, il ne serait pas surprenant qu’il dise vrai. La campagne contre Demmink a été discrètement soutenue par Robert Rubinstein, connu pour avoir été associé à des personnes comme Jack Abramoff, Charles Rockefeller (fils du sénateur Jay Rockefeller) et d’autres membres de l’élite. [ 112 ] De 1999 à 2001, Adele van der Plas a été l’avocate de l’église Santo Daime aux Pays-Bas, dont les membres avaient été arrêtés pour détention et transport d’ingrédients servant à la préparation de l’ayahuasca. Elle a gagné le procès et a veillé à ce que l’église puisse utiliser légalement l’ayahuasca dans ses rituels.
En 2014, Adele van der Plas a pris la parole à la Conférence mondiale sur l’Ayahuasca à Ibiza, qui était financée, à travers des intermédiaires, par des fonds provenant des fondations Sörös et Rockefeller. Parmi les conférenciers il y avait Jeffrey Bronfman et Ethan Nadelmann qui, depuis des décennies, œuvre pour Sörös à la légalisation de l’herbe, de l’ayahuasca, de l’ibogaïne et des champignons hallucinogènes. [113]
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On peut dire qu’Adele van der Plas met tout en œuvre pour que l’ayahuasca et d’autres psychédéliques soient légalisés, mais, en même temps, il est clair qu’elle tente de répandre de fausses informations. Elle donne clairement l’impression d’être un agent de puissantes forces liées aux services de sécurité américains, vraisemblablement l’aile libérale de la CIA. Il est également important de noter que van der Plas, l’ancien premier ministre Wim Kok et la princesse Mabel Wisse Smit d’Orange, dont les liens qu’elle a eus avec le crime organisé néerlandais sont avérés [114], sont tous les principaux représentants de Sörös. Van der Plas, en raison du combat qu’elle mène pour la légalisation de la drogue, cause préférée de Sörös (et de Rockefeller) ; Wim Kok, par les efforts qu’il déploie dans ce sens dans l’International Crisis Group de Sörös [115] et Wisse Smit, en tant qu’homme lige de Sörös dans son Open Society Foundation depuis 1997. [116] De plus, même si la politique de l’Open Society Foundation est une politique de gauche progressiste, cette fondation a travaillé main dans la main avec de nombreuses autres fondations (Ford, Rockefeller, Packard, Hewlett, etc.) qui ont financé Greenpeace et Friends of the Earth. Les avocats de van der Graaf, Pieter Bakker Schut (époux de van der Plas), Britta Böhler (Greenpeace, les Verts) et A. A Stijn Franken appartiennent également au même réseau. Il devrait être très évident maintenant qu’il s’agit ici d’un petit cercle.
Au moment de terminer cet article, je me suis souvenu qu’il me fallait parler aussi d’un certain Victor Koppe, autre éminent avocat hollandais et mari de Britta Böhler des années 1990 au début des années 2000. [117] Koppe a étudié le droit à l’université d’Utrecht puis, en 1988 et 1989, à l’université de Virginie. [118] Au seul nom d’« université de Virginie » tout théoricien de la conspiration qui se respecte demandera : a-t-il été recruté par la CIA ? Peut être. Peut être pas. En attendant, chose « incroyable », il s’avère que Böhler a fait la connaissance de Koppe dans cette même université américaine pendant le séjour de six mois qu’elle y a fait en tant qu’étudiante chercheuse. « Incroyable », disais-je, parce que son passage à l’université de Virginie n’est apparemment mentionné dans aucune de ses biographies en ligne, ni dans aucun des articles de journaux qui ont été écrits sur elle depuis les années 1990, sauf dans un article du NRC d’octobre 2007 dans lequel Koppe explique « avoir connu Böhler là-bas [tout en] participant à des activités sociales à l’université au sein d’un petit club d’Européens ». [119] Compte tenu du nombre d’affaires de sécurité nationale dans lesquelles ce duo a eu part, il est important de connaître les liens qu’il a pu avoir avec les États-Unis. Et nous ne parlons même pas de la grande proximité de Böhler avec des désinformateurs qui, comme Pieter Bakker Schut et Adele van der Plas, travaillent apparemment pour la sûreté nationale, ni de sa présidence de Greenpeace, organisation cofinancée par « l’aile libérale de la CIA ».
Les liens présumés de Koppe avec l’Institut Clingendael – le CFR néerlandais – seraient une preuve supplémentaire de sa collaboration avec la sûreté nationale. [ 120 ] Cependant, à ce jour, aucune source ne confirme qu’il ait jamais été employé par cet institut (********).
Il y a plus encore. Après leur divorce au début des années 2000, Koppe et Böhler sont restés amis et ont continué à travailler ensemble dans le même cabinet d’avocats. Ils se sont occupés de nombreuses affaires importantes, souvent ensemble : le groupe terroriste Hofstad à la suite du meurtre de Theo van Gogh ; Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd Conservation Society, accusé d’avoir saboté des navires baleiniers en Norvège ; l’ETA ; le leader kurde du PKK Abdullah Öcalan, [125] ; Hüseyin Baybaşin, le baron du cartel kurde de l’héroïne, après son arrestation aux Pays-Bas en mars 1998 (selon les journaux, « dans les relations entre les Pays-Bas et la Turquie Baybaşin est un sujet tout aussi sensible qu’Öcalan. » [126]) etc. [121] En 2002, Koppe a aidé Böhler à défendre van der Graaf [122]. Un an plus tard, tous deux ont travaillé pour la princesse Margarita, fille de Carel Hugo van Bourbon-Parme et petite-fille du prince Bernhard et de la reine Juliana. [123] Ici aussi, l’ex-couple représentait un opposant à l’aile libérale de l’establishment, puisque la princesse Margarita accusait sa propre famille (les Orange) d’aider l’AIVD à espionner et même à saper les affaires de son mari, Edwin de Roy van Zuydewijn, à l’insu du Premier ministre et du ministre de la Justice. Il se peut que ces accusations ne soient pas totalement infondées, en ce sens que le prince Bernhard pouvait demander des informations à l’AIVD sans que le gouvernement en place le sache ou soit impliqué dans l’espionnage du mari de la princesse. [124] Depuis cette affaire, le premier ministre est devenu responsable de l’administration de la maison royale.
Le monde est petit, n’est-ce pas ? Pour résumer : Victor Koppe et donc sa femme Britta Böhler défendent Baybaşin à la fin des années 1990. Böhler dirige également Greenpeace et, en 2000, adhère à la Société Républicaine. En mai 2002, Pim Fortuyn, membre de la Société Républicaine et politicien promis au poste de Premier ministre, est assassiné. Böhler démissionne de son poste de présidente de Greenpeace et, avec son mari Victor Koppe, assure la défense de l’écologiste qui a assassiné Fortuyn. Peu de temps après, les membres de la Société Républicaine Theo van Gogh et surtout Tomas Ross commencent à répandre de fausses informations sur l’assassinat de Fortuyn, notamment en affirmant qu’un second tireur y était impliqué.
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Entre-temps Pieter Bakker Schut et son épouse Adele van der Plas ont repris l’affaire Baybaşin à Victor Koppe et à son épouse Britta Böhler. Bakker Schut meurt en 2007 et son épouse continue de jouer un rôle clé dans la plus grande machine de désinformation politique jamais vue aux Pays-Bas. Ce réseau regroupe toutes sortes de personnes : Micha Kat, Jan Poot, Robert Rubinstein, Koen Voskuil, Klaas Langendoen, Martin Vrijland, Steve Brown et bien d’autres. Parallèlement à ces activités, Adele van der Plas est un des pions clés de la clique Sörös-Rockefeller-Bronfman dans le processus de légalisation des psychédéliques.
Un petit cercle et, dans ce cercle, une même poignée d’individus impliquée dans les mêmes affaires, voilà qui sent plus ou moins la conspiration, mais ce qui est véritablement révélateur ici, bien sûr, c’est que les avocats qui en font partie ont manifestement recours à la désinformation, ou, à tout le moins, ne se soucient guère que de fausses nouvelles soient répandues.
D’autre part, il semble que les avocats fassent partie de tous les réseaux impliqués dans les conspirations de grande envergure, sans doute parce qu’ils ont accès à tous les secrets de leurs clients et des procureurs qui les poursuivent. L’ISGP a mentionné quelques cas de ce genre au fil des ans. Parmi les autres avocats qui, aux Pays-Bas, ont traité de nombreux dossiers sensibles on peut citer Oscar Hammerstein, la famille Moskovicz et Gerard Spong. Ces personnes font l’objet d’une étude détaillée dans l’article sur l’affaire Demmink. L’avocat de Dutroux, Xavier Magnee, est un cas incroyable. Il a attiré l’attention des médias du monde entier sur le réseau qui aurait été derrière Dutroux et dont on aurait cherché à dissimuler l’existence, mais, en même temps, il a lancé tout le monde sur une fausse piste en braquant les projecteurs sur les groupes satanistes Abraxas et Jumet digs [127], deux diversions créées par un commissaire de police bruxellois qui apparaît dans les Dossiers-X Dutroux en tant que membre d’un réseau de maltraitance des enfants. Et nous ne parlons même pas de la grande amitié entre Magnee et la plupart des ministres et aristocrates dont les noms figurent dans les mêmes Dossiers-X Dutroux, ni de son passé d’avocat du chef de la mafia sioniste-russe Sergueï Mikhaïlov. [128] D’autres avocats de premier plan mêlés aux plus sombres activités de la sûreté nationale apparaissent dans ces Dossiers-X. La situation n’est pas différente dans les autres pays. Souvenez-vous, par exemple, de l’avocat et sénateur John DeCamp, impliqué dans l’attentat à la bombe d’Oklahoma Coty, dans le mouvement des milices et dans les réseaux de maltraitance des enfants. Passons sur le fait qu’il était le meilleur ami de l’ancien directeur de la CIA, William Colby.
Un autre pont commun entre des avocats comme John DeCamp et Xavier Magnee d’une part et Adele van der Plas, Pieter Bakker Schut, Britta Böhler et Victor Koppe d’autre part est qu’ils semblent tous faire honnêtement leur métier. Sans une connaissance approfondie des dossiers sur lesquels ils travaillent, il serait impossible de les identifier comme étant des agents désinformateurs. En fait, leur couverture est tellement bonne que, même après avoir mis au jour leurs raisonnements discutables, leurs omissions et les liens qui les unissent, il est pratiquement impossible de dire quels sont leurs objectifs exacts. Dans l’affaire de l’assassinat de Fortuyn et surtout dans l’affaire Demmink, je ne peux même pas vraiment dire avec certitude ce qui se passe exactement. Tout ce que je peux démontrer, c’est l’existence d’activités très suspectes.

Partie 4 : Résumé et conclusions

18. Résumé et conclusions sur l’assassinat de Fortuyn

Les Pays-Bas ont été gouvernés par les Libéraux tout au long des années 1980 et 1990, par Ruud Lubbers de 1982 à 1994 et Wim Kok de 1994 à 2002. Ils étaient donc à la botte de Rockefeller et de Sörös, la clique qui est derrière le groupe Bilderberg et des ONG comme l’International Crisis Group, derrière la maison royale d’Orange et les grandes fondations qui injectent tous les ans des millions de dollars dans plus d’une centaine de grands groupes de développement durable. À partir de 1989, l’élite néerlandaise met en place une loterie nationale pour aider à financer des groupes tels que Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth en coordination avec le réseau international des ONG Rockefeller. Lubbers en particulier devient un acteur important du mouvement international des ONG et du développement durable, participant aux conférences State of the Forum avec David Rockefeller, George Sörös, Maurice Strong et d’autres membres de la superclasse tournés vers le New Age ou l’écologie. Lubbers adhère aussi au 1001 Club.
Tout au long des années 1990, certains membres de cette superclasse politique et certains cadres de ces ONG, à travers la Loterie Nationale et Stichting Doen, réussissent à mettre plus de 150 000 euros dans les poches d’un certain Volkert van der Graaf, dont le groupe, Milieu Offensief, collabore avec Friends of the Earth. En 1996, il est soupçonné du meurtre d’un fonctionnaire du ministère de l’Environnement, mais n’est pas poursuivi. Il possède une arme, ce qui est le cas de très peu de citoyens néerlandais ; il évite de parler au téléphone, craignant que les services de renseignements néerlandais l’aient mis sur écoute – ce qu’ils ont effectivement fait.
En 1996, la Société Républicaine est fondée par des individus liés aux grandes entreprises et même plus ou moins au Bilderberg. C’est dans ce petit club que se réunissent les chroniqueurs et les journalistes de tous les grands journaux néerlandais, ainsi que pratiquement tous ceux qui, aux Pays-Bas, critiquent (d’une manière acceptable) le Bilderberg et les Orange. Quelques radicaux-socialistes et quelques dirigeants des Verts adhèrent au club, dont devient également membre une poignée de (néo) conservateurs comme Pim Fortuyn, Theo van Gogh et Tomas Ross, théoricien du complot attitré des médias hollandais. C’est une association curieuse et il est tentant de penser que la Société Républicaine est un groupe d’opposition contrôlée spécialement adapté aux besoins de la superclasse néerlandaise. Il combine des éléments d’extrême droite et des éléments d’extrême gauche.
Pendant de nombreuses années, tout semble aller pour le mieux aux Pays-Bas. La superclasse politique libérale et les ONG dirigent le pays, le développement durable est toujours à l’ordre du jour et les relations du pays avec l’Union européenne sont bonnes. Il n’y a qu’un problème : les citoyens néerlandais, en particulier ceux des grandes villes, s’alarment de ce que leur culture est en passe d’être complètement détruite par l’immigration massive en provenance du tiers-monde, principalement des Caraïbes et des pays arabes comme le Maroc ainsi que de la Turquie. Le taux de criminalité des Arabes, pour ne rien dire de celui des noirs, est beaucoup plus élevé que celui des indigènes blancs. Mais la superclasse politique libérale et les ONG n’ont aucunement l’intention de restreindre sérieusement l’immigration et ne tolère même pas que l’on critique leurs politiques d’immigration. Comme l’avait déjà souligné Pim Fortuyn au début de 2002, quiconque évoque la question multiculturelle est immédiatement considéré comme un raciste fanatique.
Le 21 août 2001, tout à coup, Pim Fortuyn fait son entrée sur la scène politique. Il est le premier à critiquer le sous-développement culturel de l’islam, à parler du taux de criminalité des immigrants et des autres problèmes que le multiculturalisme pose à la population indigène, mais que les dirigeants de tous les autres partis politiques évitent d’aborder. Même le parti de Fortuyn, Leefbaar Nederland, fait pression sur lui et tente de le faire taire, mais il est trop tard. Fortuyn fonde son propre parti, Lijst Pim Fortuyn et les gens se rallient massivement à lui. En dépit du fait que sa proposition de supprimer l’armée et son manque d’intérêt pour la question de l’environnement et celle du bien-être des animaux déplaisent à beaucoup de gens, son parti monte rapidement dans les sondages et une semaine avant les élections – ou : la veille de son assassinat – il dépasse même le grand parti de Jan Peter Balkenende, en chute dans les sondages en raison de la position modérée qu’il avait prise sur les questions d’immigration. Bien sûr, les critiques de Balkenende à l’égard de l’immigration ne sont guère plus qu’un stratagème politique, mais une bonne partie du public tombe toujours dans le panneau.
Le 6 mai 2002, une semaine avant les élections, Fortuyn est abattu par un assassin solitaire. La plupart des gens soupçonnent que cet assassin est une personne d’origine immigrée, ce qui, si cela avait été le cas, aurait pu avoir pour conséquence une restriction de l’immigration. Mais non, le scénario qui arrange le plus la superclasse politique et les ONG immigrationnistes se réalise : c’est un « terroriste » vert, dont les activités ont été financées par cette même superclasse politique et ces mêmes ONG, qui avait été mis sur écoute par les services de renseignements néerlandais, qui est connu du nouveau ministre de la Justice et qui sera défendu par un groupe d’avocats liés à cette même superclasse politique et aux dirigeants de ces mêmes ONG.
A ce jour, aucun citoyen n’a été clairement informé de tout cela. Il a seulement été question d’écologistes « radicaux ». Très rarement et seulement dans les groupuscules d’extrême droite, il arrive que les avocats des Verts et de van der Graaf soient assimilés à des « terroristes » verts, mais ce n’est là encore qu’une partie de la vérité. La vérité est que, aux Pays-Bas, les ONG et la superclasse politique, celle qui était au pouvoir lorsque Pim Fortuyn s’est fait connaître, celle qui l’a continuellement diabolisé et celle qui lui a refusé une protection rapprochée, est aussi celle qui contrôlait et contrôle toujours le réseau vert dont est issu van der Graaf. Au moins une des militantes qui a lancé un gâteau rempli d’excréments d’animaux au visage de Fortuyn une semaine avant son assassinat appartenait à ce réseau. Par conséquent, ceux qui devraient être interpellés sont l’ancien Premier ministre Wim Kok et ses alliés au sein du gouvernement, les membres de la maison royale et même des membres gouvernement américain et du réseau des ONG, notamment des dirigeants de longue date du Bilderberg et agents de la « super CIA » comme Henry Kissinger et David Rockefeller. Le problème, bien sûr, est que ce réseau a contrôlé l’enquête et les médias dès le premier jour. Il est donc peu probable que des enquêtes complémentaires seront menées dans un proche avenir.
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Une question importante est naturellement de savoir si van der Graaf était un agent du renseignement, un taupe de la sûreté nationale dans le mouvement environnemental. Dans son passé, rien ne l’indique vraiment. Van der Graaf milite en faveur de droits des animaux depuis sa jeunesse et certains se sont plaints de ce que, contrairement à son associé Sjoerd van der Wouw, il n’ait jamais montré la moindre sympathie pour aucun des agriculteurs qu’il a mis sur la paille [ 129 ] Cela ne signifie pas automatiquement que van der Graaf n’était pas un agent sous couverture. Son entourage ne l’a jamais entendu exprimer l’intention de faire du mal à quiconque, ni parler de politique ou même de Pim Fortuyn. [ 130]. N’y avait-il pas quelque chose de calculé dans le soin qu’il prenait à ne pas attirer l’attention sur lui ? Ne souffrait-il pas d’une sorte de dédoublement de la personnalité ? Ou serait-ce qu’il était entouré d’agents de la sécurité nationale et que ces agents continuent de le protéger, en dressant de lui un portrait qui n’est pas conforme à la réalité ? Aujourd’hui encore, il est assez difficile de déterminer ses motifs exacts, d’autant plus que le Bureau du Procureur a interdit à van der Graaf de parler aux médias après sa sortie de prison. [ 131] Bien que les médias n’aient pas besoin d’une interdiction pour oublier de poser les questions les plus importantes, cette décision a clairement joué en faveur du tueur et peut-être encore plus de tous ceux qui préfèrent que l’affaire soit enterrée le plus rapidement possible. Quelle que soit la raison exacte de cette interdiction, elle a certainement permis à van der Graaf d’avoir une vie assez confortable, après avoir changé le cours de la vie politique aux Pays-Bas un peu plus d’une décennie plus tôt.
Quant à la question de la sécurité nationale, l’ISGP a démontré par ses articles sur l’émission de radio Coast to Coast, le Alex Jones Show et le prétendu crash d’un avion sur le Pentagone, que tous les secteurs politiquement sensibles de notre société ont été truffés de personnes qui semblent se comporter et s’exprimer comme des personnes indépendantes, mais qui, à regarder de plus près leurs déclarations, doivent être considérées comme des agents du gouvernement à un degré ou à un autre. Il reste que les outsiders n’ont aucun moyen de savoir si van der Graaf appartient à cette catégorie. La baronne Marcia Falkender, secrétaire du Premier ministre Harold Wilson, l’a bien expliqué en son temps : « Le MI5 se moquait de nous. Ces gens doivent être démasqués… mais impossible de les identifier. Nous pourrions être assis dans la même pièce, vous pourriez être MI5 et je ne le saurais pas. Ou c’est moi qui aurais pu l‘être pendant toutes ces années et vous ne le sauriez pas « . [ 132 ]
Même si nous établissions que van der Graaf a été un agent de l’« aile libérale de la CIA » , le dossier Fortuyn ne serait pas automatiquement clos. Dans cet article, de nombreuses preuves ont été présentées qui indiquent que Fortuyn et certains de ses proches, comme Theo van Gogh, Oscar Hammerstein, Gérard Spong et Tomas Ross, font ou faisaient partie, comme van der Graaf et Friends of the Earth, d’un réseau para-étatique de (néo)-conservateurs et d’hommes de droite. Ce réseau (néo) conservateur est arrivé à ses fins en 2004, avec l’assassinat de Theo van Gogh par un islamiste radical. Si rien n’a été fait pour empêcher cet assassinat, c’est peut-être qu’il servait de prétexte à la poursuite de l’intervention au Moyen-Orient. Cependant, avouons-le, le motif de l’assassinat de van Gogh est encore plus difficile à déterminer que le motif du meurtre de Fortuyn. Donc, pour le moment, restons concentrés sur les anomalies qui entourent l’assassinat de Fortuyn, sur la désinformation dont il a fait l’objet, sur l’ombre de la superclasse libérale qui y plane ainsi que sur l’ensemble des éléments particulièrement disparates dont est composée la société républicaine.

Joël van der Reijden, « Pim Fortuyn Assassin Financed By Rockefeller-Orange NGO Network », 11 octobre 2016, traduit de l’anglais par B. K., https://isgp-studies.com/pim-fortuyn-assassination

(1) Voir https://isgp-studies.com/ngo-list-foundations-and-think-tanks-worldwide.
(2) Voir https://isgp-studies.com/pilgrims-society-us-uk.
(3) Voir https://isgp-studies.com/1001-club-of-the-wwf.
(4) Voir https://isgp-studies.com/index#superclass-index.
(5) Voir https://isgp-studies.com/intro.
(6) Voir https://isgp-studies.com/coast-to-coast-am-radio-on-ufos-aliens-and-conspiracy.
(7) Nous disons bien « une personne » et non pas « un étranger », car, pour le Haut Conseil à l’Intégration, responsable de la rédaction de ce texte anti-français, le Français aussi doit « s’intégrer » : « L’intégration n’est pas une notion réservée aux seules personnes étrangères ou d’origine étrangère, elle concerne chacune des personnes vivant en France et constitue l’élément fondateur du pacte social et du « vivre ensemble » » (p. 12).
(8) « Pim Fortuyn », https://www.scholieren.com/praktische-opdracht/10512.
(9) « Biografie van Pim Fortuyn », https://isgeschiedenis.nl/nieuws/biografie-van-pim-fortuyn.
(10) Ibid.
(11) « Pim Fortuyn », https://www.scholieren.com/praktische-opdracht/10512.
(12) Ibid.
(13) « The Paradox of Pim Fortuyn », 16 mai 2002, http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/from_our_own_correspondent/1977511.stm.
(14) Voir Bert Snel, PIM 1; de politieke biografie van Pim Fortuyn als socioloog en politicus 1990-2002, Amsterdam, 2013 ; id., Pim Fortuyn en zijn partijen, Leefbaar Nederland, Leefbaar Rotterdam, Lijst Pim Fortuyn, Amsterdam, 2013.
(15) Voir Edward Koning, « Making Xenophobia Matter: The Consequences of the 2002 Elections for Immigration Politics in the Netherlands », in Keith Banting et Will Kymlicka (éds.), The Strains of Commitment: The Political Sources of Solidarity in Diverse, Oxford University Press, Oxford, 2017. L’auteur ajoute « faute de quoi ils devront retourner d’où ils viennent ». Comme nous l’avons vu, jamais Fortuyn n’a proposé la déportation des immigrés extra-européens.
(16) « Pim Fortuyn en Israël », 6 mai 2012, http://www.israned.nl/2012/05/pim-fortuyn-en-israel.html , voir aussi Mohammed S. M. Eltayeb, « A Human Rights Framework for Defining and Understanding Intra-Religious Persecution in Mluslim Countries », in Nazila Ghanea-Hercock (ed.), The Challenge of Religious Discrimination at the Dawn of the New Millennium, Springer, 2003, p. 103.
(17) Cas Mudde, « A Fortuynist Foreign Policy », in Christina Schori Liang (éd.), Europe for the Europeans: The Foreign and Security Policy of the Populist Radical Roght, Routledge, Londres et New York, 2007, p. 210.
(18) Bruce Bawer,, While Europe Slept: How Radical Islam is Destroying the West from Within, Douvleday, New York, 2006, p. 168.
(19) Dick Pels, De geest van Pim: het gedachtegoed van een politieke dandy, Anthos, 2009.
(20) https://jdreport.com/koningin-juliana-zei-het-al-in-haar-troonrede-van-1950-nederland-is-vol-vol-vol.
(21) Richard Stearing, « Controlling Human Smuggling in the Netherlands: How the Smuggling of Human Beings Was Transformed into a Serious Criminal Offence », In Dina Siegel et Hans Nelen (éds.), Organized Crime: Culture, Markets and Policies, Springer, 2008, p. 170.
(22) Derk Stokmans, « Immigratie vol emoties voor partijen Paars+. De VVD voelt electorale angst voor de PVV. De liberalen zijn daarom harder ten opzichte van immigranten. Dat is een probleem in de formatie », 15 juillet 2010, https://www.nrc.nl/nieuws/2010/07/15/immigratie-vol-emoties-voor-partijen-paars-11919990-a441571.
(23) Ibid.
(24) Uit Maarten, « ‘Pim’ was niet meer dan een mediahype », janvier 2008, https://www.maartenonline.nl/pim-fortuyn-mediahype.html.
(25) Richard Stearing, op. cit., p. 170.
(26) Rob Witte, « The Dutch Far Right: From ‘Classical Outsiders’ to ‘Modern Insiders’ », in Max Taylor, P. M. Currie et Donald Holbrook (éds.), Extreme Right Wing Political Violence and Terrorism, p. 115.
(27) « Het land van Pim Fortuyn is er nooit gekomen. Immigratie en integratie zouden onder controle zijn », 2 juillet 2017, https://opiniez.com/2017/07/02/het-land-van-pim-is-er-nooit-gekomen).
(28) « 10 years after Pim Fortuyn was murdered: what the papers say », 6 mai 2012, http://www.dutchnews.nl/news/archives/2012/05/10_years_after_pim_fortuyn_was.
(29) Voir Claire Berlinski, Menace in Europe: Why the Continent’s Crisis Is America’s, Too, Crown Forum, 2007.
(30) Rob Witte, op. cit., p. 116.
(31) Richard Staring,, op. cit., p. 170.
(32) Rainer Haubrich, Claire Berlinski.Fortuyn – mit ‘Feuer und Schwert’ für die FreiheitClaire Berlinski, 3 mai 2012, https://www.welt.de/debatte/kommentare/article106257354/Fortuyn-mit-Feuer-und-Schwert-fuer-die-Freiheit.html.
(33) Voir « Mat Herben is een mol van defensie », https://stgvisie.home.xs4all.nl/VISIE/jsf-moordfortuyn.html.

(*) Voir, au sujet de l’Eastern Establishment, https://larevolutionfinale.wordpress.com/)
(**) Plus haut, l’ISGP semble critiquer le magazine Elsevier pour avoir affirmé que « les médias représentent toujours l’église de la gauche ». Fortuyn emploie ici la même expression, sans rencontrer de sa part la même critique.
(***) Pour des raisons évidentes, les médias, alternatifs ou dominants, ainsi que le « conspirationnisme de sex-shop », insistent davantage sur l’appartenance (brève) du prince Bernhard, comme la plupart des rejetons de l’aristocratie néerlandaise à l’époque, au NSDAP qu’à son rôle d’organisateur de la Résistance néerlandaise depuis Londres (Alden Hatch, H. R. H. Prince Bernhard of the Netherlands: An Authorized Biography, Harrap, 1962), où, en exil, il servira comme officier de liaison dans l’armée britannique (Prins Bernhard, wat is goed en wat is fout, waar ligt zijn balans, http://www.dedokwerker.nl/prins_bernhard.html).
(****) Nous serions tenté de dire que, dans ce cas, la fiction est plus vraie que la réalité… L’ISGP mélange ici deux questions – le point de vue de Ross sur les responsables des attentats du 11 septembre 2001 et son point de vue sur l’assassinat de Fortuyn – qui n’ont strictement rien à voir l’une avec l’autre.
(*****) Il est illogique que l’ISGP, qui se dit opposé à l’immigration extra-européenne, reproche à Ross de prendre de telles positions, qui relèvent du bon sens. Encore Ross manque-t-il d’ambition cohérence, lorsqu’il exhorte à « filtrer tout le monde », puisque ce dont il s’agit est de refouler tout le monde.
(******) Il nous semble que c’est aller vite en besogne que d’en arriver, sur la base de ces seuls éléments, à la conclusion que Fortuyn était un agent du renseignement.
(*******) Voir, au sujet des Frères du Cygne, http://zwanenbroedershuis.nl/wp-content/uploads/2017/07/folder-ilvb-fr-1.pdf.
(********) http://www.bohler.eu/nl/advocaten/victor-koppe/ le confirme.

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