Autour du 20 juillet 1944 (3)

Les coteries. Leurs tentatives de coup d’État et leurs actions

Les opposants étaient désormais divisés en deux grandes coteries : l’une – la plus nombreuse – se bornait à la critique négative habituelle des mesures introduites par le nouveau système, au colportage de toutes sortes de rumeurs et de bobards et à des disputes mesquines avec les fonctionnaires du Parti et des organisations du Parti. Dans certains cas, il se forma des groupes d’opposants qui passaient leur temps à réfléchir à une multitude de plans pour entraver ou combattre effectiivement le système, sans jamais passer à l’action.
Dans l’ensemble, toutes ces tentatives ne présentèrent aucun danger pour le système et ne causèrent aucun préjudice à l’État. Certes, il aurait mieux valu que ces groupes se livrent à une critique positive ou tirent le « signal d’alarme » avec prudence dans l’intérêt de la patrie. Mais, dans tout État,, le gouvernement doit s’attendre à ce qu’une certaine partie de la population adopte une attitude négative à son égard, sans pour autant qu’elle mette en péril la survie du système de gouvernement en question.
L’autre coterie, bien qu’inférieure en nombre, exerça une influence beaucoup plus grande. Elle était composée de politiciens influents et de militaires de haut rang qui soit étaient déjà retirés du service actif et avaient donc soif d’action, soit étaient toujours en poste et, parce qu’ils souffraient d’un manque de reconnaissance, se tournaient vers l’activité politique. C’est dans ce cercle que se forma un petit groupe de personnes qui prirent une part active à l’opposition. En ce qui concerne les politiciens, il s’agissait du secrétaire d’État E. von Weizsäcker, des frères Kordt Schacht, Erich et Theo (le premier occupait un poste clé au ministère des Affaires étrangères, le second à l’ambassade d’Allemagne à Londres), de Schacht et du Dr Karl Goerdeler ainsi que de l’ancien officier de la Gestapo H. B. Gisevius, du Dr Josef Müller et de l’ancien ambassadeur d’Allemagne à Rome von Hassel ; les militaires étaient les deux officiers d’état-major Beck et Halder, le chef de l’Abwehr, l’amiral Canaris et son bras droit, le major-général Oster ainsi que Fabian von Schlabrendorff, le major-général von Tresckow et le colonel comte von Stauffenberg.
Le domaine des affaires intérieures ne pouvait pas leur servir d’exutoire, car la méthodologie révolutionnaire nationale-socialiste ne permettait guère d’y gagner des lauriers, si l’on ne voulait pas se contenter de tirer sobrement le « signal d’alarme ». Le seul domaine où ils pouvaient réellement nuire au système, à savoir Hitler, était celui des affaires étrangères et c’est ce domaine qu’ils choisirent pour mener leur action. L’autre avantage que présentaient pour eux les affaires étrangères était que « les masses n’y entendaient rien » et qu’il était réservé à un cercle exclusif d’hommes triés sur le volet. Ceux-ci considéraient leurs activités d’autant plus importantes que, à leur avis, les affaires étrangères étaient incompréhensibles non seulement aux « masses », mais aussi au gouvernement élu par ces « masses » (le peuple). Hitler, comme le joueur de flûte de Hamelin, pouvait inciter une majorité « irréfléchie » à lui donner ses voix, mais il en fallait plus pour conduire les affaires étrangères. Eux seuls étaient nés et qualifiés pour le faire ! Eux, l’élite ! Et comme il y avait quelque chose qui s’appelait la conscience et qu’elle se rappelait à eux de temps à autre, on avait créé les concepts de « paix mondiale » et d’« humanité », au nom desquels on pouvait faire des choses que l’on n’aurait jamais pu faire dans l’intérêt de la patrie.
Le principe directeur de ces messieurs était contenu dans la confession suivante, qui fut faite par le meilleur « expert » du cercle des conspirateurs, l’ancien secrétaire d’État au Affaires étrangères, von Weizsäcker, dans ses mémoires et dont il faut bien peser chaque mot : « Respectivement avant et pendant la guerre, je me suis toujours senti moralement tenu et obligé d’agir dans le dos de Hitler et de Ribbentrop pour transmettre à l’adversaire politique potentiel des informations politiques de nature à empêcher la guerre d’éclater ou de s’élargir, que ces informations aient été des secrets politiques ou non. Mon objectif était d’empêcher l’ennemi potentiel de devenir un ennemi effectif. »
Les « ennemis effectif » n’ont vraiment pas été gentils de le remercier de son aide précieuse et désintéressée par sept ans d’emprisonnement et il est dommage que le destin ne l’ait pas laissé vivre assez longtemps pour « savourer » le « succès » de ses entreprises. C’est ce qui arrive parfois quand on confond l’« époussetage » avec le « ponçage ».
En plus de conspirer en politique étrangère, ils travaillaient à leur autre grand projet : libérer le plus tôt possible par un petit meurtre le peuple allemand du Führer, qui étalait quotidiennement son incompétence en matière de politique intérieure et étrangère et qui, de toute évidence, ne songeait qu’à plonger le plus vite possible un monde pacifique et altruiste dans la guerre. Je m’abstiendrai de décrire leurs préparatifs en détail, car, Dieu merci, il existe de nombreux ouvrages sur ce sujet, où les héros se vantent de leurs actes. Il convient de remercier Monsieur Gisevius d’en avoir écrit un au risque de « faire perdre leur statut de héros à certains des protagonistes ».
Le chef de la conspiration était le chef d’état-major lui-même, Ludwig Beck qui avait démissionné en 1938 parce qu’il ne pouvait pas supporter Hitler, ce « caporal mégalomane». Il n’avait pas apprécié que ses mémorandums politiques tendancieux n’aient pas retenu suffisamment l’attention (14). Comme il ne pouvait pas « rester dans la place », il eut vite soin de se trouver un successeur en la personne de Franz Halder. Il en résulta des projets détaillés de coup d’État et toutes sortes d’initiatives en matière de politique étrangère, qui sont résumés ci-dessous de la manière la plus claire et la plus concise :

En temps de paix:

1. Au cours de l’été 1938, le général Beck, alors chef d’état-major général, de concert avec son successeur, le général Franz Halder, le secrétaire d’État von Weizsäcker, le Dr. Karl Goerdeler, l’amiral Canaris et le colonel Oster, préparèrent un coup d’État pour la mi-septembre. Pour essayer d’obtenir de l’aide auprès de l’étranger, Beck informa le gouvernement britannique du plan et de ses grandes lignes. En août 1938, après une discussion avec Canaris, Beck envoya l’ancien chef de l’Union conservatrice, Ewald von Kleist-Schmenzin, en mission à Londres. Du 19 au 24 août 1938, Kleist y eut plusieurs entretiens avec Sir Robert Vansittart qui en rendit compte au gouvernement anglais. Il s’entretint également avec Lord Lloyd et Winston Churchill. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général Halder, le Dr Rud. Pechel et le Dr Hans-Bernd Gisevius et, du côté britannique, M. Jan Colvin (maison d’édition Gollancz, Londres) et Lord Halifax. Il est également confirmé par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich ainsi que par les informations qu’il fournit à l’auteur du livre « Gespräche mit Halder ».
2. Le 5 septembre 1938, le secrétaire d’État von Weizsäcker chargea le docteur Theo Kordt, chargé d’affaires à Londres, d’informer le gouvernement britannique que le coup d’État aurait bien lieu. Le message fut transmis par Susanne Simonis. L’ordre fut donné dans la nuit du 5 au 6 septembre 1938 lors d’une réunion secrète entre le Dr Kordt et le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Halifax. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le Dr. Theo Kordt, Susanne Simonis (actuellement au Département d’État à Bonn), le Dr. Erich Kordt et, du côté britannique, Philipp Conwell-Evans et. Lord Halifax. Il est également confirmé par le Dr Kordt dans « Nicht aus den Akte » et par le secrétaire d’État von Weizsäcker dans « Erinnerungen ».
3. Peu avant l’exécution du projet de coup d’État, vers les 12 et 13 septembre 1938, le chef d’état-major général, le général Halder, chargea son confrère, le lieutenant-colonel Hans W. Boehm-Tettelbach, de se rendre à Londres pour en informer à nouveau le gouvernement britannique et lui demander son aide. Le message fut transmis à sir Robert Vansittart. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le Général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart. Il est également confirmé par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich.
4. Au cours de l’été 1939, le lieutenant-colonel Hans Boehm-Tettelbach fut à nouveau envoyé en mission à Londres par Halder et Canaris. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart ainsi que M. Jan Colvin.
5. Quelques semaines plus tard, vers août 1939, un autre officier d’état-major, le général comte Schwerin, se rendit à Londres, chargé de la même mission. De ce fait furent témoins, du côté allemand, le général de division H. W. Boehm-Tettelbach, le général Franz Halder et, du côté britannique, Sir Robert Vansittart ainsi que M. Jan Colvin.
6. En décembre 1938, le Dr Schacht informa Montagu Norman, président de la Banque d’Angleterre, de l’avancée des préparatifs du coup d’État et en particulier de la posture des généraux [allemands]. Le rapport fut soumis au gouvernement britannique. De ce fait furent témoins le Dr Schacht et le Dr Gisevius.
7. En août 1939, comme il l’avait déjà fait en 1937 et 1938, le Dr Goerdeler se rendit à Londres pour négocier avec des responsables du gouvernement britannique le soutien de la Grande-Bretagne au coup d’État. La preuve en fut apportée par Georg Alexander dans son article du Hannoversche Presse du 18 juillet 1947 intitulé « Entschleierter Mythos » et par le livre de Hans Rothfels « Die deutsche Opposition gegen Hitler ».
8. A la fin d’août 1939, Fabian von Schlabrendorff, auteur d’« Offiziere gegen Hitler », informa Winston Churchill et Lord Lloyd à Londres de la situation politique en Allemagne et des possibilités de coup d’État. Que Winston Churchill était au courant des projets de coup d’état de l’état-major allemand fut prouvé par son discours radiophonique du 17 octobre 1938 (cité par le Times le 17 octobre 1938, p. 16) ainsi que par Fabian von Schlabrendorff et Hans Rothfels dans l’ouvrage susmentionné.

En temps de guerre

9. En octobre 1939, le secrétaire d’État von Weizsäcker muta le Dr Theo Kordt à l’ambassade d’Allemagne à Berne, avec mission expresse de prendre contact avec un homme de confiance de lord Halifax. Cet homme était M. Conwell-Evans. Ce fait fut certifié, du côté allemand, par le Dr Theo Kordt, le Dr Gisevius et, du côté britannique, par M. Philipp Conwell-Evans et fut relaté dans « Nicht aus den Akten » du Dr. Kordt.
10. Au cours des mois de février et de mars 1940, l’ambassadeur Ulrich von Hassell prit contact avec un intermédiaire de Lord Halifax à Arosa, en Suisse. L’intermédiaire était le gendre italien de von Hassell. Von Hassell en apporta la preuve dans « Vom anderen Deutschland ».
11. Au printemps 1940, un certain Dr Josef Müller, par ordre de Canaris et de Halder, prit contact avec un homme de confiance du gouvernement britannique à Rome. « Par son intermédiaire, il fut mis en contact avec Osborne, l’envoyé britannique au Vatican, puis avec Lord Halifax », commente Hans Rothfels, historien de l’opposition. Les discussions et les négociations portèrent sur le coup d’État en Allemagne et visèrent à obtenir l’accord du gouvernement britannique. Cet accord fut donné sous la forme du « rapport X », qui fut transmis au général Halder qui le transmit à son tour au général von Brauchitsch qui, selon le témoignage de Halder au procès devant la chambre de jugement, qualifia ces activités de « haute trahison ». De ces activités furent témoins le général Halder et le ministre de la Justice Dr. J. Müller. Elles furent relatées dans. le livre de Jan Colvin « Chief of Intelligence » (Gollancz) et confirmées par le témoignage de Halder à Nuremberg et devant la chambre de jugement de Munich.

Il y eut bien d’autres projets et tentatives d’assassinat contre Hitler et les membres de son entourage (*). Il convient de mentionner ici l’offre que firent des généraux allemands [aux alliés] de « liquider » 300 000 nazis en deux semaines, s’ils s’engageaient à ne pas occuper l’Allemagne. Sir Samuel Hoare en témoigne dans « Gesandter dans la mission besonderer ».
Ces « politiciens de bon sens » partaient de l’idée simple que l’Angleterre, le moment venu, ferait preuve de fermeté envers Hitler et même lui ferait la guerre. Ils pensaient même que l’Angleterre ferait preuve de fermeté envers Hitler pour le forcer à démissionner et donc les amener, eux, les « meilleurs Allemands », au pouvoir. Ils se trompaient, car ils n’obtinrent pratiquement que des compensations négligeables et d’insignifiants témoignages de gratitude.
A cet égard, il convient de rapporter un récit que donne un des principaux protagonistes, von Schlabrendorff, dans son livre « Offiziere gegen Hitler » : « Avant la guerre, je suis moi-même allé en Angleterre, où j’ai rendu visite à Lord Lloyd, avec qui j’entretenais de nouveau des relations suivies grâce à un membre de notre groupe. Je lui avais annoncé que le déclenchement de la guerre était imminent et qu’il devait être provoqué par une attaque contre la Pologne, quelles que soient les propositions de médiation qui seraient faites. Par ailleurs, je lui avais dit que les efforts de l’Angleterre en Russie seraient contrariés par la conclusion imminente d’un traité entre Hitler et Staline. Hitler voulait assurer ses arrières par ce traité..Lord Lloyd m’a autorisé à transmettre les deux informations à Lord Halifax, alors ministre de l’Intérieur. Je n’ai pas hésité. Au même moment, j’ai eu un entretien à ce sujet avec Winston Churchill. Il a eu lieu dans son domaine. J’ai engagé la conversation par ces mots : « Je ne suis pas un nazi, mais un bon patriote », un sourire est apparu sur son visage rond et il m’a dit : « Moi aussi. »
Et celui-ci, de M. Gisevius : « Pour montrer à quel genre de dangers s’exposaient les hommes responsables à cette époque, je ne prendrai qu’un cas, qui a fait beaucoup de bruit dans les rangs de la Résistance. D’un lieu neutre l’ambassade de Belgique recevait continuellement des avertissements au sujet d’une invasion imminente. Le diplomate concerné envoya à son gouvernement un télégramme d’une candeur stupéfiante, qui expliquait en substance pourquoi il ne fallait pas accorder foi à cette information. Elle émanait d’un haut gradé, ce qui laissait supposer qu’il s’agissait d’un leurre, car, dans le cas contraire, le messager était un traître. »

Friedrich Lenz, Der ekle Wurm der deutschen Zwietracht : Politische Probleme rund um den 20. Juli 1944, chap. 3, Selbstverlag, 1952, traduit de l’allemand par B. K.

(14) par exemple, lorsque Hitler a demandé à Beck s’il croyait vraiment que l’armée française était supérieure à l’armée allemande, il lui a répondu, se fondant sur ses quarante années d’expérience militaire, que, en cas de guerre, l’armée française « ne ferait qu’une bouchée de l’armée allemande ».
(*) Près de cinquante attentats ou tentatives d’attentat, dont aucun sous fausse bannière, sont recensés et documentés dans « Killing Hitler: The Plots, the Assassins, and the Dictator Who Cheated Death » (Bantam Books, 2007) de Roger Moorhouse.

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La Fabian Society

La Fabian Society a toujours implicitement
reconnu le principe de l’égalité des chances
entre les hommes et les femmes et a récemment
reconnu formellement leurs droits égaux à la
citoyenneté. Il est donc légitime que la Fabian
soit la première société à essayer de définir
définitivement la relation intime entre les
deux mouvements les plus vitaux de notre époque,
le socialisme et l’émancipation des femmes.

Le groupe des fabiennes aux membres de la Société (=)

Le public français a entendu parler pour la première fois de la Fabian Society dans la Revue des Deux mondes, à qui il a suffi de consulter ses écrits pour connaître son objectif : « [la] destruction lente de tout ce qui existe en vue d’un renouvellement du monde économique et moral… » ; son programme : « … la réorganisation de la société par l’émancipation de la terre et des capitaux industriels, qu’il faut retirer des mains des propriétaires et des individus, afin de les mettre à la disposition de la communauté pour le profit général » ; sa tactique : « … vous devez temporiser avec cette inébranlable patience que Fabius a montrée dans sa guerre contre Annibal, n’ayant aucun souci de ceux qui blâmaient sa lenteur. Mais quand le moment sera venu, vous devrez frapper fort, toujours comme l’a fait Fabius, sans quoi votre patience aura été vaine et restera sans fruit. » ; sa composition : « [des] socialistes » (i).
L’année suivante, dans sa livraison de novembre, la Revue de Lille, « dirigée par une équipe de professeurs des facultés catholiques », après un bref historique de la formation de la Fabian Society, en détaillait quelque peu le programme et la tactique : « « Elle a pour but la réorganisation de la société par l’émancipation du capital terrien et industriel, qu’elle voudrait ôter à la propriété privée et attribuer à la communauté pour le bénéfice de tous. » Conséquemment la Société travaille à l’extinction de la propriété privée terrienne et de l’appropriation individuelle, qu’elle se fasse sous forme de loyer, ou de toute somme exigée pour l’usure du sol. « La Société travaille en outre à faire transférer au sein de la communauté l’administration du capital industriel qui pourra être employé au bénéfice de la société. » Si ces mesures sont exécutées sans compensation (bien que la communauté puisse, si elle juge bon, accorder aux individus expropriés tel secours qu’il lui semblera bon) les loyers et les intérêts supprimés viendront augmenter le salaire du labeur ; les classes oisives qui vivent aux dépens des autres disparaîtront nécessairement et une égalité pratique sera maintenue dans la société par l’action spontanée des forces économiques, et cela avec beaucoup moins d’empiètements sur la liberté des personnes que n’en commet le système actuel. » Pour atteindre ces fins la Société Fabienne s’efforce de répandre les opinions socialistes et de provoquer les changements politiques et sociaux qui en sont la conséquence. Elle cherche à les provoquer par la diffusion générale de la science économique. » La Revue précisait que « [l]es Fabiens s’efforcent avant tout d’éclairer le monde ouvrier et de l’initier aux questions qui le concernent. Ils le mettent en garde contre les deux solutions extrêmes, l’individualisme à outrance et l’anarchie sociale. Ils s’acharnent à vouloir démontrer que l’on peut-être socialiste sans tomber dans aucun de ces deux excès. Ils s’unissent toujours aux membres de la Fédération démocratique et des Trade’s unions, pour réclamer la suppression des abus et l’amélioration des travailleurs de tout ordre. » (ii)
Le cinquième chapitre de « Socialisme en Angleterre » (F. Alcan, 1897) d’Albert Métin, intitulé « Collectivistes et possibilistes : La Fédération socialiste démocratique et la société fabienne » entre encore plus en détail dans les « idées », les objectifs et la tactique de la Fabian Society, tout en s’attachant à la présentation de ses dirigeants et à la description de son fonctionnement.
Au début des années 1880, un groupe de jeunes hommes se réunissaient régulièrement à Londres autour d’un petit fonctionnaire du nom de Percival Chubb (1860-1959), pour débattre des théories du philosophe idéaliste Thomas Davidson (1840-1900). Elles tournaient autour du projet de régénération morale de l’humanité par la pratique de vertus comme la gentillesse, l’amour et la simplicité. Ces vertus devaient d’abord être cultivées par un petit groupe de personnes, qui, une fois qu’elles les auraient développées au plus haut point, serviraient de modèle à l’ensemble des hommes. C’est dans le but de constituer une telle élite qu’a été formée en 1883 la Fellowswhip of the New Life. Pour des raisons difficiles à établir, mais qui semblent tenir à un désaccord sur la stratégie à adopter pour mener la réforme sociale qui devait précéder ou accompagner cette régénération, certains membres de la Fellowship l’ont vite quittée qui, pour quelques-uns, dont Chubb, ont fondé la Fabian Society. Outre celui-ci, ses membres fondateurs sont les suivants : l’écrivain Frank Podmore (1856-1910), ancien membre de la Fellowship et membre du Conseil de la Society for Psychical Research de 1882 à 1909 ; l’écrivain Edward R. Pease (1857–1955), né dans une famille de Quakers, ancien membre de la Fellowship, membre de l’Independent Labour Party, secrétaire et historien de la Fabian Society, éditeur des Fabian News et administrateur, avec les Webb, de la London School of Economics ; William Clarke (1852-1901), petit-fils d’un homme d’affaire prospère ; en désaccord avec la décision de la Fabian Society de soutenir la guerre des Boers, il a fini par la quitter ; Hubert Bland (1855-1914), disciple, comme Clarke, de l’économiste états-unien Henry George, ennemi de la propriété foncière individuelle et partisan de la nationalisation du sol ; Frederick Keddell (?-?), marxiste qui, après avoir été le premier secrétaire de la Fabian Society, a fait bande à part et a rejoint la Social Democratic Federation, premier parti socialiste organisé en Grand-Bretagne ; le journaliste et, d’après ses propres termes, « socialiste chrétien » Henry H. Champion (1859 –1928), lui aussi également membre du SDF, dont il devait être exclu en 1887 en raison de ses critiques à l’égard de l’athéisme de son président et de son appel à la révolution armée ; l’écrivain et poétesse Edith Nesbit (1858-1924), épouse d’H. Bland, avec qui elle était responsable du journal de la Fabian Society, Today ; Rosamund Dale Owen (1846-1934), fille du réformateur social Robert Dale Owen (1801–1877)
L’organisation de la Fabian Society se résume en cinq points : « 1. Meetings pour la discussion des questions qui se rattachent au socialisme. 2. Recherches sur les problèmes économiques et réunion de faits pouvant contribuer à les élucider. 3. Publications relatives aux questions sociales, avec arguments en faveur du socialisme. 4. Introduction de conférences et de débats socialistes dans d’autres associations ou clubs. 5. Représentation de la Société dans les conférences et les discussions publiques sur les questions sociales » (iii).
La Revue s’étend également sur « l’œuvre scientifique de la Société Fabienne », c’est-à-dire une collection de brochures consistant en la « réunion de discussions doctrinales et de monographies de faits sociaux » (iv) ; la Fabian Society, note, aux anges, celui qui deviendra plus tard tour à tour ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale et sous-secrétaire d’État aux Finances, « a la spécialité de recherches positives appuyées sur des données certaines, autant que possible sur des statistiques officielles et sur des faits constatés par des procédés scientifiques. Quand, poursuit-il avec une satisfaction ridicule, on consulte un des recueils d’informations édités par les Fabiens, on s’aperçoit seulement à la conclusion que ces sociologues si consciencieux sont des socialistes ». Est enfin signalée la création de la London School of Economics par les fabiens en 1895.
En 1897, Métin signe l’avant-propos de la traduction française, réalisée par lui-même, de « History of Trade Unionism » (Londres et New York : Longmans, Green and Co., 1894) de Sydney et Beatrice Webb.
Toujours en 1897, Pierre Verhaegen, avocat à la Cour d’appel de Gand et docteur de l’École des sciences politiques et sociales de Louvain, dédie à la Fabian Society un copieux chapitre de son « Socialistes anglais », où sont examinés entre autres les origines de la société, son orientation idéologique, son programme pratique, sa tactique électorale, son attitude à l’égard de la presse, ses moyens d’action, ses rapports avec les organisations existant en dehors du socialisme et ses relations avec les autres groupes socialistes. En ce qui concerne ses origines, nous savions déjà qu’elle était composée de « socialistes » ; nous en apprenons plus : ces « socialistes » sont « [u]n petit noyau d’hommes et de femmes appartenant, pour la plupart, à la classe moyenne » (v) ; plus encore : « [l]e Fabien, recruté surtout dans la classe bourgeoise […] [est] doué d’une aptitude héréditaire pour les affaires… » (vi) ; sur son but aussi : « un socialisme d’État démocratique, le mal à supprimer, c’est la propriété privée sous toutes ses formes… » (vii) ; au sujet du financement de la Fabian Society, nous verrons plus bas que l’auteur est bien mal renseigné, lorsqu’il déclare que « [l]es revenus annuels de la société proviennent des souscriptions, — facultatives et volontaires, — et de la vente des publications » (viii). L’auteur, comme la revue de Lille, se gargarise de ce que l’on y rencontre « des informations consistant en faits et en chiffres. Les documents sont empruntés à des sources sûres : ce autant que possible, écrit [l’économiste et militant socialiste] M. Webb [un des tout premiers membres de la Fabian Society] dans la Revue de Paris, ils sont puisés aux sources officielles et, à défaut, aux écrivains les plus universellement considérés » (ix) et rejoint Métin dans le ridicule, en déclarant que « souvent la conclusion » de celles-ci « rappelle que ces sociologues consciencieux sont socialistes » (x).
Les publications de la Fabian Society sont destinées à l’éducation socialiste du peuple anglais et atteignent assurément leur but, puisque, d’après S. Webb, certaines d’entre elles se sont vendues à plus d’un million d’exemplaires en quelques années (xi). La première cible des dirigeants de la Fabian Society n’en reste pas moins les classes dirigeantes ; comme l’indique G. B. Shaw, cité par l’auteur, il est primordial de « gagner [d’abord] la confiance de beaucoup de gens influents restés jusqu’à présent en dehors du socialisme… » (xii) ; de là l’assiduité des Fabiens aux réunions politiques et aux mondanités et la création par les dirigeants fabiens d’une kyrielle de « clubs de réflexion » et d’institutions, à commencer par la London School of Economics, où seraient formés les futurs dirigeants, non seulement de la Grande-Bretagne, mais aussi de tous les pays de la planète ; de là aussi que les Fabiens ont vite délaissé l’action politique, préférant la déléguer à des professionnels entièrement dévoués à leur cause – ce qui, cependant,ne fait pas de la Fabian Society un mouvement « purement [intellectuel] », comme l’affirme le Grand Larousse Encyclopédique (xiii).
En 1908, c’est au tour de la revue politique Pages Libres, proche du mouvement socialiste et du syndicalisme révolutionnaire, de faire, dans son numéro du 13 juin 1908, la promotion de la Fabian Society en France, suivie, en 1909, par la Grande revue, qui insiste sur la tactique de la société : « La Société Fabienne se compose de socialistes et a, par conséquent, pour but la réorganisation de la société par l’émancipation de la terre et du capital industriel qui doivent être soustraits à l’appropriation individuelle et à l’appropriation par une classe pour être remis aux mains de la collectivité en vue du bien général. Voilà le texte même de la déclaration que signent tous les adhérents à la société. Donc, la Société Fabienne est socialiste. Elle veut la destruction de la société capitaliste et son remplacement par une société collectiviste, au moyen d’une expropriation des possesseurs individuels. Cette expropriation doit se faire, non à proprement parler, en indemnisant les expropriés, mais en leur allouant un secours, fixé par la communauté. La Société Fabienne n’est donc pas révolutionnaire dans le sens que les Français donnent traditionnellement à ce mot : une transformation sociale naissant tout à coup d’une insurrection triomphante. La Société Fabienne est évolutionniste pour arriver à une fin révolutionnaire. Et pour atteindre cette fin, elle compte sur l’expansion des idées socialistes et s’efforce d’y arriver par la dissémination de la connaissance des rapports entre l’individu et la société sous son triple aspect : économique, moral et politique. La politique Fabienne est très originale, très curieuse. Elle ne pouvait d’ailleurs donner de bons résultats que dans un pays politiquement très évolué, où l’éducation politique est très avancée, dans un pays où l’évolution sociale est telle qu’il est le plus plus préparé à accepter et à réaliser les conceptions socialistes. Peu soucieuse de la quantité de ses membres, mais très soucieuse de leur qualité et intellectuelle et morale, la Société Fabienne poursuit le but de déterminer le peuple Anglais à démocratiser ses institutions politiques et à socialiser ses institutions économiques. Pour arriver à cette fin, elle presse de tout son pouvoir sur les partis politiques quels qu’ils soient. Elle soutient tout candidat, quelle que soit sa nuance, qui s’engage à accomplir des réformes tendant à la démocratie et au socialisme. Son essence tactique est d’être réformiste et de considérer une réforme,aussi petite soit-elle, comme un pas en avant dans la marche indéfinie du progrès. Les Fabiens doivent propagander et propagandent en effet d’une façon incessante par la parole et par l’écrit pour faire pénétrer la critique et les idées socialistes dans la presse, dans le roman, dans la poésie, dans le drame, dans les essais littéraires et scientifiques, dans les corps élus (Parlement, Conseils de comté et de villes), dans les groupes politiques et économiques, partout enfin. Et cette infiltration lente, incessante, aussi puissante que la goutte d’eau qui sans cesse tombe sur la pierre dure et la perce, a pour effet de déterminer insensiblement et inconsciemment dans le monde bourgeois et le monde ouvrier un état d’esprit socialiste, je veux dire une mentalité pénétrée d’idées et de conceptions socialistes. Et de là résulte qu’insensiblement des réformes se font en un sens socialiste et que sans cesse croissent et croîtront ces réformes, chacune d’elles étant un pas définitivement acquis vers le but final : la société socialiste. » (xiv).
Dans les années 1910, la Fabian Society fait l’objet d’articles dans diverses revues socialistes, ce qui, outre, comme indiqué ci-dessus, les efforts déployés par le politicien Métin à la fin du XIXe siècle, pour la faire connaître au public français, tend à suggérer qu’elle n’a pas attendu la Première Guerre mondiale pour « pénétrer » et exercer son influence en France.
Il est toujours question d’elle dans les années 1920 dans certaines publications spécialisées (Titus Komarnicki, « La Question de l’intégrité territoriale dans le pacte de la Société des nations [l’Article x du pacte] », Les Presses universitaires de France, 1923) ainsi que dans « Épilogue 1. Les impérialistes au pouvoir : 1895-1914 » (1926) du philosophe et historien libéral Elie Halévy qui, à chacun de ses fréquents séjours à Londres, fréquente la LSE et rend visite aux Webb ainsi qu’à Shaw (xv) et qui nous apprend (xvi) incidemment que les fabiens avaient fondé la LSE « [a]vec l’argent qui leur avait été laissé par un riche philanthrope ». Dès avant la guerre, Webb avait confié à Halévy « que l’avenir était aux grandes nations administratives gouvernées par des bureaux, et où l’ordre était maintenu par des gendarmes » (xvii), ce qui avait amené l’historien à conclure logiquement dans « Histoire du socialisme européen » (xviii), sans toutefois relever la contradiction de fait qui existe dans cette attitude, que les fabiens vouent « une admiration marquée pour toute solution administrative de problèmes économiques ». Durant sept décennies, la bureaucratie soviétique a essayé de résoudre administrativement les problèmes économiques qu’elle créait.
A partir des années 1930, la Fabian Society sera évoquée occasionnellement dans des ouvrages d’histoire politique ou d’histoire de l’économie, d’histoire du socialisme ou des doctrines économiques (Xavier de Germiny, « La position du travaillisme: vis-a-vis du communisme », Librairie René Giard, 1939 ; Fernand Renaudeau, « Le Parti Travailliste de Grande-Bretagne : ses origines, son développement [1900-1945], son orientation actuelle », Éditions Montaigne, 1947 ; Élie Halévy, « Histoire du socialisme européen : rédigée d’après des notes de cours par un groupe d’amis et d’élèves », Gallimard, 1947 ; Charles Gide et Charles Rist, « Histoire des doctrines économiques. De l’école historique à John Maynard Keynes », Recueil Sirey, 1947), avec une neutralité souvent fausse, mais toujours bienveillante. La critique, si critique il y avait, était périphérique et superficielle.
L’enduit lisse de la façade qui avait été présentée jusque-là de la Fabian Society a commencé à se décoller et à se craqueler au début des années 1980, grâce à la publication par Yann Moncomble de « L’Irrésistible Expansion du mondialisme » (Faits et documents, Paris, 1981), qui met en lumière, plus de deux décennies avant que les historiens britanniques ne commencent à s’en aviser, l’influence déterminante des théories de l’économiste libéral anglais d’origine juive David Ricardo (1772-1823) sur la pensée économique de Webb et de Shaw ; l’existence de liens ente la Fabian Society et les sociétés secrètes, en établissant l’adhésion de certains de ses membres – dès sa fondation par les administrateurs du Rhodes Trust, dirigé et financé par les Juifs Alfred Beit et Sir Abe Bailey, associés de Cecil Rhodes et de Rothschild dans les trusts sud-africains de l’or et du diamant – à la Pilgrims Society, dont le premier président était Frederick Sleigh Roberts (1832-1914), commandant en chef de l’Armée des Indes, héros de la seconde guerre afghane, commandant des forces armées britannique en Afrique du Sud durant la seconde guerre des Boers et franc-maçon (xix) ; l’investissement de la Fabian Society dans le projet d’instauration d’un gouvernement mondial, en identifiant John Boyd Orr (1880-1971), 1er baron Boyd-Orr, directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de 1945 à 1948, deuxième président du Mouvement Universel pour une Confédération mondiale (créé en 1947) et prix Nobel de la paix 1949, comme un membre de la Fabian Society (xx).
Dans la seconde moitié des années 1990, la Fabian Society sera mentionnée dans « Maçonnerie et sectes secrètes – Le côté caché de l’histoire » (xxi), traduction d’un ouvrage d’un certain Epiphanius intitulé « Massoneria e sette segrete : la faccia occulta delia storia », où la franc-maçonnerie et les sociétés secrètes connexes sont dénoncées comme des manifestations kaléidoscopiques de l’hérésie gnostique, dont l’objectif est de détruire l’Église pour instaurer un gouvernement mondial : ce n’est pas pour rien que l’ouvrage est paru chez les éditions du Courrier de Rome. Les sources d’Epiphanius ne sont pas toutes aussi « sûres » que l’affirme l’éditeur. Si nombreux sont les politiciens dont l’appartenance à la Fabian Society est avérée qu’il était inutile de risquer de se discréditer en en présentant comme membres certains qui n’en étaient pas ; pourtant, du point de vue chrétien auquel se place l’auteur, il était non seulement utile, mais nécessaire, d’établir un lien entre le fascisme et la Fabian Society : et c’est ainsi que l’on n’a pas craint de faire de Mosley un fabien (xxii). Une analyse, une fois expurgée de l’interprétation spiritualiste des enseignements des sociétés secrètes qui la boursoufle, est à retenir, à condition de préciser, ce que ne fait ni l’auteur ni les critiques suivants de la Fabian Society, que l’« État omnipotent » en question est entre les mains d’intérêts privés et que ses représentants visibles sont des fantoches : « [l]’idée de Saint-Yves du primat de l’économie sur la politique […] s’accompagne sans aucun doute de l’idée jacobine de l’État omnipotent. Ces deux composantes, qui agissent en synergie, produisent l’identité suivante : primauté de l’économie + omnipotence de l’État = le socialisme. Le socialisme, dans l’État technocratique en particulier, tend par sa nature à une forme d’universalité qui, habituellement à l’insu des technocrates eux-mêmes, s’identifie en réalité à la théocratie universelle et tire par là même sa sève du panthéisme gnostique […]. La British Fabian Society est une bonne démonstration de cette correspondance bi-univoque entre magie [la référence est au gnostique Simon le Magicien] et technocratie. » (xxiii). De fait, certains membres de la Fabian Society étaient attirés par l’occultisme : Herbert Burrows (1845-1922), libre-penseur et militant socialiste favorable à « l’indépendance politique complète de la femme », « l’indépendance économique complète de la femme », « la liberté sexuelle complète de la femme » (xiv), appartenait aussi à la Société Théosophique et; avec la membre fondatrice de la Fabian Society Edith Nesbit, à la Stella Matutina (xxv), ordre initiatique créé en 1905 par William Butler Yeats. membre de l’Ordre hermétique de l’Aube dorée fondé par William Wynn Westcott en 1888. Les dirigeants fabiens étaient friands de séances de spiritisme (xxvi). C’est peut-être pourquoi, dans le premier tome de « Faits et chroniques interdits au public » (2003), dont un chapitre est constitué par un exposé critique des principes et de la tactique de la Fabian Society, Pierre de Villemarest postule une filiation entre celle-ci et l’Ordre hermétique de l’Aube dorée ; en attendant, le seul lien avéré qui unit les deux organisations est l’actrice et militante des droits de la femme Florence Farr (1860-1917), maîtresse de Shaw (xxvii) et membre de la dite société secrète. Plus tard, de Villemarest a enquêté sur la « pénétration » fabienne en France (xxviii).
En 2004, la Fabian Society, « mère de tous les organismes internationaux qui orchestrent la politique internationale aujourd’hui », a été pointée du doigt dans « La Tragédie européenne » (xxix).
Est paru en 2015, sous le pseudonyme de John Green, un ouvrage auquel, étant donné sa taille, pourra être donné le titre de somme, si – nous n’avons pas été en mesure de le consulter – il s’avère qu’il dépasse le point de vue étroitement chrétien des autres publications de l’éditeur : « La société Fabienne – L’instauration d’un nouvel ordre international chez Béatrice et Sidney Webb » (Saint Rémi, 2015). Étudie-t-il le rôle fondamental de la Fabian Society, jusqu’à présent ignoré par tous les chercheurs qui se sont penchés sur son cas, sauf par l’auteur de l’article que nous publions, légèrement remanié, en traduction française ci-dessous, dans la propagande en faveur du « multiculturalisme » et de l’invasion de l’Europe par des populations d’origine extra-européenne et dans la conception et l’élaboration même des politiques génocidaires qui y sont liées ?

Le fabianisme est un mouvement radical lancé dans les années 1880 à Londres dans le but de renverser l’ordre existant et d’établir un monde socialiste.
A cette époque, Londres était à la fois le centre du capitalisme libéral – qui est lui-même un mouvement subversif – et le foyer de la gauche radicale, qui cherchait à subvertir le premier. La principale association de promotion du socialisme en Angleterre était l’International Working Men’s Association (IWMA, aussi connu sous le nom de « Première Internationale »), établie en 1864 par Karl Marx.
Au début, les doctrines de Marx n’étaient disponibles qu’en allemand et en français et avaient ainsi peu d’impact sur le public britannique. Son disciple Henry Hyndman a été le premier à populariser ses enseignements ainsi que ceux d’autres socialistes allemands en langue anglaise. Hyndman a fondé la Fédération Sociale Démocratique en 1881 (1).
Les fondateurs de la Fabian Society étaient eux-mêmes influencés par le marxisme et appartenaient aux cercles de la Social Democratic Federation Ce qui distinguait la Fabian Society des organisations socialistes antérieures comme l’IWMA et la SDF était la méthode par laquelle elle cherchait à atteindre son objectif. Tandis que les autres socialistes parlaient ouvertement de révolution, les fabiens entendaient construire le socialisme progressivement et furtivement.
Selon l’un de ses dirigeants, la Fabian Society était « organisée en vue de la réflexion et de la discussion et non de l’action électorale, qu’elle laisse à d’autres organismes, bien qu’elle encourage ses membres à participer activement, à titre individuel, au travail de ces autres organismes » (2).

Le loup dans la bergerie

La nature subversive du projet de la Fabian Society est illustrée par la Fabian Window, vitrail en verre coloré montrant les leaders fabiens Edward R. Pease, Sidney Webb et Bernard Shaw (dans le manteau vert) forgeant un nouveau monde à partir de l’ancien, tandis que d’autres fabiens sont agenouillés en adoration devant une pile d’ouvrages de la Fabian Society.
Le vitrail porte la devise « Remould it [the World] nearer to the heart’s desire », dernier vers d’un quatrain du poète iranien Omar Khayyam (1048-1131), qui lit : «Dear love, couldst thou and I with fate conspire/To grasp this sorry scheme of things entire,/Would we not shatter it to bits, and then/Remould it nearer to the heart’s desire! » (3). Il illustre parfaitement le projet des fabiens de détruire la société pour la reconstruire à leur manière.
La Fabian Window a été commandée par Shaw en 1910 et est actuellement exposée à la London School of Economics. Son thème se veut humoristique ; comme l’a admis Shaw, les fabiens cultivent l’humour, ou ce qu’il décrit comme « la capacité à nous moquer librement de nous-mêmes » (4). En fait, les fabiens dissimulent derrière l’humour le caractère sinistrement sérieux de leurs intentions.
Si la Fabian Window est indéniablement symbolique, sa facture religieuse trahit le fait que, en dépit de sa prétention à être « scientifique », le socialisme se révèle truffé.d’incohérences et de contradictions internes qui font que l’adhésion à ses principes est fondée sur la foi plus que sur la raison. Comme l’a observé l’économiste P. Bauer, le socialisme est une sorte de religion messianique qui promet le salut sur la terre (5) et c’est précisément ce que se veut être le fabianisme aussi. Shaw a déclaré que les fabiens devaient « transformer le socialisme en une religion » (6). D’autres dirigeants de la Fabian Society ont parlé du socialisme comme d’une « nouvelle religion sociale ». Ainsi, sur le vitrail, l’attitude adoratrice des fabiens représente avec précision la nature quasi religieuse du socialisme en général et du fabianisme en particulier.
Le loup revêtu d’une peau de mouton et portant un étendard rouge marqué des initiales « FS » qui figure sur le « blason » en arrière plan est particulièrement révélateur de la tactique des fabiens, qui est l’infiltration, c’est à dire la pénétration furtive.
Enfin, la devise de la Fabian Society, empruntée qu’elle est à un poète iranien, pourrait bien être une allusion à la reconstruction de l’ordre mondial en accord avec les intérêts pétroliers internationaux. L’Anglo-Iranian Oil Company (plus tard British Petroleum) était parmi les membres corporatifs de le Royal Institute of International Affairs, alias Chatham House (King-Hall, p. 140), organisation cofondée par des membres de la Fabian Society, qui a conservé des liens étroits avec les intérêts pétroliers (voir ci-dessous).

Les fabiens et les intérêts financiers subversifs

Le principal organe à l’origine de la Fabian Society était le Parti libéral, parti de centre-gauche à l’époque. Cependant, les fabiens avaient bel et bien des liens avec la politique libérale et les intérêts capitalistes libéraux, comme le montre la liste des membres de certains des groupes de réflexion qu’a créé la Fabian Society, en tête desquels le Coefficients Dining Club (7), dont nous reparlerons plus bas.
Des écrits des fabiens il ressort qu’ils ont consciemment cherché la compagnie, la collaboration et le soutien des riches et des puissants. Our partnership de Beatrice Webb ne cesse d’exhorter les fabiens à « attirer les millionnaires», « tirer les ficelles », « manipuler toutes les forces que nous contrôlons », tout en prenant soin de « paraître désintéressés » et de prétendre être « des gens humbles que personne ne soupçonne d’être puissants » (8).
En fait, les Webb étaient en contact régulier avec des gens comme Arthur Balfour et Richard Haldane (lui-même membre de la Fabian Society) qui servaient de contacts entre les fabiens et les puissants, les riches. Au fur et à mesure que leur cercle social s’est développé, les dîners fréquents, les réunions informelles et les « petites soirées » des Webb leur ont permis de se mêler à des membres influents de l’élite dirigeante comme Lord Rosebery, Julius Wernher (de Wernher, Beit & Co.) et Lord Rothschild et de les convaincre de soutenir leurs projets subversifs.
Il est essentiel de comprendre que leurs relations étaient loin d’être à sens unique. Les principaux éléments du capitalisme libéral – les grands hommes d’affaires, les industriels et les banquiers – qui avaient accumulé de grandes richesses à la suite de la révolution industrielle, n’étaient pas des philanthropes altruistes. Ils visaient à renforcer leur propre position de pouvoir et d’influence par deux moyens: (1) en monopolisant la finance, l’économie et la politique; et (2) en contrôlant une classe ouvrière urbaine de plus en plus nombreuse.
Le premier objectif devait être atteint par la centralisation du capital, des moyens de production, etc. Le deuxième devait être obtenu par l’organisation des travailleurs et par la promesse de leur accorder une plus grande part des ressources. Ces buts coïncidaient avec ceux du mouvement socialiste, dont les fabiens voulaient devenir le principal élément.
Comme l’a souligné H. G. Wells, la grande entreprise n’était nullement antipathique au communisme, car « plus la grande entreprise grandit, plus elle se rapproche du collectivisme » (9). De même, Joseph A Schumpeter, professeur de David Rockefeller à Harvard, a écrit : « Les vrais moteurs du socialisme n’étaient pas les intellectuels ou les agitateurs qui le prêchaient, mais les Vanderbilt, les Carnegie et les Rockefeller (10).
En effet, le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels (1848) était fondé sur des politiques capitalistes monopolistiques comme la centralisation du capital et l’organisation des travailleurs.
Marx – dont la fille, Eleanor, a appartenu à la Fabian Society (11) et Engels ont commencé leur carrière en tant que journalistes au service des intérêts capitalistes libéraux. Marx a travaillé plus tard pour le New York Tribune, dont le propriétaire, Horace Greeley et son rédacteur, Charles Anderson Dana, étaient de proches collaborateurs de Clinton Roosevelt (12), membre démocrate radical du célèbre Clan Roosevelt, dont les centres d’intérêt étaient la banque et la politique et qui était un proche allié des Vanderbilt.
La Fabian Society a non seulement adopté les politiques de Marx et d’Engels, mais elle était étroitement liée aux mêmes genres d’intérêts qu’eux :
Hubert Bland, employé de banque devenu journaliste, travaillait pour le Sunday Chronicle de Londres, un des journaux du magnat de la presse Edward Hulton, ancien compositeur d’imprimerie du quotidien libéral The Manchester Guardian. Bland, co-fondateur de la Fabian Society, est devenu un membre de sa direction et son trésorier. C’est lui qui a fait adhérer à la Fabian Society son ami et collègue journaliste Bernard Shaw.
Shaw travaillait pour la London Pall Mall Gazette, où le dirigeant libéral William T. Stead était rédacteur en chef et Alfred (plus tard Lord) Milner était son assistant. Stead et Milner étaient tous deux proches du magnat du diamant et associé des Rothschild Cecil Rhodes et ont participé à la formation de l’organisation secrète influente connue sous le nom de Milner Group. Recruté par son ami Bland en 1884, Shaw a lui-même recruté Annie Besant (13) et ses amis Sidney Webb, Sydney Olivier et Graham Wallas de 1885 à 1886.
Fait révélateur, les fabiens réussissaient par excellence à s’élever socialement et financièrement – ce qui montre qu’ils ne se sentaient pas tenus par la promesse qu’ils avaient faites aux simples membres de la Fabian Society et à d’autres de « partager équitablement les avantages naturels et acquis » et de « substituer complètement la propriété publique à la propriété privée ».
Sidney Webb a épousé Beatrice Potter, fille d’un riche financier qui avait des relations dans le monde entier et était président du Great Western and Grand Trunk Railways of England and Canada. Beatrice était aussi une amie proche d’Arthur Balfour, associé des Rothschild et Premier ministre conservateur. Le Great Western Railways (GWR) a soutenu la jeune LSE de Webb, en inscrivant les membres de son personnel aux cours de l’école et Webb a également utilisé les autres relations de sa femme pour faire avancer les politiques de la Fabian Society.
Shaw a épousé Charlotte Payne-Townshend, fille d’un riche investisseur boursier qui était l’un des bailleurs de fonds de la Fabian Society. Shaw a été employé par le millionnaire William Waldorf (plus tard Lord) Astor, propriétaire de la Pall Mall Gazette et est devenu un ami proche du fils de ce dernier (et chef du groupe Milner) Waldorf et de son épouse Nancy. Le Pall Mall et la St. James’s Gazette publiaient.régulièrement des interviews dans lesquelles Shaw et Webb faisaient la promotion des théories socialistes.
Comme Shaw, Webb, Olivier et Wallas sont devenus les « Big Four » de la Fabian Society, il est clair que celle-ci était une organisation privée dirigée par des éléments au service de médias représentant des intérêts capitalistes libéraux.
En effet, l’un des principaux bailleurs de fonds de la Fabian Society était John Passmore Edwards, associé du fabricant de textile et chef de la Manchester School (ou libéralisme manchestérien) Richard Cobden. Dans les années 1890, Passmore Edwards a fait don de 10 000 £ à la LSE, pour lui permettre de faire bâtir un nouveau bâtiment (14).
Les fabiens étaient également liés à la Manchester School par Harold Cox, membre de la Fabian Society qui était un disciple du libéralisme manchestérien, secrétaire du Cobden Club, rédacteur en chef de l’influent trimestriel Edinburgh Review et collaborateur de Sidney Webb (15).
Il s’ensuit que Karl Marx et la Fabian Society ont été financés par des intérêts industriels liés à l’école de Manchester et au monde des médias.
Ces intérêts puissants étaient des alliés de la famille Rothschild, qui avait des liens étroits avec le monde des médias de gauche, de l’industrie et de la finance de Manchester : la première escale des Rothschild en Angleterre avait été Manchester, où le patriarche Nathan Meyer avait débuté sa carrière dans le commerce du textile. Les Rothschild soutenaient depuis longtemps les causes libérales, plusieurs membres importants de la famille ayant été députés du parti libéral.

Les intérêts de la Fabian Society et des Rothschild

La Fabian Society était en contact étroit avec les Rothschild, à la fois directement et par des intermédiaires comme Balfour. Les Balfour étaient parmi les principaux représentants des puissances d’argent britanniques et avaient participé à la création d’organisations visant à promouvoir leurs intérêts, comme l’Anglo-American League, la Pilgrims Society, l’Imperial College et la Société des Nations. Alors que son frère Gerald était président du Board of Trade, Arthur Balfour était président du Local Government Board, avant de devenir Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Quel qu’ait été le poste qu’il a occupé, il s’entretenait régulièrement avec Lord Natty Rothschild et les dirigeants de la Fabian Society et promouvaient leurs politiques.
Lord Rothschild lui-même a participé personnellement, avec Sidney Webb, à la restructuration de l’Université de Londres, dans laquelle la LSE des fabiens a été incorporée en 1898. Il a également fourni des fonds à la LSE et en a été le troisième président, en prenant la succession de son parent Lord Rosebery (16).
La LSE continue d’entretenir des liens étroits avec les Rothschild et leurs associés. Par exemple, le Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment de la LSE est financé par la Fondation Grantham, dont le fondateur Jeremy Grantham, de la firme de gestion de placements Grantham, Mayo & Otterloo (GMO), a été économiste chez Royal Dutch Shell, dont les Rothschild sont parmi les principaux actionnaires ; le conseil consultatif du Grantham Institute compte parmi ses membres Sir Evelyn de Rothschild de EL Rothschild Ltd. et Vikram Singh Mehta de Shell Companies, Inde ; Rothschild, Shell, Barclays, Goldman Sachs, JP Morgan et Morgan Stanley sont membres de la LSE Careers Patron Group ; Peter Sutherland, président de Goldman Sachs International, est président de la LSE, etc.

La Fabian Society et le groupe Tata

L’un des liens des fabiens avec les intérêts industriels était le magnat indien des textiles Jamsetji Tata, que Sidney et Beatrice Webb avaient aidé à créer une cité ouvrière autour des aciéries qu’il venait d’acquérir à Bombay, où les fabiens avaient créé une branche de la Fabian Society. En 1912, Tata a financé le Sir Ratan Tata Department de la LSE, qui est devenu plus tard le Department of Social Sciences, dont le premier conférencier était Clement Attlee, membre de la Fabian Society et plus tard président du New Fabian Research Bureau (17).

La Fabian Society et le clan Rowntree

L’un des autres liens de la Fabian Society avec les intérêts industriels était le fabricant de chocolat Rowntree’s. Après avoir créé diverses sociétés de bienfaisance en 1904, Joseph Rowntree a financé la Commission for the Prevention of Destitution de la Fabian Society et, à partir de 1915, a subventionné les activités de la Fabian Society ainsi que celles de son département de recherche, d’où est sorti en 1916 le rapport « International Government » (18) ; son fils, Seebohm Rowntree, qui, en plus d’être un industriel, était aussi un fervent réformateur social, a été membre, avec Beatrice Webb, de la Royal Commission on the Poor Law 1905-09 (19) et, depuis, les sociétés caritatives Rowntree n’ont pas cessé de financer des projets de la Fabian Society.

Les intérêts de la Fabian Society et de Cassel

La Fabian Society était également liée au banquier et financier international Sir Ernest Cassel, associé de Rothschild, Schiff et Morgan. Cassel a été persuadé par son ami Lord Richard Haldane, membre du Coefficients Club de la Fabian Society et, à partir de 1925, membre de la Fabian Society, de léguer des sommes importantes à la LSE (20).
A la fondation du Sir Ernest Cassel Educational Trust en 1919, Haldane, le dirigeant libéral Herbert Asquith (ami de Cassel et de Bernard Shaw) et Lord Balfour en ont été nommés administrateurs. En 1924, le Trust a accordé des subventions importantes à la LSE, qui, en retour, a créé le Sir Ernest Cassel Chair of International Relations (plus tard International Relations Department).

Les intérêts de la Fabian Society et des Rockefeller

La Fabian Society est particulièrement proche des Rockefeller, qui sont des socialistes fabiens déguisés. David Rockefeller a écrit une thèse bienveillante sur le socialisme fabien à Harvard (Destitution through Fabian Eyes , 1936) et a étudié l’économie socialiste à la LSE. Sans surprise, les Rockefeller ont financé d’innombrables projets de la Fabian Society, dont la LSE. Dès la fin des années 1920 et 1930, la LSE a reçu des millions de dollars des fondations Rockefeller et Laura Spelman, à tel point qu’elle a reçu le surnom de « Rockefellers baby ».
Le Conseil des relations étarngères (CFR) des Rockefeller, qui opère au sein du Département d’État des États-Unis, a été responsable de la conception de la politique étrangère américaine d’après-guerre. Un élément clé de cette politique a été l’aide de 13 milliards de dollars octroyée au titre du plan Marshall aux gouvernements socialistes européens, dont le gouvernement socialiste fabien dirigé par Clement Attlee, ancien président du New Fabian Research Bureau.
Le Fonds monétaire international (FMI), créé en 1944 en même temps la Banque mondiale, est un autre fonds Rockefeller qui finance les projets de la Fabian Society. Son architecte en chef était le sous-secrétaire américain au Trésor Harry Dexter White, espion communiste qui avait des liens étroits avec l’Institute of Pacific Relations (IPR), dont la création en 1925 a été possible grâce à des fonds Rockefeller.
Le FMI a accordé plusieurs prêts aux gouvernements travaillistes (fabiens) :

· 250 millions de dollars au gouvernement Attlee en 1947 (21) ;
· 1 milliard de dollars au gouvernement Wilson en 1969 (22) ;
· 4 milliards de dollars au deuxième gouvernement Wilson en 1976 (23).

Un autre emprunt important de 4,34 milliards de dollars a été négocié en 1946 par l’économiste fabien John Maynard Keynes avec l’aide de son ami et collaborateur Harry Dexter White, alors employé du Trésor américain et du FMI. Tous ces prêts ont été octroyés sous les gouvernements fabiens de Hugh Dalton, Roy Jenkins et Denis Healey.
La Fabian Society elle-même continue d’être financée par des entités subversives comme la Commission européenne et la Fondation pour les études européennes progressistes (FEPS), opération à l’échelle européenne cofinancée par le Parlement européen, qui œuvre pour une Europe socialiste.
La Fabian Society travaille également en partenariat avec des sociétés mondiales comme Pearson, associé de longue date de Lazard et Rothschild. Pearson est un actionnaire important du groupe bancaire Lazard depuis le début des années 1900. Lazard a été identifié par l’historien Carroll Quigley comme la banque principale de l’establishment anglo-américain, alliance entre le groupe britannique Milner (qui s’occupe des intérêts des Rothschild) et l’Eastern Establishment (qui veille à ceux de JP Morgan et des Rockefeller) .
Comme Pearson, Lazard est un groupe de gauche qui soutient depuis longtemps les causes de gauche. Lazard a pris parti pour Obama et a embauché le dirigeant socialiste fabien Peter Mandelson comme conseiller principal.

La Fabian Society et les associations caritatives

Les intérêts financiers et industriels, avec lesquels, comme nous l’avons vu, la Fabian Society a des liens étroits, utilisent depuis longtemps les fondations philanthropiques pour promouvoir leurs programmes subversifs sous couvert de « justice sociale et raciale» ou de « bien public ».
Les registres de la Charity Commission montrent que, en 2007, la Fabian Society et la Barrow Cadbury Trust (fondation caritative contrôlée par le chocolatier Cadbury, qui travaille en partenariat avec la Fabian Society) ont participé à des discussions secrètes sur la « politique d’immigration progressiste » avec divers politiciens travaillistes, dont le ministre de l’Immigration, Liam Byrne (24), membre de la Fabian Society et co-fondateur de Progress, groupe de réflexion et de pression blairien (New Labour) cofondé en 1996 par Derek Draper et Liam Byrne et dont de nombreux présidents et directeurs ont été membres de la Fabian Society. Draper était l’un des cadres supérieurs du cabinet de lobbying bruxellois GPC Market Accessn détenu par le cabinet de conseil anglo-américain Countrywide Porter Novelli, tandis que Byrne, ancien boursier Fulbright à la Harvard Business School, était banquier chez NM Rothschild & Fils ainsi que membre de la Fabian Society.
Les autres « organismes de bienfaisance » importants qui travaillent en partenariat avec la Fabian Society, financent ses projets ou font la promotion de son programme sont le Webb Memorial Trust et les fondations Joseph Rowntree.

· Le Webb Memorial Trust a accordé des subventions à la Fabian Society.
· La Fondation Joseph Rowntree (JRF) travaille en partenariat avec la Fabian Society.
· Le Joseph Rowntree Reform Trust (JRRT) et Barrow Cadbury Trust (BCT) ont octroyé des subventions à COMPASS, groupe de pression brownien créé en 2003 et dirigé par Fabian Neal Lawson.
· Le Joseph Rowntree Charitable Trust (JRCT) – qui se décrit comme une « fondation progressiste œuvrant à un changement radical » – cofinance la Commission Runnymede Trust sur l’avenir de la Grande-Bretagne multiethnique (CFMEB), etc.

Ces fondations fabiennes ou associées à la Fabian Society sont également fortement représentées dans un certain nombre d’autres fondations et associations de fondations, qui toutes travaillent à la mise en œuvre du programme de la Fabian Society. Par exemple, Sara Llewellin, PDG de Barrow Cadbury Trust (BCT), est également vice-présidente de l’Association of Charitable Foundations (ACF), dont le comité de nomination comprend Anna Southhall de BCT et Simon Buxton de Noel Buxton Trust (NBT), fondation contrôlée par la Fabian Society et nommée d’après le fabien Lord Noel-Buxton. Llewellin est également membre du Conseil des gouverneurs du European Foundations Centre. Citons aussi Oxfam, cofondé en 1942 par Gilbert Murray, ami de sommités fabiennes comme G. B. Shaw et H. G. Wells et président de l’organisation fabienne League of Nations Society (LNS).

L’emprise de la Fabian Society sur les classes laborieuses

Les éléments monopolistiques du capitalisme libéral avaient réussi à prendre le contrôle des ressources (pétrole, or, acier, etc.) avec la collaboration des classes supérieures dirigeantes, qu’ils remplaçaient progressivement. Cependant, l’émergence d’une nouvelle classe de travailleurs industriels moins malléable menaçait de perturber l’équilibre du pouvoir dans les sociétés industrielles.
Par conséquent, les grands capitalistes libéraux – les grands groupes industriels, commerciaux et bancaires (Rothschild, Carnegie, Rockefeller, etc.) – en sont venus à soutenir la réforme sociale dans l’espoir d’apaiser les classes ouvrières rétives et d’en prendre finalement le contrôle. La Fabian Society a été créée à cette fin.
Les dirigeants de la Fabian Society avaient découvert depuis longtemps que les classes ouvrières britanniques « ne se rueraient pas sur le socialisme » – comme l’admet candidement le secrétaire de la Fabian Society Edward R. Pease (25). Par conséquent, la première tâche de la Fabian Society a été d’attirer à elle les classes ouvrières pour s’en servir à ses propres fins.
Conformément à leur slogan, « éduquer, agiter, organiser », les fabiens, par une propagande et une agitation habiles, ont réussi à manipuler le public pour l’amener à accepter et à soutenir leurs politiques, notamment leurs programmes de réforme sociale. En d’autres termes, les fabiens ont décidé ce que le public voulait, puis se sont assurés que le public voulait, ou semblait vouloir, ce que les fabiens avaient décidé qu’il voulait (26).
Une fois les masses endoctrinées par le fabianisme, il restait à les organiser et c’est à cet effet qu’a été créé l’Independent Labour Party (ILP).
L’ILP a été fondé lors d’une conférence de la Fabian Socety en 1893. Issu de la fusion de plus de soixante-dix sociétés fabiennes locales, son premier président était le fabien Keir Hardie qui avait précédemment cofondé la Deuxième Internationale avec Friedrich Engels.
Une fois l’ILP créé, la Fabian Society n’a ménagé aucun effort pour accroître son influence dans les branches de l’ILP et de la Social Democratic Federation dans tout le pays.
Fait intéressant, la Fabian Society comparait son influence sur le peuple britannique à celle de la British South Africa Company (BSAC) du groupe Milner sur les indigènes sud-africains. Par exemple, en 1897, la direction de la Fabian Society a annoncé que, tout comme la « Chartered Company » le faisait en Afrique à l’endroit des indigènes, la Fabian Society asservirait et contrôlerait les indigènes britanniques « pour son profit et leur propre bien » (27).
Que le but que l’ILP s’était fixé était de contrôler les classes ouvrières dans l’intérêt de la Fabian Society ressort clairement du Diary de Beatrice Webb et d’autres documents de la Fabian Society. En 1913, elle put constater que la Fabian Society et l’Independent Labour Party étaient sur le point de contrôler la politique du mouvement travailliste et socialiste britannique (28).
Ce qui précède démontre sans conteste que le socialisme (y compris le fabianisme) a été imposé aux classes ouvrières par des intérêts qui lui étaient extérieurs. Lénine lui-même avait utilisé le socialisme pour supprimer toute spontanéité dans le mouvement ouvrier et l’amener sous le contrôle de son parti « social-démocrate » (plus tard communiste) (29).
De leur côté, les partisans ordinaires du Parti travailliste – dans la mesure où ils étaient au courant des activités des fabiens – les considéraient comme des araignées sans scrupules, tissant des toiles pour piéger les socialistes honnêtes (30). Dans l’un de ses moments de lucidité, Bernard Shaw l’a reconnu, qualifiant le Fabian Society et se qualifiant lui-même de « magnifiques parasites » (31).

La Fabian Society et le Parti travailliste

Un autre des instruments dont s’est servi la Fabian Society pour piéger les masses sans méfiance est le Parti travailliste. Fondé en 1900 par Keir Hardie et ses collègues socialistes, le parti s’est appelé Labour Representation Committee jusqu’en 1906.
Le fait que les fondateurs de la Fabian Society appartenaient tous à la classe moyenne montre qu’elle ne représentait pas les travailleurs. Dès la création du Parti travailliste, l’un d’entre eux, Edward R. Pease, siégeait à son conseil exécutif, suivi par Sidney Webb et d’autres membres de la Fabian Society.
La Fabian Society se décrit actuellement comme un « groupe de réflexion ». Cependant, tout groupe de réflexion au sein d’un parti est, par définition, un groupe d’experts dont les conseils et les idées qu’il fournit à ce parti sur des questions spécifiques lui servent à élaborer son programme.
Dès la création de la Fabian Society, ses dirigeants ont présenté les fabiens comme les « intellectuels » du parti travailliste (32). Dans les années 1950, Margaret Cole, secrétaire de la Fabian Society, décrivait la Fabian Society comme la « machine à penser du socialisme britannique » (33). La Fabian Society continue de se définir comme étant « à l’avant-garde de l’élaboration d’idées et de politiques publiques de gauche » (34).
Comme s’il ne suffisait pas que la politique d’un grand parti politique comme le Parti travailliste lui soit inspirée par une organisation privée semi-secrète au programme subversif, la Fabian Society fait beaucoup plus que de lui fournir des idées. La constitution, le manifeste et la politique du Parti travailliste ont tous été écrits par des membres de la Fabian Society, comme Arthur Henderson et Sidney Webb.
Le Memorandum on War Aims (1918) de Sidney Webb est devenu la déclaration politique du Parti travailliste.
La brochure Labour and the New Social Order (1918), également de Webb, a été adoptée comme manifeste du Parti travailliste.
The Aims of Labour (1918) de Webb et de son collègue fabien Arthur Henderson, est devenu la politique officielle du parti travailliste (35), etc.
Le poids qu’exerce la Fabian Society sur le Parti travailliste n’est pas qu’intellectuel, il est aussi, pour ainsi dire, physique, comme le montre le nombrent de personnes qui sont membres des deux et le pourcentage de fabiens dans le nombre total des députés travaillistes, des membres des gouvernements travaillistes successifs et des membres de la direction du Parti travailliste..
La Fabian Society compte 7 000 membres, dont 80% (5 600) sont membres du Parti travailliste. Cela représente environ 3% du nombre total de membres du Parti travailliste (environ 190 000 en 2010).
Le pourcentage de fabiens augmente considérablement parmi les membres de la direction du Parti travailliste. Dès le début, un grand nombre des candidats du Parti travailliste aux élections législatives étaient membres de la Fabian Society et, depuis les années 1940, environ 50% des travaillistes qui se sont présentés à la législature en étaient membres.
En 1945, 393 candidats travaillistes ont été élus au Parlement, dont 229 membres de la Fabian Society.
En 1997, 418 candidats travaillistes y ont été élus, dont 200 membres de la Fabian Society.
A la direction du parti travailliste, la proportion de fabiens est proche de 100 pour cent. Le gouvernement travailliste qui est entré en fonction en 1966 comptait vingt-et-un ministres, dont dix-sept étaient membres de la Fabian Society et cette proportion n’a pas changé depuis. Blair compris, presque tous les ministres du gouvernement travailliste qui a été formé en 1997 étaient des fabiens (36).

· Depuis sa création, d’éminents fabiens comme Ramsay MacDonald, Arthur Henderson, James (« Jim ») Middleton, Morgan Phillips et d’autres ont occupé le poste de secrétaire général du Parti travailliste.
· Tous les gouvernements travaillistes de 1924 à 1997-2010 étaient composés presque exclusivement de membres de la Fabian Society;
· Tous les Premiers ministres travaillistes ont été membres de la Fabian Society ;
· Tous (ou presque tous) les dirigeants du Parti travailliste ont été membres de la Fabian Society ;
· Tous (ou presque tous) les chefs adjoints du Parti travailliste ont été membres de la Fabian Society ;
· Les futurs dirigeants du Parti travailliste sont formés chez les Young Fabians, la section des moins de 31 ans de la Fabian Society, qui, comme la Fabian Society elle-même, est affiliée au Parti travailliste. Sans surprise, les Young Fabians ont été décrits comme les « députés travaillistes du futur » ;
· Les publications de la Fabian Society continuent de servir de fondement à la politique du Parti travailliste (37) ;
· Les dirigeants du Parti travailliste continuent de professer leur allégeance au fabianisme et à la Fabian Society :

En avril 2006, lors du dévoilement de la Fabian Window à la LSE, le Premier ministre travailliste Tony Blair a déclaré que beaucoup des valeurs défendues par les fabiens sont « très reconnaissables » dans le Parti travailliste d’aujourd’hui (38).
Les événements importants qu’organise le Parti Travailliste sont régulièrement annoncés et évoqués lors des conférences de la Fabian Society. Par exemple, Ed Miliband a annoncé sa candidature à la direction du parti lors d’une conférence de la Fabian Society en mai 2010 ; et les politiciens et les activistes travaillistes se sont réunis sous les auspices de la Fabian Society pour discuter de la politique du parti (39).
En janvier 2013, lors de la Conférence du Nouvel An de la Fabian Society, Ed Miliband, élu entre-temps, a déclaré être « un fervent lecteur des écrits des fabiens » (40), etc.

L’emprise de la Fabian Society sur la société britannique

Il n’était pas que les classes ouvrières que les fabiens cherchaient à contrôler totalement. Le but déclaré de la Fabian Society était de pénétrer toutes les classes et d’y diffuser « l’idée que les valeurs créées par la société doivent être l’objet d’un contrôle social » (41).
Inutile de dire que toutes ces opinions propagées par la Fabian Society étaient les opinions de la Fabian Society elle-même et non du grand public, l’objectif explicite de la Fabian Society étant la propagation de ses opinions : « Les fabiens sont associés pour répandre les opinions qui sont les leurs… » (42). À cette fin, la Fabian Society a entrepris de contrôler, non seulement la politique, mais aussi l’éducation, la culture, l’économie, le système judiciaire et même la médecine et la religion, comme le montrent de nombreuses déclarations de ses dirigeants. Par exemple, Bernard Shaw a déclaré que l’objectif de la réforme de l’éducation que préconisait la Fabian Society était de créer un ministère de l’éducation, qui « contrôlerait tout le système éducatif, de l’école primaire à l’université et toutes les dotations à l’enseignement » (43).
Cet objectif a été accompli à travers un large éventail d’organisations, de sociétés et de mouvements interconnectés :

· Dans le domaine de l’éducation, par des conseils tels que le London County Council, des sociétés universitaires et des établissements comme la LSE l’Imperial College et l’Université de Londres.
· Dans le domaine de la culture, par le mouvement New Age, l’École Centrale des Arts et Métiers, le Leeds Arts Club, le Fabian Arts Group, la Stage Society et le Creative Diversity Network (CDN) (44).
· Dans le domaine de l’économie, par la LSE, la Royal Economic Society, l’Institut national de recherche économique et sociale (NIESR), l’Economic and Social Research Council (ESRC) (45), le Centre for Economic Policy Research (CEPR) (46).
· Dans le domaine du droit, par la Haldane Society (nommée ainsi en l’honneur de Lord Haldane, membre de la Fabian Society).
· Dans le domaine de la médecine, par la Ligue médicale socialiste.
· Dans le domaine de la politique, par l’Institute for Public Policy Research (IPPR) (47), le Policy Network (48), le John Smith Memorial Fund (JSMF), fondé en 1966 pour promouvoir les idées de l’ancien leader fabien et travailliste John Smith (son conseil consultatif comprend des fabiens comme Lord Dubbs, ancien président de la Fabian Society).
· Dans le domaine de la religion, par le Labour Church movement, la Christian Socialist Crusade, la Christian Socialist League, le Christian Socialist Movement, etc.

Évidemment, toutes ces organisations ont accompli l’objectif de la Fabian Society aussi graduellement et furtivement que possible. En effet, Basis, document qui contient les règles générales de la Fabian Society et que tous les membres doivent signer et respecter, stipule que le socialisme doit être atteint par la persuasion et « la diffusion générale de la connaissance » (49).
Comme l’a expliqué Sidney Webb, tous les changements menant au socialisme doivent être « graduels et ne causer aucune perturbation, quelle que soit la rapidité des progrès » (50).

La Fabian Society et la dictature

Il est essentiel de comprendre que, depuis l’époque de Karl Marx, toutes les branches du socialisme ont considéré la démocratie non comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen de parvenir au socialisme, invariablement décrit comme un système autoritaire et centralisé.
En effet, le marxisme et les systèmes, qui, comme le marxisme-léninisme, en sont dérivés considèrent la démocratie comme antithétique au socialisme, qui est appelé « dictature » ; il est question, par exemple, de « dictature du prolétariat » ou de dictature du parti socialiste au pouvoir, censé représenter la classe ouvrière.

En conséquence, Marx et Engels ont appelé leurs collègues socialistes en Allemagne à s’allier avec les libéraux-démocrates afin d’évincer les conservateurs du pouvoir, puis à se retourner contre leurs anciens alliés, y compris par la force des armes, pour établir le socialisme (51).

De même, Lénine, dans L’État et la révolution (1917), explique en long et en large que la démocratie constitue une transition indispensable du capitalisme au communisme :

« La démocratie a une importance énorme dans la lutte que la classe ouvrière mène contre les capitalistes pour son affranchissement. Mais la démocratie n’est nullement une limite que l’on ne saurait franchir ; elle n’est qu’une étape sur la route de la féodalité au capitalisme et du capitalisme au communisme » (52).
Dans le léninisme comme dans le marxisme, la démocratie était envisagée comme une caractéristique de l’État capitaliste qui deviendrait « inutile » dans la société socialiste.
Moins francs que les socialistes continentaux, les fabiens s’exprimaient naturellement avec beaucoup plus de prudence. Pourtant, il ressort des déclarations des fabiens, à la fois écrites et orales, qu’elles suivaient la ligne socialiste générale selon laquelle la démocratie n’était qu’un moyen d’atteindre le socialisme.
Le premier manifeste électoral des fabiens pour le Parti travailliste envisageait un gouvernement dirigé par un corps d’« experts » (53). Dans le même ordre d’idées, Pease a parlé de la formation de « dirigeants qualifiés » comme une condition préalable à un État socialiste (54).
Que ces « experts » et ces « dirigeants qualifiés » ne pouvaient être que des fabiens est ce qui ressort clairement de nombreuses déclarations des dirigeants de la Fabian Society. Par exemple, Shaw a exprimé son souhait de faire des fabiens « les jésuites du socialisme » (55), alors que H. G. Wells, numéro quatre de la Fabian Society (après Webb, Pease et Shaw), a proposé de transformer toute la société.en un ordre semblable aux « Samouraïs » qu’il décrit dans A Modern Utopia.
Alors que, au début, les fabiens gardaient pour eux leur point de vue sur la démocratie, l’ascension de dictateurs en Russie soviétique et ailleurs les a finalement incités à sortir bu bois et à montrer leur vrai visage.
Dès 1927, Shaw avait déclaré ouvertement que les fabiens devaient faire perdre au mouvement socialiste « ses vieilles habitudes démocratiques », que, en tant que socialistes, ils n’avaient « rien à voir avec la liberté » et que la démocratie était « incompatible avec le socialisme » (56). Lénine n’avait pas dit autre chose dans L’État et la révolution, La Révolution prolétarienne et le rénégat Kautsky (1918) et d’autres écrits.
Les nombreuses déclarations publiques de Shaw montrant qu’il considérait le marxisme-léninisme et plus tard le stalinisme comme des manifestations emblématiques du socialisme fabien revêtent une importance particulière à cet égard. Pour ne donner que quelques exemples,il avait affirmé que Lénine avait étudié les œuvres de Sydney Webb et « [était] devenu gradualiste », après quoi il avait transformé le socialisme russe en fabianisme ; que « le bolchevisme [était devenu] le fabianisme, appelé communisme » ; que le communisme russe était un socialisme fabien et que les États-Unis étaient vraiment une « Union des Républiques Fabiennes » ; que Lénine était « le plus grand homme d’État européen » et que Staline était « un bon fabien » (57).
L’affirmation de Shaw selon laquelle Lénine était devenu un « gradualiste » est évidement discutable, car Lénine avait été un des dirigeants de la Révolution d’Octobre 1917, qui n’avait rien eu de gradualiste. Mais Lénine avait étudié l’Industrial Democracy des Webb, qu’il avait traduit en russe et il avait préconisé le capitalisme d’État comme une étape vers le socialisme, ce qui peut être interprété comme du gradualisme.
Quoi qu’il en soit, de 1920 à 1930, Shaw a dispensé un cours avancé sur le communisme soviétique et y a fait l’éloge de ses prétendues vertus (58). Plus important encore, Shaw assimilait clairement le communisme soviétique au fabianisme, déclarant après une visite en Union soviétique : « J’étais communiste avant Lénine et maintenant que j’ai vu la Russie, je suis plus communiste que jamais » (59).
Shaw n’était pas le seul fabien à avoir de l’admiration pour la Russie communiste et ses dirigeants. Les Webb étaient également de grands admirateurs de Lénine et de Staline ; ils avaient même un portrait de Lénine chez eux et, en 1931, ils avaient rendu visite à Staline en compagnie de Shaw. À leur retour, ils avaient écrit un énorme document de propagande en deux volumes sur la Russie stalinienne intitulé Soviet Communism: A New Civilization (1935).
Le livre des Webb avait été promu dans tout le pays et au-delà par des groupes fabiens comme l’influent Left Book Club et par des dirigeants fabiens comme le neveu de Beatrice Webb, Stafford Cripps, stalinien notoire. Malgré ou à cause de son allégeance à la Russie stalinienne, Webb a été nommée présidente de la Fabian Society en 1939, suivie de son neveu en 1951.

Parmi les autres fabiens qui se sont rendus en Russie stalinienne figuraient John Parker et Margaret Cole. Celle-ci est devenue plus tard secrétaire honoraire et présidente de la Fabian Society. Celui-là a organisé des voyages et des « visites éducatives » pour les membres de la Fabian Society en Russie de 1932 à 1960, période durant laquelle il a été secrétaire général de la Fabian Society, avant d’en devenir président (1980-87) (60). Parker a également écrit son propre livre de propagande sur l’Union soviétique, 42 Days in the Soviet Union (1945).
Il apparaît que les liens de la Fabian Society avec Lénine et sa clique remontaient bien avant la Révolution. Joseph Fels, membre de la Fabian Society, riche fabricant de savon et ami proche de Webb et de Shaw, avait prêté 1 700₤, en plus d’un souverain d’or d’argent de poche par délégué, à Lénine, Trotsky et à leur Parti travailliste social-démocrate (plus tard Parti communiste) ) lors de la conférence qu’ils avaient faite à Londres en 1907 (61).

La Fabian Scoiety et le gouvernement mondial

Le but ultime de la Fabian Society a toujours été l’établissement d’un gouvernement socialiste mondial. La Fabian Society a exprimé pour la première fois publiquement son intérêt pour les questions d’organisation internationale dans des documents comme International Government (1916) qui a été à l’origine de la création, trois ans plus tard, de la Société des Nations, en collaboration avec le Groupe Milner. Les dirigeants fabiens qui ont participé à sa création et à son administration étaient Leonard Woolf, Konni Zilliacus, Philip Noel-Baker, Arthur Salter et l’Américain Walter Lippmann, un des contacts du président Woodrow Wilson à la Fabian Society.
A partir des années 1920, le gouvernement mondial a été particulièrement promu par le département des relations internationales de la LSE (financée par le Cassel Trust), où Noel-Baker organisait des cours de politique internationale qui portaient par exemple sur « l’organisation internationale pour la promotion d’intérêts politiques et économiques communs » et où il faisait de la promotion pour les publications de la Fabian Society comme International Government.
En 1941, la Fabian Society a crée le Fabian International Bureau et en a nommé président Noel-Baker. Le FIB participe à la recherche et à la propagande en matière d’affaires internationales et promeut divers projets internationalistes comme l’union de l’Empire britannique avec l’Amérique et la Russie.
Sans surprise, la Fabian Soiety a participé ensuite à la création de l’Organisation des Nations Unies en 1944, en collaboration avec les Rockefeller et leur Council on Foreign Relations (CFR).
L’ONU avait pour membres permanents la Grande-Bretagne fabiano-socialiste, l’Amérique démocratique, la Russie communiste et la Chine maoïste et, dès sa création, elle était dominée par des socialistes comme Paul-Henri Spaak, Trygve Lie, Dag Hammarskjold (62), qui étaient étroitement liés aux fabiens de Londres, qui avaient acquis une position dominante dans le monde socialiste depuis que les dirigeants socialistes européens avaient fui à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale.
La Fabian Society est tellement attachée à l’ONU que, dans les années 1950, elle est allée jusqu’à modifier sa « Basis », en s’engageant à appliquer la Charte des Nations Unies et à créer des « institutions internationales efficaces » (63).
Tout en militant pour l’instauration d’un gouvernement mondial par le biais d’organisations internationales « traditionnelles » comme l’ONU et d’établissements d’enseignement comme la LSE, la Fabian Society a également établi un réseau international de partis socialistes et d’autres organisations sous l’égide de l’Internationale Socialiste en 1951 dans le but de coordonner les organisations socialistes du monde entier.
Bientôt, l’Internationale Socialiste a été en mesure d’annoncer ouvertement : « L’objectif ultime des partis de l’Internationale Socialiste n’est rien moins que le gouvernement mondial. Pour y parvenir, ils cherchent à renforcer l’ONU… L’adhésion à l’ONU doit devenir universelle » (64).
Cette position a été ânonnée par les partis socialistes (tous membres de l’IS) du monde entier. Par exemple, le Parti travailliste britannique a déclaré : « Les Travaillistes sont restés fidèles à leur vision à long terme de l’établissement de la coopération Est-Ouest comme fondement de l’évolution d’une Organisation des Nations Unies plus forte vers le gouvernement mondial… Pour nous le gouvernement mondial est l’objectif final et l’ONU l’instrument choisi pour l’atteindre… » (65).
Le gouvernement mondial est resté l’objectif central de la Fabian Society depuis et a été vigoureusement promu par des dirigeants fabiens comme Peter Mandelson, Tony Blair et Gordon Brown.

La Fabian Society et les États-Unis d’Europe

Comme d’autres projets socialistes, l’idée d’États-Unis d’Europe trouve son origine dans les milieux capitalistes libéraux, notamment le cercle de Richard Cobden. Elle avait été adoptée par des socialistes comme Engels et Wilhelm Liebknecht, fondateur du Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne (SDAP) (66).
Dès 1914, alors que la Fabian Society en étudiait la mise en œuvre, l’idée de gouvernement mondial était devenue partie intégrante de la politique officielle du Parti travailliste indépendant (ILP), créé et contrôlé par les fabiens (67). Pendant et après la Première Guerre mondiale, le projet avait été activement promu par des dirigeants fabiens comme Arthur Ponsonby, Joseph Retinger ou d’anciens membres de la Fabian Society comme Arthur Salter et des collaborateurs comme Aristide Briand.
Fait révélateur, le projet a bénéficié du soutien de grands financiers comme Louis von Rothschild de S. M. von Rothschild & Söhne, Vienne. De plus, la volonté politique de créer une fédération européenne allait de pair avec la volonté des financiers internationaux d’établir un nouvel ordre financier mondial fondé sur un réseau de banques centrales contrôlées par eux-mêmes.
Ainsi, en janvier 1920, le libéral Herbert Asquith, le travailliste J. R. Clynes et les agents des Rothschild Paul Warburg, Jacob Schiff et J. P. Morgan Jr., ainsi que les représentants de Bank of England, des Lazard et des Rockefeller ont convoqué conjointement une conférence économique internationale pour réorganiser la structure financière et commerciale mondiale (68). En novembre 1921, Frank Vanderlip de la National City Bank de New York, contrôlée par les Rockefeller et associée à JP Morgan, a présenté le projet d’une « Gold Reserve Bank of the United States » (69), etc.

La Fabian Society et le Bilderberg

Dans ses Mémoires, David Rockefeller a écrit que « les réunions du Bilderberg doivent induire des visions apocalyptiques de banquiers internationaux omnipotents complotant avec des fonctionnaires gouvernementaux sans scrupules pour imposer des projets artificieux à un monde ignorant et sans méfiance » (70).
Des banquiers comme les Rockefeller et leurs associés ne sont peut-être pas omnipotents, mais ils sont certainement très puissants et influents. Quant à comploter avec des fonctionnaires sans scrupules pour imposer leurs projets artificieux au monde, c’est exactement ce qu’ils font. Le groupe Bilderberg lui-même en est un bon exemple.
Selon ceux qui ont participé à sa création, dont David Rockefeller lui-même, le groupe Bilderberg a été fondé par Joseph Retinger, socialiste polonais domicilié à Londres et proche collaborateur de la Fabian Society.
Retinger avait été chargé de coordonner les ministres des Affaires étrangères des divers gouvernements européens en exil à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, il est devenu l’un des protagonistes de diverses organisations semi-secrètes œuvrant pour une Europe unie, telles que la Ligue indépendante pour la coopération européenne (ILEC) et la Ligue européenne de coopération économique (ELEC).
L’unification de l’Europe était également un objectif clé de la politique étrangère des États-Unis, comme en témoignent de nombreuses déclarations de dirigeants américains, notamment le discours de Kennedy sur la « Déclaration d’interdépendance » en 1962 (71). Cela ressort également des déclarations de dirigeants britanniques comme le ministre des Affaires étrangères, Ernest Bevin, membre de la Fabian Society, qui a souligné à la Chambre des communes que l’Administration américaine de coopération économique (ECA) était très attachée à l’unification économique et politique de l’Europe. .
L’ECA, gérée par Paul G. Hoffman. était l’agence chargée d’administrer l’aide financière à l’Europe dans le cadre du plan de relance européen connu sous le nom de « plan Marshall ». Le plan avait été initié par le sous-secrétaire d’État aux Affaires économiques William Clayton. Clayton et Hoffman étaient tous deux membres du Council on Foreign Relations (CFR) et fondateurs de l’US Committee for Economic Development (CED) en 1942 (72). Il s’ensuit que le plan Marshall et l’unification de l’Europe, qui était stipulée comme une condition préalable à l’aide, ont été initiés et conçus par les banquiers internationaux qui, selon David Rockefeller, ne conçoivent pas de projets artificieux avec des politiciens sans scrupules.
Retinger à part, ce sont ces mêmes banquiers et politiciens internationaux qui, en 1954, ont créé le groupe Bilderberg pour coordonner les intérêts commerciaux et politiques américains et européens en vue de créer une Europe unie – conçue principalement comme un marché pour les entreprises américaines, mais aussi comme une étape vers le gouvernement mondial.
Les Etats-uniens à l’origine de la fondation du Bilderberg sont David et Nelson Rockefeller; Joseph E. Johnson, président du Council on Foreign Relations (CFR) et président du Carnegie Endowment for Peace International, contrôlé par les Rockefeller ; Dean Rusk, directeur du CFR, directeur de la Fondation Rockefeller, coprésident du Bilderberg et (à partir de 1961) secrétaire d’État démocrate ; John Foster Dulles et Allen W. Dulles, tous deux membres du CFR. David Rockefeller était lui-même une figure marquante du Senior Advisory Group aux réunions de Bilderberg.
Les Britanniques sont Denis Healey et Hugh Gaitskell, membres du comité exécutif de la Fabian Society. Healey, également à l’origine de la création de l’Internationale Socialiste, était membre du Fabian International Bureau Advisory Committee, avant d’en être nommé président et de devenir plus tard conseiller de Chatham House (RIIA). Reginald (« Reggie ») Maudling, secrétaire économique au Trésor de Churchill, qui était un partisan du programme de nationalisation des Travaillistes, était son collègue « conservateur » au comité de direction du Bilderberg.
Sur le continent, un des membres les plus influents de la Fabian Society était Guy Mollet, Vice-Président de l’Internationale Socialiste, chef de la section française de l’Internationale Ouvrière (plus tard Socialiste) (SFIO) qui deviendra plus tard Premier ministre ; son assistant, Jacques Piette, du comité exécutif de la SFIO, était également membre de la Fabian Society.
Les autres intérêts commerciaux représentés au sein du comité de direction du Bilderberg à partir des années 1960 étaient les familles Rothschild française, suisse et britannique. En fait, les intérêts des Rotchschild y étaient représentés dès le début en la personne du président du Bilderberg, le prince Bernhard des Pays-Bas, actionnaire important du géant pétrolier Royal Dutch Shell, dont sont copropriétaires les Rothschild (73).
Bien que David Rockefeller affirme que le groupe Bilderberg aborde des questions importantes « sans parvenir à un consensus », il n’en demeure pas moins que les réunions du groupe ont joué un rôle crucial dans le développement de projets internationalistes comme le Traité de Rome de 1957, qui est à l’origine de la Communauté économique européenne, aussi appelée « Marché commun » (74).
Bien sûr, aussi important qu’il puisse être, le Bilderberg n’est pas au sommet de la structure du pouvoir international qui travaille à la domination du monde en coulisse. Cette place est réservée à d’autres organisations semi-secrètes comme le Council on Foreign Relations et la Commission Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockefeller.
Dans la Trilatérale nous retrouvons la même constellation d’intérêts que dans le groupe Bilderberg. Elle compte parmi ses premiers membres Denis Healey, de la Fabian Society et de Chatham House ; Sir Reay Geddes, directeur de Shell Transport and Trading (ST & T), filiale britannique de Royal Dutch Shell ; Edmond de Rothschild, directeur de la Banque Edmond de Rothschild France ; Léon Lambert, cousin des Rothschild français, à la tête du Groupe (plus tard Banque) Bruxelles Lambert, et ami personnel de David Rockefeller ; et, bien sûr, David Rockefeller et ses associés (75).
Des membres de la Fabian Society comme R.H. Tawney, John Maynard Keynes, Philip Noel-Baker et Walter Lippmann ont également participé à la création de Chatham House, l’Institut Royal des Affaires Etrangères (RIIA) – dont la LSE est un membre institutionnel – et son organisation sœur , le Council on Foreign Relations (CFR). Ici comme dans le Bilderberg, ces fabiens agissent en qualité d’agents et collaborateurs d’intérêts financiers représentés par les groupes Astor, Morgan, Rockefeller et Schiff (76).

La Fabian Society et l’économie keynésienne

Dès sa création, alors que ses membres se réunissaient régulièrement pour étudier et discuter Karl Marx et ses théories économiques, la Fabian Society était obsédée par l’économie. Cette obsession a conduit les fabiens à créer des institutions telles que la British Economic Association (devenue plus tard la Royal Economic Society) et, en particulier, la London School of Economics (LSE).
L’étrange intérêt des fabiens pour l’économie était motivé par deux raisons. Premièrement, les théories économiques pouvaient servir de caution « scientifique » à leur idéologie socialiste, tout comme elles avaient servi de caution « scientifique » à celles de Marx avant eux. Deuxièmement, par le biais d’institutions éducatives qui enseignaient l’économie fabienne, ils ont consciemment cherché à créer des générations entières d’économistes professionnels – une nouvelle classe dirigeante – qui, une fois devenus fonctionnaires, appliqueraient les politiques de la Fabian Society (77).
Inutile de dire que, contrairement à des sciences comme la physique, qui sont basées sur des faits du monde naturel universellement acceptés, l’économie a plus à voir avec l’idée que les économistes se font du comportement financier des gens. Il en résulte des théories contradictoires qui montrent clairement que l’économie n’est pas une science ; l’économie reste à ce jour un système en proie à des conflits théoriques.
Malheureusement, les machinations de Sidney Webb ont eu pour effet que la Commission royale a reconnu l’économie comme une science (78), juste à temps pour que la LSE devienne une faculté de l’Université de Londres dans le cadre de sa réorganisation en 1900. Cela a ouvert la voie à l’infiltration et à la domination de la société – pour de nombreuses générations à venir – par une clique déterminée à imposer le socialisme au monde.
La caractéristique principale de l’« économie » fabienne – que le fabianisme partage avec d’autres systèmes socialistes – est le contrôle des ressources et de la production par l’État : dans leur Manifeste de 1884, les fabiens avaient déjà appelé à la nationalisation des terres et au contrôle étatique de l’industrie.
C’est un point important qui montre que la principale préoccupation des fabiens était l’acquisition du pouvoir et non le bien-être du public. En effet, comme l’ont admis plus tard les dirigeants de la Fabian Society, les fabiens n’avaient aucune véritable connaissance pratique ni de la société de leur époque, ni du socialisme et, en particulier, aucune connaissance des « revendications et des objectifs des travailleurs ».
Dans son histoire de la Fabian Society, Shaw décrit avec franchise l’indifférence des fabiens aux aspirations de la classe ouvrière (79). En fait, les fabiens ne savaient pas ce qu’ils faisaient, ni comment « reconstruire la société » (80). En revanche, il savaient comment s’emparer du pouvoir.
Les fabiens ont adopté presque après coup les politiques relatives aux heures de travail ou aux salaires dans le but évident de faire passer le fabianisme pour un mouvement soucieux des intérêts de la classe ouvrière (81).
Tout cela révèle que le fabianisme est un projet aussi artificieux que le marxisme, auquel ses cerveaux ont emprunté leurs théories économiques. Pour faire accepter l’idée du contrôle de l’État sur l’économie, les fabiens ont exigé de l’État qu’il subvienne davantage aux besoins matériel des citoyens et, dès 1942, le rapport Beverdige jetait les bases du programme de sécurité sociale du berceau à la tombe.
Une grande partie du rapport Beveridge avait en fait été anticipée par les travaux du Fabian Research Bureau, qui ne seront cependant publiés qu’en 1943, sous le titre de « Social Security », sous la direction de William Alexander Robson (82), ancien étudiant en sciences politiques qui agissait en qualité d’« expert » pour les fabiens et de conseiller auprès des autorités locales. En outre, le Fabian Social Security Committee n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir le « rapport Beveridge », notamment en créant la Beveridge Social Security League.
Beveridge lui-même était un collaborateur de longue date de la Fabian Society, avait été directeur de la LSE de 1919 à 1937 et était un ami de la famille Rockefeller, qu’il avait sollicité pour financer la LSE (83).
Bien que plusieurs personnalités politiques aient exprimé des inquiétudes quant aux conséquences financières des politiques proposées dans le rapport Beveridge, elles ont été adoptées et mises en œuvre par le gouvernement Attlee, jetant ainsi les bases de l’État-providence moderne.
Le rapport Beveridge concordait évidemment avec les théories de John Maynard Keynes qui, en tant que secrétaire général de longue date et plus tard président de la Royal Economic Society, était l’économiste officiel de la Fabian Society.
Bien qu’officiellement membre du Parti libéral, Keynes était sans aucun doute un fabien (84). Lorsque le Parti travailliste est revenu au pouvoir en 1929, Keynes a été nommé membre du Macmillan Committee on Finance and Industry, formé le 5 novembre de cette même année pour étudier l’impact du système bancaire sur l’économie et de l’Economic Advisory Council, créé en janvier 1930 pour conseiller le gouvernement sur tous les aspects de la politique économique.Il est vite devenu un apôtre des déficits publics, c’est-à-dire qu’il conseillait aux gouvernements de financer des projets public avec de l’argent qu’ils n’avaient pas.
Sans surprise, Keynes a été l’un des architectes de la conférence de Breton Woods (1944), lors de laquelle ont été créés la Banque mondiale et le FMI, qui sont devenus des instruments de financement du socialisme mondial. Il a également dirigé la délégation britannique qui a négocié le prêt de 4,34 milliards de dollars des États-Unis à la Grande-Bretagne à Washington à la fin de 1945 et au début de 1946.
A l’instar de l’autre faux prophète du socialisme, Karl Marx, Keynes était un fieffé charlatan, comme en témoigne le fait qu’il a utilisé son influence au Trésor pour manipuler les prix et accumuler une fortune par la spéculation boursière. Quant à sa théorie générale, elle était fondée sur une logique controuvée et des suppositions non fondées (85).
Après avoir réussi à élever Keynes au rang de grand gourou économique des gouvernements de gauche en Grande-Bretagne, la machine de propagande de la Fabian Society lui a permis d’exporter ses théories fausses en Amérique, où elles ont été adoptées par les partisans du socialisme. .
Pendant ce temps, l’expérience socialiste échouait en Grade-Bretagne. En 1950, après cinq années de gouvernement fabiano-socialiste, il devenait clair que le socialisme était incapable de résoudre les problèmes pratiques. L’industrie publique était inefficace et improductive; la gestion était assurée par une nouvelle élite d’« experts » indifférents aux intérêts des travailleurs ; le contrôle de l’État sur la vie économique suscitait le ressentiment ; les conférences de partis soulevaient plus de problèmes, liés à l’entreprise, à la fiscalité et à la réforme gouvernementale, qu’elles n’en résolvaient ; le soutien populaire s’évaporait rapidement et les dirigeants de la Fabian Society ont été forcés de reconnaître que les gens étaient de moins en moins convaincus que le socialisme était une source de bienfait ou même qu’il pouvait permettre d’améliorer les conditions de vie (86).
Bien que le Parti travailliste ait essuyé une défaire cuisante aux élections de 1951, le système financier international de Keynes et le plan Marshall ainsi que les généreux prêts des administrations américaines de gauche ont littéralement sauvé le socialisme britannique d’une mort certaine et l’ont maintenu en vie. C’est ainsi que les dépenses gouvernementales croissantes, les taxes toujours plus élevées, la dette nationale et le contrôle de l’État au nom de la « croissance économique » permanente et le « progrès social » sont devenus les fléaux des nations dominées par les socialistes.

La Fabian Society, l’immigration et la race

La Fabian Society n’a pas toujours été en faveur de l’immigration. Dans les premières années de son existence, par exemple, elle conseillait au gouvernement de restreindre l’immigration des travailleurs étrangers non qualifiés (87). Bien évidemment que la Fabian Society n’était pas en faveur de l’immigration à la fin du XIXe siècle, car les candidats à l’immigration en Grande-Bretagne étaient alors dans leur écrasante majorité de race blanche. La Fabian Society est devenue favorable à l’immigration au moment même où la tendance s’étant brusquement inversée).
Plus tard, cependant, un nombre sans cesse croissant d’immigrants est entré dans le pays grâce à la loi sur la nationalité britannique adoptée par le gouvernement fabien Attlee en 1948.
À la fin des années 1960, les gouvernements travaillistes ont été contraints d’introduire une législation restreignant l’immigration. Alors que la plupart de leurs membres – dont la plupart étaient des fabiens – soutenaient cette législation, certains dirigeants de la Fabian Society s’opposaient au contrôle de l’immigration, notamment l’ancienne secrétaire générale de la Fabian Society, Shirley Williams, ministre de l’Intérieur (88).
Les dirigeants de la Fabian Society ont fini par prendre clairement le parti de la population immigrée. Au début des années 1980, le Parti travailliste faisait campagne pour l’élimination des restrictions à l’immigration liées à l’âge, au sexe, à la citoyenneté et au lieu de naissance, qui avaient pratiquement toutes été introduites par le Parti conservateur.
Comme un grand nombre d’immigrants venaient de régions non-blanches comme les Caraïbes, l’Asie du Sud et l’Afrique, l’immigration était inévitablement liée à la race, ce qui a fourni aux fabiens l’occasion d’utiliser les rapports de force entre blancs et non-blancs.
À la fin des années 1950, les intérêts des minorités ont commencé à devenir une préoccupation majeure de la Fabian Society et du Parti travailliste, comme le prouve une série de publications telles que Racial Discrimination du Parti travailliste (1958), Strangers within (1965) de la Young Fabian Society et Immigration and Racial Relations (1970) de la Fabian Society.
En peu de temps, la « discrimination raciale » a été remplacée par la « discrimination positive » en faveur des minorités immigrées. Par exemple, dans les années 1960 et 1970, les autorités locales, sous le contrôle de la Fabian Society, ont mis en place des programmes visant à faciliter l’accès au logement aux immigrants non blancs par le biais de prêts et d’emplois réservés (89). Ces autorités comprenaient le Greater London Council (GLC), organe directeur du Grand Londres, qui était issu du London County Council (LCC), organisme dominé par les fabiens depuis les années 1890. Comme son prédécesseur, le GLC (établi en 1965) est contrôlé par les fabiens ; Tom Ponsonby, secrétaire général de la Fabian Society (1964-76) et gouverneur du LSE, en a été échevin puis président dans les années 1970.
Les fabiens ont joué un rôle déterminant dans la conception et la mise en œuvre d’un système de législation sur les relations raciales (90). Le Race Relations Act de 1965 a été présenté par le ministre de l’Intérieur fabien Frank Soskice. Le RRB (Race Relations Board), dont cette loi prévoyait la création, a effectivement été créé l’année suivante par le nouveau ministre de l’Intérieur et ancien président de la Fabian Society, Roy Jenkins.
En 1967, Jenkins a rédigé un projet de loi sur les relations raciales qui devait être à l’origine du deuxième Race Relations Act adopté l’année suivante par son collègue fabien et successeur James Callaghan et de la création de la Community Relations Commission (CRC). En 1976, Jenkins, redevenu ministre de l’Intérieur, a fait passer le troisième Race Relations Act, qui a fusionné le RRB et la CRC dans la Commission for Racial Equality (CRE), en la dotant de nouveaux pouvoirs d’exécution.
La Commission for Racial Equality et l’Equal Opportunities Commission (EOC) – également créée par Jenkins en 1975 -, joints à un large éventail de programmes axés sur l’aide aux immigrants, sont devenus les instruments par lesquels les fabiens ont promu leurs politiques d’immigration.

Anthony Lester, un de ceux qui ont œuvré le plus en faveur des relations interraciales, a été conseiller spécial de Jenkins, Trésorier honoraire et plus tard président (1972-1973) de la Fabian Society et proche collaborateur des commissions mentionnées ci-dessus, il a fondé le Runnymede Trust et est l’auteur de diverses publications faisant la promotion du programme fabien « Policies for Racial Equality » (1969).
Des documents programmatiques de la Fabian Society comme A Policy for Equality: Race (ILEA, 1983) montrent que, dans les années 1980, sous prétexte d’égalité raciale, la politique des fabiens visait à changer ce qu’elle avait identifié comme étant « les rapports de force entre blancs et noirs » en faveur de la population immigrée non-blanche.
Enfin, les gouvernements fabiano-socialistes Blair-Brown de 1997-2010 ont mis en œuvre un large éventail de politiques en faveur des immigrés d’origine extra-européenne, notamment en facilitant systématiquement l’immigration de masse dans le but de changer la société britannique (Green, 2010).
La position de la Fabian Society sur l’immigration ressort clairement de publications fabiennes comme The Great Rebalancing: How to fix the broken economy (2013), qui promeut l’idée que « l’immigration est au centre de notre stratégie de croissance » et de déclarations de dirigeants fabiens comme son secrétaire général, Andrew Harrop, pour qui « [l]es politiciens travaillistes doivent parler de l’immigration précisément parce que les gens sentent que c’est un sujet tabou […]. Les électeurs doivent sentir qu’ils ont la « permission » de faire part de leurs préoccupations au sujet de l’immigration et que les politiciens sont prêts à les écouter » ; « parler de l’immigration peut aussi aider à modérer l’opinion, car le silence laisserait le terrain libre aux affirmations folles de la droite » (91).
La « croissance » économique – qu’elle soit réelle ou imaginaire – n’explique pas à elle seule ces politiques d’immigration. Le document travailliste à l’origine du programme d’immigration de masse de populations de couleur au début des années 2000 montre très clairement que cette politique avait pour but de « maximiser les objectifs économiques et sociaux du gouvernement » (92). Nous verrons plus bas quels sont ces « objectifs sociaux ».

La Fabian Society et le multiculturalisme

Les premiers dirigeants de la Fabian Society préconisaient déjà la destruction de la culture britannique, comme l’illustre le tire d’une conférence donnée au cours de l’une de leurs réunions en 1889 : Civilization: Its Cause and Cure (1889). A la même époque, Shaw considérait comme une « bonne politique » de dynamiter toutes les cathédrales sans se soucier de l’opposition des critiques d’art (93).
Dans les années 1950, les principaux membres de la Fabian Society, comme Hugh Gaitskell, C. A. R. Crosland et Roy Jenkins, qui étaient à la solde des intérêts financiers internationaux, ont commencé à « moderniser » la société britannique selon le modèle américain et, pour ce faire, ils lancé une campagne de promotion systématique de la culture américaine en collaboration avec le Congress of Cultural Freedom (CCF) – financé par la CIA – et les fondations Rockefeller et Ford (94).
La culture américaine promue par ces intérêts était saturée d’éléments afro-américains tels que le jazz, éléments encore renforcés par des musiques d’origine afro-caribéenne comme le reggae dans les années 1960 et 1970 et, plus tard, par des genres apparentés, comme le rap et le hip-hop, moyens de pénétrer à grande échelle et de remplacer progressivement la culture européenne par des traditions non européennes.
Pendant ce temps, un nombre croissant d’immigrés, en particulier les Sud-Asiatiques (Indiens et Pakistanais), ont commencé à refuser de s’assimiler à la société britannique (95). Au lieu d’encourager l’assimilation de la population immigrée, la gauche, sous le Premier ministre fabien Harold Wilson, a réagi en leur imposant le multiculturalisme, sous couvert d’« intégration » à la société indigène (96).
Dans un discours prononcé à l’occasion d’une réunion des Comités de Liaison Volontaires le 23 mai 1966, le ministre de l’Intérieur et ancien président de la Fabian Society Roy Jenkins a défini l’intégration comme « l’égalité des chances et la diversité culturelle » (97). Ainsi, la diversité culturelle imposée par l’État, plus tard appelée « multiculturalisme », est devenue la politique officielles des gouvernements fabiano-travaillistes.
Cette politique de diversité culturelle imposée par l’État était étroitement liée à l’immigration de masse de populations de couleur. À la fin des années 1990, le régime fabiano-travailliste de Blair s’est lancé dans un programme d’immigration de masse systématique dans le but explicite de rendre la société britannique « plus multiculturelle » (98).
Le programme multiculturaliste du Parti travailliste s’inscrivait pleinement dans le programme de groupes fabiens comme le Runnymede Trust, dont la Commission on the Future of Multi-Ethnic Britain (formée en 1998 pour promouvoir la « justice raciale ») a exigé de la Grande-Bretagne qu’elle déclare formellement être une société multiculturelle et a appelé les dirigeants politiques à « ré-imaginer la Grande-Bretagne » (99).
La publication du rapport du CFMEB en octobre 2000 a-coïncidé avec celle d’un document confidentiel rédigé par le Home Office en collaboration avec le think-tank blairien Performance and Innovation Unit (PUU) : le Preliminary Report on Migration, qui portait sur les « objectifs sociaux » de la politique d’immigration du gouvernement (100).
Comme nous venons de le voir, ces « objectifs sociaux » tournaient autour de l’évolution de la culture britannique. Comme l’ont souligné un certain nombre de commentateurs, il s’agissait d’un programme délibéré de transformation de l’identité culturelle du peuple britannique. Melanie Phillips a justement qualifié ce programme de « sabotage culturel national » (101).
Cependant, les changements les plus importants et les plus spectaculaires que l’immigration de masse entraîne dans une société ne sont pas culturels mais démographiques, c’est-à-dire ethniques et raciaux. Il n’est pas possible d’importer des millions de personnes ethniquement et racialement distinctes dans un territoire donné sans changer la composition ethnique et raciale de la population hôte. Il s’ensuit que le programme réel de la politique fabiano-Labour consistait à changer la composition ethnique et raciale de la société britannique.
C’est un point très important, étant donné que, si la destruction de l’identité culturelle d’une nation est moralement condamnable, la transformation forcée de la composition ethnique et raciale d’une population est une entreprise d’un tout autre ordre, qui correspond à la définition généralement acceptée du génocide, crime très grave, non seulement d’un point de vue moral mais aussi d’un point de vue juridique.
Ces événements alarmants ont été signalés par un certain nombre de commentateurs, de Leo McKinstry, qui note qu’il y a une « campagne de discrimination agressive contre la population indigène de l’Angleterre », qui va de la discrimination contre les individus à la discrimination contre des villes entières » (102), à Tony Shell, qui décrit la situation comme un « changement de population génocidaire » et un « génocide progressif » (103).
Comme l’a admis le secrétaire général de la Fabian Society Sunder Katwala, le multiculturalisme en Grande-Bretagne n’a jamais réussi à intéresser la majorité de la population blanche (104). Les rapports de son groupe de réflexion British Future ont montré que les Britanniques autochtones sont beaucoup moins optimistes quant à leur avenir que la population immigrante (noire et asiatique) (105). Katwala ne semble pas (ou ne veut pas) comprendre qu’aucun projet visant à remplacer une population par une autre ne peut bénéficier du soutien de la population à remplacer.
Il ne fait aucun doute que, si ces politiques étaient appliquées à des populations non européennes, leurs architectes seraient accusés par les fabiens d’être des « colonialistes », des « impérialistes » et des « racistes ». Les conservateurs avaient absolument raison d’exiger une enquête indépendante sur la question. Cependant, il n’est nul besoin d’une enquête pour se rendre compte que le fabianisme est et a toujours été un projet anti-britannique à double visage.
Le multiculturalisme n’est pas et ne sera jamais un projet représentant les intérêts et les souhaits de la population indigène britannique. Pour savoir quels sont les intérêts que sert le multiculturalisme, il suffit de connaître ses architectes et leurs relations.
Il est indiscutable que le projet multiculturaliste a été bâti par des intérêts politiques tels que la direction de la Fabian Society et celle du Parti travailliste. Mais la part qu’y ont pris les intérêts financiers est tout aussi importante. Roy Jenkins, membre et ancien président de la Fabian Society, a rejoint la Commission Trilatérale de David Rockefeller dans les années 1970. Le gouvernement Wilson lui-même était financé par le Fonds monétaire international (FMI), qui était dirigé par des membres de la Commission trilatérale et du Conseil des relations étrangères (CFR) (106).
Ainsi, un lien clair peut être établi non seulement entre le multiculturalisme et le fabianisme, mais aussi entre le multiculturalisme et la puissance financière internationale. Ce qui unit le fabianisme et les puissances d’argent, c’est qu’ils ont tous deux pour objectif de détruire l’État-nation pour établir un gouvernement mondial.

La Fabian Society et l’islamisation

Les fabiens ont toujours eu un faible pour l’exotisme et, en particulier, pour les mouvements religieux et pseudo-religieux subversifs qui se prêtaient à être utilisés à leurs fins, dont la franc-maçonnerie (des dirigeants fabiens comme Annie Besant, A. Orage et Clement Attlee, appartenaient à des loges maçonniques), la théosophie (dont Besant était aussi une des leaders) et « Quatrième Voie » de Gurdjeff.
L’intérêt de la Fabian Society pour l’Islam et son soutien à cette religion étaient motivés par les facteurs suivants :

· La politique de l’Empire britannique. Dès le début, le soutien britannique à l’islam était étroitement lié aux intérêts impériaux en Asie du Sud, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
· Le caractère «révolutionnaire» de l’islam. Les enseignements socialistes et cobdeniens de l’Islam, tels que la « fraternité universelle » et son opposition au christianisme, en ont fait un allié commode des fabiens dans leur tentative constante de saper la société et la civilisation occidentales.
Dans ses écrits, H. G. Wells a salué l’insistance de l’Islam sur « la fraternité parfaite et l’égalité devant Dieu », tandis que Shaw écrivait que Mahomet était « une grande force religieuse protestante » comme George Fox ou Wesley. Annie Besant et Bertrand Russell comptaient parmi les autres dirigeants de la Fabian Society qui faisaient l’apologie de l’islam (107).
· La fabianisation du monde musulman. Les incursions du fabianisme dans le monde musulman, en particulier en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, rendaient impératives les relations amicales avec l’Islam.
Les intérêts pétroliers. L’objectif que s’étaient fixés les fabiens de contrôler les ressources naturelles – objectif qui coïncidait avec celui des grandes compagnies pétrolières – les obligeait à avoir des relations amicales avec l’Islam.
· L’ascension de l’Islam au rang de puissance mondiale. Issu des revenus pétroliers, le pouvoir économique et politique grandissant du monde musulman rendait de nouveau impératives des relations amicales avec l’Islam.
· L’immigration de masse musulmane. L’immigration massive des musulmans d’Asie du Sud et d’Afrique, favorisée par la politique fabiano-travailliste, a créé de nouvelles réalités démographiques et électorales que les gouvernements fabiano-travaillistes – locaux et nationaux – ont pleinement exploitées à leur avantage.

Comme le pétrole devenait rapidement une marchandise précieuse grâce aux efforts des intérêts industriels et bancaires comme les Rothschild et les Rockefeller – qui contrôlaient les empires Royal Dutch Shell et Standard Oil (plus tard Exxon) – les fabiens et leurs collaborateurs parmi les élites dirigeantes de l’empire britannique pouvaient difficilement éviter d’adopter une position pro-musulmane.
Ainsi, en 1914, le gouvernement du Premier ministre libéral Herbert Asquith a déclaré : « Une des traditions fondamentales [du gouvernement] est d’être un ami de l’Islam et des musulmans et de défendre le Khalifat islamique, même s’il s’agit d’un Khalifat conquérant comme le Khalifat turc… » (108).
Asquith et son secrétaire aux Affaires étrangères Edward Grey étaient tous deux proches de la Fabian Society. Asquithn ami proche de Shawn a aidé le fabien Ramsay MacDonald à devenir Premier ministre en 1924 et 1929. Gray était un membre du Coefficients Club de la Fabian Society, où la collaboration entre la Fabian Society, le Milner Group et divers partis politiques et intérêts commerciaux était étudiée et planifiée.
Cette position officielle pro-musulmane a été confirmée par le secrétaire d’État fabien pour l’Inde (Lord) Sydney Olivier, qui a écrit : « Aucun de ceux qui connaissent bien les affaires indiennes ne peut nier que, dans l’ensemble, la bureaucratie britannique est bien disposée à l’égard de la communauté musulmane, en partie en raison d’affinités, mais plus largement parce que cette communauté sert de contrepoids au nationalisme hindou » (109).
Les principaux promoteurs de l’islam parmi les fabiens et leurs sympathisants étaient :

· Herbert (plus tard Lord) Samuel, ami intime des Webb. En 1921, alors qu’il était Haut Commissaire pour la Palestine, il a nommé Mohammed Amin al-Husseini Grand Mufti de Jérusalem. Al-Husseini a joué plus tard un rôle important dans les Frères musulmans, le Califat et la Ligue arabe.
· Muhammad Ali Jinnah, membre de la Fabian Society. En collaboration avec le président du Fabian International Bureau et secrétaire du Commonwealth Philip Noel-Baker et le secrétaire aux Affaires étrangères fabien Ernest Bevin, Jinnah a promu la création du Pakistan en tant qu’état musulman indépendant et, après la partition, le rattachement du Cachemire au Pakistan.
· Mahatma Gandhi, membre de la Fabian Society. En 1920, Gandhi a soutenu Khilafat, mouvement qui voulait restaurer l’Empire musulman et est devenu membre du Comité central du Khilafat.

· Lord Rothschild, président de la LSE. Après avoir participé à la création du London Mosque Fund en 1910, il en a été l’administrateur jusqu’à sa mort en 1915. Le projet a reçu le soutien de l’ancien directeur du Muhammadan College of Aligarh et du conférencier de la LSE Theodore Morison et a débouché sur l’ouverture de l’East London Mosque et de l’Islamic Culture Center en 1941, la création de la UK Islamic Mission en 1962 et du London Muslim Centre (LCM) en 2004. Selon son site web, le site ELM-LCM de Whitechapel (Tower Hamlets) est appelé à devenir le plus grand complexe islamique d’Europe occidentale.

Les répercussions de la pénétration de la Fabian Society dans les pays musulmans

À partir du début des années 1890, les fabiens ont passé le plus clair de leur temps à créer des branches de la Fabian Society ou à répandre tranquillement leurs enseignements dans presque tous les pays de la planète (110). Le Moyen-Orient islamique et l’Afrique du Nord n’ont pas fait exception.
En 1922, la Turquie est devenue une république laïque et occidentalisée. Des années 1950 aux années 1970, le socialisme à l’arabe s’est répandu dans le reste du monde islamique : en Égypte, en Syrie, en Irak, en Algérie, en Libye et même en Arabie Saoudite où le prince Talal Ibn Saud, frère du roi, a déclaré être « un socialiste fabien » (111).
Cependant, un contre-mouvement parallèle se développait en même temps, souvent avec l’aide de l’Occident (y compris des fabiens). Parallèlement à la création de la Ligue Arabe (1945), du Conseil de l’Unité Économique Arabe (1957) et du Marché Commun Arabe (1964), apparemment à l’imitation d’organisations occidentales similaires, d’autres corps ont émergé dont le programme était clairement islamique.
L’une de ces organisations était l’Organisation de la Conférence Islamique, qui a été créée en 1972 pour préserver les valeurs sociales et économiques islamiques et promouvoir la solidarité entre ses membres et dont les institutions devaient être une Banque Islamique de Développement, une Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture et une agence de presse islamique internationale.
La raison de cette affirmation musulmane était due à la dépendance croissante de l’Occident vis-à-vis du pétrole arabe. Lors de la conférence annuelle de 1955, un dirigeant travailliste a déclaré que le Moyen-Orient était le principal problème dans le monde parce que c’était là que se situaient la plupart des réserves mondiales de pétrole (112).
Les réserves de pétrole de la Grande-Bretagne étaient alors raisonnablement sûres. En 1953, le Premier ministre Winston Churchill et le président Eisenhower ont décidé de renverser le Shah – le coup d’Etat serait mené par le MI6 et la CIA – pour le remplacer par un régime fantoche et placer les ressources pétrolières de ce pays sous le contrôle de l’AngloIranian Oil Company (plus tard BP) (113). Le reste des importations de pétrole britannique (environ la moitié) provenait du Koweït.
Un tournant dans les relations entre musulmans et Occidentaux a eu lieu en 1973, lorsque les pays arabes producteurs de pétrole (OPEP) ont imposé un embargo pétrolier sur les États-Unis et plusieurs pays d’Europe occidentale qui avaient soutenu Israël dans la guerre israélo-arabe du Yom Kippour. Dans le même temps, les prix du pétrole ont quintuplé et les économies consommatrices de pétrole sont devenues largement déficitaires.
Tandis que les principaux pays industrialisés, comme les États-Unis, l’Allemagne et le Japon réduisaient sensiblement leurs déficits par la déflation, le gouvernement travailliste dirigé par le chancelier Healey a décidé de financer le déficit britannique en empruntant aux banques d’affaires ainsi qu’à l’Iran et à l’Arabie saoudite.
Healey a également proposé un mécanisme international par lequel le FMI emprunterait des excédents de pétrodollars auprès de l’OPEP pour les prêter aux pays consommateurs de pétrole qui luttaient pour financer leurs déficits. Les États-Unis s’y sont opposés, mais il a réussi à faire approuver par le Conseil d’administration du FMI une facilité plus modeste (114) pour les pays d’Europe occidentale (115) nommée « Second Witteveen Oil Facility » d’après le directeur général du FMI, Johannes Witteveen, ancien ministre des Finances des Pays-Bas, qui visait à transformer le FMI en une banque mondiale centralisée. Ainsi, d’un seul coup, l’Europe est passée du rang de puissance coloniale à celui de dépendance du monde arabe.

Le dialogue euro-arabe et le nouvel ordre mondial fabien

Alors que, en raison de ces manœuvres, la Grande-Bretagne et les autres pays européens étaient désormais endettés envers l’OPEP et le FMI, un autre plan diabolique était conçu pour rapprocher encore plus l’Europe du monde islamique.
En 1973, le sous-secrétaire français aux Affaires étrangères Jean-Noël de Lipkowski a entamé des discussions pour un dialogue euro-arabe avec le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi (116). En novembre, le président Georges Pompidou et le chancelier ouest-allemand Willy Brandt se sont rencontrés pour réaffirmer leur intention d’engager un « dialogue avec les Arabes ». Sous l’impulsion de Pompidou, un sommet européen s’est tenu les 14 et 15 décembre à Copenhague, pour lancer le dialogue euro-arabe (EAD).
Pour découvrir les intérêts qui se cachent derrière le projet euro-arabe, il suffit de s’intéresser à ses protagonistes. Il est de notoriété publique que toute l’administration Pompidou, du sous-secrétaire Lipkowski au ministre des Affaires étrangères Jobert en passant par Pompidou lui-même, était pro-arabe. Le gouvernement Pompidou était proche des intérêts des Rothschild. Pompidou lui-même avait été directeur général des la Banque Rothschild Frères à Paris et directeur de l’empire Rothschild jusqu’en 1962, lorsqu’il était devenu Premier ministre dans le gouvernement de de Gaulle.
Le « développement de l’Afrique » avait toujours été un des objectifs des Rothschild et avait été inscrit dans la déclaration Schuman de 1950 – qui créait la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CEE) – sur l’insistance du cousin Rothschild et ancien dirigeant de l’empire Rothschild René Mayer (117). L’Afrique du Nord était particulièrement intéressante pour les Rothschild (et donc pour l’administration Pompidou), en particulier les pays arabes producteurs de pétrole comme l’Algérie et la Libye, avec lesquels les Rothschild et le gouvernement français étaient liés par des intérêts pétroliers. La Compagnie Française des pétroles (CFP) et la FRANCAREP des Rothschild exploitaient des gisements de pétrole dans la région aux côtés de Shell (Rothschild), d’Exxon (Rockefeller) et d’autres grandes entreprises européennes et états-uniennes.
Le programme fabien de nationalisation imposé à la Grande-Bretagne sous le gouvernement Attlee après la guerre avait inspiré des pays pétroliers comme l’Iran, où le socialiste Mohammad Mossadegh avait nationalisé l’industrie pétrolière au début des années 1950, suivi par d’autres pays musulmans dans les années 1960 et 1970. L’Algérie et la Libye ont commencé à nationaliser les intérêts pétroliers français et occidentaux en 1971. La Libye était à la tête de la conspiration arabe contre l’Occident et, comme son voisin algérien, elle était dirigée par un socialiste, le colonel Kadhafi, dont les liens étroits avec la LSE et d’autres organisations fabiennes sont décrits dans Socialism Exposed.
Un autre des socialistes qui étaient impliqués dans la conspiration euro-arabe était le chancelier allemand Willy Brand, qui avait débuté sa carrière politique en tant que cofondateur et dirigeant du Bureau international des organisations révolutionnaires de jeunesse, organisation de jeunesse du Centre révolutionnaire international marxiste, appelée aussi « London bureau ». Le Bureau était contrôlé par Fenner Brockway, membre du Parti travailliste indépendant, chef de la League Against Imperialism et membre éminent de la Fabian Society (118).
En 1970, Brandt a mis en œuvre l’Ostpolitik, politique de collaboration avec le Bloc de l’Est, à l’instigation du conseiller américain à la sécurité nationale et lieutenant des Rockefeller Henry Kissinger. Brandt était aussi un ami et collègue de longue date de Healey et, en tant que leader du parti social-démocrate allemand, une personnalité de premier plan de l’Internationale Socialiste que Healey avait créée dans les années 1950 et dont Brandt avait été nommé président en 1976.
L’année suivante, Robert McNamara, conseiller présidentiel américain, président de la Banque mondiale, directeur du CFR et associé des Rockefeller, a nommé Brandt à la tête de la Commission indépendante sur les questions de développement international (Commission Brandt). La Commission a remis un rapport qui préconisait un « dialogue Nord-Sud » impliquant le transfert des ressources du Nord (les pays développés de l’hémisphère Nord ou du « Premier Monde ») vers le Sud (l’hémisphère Sud non développé ou Tiers-Monde) (119). Les propositions de Brandt, en particulier la création d’un organisme mondial de gestion de l’interdépendance économique (120), s’inspiraient clairement de la facilité Witteveen conçue par Healey pour le FMI et de projets fabiens similaires.
Kissinger et McNamara étaient devenus amis avec Healey, respectivement depuis les années 1950 et depuis les années 1960 (121) et le Premier ministre conservateur Edward Heath, qui, quant à lui, l’était devenu au Balliol College, a joué un rôle déterminant dans la création de la Communauté économique européenne ou Marché commun – avec l’appui de Pompidou et de Willy Brandt. Fait intéressant, le directeur général du FMI, Witteveen qui est aussi devenu un ami de Healey, était un adepte de ce que Healey appelle « la religion perse du soufisme ». En fait, le soufisme est une forme d’islam.
Un autre élément clé de l’équation était les intérêts britanniques des Rothschild. Comme leurs homologues français, les gouvernements britanniques entretenaient traditionnellement des liens étroits avec les Rothschild. Lorsque le président du Fabian International Bureau, Philip Noel-Baker, est devenu ministre des Affaires étrangères en 1945, il s’est entouré de membres du cercle de Lord Victor Rothschild (122).
De son côté, Victor Rothschild s’est entouré de fabiens et de communistes comme John Strachey, Anthony Blunt (espion soviétique), Guy Burgess (autre espion soviétique) et la petite nièce de Beatrice Webb, Teresa (« Red Tess »), qui habitaient tous dans la maison des Rothschild rue Bentinck. Rothschild a été élu au parlement sous l’étiquette travailliste en 1945 et, l’année suivante, il a épousé Teresa Georgina Mayor qui avait été son « assistante personnelle » au MI5 durant la guerre et qui était maintenant la secrétaire privé de Noel-Baker (123).
Noel-Baker est devenu président du Parti travailliste en 1946 et plus tard secrétaire du Commonwealth et ministre des Combustibles et de l’Exergie. Rothschild a occupé le poste de directeur de la recherche chez Royal Dutch Shell de 1961 à 1970, puis celui de directeur fondateur du Central Policy Review Staff (CPRS), think-tank qui a conseillé le gouvernement de 1971 à 1974, avant de devenir président de NM Rothschild et Rothschild Continuation (holding zurichoise du groupe bancaire Rothschild).
Inutile de dire que les Rothschild (des deux côtés de la Manche) étaient favorables à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté économique européenne et participaient à divers projets de la CEE comme l’European Composite Unit (EURCO), précurseur de l’euro (124). De plus, comme indiqué au début de cette étude, les fabiens et leurs associés financiers avaient été des pionniers de l’Union Européenne dès le début des années 1900.
Ce qui est frappant, c’est la rapidité avec laquelle se sont enchaînés les événements qui devaient mener à l’instauration du Nouvel ordre économique mondial que les fabiens et leurs collaborateurs et bailleurs de fonds financiers et industriels avaient planifié et promu pendant des décennies. Pour ne citer que les plus importants :

· Nationalisation du pétrole dans les pays arabes socialistes, notamment en Afrique du Nord comme la Libye (qui fournissait 25% du pétrole de l’Europe occidentale), 1971-1973.
· Élargissement de la Communauté économique européenne, 1973.
· Entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE, 1973.
· Lancement de la European Composite Unit des Rothschild, 1973.
· Fondation de la Commission Trilatérale des Rockefeller, 1973, dont le fabien Roy Jenkins était un membre fondateur et dont Healey et son ami Heath sont devenus membres plus tard.
· Lancement du Dialogue euro-arabe par Pompidou et Brandt, 1973.
· Établissement du nouvel ordre économique international des Nations Unies (NIEC), 1974.
· Mise en place par le FMI de la facilité de prêt « Witteween » conçue par Healey, 1974-75.
· Formation de la Commission Brandt des Nations Unies prônant un dialogue Nord-Sud et la redistribution des ressources du « Premier Monde » au Tiers Monde, 1977-1980.

Il s’ensuit que le Dialogue Euro-Arabe était en fait un dispositif régional au sein du Nouvel Ordre Économique International (125) qui était en train d’être forgé par une petite clique de politiciens internationalistes de gauche – dont de nombreux fabiens ou de sympathisants du fabianisme -, qui avaient des liens étroits avec de puissants intérêts financiers comme ceux des Rothschild et des Rockefeller.

Le processus de Barcelone et l’Union pour la Méditerranée : du « dialogue » à l’« Union »

La construction de l’Europe-Arabie (Eurabia) s’est arrêtée temporairement en 1979 à la demande du partenaire de la CEE, la Ligue arabe, à la suite des accords de Camp David entre l’Égypte et Israël, qui ont entraîné l’exclusion de l’Égypte de la Ligue et une scission dans le camp arabe. Les tentatives de relance du dialogue qui ont eu lieu après la réadmission de l’Égypte en 1989 ont pris fin en 1990.
Cependant, l’EAD était devenue la pierre angulaire de l’islamisation de l’Europe et, une fois le processus engagé, l’islamisation de l’Europe a été poursuivie par de nouvelles initiatives, officiellement par l’Espagne et la France, mais secrètement par des éléments liés à la Fabian Society et aux intérêts politiques et financiers associés.
Javier Solana, neveu de l’historien espagnol Salvador de Madariaga, fonctionnaire de la Société des nations et orateur de la Fabian Society (126), figure parmi les principaux promoteurs du processus d’islamisation de l’Europe. Sorti de l’université madrilène de la Complutense, nid de fabiens, de 1965 à 1971 il a étudié dans diverses universités d’obédience fabienne aux États-Unis grâce à une bourse Fulbright.
Le programme Fulbright était un projet de gauche géré par le Bureau of Educational and Cultural Affairs (ECA) du département d’État américain, organisme internationaliste rockfellerien dont le premier chef était le secrétaire d’État adjoint à l’Éducation et à la Culture Philip H. Coombs (directeur pour l’Éducation à la fondation Ford) qui a fondé l’International Institute for Educational Planning et a été conseiller auprès de l’UNESCO, dont le premier directeur général était le fabien Julian Huxley.
De retour en Espagne, Solana a rejoint le gouvernement socialiste de Felipe González comme ministre de la Culture et de l’Éducation dans les années 1980, avant de devenir ministre des Affaires étrangères à partir de 1992. En 1995, Solana a convoqué la première Conférence Euro-Méditerranéenne, au cours de laquelle la décision a été prise de réaliser l’unité culturelle et économique avec les pays musulmans d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, en vue de laquelle la conférence établit l’Euro-Mediterranean Partnership (EMP), appelé aussi Processus de Barcelone ou euro-méditerranéen.
La prolifération de think-tanks d’inspiration fabienne dans le monde entier, commencée dans les années 1970, a assuré la diffusion constante de la pensée fabienne dans toute l’Europe, y compris en Espagne, où le Centre des relations internationales de Barcelone (CIDOB) a été fondé en 1973. Devenu l’un des plus influents think-tanks d’Espagne, le CIDOB a été le pionnier des études du monde arabe en Catalogne et constitue l’une des institutions de formation les plus à la pointe du mouvement d’islamisation de l’Europe.
En 2000, le socialiste catalan Narcis Serra, ancien chercheur de la LSE et plus tard ministre espagnol de la Défense et vice-président du gouvernement, a été nommé président du CIDOB. Jordi Vaquer i Fanés a été nommé directeur de la fondation. Vaquer a obtenu un doctorat en relations internationales à la LSE ; sa thèse était intitulée Spanish Policy towards Morocco (1986-2002): The Impact of EC/EU Membership.
En 2004, le président de CIDOB, Serra, dont les intérêts principaux sont la gouvernance mondiale et la politique étrangère, a créé l’Institut d’études internationales de Barcelone (IBEI), qui emploie des personnalités pro-islamiques telles que Fred Halliday, diplômé de la LSE, auteur de « Islam and the Myth of Confrontation » (2003), à des fins de subversion et de propagande.
CIDOB collabore avec d’autres organisations pro-islamiques comme le Royal Elcano Institute (créé en 2001 d’après le modèle de Chatham House / RIIA), Asia House (2001), Institut européen de la Méditerranée (IEMed, 2002) et Institut International des Études du Monde Arabe et Islamique (CA-IEAM, 2006), la Maison Méditerranéenne (2009), etc. et bénéficie entre autres du soutien du Ministère des Affaires Étrangères espagnol (responsable de la création de tous les instituts susmentionnés), de l’UE, de l’Agence espagnole de coopération internationale, du ministère espagnol de la Défense, du gouvernement catalan, de la mairie de Barcelone et d’un vaste réseau d’autorités, d’organisations et d’institutions connexes qui sont partie prenante du processus d’islamisation de l’Europe en Espagne et dans d’autres pays méditerranéens (Italie et France).
Le CIDOB est également responsable de plusieurs publications importantes promouvant l’islamisation sous couvert de « compréhension », de « dialogue», etc., telles que le Mediterranean Yearbook, le Bibliographical Bulletin of the Arab World et le Magazine of Foreign Affairs du CIDOB.
En particulier, le CIDOB et des organisations continentales similaires créées ou infiltrées par la LSE et d’autres organisations contrôlées par la Fabian Society sont partenaires de la Fondation Euro-Méditerranéenne Anna Lindh pour le Dialogue entre les Cultures (ALF), créée en mai 2004 lors de la Réunion à mi-parcours des ministres euro-méditerranéens des affaires étrangères à Dublin dans le but de promouvoir les liens culturels et religieux entre l’Europe et le monde arabe islamique. Avec un budget de 5 millions d’euros, l’ALF a été en mesure de créer des agences dans 43 pays, au centre d’un réseau de plus de 2000 organisations partageant les mêmes idées. Un certain nombre d’enseignants et de diplômés de la LSE à travers le monde ont reçu le prix Anna Lindh pour l’étude de la politique étrangère européenne sous l’angle de la politique d’islamisation du continent.
Alors que des milliers de groupes de réflexion et d’autres organisations préparent tranquillement la « justification » scientifique et l’acceptation psychologique de l’islamisation de l’Europe, la mise en œuvre de celle-ci sur le plan politique s’accélère ; c’est ainsi qu’a été créée l’Union méditerranéenne (Union pour la Méditerranée) qui vise expressément à l’union politique, économique et culturelle de l’UE avec l’Afrique du Nord islamique et le Moyen-Orient. Le projet a été lancé par le président Sarközy lors de sa campagne présidentielle de 2007 et a été officiellement annoncé au Sommet de la Méditerranée, le 13 juillet 2008, à Paris, en présence de 43 chefs d’État et de gouvernement ainsi que d’Amr Moussa de la Ligue Arabe ; Ekmeleddin İhsanoğlu de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) ; Jorge Sampaio de l’Alliance des civilisations (AoC) ; et André Azoulay de la Fondation Anna Lindh (ALF).
Le conseiller spécial de Sarközy – qui est devenu plus tard chef de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée – était Henri Guaino, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP Paris), où Sarközy était étudiant en 1979-1981. L’Institut de Paris est un organisme géré par la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), structure financée par la Fondation Rockefeller et travaille en partenariat avec d’autres organisations associées aux Rockefeller comme la LSE et l’École des affaires internationales et publiques de l’Université de Columbia (dont Obama est diplômé).
Le projet d’Union pour la Méditerranée (UM / UfM) a bénéficié du soutien total des intérêts financiers et académiques habituels de gauche. Dès septembre 2007, la Harvard Management Company (HMC), filiale de Harvard, qui est chargée d’investir la dotation de 32 milliards de dollars de l’université, a lancé son fond d’intégration, Middle East North Africa (MENA), en collaboration avec la banque privée d’investissement égyptienne EFG Hermes. membre fondateur de la facilité financière qui finance le projet de l’UM, l’InfraMed Infrastructure Fund (127).
Le co-PDG d’EFG Hermes était Yasser El-Mallawany, ancien directeur de la Chase National Bank d’Égypte des Rockefeller, tandis que le comité consultatif du MENA comptait parmi ses membres le PDG de Harvard Management Co., Mohamed El-Erian, ainsi que Lord Jacob. Rothschild, président, et Andrew Knight, directeur, de Rothschild Investment Trust Capital Partners (RITCP).
Le conseil d’administration d’EFG Hermes Holding Co. comprend des personnalités étroitement liées à la LSE, tels que Thomas S. Volpe, diplômé en économie de Harvard et de la LSE et Charles McVeigh III, ancien membre du comité des marchés financiers de la LSE.
Un peu moins de quatre mois après le lancement officiel du projet de l’UM, les 7 et 9 novembre 2008, la section européenne de la Commission trilatérale des Rockefeller s’est réunie à Paris sous la présidence du président de la LSE, Peter Sutherland. Le résumé de la réunion indiquait que l’élection d’Obama « ouvrait la voie à un changement plus large dans le monde entier » ; que la France avait une vocation similaire, tout en étant appelée à jouer un rôle actif dans l’évolution de l’UE ; que cette « nouvelle orientation » avait été exprimée, entre autres, par l’Union méditerranéenne et les initiatives prises « pour trouver des solutions efficaces à la crise financière et économique ; et concluait que le projet Euro-Med était conçu comme « un modèle pour le monde » (Commission trilatérale, résumé de la réunion).
En effet, dans son discours au Caire du 4 juin 2009 intitulé Un nouveau départ, dans lequel il s’est adressé au monde musulman, le président Obama a salué la « tradition de tolérance » de l’islam dans l’Espagne sous occupation musulmane, s’est félicité du leadership de la Turquie dans le projet pro-islamique Alliance des civilisations (AoC) et a annoncé un nouveau départ dans les relations entre les États-Unis et les musulmans du monde entier. En décembre 2012, il a nommé Mohamed El-Erian (voir plus haut) président du Global Development Council (128).
Les gouvernements fabiano-travaillistes britanniques avaient devancé l’initiative de Sarközy en faveur de l’islamisation de l’Europe :

· En 2004, le ministre des Affaires étrangères fabien Jack Straw a créé le groupe Engaging with the Islamic World (EIW) au sein du ministère des Affaires étrangères. En 2006, le groupe disposait d’un budget annuel de 8,5 millions de livres sterling et soutenait l’activité des islamistes radicaux au Moyen-Orient.
· En décembre 2004, dans une allocution à la Chambre des Communes, le Premier ministre fabien Blair s’est prononcé en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, saluant la décision d’entamer les négociations d’adhésion comme « un moment extrêmement important pour l’Europe » et la réalisation d’un « objectif historique britannique » (129).
· En octobre 2005, le ministre des affaires étrangères fabien Straw a fait de l’entrée de la Turquie dans l’UE « une priorité » lors de la réunion qu’il présidait du Conseil « Affaires générales » de l’UE (130).
· En novembre 2005, Blair a présidé la dixième Conférence euro-méditerranéenne de Barcelone.
· En janvier 2006, sous la direction de Straw, le groupe EIW du ministère des Affaires étrangères a lancé le Festival des cultures musulmanes, qui s’est déroulé jusqu’en juillet 2007.
En juillet 2006, sous la direction de Margaret Beckett, ministre des Affaires étrangères, le groupe EIW du Foreign Office a parrainé et facilité un grand rassemblement d’organisations islamistes européennes en Turquie ; il en est ressorti que tous les musulmans en Europe devaient respecter le Coran pour « enrichir l’Europe » et donner l’exemple aux non-musulmans.
· En août 2006, dans son discours au World Affairs Council de Los Angeles, Blair a qualifié le Coran de « progressiste » et a décrit les terres musulmanes comme « les porte-étendards de la tolérance » au Moyen-Âge. Il a ensuite réaffirmé sa conviction que L’Islam offrait un « contraste bienvenu avec le christianisme » et que « jusqu’à la Renaissance européenne, l’Islam était le plus grand dépositaire de la pensée civilisée » (131). Inutile de dire que ce sont précisément les affirmations (non fondées) des dirigeants occidentaux qui font le jeu des islamistes.
· En novembre 2007, lors de la cérémonie d’inauguration du Campus de Bruges, le ministre des Affaires étrangères David Miliband, a plaidé en faveur des liens indissociables avec les pays voisins musulmans d’Europe et l’inclusion de la Turquie, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, tout en soulignant la nécessité de développer des institutions communes pour surmonter les divisions religieuses et culturelles entre l’Europe et les pays musulmans (132).

Que les politiques du Parti travailliste soient pro-musulmanes, c’est là ce qui est non seulement bien connue, mais aussi admis par d’éminents membres musulmans du parti tels que Sadiq Khan – membre de la direction de la Fabian Society – qui a déclaré en mai 2010 que « le Labour est et a toujours été le parti des musulmans britanniques » (133). De fait, en janvier 2013, Miliband a nommé Khan Shadow Minister of London et directeur de campagne électorale du Parti travailliste.
Clairement, les dirigeants fabiens ont activement participé à la campagne internationale orchestrée pour:

· Occulter l’hostilité traditionnelle de l’islam envers le monde occidental.
· Ériger l’Islam en un système « progressiste ».
· Promouvoir la domination musulmane sur un certain nombre pays chrétiens au Moyen-Âge comme « modèle » pour l’avenir.
· Renforcer progressivement l’union politique, économique et culturelle de l’Europe avec le monde islamique.
· Promouvoir la culture musulmane en Grande-Bretagne et dans les autres pays européens.
· Nommer des musulmans à des postes clés dans toutes les organisations influentes, politiques, financières ou autres.

La LSE, avec son Département des relations internationales et son Institut européen, organise des « recherches », des cours, des séminaires, des ateliers, des conférences et d’autres événements promouvant une « réflexion avancée » sur les relations entre l’UE et les musulmans. En 2010, un nouveau groupe pro-islamique baptisé « Centre for Middle Eastern Studies» a été ajouté à l’arsenal de la LSE. Sans doute les énormes sommes d’argent que la LSE et les institutions qui y sont associées reçoivent des régimes islamiques (134) et de la Libye en particulier ne sont-elles pas étrangères au zèle avec lequel elles défendent la cause de l’islam.
Comme indiqué ci-dessus, le président de la LSE, Peter Sutherland est un des principaux promoteurs de l’islamisation de l’Europe (135). Dans un discours prononcé au Congrès eucharistique international en juin 2012, Sutherland a déclaré que c’est faire preuve de « négativisme » que de s’attendre à ce que les musulmans s’adaptent à la culture occidentale (136). Quelques jours plus tard, il a appelé l’Union européenne à « faire de son mieux » pour « saper l’homogénéité » des États membres (137).
Les liens étroits de la LSE avec les régimes islamiques subversifs ont été découverts en 2011, lorsque des câbles diplomatiques ont révélé que le fils du dictateur libyen Kadhafi, Saïf al-Islam, s’était arrangé pour que quatre cents futurs dirigeants libyens reçoivent une formation à la gestion et aux fonctions d’encadrement à la LSE (138).
Le 7 mars 2013, Chatham House a tenu une conférence intitulée Understanding Counter-Jihad Extremism, qui avait pour but d’évoquer les groupes opposés à l’islamisation, comme l’English Defence League (EDL), jugés « extrémistes ». Animée par des orateurs fabiens comme Sunder Katwala, Gavin Shuker (député de Luton South) et leur collaborateur et associé Matthew Goodwin de Chatham House, la conférence était clairement un événement fabien et n’a fait que confirmer que la Fabian Society sert de porte-voix à la désapprobation de l’establishment à l’égard de l’opposition légitime du public britannique à l’islamisation de la Grande-Bretagne.

Cassivellaunus, The Fabian Society: the masters of subversion unmasked, 31 mars 2013, http://www.freebritainnow.org/0/fabiansociety.htm, traduit de l’anglais par B. K.

(=) Three years’ work, 1908-1911, in Sally Alexander (éd.), Women’s Fabian Tracts, vol. 7, Routledge, Londres et New York, 2001.

(i) Léon Say, « Budget de 1895 – Libéraux et socialistes ». In Revue des Deux Mondes, t. 125, 1894, p. 473.
(ii) C. Looten, « Choses d’Angleterre. Le mouvement social ». In Revue de Lille, 7e année, 2e série, t. 3, Paris et Lille, 1895, p. 417-419.
(iii) Albert Métin, Socialisme en Angleterre, F. Alcan, 1897 .p. 206.
(iv) ibid., p. 230
(v) Pierre Verhaegen, Socialistes anglais, Engelcke, 1897, p. 79
(vii) Ibid., p. 100.
(vii) Ibid., p. 90.
(viii) Ibid., p. 100
(ix) Ibid.., p. 107.
(x) Ibid.
(xi) Ibid.
(xii) Ibid., p. 108-109
(xiii) Pierre Larousse, Grand Larousse Encyclopédique, Librairie Larousse, 1960, p. 590.
(xiv) Augustin Hamon. « Bernard Shaw : L’homme ». In La Grande Revue, 1909, p. 632-33 ; republié dans id., Le Molière du XXe Siècle : Bernard Shaw, 2e éd., Eugène Figuière et Cie, Paris, 1913, p. 41.
(xv) Marie Scot, « Élie Halévy. Un regard français inédit sur le New Deal de Franklin D. Roosevelt ». In Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017, note 63, p. 4, consultable à l’adresse suivante : https://www.histoire-politique.fr/documents/31/autresArticles/pdf/HP31_Varia_1_MarieScot_def.pdf, consulté le 23 mars 2018.
(xvi) Elie Halévy, Épilogue 1. Les impérialistes au pouvoir : 1895-191, Librairie Hachette, 1926, p. 154.
(xvii) Id., L’Ere des tyrannies : études sur le socialisme et la guerre, Gallimard, Paris, 1938, p. 217.
(xviii) Id.., Histoire du socialisme européen, Gallimard, 1974, p. 255.
(xix) Jessica L. Harland-Jacobs, Builders of Empire: Freemasons and British Imperialism, 1717-1927, p. 262.
(xx) Joseph Preston Baratta, The Politics of World Federation: From world federalism to global governance, Praeger, Westport, CT et Londres, 2004, p. 339. Le tristement célèbre « abbé Pierre » en a été vice-président (http://lotoisdumonde.fr/documents/ab-pierre/Abbe-Pierre-federaliste-mars1949.pdf).
(xxi) Nous ne sommes pas en mesure d’indiquer la date exacte de la publication de la première édition de « Maçonnerie et sectes secrètes – Le côté caché de l´histoire » (la deuxième date de 2005) ; tout juste est-il certain qu’elle remonte aux années 1990, puisque l’original a été publié chez Controcorrente en 1990 et que cette première édition a été préfacée par Henry Coston, décédé en 2001.
(xxii) Beatrice Webb avait certainement des vues sur Mosley, à l’époque où celui-ci, après avoir siégé un temps au parlement sous l’étiquette du Parti conservateur, y siégeait sous celle du Parti travailliste, mais la correspondance de l’économiste et militante socialiste britannique montre sans ambiguïté qu’il n’a pas rejoint la Fabian Society (voir Nigel Jones, Mosley, Haus Publishing, Londres, 2004, p. 27 ; David Howell, Mosley and British Politics 1918-32: Oswald’s Odyssey, Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2014, p. 37.
(xxiii) Traduit d’après l’édition originale.
(xxiv) Alice Grenfell, « Shafts, Feminism and the Periodical Press, 1900-1918 », in Lucy Delap,Maria DiCenzo et Leila Ryan (éd.), vol. 1, Routledge, Londres et New York, 2006.
(xxv) Francis King, Ritual magic in England: 1887 to the present day, Spearman, 1970, p. 186.
(xxvi) Diana Burfield, Theosophy and Feminism : Some Explorations in Nineteenth century Biography, in Pat Holden (éd.), Women’s Religious Experience (RLE Women and Religion), Routledge, 2015 (1re éd. 1993).
(xxvii) Nicholas Campion, The New Age in the Modern West: Counterculture, Utopia and Prophecy from the,Present Day, Bloomsbury, 2015, p. 76.
(xxviii) Voir https://www.dailymotion.com/video/x7j6qk. Sur la présence fabienne en France, voir Pierre de Villemarest, « La société fabienne s’investit en France »,
publié le mardi 27 mars 2007 à http://www.armees.com/La-societe-fabienne-s-investit-en-France,18509.html et republié à http://www.lavoixoff.org/nouvelordremondial/cat/societes-discretes/index.html. Sur l’influence de la Fabian Society en France pendant la Première Guerre mondiale, voir Emmanuel Jousse, « Un réformisme travailliste: La société fabienne pendant la Grande Guerre », in Romain Ducoulombier (dir.), Les socialistes dans l’Europe en guerre: réseaux, parcours, expériences, 1914-1918, L’Harmattan, 2010.
(xxix) Claude Beaulieu, La Nation, la République et la question sociale au cœur du problème européen, in Pierre Marie Gallois (sous la dir.), la Tragédie européenne et la France, François-Xavier de Guibert, 2004.

(1) Harry W. Laidler, History of Socialism: A Comparative Survey, Crowell, New York, NY, 1968, p. 186.
(2) G. D. H. Cole, « The Fabian Society, Past and Present », Fabian Tract n° 258, Londres, 1942.
(3) The Rubaiyat of Omar Khayyam, traduit par Edward FitzGerald,
Collins, 1954, p. 89. La traduction français lit : « Si nous pouvions, toi et moi, nous entendre avec lui pour prendre dans nos mains ce globe infortuné! nous le briserions en morceaux; puis, nous mettant à l’ouvrage, nous tâcherions de refaire, avec ses débris, un autre monde plus conforme à cet idéal de bonheur qui tourmente notre cœur » (Les Rubáiyát d’Omar Kheyyám: le poète-astronome de la Perse Omar Khayyam, traduits en vers français d’après la version anglaise d’Ed. Fitzgerald, avec notices, texte anglais en regard, commentaire, notes, bibliographie et index, par Fernand Henry, Librairie orientale et américaine, J. Maisonneuve, 1903, p. 183.
(4) Edward, R. Pease, History of the Fabian Society: The Origins of English Socialism, New York, NY, 1916, p. 34.
(5) Péter T. Bauer, Dissent on Development, éd. revue, Harvard University Press, Cambridge, Mass., , 1976, p. 176.
(6) Archibald Henderson, George Bernard Shaw: His Life And Works, A Critical Biography, Stewart & Kidd Company, Cincinnati, OH, 1911, p. 488.
(7) Carroll Quigley, The Anglo-American Establishment: From Rhodes to Cliveden, GSG and Associates, San Pedro, CA, 1981, p. 137-38 ; Margaret Cole, The Story of Fabian Socialism, Stanford University Press, Stanford, CA et Heinemann, Londres, 1961, p. 118.
(8) Beatrice Webb, Our Partnership, Drake, B. and Cole, M. eds., Londres, 1948.
(9) H. G. Wells, Russia in the Shadows, 1920, republié par Forgotten Books, 2012, p. 100.
(10) Joseph A. Schumpeter, Capitalism, Socialism and Democracy, 3e éd., Harper and Row, New York, NY, 1950, p.134.
(11) Voir http://www.victorianweb.org/history/fabian.html (N. d. T.)
(12) Sutton, Antony C., The Federal Reserve Conspiracy, Bridger House Publishers, Inc., Carson City, NV, 2005, p.45.
(13) Marie Terrier, « Annie Besant et les débuts de la société fabienne (juin 1885 – novembre 1890) ». In Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, 2010/1, n° 31 [p. 109 – 139].
(14) Beatrice Webb, op. cit., p. 93.
(15) Ibid., p. 502.
(16) Ibid., p. 182, 214.
(17) Karl West, « Tata’s British Empire – The Indian conglomerate is our biggest manufacturer but has enjoyed mixed fortunes, says Karl west », The Sunday Times, 23 septembre 2012.
(18) Patricia Pugh, Educate, Agitate, Organize: 100 Years of Fabian Socialism, Methuen, Londres, 1984, p. 129.
(19) Beatrice Webb, op. cit., p. 332.
(20) Eric D. Butler, The Fabian Socialist Contribution to the Communist Advance, Melbourne, 1964, p. 19.
(21) Rose Martin, Fabian Freeway: High Road to Socialism in the U.S.A., Heritage Foundation, Chicago, IL, 1966, p. 77.
(22) Ibid, p. 109.
(23) Stone-Lee, Ollie, « 1975 economic fears are laid bare », BBC News, 29 décembre 2005.
(24) Tony Shell, « Progressive Politics: Being Rid of the English », septembre 2011, p. 2.
(25) Edward, R., Pease, op. cit., p. 88.
(26) Ibid., p. 84.
(27) Fabian News, septembre 1897, cité par Patricia Pugh, op. cit., p. 58.
(28) Margaret Cole, op. cit, p. 167.
(29) Voir Lénine, Que Faire ? ; Andrzej Walicki, Marxism and the Leap to the Kingdom of Freedom: The Rise and Fall of the Communist Utopia, Stanford, CA, 1995, p. 294.
(30) Margaret Cole, op. cit., p. 87.
(31) Michael Holroyd, Bernard Shaw, Random House, Londres, 1991, vol. 3, p. 226.
(32) Fabian News, XXIX (5), avril 1918, in Patricia Pugh, op. cit., p. 138.
(33) Patricia Pugh, op. cit., p. 236.
(34) Voir http://www.fabians.org.uk/about/, consulté le 31 mars 2013.
(35) Patricia Pugh, op. cit., p. 138.
(36) « The Fabian Society: a brief history, Guardian », 13 août 2001.
(37) Andrew Harrop, « Fabian review of the year », Fabian Review, 21 décembre. 2012 ; Sofie Jenkinson, « Remaking the State: How should Labour govern? », 25 février 2013.
(38) Tony Blair, cité in « A piece of Fabian history unveiled at LSE », LSE News and Media, 20 avril 2006.
(39) Neal Lawson, « Labour must admit it messed up on the economy »,The Guardian, 13 janvier 2012.
(40) Sofie Jenkinson, « Ed Miliband’s speech to the Fabian Society New Year Conference 2013 », Fabian Society, 12 janvier 2013.
(41) Ernest Barker,, Political Thought in England from Herbert Spencer to the Present Day, henry Holt and Company, New York et Williams and Norgate, Londres, 1915, cité in Edward, R. Pease, op. cit., p. 186.
(42) Edward, R. Pease, op. cit., p. 28.
(43) G. B. Shaw, Fabian Essays in Socialism, 1889.
(44) Fondé en 2000 sous le nom de Cultural Diversity Network par Clive Jones, directeur général de Carlton TV, le CDN est une coalition de chaînes de télévision (ITV, BBC, ITN, Channel 4, Channel 5 et Sky), qui promeut la « diversité culturelle ».
(45) Fondé en 1965 sous le gouvernement de l’ancien président de la Fabian Society Harold Wilson, son premier directeur général était le fabien Michael (plus tard Lord) Young, qui a été responsable à lui seul de la création de plus de soixante organisations similaires. Initialement connu sous le nom de Social Science Research Council (SSRC), l’ESRC était un clone de l’organisation états-unienne du même nom, créée en 1923 par Charles E. Merriam, proche de l’American Fabian League et de la London Fabian Society, en collaboration avec l’American Economic Association, elle-même fondée par Thomas Davidson et Sidney Webb, co-fondateurs de la Fabian Society (Rose Martin, op. cit., p. 123-4, 281). Alors que le SSRC américain a été financé par les Rockefeller et les intérêts associés, son homologue britannique a été financé par le Department for Business. Les deux organisations ont toujours entretenu des liens étroits l’une avec l’autre ainsi qu’avec la LSE.
(46) Le Centre pour la recherche en politique économique (CEPR), qui a été décrit comme une « interface entre le milieu universitaire et la communauté politique », a été créé en 1983 par Richard Portes, ancien boursier à Rhodes et professeur d’économie à Harvard, qui a des liens étroits avec la Fabian Society et les intérêts des Rockefeller. il est actuellement président de l’International Growth Centre (associé à la LSE) du Global Crisis Group. Le CEPR est financé par la JP Morgan et la Citigroup des Rockefeller et des banques comme UBS, Barclays, la Banque d’Angleterre, la Banque des règlements internationaux et la Banque centrale européenne.
(47) Fondé en 1988, avec, comme présidente de son conseil d’administration, Tessa Blackstone, ancienne conférencière à la LSE et présidente de la Fabian Society, l’Institute for Public Policy Research (IPPR) est conseillé par des organismes tels que le Progressive Migration Advisory Group, qui compte parmi ses membres l’ancien secrétaire général de la Fabian Society Sunder Katwala.
(48) Policy Network a été fondé en 1999 par Blair, le chancelier social-démocrate Schröder et le président démocrate états-unien Clinton, pour promouvoir le socialisme dans le monde entier. Il est présidé par le fabien Lord Mandelson.
(49) Margaret Cole, op. cit., p. 21, 338.
(50) Ibid., p. 29.
(51) Voir Karl Marx et Frederick Engels, Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes.
(52) Voir Lénine, L’État et la Révolution (https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er.pdf).
(53) Patricia Pugh, op. cit., p. 81.
(54) Edward, R., Pease, op. cit., p. 200.
(55) Rose Martin, op. cit., p. 16.
(56) Margaret Cole, op. cit., p. 196-97.
(57) Ioan Ratiu, The Milner-Fabian Conspiracy: How an international elite is taking over and destroying Europe, America and the World, 5e éd. Free Europe Books; 5th edition, 2012, p. 85-86 ; Butler, Eric D., op. cit., p. 11.
(58) Michael Holroyd, op. cit., p. 230.
(59) Cité in Irish Slavonic studies, n° 5, Irish Slavists’ Association, 1984, p. 106 ; cité aussi in « Shaw and Lady Astor in Poland from Russia », The Times, 1er août 1931.
(60) Margaret Cole, op. cit., p. 342-43.
(61) Helen Rappaport, Conspirator: Lenin in Exile, Windmill Books, 2010, p. 153-54.
(62) G. Edward Griffin, The Fearful Master: A Second Look at the United Nations, Western Islands Publishers, Belmont, Mass., 1964.
(63) Margaret Cole, op. cit., p. 339.
(64) « The World Today: The Socialist Perspective », Déclaration de l’Internationale Socialiste d’Oslo, 2-4 juin 1962 (http://www.socialistinternational.org/viewArticle.cfm?ArticleID=2133).
(65) Let’s Go with Labour for the New Britain: The Labour Party’s Manifesto for the 1964 General Election, n° 5, Labour Party, 1964.
(66) Voir Jean Nurdin, Le Rêve européen des penseurs allemands (1700-1950), Presses Universitaires du Septentrion, 2005, chap. 5 : L’idée d’Europe à l’époque bismarckienne (N. d. T.).
(67) « Review of the Week », Labour Leader, 1er octobre 1914.
(68) « Powers to Confer on World Finance », NYT, 15 janvier 1920.
(69) « Vanderlip Gives Details Of Plan For World Bank », NYT, 13 novembre 1921.
(70) David Rockefeller, Memoirs, Random House Trade Paperbacks, New York, NY, 2003, p. 410-11.
(71) Jean Monnet, Memoirs, Collins, Londres, 1978, p. 467.
(72) Dan Smoot, The Invisible Government, Americanist Library, Western Islands, Boston et Los Angeles,1962, p. 52.
(73) John Callaghan, The Labour Party and Foreign Policy: A History, Routledge, Abingdon, 2007, p. 6 ; Danielle de Villemarest, Facts and Chronicles Denied To The Public: Secrets of Bildeberg, vol. 2, p. 14 et sqq, Aquilion, 2005 ; Denis Healey, The Time of My Life, Politico’s Publishing, Londres, 2006, p. 195-96 ; David Rockefeller, op. cit., p. 410-12.
(74) Richard J. Aldrich, « OSS, CIA and European Unity: The American Committee on United Europe, 1948-60 », International History Review, vol. 18, n° 4, novembre 1995 ; republié dans Diplomacy & Statecraft, vol. 8, n° 1, mars 1997 [p. 184-227], p. 216.
(75) Holly Sklar, Trilateralism: The Trilateral Commission and Elite Planning for World Government, South End Press, Boston, Mass., 1980.
(76) Ioan Ratiu, op. cit., p. 132-8, 163-4.
(77) Margaret Cole, op. cit., p. 88.
(78) Beatrice Webb, op. cit., p. 195.
(79) G. B. Shaw, « The Early History of the Fabian Society », Fabian Tract n° 41, Londres, 1892 ; Edward, R. Pease, op. cit., p. 30.
(80) Edward, R. Pease, op. cit., p. 27.
(81) Ibid., p. 88.
(82) Margaret Cole, op. cit., p. 298.
(83) David Rockefeller, op. cit., p. 81.
(84) Patricia Pugh, op. cit., p. 158.
(85) Voir, pour un exposé révélateur sur Keynes et ses théories, Rose Martin, op. cit., p. 323-41.
(86) Patricia Pugh, op. cit., p. 227-230.
(87) Ibid., p. 18.
(88) Voir Randall Hansen, Citizenship and Immigration in Post-War Britain, Oxford University Press, Oxford, 2000.
(89) Sheila Patterson, Immigration and Race Relations in Britain 1960-1967, Institute of Race Relations, Londres, 1969, p. 212-13 ; Christian Joppke, Immigration and the Nation-State, Oxford University Press, Oxford, 1999, p. 231.
(90) Patricia Pugh, op. cit., p. 257.
(91) Andrew Harrop, « Home affairs: too hot to handle? », in John Denham (éd.), The Shape of Things to Come: Labour’s New Thinking, Londres, 2012 [p. 95-104], p. 97-100. Parmi les groupes d’inspiration fabienne qui font partie du dense réseau de think-tanks dédiés à la mise en œuvre de l’invasion du continent européen par des populations d’origine extra-européenne on peut citer le Global Forum on Migration and Development (GFMD), fondé en 2006 par le président de la LSE Peter Sutherland, à l’instigation du lieutenant des Rockefeller et secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan ; British Future, cofinancé par Katwala et l’Open Society Foundation de George Sörös, diplômé de la LSE ; le Migration Advisory Committee (MAC), fondé en 2007 par le secrétaire d’État à l’Intérieur fabien John Reid. David Metcalf, professeur émérite au Centre for Economic Performance de la LSE, en a été président de décembre 2007 à août 2013 ; l’UK Border Agency (UKBA), agence de contrôle des frontières formée en 2008 par le ministre de l’Immigration fabien et co-fondateur de Progress Liam Byrne, ancien banquier des Rothschild et co-fondateur du magazine Young Fabians Anticipations.
(92) Tom Whitehead, « Labour wanted mass immigration to make UK more multicultural, says former adviser », The Daily Telegraph, 23 octobre 2009.
(93) Ian Britain, Fabianism and culture, Cambridge University Press, Cambridge, 1982, p. 108.
(94) John Callaghan, op. cit., p. 201-02.
(95) Sheila Patterson, op. cit., p. 111.
(96) Christian Joppke, op. cit., p. 223.
(97) Sheila Patterson, op. cit., p. 113.
(98) Tom Whitehead, « Labour wanted mass immigration to make UK more multicultural, says former adviser », The Daily Telegraph, 23 octobre 2009.
(99) CFMEB (Commission on the Future of Multi-Ethnic Britain), The Future of Multi-Ethnic Britain: The Parekh Report, Londres, 2000, p. 229.
(100) PIU/Home Office, « Preliminary Report On Migration », 11 juillet 2000, publié le 18 janvier 2010 ; Andrew Green, « Paying the price for a decade of deception », Daily Mail, 12 février 2010 ; Tom Whitehead, op. cit.
(101) Melanie Phillips, « The outrageous truth slips out: Labour cynically plotted to transform the entire make-up of Britain without telling us », The Daily Mail, 28 octobre 2009.
(102) Leo McKinstry, « How the Government has declared war on white English people », The Daily Express, 9 août 2007.
(103) Tony Shell, « Progressive Politics: Being Rid of the English », septembre 2011, p. 1 ; id., “Killing the English,” juillet 2012, p. 2.
(104) Sunder Katwala, “What must be done?”, The Guardian, 21 décembre 2005.
(105) Jolley, Rachel et Katwala, Sunder, “Hopes and Fears: The British Future State of the Nation Report”, janvier 2012.
(106) Rose Martin, op. cit., p. 109.
(107) Ioan Ratiu, op. cit., p. 102.
(108) FO141 / 710/9 ; cité in Karin Loevy, « Reinventing a Region (1915–22): Visions of the Middle East in Legal and Diplomatic Texts Leading to the Palestine Mandate ». In Israel Law Review, vol. 49, n° 3, novembre 2016 , p. 309-337.
(109) Sydney Olivier, « Hindu-Moslem Hostility: The New Bengal Regulations » (Letters to the Editor), The Times, 10 juillet 1926, p. 10.
(110) Margaret Cole, op. cit., p. 347-48.
(111) Fabian News, novembre 1962.
(112) John Callaghan, op. cit., p. 231.
(113) Mark Curtis, Web of Deceit: Britain’s Real Role in the World, Vintage, Londres, 2003, p. 303-04.
(114) La « facilité Witteveen » a accru de 10 milliards de dollars les capacités de crédit en faveur des pays dont la balance des paiements était déficitaire. « Chronologie ». In Observations et diagnostics économiques, revue de l’OFCE, n° 1, 1982 [p. 119-146], p. 126. [N. d. T.]
(115) Denis Healey, op. cit., p. 423-26.
(116) Bat Ye’or, Eurabia: The Euro-Arab Axis, Fairleigh Dickinson University Press, Madison, NJ, et Teaneck, 2005, p. 52.
(117) Jean Monet, op. cit., p. 300.
(118) Rose Martin, op. cit., p. 474.
(119) James Bernard Quilligan, The Brandt Equation: 21st Century Blueprint for the New Global Economy, Brandt 21 Forum,, Philadelphie, PA, 2002.
(120) Ibid., p. 34.
(121) Denis Healey, p. 316, 307.
(122) Ibid., p. 107.
(123) Kenneth Rose, Elusive Rothschild: The Life of Victor, Third Baron, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2003, p. 113.
(124) Niall ferguson, The House of Rothschild, The World’s Banker 1449–1999, Viking Press, New York, NY, 2000, vol. 2, p. 486.
(125) Bernard Cordineau, « Le dialogue euro-arabe, instance du nouvel ordre international (1973-1978) ». In Revue française de science politique, 30ᵉ année, n° 3, 1980 [p. 560-598], p. 561.
(126) Rose Martin, op. cit., p. 459.
(127) Heba Saleh, “Med investment project launched”, The Financial Times, 1er mai 2009.
(128) Alexis Leondis, « Obama Picks El-Erian to Lead Global Development Council », Bloomberg News, 24 décembre 2012.
(129) Hansard, 20 décembre 2004, chap. 1919-20.
(130) La référence est incomplète. Les diverses déclarations de Straw sur la Turquie et l’UE, dont le discours qu’il a prononcé à l’Université du Bosphore le 23 novembre 2007 (« Turkey and Europe: A partnership in security and prosperity », The Report: Turkey 2008, OBG, 2008, p. 24 et sqq.) ne laissent cependant aucun doute sur le fait que cette crapule ait pu faire de l’entrée de celle-là dans celle-ci la priorité de sa présidence du Conseil « Affaires générales » de l’UE. [N. d. T.]
(131) Tony Blair, A Journey, Arrow, Londres, 2011, p. 347.
(132) « EU ‘should expand beyond Europe’ », BBC News, 15 novembre 2007.
(133) « Khan: Labour’s the only way forward for British Muslims », Left Foot Forward, 3 mai 2010.
(134) Pollard, Stephen, « Libya and the LSE: Large Arab gifts to universities lead to ‘hostile’ teaching », The Daily Telegraph, 3 mars 2011.
(135) Quelque temps avant sa mort, intervenue en janvier dernier, Sutherland, fils d’un Juif et d’une Irlandaise, avait été nommé « par le pape Benoît XVI au conseil d’administration de ce qui est considéré comme la banque centrale du Vatican et le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, [l’avait] nommé […] son représentant spécial pour les migrations internationales, rôle sur lequel il s’est concentré pendant ses dernières années » (https://www.irishtimes.com/news/ireland/irish-news/peter-sutherland-powerful-player-in-political-and-corporate-worlds-1.3347701) ; François le pape, dont un message lu aux obsèques de Sutherland à Dublin, lui « a rendu hommage […] pour son action dans la crise des migrants ». « For his work on the migrant crisis » (https://www.independent.ie/breaking-news/irish-news/pope-sends-tribute-to-generous-service-of-peter-sutherland-at-dublin-funeral-36479149.html) peut aussi être traduit par « contribution à la crise des migrants », ce qui, dans ce cas, conviendrait certainement davantage)
(136) Pëter Sutherland, « A Constructive Attitude to Migration is a Moral Issue », Address to the International Eucharistic Congress, Dublin, 15 juin 2012., p. 8.
(137) Steve Sailer, « BBC: « EU Should ‘Undermine National Homogeneity’ Says UN Migration Chief », 24 septembre 2015.
(138) Laura Roberts, « LSE struck deal to train Libya’s future leaders, », The Daily Telegraph, 3 mars 2011.

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Anthony M. Ludovici

L’homme est instinctivement conservateur dans
le sens où des millions d’années d’expérience
lui ont appris qu’il n’y a rien de mieux qu’un
environnement stable pour la tranquillité d’esprit,
la sécurité présente et future, l’action spontanée
(celle qui exige le moins de réflexion) et la
maîtrise immédiate des circonstances matérielles
et artificielles. C’est l’innovateur génial, ou
le fou, qui perturbe la tranquillité d’esprit en
introduisant un élément inhabituel et inexplicable
dans la vie. C’est la perturbation des conditions
économiques qui rend le présent et l’avenir douteux.
C’est l’introduction répétée de nouveaux instruments,
de nouvelles armes, de nouvelles méthodes et de
nouveaux besoins d’adaptations qui rendent la
spontanéité impossible. Et c’est la complication
de la vie par de nouvelles contributions aux intérêts
et aux devoirs de la vie qui rend difficile la
maîtrise des circonstances.

Anthony M. Ludovici

AML3

Né en 1882 dans une Grande-Bretagne qui commençait à montrer des signes de déclin, Anthony Mario Ludovici fit ses études dans une école privée et, comme Julius Evola, n’accorda jamais aucune importance ni aucune valeur à l’« éducation » et n’obtint ni ne rechercha jamais aucun diplôme (1). Ses premières lectures d’adolescents furent Darwin, le biologiste et philosophe Ernst Häckel (1834 -1919), introducteur des théories du naturaliste britannique en Allemagne, le biologiste, paléontologue et philosophe Thomas Henry Huxley (1887-1975), surnommé « le bouledogue de Darwin » en raison de la ténacité avec laquelle il défendait le darwinisme, le naturaliste et psychologue George John Romanes (1848-1894), fondateur de la « psychologie comparée », le sociologue et philosophe Herbert Spencer (1820-1903) et l’astronome Richard Anthony Proctor (1837-1888), auxquels se joignirent bientôt Schiller et Schopenhauer.
En 1906, Auguste Rodin venait de perdre son secrétaire particulier, Rainer Maria Rilke. Le peintre Albert Ludovici, une connaissance du sculpteur, lui suggéra de le remplacer par son fils. Anthony fut engagé sur le champ. Se sentant vite surchargé de travail et sous-estimé, Il n’occupa ce poste que pendant six mois (2), au terme desquels il fit un séjour en Allemagne et « rencontra » Nietzsche. De retour en Angleterre en 1907, il s’employa à promouvoir l’œuvre du philosophe allemand, par des conférences et par la traduction de certains de ses livres en anglais, seul ou en collaboration avec les critiques du magazine littéraire réactionnaire britannique The New Age, dont il était entre autres le critique d’art et où il fit la connaissance d’Ezra Pound (3). Dans l’une de ces conférences, donnée en 1908 à l’University College de Londres et publiée ensuite sous le titre de « Who is to be Master of the World ? An Introduction to the Philosophy of Friedrich Nietzsche » (T. N. Foulis, Édimbourg, 1909), il déclarait, attentif et sensible aux résonances eugénistes du concept de volonté de puissance (4), que « les forts veulent et doivent décharger leur puissance et, ce faisant, les dommages qu’ils peuvent causer aux êtres qui vivent dans leur environnement est purement incidente » (5). Les forts étaient assimilés à une aristocratie autoritaire, les autres aux masses anarchiques.
Publié trois ans plus tard, « Nietzsche and Art » (1911) constitue une critique de l’anarchie dans l’art contemporain, incarné par la production de Manet et le post-expressionnisme, qui étaient considérés par beaucoup comme une subversion de la tradition artistique et dans lesquels Ludovici voyait un symptôme du chaos social engendré par la démocratie. « Le trône de l’art lui-même est maintenant revendiqué par des milliers et des milliers d’usurpateurs – chacun d’entre eux a une « personnalité libre » qu’il tient à exprimer et pour qui une loi et un ordre rigoureux seraient une barrière insurmontable. Il en résulte un individualisme exagéré et l’anarchie. De telles conséquences sont partout inévitables, quand tous les canons esthétiques ont été abolis et qu’il n’y a plus personne qui soit assez fort pour commander ou diriger » (6).
Il attribue la dégénérescence de l’art aux « trois doctrines fondamentales du christianisme », qui sont « à l’origine de toute notre science, de toute notre philosophie, de toute notre littérature » : « l’égalité de toutes les âmes, l’insurmontable dépravation de la nature humaine et l’insistance sur la Vérité… » (7), doctrines dont l’influence pernicieuse, J. Evola ne dira pas autre chose deux décennies plus tard, aurait été atténuée ensuite par « la rigoureuse discipline » de l’Église catholique et « le principe hiérarchique » sur lequel elle était établie (8), avant que le protestantisme ne déclenche « une rébellion générale contre l’autorité ». « Le profane, dont la conscience était reconnue comme le tribunal suprême, fut déclaré un homme libre, émancipé de la loi elle-même… Non seulement l’âme immortelle de chaque individu devint importante, mais ses inclinations, ses désirs et ses aspirations le devinrent aussi » (9).
En attendant, voici quelles furent les conséquences funestes des « trois doctrines fondamentales du christianisme » sur l’homme blanc : « [a]u moyen de la première et de la troisième [… ] l’égalité fut établie dans l’esprit et, au moyen de la seconde, elle fut établie dans la chair. Au moyen de la première, chaque individu, grand ou petit, se vit attribuer une importance insoupçonnée jusqu’alors, tandis que les plus inférieurs étaient élevés aux plus hauts rangs ; au moyen de la seconde, qui donna à l’orgueil humain un camouflet à la fois sévère et impitoyable, les personnes du plus haut rang furent réduites au niveau des inférieurs, tandis que, par voie de conséquence, les plus inférieures furent matériellement élevées ; et, au moyen de la troisième, les vérités ou les points de vue qui ne pouvaient pas être généralisés ne furent plus considérés comme des vérités ou des points de vue […] Dans chaque cas, comme indiqué plus haut, ce sont les hommes supérieurs qui en pâtirent. Car eux seuls avaient quelque chose à perdre. La première notion, celle d’égalité, menaçait à la fois de les faire douter de leurs propres privilèges et pouvoirs, de jeter le soupçon dans l’esprit de leurs partisans et de rendre absolument nulles toutes les revendications particulières, exceptionnelles et isolées. La troisième – l’insistance sur une vérité qui puisse être générale et absolue, les privait de leur droit d’établir leurs propres vérités dans l’esprit des hommes et de s’élever au-dessus de la vérité la plus générale, qui était la réalité ; tandis que, dans la seconde – la doctrine sémitique du péché général, qui soutenait que l’homme n’était pas seulement un être imparfait, mais un être déchu et que tous ses semblables partageaient cette honte – non seulement il n’y avait plus de place pour la hiérarchie, mais il y avait aussi une dépréciation universelle de la nature humaine, qui devait mener progressivement l’homme à douter d’abord de lui-même et ensuite des nobles, des rois et finalement des dieux. D’un seul coup, ce ne sont pas une ou deux actions humaines, mais toutes les prouesses, les inspirations et les pensées heureuses des hommes, qui furent dépouillées de leur gloire et condamnées. L’homme ne pouvait s’élever que par la grâce de Dieu, c’est-à-dire par un miracle, sinon il n’était qu’un ange déchu, battant l’air de ses ailes brisées, sans but. Ces trois coups portés à la tête des hommes supérieurs furent fatals à l’artiste ; car c’est précisément dans la valeur des inspirations humaines, dans l’efficacité de la création humaine et dans le pouvoir irrésistible de la volonté humaine, qu’il doit croire et croit par-dessus tout. C’est sa mission d’exiger l’obéissance et d’obtenir le respect ; car […] tout artiste digne de ce nom est au fond un despote. » (10) L’art n’est beau que dans la mesure où s’y incarnent les principes aristocratiques de précision, de sélection, de simplicité et de forme et ne peut donc se développer que dans une société fondée sur un ordre aristocratique.
La critique n’ayant pas compris ce que recouvraient précisément les termes d’« aristocrate » et d’« aristocratie », ou plus précisément de « vrai aristocrate » et de « vraie aristocratie », dans « Nietzsche and Art », Ludovici publia « In Defence of Aristocracy » (1915), non seulement pour les définir, mais aussi pour « offrir une solution pratique aux problèmes modernes, qui soit plus fondamentale et plus réaliste », « plus conforme aux passions et aux faiblesses de la nature humaine », « que la solution offerte par la démocratie ou le socialisme » (11). « In Defence of Aristocracy », Ludovici comme l’indique son titre, n’est pas une critique du socialisme et de la démocratie, qu’il assimilait à « une forme de névrose de masse » (12), mais « la présentation du point de vue du vrai aristocrate », à charge au « lecteur de voir en quoi ce point de vue bouscule fondamentalement les thèses des deux autres parties » (13). Six ans plus tard, dans « The False Assumptions of « Democracy ». With an Introductory Letter from the Right Hon. Lord Willoughby de Broke » (Heath Cranton, Ltd, Londres, 1921), il traitera à part la spéciosité des arguments en faveur de la démocratie et la fausseté de la philosophie qui est à l’origine des idéaux démocratiques .
« In Defence of Aristocracy » aurait tout aussi bien pu être intitulé « A Critique of Aristocrats ». En effet, si le premier chapitre présente certaines des qualités fondamentales du dirigeant – santé, beauté, vigueur, volonté, discernement, etc. – et conclue que l’aristocrate est, de tous les types d’hommes, celui qui en est doté au plus haut point et que le septième offre la démonstration que, pour cette raison, l’aristocrate est l’homme accompli par excellence et même qu’il est un « accomplissement » (« the aristocrat is an achievement ») (14), « une œuvre d’art faite homme » (« a work of human art ») (15), la plupart des autres développent une critique en règle du rôle historique des aristocrates. C’est ainsi qu’est présentée une analyse de la part qu’a eue l’aristocratie anglaise dans le développement du système industriel et de ses maux et qu’est mise en évidence l’incapacité des aristocrates britanniques à protéger le peuple de ces maux depuis le début de la révolution industrielle. Dès le XVIIe siècle, sous l’influence du puritanisme et des « Marchands Puritains », « l’élément le plus puissant de la nation semblait déterminé à embrasser cette nouvelle vie, ce nouvel idéal – l’idéal d’une ville surpeuplée, avec ses usines enfumées, ses bidonvilles, son exploitation et sa misère ». « Il s’agissait de rendre primordiaux et de faire triompher le commerce, le mercantilisme, les usines, le capitalisme et l’activité commerciale, tels que nous les connaissons aujourd’hui. Pour que s’opère ce changement, il était essentiel de démoraliser une grande partie de la population des îles britanniques, de diminuer sa vigueur physique et intellectuelle, de la rendre pusillanime, faible, servile, anémique, asexuée et, en fait, malade. Il était nécessaire de disposer d’une vaste armée d’esclaves consentants qui ne seraient pas simplement satisfaits et contents, pas simplement heureux, mais qui jouiraient de la plénitude de leur être, pour ainsi dire, en se balançant toute la journée, comme des saints stylites, sur des tabourets de bureau, en tournant les pages d’échéanciers, de carnets de factures et de registres, ou en manipulant un poinçonneur, un coupeur, un laminoir ou une machine à bascule.» (16). Cette vaste armée d’esclaves consentants, « préparés au comptoir de boutique, au tabouret de bureau, à l’usine et à la forge » (17), les aristocrates contribuèrent à la lever et c’est en cela qu’ils portent une responsabilité historique dans la métamorphose involutive du Britannique.
Ludovici, comme J. Evola plus tard, faisait une nette distinction entre le principe aristocratique et les représentants de l’aristocratie, arguant même que « les principes de la vraie aristocratie ont été mal compris par les aristocrates eux-mêmes » (18) et que, dans l’Angleterre de l’époque, « il n’y [avait] plus de vraie aristocratie et que cela [faisait] de nombreuses années qu’il n’y en [avait] plus » (19), faute de vrais aristocrates, c’est-à-dire d’aristocrates sains, biologiquement et mentalement ; la faute en incombait aux aristocrates eux-mêmes, qui n’avaient pas tenu compte des facteurs eugéniques (20) Les rejetons des familles royales européennes se mariaient aux quatre coins du continent pour cimenter des alliances politiques avec des pays étrangers, sans jamais s’inquiéter de la santé physique et mentale (21) de leur future épouse. Au contraire, les Juifs, parce qu’ils avaient pratiqué l’endogamie au cours des siècles, avaient gardé leur force vitale intacte et, parce que, en même temps, ils avaient encouragé les mariages mixtes chez les autres peuples, en étaient ainsi venus à affaiblir leur volonté de puissance (22) et à étendre et consolider leur influence dans le monde européen.
Quelques autres auteurs, dont Oscar Levi, l’éditeur juif antisémite des œuvres complètes de Nietzsche en anglais, en partie traduites par Ludovici, s’étaient déjà adressés directement aux Tories pour faire valoir la nécessité d’un renouveau de l’aristocratie britannique (23). Cependant, cet appel n’eut d’écho que chez le Tory radical Richard Verney, 19e Baron Willoughby de Broke, qui appela à son tour à « la création d’une aristocratie, non pas de naissance, ou de l’intelligence, mais de l’instinct et du caractère… le renouveau national fera suite à un grand appel à l’instinct national (24). De « A Defence of Aristocracy » la majorité des aristocrates britanniques, dont rares n’étaient pas ceux qui avaient du sang juif dans les veines, ne retint guère que le titre ainsi que, sans doute, les arguments contre la démocratie qui pouvaient servir leur politique réactionnaire. La plupart des conditions étaient réunies pour que les Tories, qui avaient fait tomber le gouvernement Balfour en 1911, reviennent au pouvoir et pourtant ils demeurèrent jalousement dans l’opposition, préférant peut-être laisser le Labour mettre en place les mesurettes qu’ils préconisaient, comme l’augmentation importante des dépenses militaires et les Alien Acts de 1905 et de 1917, qui avaient été conçus pour empêcher les indigents et les criminels d’entrer dans le pays et pour expulser ceux qui y étaient entrés, mais dont l’un des principaux objectifs était apparemment de contrôler l’immigration juive d’Europe de l’Est. Il s’agissait déjà de « contrôler », de « maîtriser », pas à stopper.
La guerre était arrivée. Ludovici s’engagea en qualité de traducteur dans la Nouvelle Armée, avant de servir comme officier d’artillerie à Armentières et dans la Somme, puis au ministère de la Guerre, où, après deux années de service, il fut promu chef de service (25). Pour son service pendant la guerre, il fut fait officier de l’Ordre de l’Empire britannique, distinction qu’il rendit immédiatement parce qu’il la considérait bradée (26).
A la fin de la guerre, Ludovici se détourna presque complètement de la critique artistique pour concentrer ses attaques contre les fondements idéologiques de la société moderne : le libéralisme, le socialisme, le marxisme, le christianisme, le féminisme, le multiculturalisme et le consumérisme. Concurremment avec le racisme, seul et unique remède à ces maux, comme devait le montrer J. Evola dans les années 1930, puis dans « Synthèse de doctrine de la race » (1942), la question de la dégénérescence, qui y est étroitement liée, prit une place de plus en plus importante dans ses écrits. Comme preuve de la dégénérescence des modernes il alléguait que « Spencer a établi de façon concluante que la plupart des organismes actuels sont des descendants dégénérés d’espèces supérieures » (27), ce qui étai exact, à ceci près que le sociologue britannique n’avait en vue que les espèces animales. Lecteur attentif de Spencer, cependant, il avait noté que l’évolutionnisme, pas plus le darwinien que le spencerien, n’implique le progrès et que, tout au contraire, la possibilité d’une régression est envisagée et même constatée dans certains cas, particulièrement chez la seconde génération de darwiniens. Ainsi, le zoologiste britannique Edwin R. Lankester (1847-1929), dans « Degeneration » (1880), fournit de nombreux exemples de dégénérescence et conclue : « En ce qui nous concerne, nous races blanches d’Europe, la possibilité de dégénérescence semble envisageable. En accord avec une acceptation tacite du progrès universel — optimisme irraisonné — nous avons pris l’habitude de nous considérer comme progressant nécessairement, comme ayant atteint une condition plus élevée et plus complexe que celle qu’avaient atteinte nos ancêtres, et comme destinés à progresser. D’autre part, il faut nous rappeler que nous sommes tout autant sujets aux lois générales d’évolution, et sommes tout autant susceptibles de dégénérer que de progresser » (28). Ludovici, pour avoir affirmé, encore plus radicalement, que « le développement est […] vraiment l’exception et non la règle » (29) pourrait donc être qualifié d’« involutionniste » plutôt que d’évolutionniste.
La cause principale de la dégénérescence était « l’influence du mépris démocratique pour la famille et le sang, qui est fondé sur la croyance en l’égalité et mène au croisement entre les races à l’échelle universelle » (30). Pour y remédier, Ludovici, comme d’ailleurs bon nombre de biologistes et d’anthropologues de l’époque, recommandait l’endogamie raciale. Du déclin national et racial Ludovici tenait les femmes en partie responsables, pour n’avoir pas hésité, suite à leur émancipation, à quitter le foyer pour l’usine, mais aussi, que l’on prenne garde de ne pas l’oublier, le théâtre, le cinéma, la mode, la prostitution de luxe et avoir ainsi refusé d’endosser leur rôle naturel de mères pour une carrière qui les avait rendues stériles ou, pour celles qui avaient toutefois eu des enfants, les avaient empêchées de les élever correctement, faisant d’eux, livrés à eux-mêmes, des délinquants potentiels. Il ne visait ici que les femmes héréditairement saines (31), qu’il critiquait aussi pour avoir la mauvaise habitude de s’accoupler avec des hommes plus ou moins dégénérés, donnant ainsi naissance à une progéniture physiologiquement déficiente. Il n’était pas souhaitable que les femmes dégénérées se reproduisent.
Mais la cause ultime de la dégénérescence est due à l’adhésion de l’écrasante majorité à de fausses valeurs, celles qui, dans le domaine du droit, ont permis l’invention des droits de l’homme, dans le domaine social, l’imposition du multiculturalisme et du multiracialisme, en économie, l’avènement et le développement du marxisme d’un côté et du libéralisme de l’autre et en politique, l’instauration de la démocratie et l’émancipation conséquente des femmes ; bref, celles qui, dans tous les domaines, ont favorisé le progrès et le triomphe de l’égalitarisme. Ces fausses valeurs, fondées sur l’humanitarisme, qui n’est « qu’une forme de sadisme inversée et socialement permise » (32), peuvent être ramenées à la morale chrétienne, par le truchement de laquelle elles se sont infiltrées dans le monde blanc.
N’est-ce pas là exactement le même constat que celui que firent, non seulement Nietzsche, mais bien d’autres auteurs, avant lui ? En ce qui concerne le philosophe allemand, nous nous risquerions presque à dire que Ludovici a approfondi ses réflexions sur les causes de la décadence, les a détaillées et affinées, tout en en étendant le champ d’application. Les conséquences du mépris chrétien du corps sur l’homme blanc sont ici embrassées dans toute leur étendue. Elles ne sont pas seulement d’ordre psychologique, mental, spirituel ou, pour commencer, physiologique, elles sont également économiques : le mépris du corps a entraîné le dédain des soins corporels et par suite la dégénérescence physiologique, qui a eu pour conséquence de réduire tous les individus à l’état de déficients ou de malades chroniques a eu pour contrecoup la prolifération d’experts capables, non pas de les soigner, mais de palier leurs déficiences et leurs maladies : les médecins, dont le but ultime, qu’il soit conscient ou non, est, pour leur plus grand profit et celui de l’industrie pharmaceutique, de faire naître les gens déficients et malades et de les conserver à tout prix dans cet état le plus longtemps possible, tandis que, pour ceux qui sont derrière ces pratiques nécrophages à grande échelle, il s’agit essentiellement de fabriquer un support propice à la manifestation d’influences psychiques infra-humaines dans le milieu. Fût-elle verte, la croix est, avec le caducée d’hygie, l’emblème et l’enseigne des pharmaciens. Les papes ne furent-ils pas les premiers dignitaires à s’intéresser à la médecine et à s’entourer de médecins (32bis) ?
En ce qui concerne les autres penseurs de la décadence, comme Spengler ou Pareto, voir Evola, très peu d’entre eux ont pris en compte le rôle de la femme dans la fabrication du monde moderne, ou, s’ils l’ont fait, ils ont plus ou moins largement sous-estimé ce facteur, quand Ludovici met en lumière son caractère déterminant, en particulier dans « Lysistrata or, Woman’s future and future woman » (1925), où il souligne notamment la collusion entre la femme et la science. Le premier « bébé-éprouvette » naquit en 1978 et le nombre de fécondations in vitro n’a cessé d’augmenter depuis. En 1925, très peu furent ceux qui prirent au sérieux Ludovici, lorsqu’il affirma que « [l]es résultats obtenus par des hommes comme Alexis Carrel, Ebeling et Fischer, qui travaillent tous avec succès sur la culture tissulaire et la transplantation de structures anatomiques d’un organisme vivant à un autre, seront améliorés et un moyen sera découvert par lequel l’ovule fécondé se développera en dehors du corps de la femme » (33) ; « la gestation extra-corporelle, ou « ectogenesis » […] sera possible et l’idéal féministe d’une émancipation complète de la servitude du sexe sera réalisé » (34). il reste à savoir si la prédiction suivante fera toujours sourire les hommes dans cinquante ou cent ans : « Lorsque l’imprégnation artificielle sera devenue monnaie courante, un parlement de femmes adoptera sans doute une législation interdisant à un homme de procréer un enfant naturellement, si c’est le désir de l’épouse d’en avoir un par l’intermédiaire de la science… » (35).
1927 vit la publication de « A Defence of Conservatism. A Further Text-Book for Tories » (Faber & Gwyer, Londres), contribution majeure à l’histoire des idées, puisque presque quarante pages y sont dédiées à la définition d’un terme dont, depuis son apparition au milieu du XIXe siècle, le sens était resté flou : « conservatisme ». Le conservatisme représente « … non seulement […] une politique de préservation, mais aussi le discernement dans le changement […] le vrai conservatisme devrait préserver non seulement par suite du principe obstructif de l’opposition au changement, qui peut parfois être synonyme de stagnation et de simple négativisme, mais aussi par suite du principe progressiste et positif du refus de l’introduction de quoi que ce soit de nouveau, sauf quand il est capable de permanence, c’est-à-dire quand il est conforme aux lois éternelles de la nature ou de la nature humaine. Le rôle du politicien conservateur […] se révèle ainsi un rôle très difficile et compliqué, dans lequel une grande sagesse innée et une grande habileté doivent se combiner avec beaucoup de réalisme et d’humanité, afin de réussir à combattre les forces romantiques de la désintégration et du désordre. La bannière trompeuse du « Progrès » à leur tête, ces dernières forces visent constamment à initier un simple changement, sans jamais songer à la direction dans laquelle va le changement – vers la décomposition ou l’organisation supérieure… » ; « … et, poursuit-il, j’espère qu’en définissant clairement la fonction du conservatisme comme l’exercice du discernement dans le changement, j’ai pu montrer que la politique conservatrice est la seule force de la nation capable de résister à la décomposition nationale et de conserver une attitude critique envers chacune des étapes par lesquelles les rêveurs et les hurluberlus passent pour atteindre cet objectif » (36).
En substance, les considérations que développe ensuite Ludovici rejoignent la clarification qu’apporte J. Evola sur le conservatisme dans « Les Hommes et les ruines » : « … il ne s’agit […] absolument pas de perpétuer artificiellement et coercitivement des formes liées au passé, en dépit du fait qu’elles ont épuisé leurs possibilités vitales et ne correspondent plus à leur époque. Pour l’authentique conservateur révolutionnaire, ce qui compte vraiment, c’est d’être fidèle non aux formes et aux institutions passées, mais plutôt aux principes dont ces formes et ces institutions ont pu être des expressions particulières adéquates pendant une période déterminée et dans une zone géographique spécifique. Et de même que ces expressions particulières doivent être considérées comme changeantes et éphémères en soi, puisqu’elles sont liées à des circonstances historiques qui sont souvent uniques, ainsi les principes qui les animent ont une valeur qui n’est pas affectée par ces contingences et, en fait, possèdent une actualité perpétuelle. De nouvelles formes, homologues aux anciennes, sont susceptibles d’en naître comme d’une graine. Ainsi, même si elles remplacent d’anciennes formes (même de manière « révolutionnaire »), une continuité est maintenue dans l’évolution des facteurs historiques, sociaux, économiques et culturels. Afin d’assurer cette continuité, tout en restant fidèles aux principes, il peut s’avérer nécessaire d’abandonner tout ce qui doit être abandonné, au lieu de se raidir, de partir à l’aventure ou de chercher confusément de nouvelles idées quand des crises se produisent et les temps changent : c’est là l’essence du véritable esprit conservateur » (37).
The English Mistery fut fondé en 1930 par William Sanderson, ancien franc-maçon et membre de l’Imperial Fascist League ainsi que de l’antisémite Order of the Red Rose. Élitiste, il luttait pour que la Grande-Bretagne soit gouvernée par une hiérarchie d’Anglais racialement purs et loyaux au monarque. L’Église devait être placée sous le contrôle de la royauté (38) et « l’élimination de la vie publique, du parlement et des institutions, de toutes les personnes d’origine juive ou étrangère, qui, quelle que puisse être leur valeur, ne peuvent pas ne pas travailler contre les instincts et les traditions anglais » (39) était absolument nécessaire. Les femmes, qui sont « uniquement guidées par leurs instincts sexuels » et n’ont « aucun instinct social », ne devaient avoir aucune part à ce gouvernement, pas plus qu’à la vie politique (40). Versé dans les sciences occultes, il conférait une dimension mystique à ce gouvernement, qui serait fondé sur des « secrets perdus », notamment le « secret de la race », le « secret de la puissance » et le « secret de la propriété ». Perdus ou obscurcis sous l’effet des « idéaux industriels », ils n’étaient révélés initiatiquement qu’aux membres de The English Mistery. (41). Son objectif était de « régénérer la nation anglaise et de recréer un corps politique doté de membres en bon état » et de « créer un fondement moral solide pour la politique nationale » ; il n’en existait qu’un : les instincts et les traditions des races anglaises » (42). La régénération de la « race anglaise », pour être effective, devait cependant être physique autant que morale. Eugéniste, Sanderson pensait qu’un « régime approprié » suffirait à « arrêter la tendance à la dégénérescence de la race [anglaise] » (43) D’abord physique, elle passait par un retour à la terre. La plupart de ses membres n’avaient pas besoin de retourner à la terre ; propriétaires terriens pour la plupart, ils en avaient une expérience directe et non rousseauiste. Ludovici, né à la ville, devait lui aussi en avoir une, à partir de 1941, quand il prit la tête d’une petite exploitation agricole, dont les produits lui permirent de vivre en autarcie, dans le Suffolk (44).
Peu enclin à faire triompher ses idées par l’action, Sanderson finit par susciter les critiques d’un bon nombre de membres de l’English Mistery, dont le député conservateur Gerard Wallop, vicomte de Lymington, qui, avec Michael Beaumont et Reginald Dorman-Smith, ses collègues au parlement, Graham Seton Hutchison, fondateur en 1933 de l’antisémite et pro-national-socialiste National Workers’ Movement, le diplomate Cecil de Sausmarez et lé député travailliste John Platts-Mills, comptait parmi les personnalités de l’organisation. Dans la journal même de l’English Mistery, Ludovici la qualifia de « farce, ou tout au plus [de] branche du parti conservateur » (45).
Wallop quitta l‘English Mistery en 1936 pour former l’English Array et Ludovici y adhéra immédiatement.
Pour une raison, cependant, Ludovici ne regretta jamais d’avoir fait partie de cette société : durant l’été de 1936, Sanderson qui était en relation avec le personnel de l’ambassade d’Allemagne à Londres fut invité à Berlin par les autorités allemandes et c’est ainsi que, en avril 1937, Ludovici, seul membre germaniste du British Mistery, l’accompagna en Allemagne, où ils séjournèrent plusieurs semaines, durant lesquelles ils firent connaissance avec les principales personnalités du gouvernement et se familiarisèrent avec les conditions de vie dans l’Allemagne hitlérienne (46). Des souvenirs qu’il évoquera de ce séjour dans son autobiographie (47) le suivant mérite particulièrement d’être rapporté ici, parce que, entre autres, il confirme que les autorité allemandes n’avaient pas bien conscience de la véritable attitude de la Grande-Bretagne à l’égard de leur pays : « Lors d’un déjeuner que Ribbentrop donna pour nous à l’English Club, j’essayai à plusieurs reprises de le convaincre que l’opposition au régime nazi et surtout au comportement souvent autoritaire d’Hitler vis-à-vis des États voisins était beaucoup plus forte en Angleterre, parmi les Anglaises influentes, que lui et ses collègues ne semblaient le penser ; et je fis remarquer que les femmes de toutes les classes en Angleterre étaient enclines à ne pas accepter un mouvement qui, comme le régime nazi, était essentiellement d’esprit masculin. » (48).
L’English Array se posa en successeur de l’English Mistery ; plus dynamique que celle-ci, il se fit connaître par des camps et des publications, comme le New Pioneer, fondé par Lymington en 1938. Y avaient adhéré les membres les plus sérieux et jusqu’au-boutistes de l’English Mistery. L’English Array s’occupait davantage de politique et était résolument favorable au régime national-socialiste. (49). Cependant, sa ligne restait la même que celle de l’English Mistery : outre la (re)constitution d’une aristocratie véritable, la formation d’un type national homogène, l’opposition au croisement entre des types raciaux très différents, l’arrêt de l’immigration, l’élimination de la spéculation financière, le refus de la sous-culture hollywoodienne et en particulier du jazz, il prônait la régénération de la paysannerie comme fondement de la société (50). Partisan du ruralisme, Lymington, comme Ludovici, l’était aussi de la sélection raciale. « Pour que, écrivait-il dans « Famine in England » (1938), les meilleurs survivent, ils doivent être attentivement soignés et protégés contre les mauvaises herbes et les parasites » (51). « C’est en prenant bien soin de notre sol que nous rendrons de nouveau fécondes nos souches nationales ; fécondes et saines » (52).
Lymington était en relation avec Mosley et d’autres membres de haut rang de la British Union of Fascists (BUF). Les deux organisations partageaient certains objectifs, dont l’un était d’empêcher la Grande-Bretagne de faire la guerre à l’Allemagne. Un rapprochement, voire une coalition, avait été envisagé. Ludovici était résolument contre et, peu avant de rencontrer Mosley en février 1939, il s’en ouvrit à Lymington en ces termes : « Je crois devoir souligner que tout ce qui pourrait ressembler à une coalition entre l’Array et les fascistes est hors de question pour les trois principales raisons suivantes : (a) Que nous n’approuvons pas la dictature, quelle que soit sa forme ; (b) Que nous ne pouvons pas soutenir un parti qui inscrit le féminisme en tête de son programme ; (c) Que nous ne pouvons pas cautionner des méthodes essentiellement démocratiques. » (53)
En attendant, les colonnes du New Pioneer donnèrent à Ludovici toute latitude pour traiter à fond une question qu’il n’avait fait qu’aborder incidemment jusque-là : la juive, dont la BUF s’était emparée vers 1934 (54). De plus, il avait publié en 1938, sous le pseudonyme de Cobbett, « Jews, and the Jews in England (Boswell, Londres), dans lequel, après avoir déclaré se situer à égale distance des philosémites comme des antisémites, auxquels il reproche pareillement d’obscurcir la question par leur esprit partisan, il affirme « s’en tenir principalement à des faits qui sont plus ou moins établis et à des autorités pour la plupart juives » (55). Cette déclaration liminaire n’est pas sans rappeler l’intention qu’annonce J. Evola dans les premières pages de « Trois Aspects du Problème Juif » de traiter la question avec « calme » et « objectivité » et de montrer « la faiblesse et la confusion des arguments couramment avancés par les antisémites », qui, joints à « leur violent esprit de parti », « en arrivent à produire l’effet inverse à celui qu’ils escomptent, laissant penser à tout observateur impartial que ce ne sont là que des attitudes unilatérales et arbitraires dictées non pas tant par de vrais principes que par des intérêts pratiques contingents » (56). Les deux ouvrages tiennent leurs promesses, bien qu’à des égards différents. Les deux auteurs examinent la question juive d’un point de vue racial ; implicite dans cet ouvrage de J. Evola, l’idée qu’il est erroné et irréaliste de distinguer les blancs des Juifs en fonction de critères purement religieux est formulée explicitement chez Ludovici (57). Avec une cohérence qui fait défaut à la plupart des antisémites, les deux auteurs en arrivent à la même constatation : cohérente en principe, l’exclusion des Juifs de la société blanche ne l’est plus là où les blancs ont adopté la forma mentis des Juifs. « Serait-il logique, demande Ludovici, d’exclure maintenant le Juif, quand le Gentil, son élève et son imitateur servile siège partout à ses côtés et en plus grand nombre que les Juifs eux-mêmes ? » (58). La seule solution est un redressement, de la race de l’esprit pour l’auteur italien, de la race du corps et de l’âme pour l’auteur anglais.
De plus en plus préoccupée par la question juive à mesure qu’approchait la guerre, l’English Array avait attiré à elle les membres de l’English Mistery qui avaient des relations et de l’influence. Outre Ludovici et le ruraliste Rolf Gardiner (1902–1971), collaboraient entre autres au New Pioneer et à la Quaterly Gazette, l’autre périodique de l’EA, le major-général J. F. C. Fuller, deux fois l’invité d’Adolf Hitler avant la Seconde Guerre mondiale (59) et, une fois celle-ci déclenchée, favorable à un règlement pacifique du conflit, le baron John de Rutzen et le colonel Hardwicke Holderness, le journaliste K. Chesterton, membre de la BUF de 1933 à 1938, puis de la Nordic League, organisation semi-secrète fondée en 1938 par le capitaine Archibald H. Ramsay (1894– 1955), député conservateur et chef du Right Club, dans le but de coordonner toutes les organisations racialistes britanniques, puis encore, précisément, du Right club, créé l’année suivante, dans ce même but et aussi dans celui de « de s’opposer aux et de révéler les activités de la Juiverie organisée » (60) et d’éradiquer toute influence juive dans le parti conservateur (61). Pour avoir été membre du Right Club, Ludovici fut renvoyé du ministère de la Guerre le 14 août 1940 (62).
La guerre vit les divers groupes fascistes britanniques se mettre en sommeil forcé. Le gouvernement avait pris des mesures pour les museler. Dès 1936, Arnold Leese ((1878-1956), vétérinaire qui avait fondé l’Imperial Fascist League en 1928 après un court passage aux British Fascists et avait refusé de fusionner son groupuscule avec la BUF, accusant Mosley d’être un « fascist kosher » manipulé par les Juifs pour discréditer son action (63), avait été poursuivi pour avoir donné crédit dans son journal, The Fascist, à l’accusation de meurtre rituel souvent proférée au cours de l’histoire contre les Juifs. Le 24 août 1939, le Parlement avait adopté l’Emergency Powers Act, qui l’autorisait à légiférer par décrets pour assurer la défense du royaume. Le 1er septembre, le gouvernement avait promulgué la Defence Regulation 18, permettant aux autorités de placer en détention ceux qu’ elles estimaient capables de commettre des actes préjudiciables à l’État. En vertu de cette loi, en mai 1940, 1847 militants fascistes avaient été arrêtés dont Mosley et sa femme ainsi que Lesse. Aucun d’entre eux n’avait été inculpé, mais ils avaient été emprisonnés ou internés dans des conditions difficiles. En juillet 1940, la BUF avait été interdite (64).
La fin de la guerre n’avait cependant pas marqué la fin du fascisme britannique. Sous la pression ou non de ses partisans, Mosley fit son retour, non dénué de théâtralité (65), sur la scène politique, pour former en 1948 l’Union Movement, dont le programme se résumait à peu près à l’idée de fondre tous les États européens dans un seul État-nation et, dans cette optique, il lança au début des années 1960 le National Party of Europe. Sur le plan intérieur, il mena campagne essentiellement contre l’immigration en provenance d’Europe de l’Est et, alors que l’antisémitisme regagnait du terrain, chez les sympathisants fascistes, mais aussi dans une partie de la population, en raison de la détérioration de la situation en Palestine et, en particulier, du meurtre de plusieurs centaines de sujets de Sa Majesté sur le sol du futur État d’Israël, Mosley critiqua publiquement la League of Ex-Servicemen and Women (66), groupuscule fasciste créé avant guerre et réactivé en 1944 par Jeffrey Hamm et Victor Burgess, pour son antisémitisme virulent. Lors de leur première réunion depuis l’avant-guerre, tenue à Hyde Park le 4 novembre 1944, ils déclenchèrent des réactions très hostiles dans le public, lorsqu’ils déclarèrent être en faveur de la pureté raciale et d’une « Grande-Bretagne pour les Britanniques » (67). Ce fut sans doute la dernière fois qu’ils parlèrent publiquement de pureté raciale, puisque ce concept n’avait pas cours à l’UM et que Burgess, vite évincé de la League par son compère (68), adhéra à l’UM dès sa formation, tandis que Hamm ne tarda pas à intégrer la League dans l’UM. L’eugénisme, qui n’avait jamais compté parmi les priorités des principales organisations fascistes britanniques dans l’entre-deux-guerres, n’était plus à l’ordre du jour dans celles qui apparurent dans l’immédiat après-guerre, où, hormis dans quelques œuvres de fiction, dans certains ouvrages médicaux, dans certaines études de politique sociale, dans les recherches du biologiste et généticien britannique Cyril D. Darlington (1903-1981) et, évidemment, dans les publications de l’Eugenics Society (69), cette question fut enterrée, avant d’être exhumée plus tard par la presse et la sociologie à sensation.
Au contraire, Ludovici, non seulement reprit tous les thèmes qu’il avait traités auparavant, mais les approfondit, dans The Four Pillars of Health. A Contribution to Post-War Planning (Heath Cranton Limited, Londres, 1945), Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism (Carroll & Nicholson, Londres, 1948) et The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders (Rider, Londres, 1952).
Dans le premier, il se donne comme objectif de « fournir à l’homme moyen et à la femme moyenne une étude, brève mais complète, des principaux facteurs de la production et de la conservation d’une constitution saine » (70). « Les quatre piliers de la santé » sont « les conditions essentielles à la santé », « les bonnes habitude de vie et d’hygiène », « les bonnes habitudes alimentaires » et « le bon usage de soi », fondé sur la technique dite Alexander, du nom de son inventeur, ensemble de procédés empiriques permettant d’apprendre à se mouvoir et à se déplacer sans tensions par une observation attentive de son corps et de ses mouvements. Tout cela, souligne Ludovici, ne vaut cependant que pour les personnes qui ont de bonnes dispositions héréditaires et ne saurait avoir aucun effet positif sur les dégénérés (71).
Parler de « dégénérés » au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans une Europe noyée sous un déluge de sentimentalisme humanitaire, était pour le moins inhabituel. Parler de « mutations nuisibles » et ajouter que, « dans notre civilisation, non seulement on les rend viables, mais on leur permet de se reproduire » (72), alors qu’Alfred Sauvy, atteint par la fièvre nataliste ambiante, déclarait que « l’espoir de pouvoir indéfiniment compenser une défaillance quantitative par une amélioration de qualité ne repose que sur des considérations périmées… » (73), était tout à fait singulier ; à droite, là encore, seul J. Evola le suivait sur cette voie (74).
D’amélioration il est encore question dans « The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders », d’amélioration, non plus de l’homme moyen et de la femme moyenne, mais des membres de la classe dirigeante idéale, c’est-à-dire les aristocrates. Ludovici n’avait pas changé d’avis sur l’aristocratie depuis que, trente-sept ans plus tôt, il avait établi que l’aristocratie était le meilleur gouvernement. « Pendant tout ce temps, explique-t-il, l’auteur de cet ouvrage a vu les événements se dérouler et a observé ses semblables à l’étranger et dans son pays et a également lu beaucoup d’ouvrages d’histoire, de philosophie politique et de science. Si, par conséquent, il n’a pas jugé nécessaire de s’écarter de la position qu’il avait adoptée en 1915, ce n’est pas à cause de son refus d’écouter les arguments de ses opposants, ni d’étudier d’autres points de vue, mais parce que tout ce qui s’est passé et tout ce qu’il a lu dans l’intervalle n’a fait que renforcer les convictions qu’il avait d’abord exprimées dans » « A Defence of Aristocracy: A Text-Book for Tories » (75). Dans « The Quest », l’auteur se propose premièrement de « réexaminer la démocratie dans ses aspects doctrinaux et pratiques, afin de déterminer si elle mérite vraiment les éloges sans réserve et les témoignages d’approbation dont elle a été comblée dans le dernier demi-siècle et, deuxièmement, de démontrer que l’aristocratie n’est pas seulement une forme de gouvernement viable, mais aussi la seule forme de gouvernement capable de donner à une société une santé et une force durables » (76). Pourquoi réexaminer les deux points ? D’abord, parce qu’il juge souhaitable de revenir sur quatre décennies d’expérience démocratique, en examinant entre autres « l’électeur moyen et ses inévitables limitations », l’influence de la presse et de l’éducation sur l’opinion publique et en cherchant à voir si la presse est aussi libre qu’on le dit, dans quelle mesure la « volonté du peuple » peut s’exercer, etc., mais aussi parce que, dans le camp de ceux qui, sans avoir aucune sympathie pour la noblesse, s’alarmait des méfaits de la démocratie, des voix s’élevaient pour réclamer une « nouvelle aristocratie » (77) et que, à un autre égard, en raison des « découvertes significatives » qui ont été faite entre-temps au sujet « des faits biologiques et historiques les plus importants qui ont contribué à la naissance d’une aristocratie », « l’auteur a pu rendre décisifs maints arguments qui, en 1915, ne pouvait pas être concluants » (78).
Un des événements historiques que Ludovici avait vu se dérouler dans l’entre-deux-guerres avait été l’arrivée au pouvoir du national-socialisme, premier régime politique dans l’histoire à avoir adopté une politique raciale. Du séjour qu’il avait fait dans l’Allemagne hitlérienne en 1937 il avait rapporté une série d’articles (79), dans lesquels s’exprime une admiration certaine pour la personnalité d’Hitler et les réalisations du Führer, particulièrement dans le domaine social ; assez étonnamment, peu de place y est accordée à la question raciale. En revanche, elle fait l’objet d’un chapitre de « Quest », où les « internationalistes » et les « racialistes » (Madison Grant, Arthur de Gobineau, Lothrop Stoddard, Woltmann, etc) sont renvoyés dos à dos. Ayant constaté que « de 1933 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les adversaires des dirigeants allemands ont senti le besoin de discréditer l’attitude des nationaux-socialistes envers la race et de dénoncer comme fausses leur idée et leur utilisation même de ce mot, mot qui, aux Nations Unies, est devenu aussi obscène que le fameux monosyllabe de l’écolier » (80), Ludovici, convaincu, pour sa part, de la pertinence du terme, s’emploie à justifier son emploi, par moult arguments scientifiques, principalement anthropologiques et en profite pour rappeler ce qu’il entend par « race » : « une variété d’espèce qui l’est devenue par l’isolement et la consanguinité, a acquis des caractéristiques distinctifs qui sont devenues uniformes chez tous ses membres et se reproduit sans variation » (81). Abstraction faite de sa forte coloration évolutionniste, elle ne ne distingue guère de celle de Woltmann (« une unité vivante d’individus d’origine commune, avec les mêmes caractéristiques corporelles et spirituelles »), de celle de Günther (« un groupe humain qui, en raison d’un lien, qui lui est propre, entre des caractéristiques corporelles et des qualités psychiques, se distingue de tout autre groupe humain et engendre des éléments toujours semblables à eux-mêmes ») ou de celle de Fischer (« une souche définie par des groupes de “gènes” identiques et non d’hommes semblables du point de vue des formes extérieures : c’est un groupe héréditaire ») (82) et pourtant ils font partie des racialistes à l’égard desquels Ludovici se montre critique.
Ce qu’il leur reproche est leur insistance sur la nécessité d’une race pure et leur idée que la dégénérescence d’une race, originellement pure, est provoquée par le métissage.
En ce qui concerne le premier point, ce n’est pas que Ludovici nie qu’il ait jamais existé de races pures, c’est qu’il estime que « la recherche dont elle fait l’objet aujourd’hui est vaine » (83). Il ne voit pas que ce concept peut et même doit être pris comme « point de repère, dans le sens d’idéal et de but final » (84). Des trois tâches qu’Evola assigne au racisme il n’envisage que celle qui consiste à « protéger des altérations et des mélanges dégradants le type commun, analogiquement qualifié de “race italienne”, “race allemande”… » (85).
Par conséquent, ni la nécessité d’« analyser [le type commun] afin de déterminer les principales composantes raciales qui y concourent », ni celle, « une fois distinguées avec précision les différentes races présentes » dans une race déterminée, d’« établir quelle est celle à laquelle on peut légitimement attribuer la valeur de type supérieur et créateur, d’élément central et essentiel pour tout l’ensemble ethnique et culturel auquel correspondent à proprement parler la nation et la race au sens large » et d’« isoler cet élément racial supérieur, de le renforcer, de le mettre au centre d’un processus ayant pour fin de purifier et d’élever le type général, afin de le rendre le plus conforme possible à cet élément supérieur » (86) n’apparaissent à Ludovici.
Au sujet du second point, il attribue la dégénérescence à la reproduction entre deux individus disparates (87), sans supposer que cette disparité est précisément due, soit à leur appartenance à deux races différentes, soit, si ces deux individus appartiennent à la même race, au fait que l’un d’entre eux est le produit d’un croisement entre deux individus de race différente et que ce sont les qualités héréditaires de la race inférieure qui ont un caractère dominant chez lui.
S’agissant justement des croisements, Ludovici déclare que, « [p]our le défenseur de l’aristocratie, la « race » à une époque comme la nôtre n’a d’importance qu’en tant qu’elle signifie […], non pas être issu sans croisement de personnes à l’origine non croisées, mais être issu de personnes, croisées ou non. qui étaient à l’origine pourvues de qualités supérieures » (88), c’est-à-dire « psycho-physiques », telles que la beauté, la santé, la sérénité, l’équilibre et l’endurance – par « croisées » Ludovici veut dire « issues d’un croisement entre deux individus de peuples différents appartenant à la même race » et non « entre deux individus de races différentes ». Ce qui le montre sans ambiguïté, ce sont les deux règles qu’il fixe pour la production d’un « peuple de qualité » (89) : « (1) […] l’isolement, la consanguinité, la sélection impitoyable et l’uniformité psycho-physique graduelle à laquelle ils conduisent […] ; (2) Les régressions et les réversions (c’est-à-dire l’instabilité des cellules corporelles et des caractères psycho-physiques spécifiques récemment acquis dans les souches hautement évoluées) qui résultent de la reproduction aléatoire de souches et de types disparates et de la dégénérescence qu’implique ces régressions doit être empêchée par la seule reproduction d’individus issus de souches uniformes » (90) Les Juifs sont cités parmi les peuples les plus uniformes du point de vue psycho-physique (91). J. Evola lui aussi souligne l’« indiscutable unité » du peuple juif, encore qu’il ne place pas « la cause de cette unité dans la race au sens strict, mais dans la force formatrice exercée par une idée et une tradition » : la Torah, qui « a réagi à un mélange racial originel, chaotique et détritique, lui a imposé une forme, y a élaboré des instincts et des attitudes d’un type spécial, qui devait devenir héréditaire au cours des siècles » (92).
Ce qui est recherché ici, comme l’indique le titre de l’ouvrage, c’est la « qualité » plus que la « race ». « Le philosophe politique qui, écrit-il, est favorable à l’aristocratie et […] estime que l’Occident démocratique ne peut être sauvé que par la création d’une élite dirigeante ne se soucie pas tant de la « pureté de la race » que des moyens par lesquels un peuple de qualité naît par l’observation des deux règles » (93) susmentionnées. Mais qui dit « race » ne dit-il pas par définition « qualité » ?
Tout limité qu’il soit par le racisme de premier et de second degré auquel se cantonna Ludovici, « The Quest » n’en constitue pas moins une contribution valide et stimulante à l’étude des fondements de la prophylaxie raciale.
Dans « Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, publié quatre ans avant « The Quest », Ludovici revient sur l’une des questions qui avait particulièrement retenu son attention dans les années 1920 : le féminisme. Cinq influences ont concouru à sa formation et à son développement : celle de « la philosophie principale de l’homme blanc », celle de l’esthétique grecque, celle de certains types d’hommes blancs, celle de la femme et celle de la civilisation urbaine et de l’industrialisme. « La philosophie principale de l’homme blanc » est constituée par le socratisme, précurseur du christianisme. En effet, « comme le sous-entend constamment l’Apologie de Justin le Martyr, Socrate et ses disciples furent chrétiens avant Christ » (94). « Tout le monde sait que Socrate a fait un choix malheureux en épousant Xanthippe. En clair, comme celui de beaucoup d’hommes avant et après lui, son mariage a été un échec. Selon la tradition, sa femme le grondait et l’aspergeait ensuite d’eau et une fois elle lui a arraché son manteau sur la place du marché, à la vue de la foule. Maintenant, n’importe quel homme ordinaire, dans des circonstances semblables, aurait simplement haussé les épaules et admis qu’il avait fait preuve de mauvais goût, qu’il s’était en fait « fait avoir » et devait en tirer le meilleur parti. Pas Socrate. Quand son amour-propre était en jeu, il n’avait pas son pareil pour retourner la situation à son avantage et il avait la stupéfiante effronterie d’essayer de persuader ses amis qu’il avait délibérément choisi une mégère pour son édification morale. Ainsi dit-il à Antisthène qu’il avait choisi Xanthippe pour que son mauvais caractère l’aide à supporter plus facilement toutes sortes d’hommes. Il eut aussi l’impudence d’essayer de faire croire à ses connaissances qu’il avait choisi Xanthippe pour la même raison que celle qui pousse les cavaliers à préférer les chevaux fougueux et qui est que, après les avoir dressés, ils n’ont aucune difficulté à faire face aux autres. Ne fallait-il pas que ses amis soient des imbéciles pour avaler de tels bobards ? Sans doute, mais il est significatif que Socrate ait tenté de les tromper afin de sauver son amour-propre et cela justifie mon interprétation des motifs qui l’ont poussé à s’opposer et finalement à vaincre la croyance en l’unité de l’homme. Naturellement, ses cinq propositions [la dualité de l’homme, c’est-à-dire son existence à double face, celle du corps et celle de l’âme ou de l’esprit ; l’indépendance de l’âme à l’égard du corps ; la supériorité de l’âme sur le corps ; l’insignifiance et la vileté du corps ; l’immortalité de l’âme] ne furent pas immédiatement acceptées par le monde antique. Les meilleurs restes du peuple grec s’y opposèrent longtemps. Un des plus formidables d’entre eux, Aristote, son petit-fils spirituel, continua à insister, lorsqu’il évaluait un homme, sur l’inséparabilité de ses aspects visibles et invisibles. Mais l’enseignement socratique intéressait et flattait le plus grand nombre et il finit par devenir la doctrine dominante de l’Homme Blanc. C’est qu’il rendait la vie facile. Aucun discours, aucune protestation de foi, aucune affectation ne pouvait modifier la forme de votre nez ou votre taille, embellir vos yeux ou rendre votre corps plus beau qu’il n’était. Jésus lui-même laissa entendre qu’il était impossible pour un homme d’ajouter, par ses inquiétudes, une coudée à sa taille. Si, physiquement, vous étiez inférieur, vous n’en pouviez pas moins, selon le socratisme, accroître considérablement votre prestige en vous présentant comme une personne dotée d’une âme supérieure et, en faisant certaines professions de foi, en adoptant des airs de piété et de pureté, passer pour quelqu’un de très supérieur. En bref, Socrate donna à ceux qui n’avaient pas été gâtés par la nature une chance de briller par leurs qualités morales. Il n’est pas étonnant que Socrate ait fini par prévaloir. » (95) Le résultat est que « [p]endant plus de deux mille ans, la doctrine socratique a fait partie de notre atmosphère et nous a imprégnés jusqu’à la moelle, à tel point qu’aujourd’hui même ceux qui n’ont jamais entendu parler de Socrate – la femme de ménage, le facteur et le charlatan – parlent tous des aspects visibles et invisibles de l’homme comme s’ils étaient assis à ses pieds. Or, les féministes de tous les temps – que ce soit dans la Grèce hellénistique ou dans l’Europe de la Renaissance ou du 17ème siècle, s’emparèrent naturellement avec empressement des arguments que leur fournissait Socrate. Car, si le corps était négligeable, si les différences corporelles n’avaient pas d’importance, si l’âme seule comptait, les différences visibles ou physiques entre l’homme et la femme étaient également négligeables. En effet, plus on se comportait comme s’il n’y avait pas de différence entre l’homme et la femme, plus on était pur, pour faire peu de cas de ce corps qui était méprisable. Il fut ainsi facile d’établir l’égalité des sexes et, d’après des raisonnements similaires, de continuer à l’établir jusqu’à ce jour. Même la corrélation nécessaire des parties corporelles ou anatomiques particulières avec certaines caractéristiques mentales correspondantes – corrélation qui semble évidente et constante dans la nature et sur la base de laquelle les sexes devraient être considérés comme différents mentalement aussi bien que physiquement – fut facilement niée en vertu du principe de la négligence socratique du corps et l’égalité parfaite fut supposée, vraisemblablement parce qu’il était impossible de prouver que les êtres humains, dans leurs aspects invisibles, étaient différenciés sexuellement » (96). Sur Socrate, soit dit en passant, Ludovici est donc en désaccord avec Nietzsche ; car, si le philosophe allemand a « perçu dans une grande mesure ce qu’il y avait de dégénéré chez Socrate », il n’a pas vu que le premier responsable du renversement des valeurs, c’était lui et non, comme « il ne cesse de le répéter », les Juifs (97).
Le deuxième facteur du féminisme serait la tendance des anciens Grecs à donner un caractère masculin à la femme en raison d’une homosexualité présumée qui les aurait amenés à considérer le corps féminin comme inférieur au corps masculin. L’argument, fondé sur la représentation de femmes sous des traits masculins dans la poterie grecque, est bien moins concluant que le premier et que les trois suivants, dans la mesure où, à partir de la moitié du Ve siècle, les femmes y furent représentées au contraire dans toute leur féminité (98).
Les cinq types d’hommes qui ont contribué au développement du féminisme proprement dit au XIXe siècle sont ceux qui sont partiellement ou complètement privés de relations sexuelles, car c’est dans cet état que les hommes sont les plus enclins à idéaliser la femme, à lui prêter des qualités qu’elle n’a pas et donc à la mettre indûment sur un piédestal ; ceux qui n’entendent rien à la nature féminine ; les pères de filles, car, « dans tous les pays comme l’Angleterre, où le puritanisme, la stricte respectabilité et la crainte des conséquences fâcheuses, dans des centaines de milliers de cas, maintiennent un homme d’âge moyen et au-delà, après vingt-cinq ans de mariage, dans un état chronique de légère tumescence, il doit inévitablement naître entre ses filles adultes et lui-même une relation dans laquelle inconsciemment il ne peut s’empêcher de vouloir jouer le rôle d’amant » (99) ; ceux qui sont atteints de dégénérescence, car « leur manque de vivacité d’esprit et de perspicacité psychologique […] les a empêchés de voir à travers le brouillard et la poussière de l’agitation et de la propagande bruyante du féminisme et de discerner le caractère spécieux et stupide des revendications souvent faites par les dirigeants du Mouvement féministe » (100). Les faiblesses respectives de ces cinq types d’hommes les mettent à la merci de la femme et les condamnent à soutenir, sinon le féminisme de manière directe et ouverte – il n’est même pas rare, note pertinemment l’auteur, que, « dans la conversation, ils fassent semblant de soutenir l’anti-féminisme et s’indignent de ce qu’il y ait des femmes au parlement et dans la vie politique » (101), au moins les intérêts de la femme aux dépens de ceux de leur propre sexe.
Les quatre types de femmes qui ont promu le féminisme sont la virago, la vieille fille, l’agitatrice de haut vol et la femme anglo-saxonne normale, entraînée à refuser son rôle traditionnel d’épouse et de mère « par la vie sexuelle décevante et souvent répugnante qu’elle mène avec l’homme que produisent les pays puritains » (102) et par les conditions pénibles de la maternité moderne, dues aux « imbécillités du régime qui lui est prescrit pendant la grossesse et [à] l’incompétence de beaucoup de médecins » (103), problèmes auxquels il s’était attaqué dix ans plus tôt dans « The Truth about Childbirth: Lay Light on Maternal Morbidity and Mortality » (Kegan Paul, Trench, Trubner and Co, Londres, 1937 ; E. P. Dutton, New York, 1938).
Enfin, deux processus concomitants ont joué en faveur de l’« émancipation de la femme » : l’urbanisation et industrialisation. Elles n’ont pas seulement permis à la femme de s’affranchir de l’homme par l’exercice d’un emploi salarié à la ville, elle ont aussi « diminué l’énergie, la virilité et les capacités générales des hommes et [ont] donc nivelé les sexes… » (106) L’emploi salarié lui a permis non seulement de s’affranchir de l’homme, mais aussi, dans nombre de cas, du travail lui-même. « C’est un fait peu reconnu par les sociologues, mais que j’ai déjà remarqué en 1924 (du moins en ce qui concerne les produits laitiers), que les femmes de la campagne – les épouses, sœurs et filles d’agriculteurs, de petits propriétaires et de propriétaires de cottages – sont beaucoup plus occupées que leurs sœurs des villes et des cités. On peut dire qu’un agriculteur, comme la femme d’un petit exploitant, est toujours occupé. Si ce n’est pas par la volaille, alors c’est par le lait, la cuisine, les enfants et parfois même les veaux, les chèvres et les cochons. En comparaison, la femme d’un employé de banque ou d’un employé d’assurances et, en général, la femme d’un citadin mènent une vie quasi oisive. De plus, elle n’a pas à entretenir les lampes et les bougies, à aller chercher de l’eau à la pompe ou à l’étang, à trouver et à couper son propre bois de chauffage, etc. tandis qu’elle a toutes les boutiques qu’elle aime, nombre de ses congénères et des divertissements de toutes sortes » (107). C’est pourquoi Ludovici, suivant en cela la thèse de l’auteur d’un ouvrage intitulé « Living in the Country » (Londres, 1940), déclare « [incliner] à penser que les femmes, plus que les hommes, ont recherché la ville » (108) et que, dans une civilisation déterminée, il existe un lien très étroit entre le goût de la vie urbaine et l’étendue de l’influence des femmes. Sa conclusion est que, si les conditions urbaines favorisent le féminisme, l’influence des femmes dans une culture soutenue par des hommes faibles favorise l’urbanisation (109).
Bien sûr, toutes les citadines n’étaient pas mariées à des employés et l’auteur n’a garde d’oublier la condition des centaines de milliers de femmes mariées qui travaillaient à l’usine ou à la mine, pas plus que la situation de la domesticité des familles de la classe moyenne en Grande-Bretagne. Selon l’auteur, contrairement à ce qui se passait sur le continent, les relations entre la servante et son employeur étaient inhumaines et cette inhumanité était due au fait que l’employeur considérait sa servante comme une inférieure et ne se privait pas de le lui faire sentir avec une impitoyable ostentation, même si, ou d’autant plus que, ainsi que cela arrivait assez fréquemment, la servante, comme sa maîtresse, était issue des classes moyennes. Le ressentiment que, à force d’humiliations, en conçut le million et demi de femmes qui servaient ici et là en qualité de domestiques peut certainement expliquer qu’elles aient été incitées à se détourner des tâches ménagères avant même que le féminisme n’y engage l’ensemble des femmes (110). Encore une fois, l’auteur décèle à un mal déterminé une cause que n’avait entrevue ni même soupçonnée personne d’autre.
Au sujet des ouvrières, Ludovici rappelle d’abord un fait que préfèrent taire les agitatrices féministes : dans les classes dites populaires, la femme mariée fut contrainte de chercher un travail en dehors de son foyer pour compléter les revenus de son ménage, parce que, en raison de la sous-rémunération de la main d’œuvre masculine, son mari n’était pas en mesure d’assurer par son seul salaire la subsistance de sa famille, tout cela pour être encore moins bien rémunérée que son mari et le mettre indirectement au chômage. Mécontentes de leur piètre salaire et des conditions de travail dans l’industrie et les mines, qui, pour le coup, étaient les mêmes pour les hommes, il n’est pas surprenant que les femmes aient prêté une oreille attentive aux revendications du mouvement féministe, qui, Ludovici le souligne dans le dernier paragraphe de l’ouvrage, n’était jamais que la garde avancée du libéralisme. Précisément, « The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion », le dernier ouvrage publié par Ludovici, constituera une « tentative de présentation des hypothèses erronées et de la vacuité destructrice sur lesquelles reposent [les] principes [du libéralisme] et de description des moyens constructifs de les combattre » (111), dans le prolongement de son « English Liberalism (A « New Pioneer » Pamphlet). (New Pioneer Periodicals for The English Array, Londres, 1939).
L’un des aspects les plus intéressants des écrits de Ludovici réside dans les solutions qu’ils proposent aux différents maux de la civilisation européenne moderne, solutions qui, en général, n’ont rien de particulièrement original ou d’inouï : par exemple, il prônait « l’interdiction rigoureuse de l’immigration » en Grande-Bretagne, « même celle des populations autochtones des colonies et des dominions britanniques » et « l’abolition de la naturalisation et la révision et l’annulation de toutes les naturalisations existantes » (112), à une époque où, déjà, les partis dits d’extrême droite se contentaient de claironner mollement leur simple opposition de principe à l’immigration d’origine extra-européenne et de demander son simple « contrôle », sa simple « maîtrise » ; à cette époque déjà, il fallait avoir du courage, du caractère ainsi que de la race pour faire en la matière les propositions que faisait Ludovici. Le deuxième aspect remarquable des idées de l’auteur, qui concerne cette fois la critique de la société dite occidentale moderne, passerait presque, si l’on nous permet cette apparente contradiction dans les termes, inaperçu, tant est presque commun, chez les auteurs du XIXe au XXe siècle, l’examen critique du féminisme, du libéralisme, du christianisme, de la juiverie, du métissage, de l’industrialisme et de la mécanisation, du cosmopolitisme et du multiculturalisme, du marxisme et du consumérisme. Aucun d’entre eux ne les a cependant examinés dans leur ensemble et systématiquement. Même chez J. Evola, le seul chez qui tous ces éléments sont pris en compte dans l’analyse globale de la crise du monde moderne « occidental », l’un deux ne l’est que marginalement : le féminisme. Au contraire, Ludovici a traité tous ces problèmes, séparément ou synchroniqement, fût-ce, pour certains, en filigrane ou de manière allusive, comme nous allons pouvoir nous en rendre compte en lisant la préface de « Lysistrata ». N’ont-ils pas pour commune origine le « socrato-christianisme » ? En soixante ans et plus de quarante livres, Ludovici ne changea rien à ses conceptions, ni à son analyse, il les développa, les approfondit, les enrichit, avec une conscience et une intransigeance peu communes, au point de donner raison à celui qui, cinquante ans plus tôt, avait écrit ironiquement qu’il « risquait de devenir le champion professionnel des causes perdues » (113), c’est-à-dire le type d’hommes auquel s’adresse « Chevaucher le Tigre » : celui qui est prêt à « se battre même sur des positions perdues ». La plus désespérée de toutes était sans doute l’eugénisme, que Ludovici traita jusque dans es derniers écrits ; il fit mieux à cet égard : il mit la main à la poche, léguant, avant sa mort, survenue en 1971 à Londres, 70,000 livres sterling — l’équivalent d’environ $630,000 euros actuels – à l’université d’Édimbourg, afin qu’elle fasse des recherches sur la dégénérescence (114).
Ici, l’exposé est, nous l’avons dit, formidablement synthétique et son originalité tient aussi à ce que l’analyse conceptuelle y est souvent informé par l’observation empirique de la réalité et illustré par des exemples tirés de l’expérience, y compris de l’expérience personnelle de l’auteur. Tout autant que le fruit d’une pensée, cette œuvre est celui d’un regard. La hauteur de vue de l’auteur est proportionnelle à la profondeur de l’oubli dans lequel, après avoir connu une certaine notoriété (115) dans son pays dans la décennie qui précéda la Première Guerre mondiale, notoriété qui se prolongea dans l’entre-deux-guerres, il est tombé.

Les valeurs gouvernent la science

D’une brève étude de leurs compatriotes de nombreux enseignements étranges sur l’Angleterre d’aujourd’hui sont à tirer pour tous ceux qui gardent les yeux ouverts et se gardent bien de prendre trop de choses pour acquises.
L’observateur n’a qu’à échanger quelques mots avec les hommes, les femmes et les enfants qu’il croise et à regarder leur visage – il n’a pas à en faire plus pour apprendre ce qu’il veut savoir. Il n’aura pas non plus besoin d’être très exigeant sur la beauté humaine pour être déçu par les traits de la grande majorité d’entre eux, tandis que les connaissances les plus élémentaires en psychologie et en hygiène lui permettront de voir par leur comportement et leurs expressions qu’ils sont pour la plupart épuisés, en mauvaise santé et mal nourris.
Mais l’un des premiers faits curieux qu’il remarquera est que la plus grande partie de ses compatriotes semblent s’être tellement habitués à vivre leur vie à l’aide de toutes sortes d’accessoires artificiels que ces derniers ne sont plus pour eux un sujet de honte ou de préoccupation.
Par exemple, il passe constamment des hommes et des femmes – jeunes ou vieux – à lunettes et c’est avec beaucoup de gaieté et de confiance que, à travers ces aides optiques, ils regardent ceux qui . s’adressent à eux. Il suffit de parler aux gens dans la foule et de les voir sourire pour s’apercevoir instantanément que certaines de leurs dents, voire toutes, sont cariées ou fausses. Ils sourient avec autant de conviction, que leur dentition soit naturelle ou fausse. Nombre de jeunes adultes et d’enfants portent sur le visage, dans la région des yeux et des sourcils, des cicatrices minuscules, presque imperceptibles, ce qui indique qu’ils ont été mis au monde au moyen d’instruments obstétriques. Et d’innombrables autres ont eu une naissance tout aussi artificielle, bien qu’ils n’en portent aucune marque. Mais personne ne semble s’en inquiéter, ni même se demander comment il serait possible d’éviter cette fréquente interférence avec une fonction naturelle. Partout les gens se serrent la main et proclament sincèrement qu’ils vont « bien », quand, le matin même et bien des matins précédents, leurs intestins n’ont fonctionné que par l’intermédiaire de quelque adjuvant artificiel faisaant l’objet d’une large publicité. Mais aucun d’eux ne se sent coupable de s’être montrés terriblement imprécis en déclarant aller bien dans ces circonstances.
Par centaines de milliers des mères promènent sereinement dans un landau, ou mènent par la main, leurs enfants, dont aucun n’a jamais mis ses lèvres à un sein. Les publicités recommandant les nourritures artificielles auxquels sont élevés ces enfants sont partout. Mais il ne vient jamais à l’idée des mères elles-mêmes, ni des enfants, ni des spectateurs, de se demander si cet état de choses justifie tant d’autosatisfaction, de bonne humeur, d’indifférence et de contentement apparent.
Ces signes d’une vie hautement standardisée, qui révèlent les imperfections de nos corps et de leurs fonctions, sont maintenant si courants, si banals, que personne ne les remarque, ne les trouve étranges et ne semble s’inquiéter ou s’alarmer de leur fréquence monotone.
D’autres auxiliaires aux fonctions corporelles normales sont utilisés quotidiennement par la population de ces îles ; mais, puisque nous parlons ici des enseignements qui peuvent être tirés par un observateur ordinaire qui garde les yeux et les oreilles ouverts dans nos rues et nos ruelles, nous pouvons nous limiter aux plus courants.
Comme toute uniformité marquée ne peut résulter que de l’adhésion aux mêmes idées fondamentales, aux mêmes principes généraux, si notre voyageur veut poursuivre ses observations, il peut être amené à se demander de quel substrat de règles, de quelles valeurs fondamentales, naît cette uniformité. S’il a raison de conclure que la population qu’il voit autour de lui – les gens qui sont considérés comme étant en forme et en bonne santé, pas ceux qui peuplent nos hôpitaux, nos asiles et nos établissements pour handicapés et incurables ! – est composés en grande partie d’arriérés ou de sous-hommes, dans le sens où ils ne sont ni complètement corporels, ni capables de fonctionner sans aides artificielles ; si, en outre, il a raison de penser que leur sous-humanité ne semble pas les perturber beaucoup, il voudra peut-être connaître la nature de l’atmosphère dans laquelle se forment leurs pensées et leurs idéaux. Leur hâte de se déclarer « en forme » ou « en bonne santé » simplement parce qu’ils ne sont pas suivis par un médecin ou alités, est singulière. La question qu’ils se posent n’est pas : « Suis-je vraiment en forme ou en bonne santé ? », mais : « Suis-je capable de m’acquitter de mes tâches quotidiennes, de me promener, de faire des courses, de fonder une famille et de prendre mes repas tous les jours ? S’ils peuvent répondre à cette question par l’affirmative, ils se disent sans sincérité inconsciente qu’ils sont en forme.
Il est donc évident que, dans la population actuelle, il n’existe pas de normes strictes de bonne condition physique, ni même de désir d’en avoir. Ou, s’il en existe, elles sont étonnamment peu élevées.
Être malade ou mutilé n’empêche plus personne de se considérer ou d’être considéré par les autres comme désirable et normal. Il en est ainsi même en ce qui concerne la question vitale de l’accouplement – combien plus il doit l’être, par conséquent, dans des questions moins vitales ! Levez-vous, souriez et agitez vos quatre membres pour montrer qu’ils sont intacts et toujours mobiles et cela suffit. Les préjugés qui existaient contre toute une série de défauts et d’imperfections ont complètement disparu.
La dépravation morale est encore stigmatisée. Mais la dépravation physiologique laisse tout le monde frivolement indifférent. Dans les romans populaires, qui reflètent le mieux l’esprit de l’époque, l’héroïne rejette un prétendant, non pas parce qu’il a de fausses dents ou une dyspepsie chronique ou des varices – ces choses sont si courantes qu’elles ne sont jamais mentionnées ; mais parce qu’il est « égoïste » ou manque de galanterie ou d’« humour ». Le héros dont elle tombe amoureuse peut être moins sain, moins intègre physiquement que l’homme qu’elle rejette. Il peut aussi être en moins bonne santé, avoir deux ou trois fausses dents et une langue pâteuse ; en fait, il peut être, sous tous les rapports, un mari potentiel beaucoup moins désirable ; mais elle prend en considération son « âme », pour reprendre une expression à la mode ; et tous les lecteurs sont satisfaits qu’elle se comporte de la meilleure façon possible.
L’atmosphère spirituelle dans laquelle vit notre population est donc une atmosphère où l’accent semble être mis sur l’âme, où les normes impératives sont les normes de l’âme et où l’importance du corps et de son intégrité sont presque complètement ignorés. Par exemple, il est intéressant de noter que la dépravation corporelle n’engendre aujourd’hui aucun sentiment de culpabilité. Des centaines d’années de moralisation régulière ont finalement abouti à ce que l’état connu sous le nom de « conscience coupable » soit restreint à l’âme et à la vie morale. Dire « c’est plus fort que moi » étouffe immédiatement la critique et le dégoût. Cela suffit à montrer à quel point notre vision est purement morale. Les moins capables de se mépriser sont ceux qui ont de fausses dents ou assurent habituellement le fonctionnement de leur organisme au moyen d’aides artificielles.
Et, dans tous ces domaines, l’unanimité du monde civilisé moderne est si frappante que nous sommes forcés d’en venir à la conclusion qu’elle est l’effet de certaines valeurs fondamentales dominantes qui doivent être communes à tous les peuples dont nous avons parlé. De la nature de l’attitude uniforme à laquelle a conduit l’adhésion à ces valeurs nous sommes également obligés de conclure qu’ils doivent avoir enseigné avec une constance inébranlable au moins deux doctrines très précises : (a) la surestimation de l’âme et (b) le mépris et le dénigrement du corps dans son ensemble. Ou, pour le dire moins brutalement, ils doivent avoir enseigné à l’humanité non seulement à toujours placer l’âme avant le corps, mais aussi à ne jamais tenir compte du corps pour déterminer la caleur des êtres humains.
C’est là ce qui a dû se produire et nous en arrivons à cette conclusion simplement en jugeant les résultats que nous voyons aujourd’hui autour de nous. Cependant, quand nous nous mettons à enquêter sur l’histoire de notre population et à tenter de découvrir si ces valeurs ont effectivement contribué à former son atmosphère spirituelle, non seulement nos soupçons sont largement confirmés, mais nous sommes en mesure de mettre le doigt sur le corps de la doctrine contenant les valeurs dont nous avons posé l’existence a priori.
A partir de là, nous pouvons continuer à déplorer les résultats que nous voyons autour de nous, mais nous ne pouvons plus nous en étonner. En fait, il aurait été étonnant que, dans une telle atmosphère, nous ne dégénérions pas, ou cessions de dégénérer. Ce qui est étonnant, ce n’est pas que nous soyons devenus une nation de décadents et de mous, mais qu’il ait fallu tout ce temps pour faire de nous une telle nation.
Si nos valeurs ne nous avaient pas éloignés, depuis des dizaines de générations, de normes corporelles strictes, jamais nous ne serions devenus ce que nous sommes ; il est inconcevable que cette atmosphère de tolérance et d’indifférence envers les défauts corporels soit devenue si générale. Une nation finit par devenir l’image de ses valeurs. Les valeurs sont le moule, la nation la pièce. Nous jugeons le moule d’après l’avers de la pièce. Nous pouvons juger les valeurs des Anglais d‘après leur visage.
De plus, ces valeurs doivent s’être ancrées si profondément en eux qu’elles façonnent maintenant l’opinion, sans que ceux dont elles façonnent l’opinion aient conscience de l’origine de leur attitude mentale. La meilleure illustration en est que, bien que ces valeurs dérivent en définitive d’une grande religion, les gens les plus irréligieux du monde moderne partagent avec les croyants l’atmosphère spirituelle que nous avons décrite. Les gens qui ne croient plus à l’âme du point de vue religieux montrent néanmoins, par leur tolérance envers les défauts corporels, les leurs comme ceux des autres, qu’ils sont inconsciemment influencés par la même atmosphère. Ils peuvent même avoir cessé d’identifier leurs opinions avec quelque valeur fondamentale que ce soit et considérer leur attitude comme assez originale, comme le font beaucoup, en particulier les femmes. Peu importe ! Qu’ils indiquent qu’il y a une différence considérable entre les normes qui sont les leurs pour évaluer la « condition physique » des êtres humains et celles qu’ils utilisent pour évaluer la « condition physique » des animaux et nous serons fixés sur l’origine de leur attitude mentale.
C’est pour cette raison qu’un écrivain comme [le pasteur anglican. N. d. T.] Wiliam Inge est mal placé pour plaider avec une telle véhémence en faveur de l’eugénisme. Car comment pouvons-nous espérer une réaction en faveur du corps tant que les valeurs qui mettent tout l’accent sur l’âme et méprisent le corps exercent une influence parmi nous ? Ne sont-ce pas les valeurs qu’il soutient et qu’il est censé inculquer officiellement à sa génération ?
Si jamais il est prouvé au monde entier que ces valeurs sont fausses et qu’elles cessent d’exercer une quelconque influence, aucune eugénique ne sera alors nécessaire. Parce que, dès que nous commençons à juger les gens selon leur valeur physiologique aussi bien que selon leur valeur spirituelle, c’est-à-dire que nous les jugeons selon les espérances qu’ils donnent, par leur corps et leur esprit, de garantir la survie de la vie humaines sous une forme désirable, l’accouplement eugénique devient tout aussi commun et instinctif que l’est aujourd’hui l’accouplement dysgénique.
Inge, tout en reconnaissant la dégénérescence généralisée et la faillite physiologique auxquelles il a été fait allusion, ne semble pas percevoir, comme notre observateur, l’empressement singulier avec lequel tous les modernes les ignorent ou les tolèrent en eux-mêmes et chez les autres et il affirme, avec quelque raison, que notre déplorable condition physique est due à notre industrialisme et à notre urbanisme hypertrophique.
Mais cela revient à considérer le dernier symptôme secondaire de notre état comme sa principale cause. Car, en premier lieu, il est extrêmement douteux que la révolution industrielle ait pu se produire sans ce mépris du corps et de ses besoins qui est ancré dans nos valeurs dominantes.
Deuxièmement, Inge ne trouve aucun signe de ce mépris du corps avant l’ère industrielle. Que fait-il du Moyen Age ? Que fait-il de la période la Grande Rébellion en Angleterre? Le présent auteur s’est un jour donné la peine de montrer que tout le mépris puritain pour le corps et les conséquences fatales qu’il a eu pour le peuple anglais trouvent leur origine dans les valeurs que soutient Inge. Il a même été capable de montrer que, sans ces valeurs, les germes de l’industrialisme moderne auraient difficilement pu être semés, comme ils l’ont été, au milieu du dix-septième siècle. N’était-ce pas avant la révolution industrielle ?
Comment les conditions alimentaires dans ce pays auraient-elles pu devenir aussi effroyables qu’elles le sont aujourd’hui, si le corps n’y avait pas été traditionnellement négligé depuis des siècles ? Ces phénomènes, comme l’a montré ailleurs le présent auteur, ont précédé la révolution industrielle de plusieurs centaines d’années. Il est donc évident que le corps n’était plus soumis à des normes strictes depuis une époque bien antérieure à l’ère industrielle. Et, quand celle-ci a commencé, elle n’a rencontré aucun obstacle dans les préjugés du peuple anglais sur le corps et la santé : autrement elle n’aurait jamais pu réussir aussi bien qu’elle l’a fait à débiliter encore davantage le peuple.
Nous pouvons donc considérer que l’environnement spirituel de tous les sous-hommes modernes est le résultat de nos valeurs fondamentales, tout comme leur sous-humanité ; et que cet environnement spirituel est caractérisé par une tendance à négliger et à mépriser le corps et les considérations corporelles.
En tout cas, pour le dire dans les termes les plus doux et les plus modérés, il est impossible d’exonérer ces valeurs fondamentales de toute responsabilité en la matière ; et ignorer leur influence et adhérer au mouvement eugénique, sans d’abord tenir compte de leur puissance, comme l’a fait Inge, c’est être coupable d’une confusion de pensée indigne de ceux qui prétendent guider l’opinion publique.
Maintenant, quel est l’environnement matériel de notre population? Il est clair que c’est un environnement dans lequel l’élaboration mécanique de la vie quotidienne a été portée à un degré totalement ahurissant. Ces sous-hommes du vingtième siècle vivent parmi des merveilles d’habileté technique et d’ingéniosité ; et les appareils et l’équipement général de leur vie quotidienne ont atteint une complexité et une perfection sans précédent dans l’histoire. Loin d’avoir tiré quelque leçon que ce soit des doctrines enseignées par Darwin au siècle dernier, toute notre énergie et notre compétence se sont concentrées dans la direction opposée. L’évolution progressive n’est plus un fait chez nous ; car, en tant qu’espèce, nous retombons progressivement à un niveau inférieur à celui qui a été atteint par notre race dans les âges précédents. Alors que nous-mêmes descendons constamment sur l’échelle de la qualité, nos conditions environnementales, nos outils, nos moyens, acquièrent une perfection toujours plus grande.
Le fardeau de l’évolution a, pour ainsi dire, été transféré de nos propres épaules aux épaules de notre environnement. Aveuglés par les réalisations fulgurantes des sciences mécaniques et autres, nous parlons encore de nous-mêmes comme si nous étions, en tant qu’organismes vivants, en perpétuelle évolution. Mais, à vrai dire, il n’en est rien. Même dans le domaine des facultés intellectuelles, nous sommes misérablement en deçà des normes déjà atteintes.
A la majeure partie de l’humanité, inattentive et irréfléchie cet état de choses est largement caché ; parce que, si la science augmente l’efficacité de notre équipement extracorporel, elle a aussi, parallèlement à notre dégénérescence, fourni les moyens de continuer à faire fonctionner notre équipement corporel. Presque aussi vite que nous les avons voulus, les sciences de la chimie et de la médecine nous ont donné les moyens de remplacer les membres dont nous sommes privés et de remédier à nos fonctions déficientes. Toute une sphère d’intérêts – en fait tout un monde d’intérêts et d’ingéniosité – a été créé par la dégénérescence physique moderne. Les industries des médicaments brevetés, des appareils brevetés et des produits brevetés représentent certaines des plus grandes affaires du pays. En réalité, on pourrait dire que ces industries ne sont elles-mêmes que l’envers de la médaille représentant nos valeurs fondamentales. Là où existent des valeurs comme les nôtres, il y a nécessairement des médecins très nombreux et prospères et une vaste armée de dentistes, de chimistes et d’ostéopathes, qui se creuseront quotidiennement les méninges pour trouver les moyens de corriger les défauts croissants du corps humain. Immanquablement, l y a aussi des magnats de l’industrie pharmaceutique, des magnats de l’industrie de l’énergie et des magnats de l’industrie alimentaire, qui, profitant de la dépravation physiologique de tous leurs contemporains, amassent de grandes fortunes en se contenant d’offrir le « salut » à bas prix à ceux qui sont physiologiquement dépravés.
En stricte logique, même la nature de la recherche scientifique devrait être ajoutée aux conséquences des valeurs dominantes d’un peuple ; car le but ultime de la recherche scientifique est nécessairement déterminé par les desiderata implicites aux valeurs. Si les valeurs d’une époque tendent de plus en plus à tolérer les défauts corporels et à garantir la satisfaction simplement en les replâtrant ou en les corrigeant artificiellement, la recherche scientifique se concentrera de plus en plus sur les découvertes qui promettent d’atténuer la dégénérescence physique ou de la dissimuler . Et nous pouvons compter sur la science pour être toujours prête à rendre nos vies tout à fait possible avec des aides artificielles et pour le faire avec la même rapidité que celle avec laquelle nous perdons d’autres parties de notre corps ou d’autres capacités de fonctionnement.
C’est de cette façon que les valeurs dirigent la science. Si nous changions nos valeurs dominantes, nous constaterions que la direction de la science serait également modifiée, parce que les desiderata toujours implicites aux valeurs dominantes auraient alors changé.
« Mais, crient à outrance les modernistes, si la science est toujours prête – et elle sera toujours prête – à compenser par des aides artificielles les déficiences de notre équipement corporel et les pertes d’efficacité qu’elles entraînent, pourquoi faire tant d‘histoires ? Pourquoi s’inquiéter ? »
Ce point de vue, adopté tacitement ou professé ouvertement par la majorité de l’humanité moderne, serait bien beau et justifierait un minimum de contentement optimiste, si nous pouvions agir et penser et continuer à reproduire notre espèce dans une forme désirable, indépendamment de nos corps. Mais, malheureusement pour l’homme moderne, c’est impossible. En outre, une bonne partie des joies de la vie – certaines de ses plus grandes et durables – sont précisément liées à la reproduction de notre espèce, au maintien de notre efficacité corporelle et au bon fonctionnement de notre organisme. Dès que la sérénité physiologique disparaît et qu’une fonction cesse d’être un plaisir, le corps devient le plus tyrannique et le plus insistant ennemi de la vie (*). Il remet constamment et redoutablement en question les valeurs de la vie.
Les plaisirs que ressent un corps sain sont des plaisirs très réels. Ils constituent une très grande proportion de la somme de joie sur terre. Et rien n’est plus évident que la volonté de la nature de contribuer largement à cette somme de joie. Manger avec de fausses dents n’est pas aussi agréable que de manger avec des dents naturelles. Favoriser artificiellement l’appétit ou la digestion s’avère vite une pâle et trompeuse imitation de la nature. Porter des lunettes n’est pas aussi agréable que de ne pas en porter. Le visage ou l’expression de celui qui porte toujours des lunettes n’est pas aussi attrayant que le visage et l’expression de celui qui n’en porte pas. Pour une mère, donner le biberon à son bébé ne vaut pas l’expérience inoubliable de l’allaitement. Et, dans les transports d’amour les plus profonds et les plus exaltés, où une grande partie de l’extase dépend de la saveur des corps, il est d’une importance primordiale que les deux partenaires disposent de l’équipement physiologique naturel et normal. Une bouche propre, pleine de dents naturelles, fermement plantées dans des gencives intactes ; une langue fraîche et propre, pas même légèrement empâtée par un début d’indigestion chronique ; une douce haleine et le parfum naturel d’un corps sain ! Celui qui n’a pas connu ces choses ne connaît pas l’amour tel que la nature a voulu qu’il le connaisse.
Et pourtant, combien d’hommes et de femmes modernes peuvent connaître l’amour sous cette forme ? Comment le pourraient-ils ?
Peut-on s’étonner, par conséquent, que l’humanité moderne dans son ensemble commence à soupçonner que la joie de vivre est largement surestimée ? Peut-on s’étonner que la majeure partie de l’humanité commence à sentir que la vie peut bien être vécue sans amour ?
Voilà donc la désillusion qui accompagne les valeurs qui régissent notre progrès scientifique. Tandis que, à travers ces valeurs, nous nous contentons d’exister malgré la déficience de notre équipement corporel, nous sommes progressivement sevrés de notre amour de la vie et de nos convictions les plus profondes au sujet de la valeur de la vie. Car non seulement notre corps débilité ou défectueux nous donne lui-même des joies médiocres, mais la science qui vient à notre aide ne nous offre que des substituts et nous ne sommes capables de mesurer la valeur de la vie que selon ces joies médiocres et selon le niveau de bonheur que nous atteignons au moyen de ces substituts.
Ainsi, les valeurs qui insultent à la fois la vie et le corps réussissent à rendre la vie et le corps vils. Voilà pour le côté esthétique de la question, qui est important, car la vie est très largement un phénomène esthétique. Mais il y a des conséquences encore plus graves que celles-ci. Par exemple, il est hautement improbable que notre vitalité et notre intellectualité puissent ne pas pâtir d’atteintes au fonctionnement normal de notre corps. Les diverses parties et fonctions du corps du mammifère supérieur sont si complexes et interdépendantes qu’il n’est guère possible de perturber l’équilibre d’une partie ou d’une fonction sans altérer l’ensemble. Il n’est donc pas improbable que, à une époque comme la nôtre, où quatre-vingt-dix-neuf pour cent de la population des pays hautement civilisés sont atteints d’un trouble physiologique ou d’un autre, nous soyons tous des sous-hommes par l’esprit aussi bien que par le corps. Il est même concevable que l’impasse dans laquelle se trouve la civilisation occidentale ne soit que la conséquence inévitable de notre sous-normalité ou sous-humanité chronique et que seule une régénération de nos corps pourra nous aider.
L’argument selon lequel ce point de vue est matérialiste n’est plus valide. Nous remercions Inge en passant pour sa brillante réponse à ceux qui, en s’opposant au point de vue qui vient d’être avancé, sont prêts à accuser ceux qui l’affichent de matérialisme.
En tout cas, nous nions honnêtement être matérialistes et ne croyons pas être moins religieux ou spirituel pour avoir lutté durement pour nos opinions religieuses hétérodoxes au cours d’années d’études et de réflexions métaphysiques. Deuxièmement, nous rejetons l’idée que prêcher l’entretien et la conservation de la beauté et de la santé du corps est nécessairement matérialiste ; car c’est l’invalide, le malade, l’homme de notre époque, qui se dit « en bonne santé » et qui songe constamment à son corps. Un homme en bonne santé peut oublier son corps, qui, par sa sérénité, son efficacité silencieuse, lui permet de se livrer à toutes sortes d’exercices spirituels.
Ce n’est pas parce que nous accusons les valeurs qui depuis des siècles ont jeté le discrédit sur la vie et le corps humain d’être la cause de la décadence moderne que nous nous proclamons irréligieux ou matérialiste ; que ceux qui présument trop hâtivement que nous sommes à la fois irréligieux et matérialiste se souviennent qu’il y a d’autres religions en dehors de celles qui ont créé les valeurs qui sont à l’origine du mépris du corps. Et, quand nous mettons au défi l’âge moderne de prouver qu’il peut être autre chose que matérialiste, avec ses millions de corps malades ou déficients ; quand nous le mettons au défi de montrer de quelle manière deux mille ans de mépris et de négligence du corps nous ont conduits à une spiritualité plus élevée, à la grossièreté même de la vie moderne, à l’abrutissement même de l’esprit moderne et au système même du gouvernement du monde moderne, la démocratie, qui est le matérialisme en politique (la démocratie estime la valeur d’une idée ou d’une politique en mesurant le poids corporel qui la sous-tend et non en mesurant l’autorité ou la compétence qui la sous-tend), tous se dressent contre nous dans leur laideur, ne nous laissant guère de doutes sur le danger que nous courons de tomber dans le matérialisme en mettant en doute les valeurs qui nous ont conduits jusqu’ici.
Les masses sont matérialistes aujourd’hui, parce que, d’abord, la baisse de la vitalité et la déficience dépriment l’esprit et émoussent l’intelligence, rendant ainsi l’esprit inapte à toute recherche noble ; et, d’autre part, parce que, à chaque moment de leur vie, leur attention est soit rivée sur leurs fonctions organiques déficientes, soit distraite par des troubles semblables chez ceux dont le sort est jeté.

Anthony M. Ludovici, Lysistrata : or, Woman’s Future and Future Woman, 2e éd. revue, traduit de l’anglais par B. K., Kegan Paul, Trench, Trubner & Co, Ltd, New York, E. P. Dutton, Londres, 1927.

(*) Ce n’est certes pas un hasard si, dans le bouddhisme originel, la santé est considérée comme la première condition sine qua non à l’éveil. Voir J. Evola, La Doctrine de l’éveil : essai sur l’ascèse bouddhiste, Adyar, 1956.
(1) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chez l’éditeur, 2002, chap. “My Education, I (1882–1910).
(2) Voir Rachel Corbett, You Must Change Your Life: The Story of Rainer Maria Rilke and Auguste Rodin, W. W. Norton & Co, 2016.
(3) Michael T. Davis et Cameron McWhirter, Ezra Pound and ‘Globe’ Magazine: The Complete Correspondence Ezra Pound, Bloomsbury Academic, 2015, p. 298.
(4) Emmanuel Salanskis, « Nietzsche sur l’eugénisme et sa justification machiavélienne », https://www.academia.edu/5371252/Nietzsche_sur_leugénisme_et_sa_justification_machiavélienne.
(5) Hélène Aji, Céline Mansanti et Benoît Tadié (dir.), Revues modernistes, revues engagées (1900-1939), PUR, coll. Interférences », 2011, p. 144.
(6) Anthony M. Ludovici, Nietzsche and Art, Constable & Co. Ltd. Londres, 1911, p. 52.
(7) Ibid., p. 43.
(8) Ibid., p. 45-46.
(9) Ibid., p. 48.
(10) Ibid., p. 43-45.
(11) Anthony M. Ludovici, A Defence of Aristocracy. A Text Book for Tories, Constable & Company Ltd, Londres, 2e éd., 1933, p. vii-viii.
(12) John V. Day, « What is Best Will Rule. Anthony Ludovici on Aristocracy and Democracy », The Occidental Quarterly, vol. 3, n° 4, p. 15, http://www.toqonline.com/archives/v3n4/TOQv3n4Day.pdf.
(13) Anthony M. Ludovici, A Defence of Aristocracy. A Text Book for Tories,, p. viii.
(14) Ibid., p. 295.
(15) Ibid., p. 296.
(16) Ibid., p. 172.
(17) Ibid., p. xviii.
(18) Ibid., p. viii.
(19) Ibid., p. 64.
(20) Id., The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion, Britons Publishing Company, Londres, 1967, p. 128-132.
(21) John V. Day, op. cit., p. 67, note 23.
(22) Voir, pour une analyse des vues de Ludovici sur cette question, Edward McChesney Sait, Political Institutions: A Preface, D. Appleton-Century Company, New York et Londres, 1938, p. 353 et sqq.
(23) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The « Exceptional » Ideology of Anthony Mario Ludovici », Journal of Political Ideologies, vol. 4, n° 2, 1999 [191-218], p. 195.
(24) Ibid, p. 194.
(25) Voir John V. Day, (éd.), Confessions of an Anti-Feminist: The Autobiography of Anthony M. Ludovici, Counter-Currents Publishing, 2013, chap. 4 : My Education, II (1910–1916).
(26) Samuel Francis, « Buried Alive », The Occidental Quarterly, vol. 4, n° 1, 2004, p. 85-92.
(27) Anthony M. Ludovici, The False Assumptions of « Democracy », Heath Cranton, Londres, 1921, p. 33 ; voir aussi Herbert Spencer, Collected Essays, vol. I, Williams and Norgate, Londres et Edimbourg, 1891, p. 379, http://oll.libertyfund.org/titles/spencer-essays-scientific-political-and-speculative-vol-1–5.
(28) R. Lankester, Degeneration. A New Chapter in Darwinism, Londres, Chapman, 1880, p. 59-60. Cité in Daniel Becquemont, « Herbert Spencer : progrès et décadence ». In Mil neuf cent, n° 14, 1996. Progrès et décadence [p. 69-88], p. 78.
(29) Dan Stone, op. cit., p. 196.
(30) Ibid.
(31) Anthony M. Ludovici, « Woman’s contribution to Britain’s national decline », The South African Observer, vol. 1, n° 10, 1956.
(32) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 3 : « Ludovici on Feminism & Emasculation », ETSF, Berkeley, CA, 2003, https://www.counter-currents.com/2010/09/ludovici-on-feminism-and-emasculation.
(32bis) Voir Laurence Moulinier. L’originalité de l’école de médecine de Montpellier. A. Leone, G. Sangermano. La Schola Salernitana e le altre, juin 2002, Salerno, Italie [p.101-126], 2003, consultable à l’adresse suivante : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00609379/document, consulé le 24 mars 2018. Ils ‘intéressèrent particulièrement à ceux de la faculté de médecine de Montpellier, truffée de praticiens arabes et juifs (Anonyme, Seconde apologie de l’université en médecine de Montpellier, Jean Piot, Paris, 1653, p. 123) et dont l’enseignement était fondé sur la médecine arabe (Antoine Bayle et Auguste Thillaye, Biographie médicale par ordre chronologique d’après Daniel Leclerc, Eloy, t. 1, Adolphe-Delahays, Paris, 1855, p. 128).
Sur les méfaits de la médecine moderne, voir Ivan Illich, Némésis médicale: l’expropriation de la santé, Le Seuil, 1981 ; sa traduction anglaise, Medical Nemesis: The Expropriation of Health, Random House USA Inc., 1988 est disponible à https://ratical.org/ratville/AoS/MedicalNemesis.pdf.
(33) Anthony M. Ludovici, Lysistrata or Woman’s Future and Future Woman [To-day and To-morrow], 2e éd. révisée, Trubner & Co., Ltd, Londres, 1927.p. 91.
(34) Ibid., p. 92.
(35) Ibid. p. 90. Voir, au sujet de l’importance de la question de la grossesse extracorporelle dans les cercles féministes, Iskra Krstić, Extracorporeal Pregnancy as a Feminist Issue, Art + Media, Journal of Art and Media Studies, n° 8, octobre 2015, https://fmkjournals.fmk.edu.rs/index.php/AM/article/viewFile/104/pdf.
(36) Anthony M. Ludovici, A Defence of Conservatism. A Further Text-Book for Tories, p. v-vi.
(37) Julius Evola, Gli Uomini e le rovine et Orietamenti, 5e éd. revue avec une annexe, Edizioni Mediterranee, Rome, 2013, p. 63-64.
(38) Martin Edmond, The Expatriates, BWB e-book, 2017, p. 164.
(39) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The  »Exceptional’ Ideology of Anthony Mario Ludovici », p. 200.
(40) Heinrich August Winkler, The Age of Catastrophe: A History of the West 1914–1945, traduit de l’allemand par Stewart Spencer, Yale University Press, New Haven et Londres, 2015, p. 359.
(41) Matthew Reed, Rebels for the Soil: The Rise of the Global Organic Food and Farming Movement, Earthscan, Londres et Washington, DC, 2010, p. 46.
(42) Dan Stone, « The Extremes of Englishness: The ‘Exceptional » Id’ology of Anthony Mario Ludovici », p. 199.
(43) Martin Edmond, op. cit., p. 163.
(44) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 5 : “My Education, III (1882–1910), https://www.counter-currents.com/2012/01/my-education-part-iii.
(45) Dan Stone, Breeding Superman: Nietzsche, Race and Eugenics in Edwardian and Interwar Britain (Studies in Social and Political Thought), Liverpool University Press, 2002, p. 43.
(46) Ibid., https://www.counter-currents.com/2011/03/memories-of-hitler-and-the-third-reich/
(47) John V. Day (éd.), Confessions of an Anti-Feminist: the Autobiography of Anthony M. Ludovici.
(48) Ibid., Il poursuit : « Incidemment, l’unanimité avec laquelle les Anglaises soutinrent par la suite soutenu le parti de la guerre en Angleterre, souvent contre l’avis de leurs hommes, confirma abondamment ce que pensais de leur attitude en 1936 »).
(49) Peter Barberis, John McHugh et Mike Tyldesley. op. cit., p. 348 et sqq.
(50) Dan Stone, « Ruralisme et droite radicale en France et en Grande-Bretagne dans l’entre-deux-guerres », in Philippe Vervaecke (éd.), À droite de la droite: Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle, Septentrion Presses Universitaires, 2017, p. 124 et sqq.
(51) Dan Stone, « The English Mistery, the BUF, and the Dilemmas of British Fascism », The Journal of Modern History, vol. 75, n° 2, juin 2003 [p. 336-358], p. 347.
(52) Ibid.
(53) Ibid., p. 348
(54) David Botsford, British Fascism and the Measures taken against it by the British State, Historical Notes n° 28, 1998, p. 3.
(55) Anthony M. Ludovici, Jews, and the Jews in England, Boswell, Londres, 1938, p. 1.
(56) Julius Evola, Tre Aspetti del Problemo ebraico, Ar, 1978, p. 13, 1978.
(57) Anthony M. Ludovici, op. cit, p. 94.
(58) Ibid., p. 116.
(59) Mason W. Watson, « Not Italian or German, but British in Character »: J. F. C. Fuller and the Fascist Movement in Britain, Undergarduate Honors Thesis, College of William and Mary W&M Publish, 2012.
(60) Voir « The Right Club », http://spartacus-educational.com/2WWrightclub.htm.
(61) Peter Barberis,John McHugh et Mike Tyldesley, op. cit., p. 191.
(62) John V. Day (éd.), The Lost Philosopher: The Best of Anthony M. Ludovici, chap. 5 : “My Education, III (1882–1910).
(63) David Botsford, op. cit., p. 5.
(64) Ibid., p. 7.
(65) Richard C. Thurlow, Fascism in Britain: From Oswald Mosley’s Blackshirts to the National Front, I. B. Tauris, New York, NY, 1998, p. 213.
(66) Peter Barberis, John McHugh et Mike Tyldesley, op. cit., p. 177. Il est vrai que l’antisémitisme d’après-guerre en Grande-Bretagne était tombé au niveau des attentats, des voies de fait, des lettres anonymes et des incendies de synagogues. Nicholas Hillmann, « ‘Tell me chum, in case I got it wrong. What was it we were fighting during the war ?’ The Re-emergence of British Fascism. 1945-58 », in Michael S. Neiberg (éd.), Fascism, Routledge, Londres, 2017.
(67) Stephen Dorril, Blackshirt: Sir Oswald Mosley & British Fascism, Penguin Books, 2007, p. 542.
(68) Richard C. Thurlow,, op. cit., p. 213.
(69) Voir Clare Hanson, Eugenics, Literature, and Culture in Post-war Britain, Routledge, New York et Londres, 2013.
(70) Anthony M. Ludovici, The Four Pillars of Health. A Contribution to Post-War Planning, Heath Cranton Limited, Londres, 1945, p. vii.
(71) Ibid., p. 46.
(72) Ibid., p. 40.
(73) Alfred Sauvy, Bien-être et population, Ed. Sociale Française, 1945, p. 143, cité in Alain Drouard, Alexis Carrel (1873-1944) : de la mémoire à l’histoire, L’Harmattan, 1995, p. 32.
(74) Voir Julius Evola, op. cit. , chap.: Il Problema delle nascite.
(75) Anthony M. Ludovici, The Quest of Human Quality: How to Rear Leaders, Rider, Londres, 1952, p. 9.
(76) Ibid., p. 11.
(77) Ibid., p. 10.
(78) Ibid., p. 9.
(79) Les articles de Ludovici sur le IIIe Reich, publiés dans The English Review Journal ainsi que dans le South African Observer dans les années 1950 et 1960, ont été réunis en 2017 dans The Third Reich and Fascism Contra Liberal Democracy, BLURB Incorporated, 2017.
(80) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 39.
(81) Ibid., p. 139.
(82) Cités in Julius Evola, Sintesi di dottrina della razza, Hoepli, Milan, 1941.
(83) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 168.
(84) Voir Julius Evola, op. cit.
(85) Voir ibid.
(86) Voir ibid.
(87) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 149.
(88) Ibid., p. 148.
(89) Ibid., p. 137.
(90) Ibid.
(91) Ibid., p. 162.
(92) Julius Evola, Il Mito del sangue, chap. Razzismo e antisemitismo.
(93) Anthony M. Ludovici, op. cit. p. 148.
(94) Idem, Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, Carroll and Nicholson, Londres, 1948, p. 11.
(95) Ibid., p. 11-14.
(96) Ibid., p. 14-15.
(97) voir Ibid., annexe 1 : My Main Divergence from Nietzsche.
(98) Noémie Hosoi, Des femmes au louterion. À la croisée d’une esthétique masculine et féminine au travers des objets, Images Revues [En ligne], 4, 2007, document 7, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/imagesrevues/145consulté le 24 février 2018.
(99) Anthony M. Ludovici, op. cit., p. 59.
(100) Ibid., p. 73.
(101) Ibid., p. 62.
(102) Ibid., p. 103.
(103) Ibid., p. 104.
(106) Ibid., p. 135.
(107) Ibid., p. 139.
(108) Ibid., p. 140.
(109) Ibid.
(110) Ibid., p. 162.
(111) Id., The Specious Origins of Liberalism. The Genesis of a Delusion, p. 7.
(112) Id, Enemies of Women: the Origins in Outline of Anglo-Saxon Feminism, p. 150.
(113) R. B. Kerr, Our Prophets : Being Appreciations of Norman Angell, Dean Inge, Bernard Shaw, H G Wells, Bertrand Russell, Anthony M Ludovici, Croydon, 1932, p. 86.
(114) L’université d’Édimbourg refusa la donation, mais fut autorisée par les exécuteurs testamentaires de Ludovici à prélever un tiers de la somme pour financer des recherches sur la chorée de Huntington (anonyme, « Anthony Ludovici: Conservative From Another World », 1989, https://www.counter-currents.com/2011/01/anthony-ludovici-conservative-from-another-world/)
(115) Outre qu’il rencontra Hitler (Anthony M. Ludovici, Memories of Hitler & the Third Reich, https://www.counter-currents.com/2011/03/memories-of-hitler-and-the-third-reich/) et Mosley à la veille de la Seconde guerre mondiale, ce qui autorise à affirmer que Ludovici acquit une certaine notoriété dans la première moitié du XXe siècle est qu’il fut invité à débattre publiquement avec la célèbre amazone Sylvia Pankhurst en janvier 1936 (Dan Stone, Breeding Superman: Nietzsche, Race and Eugenics in Edwardian and Interwar Britain (Studies in Social and Political Thought), p. 37). La plupart des ouvrages de l’auteur sont disponibles à http://www.anthonymludovici.com/

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Les extrêmes se rejoignent

L’Institute for the Study of Gobalization and Covert Politics (ISGP) a été fondé en 2005. dans le but « d’analyser les différentes ONG du monde occidental et de voir comment elles coopèrent les unes avec les autres et avec les gouvernements nationaux ». L’ISGP a dressé une liste d’environ mille trois cents ONG (1) – dont une bonne centaine était complètement inconnue du public et même des des « conspirationnistes » spécialisés dans le copier-coller – ainsi qu’une liste des personnes clés qui, soit en sont membres, soit y sont liées de près ou de loin. L’ISGP a également fourni des documents inédits sur des think-tanks bien connus des « conspirationnistes », comme le Bohemian Grove, des ONG qu’ils connaissent moins, comme l’American Security Council Foundation (l’ASCF cherche à influencer la politique étrangère des États-Unis en « promouvant la paix par la force »), des groupes dont ils ignorent souvent jusqu’au nom, comme le Jason Group (groupe de conseillers scientifiques du gouvernement des États-Unis en matière de technologies sensibles). L’ISGP a été le premier à publier des enquêtes approfondies et documentées sur certaines des organisations des pseudo-élites, telles la Pilgrims Society (2) ou le 1001 Club (3), mais aussi la liste de leurs membres.
Les membres de ces organisations, ONG ou autres, appartiennent – si tant est que cette distinction soit encore pertinente – au secteur privé (la finance, l’entreprise, les médias) ou au secteur public (le haut fonctionnariat, l’armée, le renseignement, les médias) et « forment [à eux tous] une « institution internationale stable » », que l’ISGP appelle « superclasse ». L’ISGP les a classés en fonction de la durée et de l’importance de leur implication – nous parlons bien d’« implication » dans le sens juridique, c’est-à-dire « le fait de jouer un rôle dans un délit, un crime » – dans les activités subversives des organisations auxquelles ils appartiennent ou autour desquelles ils gravitent (4). L’ISGP a réussi à isoler quatre réseaux secondaires dans le vaste réseau supranational dont elles font toutes partie : l’establishment libéral, dont les antennes dans l’administration états-unienne sont la CIA et le Département d’État ; l’establishment conservateur, qui, en plus d’avoir aussi des antennes à la CIA, peut compter sur le dévouement zélé des cadres du Pentagone ; le réseau vaticano-paneuropéiste, dont les deux principaux leviers de commande sont l’Opus Dei et l’Ordre des Chevaliers de Malte ; l’establishment sioniste, constitué par l’État d’Israël, les communautés juives et le lobby juif aux États-Unis, mais aussi par les fameux « oligarques » poutiniens, dont un certain nombre sont d’origine juive. En dépit de la solidité et du caractère opérant de ce modèle, qui sert à « comprendre la politique occidentale » (5), il présente le défaut de ne pas tenir compte des réseaux de la superclasse du monde arabe et surtout de celle des pays de l’Extrême-Orient, défaut qui doit sans doute être attribué à la grande difficulté, elle-même due à la barrière de la langue, à trouver des sources d’information et à les déchiffrer. Un autre défaut que l’ISGP partage avec l’ensemble des médias, « conspirationnistes » ou non, est d’employer le terme d’« extrême droite » dans son acception la plus élastique, en l’appliquant à la louche à des personnes dont, comme c’est le cas pour Otto von Habsburg, successeur du métis métisseur Coudenhove-Kalergi à la tête de l’Union Pan-Européenne, la coloration idéologique n’a rien à voir avec la vision du monde du national-socialisme, ni même avec le fascisme. Enfin, il ne faut jamais perdre de vue que, quel que soit le pouvoir de la « superclasse », elle ne constitue nullement la dernière et suprême instance ; le nom de la plupart des ses membres est connu du public et publié sur des centaines de milliers de sites Internet, à tel point que certains d’entre eux sont même devenus des « stars » ; il y a, derrière eux, dans l’ombre la plus totale, des individus autrement plus puissants, en communication avec des influences infra-humaines et nous avons déjà eu l’occasion d’avancer notre hypothèse sur leur nature.
Cela étant dit, ici, l’étude du complot, ou des complots, n’est pas un hobby, mais une occupation sérieuse, aussi sérieuse que la manière dont sont planifiés et menés à bien les complots. L’influence de l’ISGP dépasse les cercles conspirationnistes, en tout cas aux Pays-Bas. La publication par ses soins de la liste des membres du 1001 Club a eu pour effet que cette organisation a fait pour la première fois la une des journaux télévisés néerlandais. À propos des médias, une des fonctions les plus utiles de l’ISGP est d’attirer l’attention sur le fait que les « alternatifs », au moins quant aux plus populaires d’entre eux, ne sont pas plus indépendants que les dominants, la seule véritable différence entre les deux étant que ceux-là mêlent plus d’informations exactes aux mensonges que ceux-ci, que, pour faire court et utiliser une terminologie qui vaut ce qu’elle vaut, ceux-là « mésinforment », tandis que ceux-ci « désinforment » ; un des immenses services qu’a rendus l’ISGP à cet égard est d’avoir fourni des preuves indiscutables de la collusion des dirigeants du réseau de communications Genesis (qui diffuse entre autres l’Alex Jones Show, qui semble avoir eu un rôle déterminant dans l’élection du nouveau locataire de la « Maison blanche ») et de la radio Coast to Coast (6), médias tous deux spécialisés dans la « théorie du complot », avec les services de renseignement. Les services de renseignement, pour discréditer la « théorie du complot », inondent Internet de « théories du complot » à dormir debout.
Tout « théoricien du complot » qui adhère à et promeut l’idéologie des droits de l’homme, c’est-à-dire le même ensemble de dogmes que celui qui est au fondement du soi-disant « Nouvel Ordre Mondial » contre lequel il prétend se battre, doit être tenu pour suspect. Non pas que l’ISGP soit immunisé contre certains des préjugés et certaines des naïvetés qui résultent de l’individualisme anarchique et égoïste qu’engendre l’égalitarisme : par exemple, l’ISGP critique un auteur pour avoir affirmé que la « sûreté nationale » passe avant les « libertés individuelles » et s’inquiète du caractère « non démocratique » des mises sur écoute téléphonique de personnalités par l’un des services de la « sûreté nationale », qui plus est sans se rendre compte que, dans les deux cas, le problème est faussé par le fait que la « sûreté » n’a de « nationale » que le nom, étant sous les ordres d’un exécutif à la solde d’intérêts trans- et, sans doute faudrait-il dire, infra-nationaux.
Dans son opposition claire et nette au complot immigrationniste, l’ISGP n’est pas sans donner dans les pièges dans lesquels tombe souvent ce qu’il appelle l’« extrême droite », en ne faisant valoir que des arguments socio-culturels et religieux, à l’exclusion et au mépris des considérations raciales. Avant même de se poser la question de savoir si et dans quelle mesure l’« intégration » est possible, il faudrait se demander si elle est désirable – pour les autochtones. Du rapport de 2003 intitulé « Le Contrat et l’Intégration » il ressort que l’intégration « est ce processus spécifique par lequel il s’agit de susciter une participation active à la société nationale d’éléments variés, tout en acceptant la subsistance de spécificités culturelles, sociales et morales… » et qu’une personne (7) est considérée comme « intégrée » sur la base de critères essentiellement civiques, sociaux, économiques et linguistiques. Dans cette optique, la pseudo-éducation pseudo-nationale est chargée d’apprendre plus ou moins la langue française et les « valeurs de la République » à l’immigré extra-européen, un tas d’organismes, d’assurer sa formation professionnelle, une nébuleuse d’associations, sa promotion sociale et le tour est joué : le voilà « intégré ». D’autres, dans leur inconséquence, exigent plus : qu’il adopte la culture française, les mœurs françaises, bref qu’il devienne français. Ils exigent ainsi l’impossible, n’hésitant pas à reprendre en cœur ce slogan imbécile d’un immigrationniste forcené : « La France, tu l’aimes ou la quittes. » Moins courant, du moins en France, est l’argument de l’ISGP selon lequel les immigrés extra-européens représentent une menace pour la culture européenne parce qu’ils manquent de « sophistication culturelle » ; moins courant, mais tout aussi contourné que le raisonnement de ceux qui exigent l’impossible, car c’est précisément en grande partie à cause de leur « sophistication culturelle » et donc de leur amollissement que les peuples européens se trouvent aujourd’hui incapables de se défendre contre le danger mortel qui les menace de l’intérieur. Enfin, en considérant la dénatalité des populations européennes blanches comme un problème, ce que, pour des raisons qu’il n’y a pas lieu de présenter ici, elle n’est pas dans tous les cas, tant qu’elle n’a pas dépassé certaines limites, l’ISGP n’admet-il pas tacitement, fût-ce à contrecœur et même la mort dans l’âme, la thèse absurde des fossoyeurs nécromants des peuples européens, selon laquelle la baisse de la natalité (sous-entendu : des blancs) ne peut être compensée que par l’importation massive de populations originaires des pays du tiers-monde ? En réalité, qui dit « intégration » d’éléments étrangers dans une communauté nationale dit désintégration de cette communauté nationale et c’est là la raison fondamentale et essentielle pour laquelle toute « intégration » est indésirable et doit être exclue.
Cela étant dit, l’ISGP est parfaitement conscient que ce qu’il appelle l’« élite politique » mondialiste, qu’elle soit « libérale » ou « conservatrice », est derrière l’invasion des pays d’Europe de l’Ouest par les populations du Maghreb, de l’Afrique noire, du Proche- et du Moyen-Orient et, depuis peu, – les mondialistes sont toujours en quête de nouveaux produits – des « républiques » musulmanes de la Russie ; parfaitement conscient aussi que ce sont les ONG, dont les fils en or remontent tous aux tapées de fondations de philanthropes milliardaires comme Sörös et les Rockefeller, qui sont chargées de la logistique ainsi que, dans les « pays d’accueil », de l’incessante campagne de propagande publicitaire en faveur de l’« accueil » des populations susdites. Pour arriver à leurs fins, il est inutile de dire que ces milliardaires philanthropes sont prêts à tout, y compris à tuer, du moins, car il est tout aussi évident qu’ils ne se salissent pas les mains, à faire, ou à laisser, tuer, y compris les leurs. N’oublions pas que le « petit monde » auquel ils appartiennent est celui de la délinquance légale, en smoking, mais aussi en tailleur.
Wilhelmus Simon Petrus Fortuijn est né le 19 février 1948 à Driehuis, dans le nord des Pays-Bas, dans une famille catholique conservatrice de la classe moyenne. Au sortir du lycée, en 1967, il a suivi des études de sociologie à l’Université libre d’Amsterdam, où il est devenu membre de l’association estudiantine Thomas d’Aquin, puis, en 1972, du syndicat estudiantin socialiste SRVU, dont il a vite compté parmi les militants les plus actifs (8) ; la même année, il a voulu adhérer au CPN, le parti communiste néerlandais ; sa demande d’adhésion ayant été rejetée, il a rejoint le parti socialiste (PvdA) (9). D’après ses anciens camarades de l’époque, il n’était jamais à court d’argent, menait grand train, faisait déjà preuve d’une certaine excentricité, étalait son homosexualité. Quelques années plus tard, il a obtenu un poste de chargé de cours au département de sociologie de l’Université de Groningue, connu pour ses fortes sympathies envers le marxisme. Fortyun lui-même était connu pour être marxiste. Il enseignait la sociologie marxiste (10). En 1974, Fortuyn a rencontré Wilfried Uitterhoeve, co-fondateur de la Socialistische Uitgeverij Nijmegen (SUN), qui deviendra plus tard son ami. Il se rappelle de Fortuyn comme d’une personne qui « vivait et s’habillait magnifiquement » et faisait partie « de cercles alternatifs pleins de drôles d’oiseaux » (11). En 1980, Fortutyn a obtenu son doctorat, avec une thèse intitulée « Sociaal-economisch politiek in Nederland, 1945-1949 », une étude de la politique socio-économique du gouvernement néerlandais de l’immédiat après-guerre. D’après un ancien camarade de Fortuyn, Ton Kee, aujourd’hui directeur de la faculté de médecine de l’Université de Groningue, Fortuyn était « un opportuniste […] C’était son plus grand talent. Après avoir débuté sa carrière d’étudiant dans un mouvement catholique, il a rejoint le mouvement estudiantin, parce qu’il a remarqué que les idées de gauche étaient dans l’air […] Il a toujours recherché des sujets controversés, pour les aborder d’un point de vue complètement différent de celui auquel étaient habitués la plupart des gens. La seule continuité [dans sa vie] a été la recherche de l’attention et du pouvoir, le contenu y était subordonné ». Quoi qu’il en soit, « Fortuyn et ses amis radicaux voulaient rompre avec la théorie bourgeoise et répandre les idées de Lénine et de Marx aussi largement que possible » (12) ; et, s’il faut en croire la BBC (13), un portrait de Lénine et un autre de Marx trônaient dans sa cuisine.
Bien qu’il soit resté en poste à l’Université de Groningue jusqu’en 1989, il a commencé à exercer des fonctions administratives à l’Université puis en dehors de l’Université dès les années 1970. A la fin des années 1990, il a travaillé comme conseiller dans diverses organisations publiques ou semi-publiques néerlandaises. De 1990 à 1996, il a été attaché comme professeur extraordinaire en sciences politiques à l’Université de Rotterdam, où il a obtenu le surnom de « professeur Pim ». Toujours dans les années 1990, il s’est fait connaître comme journaliste et commentateur politique. Éditorialiste de l’hebdomadaire conservateur néerlandais Elsevier de 1992 à 2000, ses articles provocateurs ont souvent déclenché des débats publics. Ses livres aussi. De 1994 à 2001, Fortuyn en a publié pas moins de dix, qui présentaient tous des idées révisionnistes sur des sujets sensibles.
« Aan het Volk van Nederland » (« Au peuple des Pays-Bas ») est un pamphlet qui fut distribué dans la nuit du 25 au 26 septembre 1781 dans toutes les grandes villes de la République des Pays-Bas et dont on apprit cent ans plus tard qu’il avait été écrit pat Joan Derk van der Capellen tot den Pol (1741-1784). Il affirmait que l’ensemble du système politique, dominé par la dynastie des Orange, était corrompu et devait être renversé en faveur d’une république démocratique. Le pamphlet devint le credo des Patriotten, groupe composé de membres de la noblesse « éclairée » et de la bourgeoisie libérale ainsi que d’artisans et de commerçants qui, influencés par les idées de Jean Jacques Rousseau sur la souveraineté populaire et la volonté générale, voulaient mettre fin à l’absolutisme du Stadholder William V. En 1992, Fortuyn, s’inscrivant dans la tradition des patriotten, a publié, sous le même titre, une brochure dirigée contre la pseudo-élite politique des Pays-Bas. Plus tard, il a présenté ses idées politiques dans « Beklemmend Nederland » (« Les Pays-Bas en pleine déprime ») (A.W. Bruna, 1995) et surtotu dans « Tegen de islamisering van onze cultuur: Nederlandse identiteit als fundament » (« Contre l’Islamisation de notre culture ») (A.W. Bruna, 1997).
Fortuyn avait exprimé son ambition de faire de la politique dès le début des années 1990 (14) et c’est ainsi que, en novembre 2001, il a pris la tête du petit parti Leefbaer Nederland (Des Pays-Bas Vivables), décrit comme « radical ». Il en faut très peu aujourd’hui pour qu’un parti soit qualifié de « radical ». Le cheval de bataille de Fortuyn était l’immigration. Exprimée dans « Tegen de islamisering van onze cultuur » et dans les éditoriaux qu’il publiait dans Elsevier, sa position sur l’immigration extra-européenne consistait en trois points : 1. de nombreux immigrés ne s’intègrent pas correctement à la société néerlandaise ; 2. il faut donc restreindre autant que possible l’immigration ; 3. il faut célébrer les valeurs néerlandaises et exiger des nouveaux arrivants qu’ils assimilent ces valeurs (15). Outre les valeurs traditionnelles néerlandaises, comme l’économie, la modération, l’autodiscipline et la propreté, il y en avait cinq, qui sont détaillées en particulier dans son plaidoyer en faveur d’Israël, 50 Jaar Israel, Hoe Lang Nog ? tegen het tolereren van fundamentalisme (« 50 ans d’Israël, Combien de temps encore ? Contre la tolérance du fondamentalisme ») (A.W. Bruna, 1998) : la liberté d’expression, l’initiative individuelle et la liberté d’entreprise, fondement de l’économie de marché, les droits de l’homme universels, l’égalité entre hommes et femmes et la responsabilité individuelle, auxquelles viennent s’ajouter le respect de la séparation de l’Église et de l’État, le respect de la démocratie parlementaire et le respect de la séparation du pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, pour constituer, toujours d’après Fortuyn, le socle de la « modernité », c’est-à-dire le produit de la sécularisation du christianisme et du judaïsme (16).
Comment se fait-il, se demandent les observateurs sérieux, qu’un politicien qui adhère aussi scrupuleusement aux dogmes du libéralisme, allant jusqu’à soutenir les lois permissives de son pays sur la drogue et sur la prostitution (lois votées par l’establishment contre lequel il prétendait se battre), jusqu’à se féliciter de la légalisation du mariage homosexuel (voulu par ce même establishment) et qui, de surcroît, étale dans son autobiographie, « Babyboomers: autobiografie van een generatie », ses nombreuses aventures homosexuelles (17), ait pu en arriver à être catalogué d’« extrême droite », de « fasciste », comparé à Mussolini et à Hitler par la presse néerlandaise (18), avant même de l’être encore à Hitler par son assassin au cours de son procès ? Certainement pas à cause de son opposition à l’immigration extra-européenne.
Aux Pays-Bas, les critiques que formulait Fortuyn contre l’immigration extra-européenne n’avaient rien de particulièrement originales, ni même de scandaleuses. En déclarant, dans un éditorial d’Elsevier du 8 octobre 1994, que « Nederland is vol » (19), Fortuyn n’avait fait que répéter ce que la reine Juliana avait déjà dit dans son discours au Trône en 1948 et avait elle-même répété en 1979, avant d’être reprise par le Premier ministre Jelle Zijlstra. Cette opinion est alors partagée par de nombreux « experts », néerlandais ou étrangers (20), même si aucun d’entre eux, pas plus que la reine et le Premier ministre, n’avaient dénoncé nommément les immigrés d’origine extra-européenne.
Dans les années 1990, le dirigeant du parti libéral néerlandais (VVD), Frits Bolkestein, avait été le premier à dénoncer les effets négatifs de l’immigration sur la société, la culture et l’économie du pays et à réclamer que les immigrés d’origine extra-européenne s’assimilent à la société néerlandaise au lieu de préserver leur identité ; ses successeurs avaient adopté la même ligne en la matière (21), préconisant une « immigration zéro » (22). Le PAARS, coalition formée du PvdA, du D66 et du VVD, au pouvoir de 1994 à 2002, avait voulu rendre l’immigration extra-européenne plus difficile par toute une série de mesures ; par exemple, il avait été posé que les immigrés d’origine extra-européenne n’auraient pas droit d’office à la sécurité sociale, mais devraient le « mériter » (23) ; une loi votée en 1998 avait interdit aux immigrants illégaux l’accès aux services sociaux (24) ; la loi sur les étrangers élaborée par les scribes de Job Cohen, secrétaire d’État à la Justice dans le second cabinet (1998-2002) du travailliste Wim Kok, avait prévu que les demandeurs d’asile qui avaient épuisé tous les recours légaux soient expulsés « plus rapidement » (ce qui suggérait faussement qu’ils étaient déjà expulsé « rapidement »). En 2000, le journaliste, éditeur et membre du PvdA Paul Scheffer avait publié dans un grand journal néerlandais (25) un article intitulé « Het multiculturele drama » (« Le désastre multiculturel »), qui disait tout haut ce que beaucoup de Néerlandais pensaient tout bas sur l’immigration extra-européenne ; comme Fortuyn, il avait accusé l’establishment néerlandais d’avoir développé un relativisme culturel qui l’avait rendu indifférent à l’égard de l’identité néerlandaise et risquait de détruire la culture nationale ; Fortuyn allait plus loin, sacrifiant à la rituelle reductio a hitlerum dont il était lui-même victime, pour comparer les conséquences du relativisme culturel qui régnait dans l’ensemble du monde occidental à celles du défaitisme qui aurait mené la France et la Grande-Bretagne à signer les accords de Munich (26). Scheffer avait lancé une mode. Elle a fait fureur au tout début des années 2010. En octobre 2010, la Kanzlerin, devant un parterre de sympathisants, déclarait, avec son air de concierge qui a perdu ses clés : « Le multiculturalisme est un échec, un échec absolu » ; trois mois plus tard, à peine nommé à Downing Street, le Prime Minister reprenait le même couplet lors de son premier discours officiel, imité, dans le Figaro du 10 février 2011, par le locataire de l’Elysée. Bovinement, l’ensemble des commentateurs de la presse nationaliste européenne applaudissait. C’était là l’effet escompté – l’un des effets escomptés. De manière similaire, les prises de position répétées de l’establishment, qu’il soit néerlandais ou autre, contre l’immigration extra-européenne ne sont que des mots ; les lois qu’il peut lui arriver d’élaborer et de voter sur l’immigration restent toutes lettre morte ; elles ne sont qu’un leurre, un stratagème destiné à endormir ceux qui sont opposés à cette invasion et à gagner du temps, jusqu’à ce que les peuples blancs soient complètement et définitivement submergés par les races de couleur.
« Nederland is vol », avait donc déclaré Fortuyn dans les années 1990. « Je ne dirais pas, s’était-il repris lors de son discours d’investiture à la présidence du « radical » LN en 2001, que les Pays-Bas sont pleins, mais très occupés. À mon avis, même un peu trop occupés » (27).
Entendait-il y faire de la place, en en expulsant les immigrés d’origine extra-européenne ? Nullement, pas même les illégaux et les criminels, contrairement à Wilders aujourd’hui. « Tous ceux qui sont ici resteront ici, a-t-il martelé, dans une interview à Volkskrant en 2002, ce sont nos bad boys marocains. On ne peut pas les larguer sur le roi Hassan. Ils resteront et ce sera à nous de régler le problème » (28), c’est-à-dire de faire en sorte qu’ils « s’intègrent ». Pour ce faire, il proposait, dans le droit fil du programme d’assistanat généralisé de la social-démocratie, d’accroître les dépenses de l’État-providence néerlandais en matière de santé, de logement et d’éducation (29). La politique anti-immigrationiste de Fortuyn était par conséquent bien moins rose que n’ont pu et que ne peuvent encore s’imaginer ceux qui, dans les autres pays européens, observaient sa fulgurante ascension avec l’espoir de voir surgir chez eux un politicien nationaliste aussi charismatique et populaire que lui. Dans le fond, être, comme Fortuyn, pour l’« intégration » est aussi extrémiste et criminel qu’être, comme son assassin, en faveur de l’« immigration ».
Fortuyn était cependant encore trop « radical » pour le LN. Il devait en être exclu en février 2002 à la suite d’une interview au cours de laquelle il avait déclaré que l’islam était une « culture arriérée » et avait appelé à la suppression de l’« absurde » premier article de la constitution des Pays-Bas (« Tous ceux qui se trouvent aux Pays-Bas sont, dans des cas égaux, traités de façon égale. Nulle discrimination n’est permise, qu’elle se fonde sur la religion, les convictions, les opinions politiques, la race, le sexe ou tout autre motif »). Le lendemain de son exclusion de LN, Fortuyn fondait le List Pim Fortuyn (LPF). Et, sur la foi des sondages, qui lui étaient de plus en plus favorables, il pouvait lancer aux journalistes qui l’attendaient à la sortie d’un meeting le 9 février : « Je serai le prochain Premier ministre des Pays-Bas. » (30). Il était assassiné le 6 mai.
Ce qui a valu à Fortuyn d’être diabolisé par l’establishment, on l’aura maintenant compris, ce n’est pas son opposition à l’immigration extra-européenne tout court, c’est, sur le fond, sa lutte contre l’immigration en provenance des pays musulmans et, sur la forme, la verdeur de ses critiques à l’égard de l’islam et des musulmans, verdeur qui, d’un autre côté, a contribué pour beaucoup à le rendre très populaire auprès d’une grande partie des Néerlandais. Son allergie à l’islam et aux musulmans semble avoir été due pour une grande part aux insultes qu’il avait essuyées et aux agressions dont avaient été victimes certains de ses amis homosexuels de la part de musulmans et, en particulier, de jeunes Marocains (31) ; quant aux Indonésiens, dont des centaines de milliers, pour la plupart musulmans, s’étaient installés aux Pays-Bas dans les années 1950, ils échappaient aux foudres de Fortuyn : il faut croire qu’ils s’étaient parfaitement « intégrés » à la société néerlandaise. Par ailleurs, mettre sur le devant de la scène des figures d’« extrême droite » est essentiel à la pérennité de l’establishment, qui doit faire croire au public qu’il existe toujours une opposition véritable et objective à sa politique extrémiste : comme il n’y a plus de figures d’« extrême droite », il charge les médias d’en créer de temps à autre, ce qu’ils n’ont manifestement aucun mal à faire, même si la matière première est constituée par un politicien libéral de formation marxiste.
Pour le dixième anniversaire de son assassinat, une place de Rotterdam a été rebaptisée Fortuynsplaats et, pas rancunier, le maire social-démocrate de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb qui avait déclaré en 2009 que Fortuyn était « un partisan des principes démocratiques » (32), a fait un discours au cours de la cérémonie. Le LPF avait été dissout quatre ans plus tôt, en raison de graves conflits internes et de l’absence d’un véritable leader. Nommé successeur de Fortuyn après les élections législatives de 2002, auxquelles le parti était arrivé en seconde position, Mat Herben (1952-?), président de la loge Via Lucis de 1993 à 1997 et membre de la première heure du LPF, est soupçonné d’avoir été un lobbyiste du ministère de la Défense néerlandais, qui l’aurait chargé d’infiltrer le LPF pour faire revenir Fortuyn sur son refus de laisser les Pays-Bas s’engager dans le programme Joint Strike Fighter (JSF) du Département de la Défense des États-Unis, s’il devenait Premier ministre (33). Certains estiment même que ce serait là un des motifs de l’assassinat de Fortuyn.
Quelques remarques d’ordres divers s’imposent au sujet de l’article de l’ISGP, qui présente des redites lourdes et pénibles, des digressions inutiles et des défauts de composition, dont la nature laisse penser qu’il a été écrit d’une seule traite et n’a pas été relu avant publication. Les redites et les digressions ont été éliminées autant que possible et, s’agissant des informations concernant un même protagoniste qui ont été éparpillées sans raison dans le texte, nous les avons regroupées dans un même paragraphe. C’est là ce qui explique que, dans deux endroits, les notes ne se suivent pas exactement (par exemple, la note [85] suit la [92] – il va sans dire que la note [85] renvoie bien à la note [85] à https://isgp-studies.com/pim-fortuyn-assassination=). Nous aurions changé leur numérotation, si nous avions jugé nécessaire de les figurer traduites sous le texte. Nous avons cependant décidé de ne rien en faire, car, nonobstant leur importance, puisque, qu’il s‘agisse de liens vers des sites Internet ou de citations extraites de sites Internet ou de journaux, elles forment pour une grande part les sources sur lesquelles l’ISGP se fonde pour atteindre ses trois objectifs, qui sont exposés dans l’introduction, ces trois objectifs ne sont pas exactement ceux qui nous ont déterminé à publier son enquête. Les nôtres sont de montrer que Fortuyn, contrairement à l’image d’outsider et de politicien « anti-système » qu’ont complaisamment donnée de lui les médias et qu’ont absorbée, sans esprit critique et faute d’enquêter eux-mêmes sur le personnage, tous les nationalistes européens, n’était pas étranger à l’establishment et œuvrait, à sa manière, quoique sans doute inconsciemment, pour l’establishment, de faire comprendre une fois pour toutes que seuls ceux dont le discours a reçu l’agrément de l’establishment, aussi opposé qu’il puisse apparaître au projet de l’establishment, sont autorisés à avoir durablement accès aux médias, dominants ou « alternatifs » et, d‘autre part et pour employer une expression qu’affectionnent ceux qui mettent en scène le jeu politique, de braquer les projecteurs sur les ONG en tant qu’instrument privilégié de la « superclasse » ; bien que, dans les pays démocratiques dits « occidentaux », l’« Etat » ait été le principal propagateur de l’idéologie des droits de l’homme tout au long du XIXe et du XXe siècle, l’État inspire de la méfiance aux masses et d’ailleurs, dans le rapport qu’il établit tous les quatre ans à la suite d’un « examen périodique universel », le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU ne dénonce-t-il pas de multiples violations des droits de l’homme dans tous les pays d’Europe de l’Ouest ? A l’inverse, qui se méfierait d’une organisation caritative ? Sous couvert de charité – la charité est presque par définition une couverture -, l’ONG peut ainsi se dévouer en toute impunité et en toute discrétion à la fonction pour laquelle elle a été créée : l’élaboration de complots ; non pas la subversion – loin de viser à renverser les institutions, l’ordre établi, l’ONG a pour but de les renforcer, ne serait-ce qu’en jouant le rôle d’une fausse opposition -, mais bien la mise au point et l’accomplissement de projets secrets. Le complot est une nécessité interne à la démocratie. La démocratie, c’est le complot permanent.
Nous n’avons pas non plus jugé utile de publier les annexes à l’article. L’annexe A contient la liste des fondateurs et des dirigeants de la Société Républicaine, l’annexe B, la liste de ses membres les plus notables, l’annexe C, celle de ceux qui en étaient toujours membres en 2016. Quant à l’annexe D, qui concerne Mat Herben et le programme Joint Strike Fighter, nous en avons résumé le contenu un peu plus haut.

1. Introduction
Partie 1 : La Société Républicaine : Fausse opposition à la maison royale et au Bilderberg ?

2. Histoire de la Société Républicaine: ses liens avec le Bilderberg et le 1001 Club
3. L’ISGP était entouré de membres de la Société Républicaine, sans s’en apercevoir
4. Une sorte de John Birch Society néerlandaise ?
5. La Nouvelle Société Républicaine : des liens avec l’establishment libéral ?

Partie 2 : Vérité et mensonges sur l’assassinat de Fortuyn (et sur l’Irak)
6. La mort de Pim Fortuyn et Theo van Gogh, membres de la Société Républicaine
7. Tomas Ross, membre de Société Républicaine, répand de fausses informations sur le meurtre de Fortuyn
8. Ross, le néo-con
9. Si Ross a menti à propos d’un second tireur, Ine Veen aussi
10. Les faits établis : retard de l’ambulance, porte défectueuse et arrestation rapide
11. L’ancien chauffeur de Fortuyn soupçonne une conspiration de l’establishment
12. Le téléphone de l’assassin de Fortuyn sur écoute
13. La sûreté nationale avait infiltré la cellule terroriste du meurtrier de van Gogh
14. Fortuyn espionné par le renseignement néerlandais, des informations sensibles ont été divulguées
15. L’avocat de Fortuyn, Oscar Hammerstein, lié à la manipulation étatique

Partie 3 : Qui a tué Fortuyn ?
16. Le tueur de Fortuyn financé par le réseau d’ONG des Rockefeller et des Orange
17. Les avocats de l’assassin de Fortuyn liés à la superclasse (Rockefeller-Sörös) ET à la Société Républicaine

Partie 4 : Résumé et conclusions
18. Résumé et conclusions sur l’assassinat de Fortuyn

1. Introduction

En 2012, je me suis penché sur l’assassinat de Pim Fortuyn en 2002, essentiellement pour évaluer l’affirmation largement relayée par les médias selon laquelle un second tireur y était impliqué. Cette information s’est avérée être tout aussi fallacieuse que les théories selon lesquelles un missile ou un petit avion se serait écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001. A l’époque, j’avais publié un article sur la question. Je le republie aujourd’hui, dans une version considérablement élargie. Son objectif est triple :
1. Explorer les liens et les activités des membres de la Republikeins Genootschap (Société Républicaine), en particulier ceux qui, dans le mouvement contestataire, sont liés à l’assassinat de Pim Fortuyn.
2. Lutter contre la fausse information selon laquelle il y aurait eu un second tireur dans l’affaire Fortuyn.
3. Expliquer comment le mouvement environnemental dont est issu le tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf, est dominé par un réseau très dense de richissimes ONG, créatures de la classe dominante supranationale et vitrines de l’ « aile libérale de la CIA ».

Partie 1 : La Société Républicaine : Fausse opposition à la maison royale et au Bilderberg ?

2. Histoire de la Société Républicaine : ses liens avec le Bildeberg et le 1001 Club

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La Republikeins Genootschap a été fondée le 11 septembre 1996, [1] dans le but de lancer un débat public sur les avantages et les inconvénients de la monarchie parlementaire actuelle et sur l’opportunité d’adopter à la place le modèle politique républicain. La question se pose évidemment, mais, dans les années 90, c’était encore un énorme tabou, du moins dans les milieu dirigeants. Les principaux politiciens et les principaux journaux du pays accusaient tous sévèrement et surtout de manière irrationnelle les fondateurs de la Société Républicaine d’être un groupe d’ivrognes subversifs. [2] La télévision a diffusé plusieurs reportages en quelques semaines sur la Société et a quasiment cessé d’en parler ensuite.
La biographie des quatorze co-fondateurs [ 3 ] de la Société Républicaine fait apparaître qu’elle est essentiellement une collaboration entre, d’une part, les hauts dirigeants des banques RABO, ABN-AMRO, Mees Pierson et Royal Dutch Shell et, d’autre part, les rédacteurs en chef du journal NRC Handelsblad et ceux des magazines De Groene Amsterdammer, Vrij Nederland et Elsevier. Les trois premiers de ces médias sont considérés comme étant relativement libéraux et de gauche. Elsevier passe pour conservateur. La polarisation entre les libéraux et les conservateurs n’est pas aussi accentuée aux Pays-Bas qu’elle l’est qu’aux États-Unis.
La collaboration entre ces deux éléments est parfaitement logique. Les banquiers fournissent des fonds et ont accès aux plus hauts niveaux de la société, tandis que les médias façonnent l’opinion publique, même si, dans le cas des Pays-Bas, leur influence est modérée.
En 2016, vingt ans après la fondation de la Société Républicaine, peut-on dire qu’elle a été récompensée de ses efforts ? Il ne semble pas, car la maison royale d’Orange est toujours là et la plupart des gens ne connaissent même pas l’existence de la Société Républicaine. Le nouveau roi Alexandre et sa femme Maxima sont très appréciés par la population et, tant que cela continuera, il est peu probable que le public fasse pression pour que la monarchie soit abolie. Il est vrai que le grand-père d’Alexandre, le prince Bernhard, connu pour ses magouilles, a toujours été soupçonné d’être un opportuniste et que, de tous les membres de la maison royale, il était celui qui traînait le plus de casseroles, principalement à cause de son implication dans l’affaire Lockheed. En même temps, il est reconnu que les liens qu’il avait tissés avec les Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’il avait conservés ensuite ont vraiment bénéficié à l’économie néerlandaise. La plupart des Néerlandais voient Bernhard comme une personne qui a des opinions relativement libérales, le sens de la justice sociale et qui participe activement au mouvement environnemental et ils l’apprécient beaucoup pour cela. En outre, la Fête du roi, ou Fête de la reine, est un jour férié. La famille royale devra donc être secouée par bien d’autres scandales avant que les Néerlandais songent à remettre en cause la monarchie.
Cela ne signifie pas que la Société Républicaine n’ait aucune importance. Il y a quelques questions à poser sur ses membres et c’est exactement ce que nous allons faire dans cet article.

3. L’ISGP était entouré de membres de la Société Républicaine, sans s’en apercevoir

Heureusement, il n’est pas difficile de savoir qui sont les membres de la Société Républicaine. Leurs noms figurent sur leur site Internet, http://www.republikeinsgenootschap.nl, depuis le début des années 2000. Certains d’entre eux se démarquent immédiatement, car ils sont à peu près les seuls auteurs et militants de renom à avoir écrit des articles et soutenu des travaux critiques sur le Bilderberg et le prince Bernhard. Il s’agit notamment de Gerard Aalders (membre), Rene Zwaap du Groene Amsterdammer (membre) et Philip Droge (le site promeut son travail, mais il n’y est pas répertorié comme membre).
Aalders est chercheur à l’Institut néerlandais de documentation sur la guerre (Instituut voor Oorlogsdocumentatie), dont le directeur, Hans Blom, est aussi membre de la Société Républicaine.
Zwaap est journaliste au Groene Amsterdammer, dont les cadres sont fortement représentés dans la Société Républicaine.
Droge a écrit divers livres percutants sur la vie du prince Bernhard et d’autres membres de la famille royale, au point qu’il peut être considéré comme l’un des principaux auteurs conspirationnistes néerlandais.
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Fait intéressant, ces trois hommes – Aalders, Zwaap et Droge – sont à peu près les seules sources disponibles sur le 1001 Club, dont l’ISGP a été le premier à publier la liste des membres. Cependant, contrairement à l’ISGP, ces auteurs ne sont jamais allés jusqu’au bout de leurs enquêtes, se contenant d’aguicher le lecteur par la publications d’informations sensationnelles.
Quant à mes « relations » avec ces hommes, j’ai demandé une fois à Zwaap la liste des membres du 1001 Club, mais je ne l’ai jamais reçue. Cette histoire est en fait assez hilarante. Je venais d’entamer des recherches sur la théorie de la conspiration et d’ailleurs je n’avais même jamais encore fait de recherche. J’ai informé Zwaap que j’avais une liste des membres de la Pilgrims Society et je lui ai demandé s’il voulait l’échanger contre une liste des membres du 1001 Club. Il a accepté et je lui ai envoyé ma liste. Seul problème : je n’avais pas de photocopies à l’époque. Je n’avais qu’une compilation de noms, que je tenais des plusieurs sources individuelles différentes, dont le si « fiable » Fritz Springmeier (il s’est cependant avéré que la plupart des noms qu’il m’a donnés étaient bien ceux de membres de la Pilgrims Society). C’est la première et la dernière fois que j’ai été contact avec Zwaap. Plus tard, j’ai acquis des photocopies de la liste des membres du 1001 Club et de la Pilgrims Society. Six mois après la publication des photocopies de cette liste, Gerard Aalders l’a mentionnée au journal télévisé et c’est ainsi que le grand public a entendu parler pour la toute première fois de la Société Républicaine. Inutile de dire que, plus tard, j’ai été assez surpris de voir que Zwaap et Aalders étaient membres de ce groupe plutôt élitiste.
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Une autre surprise pour moi a été de constater que Harry van Bommel du Parti socialiste en faisait également partie. Fin 2010, un expert en politique étrangère d’un sénateur du Parti socialiste m’a appris que van Bommel était le SEUL membre du parlement néerlandais qui osait poser des questions sur le Bilderberg [4] – et van Bommel se trouve aussi être, non seulement, donc, membre de la Société Républicaine, mais aussi un agitateur pro-palestinien, un travail de premier ordre pour un agent de l’ « aile libérale CIA ». Sur la base de ce dernier fait, il fallait s’attendre à ce que van Bommel ait travaillé avec Gretta Duisenberg, la plus célèbre activiste du lobby pro-palestinien et anti-israélien aux Pays-Bas. De fait, il a organisé avec elle au moins une grande manifestation pro-palestinienne contre Israël. Dans la foulée, ils ont été tous deux poursuivis sans succès par le plus célèbre avocat des Pays-Bas, Bram Moszkowicz [5], Juif dont la famille défend depuis des décennies les plus grands criminels néerlandais, dont certains ont des liens avec les Orange. En 2014, l’ISGP a publié un article sur l’affaire Demmink où il est question de Moszkowicz et des affaires de conspiration auxquelles il est mêlé – et dont chacune ressemble à un scénario fait pour être joué dans la minuscule bulle où vit la classe dirigeante. Le procès intenté par Moszkowicz contre van Bommel et Duisenberg en est un autre exemple.
Comme prévu, Duisenberg elle-même a un curieux passé. À la fin des années 1970, elle a intégré le Transnational Institute (TNI), où elle a travaillé en étroite collaboration avec le lanceur d’alerte de la CIA et fondateur du magazine CounterSpy, Philip Agee. [6] Fait intéressant, qui a été mentionné dans l’article de l’ISGP sur « L’aile libérale de la CIA », TNI (ainsi que CounterSpy) était une branche de l’Institute for Policy Studies (IPS), groupe d’activistes socialistes fondé par des employés du gouvernement des Etats-Unis en désaccord avec le conseiller auprès de la Maison Blanche John McCloy (1895-1989) et le conseiller à la sécurité nationale McGeorge Bundy (1919-1996), deux dirigeants bien connus de la Fondation Ford, qui étaient également des hommes de Rockefeller. McCloy a aussi été un des membres éminents de la Pilgrims Society. À ce jour, l’IPS a reçu des millions de dollars des fondations rockfelleriennes, fordiennes, macarthuriennes et sörösiennes de l’Eastern Establishment (*) dirigées en sous-main par l’« aile libéral de la CIA ». Le groupe gère également l’encyclopédie en ligne anti-conservatrice Rightweb-irc-online.org, qui publie des informations sur les néoconservateurs et leurs think-tanks préférés. Après avoir flirté avec le TNI et Agee – qui a fini par être expulsé des Pays-Bas -, elle a eu une brève relation avec Hans van Mierlo, ministre de la Défense et invité à la conférence de Bilderberg en 1982 [7], avant de passer à Wim Duisenberg. Wim Duisenberg a occupé les fonctions suivantes :
– membre du personnel du FMI à Washington (1966-1969) ;
– membre du conseil de surveillance de Royal Dutch Airlines (KLM) depuis 1979. Il l’est donc devenu peu de temps après que le prince Bernhard a été contraint d’en démissionner à cause de son implication dans l’affaire Lockheed ;
– vice-président de la banque RABO (1979-1981) ;
– directeur de la banque des règlements internationaux (1988-1990 et 1994 -1997) ;
– président de la Banque centrale néerlandaise (1982-1997) ;
– premier président de la Banque centrale européenne (1998-2003) ;
– membre du conseil de surveillance de la banque RABO (2003-2005). [8]
Si l’on ne peut pas dire que Wim Duisenberg ait franchement milité pour la cause palestinienne, la monarchie néerlandaise et l’establishment qui l’entoure ont toujours eu, comme l’Eastern Establishment, un parti pris pour les Palestiniens. Cela est très probablement dû pour une large part aux intérêts pétroliers de l’establishment néerlandais, propriétaire de Shell et de diverses sociétés pétrolières en activité dans l’immense port de Rotterdam. Un des exemples les plus clairs du soutien de la superclasse à la cause palestinienne est The Rights Forum, ONG néerlandaise dont nous aurons à reparler plus bas. Un grand nombre de politiciens néerlandais à la retraite siègent dans son conseil d’administration. [9]
Mes recherches m’ont amené à examiner le cas d’autres membres de la Société Républicaine : Willem Oltmans, Pamela Hemelrijk, Britta Bohler et Thomas Ross.
Dans les années 1970, Oltmans s’est intéressé à l’assassinat de Kennedy et a même fait venir aux Pays-Bas George de Mohrenschildt, géologue pétrolier d’origine russe qui avait été chargé par la CIA de manipuler Lee Harvey Oswald et qui avait des liens avec les principaux dirigeants de l’industrie pétrolière au Texas. C’est lui qui avait mis les Oswald en contact avec Michael Paine et sa femme Ruth, laquelle avait également été chargée de manipuler les Oswald. Les parents de Michael Paine faisaient partie d’un vaste réseau occulte de désinformation géré par la CIA et entretenaient également des liens étroits avec le directeur de la CIA, Allen Dulles, tout comme de Mohrenschildt et certains de ses amis de l’industrie pétrolière. Evidemment, de Mohrenschildt s’est suicidé quelques heures avant que l’enquêteur de l’HSCA, Gaeton Fonzi, ne l’interroge. Il n’a pas été le seul suspect de l’assassinat de Kennedy à mourir subitement à l’époque.
Longtemps journaliste et chroniqueuse à l’Algemeen Dagblad, Pamela Hemelrijk en a été licenciée à la suite de l’assassinat de Pim Fortuyn, pour s’être comportée de manière irrationnelle et s’être déchaînée dans les colonnes de ce grand journal néerlandais contre l’establishment politique et médiatique qui avait diabolisé Fortuyn. Pim Fortuyn, candidat politique quelque peu conservateur, était également membre de la Société Républicaine. Theo van Gogh, autre membre de la Société républicaine et allié politique de Fortuyn, a été l’un de ceux qui ont apporté leur soutien à Hemelrijk. [10] En 2009, peu avant sa disparition, Hemelrijk était secrétaire et trésorière de la Klokkenluiders Online Stichting (Fondation en ligne des lanceurs d’alerte), présidée et gérée par Micha Kat. [11]
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Kat est une vieille connaissance de l’ISGP. Il a apporté tout son soutien à l’article que l’ISGP a publié en 2007 sur l’affaire Dutroux ainsi qu’à la première version de l’article du même ISGP sur l’affaire Demmink. J’ai apprécié qu’il m’ait soutenu, même si j’ai toujours trouvé que le ton catégorique et accusatoire de son site Internet le dessert. Quelques années plus tard, j’ai découvert que Kat faisait partie d’un réseau de désinformation financé par des membres de l’establishment américano-néerlandais, dont Robert Rubinstein. Nous reviendrons plus bas sur ce personnage. Rien d’étonnant à ce que Theo van Gogh ait soutenu Kat et qu’il l’ait autorisé à faire campagne contre « l’establishment» sur son site Internet (De Gezonde Roker [Le fumeur en bonne santé]) de 2001 à 2004. [12]
Britta Böhler, deux ans après avoir rejoint la Société Républicaine [13], est devenue l’avocat de l’assassin de Pim Fortuyn, un environnementaliste radical du nom de Volkert van der Graaf. Pour pouvoir assurer sa défense, elle a été obligée de démissionner de son poste de présidente de Greenpeace Nederland, autre ONG financée par l’« aile libérale de la CIA ». Nous y reviendrons plus bas.
Quant à Tomas Ross, le plus célèbre auteur conspirationniste néerlandais, il a répandu de fausses informations sur l’affaire Pim Fortuyn avec le membre de la Société républicaine Theo van Gogh. [14]

4. Une sorte de John Birch Society néerlandaise ?

Étant donné que la Société Républicaine ne comprend qu’environ deux cents membres, n’est-il pas tout simplement incroyable de trouver de telles personnalités parmi eux ?
Nous sommes en présence d’un réseau d’auteurs conspirationnistes, d’activistes et même un candidat au poste de Premier ministre qui se sont tous alliés contre l’influence de la famille royale, influence qu’elle doit principalement à ses liens étroits avec le Bilderberg. Aux Pays-Bas, il semble que, en dehors de ce petit réseau, personne ne soit autorisé à faire publier des livres sur le sujet et que, en tout cas, personne n’ait droit de s’exprimer sur ce sujet dans les colonnes d’un grand journal ou magazine. En outre, ces auteurs et activistes ont tendance à ne pas traiter à fond les faits qu’ils mentionnent et parfois même répandent des informations manifestement fausses.
C’est ici que la Société Républicaine commence à devenir vraiment intéressante. Compte tenu du nombre de scandales dans lesquels sont impliqués, sinon les membres de la famille royale, du moins les relations qu’elle a dans l’establishment et apparemment dans le monde du crime organisé, il semble que des dommages catastrophiques pourraient leur être causés par un journalisme d’investigation incisif et une recherche historique sans complaisance. La Société Républicaine a les moyens de le faire et pourtant elle s’en est toujours abstenue.
La Société Républicaine rassemble un groupe d’anarchistes et de militants de gauche et de droite. À gauche, nous avons des communistes, des « socialistes pacifistes », des « provocateurs », des « radicaux », des fondateurs des Verts, d’anciens opposants à la guerre du Vietnam, d’anciens militants anti-apartheid, des théoriciens de la conspiration, des féministes et même un ancien maoïste. qui est devenu un défenseur virulent des droits des pédophiles. Autant dire que les Orange et le Bilderberg n’ont qu’à bien de tenir.
A droite, il n’y a pas grand monde, d’autant que, des trois principaux néo-conservateurs de la Société – Pim Fortuyn, Theo van Gogh et Tomas Ross -, les deux premiers ont été tués au cours de la période 2002-2004. Restent les éditeurs d’Elsevier, probablement le magazine politique le plus à droite aux Pays-Bas (le cofondateur et éditeur d’Elsevier des années 1950 aux années 1970, Henk Lunshof, était un anti-communiste notoire et rien n’indique que ses successeurs aient infléchi cette ligne). A la veille des élections néerlandaises de 2012, Elsevier a publié des articles ridicules intitulés, par exemple, « Les Pays-Bas sont beaucoup trop sages pour la dictature du SP » (« Nederland est veel te nuchter voor SP-dictatuur »), dans lesquels il était expliqué, presque à la manière de la John Birch Society, que « les médias représentent toujours l’église de la gauche ». [15] Un certain nombre des fondateurs et des membres de la Société Républicaine travaillent pour Elsevier.
Il est assez incroyable de voir l’extrême gauche coopérer avec l’extrême droite au sein de la Société Républicaine. Les choses deviennent encore plus intrigantes, lorsque l’on constate que la cohésion de ces éléments polarisants est assurée par un groupe de banquiers et d’exploitants de gisements pétrolifères, dont certains ont des liens avec le groupe Bilderberg de Bernhard et le 1001 Club, ONG que le mari de la reine Juliana dirigeait avec les Rockefeller.
En ce qui concerne précisément le groupe Bilderberg, trois fondateurs de la Société Républicaine ont été ses invités.
Roelof Nelissen, de la banque ABN-AMRO, devenue peu après la banque Mees Pierson, a été son hôte en 1979.
Ben Knapen y a été invité en 1991, alors qu’il venait d’être nommé rédacteur en chef du NRC Handelsblad, l’un des plus grands journaux néerlandais.
Pieter Korteweg, président de Robeco jusqu’à son rachat par lRABO en 1996, est le plus intéressant des trois. Comme Knapen, il a été invité au Bilderberg en 1991, puis, de 1992 à 1995, il a été trésorier honoraire du Bilderberg et membre du comité de direction du groupe avec Henry Kissinger et David Rockefeller. En dépit de la participation de Korteweg à la fondation de la Société Républicaine en 1996 et des attaques virulentes qu’a lancées une bonne partie de l’establishment néerlandais contre cette organisation à la suite des critiques qu’elle a faites du Bildeberg et des Orange, Korteweg a été invité au Bilderberg avec la famille royale en 1997 et 1998. [ 16 ] L’invitation apparaîtra moins paradoxale si l’on se souvient que les critiques de la Société Républicaine à l’encontre du Bildeberg et des Orange sont toujours demeurées relativement superficielles. D’ailleurs, lorsque, pour revenir à lui, Knappen est devenu président de Philips et qu’il a été révélé qu’il était membre de la Société Républicaine, il a pris ses distances d’avec celle-ci par crainte de perdre ses bonnes relations avec la famille royale. [17]
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Les liens de la Société Républicaine avec le 1001 Club de Bernhard passent principalement par le président de la Société, Hans van den Bergh, neveu de l’ancien ministre de la Défense, membre du conseil consultatif du NRC Handelsblad et membre du 1001 Club, Sidney van den Bergh. Une cousine de Hans et de Sidney van den Bergh, Lily van den Bergh, est membre titulaire de la Société Républicaine. Hans et Lily ont écrit pour des médias proches de la Société comme NRC Handelsblad, Vrij Nederland et De Groene Amsterdammer.
En outre, le magazine conservateur Elsevier, dont nous avons vu qu’un certain nombre de cadres font partie de la Société, a des liens étroits avec le 1001 Club. De 1954 à 1987, Elsevier a été dirigé par un membre du 1001 Club, Rudolf van den Brink, dont le frère, banquier influent et magnat des affaires (AMRO Bank, Ford Pays-Bas, etc.), Jan van den Brink, a été membre du 1001 Club. À ce jour, le fils de Rudolf van den Brink joue un rôle clé dans le réseau Elsevier. Divers autres membres néerlandais du 1001 Club ont siégé dans le conseil d’administration d’Elsevier au cours des dernières décennies :
Dr. Pieter A. Blaisse (1911-1990) Philips, AMRO Bank, Thyssen-Bornemisza et Bilderberg ;
Allard Jiskoot (1918-1991), directeur d’AMRO Bank, dorecteur d’Elsevier et président du conseil d’administration de la banque Pierson, Heldring & Pierson, fondée par son grand-père ;
Cees van Lede (1942-?) (hôte du Bilderberg en 1989), Philips, JPMorgan Chase (Rockefeller) et le groupe Carlyle.
Il est vraiment intéressant que le personnel du magazine Elsevier ait fourni un grand nombre des fondateurs et des membres non fondateurs de la Société Républicaine. C’est un mouvement d’opposition curieux. Il semble avoir des similitudes avec l’extrême droite états-unienne (la John Birch Society, le Liberty Lobby, Alex Jones, etc.), qui elle aussi attaque l’establishment libéral. Ce groupe marginal ne franchit jamais certaines lignes et se concentre dans une très large mesure sur la diffusion de fausses informations. Dans certains cas, il peut être démontré qu’il le fait sous l’autorité d’éléments de la CIA, du Pentagone et de la superclasse.
L’extrême droite états-unienne mise à part, je ne serais pas surpris que la CIA et les services secrets néerlandais se servent de la Société Républicaine pour organiser et gérer l’opposition néerlandaise à l’establishment libéral. Comme, dans une société démocratique, le public a tendance à s’inquiéter, lorsqu’aucune voix dissidente ne se fait entendre, l’establishment n’a-t-il pas intérêt à créer de toutes pièces une petite clique de rebelles ?
Je ne prétends pas savoir avec certitude ce qu’est la Société Républicaine, je sais simplement qu’elle rassemble de nombreux éléments de gauche, dont les noms auraient sans aucun doute été mis sur la liste de surveillance des services de renseignement néerlandais, si la guerre froide faisait encore rage. D’autre part, force est de constater qu’il y a un décalage incroyable entre les dirigeants de la Société Républicaine et les nombreux gauchistes, écologistes et anarchistes qui ont rejoint la Société au fil des ans. Il se peut que ces membres de base croient honnêtement et sincèrement en la nécessité de transformer les Pays-Bas en une république, mais le magazine politique Elsevier, qui a joué un rôle important dans la fondation de la Société Républicaine, fait partie de l’establishment et n’est pas particulièrement socialiste.

5. La Nouvelle Société Républicaine : des liens avec l’establishment libéral ?

En étudiant la Société Républicaine, j’ai commencé à m’intéresser à un groupe apparenté : la Nieuw Republikeins Genootschap. Le groupe a été fondé le 20 janvier 1998, un an et demi après la création de la Société Républicaine. La Nieuw Republikeins Genootschap était déçue de la relative inaction de la Société Républicaine et était opposée à son élitisme. La Nouvelle Société Républicaine est ouverte à tous. [20]
Qui en sont les fondateurs ? Il s’agit d’Ewout Irrgang [21] et d’Elisabeth van der Steenhoven. On ne sait pas grand-chose de cette dernière. Quant à Irrgang, il est assez connu et il a un passé pour le moins intéressant. Né en 1976, il est l’un de ces éternels étudiants qui réussit tout ce qu’il entreprend et atteint directement les sommets. Il a fondé la Nouvelle Société Républicaine alors qu’il était encore étudiant.
– secrétaire du syndicat d’étudiants SRVU (Université libre) (1996-1997) ;
– rejoint le Parti socialiste en 1997 ;
– Licence en sciences politiques en 1999 et licence (ou maîtrise) en économie en 2000 ;
– Co-organisateur de la délégation du Parti socialiste au FMI et à la Banque mondiale à Prague (2000) ;
– Fondateur et président de la Nieuw Republikeins Genootschap (1998-2001) ;
– Co-organisateur du Klote Koninklijke Kermis (KKK) à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la reine Beatrix sur la place du Dam à Amsterdam (1999) [ 22 ] ;
– Sympathisant, sinon membre, du Het Witte Plein Comite, groupe contestataire qui a fait campagne contre le mariage royal en février 2002. Le HWPC comptait parmi ses membres le successeur d’Irrgang au conseil d’administration de la Nieuw Republikeins Genootschap [23] ;
– Président du Parti socialiste (1999-2005) ;
– Membre du personnel du service financier et économique de De Nederlandsche Bank (Réserve fédérale néerlandaise) (mai-octobre 2005) ;
– Député du Parti socialiste (2005-2012) ;
– Directeur technique de la Fondation PharmAccess à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, depuis 2013. [24]
La biographie d’Irrgang me laissait perplexe avant même que je n’apprenne qu’il allait travailler pour la Fondation PharmAccess. Il avait le profil pour être recruté comme agent des renseignements. Pourquoi ne l’avait-il pas été alors qu’il était étudiant à l’Université libre ? De plus, PharmAccess est une ONG dont le projet chevauche celui de la Fondation Rockefeller et de la Fondation Ford [ 25 ], qui ont toutes deux des liens profonds et de longue date avec l’« aile libérale de la CIA ». Les liens de la CIA avec ces fondations ont été examinés en détail dans l’article de l’ISGP sur la Pilgrims Society et dans les articles du même ISGP sur « L’aile libérale de la CIA ».
En guise de conclusion à cette section, il faut dire quelques mots d’Anjo Clement, membre du conseil d’administration de la Nouvelle Société Républicaine depuis 2002 et président de la Société depuis 2011. Ancien étudiant de l’université de Tilburg, il participe à des protestations nationales depuis les années 1960. Plus récemment, il est devenu employé de l’administration publique de La Haye, où il était chargé d’assurer la liaison entre la municipalité néerlandaise et l’Union européenne. L’un des projets sur lesquels il a travaillé a permis à cinq communautés israéliennes et palestiniennes de collaborer en paix. Le projet était financé par l’« aile libérale de la CIA ». [26]
A l’instar d’Irrgang, Clément serait un agent idéal de l’élite libérale atlantiste, qui aujourd’hui encore est plus pro-arabe que pro-israélienne. La seule différence d’opinion perceptible entre les membres de cette élite et lui est qu’il aimerait faire des Pays-Bas une république comme la France ou les Etats-Unis. C’est tout. La Nouvelle Société républicaine n’est peut-être pas aussi élitiste que la Société Républicaine, mais elle ne donne pas pour autant l’impression d’être animée par de « simples citoyens ».

Partie 2 : Vérité et mensonges sur l’assassinat de Fortuyn (et sur l’Irak)

6. L’assassinat de Pim Fortuyn et de Theo van Gogh, membres de la Société Républicaine

Il y a certainement des informations bien plus intrigantes que celles qui ont été examinées jusqu’ici. Deux membres importants de la Société Républicaine ont déjà été mentionnés : le professeur Pim Fortuyn, ancien chroniqueur d’Elsevier (ce qui explique qu’il soit devenu membre de la Société) et candidat au poste de Premier ministre aux élections de 2002 ; et Theo van Gogh, son ami devant les caméras. Fortuyn militait depuis longtemps contre l’Islam. En 1997, par exemple, il a écrit « Tegen de islamitisering onze cultuur » (« Contre l’islamisation de notre culture »), aujourd’hui plus pertinent que jamais. En même temps, il était très pro-israélien et pouvait donc être qualifié de néo-con, un néo-con rationnel et pragmatique. [27] Paradoxalement, il a été abattu par un activiste écologiste, une semaine avant les élections de 2002. Deux ans plus tard, en 2004, Van Gogh a été tué dans la rue par un musulman radical.
Van Gogh était l’un des plus fervents soutiens d’Ayaan Hirsi Ali [28], musulmane dont la campagne parlementaire tournait autour du fait que, comme toute musulmane, elle avait subi une excision. Après l’avoir tué, le djihadiste a posé sur la poitrine de Van Gogh un papier sur lequel était écrit qu’Ali serait la prochaine. [ 29 ] Intimidée, Ali a fui aux États-Unis, où elle n’a pas tardé à décrocher un poste de professeur invité à l’American Enterprise Institute [ 30 ], qui compte parmi ses membres de nombreux néo-extrémistes, comme Richard Perle et Michael Ledeen. Finalement, elle a épousé Niall Ferguson, membre important de la superclasse, avec qui elle a participé au 40e anniversaire de Nat Rothschild en 2011. [31] Au fil des ans, j’ai découvert que Hirsi Ali appartient à d’autres ONG. Elle est chercheuse au Centre Belfer pour la Science et les Affaires internationales à Harvard, qui compte parmi ses membres et ses conseillers Nat Rothschild, Oleg Deripaska, oligarque russe et principal partenaire d’affaires de Rothschild, James Schlesinger et John Deutch ainsi que certains des plus proches conseillers économiques et amis de David Rockefeller. [32] Hirsi Ali est également membre de la Fondation OpenDemocracy, fondée et financée par George Sörös ainsi que par la Fondation Ford et le Brothers Fund de Rockefeller. [33] Enfin, Hirsi Ali a été membre de la Mont Pelerin Society [34], comme son mari, Niall Ferguson qui apparient également à des ONG comme la Conférence de Munich sur la Sécurité, l’Institut pour le Dialogue Stratégique, l’institut Hudson, la Herzliya Conference (Israël) et Tomorrow: The Israel Presidential Conferences.
Beaucoup de Néerlandais s’inquiétaient déjà pour Fortuyn dans les semaines qui ont précédé son assassinat. Il avait été menacé et attaqué à plusieurs reprises et avait de plus en plus peur de marcher dans la rue – du moins dans certaines grandes villes. Dans plusieurs interviews télévisées, Fortuyn a déclaré qu’il avait besoin d’une protection. Aucune protection ne lui a été accordée par le gouvernement, dirigé alors par Wim Kok (plus tard membre du conseil consultatif de Royal Dutch Shell [2003-2005], président du Club de Madrid [2010-2014] et administrateur de l’International Crisis Group de Sörös [35]). Ce refus a provoqué des remous après sa mort. [36]
Fortuyn n’a jamais mérité les agressions verbales et physiques dont il a été victime. Il avait simplement une approche réaliste du problème de l’immigration, problème énorme pour la population néerlandaise, mais dont il est complètement impossible de discuter dans les médias. Pour illustrer notre propos, voici ce qu’a déclaré Fortuyn lors d’un débat auquel il participait avec d’autres candidats de premier plan le 21 mars 2002 à l’Université Erasmus de Rotterdam :
« Bien sûr, il faut saluer les réussites, mais il faut les voir dans un contexte de 20 ans d’échec et je viens d’une ville, Rotterdam, où tout va à vau l’eau et où la croissance démographique est sérieusement déséquilibrée. Le PvdA, parti [travailliste] qui a tourné le dos à ses électeurs, s’est assuré que le problème multiculturel ne puisse pas être abordé. Chaque fois que nous avons essayé, même avec des veuves de dockers, qui étaient disséminées dans des communautés où vivaient 70 nationalités [du tiers monde, des Arabes et des noirs]… elles ont été accusées d’être racistes par les membres de votre parti et par votre conseiller municipal, M. Rosenmöller [de la Gauche Verte], et pourtant ces femmes n’étaient pas racistes. »
« Nous ne pouvions parler de rien. Tout était considéré comme stigmatisant, nous ne pouvions prendre aucune mesure et nous n’avions pas le droit de connaître [les faits], tout cela grâce à l’église des gauchistes [pointant du doigt le dirigeant de D66 Thom de Graaf]. Et vous aussi vous en faites partie (**). »
Les candidats des partis traditionnels n’avaient pas grand-chose à lui opposer, hormis la rhétorique creuse du politiquement correct. Le leader du PvdA, Ad Melkert, lui a répondu, réprobateur : « Vous pouvez apprendre beaucoup des autres cultures. » Paul Rosenmöller a ajouté sur un ton faussement ému : « Faîtes attention à ne pas créer de problèmes là où il n’y en a pas !… Ne vous laissez pas aveugler par les chiffres, là où s’agit de personnes. » [37] En d’autres termes, ces politiciens traditionnels n’auraient rien changé. Mais le changement est exactement ce qu’exigeaient les gens.
Deux ans plus tôt, en 2000, la presse avait déjà admis que les statistiques révélaient une évidence : « Le chômage, la pauvreté, le décrochage scolaire et le crime se sont accumulés à cause des minorités ethniques. » [38] Dans les années qui ont suivi l’assassinat de Fortuyn d’autres études l’ont amplement confirmé. L’ISGP a examiné ces études en détail dans un certain nombre d’articles, dont un sur le taux de criminalité des noirs – qui donne également des informations sur les chiffres de la criminalité arabe aux Pays-Bas – et un autre sur les agressions sexuelles commises par des Arabes dans les piscines aux pays-Bas et dans le monde. Le fait est que les taux de criminalité et de soutien au djihadisme sont quasi apocalyptiques chez ces populations. Il y a déjà très longtemps que l’Europe de l’Ouest n’a plus les moyens d’absorber les masses culturellement peu sophistiquées du tiers-monde, dont la plupart refusent de s’intégrer. Mais il semble que l’immigration soit la seule solution que les élites aient trouvé pour lutter contre le vieillissement de la population, qui est certainement un problème considérable.
Fortuyn a été diabolisé, espionné et apparemment intimidé par les services secrets néerlandais à cause des positions politiques qu’il a prises, tout cela pour être assassiné par un militant écologiste quelques jours avant des élections au poste de Premier ministre qu’il avait de très grandes chances de gagner. Nous y reviendrons plus en détail dans la suite de cet article.
La mort de Theo van Gogh est presque aussi curieuse que celle de Fortuyn. Il a été tué par Mohammed Bouyeri, membre du groupe Hofstad, qui était complètement infiltré par les services de renseignement néerlandais. Les services de renseignement néerlandais avaient réussi à faire héberger le groupe dans une maison qui avait été mise sur écoute. Certains des hommes du groupe étaient des informateurs du renseignement néerlandais. Inutile de dire que les autres n’aient pas été arrêtés avant de passer à l’acte a soulevé bien des questions.

7. Tomas Ross, membre de la Société républicaine, répand de fausses informations sur le meurtre de Fortuyn

Les choses deviennent encore plus bizarres. Avant d’être assassiné, van Gogh et l’auteur de « faiction » (comprendre : faits + fiction) Tomas Ross, le gourou des médias hollandais pour tout ce qui concerne les conspirations et les services secrets, avait travaillé sur un film dans lequel Fortuyn était tué à la suite d’une conspiration de grande envergure similaire à celle dont avait été victime John F Kennedy. Ross est membre de la Société Républicaine. En mai 2012, il a de nouveau fait la une des journaux, lorsqu’il a affirmé que Fortuyn avait été tué de la même manière que Kennedy. Cependant, une simple analyse de ses arguments révèle qu’ils ne tiennent absolument pas la route. Prenons-en deux : il aurait été techniquement impossible que des douilles aient été trouvées à une distance de plus de 10 mètres du corps de Fortuyn ; il existerait des preuves que les tirs provenaient de deux directions différentes. Voici un extrait de l’un des articles qui reprend les affirmations de Tomas Ross :
« Une balle a été retrouvée à plus de 10 mètres de Fortuyn, ce qui est techniquement impossible au vu du pistolet utilisé par Volkert van der G. pour le meurtre. Et une phrase aurait été retirée du rapport d’autopsie. Dans ce rapport, le pathologiste écrit que l’une des balles qui se sont logées dans la tête de Fortuyn n’y serait pas entrée par l’arrière, mais par l’avant.
« En outre, des témoins comme le présentateur de radio Ruud de Wild et le membre du LPF Albert de Booy affirment que Fortuyn serait tombé à genoux avant que van der Graaf n’ait tiré le premier coup de feu, donc van der G. tirait sur le cadavre de Fortuyn. » [39]
Le fait est que rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. Intéressons-nous aux déclarations des témoins de cet événement. Voici le témoignage officiel de Hans Smolders, chauffeur et ami proche de Fortuyn, qui était assis dans la voiture, quand les premiers coups de feu ont été tirés :
« Le 6 mai 2002, de 16h00 à 18h00, Fortuyn a donné une interview à Studio 3 FM (le tribunal comprend que cette radio est située à Hilversum). L’interview s’est achevée peu avant 18 heures, après quoi Fortuyn et moi avons quitté les lieux. Puis j’ai entendu des coups de feu [j’étais dans la voiture et Fortuyn dehors], deux, me semble-t-il, j’ai vu Fortuyn tomber par terre et à environ 1,5 mètre de Fortuyn, j’ai vu un homme debout une arme à feu à la main. Cet homme a tiré plusieurs autres coups, trois ou quatre, le tireur s’est enfui rapidement et je l’ai poursuivi. »
Les témoins Ruud de Wild, Sander de Heer et Jeroen Kijk ont participé à l’émission de télévision Barend etnvan Dorp (Villa BvD) le lendemain de la fusillade. Ce pourrait être une coïncidence, si ce n’est que le co-présentateur Fritz Barend est membre de la Société Républicaine, de même que Jan Mulder, un habitué de l’émission. Je rappelle que cette Société compte seulement environ deux cents membres aux Pays-Bas.
En fait, Fortuyn tenait le bras de Ruud de Wild au début de la fusillade. Rappelez-vous que, selon Ross, Ruud de Wild a affirmé que Fortuyn s’est effondré à terre avant que Volkert van der Graaf ne commence à tirer sur lui. Voici le récit de de Wild qui a d’ailleurs mis des mois à se remettre psychologiquement de la fusillade :
« Je me retourne et un gars arrive [sur le parking] … La seule chose que je vois, c’est une casquette de base-ball grise, c’est tout ce que j’ai vu de lui. Il tenait en l’air un sac en plastique. Il a commencé à tirer par le haut, sur le côté du sac en plastique, et après le deuxième coup, j’ai commencé à avoir mal à la tête, parce que mon oreille gauche s’est bouchée… Mes oreilles ont commencé à me faire tellement mal que je me suis baissée vivement. Il a tiré un quatrième coup, puis un cinquième et un sixième – et il les a tirés de loin, car il avait déjà commencé à courir, il a continué à tirer et je me suis penché derrière la voiture de Pim. Et il y a eu un sixième coup, qui a atterri dans la voiture… Je continue à sentir la main de Pim – et ensuite je la perds. »
Intéressant. Il est absolument clair que les deux premiers coups de feu ont été tirés par van der Graaf, car les oreilles de de Wild ont commencé à lui faire mal après s’être bouchées à cause de la détonation. Si Fortuyn avait été abattu sous un angle différent, de Wild (dont Fortuyn tenait le bras) ou quelqu’un d’autre ne l’aurait-il pas remarqué et ne l’aurait-il pas indiqué lors de l’interview télévisée ? Le fait que van der Graaf ait tiré ses derniers coups tout en s’enfuyant explique aussi facilement pourquoi l’une des douilles a été retrouvée à plus de 10 mètres du corps. Les deux autres témoins ayant participé à Barend en Van Dorp, Sander de Heer et Jeroen Kijk, ont donné des descriptions similaires de l’événement.
Et voici comment van der Graaf lui-même s’est souvenu de l’événement au cours de son procès :
« J’ai marché dans la direction [de la victime], je portais une casquette et des lunettes de soleil… J’ai levé les deux bras [alors que] l’arme était encore dans le sac en plastique… Arrivé à 1.5 mètres de lui [J’ai commencé à tirer]… Je me souviens encore que j’ai tiré les deux premiers coups dans la partie supérieure du dos [de la victime], j’ai tiré au total cinq fois… Le sixième coup s’est déclenché par accident et je crois que c’est à ce moment-à que je suis tombé à terre. J’ai vu la victime s’écrouler et j’ai encore tiré, j’ai délibérément visé la tête. »
Ce sont les seuls témoignages que j’ai pu trouver pour l’instant et ils sont tirés de documents judiciaires. Pour une raison quelconque, ces petits détails n’ont guère été rapportés dans les médias néerlandais. Mais ce qui s’est passé est clair : van der Graaf s’est approché de Pim Fortuyn par derrière, a tiré deux coups de feu, est passé devant lui, a vu Fortuyn s’affaisser sur les genoux (puis sur le dos) et lui a tiré trois balles dans la tête (Ruud de Wild a vu les trous dans sa tête). Au moment où il a tiré ses derniers coups, van der Graaf s’enfuyait, poursuivi par le chauffeur de Fortuyn, Hans Smolders. Aucun mystère jusqu’ici.

8. Ross, le néo-con

Ross collaborait avec Théo van Gogh dans le but de susciter un débat public sur le meurtre de Pim Fortuyn et ce n’est pas la première fois que les deux familles se rencontraient. Résistant, le père de Ross est devenu membre du BVD, l’ancêtre de l’AIVD, dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale [40] et le père de Theo van Gogh lui aussi a travaillé pour le BVD comme agent spécialisé dans la collecte d’informations sur le Kremlin. [41] Un oncle et homonyme de Theo van Gogh a été exécuté par les Allemands pour avoir appartenu à la Résistance, mais nous disposons de très peu d’informations sur ces « ancêtres » – ce qui est dommage, étant donné les liens étroits que le prince Bernhard a entretenu après la Seconde Guerre mondiale avec les membres des services secrets néerlandais qui avaient fait partie de la Résistance [***]. Si van Gogh était relativement modéré, Ross est un véritable néoconservateur, comme en témoigne l’affirmation qu’il a faite, quelque peu insensée et complètement discréditée, que l’Irak était derrière le 11 septembre. Elle est sortie tout droit du livre de l’ancien directeur de la CIA, James Woolsey. Ross estime également que l’Etat a le droit de limiter les libertés personnelles au nom de la sécurité nationale. Est-ce là un enquêteur vraiment indépendant et objectif ?
Voici la théorie que Ross avançait sur l’Irak et le 11 septembre, deux mois après l’attaque :
« Avec l’attaque contre le WTC, la première étape a été franchie : ils veulent donner du pouvoir aux masses du Moyen-Orient, un sentiment d’estime de soi, nous pouvons battre les Américains ! … Ils savaient qu’une contre-attaque viendrait. Maintenant, ils veulent trouver quelque chose qui renverse la situation. Plus de grandes attaques terroristes, mais la création de flux de réfugiés, dont les images feront le tour du monde. Bientôt, une partie de la civilisation occidentale ne considérera plus l’Amérique comme une victime, mais comme un agresseur. Saddam Hussein se présentera comme un médiateur : Ben Laden est le terroriste, l’agresseur américain et Hussein le sauveur et, par sa diplomatie, il assure à son régime le soutient des pays musulmans modérés du Moyen-Orient. » [42]
Il faut reconnaître que Ross a pondu là une très belle fiction (****). Là encore, Ross peut toujours se cacher derrière son rôle d’auteur de « faiction ». Sa capacité à représenter l’assassinat de Fortuyin de manière caricaturale chaque fois qu’il passe à la télévision ne fait-il pas de lui l’outil ultime pour discréditer toutes les « théories du complot » ? Voici trois autres déclarations de Ross, dans lesquelles il utilise la même logique que ceux qui ont voté l’US Patriot Act, approuvé par le Congrès en 2003 :

« [L’accord de Schengen, limitant les contrôles aux frontières entre les différents pays européens] n’est pas bon… Ils devraient filtrer tout le monde, pour notre propre sécurité… Où est le problème ?

« Les politiciens qui prétendent que la vie privée est plus importante que la sécurité se trouvent dans une position très privilégiée. »

« Il est trop simpliste de dire, comme c’est le cas en droit pénal, que quelqu’un qui a préparé un crime est innocent parce qu’il n’est pas passé à l’acte… Le droit pénal est dépassé, il doit donc changer … La balance penche de plus en plus en faveur du suspect, alors qu’elle devrait pencher en faveur des victimes potentielles. » [43] (*****)
Il semble exister des liens entre Tomas Ross et le réseau du Cercle. Il n’a probablement jamais participé à aucune de ses réunions, mais je serais surpris que des membres du Cercle comme Louis Einthoven et Cees van den Heuvel (responsable de la branche hollandaise de la Human Ecology Fund, qui était liée au projet MK-ULTRA) n’aient pas eu partie liée avec les services de renseignement néerlandais, pour qui, comme nous l’avons dit, le père de Ross a travaillé. Le lecteur en saura plus à ce sujet dans l’article de l’ISGP sur l’affaire Demmink.

9. Si Ross a menti à propos d’un second tireur, Ine Veen aussi
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Ross n’a pas été la seule personne à prétendre que deux types de balles différents ont été trouvés dans le corps de Fortuyn et que la preuve de l’existence d’un second tireur se trouve dans les témoignages des témoins. La même affirmation a été faite par Ine Veen, auteur de Moord names de Kroon ? (2007) (Un Meurtre commandité par la Couronne ?). L’oncle de Veen était Johan van Hulst, éminent politicien chrétien qui a siégé à la fois au Parlementaire néerlandais et au Parlement européen. Mannequin, chanteuse et actrice des années 1950 à 1980, Veen connaissait beaucoup de monde dans les médias.
Comme l’ouvrage de Tomas Ross, le livre de Veen a eu un certain écho dans les journaux télévisés néerlandais. A l’époque, il m’a paru étrange qu’elle ait été interviewée dans une pièce mal éclairée et qu’elle ait été présentée comme une ufologue. La même ambiance régnait dans les conférences auxquelles elle a participé par la suite. J’en ai conçu une certaine méfiance à son égard. Mon scepticisme n’a fait que croître à la lecture d’une bonne partie de son livre. Une de ses spécialités est de ressasser la théorie qui avait été échafaudée sur le forum Internet de Pim Fortuyn par un certain « Mishima Cyber Command ». Selon cette théorie, le trafiquant d’armes syrien Monzer al-Kasser a été utilisé pour recruter un musulman fondamentaliste du nom d’Abu Fatah et cet Abu Fatah est le second tireur. Veen identifie « Mishima Cyber Command » comme étant un agent du renseignement néerlandais et explique qu’il a travaillé pour la CIA. Compte tenu du contenu des messages de MCC, il ne me surprendrait pas que ceux-ci aient été effectivement écrits par un agent du renseignement néerlandais. Mais Veen, pour une raison quelconque, suppose que MCC dit la vérité. J’ai lu les messages en question à plusieurs reprises, sans parvenir à comprendre comment elle en était arrivée à cette conclusion. Le fait est que les affirmations de MCC étaient absurdes, car, je le répète, il n’y absolument aucune preuve qu’il y ait eu un second tireur. Comme par hasard, un rapport de police a été divulgué à Ine Veen qui est censé fournir des preuves qu’un second type de balle a été retrouvé sur la scène du crime. Il doit s’agir d’un faux rapport – car aucun des témoins du meurtre ne fait état d’un second tireur (dans le cas de l’assassinat de Kennedy, en revanche, les témoins évoquent bien un second tireur).

10. Les faits établis : retard de l’ambulance, porte défectueuse et arrestation rapide

Toutes les absurdités soutenues par Tomas Ross et Ine Veen en arriveraient presque à nous faire oublier les questions légitimes qui entourent le meurtre de Fortuyn. Il est vrai, par exemple, que l’ambulance est arrivée très tard, en partie parce que la porte d’accès au parking, où Fortuyn était allongé, ne s’est pas ouverte. Pour avoir une idée de ce qui s’est passé dans la première demi-heure qui a suivi le meurtre, il faut se tourner de nouveau vers les témoins Ruud de Wild, Sander de Heer et Jeroen Kijk, dont les premières descriptions excluaient la possibilité d’un second tireur. Voici des extraits de l’interview qu’ils ont accordée le 7 mai 2000 :

Ruud de Wild : « L’ambulance est arrivée en 9 minutes ? C’est n’importe quoi, de la pure foutaise. Et tout ce que racontent les journaux, ce ne sont que des rumeurs. »

Jeroen Kijk: « La policière de Hilversum a dit que, selon certaines rumeurs, il y avait toujours des coups de feu dans le coin [ce qui ne permettait pas à l’ambulance d’y accéder], mais la vérité est que l’ordinateur de la barrière du parking avait planté. »

Sander de Heer : « J’entends encore le porte-parole de la police : « Nous ne savons pas s’il est mort sur le coup. » Je me tenais au-dessus de lui, il respirait encore… Il respirait doucement et se détendait… Ce que je viens de dire, j’ai entendu la police le dire ce soir-là : « Nous ne savions pas s’il était mort sur le coup. » Je me suis dit à moi-même : « Ouais, vous auriez dû m’interviewer alors. Quelle connerie. Je l’ai vu respirer pendant encore 15 minutes… »

« Il a fallu au moins 20 minutes à la police et à l’ambulance pour arriver, la barrière à l’entrée ne s’est même pas ouverte… Je me suis éloigné, je me suis dit qu’une ambulance arriverait peut-être, puis, en passant devant les barrières du parking, je leur ai dit : « Par Ici, venez par ici ; ici, il faut entrer. » Rien, rien, rien… L’ambulance est restée cinq minutes devant la barrière. J’étais devant l’ambulance, derrière la barrière … La porte ne s’ouvrait pas… [Ruud de Wild s’écrie : « Une honte! » ] »

« J’étais à côté du poste de sécurité de la barrière et j’ai demandé : « Pourquoi la porte ne s’ouvre-t-elle pas ? Il y a quelqu’un en train de mourir ici !  » Réponse : « Oh, il faut juste que nous redémarrions l’ordinateur. Juste une minute. » C’est ce qu’il a dit texto et j’ai vu le système informatique redémarrer, redémarrer et la porte a fini par s’ouvrir. »
Sander de Heer s’est également exprimé sur le contraste entre la rapidité avec laquelle le tireur avait été arrêté et le retard de l’ambulance :
« Ouais, j’ai trouvé ça étrange que nous ayons dû attendre si longtemps une ambulance alors qu’à six heures et demie il avait déjà été arrêté par une équipe de police. »
Hans Smolders, le chauffeur de Fortuyn qui, on s’en souvient, a poursuivi le tireur, a expliqué comment van der Graaf a été capturé si vite, mais il était encore un peu surpris du nombre de policiers présents à l’arrestation de celui-ci : « J’ai appelé le 112 [911] et j’ai expliqué à la police où nous nous trouvions, dans quelle rue et c’est ainsi qu’il est tombé dans le piège que lui avait tendu la police à la station d’essence… Oui, il y avait beaucoup de policiers, ce qui m’a aussi surpris, mais sur le moment j’étais vraiment content, bien sûr – j’étais content que nous l’ayons eu. » [44]

11. L’ancien chauffeur de Fortuyn soupçonne une conspiration de l’establishment

Smolders a été invité à l’émission de Menno Buch le 17 mars 2003. Loin d’accepter d’être qualifié de héros par le gouvernement hollandais ou par Buch, il a critiqué l’establishment politique : « Je ne veux vraiment pas accepter ce titre [de la reine], il semble que beaucoup de gens ont oublié ce qu’on a fait à Pim. Regardez, nous parlons de Volkert van der G., qui a appuyé sur la gâchette et il doit en assumer la responsabilité à 100% et doit être sévèrement puni, mais ceux qui prétendent que Pim était raciste ont vraiment créé le climat qu’il fallait pour que Volkert passe à l’acte… Eh bien, oui, mais cet establishment et cette élite politique [dont fait partie la reine] ont pété un plomb quand Pim a fait son entrée sur la scène politique. Ils étaient probablement prêts à commettre un meurtre afin de faire disparaître Pim de la scène politique et il a effectivement été assassiné ! Si ça n’avait pas été Volkert, ç’aurait été quelqu’un d’autre, si ça n’avait pas été le 6 mai, ç’aurait été le 10 mai ou le 2 juin. Le climat qui a été créé était très préoccupant. Et si vous êtes directement mêlé à tout ça, alors vous ne savez vraiment pas ce qui vous arrive. Vous vous dîtes : « Ce n’est pas possible que ça soit arrivé dans ce pays. » »
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C’est là un point sur lequel Smolders n’a pas cessé de revenir au cours de cette interview. Il semblait être d’accord avec Buch pour dire que van der Graaf n’aurait peut-être jamais été capturé, s’il ne l’avait pas poursuivi. Smolders a donné plusieurs autres interviews à la télévision néerlandaise pour le premier anniversaire du meurtre de Pim Fortuyn. Chaque fois, il a attaqué l’establishment et a défendu l’héritage de Fortuyn. Voici ce que Smolders a dit à Daphne Bunsboek sur Good Morning Netherland le 6 mai 2003 : « Oui, une certaine colère est née en moi,. Avant j’étais vraiment un gars très calme. Il y avait des gens que j’admirais, comme [le premier ministre Wim] Kok, etc. Et puis je me suis engagé. Vous voyez bien qu’il y a une partie de ce pays qui ne voit rien et empêche ce pays de desserrer l’étau dans lequel il est pris. Si M. [Rob] van Gijzel n’avait pas eu le courage de se dresser contre eux, nous ne saurions toujours rien du système d’appels d’offre truqués dans le bâtiment [Bouwfraude]. Il y a des tas de dossiers que nous ne connaissons pas : l’affaire JSF et ainsi de suite. Au sujet du Bouwfrade, ils mentent et noient le poisson, ces ministres. [Tineke] Netelenbos déclare : « Un compte fictif ? L’argent qui est dessus est-il fictif aussi ?  » Faut-il vraiment que ce soient des types pareils qui dirigent le pays ? Qu’est-ce qu’on nous chante ? … [Jan Peter Balkenende] n’est pas honnête .Jan Peter a tout pour être un bon Premier ministre, mais il n’arrête pas de pratiquer la langue de bois … Allez, dis-la vérité, crache le morceau… Écoutez, la reine a abusé de son pouvoir et Wim Kok était au courant. »

« Écoutez, c’est logique, si l’on excepte le leader, il y a des gens [dans le parti] qui n’ont rien à y faire. Qui n’ont pas été capables de se conduire en adultes, parce qu’ils étaient en contact permanent avec les médias. Parce qu’il est vrai que les médias ont détruit la réputation de Pim Fortuyn, Ils ont suivi aveuglément l’élite… Wim Kok dit : « Il va diviser le pays et il est asocial et il sème la haine. » Mais c’est lui-même qui est responsable [de cette division et de cette haine], puisqu’il a entassé ces pauvres immigrés dans les vieux quartiers, sans aucune perspective – et leur a permis de vivre de l’assistance sociale. »
De 2006 à 2010, Smolders a siégé à la Chambre des représentants, dans le vain espoir de sauver l’héritage de Pim Fortuyn. En 2012, il a donné une autre interview, où il apparaît clairement qu’il n’a pas changé d’avis sur l’assassinat de Fortuyn :
« Je ne voulais pas faire de la politique, mais je me suis dit que j’allais aider quelqu’un [Pim] qui combattait les partis de l’establishment, Je ne suis pas naïf au point de penser qu’on peut changer quoi que ce soit en politique. C’est une structure de type mafieux. Ce n’est pas une promenade. Ils font tout pour vous détruire. » [45]
Dans cette même interview, Smolders a clairement déclaré qu’il croyait qu’il y avait des gens qui avaient manipulé van der Graaf ou lui avaient ordonné de commettre le meurtre :
« Je suis heureux qu’il ait commencé à parler, parce que je veux la vérité, je veux savoir pourquoi il a fait ce qu’il l’a fait, dans quel but… Toute cette histoire telle qu’il l’a racontée au cours du procès me semble incohérente. Je pense donc que ce serait bon qu’il dévoile l’arrière-plan ; qu’il dise avec qui – sur les ordres de qui – il a commis ce meurtre. »
Pour une raison quelconque, la personne qui l’a interviewé ne lui a pas demandé d’expliquer cette affirmation. Étrange, car pimfortuyn.com, auquel collabore cette personne, est un site conspirationniste (d’ailleurs pas très bien documenté). Et, naturellement, le courriel rempli de questions que l’ISGP a envoyé au site à ce sujet est resté sans réponse.

12. Le téléphone de l’assassin de Fortuyn sur écoute

Thomas Ross, ce membre néo-con de la Société Républicaine qui, comme indiqué plus haut, avait accusé à tort l’Irak d’être derrière les attentats du 11 septembre et avait affirmé, toujours à tort, qu’un second tireur était impliqué dans l’assassinat de Pim Fortuyn, a cependant dit sur l’affaire Fortuyn des choses avec lesquelles je suis d’accord, du moins dans une certaine mesure :
« La thèse a toujours été, bien que je ne puisse pas le prouver, qu’ils [les services secrets néerlandais] savaient que Volkert van der G. assassinerait Fortuyn. L’AIVD [les services secrets néerlandais] surveillait Volkert depuis longtemps. Il était soupçonné d’avoir perpétré avec un ami l’assassinat d’un fonctionnaire du ministère de l’Environnement [Chris van der Werken] en 1996. Son mouvement écologiste « Milieu Offensive » était perçu comme une menace à la sécurité nationale et comme un mouvement très radical. Ils étaient surveillés par la police, car la surveillance de ce genre d’individu n’entre pas dans les fonctions de l’AIVD. Quatre mois avant l’assassinat, Volkert a dit au téléphone à son ami Sjoerd van der W. : « le bâtard doit mourir ». « Chut », répond l’autre voix, nous pourrions être surveillés. » « Je voulais dire ‘le faire taire’, bien sûr », lui dit Volkert. » [46]
Il est exact que le tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf, est lié de près au meurtre du fonctionnaire du ministère de l’Environnement Chris van der Werken. Le simple fait que van der Graaf ait eu une violente dispute avec van der Werken juste avant le drame est déjà sérieusement troublant. De plus, une Opel Kadett rouge semblable à celle que possédait van der Graaf à l’époque a été vue près de la scène du crime. Selon les témoignages, van der Graaf avait menacé de tuer van der Werken. [47] Il est donc tout à fait possible que l’AIVD et le ministère de la Justice aient eu des informations sur son implication dans le meurtre de van der Merken et les aient utilisées pour le manipuler.
Les paroles échangées par van der Graaf et son ami au téléphone ne constituent cependant pas une preuve que les services secrets aient formé un complot pour assassiner Fortuyn. D’abord, ils ont parlé de bien d’autres sujets. Ensuite, en privé, beaucoup de gens disent tout le temps des choses de ce genre sans le penser vraiment. Peut-être même qu’ils plaisantaient. Qui sait ? Mais on ne peut certainement pas nier que van der Graaf était surveillé par les services de renseignements néerlandais et aurait dû être le suspect principal dans une affaire de meurtre.

13. La sûreté nationale avait infiltré la cellule terroriste du meurtrier de Van Gogh

Les liens sont aussi très nombreux entre l’assassinat de Theo van Gogh et les services de renseignement néerlandais. Ross déclare :
« L’AIVD a loué un appartement à Samir A. Ils ont truffé cet appartement de micros, c’est comme cela qu’ils ont su |qu’il projetait de tuer van Gogh]. Est-ce légal ? Apparemment, oui. L’AIVD n’a pas été réprimandé. En ce qui concerne Mohammed B., ils n’a pas été inquiété, il était libre de ses mouvements, alors que l’AIVD savait. Incroyable. [48]
Les circonstances du meurtre de Theo van Gogh ont été analysées dans le documentaire de Katja Schuurman et Stan de Jong « Prettig Weekend Ondanks Alles » (« Passez un bon week-end malgré tout ») (2005). De Jong est un journaliste relativement classique qui connaissait Micha Kat et a écrit sur des affaires controversées, y compris les Dossiers-X Dutroux. Voici un résumé du documentaire :
Après le meurtre de van Gogh, la police fait irruption dans la maison du voisin de Mohammed B. Les médias internationaux sont postés devant cette maison – pas devant celle de Mohammed B. Il faut deux jours à la police pour comprendre son erreur. Le voisin de Mohammed B., Ibrahim ben Salah, qui ressemble en fait à un gangster du Moyen-Orient, déclare : « Le ministère de la Justice prétend que Mohammed B. venait souvent chez moi, ce n’est pas possible, Mohammed B. n’est jamais venu ici. Je n’avais même aucun contact avec Mohammed B. »
Une vidéo est diffusée d’une conférence de presse préliminaire d’un commissaire et du procureur en chef Leo de Wit. Ce dernier affirme : « Euh, laissez-moi vous dire que, euh, il était inconnu, euh, de la police et, euh, de la justice, à l’exception d’un incident relativement peu sérieux. Un an plus tard, Schuurman rappelle à de Wit qu’il avait parlé d’ « un incident relativement peu sérieux » et de Wit répond : « Non, non, non, ce n’est pas vrai, cela n’a pas été dit dans ce sens. » Schuurman lui rappelle également que, à la question : « Mohammed B. était-il connu des services de renseignement, le RID par exemple? », il avait répondu : « Euh, non [il n’a pas l’air très sûr]. » Et de Wit répond à Schuurman : « ce n’est pas moi qui ai dit une pareille chose, je n’aurais pas pu dire ça. »
De Wit a dû changer de disque, car il se trouve que Mohammed B. était impliqué dans plus d’« un incident relativement peu sérieux ». S’il a dû le faire, c’est que, entre temps, le documentaire avait révélé l’implication de Mohammed B. dans d’autres incidents :
Printemps 2000 : La sœur de 17 ans de Mohammed appelle la police et prétend qu’elle a été kidnappée par son frère aîné, qui n’est pas d’accord qu’elle ait un petit ami prénommé Abdul.
Été 2000 : Mohammed provoque une bagarre dans un bar de la ville. Il est reconnu coupable d’agression.
Juillet 2001: Mohammed bouscule l’ex-petit ami de sa sœur, Abdul. Une bagarre éclate, Mohammed attrape un couteau et attaque même un officier de police. Mohammed est condamné à trois mois de prison pour intimidation et violence publique.
Mai 2004: Mohammed est impliqué dans une échauffourée avec un gardien de sécurité des services sociaux, car il estime qu’il n’est pas aidé assez rapidement. Il balance une poubelle et crie : « Je vais te tuer, je vais t’arracher le cœur. »
Septembre 2004 : Mohammed est pris sans titre de transport dans le tramway. Il a une altercation avec les contrôleurs et est arrêté par la police. Au cours de l’audience, il refuse d’aider un policier et crache sur le sol. Lors d’une perquisition chez lui, la police trouve des numéros de téléphone et des adresses e-mail appartenant à des membres du groupe Hofstad. Elle les transmet aux services de renseignements néerlandais, qui savaient déjà à ce moment-là que Mohammed était un extrémiste dangereux.
Mohammed faisait partie du groupe terroriste Hofstad. L’imam du groupe Hofstad, surnommé « le Syrien », recrutait des volontaires pour le Jihad et vivait au-dessus d’un magasin d’Amsterdam où le groupe Hofstad tenait ses réunions. Un témoin qui habite de l’autre côté de la rue a expliqué que la police avait effectué plusieurs fouilles dans le magasin et qu’il lui arrivait d’être apparemment à la recherche des habitués du magasin. Mohammed B. était de ceux-là. Un des employés, Samir A., est connu pour avoir organisé des attentats.
Jason Walthers (alias Abu Amrikie, fils d’un soldat américain stationné aux Pays-Bas) et un complice ont été arrêtés le 10 novembre 2004 après que la police a perquisitionné sa maison à la suite du meurtre de Theo van Gogh. Une grenade a été lancée sur la police au cours de la descente. Plusieurs années auparavant, Jason et d’autres membres du groupe Hofstad auraient suivi un cours d’entraînement terroriste au Pakistan. Cependant, selon la défense de Walthers, la grenade lui avait été fournie par Saleh Bouali, informateur / employé des services de renseignement néerlandais. Cela n’a jamais été prouvé, mais des éléments indiquent que le groupe était infiltré par les services de renseignements néerlandais. Robert Maanicus, l’avocat de Jason Walthers, a déclaré : « Il a eu des contacts avec un employé d’une société immobilière, un certain Ed Aarts qui s’est arrangé pour qu’il [Walthers] puisse avoir cet appartement, mais je ne sais pas qui est Ed Aarts. Pour une raison obscure, toutes les informations concernant Ed Aarts ont disparu : la carte de visite avec son numéro de téléphone, que mon client avait sur lui, n’est plus là et toutes les informations qui ont trait à Ed Aerts dans le dossier ont été supprimées. Son numéro de téléphone portable n’est plus là. Sa société n’existe plus. C’est un peu mystérieux. »
Ruud Lubbers, l’un des principaux membres de la superclasse néerlandaise, a déclaré en 2005, alors qu’il était chef du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés : « C’est une situation particulière… En même temps, les services de renseignement sont les services de renseignement : donnez-nous toutes les informations sur cet homme, mais ne l’arrêtez pas. Nous suivrons ces informations et c’est ainsi que nous en obtiendrons d’autres. »
Jan Vlug, l’avocat de Zakaria T., membre du groupe Hofstad : « Laissez-moi vous expliquer : ils avaient tendu un piège à tout le monde, sauf à Mohammed B. Et c’est très étrange, parce qu’il a été arrêté un jour un testament de martyr sur lui. L’information a été transmise à l’AIVD, mais rien n’a été fait, il a eu encore des démêlés avec la police, mais rien n’a été fait, toutes les réunions [du groupe Hofstad] avaient lieu. Il n’a pas été inquiété… L’AIVD a pris contact avec plusieurs membres du groupe pour leur proposer de devenir des informateurs, Zakaria aussi… Quand Zakaria est revenu du Pakistan [du camp d’entraînement terroriste] il était attendu à Schiphol… En janvier 2004… Jason et Zakaria ont tous deux décliné la proposition de l’AIVD [l’avocat de Jason a prétendu que celui-ci n’avait pas été contacté, mais d’autres membres d’Hofstad l’avaient été]… Je ne sais pas si [Mohammed B.] a travaillé comme informateur du renseignement néerlandais, mais si tel est le cas, cela expliquerait bien des choses. »
Bien qu’il soit tout à fait possible que les services de renseignement néerlandais n’aient pas pu empêcher le meurtre de Theo van Gogh, soit parce que les membres du groupe Hofstad n’ont pas parlé de ce complot d’assassinat entre eux dans leur appartement, soit parce que les informateurs des services de renseignement n’en ont rien su, des zones d’ombre subsistent. Il est certain que les Pays-Bas pourraient être beaucoup plus stricts avec les djihadistes, par exemple en ne leur pas accordant pas la citoyenneté.

14. Fortuyn espionné par le renseignement néerlandais, des informations sensibles ont été divulguées

Manifestement, l’AIVD n’a réussi à empêcher ni le meurtre de Pim Fortuyn, ni celui de Theo van Gogh. Cependant, l’AIVD espionnait Pim Fortuyn et, dans ce cas, ses agents semblent avoir agi hors du cadre légal de la démocratie et, en même temps, ils n’ont pas su tirer la sonnette d’alarme quant à certaines activités « extra-curriculaires » de Fortuyn et de ses amis.
L’AIVD et le ministre de l’Intérieur, Klaas de Vries, ont d’abord démenti avoir mis le domicile de Fortuyin sur écoute. Interviewé au journal du soir, de Vries est apparu incroyablement nerveux et tendu, il était donc clair dès le début qu’il y avait anguille sous roche :
« C’est une foutaise absolue [la mise sur écoute du domicile de Pim Fortuyn]. Il ne viendrait pas à l’esprit des services secrets des Pays-Bas de faire pression sur les politiciens et en plus aucun ministre ne marcherait. C’est donc de la foutaise totale… Oui, toutes les activités d’écoute du BVD [AIVD] doivent être approuvées au préalable par écrit par quatre ministres, mais bon, le cas ne pouvait même pas se présenter, parce que le BVD [AIVD] s’occupe de choses tout à fait différentes, il est là pour protéger la démocratie, pas pour la subvertir… Complètement impossible [que l’AIVD ait agi de sa propre initiative]… Je ne peux pas vous en dire plus, madame. Je peux seulement vous dire que tout cela est complètement absurde. » [49]
Ces premières déclarations de de Vries sont vraiment fascinantes, tout d’abord parce que Fortuyn était très certainement espionné [ 50 ] et ensuite parce que, en 2013, il a été révélé que « l’AIVD met sur écoute les membres des partis politiques », fait que les services de sécurité ont tenté de cacher. [51]
Dans le cas de Fortuyn, il semble que les opérations d’espionnage ne se soient pas limitées à la simple mise sur écoute. Selon des amis proches, non seulement la maison, la voiture et le téléphone portable de Fortuyn étaient écoutés, mais les informations confidentielles dont il parlait en privé étaient parfois divulguées à la presse. Pour éviter les fuites, les membres de l’équipe de campagne de Fortuyn parlaient parfois en langage codé, se rencontraient dans des lieux publics et n’abordaient pas de sujets sensibles au téléphone portable. Juste avant sa mort, il a même été décidé que Fortuyn habiterait chez des amis, pour des raisons de sécurité. Ces aspects ont été évoqués en 2005 au cours d’une table ronde à laquelle a participé l’ancien ministre de l’Intérieur Klaas de Vries dans l’émission Barend en van Dorp. En voici une transcription partielle :

Frits Barend : Dimanche prochain, [le journaliste d’investigation] Peter R. de Vries dévoilera dans l’émission des enregistrements qui montreront que Pim Fortuyn a été écouté et qu’il a été suivi. Ces faits ont toujours été niés…

Klaas de Vries : Je ne suis pas au courant, euh… non, certainement pas. Je n’en savais rien [il semble vraiment nerveux]… Vous semblez vouloir dire que [, en tant qu ministre chargé de l’AIVD, j’aurais dû être au courant que Fortuyn était espionné], mais ce qui s’est passé, c’est que c’était la police qui était chargée de vérifier si Pim Fortuyn avait des problèmes – s’il était menacé, ou s’il faisait l’objet d’un chantage… Après avoir consulté le ministère de la Justice, ils ont conclu qu’il n’y avait pas de problèmes…

Yves Gijrath, organisateur de Millionaire’s Fair : Saviez-vous qu’il était suivi ? Saviez-vous que son domicile était mis sous écoute ? Qu’il était suivi dans la rue ? Qu’il vivait dans la peur ?…

De Vries : Non, absolument pas…

Gijrath : Qu’il a été menacé en mars dans un restaurant de La Haye ? Il y a un rapport de police. Il n’a jamais été rendu public. Vous le savez.

De Vries : Oui, mais tout cela a fait l’objet d’une enquête, n’est-ce pas ?

Gijrath : Il avait peur de mourir et il voulait une protection policière, mais seulement si elle lui était offerte par Wim Kok. Je lui ai demandé une fois : « Alors, pourquoi as-tu si peur ? » C’était le 30 avril, le jour de la Reine, six jours avant sa mort… N’est-il pas temps que tu bénéficies d’une véritable protection ? Il ne dormait plus chez lui. Il allait dormir quelque part à Groningue. « Tu ne bénéficies toujours pas d’une protection ? », ai-je insisté. « Non, ils m’ont même mis sur écoute. » « Comment est-ce possible ? Qui a fait ça », lui ai-je encore demandé.

De Vries: Oui, mais ce n’était pas le cas.

Gijrath : Il a tout inventé alors ? Je suis allé chez lui. Ce truc [le téléphone] ne fonctionnait même pas. Les communications étaient complètement brouillées…

De Vries : Oui, eh bien, je n’ai pas brouillé ce téléphone et la Commission van den Haak a fait une enquête incroyablement approfondie et elle a conclu que rien de tout cela n’était vrai.

Frits Barend : Ce n’est pas le point de vue de tout le monde. Je pense que l’enquête a été très orientée, une très mauvaise enquête, pour être honnête.

De Vries : Oui, bien [l’air passablement suffisant].

Frits Barend : Tout ce que vous avez lu, c’est que le ministère de la Justice n’a rien fait de mal. La police n’a rien fait de mal. L’AIVD n’a rien fait de mal. Personne n’a rien fait de mal…

Van Dorp : Je vais vous donner un exemple. Quatre heures après son assassinat, des détectives de Gooi en Vechtstreek pénètrent chez lui, mettent la maison sans dessus dessous et passent tout au peigne fin. Que faisaient-ils là ?

De Vries : Je pense qu’ils cherchaient à vérifier s’il avait effectivement été la cible de menaces, ou quelque chose dans le genre, mais j’insiste sur le fait que la Commission van den Haak a vraiment effectué une enquêté minutieuse.

Frits Barend : Eh bien, ça s’est pourtant produit ainsi, car un agent immobilier était présent et il a entendu dire [un policier] : « Ha! Nous l’avons trouvé ! » Et cet agent immobilier n’a jamais été interrogé. Il n’a même pas été cru. Et [le secrétaire du maire de Rotterdam et membre du parti de Pim Fortuyn] Joost Eerdmans en a conclu que ce qui avait été trouvé était très certainement du matériel d’écoute. Et ce qui est aussi étrange, c’est qu’il a fallu quatre à cinq jours avant que le mandat de perquisition du domicile de Volkert van der G. soit délivré. [52]
Klaas de Vries ressemble à un personnage de film. Même s’il est laconique, arrogant et considère le gouvernement comme l’autorité absolue et ultime, il est aussi absolument hilarant. Il ressemble à une gerbille en danger de mort et n’arrête pas de faire du mauvais esprit. Naturellement, il fréquente le « beau monde » depuis un bon nombre d’années ; voici les différentes fonctions qu’il a occupées :
– Député travailliste (1973-1988).
– Commission d’enquête du président sur les subventions à la construction (1986-1988).
– Président du Conseil socio-économique (1996-1998).
– Ministre du Travail et des Affaires Sociales (1998-2000).
– Ministre de l’Intérieur (2000-2002).
– Hôte de Bilderberg (2003).
– Directeur de la Commission de l’Atlantique.
– Membre de l’Assemblée de l’Atlantique Nord.
– Conseil consultatif de la compagnie d’électricité Eneco (2007).
– Sénateur (2007-2015).
– Membre du conseil d’administration de l’ONG pro-palestinienne Rights Forum, où il côtoie l’élite politique néerlandaise : Dries van Agt (fondateur et président), Laurens Jan Brinkhorst, Hans van den Broek, Wim van Eekelen, Hedy d’Ancona (Société Républicaine), Pieter Kooijmans et Jan Pronk.
Il est difficile de dire qui a donné l’ordre d’écouter le téléphone de Pim Fortuyn et pour quelle raison. Peu après avoir créé l’ISGP, j’ai moi-même eu à faire à la sûreté nationale. Pendant un certain temps, je ne recevais aucun des livres que je commandais en Angleterre, alors que je recevais bien ceux que je commandais aux États-Unis. Au moins un phénomène curieux a affecté mon téléphone dans cette même période. Aussitôt que je posais le combiné contre mon oreille, j’entendais en arrière-plan ce qui ressemblait à un bruit de serveurs en marche. J’ai même reçu d’un groupe du nom de JASON qui se prétendait ultra-secret un document d’information sur la manière de protéger les centrales nucléaires américaines contre les attaques terroristes. Une semaine plus tard, ce courriel a disparu soudainement de ma boîte de réception avec tous les autres courriels qui s’y trouvaient, ce qui n’était jamais arrivé avant et n’est jamais arrivé depuis. Dans quelle mesure l’AIVD ou le ministre de l’Intérieur Klaas de Vries ont été informés de ces manigances, c’est ce que je ne peux pas dire. Dans le cas de Fortuyn non plus, personne n’est en mesure de dire dans quelle mesure le protocole officiel a été suivi.
En tout cas, aussi incroyable que cela puisse paraître, dans les mois qui ont précédé sa mort, celui qui avait tout pour devenir le politicien le plus puissant des Pays-Bas a été diabolisé, terrorisé et espionné par des forces inconnues. Que les témoignages de ses amis soient véridiques ou non, il est difficile d’imaginer que les pouvoirs en place avaient l’intention de laisser Fortuyn devenir Premier ministre. Son assassinat semble avoir été presque inévitable.

15. L’avocat de Fortuyn, Oscar Hammerstein, lié à la manipulation étatique

Lorsque, quelques jours après la table ronde à laquelle avait participé Klaas de Vries à Barend en van Dorp, Peter R. de Vries, un des journalistes les plus célèbres de Hollande et aussi un des plus grands propagateurs de fausses informations sur l’assassinat de John F. Kennedy, a révélé que l’AIVD avait écouté le téléphone de Fortuyn, il a également révélé que les services de sécurité avait réuni des preuves que Pim Fortuyn était un violeur d’enfants. [54] Mis à part le fait que cette « fuite » curieuse soit intervenue à un moment incroyablement opportun pour l’establishment, il existe des preuves indirectes que cette affirmation pourrait bien être vraie. Theo van Gogh et Tomas Ross n’étaient pas les seuls amis étranges de Fortuyn. Il y avait aussi le célèbre avocat néerlandais Oscar Hammerstein, principal avocat de Fortuyn tout au long de sa carrière politique et qui, après la mort de celui-ci, a critiqué les médias et l’establishment politique pour avoir diabolisé Fortuyn. [55]
Hammerstein est un ami intime et un associé de longue date de l’avocat Frits Salomonson, conseiller principal et ami très proche de la famille royale néerlandaise. Il aurait lui-même rencontré régulièrement le prince héritier Alexandre (aujourd’hui roi). En outre, les deux avocats ont été accusés de maltraitance d’enfants. Salomonson publiquement ; Hammersteinn dans un dossier qui n’a jamais été abordé par les grands médias. Ensuite, il y a l’ancien associé de ce duo, le comte Rutger Jan Schimmelpenninck (né en 1949), que l’ ISGP a relié au culte pédosexuel de Westerflier qui est décrit dans les Dossiers-X Dutroux. Dans cette affaire, que l’ISGP a également été le premier à révéler, du moins au monde anglophone, les accusations de pédophilie se mêlent à des accusations de liens mafieux. [56]
Comme si cela ne suffisait pas, en 2004, Hammerstein a réuni des fonds (plusieurs dizaines de milliers d’euros par an, semble-t-il) [58] pour le média « alternatif » De Gestopte Roker, continuation de la plate-forme Internet activiste de van Gogh De Gezonde Roker. [57] Ce faisant, Hammerstein a fourni une plate-forme à Pamela Hemelrijk, membre de la Société républicaine et à son compagnon de lutte Micha Kat qui, à cette époque, a entamé une campagne, qui devait prendre de l’ampleur, contre le secrétaire général du ministère de la Justice Joris Demmink, accusé à plusieurs reprises, avec d’autres hauts fonctionnaires, de maltraitance d’enfants. Donc, comme l’ISGP l’a écrit dans un autre article, Kat et une poignée d’activistes ont été logistiquement et financièrement soutenus par des personnes ayant des liens douteux avec la sécurité nationale des États-Unis et des agents de la CIA impliqués dans le trafic de drogue. En outre, un grand nombre des témoins et des preuves produits par Kat et ses associés se sont avérés complètement bidon. Par conséquent, nous sommes obligés de conclure que toutes ces personnes sont impliquées dans une sorte de machination montée par la sûreté nationale.
D’autres éléments nous autorisent à en arriver à cette conclusion. D’abord, il y a les accusations de maltraitance d’enfants contre Hammerstein et Salomonson. Ces accusations existent également contre Pim Fortuyn et Gérard Spong, autre avocat très en vue qui, avec Hammerstein, a tenté de poursuivre les membres de l’establishment après l’assassinat de Fortuyn. [59] Mais qui est celui qui porte ces accusations avec le plus de détermination ? Micha Kat, ancien employé de Hammerstein à De Gezonde Roker. [60] N’est-ce pas étrange ? N’est-il pas non plus étrange que, à une exception près, qui est celle qui a été pointée du doigt par l’lSGP dans les Dossiers-X Dutroux, tous ceux, y compris Demmink et ses collègues du Bureau du Procureur, qui ont été accusés de maltraitance d’enfants aux Pays-Bas sont des homosexuels ?
Ce ne sont pas les coïncidences bizarres et les associations curieuses qui manquent. Que penser, par exemple, du fait que De Gezonde Smoker a également été financé par la Fondation Stichting MeerVrijheid, groupe d’opposition contrôlée de droite libertarienne. Dans son conseil consultatif siègent un membre de l’Institut Ludwig von Mises et un spécialiste de l’OTAN ainsi que des membres de l’équivalent néerlandais du Council on Foreign Relations (Clingendael) et des membres de divers instituts conservateurs états-uniens. [61] Il est très difficile d’imaginer qu’Hammerstein et Stichting MeerVrijheid dirigeaient un média véritablement indépendant de la sûreté nationale.
Hammerstein n’a peut-être pas été membre de la Société républicaine, mais, à en juger par ses amis et ses activités, il aurait très bien pu l’être. Il était probablement un peu trop proche de la maison royale pour que son adhésion ait été crédible. En tout cas, le cas de Hammerstein fournit des preuves supplémentaires que Fortuyn faisait partie d’un réseau très particulier d’agents de renseignement(******). Il n’était pas du tout indépendant.

Partie 3 : Qui a tué Fortuyn ?
SR9

16. Le tueur de Fortuyn financé par le réseau d’ONG des Rockefeller et des Orange

Dans son livre de 2014, Hammerstein critique vertement les militants écologistes qui avaient combattus son ami Fortuyn, les comparant aux extrémistes musulmans. [62] Il ne visait pas seulement l’assassin de Fortuyn, Volkert van der Graaf, mais aussi trois écologistes de la Biologische Bakkers Brigade qui, le 14 mars 2002, environ sept semaines avant son assassinat, avaient lancé des gâteaux remplis d’excréments d’animaux au visage de Fortuyn. Hammerstein était allé porter plainte à la police en compagnie de Fortuyn. [63] Aucune mesure n’avait été prise.
Après l’assassinat, la presse n’a guère prêté attention ni au réseau d’activistes dont faisaient partie les membres de la BBB, ni à l’assassin, Volkert van der Graaf. Le seul « spécialiste » de ces réseaux d’activistes verts qui était autorisé à s’exprimer sporadiquement sur le sujet dans la presse était Peter Siebelt, agent d’extrême droite de la sûreté nationale qui assimile l’activisme vert au terrorisme et au crime organisé. Selon Siebelt, il semble que les réseaux militants de Van der Graaf et de la BBB se chevauchaient, mais, en fin de compte, sa conclusion est que ces militants « terroristes » verts sont contrôlés par les Verts et une poignée d’avocats bien connus. [64]
Cependant, regardons les choses en face, le mouvement vert est contrôlé par le groupe mondialiste, qui, aux Pays-Bas, est représenté par cette famille royale qu’aime tant Hammerstein. Et il n’est donc pas surprenant de voir que les liens du militant écologiste Volkert van der Graaf, l’assassin de Fortuyin, étaient aussi bizarres et incestueux que ceux de la coterie de sa victime. Nous avons déjà vu que la police considérait van der Graaf comme le principal suspect dans le meurtre encore non élucidé du fonctionnaire du ministère de l’Environnement Chris van der Werken et que le téléphone de van der Graaf avait été écouté par les services secrets néerlandais pendant la période précédant la mort de Fortuyn. Nous ne savons pas si ces deux faits étaient liés. Il est tentant de penser que la surveillance du téléphone de van der Graaf était simplement due à ses activités dans le Vereniging Milieu Offensief (Association Environnementale Offensive) et n’était motivée que par la paranoïa qui survit depuis l’époque de la Guerre froide dans les services de sécurité pour tout ce qui est de gauche.
Quelles que soient les raisons exactes pour lesquelles le téléphone de van der Graaf a été mis sur écoute, sa position de co-fondateur, secrétaire et trésorier du Vereniging Milieu Offensief [65] le plaçait en première ligne de la bataille entre l’aile libérale et l’aile conservatrice de la superclasse. Tout service de sécurité nationale considérerait un groupe comme Vereniging Milieu Offensief comme une cible de choix pour l’un de ses agents.
Plus important encore, l’establishment libéral a littéralement créé et continue de porter à bout de bras le mouvement écologiste international. L’ISGP l’a d’abord remarqué en enquêtant sur le très secret 1001 Club, qui contribue à subventionner le Fonds mondial pour la nature. Fondé par le prince Bernhard, il a compté parmi ses membres le prince Philip, des Rockefeller, des Rothschild, des Bechtel, des Liechtenstein, des Habsbourg et d’autres grandes familles. Mais le WWF n’a rien d’unique à cet égard. Des dizaines et des dizaines de groupes écologistes reçoivent des millions et des millions des plus grandes fondations libérales (la Fondation Packard, la Fondation Hewlett, la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller, le Fonds Rockefeller Brothers, Tides, etc.). Voici quelques-uns des groupes écologistes les plus importants que subventionnent ces grandes fondations libérales :
– WWF et Peace Parks Foundation
– Greenpeace
– Friends of the Earth
– Sierra Club
– Natural Resources Defense Council
– Rainforest Action Network
Me demandant si l’assassin de Fortuyn avait un lien quelconque avec ces groupes, j’ai rapidement remarqué que le siège de son Vereniging Milieu Offensief était dans les locaux de Milieudefensie (Défense de l’Environnement). [66] Et, bizarrement, Milieudefensie est la branche néerlandaise de Friends of the Earth [67], un de ces groupes écologistes largement financés par des ONG de l’establishment libéral. Il y a quelques années, j’ai découvert que des membres du 1001 Club comme Robert Anderson, Maurice Strong, les Rockefeller, Aurelio Peccei (1908-1984) (subordonné de Gianni Agnelli, lui aussi membre du 1001 Club) et le milliardaire Ted Turner participaient au financement et même à la gestion de Friends of the Earth. [68] L’ISGP a recueilli beaucoup plus d’informations depuis. Ce qui suit est une liste partielle et cumulative des subventions accordées par de grandes fondations à Friends of the Earth dans les années qui ont précédé et dans celles qui ont suivi l’assassinat de Pim Fortuyn.

1999 : Kellogg Fund 20 000 $
1999 : Packard Foundation 45 000 $
2000 : John Merck Fund 45 000 $
2000 : Rochschild Foundation 30 000 $
2001 : Rockefeller Philanthropy Advisors 50 000 $
2001: Rockefeller Brothers Fund 1 427 500 $
2001 : Merck Family Fund 105 444 $
2001 : MacArthur Foundation 870 000 $
2001 : Threshold Foundation 86 000 $
2002 : Rockefeller Family Fund 400 000 $
2002 : Pew Charitable Trusts 555 000 $
2002 : Turner Foundation 425 000 $
2003 : Ford Foundation 2 243 901 $
2004 : Mott Foundation 7 303 965 $
2005 : Tides Foundation 142 811 $
TOTAL
13 749 621 $

IL est dommage que la plupart de ces chiffres proviennent de sites conservateurs comme activistfacts.com. Ils sont cependant confirmés pour la plupart par les rapports annuels de Friends of the Earth. Les sources exactes sont fournies dans « L’aile libérale de la CIA », où l’on peut également trouver beaucoup plus d’informations sur toutes ces fondations.
Comme le siège du groupuscule de van der Graaf, Vereniging Milieu Offensief, était situé dans le même bâtiment que Milieudefensie, la branche néerlandaise de Friends of the Earth [69] et que, de plus, le nom de ces deux organisations se répondent (Offensief/Defensie), on peut se demander dans quelle mesure van der Graaf a coordonné la création de son groupe avec Friends of the Earth. Curieusement, presque rien n’a été écrit sur ce sujet. Ce que je sais est que Vereniging Offensief Milieu et Friends of the Earth n’ont pas cessé de déposer conjointement plainte contre des agriculteurs pour infraction aux lois environnementales. [70] Un autre indice très important semble être que Sjoerd van der Wouw, la personne avec laquelle Van der Graaf a fondé Vereniging Milieu Offensief en 1992 et son principal associé tout au long des années 1990 dans la gestion de l’ONG (Van der Wouw en était le président et Van der Graaf le secrétaire-trésorier), a travaillé à un moment donné pour Milieudefensie/ Friends of the Earth Pays-Bas. [71]
SR10
Plus important encore, le Vereniging Milieu Offensief de van der Graaf et la branche néerlandaise de Friends of the Earth ont été financés par la Nationale Postcode Loterij (Loterie nationale Néerlandaise). A travers la Stichting Doen (Fondation Doen), la Nationale Postcode Loterij a versé un peu plus de 150 000 euros dans le coffre au trésor de la Vereniging Milieu Offensief au cours de la période 1992-1998. [72] Il semble que ces fonds, qui auraient été en grande partie gérés par le co-fondateur, secrétaire et trésorier Volkert van der Graaf, ont été utilisés pour assurer le fonctionnement du Vereniging Milieu Offensief dans ses débuts, jusqu’à ce qu’il trouve d’autres sources de financement. À la fin des années 1990, de nombreux fermiers achetaient le Vereniging Milieu Offensief pour éviter des poursuites judiciaires coûteuses [73], ce qui peut expliquer pourquoi la Nationale Postcode Loterij a cessé de le financer.
Tout cela peut sembler peu passionnant, si ce n’est que la Fondation Doen collabore avec Rockefeller, Ford, Open Society (Sörös), Omidyar et d’autres fondations de « l’aille libérale de la CIA » dans une flopée de programmes internationaux. [74] En outre, la Nationale Postcode Loterij a été fondée en 1989 par Simon Jelsma qui, à en juger par le portrait du prince Bernhard accroché chez lui [75], était dans les meilleurs termes avec lui. En 1959, Jelsma et le prince Bernhard ont tous deux fondé Oxfam Novib, la branche hollandaise de la prestigieuse ONG immigrationniste de « l’aile libérale de la CIA », Oxfam International. Oxfam Novib a pu compter sur l’étroite collaboration de nombreux membres de la superclasse néerlandaise. Au fil des décennies, nous retrouvons dans son conseil d’administration d’anciens premiers ministres et secrétaires d’État, dont certains ont également dirigé la fondation néerlandaise Carnegie et l’Institut néerlandais des Affaires Internationales (Clingendael), ont été les hôtes du Bilderberg ou ont d’autres liens avec la superclasse internationale. Le Premier ministre sortant au moment de l’assassinat de Fortuyn, Wim Kok, comptait parmi eux. [76] Les succursales internationales d’Oxfam sont financées par les mêmes fondations que celles qui financent Friends of the Earth. La Stichting Oxfam Novib a elle-même reçu 1,5 million de dollars de la seule Fondation Ford au cours de la période 2008-2014. [77] En ce qui concerne la Nationale Postcode Loterij, il semble que Jelsma et ses amis l’aient fondée dans le but de pouvoir financer par un afflux continuel d’argent leurs ONG de développement durable préférées. Sans surprise, la NPL est devenue le principal soutien financier des médias hollandais, en particulier autour du Nouvel An ; une loterie nationale qui investit dans des causes caritatives est ce qui se trouve de mieux pour financer un réseau d’ONG.
Si jamais les médias dominants rapportaient largement ces faits, nul doute qu’ils suggéreraient que les gens qui jouent à la loterie nationale ont indirectement financé l’assassinat de Fortuyn. Le fait est que l’élite politique et la superclasse qui entourent la famille royale néerlandaise et le réseau philanthropique des Rockefeller ont directement financé les activités du tueur de Fortuyn, Volkert van der Graaf. Ce n’est pas tout. Les élites néerlandaises qui gèrent le réseau Oxfam Novib / NPL ont occupé des postes dans les cabinets Kok et même dans le cabinet Balkenende, à qui le poste de premier ministre était certain de revenir après la mort de Fortuyn. On peut citer ici Ben Bot, Benk Korthals d’Oxfam Novib [78] ainsi que Pieter Winsemius et Cees Veerman.
Veerman et Winsemius en particulier ont chacun des conflits d’intérêts assez incroyables et sont tous deux des insultes aux Pays-Bas. De 1997 à 2002, Veerman a été président de l’Université de Wageningen, où Volkert van der Graaf est devenu pour la première fois membre d’un réseau écologiste organisé et radical et où il semble que « plusieurs professeurs […] avaient des convictions [écologistes] très radicales ». Après l’assassinat de Fortuyn, le nouveau Premier ministre, Balkenende, a nommé Veerman ministre de l’Agriculture, de la Nature et de la Qualité des Aliments (2002-2007). Une fois à la retraite, Veerman a obtenu un siège au conseil consultatif de la Rabobank et, comme je viens de l’indiquer, a été nommé président de la Holding Nationale Goede Doelen Loterijen N.V..
La Holding Nationale Goede Doelen Loterijen N.V. avait été présidée par Winsemius de 2001 à 2012, période au cours de laquelle la Holding a financé les activités de van der Graaf. [80] De 2006 à 2007, Winsemius a brièvement occupé le poste de ministre du Logement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement dans le gouvernement de Balkenende. [81]
Si quelqu’un se demande si le ministère néerlandais de la Justice ne s’est pas inquiété du fait que l’un des ministres du gouvernement avait des conflits d’intérêts, qu’il sache que, un mois après l’assassinat de Fortuyn, le Premier ministre Balkenende a nommé Piet Hein Donner ministre de la Justice. Or, Donner connaissait personnellement van der Graaf. Quelques mois avant d’être nommé ministre de la Justice, il était président de la chambre des affaires environnementales du Conseil d’État, qui était en charge des poursuites contre Van der Graaf. Il a personnellement rencontré van der Graaf avant qu’il n’assassine Fortuyn et a ensuite été chargé d’enquêter sur l’affaire. [82] Plus on y réfléchit, plus tout cela semble inconcevable.
Une autre des personnes sur laquelle Donner était chargé d’enquêter était une certaine baronne Pauline van Tuyll van Serooskerken, l’une des trois écologistes de la Biologische Bakkers Brigade qui, le 14 mars 2002, environ sept semaines avant l’assassinat de Fortuyn, lui avait jeté des gâteaux remplis d’excréments d’animaux au visage. Comme indiqué plus haut, Fortuyn et son avocat Oscar Hammerstein avaient immédiatement déposé plainte, mais aucune mesure n’avait été prise jusqu’à ce que Fortuyn soit assassiné. La baronne et les deux autres membres de la BBB ont alors été arrêtés, pour être rapidement libérés et l’on a plus entendu parler d’elles. Le nom de la baronne n’a été mentionné que dans quelques journaux et encore n’ont-ils publié que ses initiales (« Pauline van T. van S. ») [83]. En ce qui nous concerne, nous ne saurions rien d’elle, si nous n’avions pas glané quelques renseignements sur elle en écrivant la biographie de tous les membres néerlandais du 1001 Club du Prince Bernhard.
Il s’avère que la baronne Pauline van Tuyll van Serooskerken appartient à une famille qui est obsédée par le développement durable ; deux de ses parents sont ou ont été membres du 1001 Club et la famille a des liens avec l’aristocratie britannique. [84] Les deux membres de la famille Tuyll van Serooskerken qui ont appartenu ou appartiennent au 1001 Club sont le baron Frederik Willem Walter (1911-1985) et son fils le baron Ernest George Frederik (1939-?). D’autre part, des membres de la famille de van Tuyll van Serooskerken appartiennent ou ont appartenu à l’Illustre lieve vrouwe broederschap (Confrérie de l’illustre Notre-Dame), également connue sous le nom de Zwanenbroeders (*******), qui a été fondée en 1316 et avec laquelle la famille royale d’Orange a toujours eu des liens depuis. Appartiennent également à cette confrérie des membres de nombreuses autres familles aristocratiques néerlandaises – les van Lanschot, les Fentener van Vlissingen, les de Vos van Steenwijk, les Philips et d’autres [91] -, qui, pour certains, appartiennent également au 1001 Club. La baronne est liée à cette confrérie par son arrière-grand-père, le baron Frederik Christiian Constantijn (1886-1958) [92] ainsi que par son cousin, Sammy Tuyll van Serooskerken, homme politique libéral modéré qui a occupé des postes à la Banque centrale néerlandaise, au ministère des Finances et à l’Union européenne. De manière significative, en 1994, Serooskerken a cofondé le think-tank Tindemans, dont le but était d’étudier la meilleure façon de faire avaler au grand public la pilule de l’élargissement de l’Union européenne aux pays de l’Europe de l’Est, qui a eu lieu au cours des quinze années suivantes. Leo Tindemans, ancien Premier ministre belge, était un proche allié de la figure de l’Opus Dei Otto von Habsburg. Il a cofondé avec von Habsburg la branche luxembourgeoise de l’Europaeisches Institut für Sicherheitsfragen et est connu pour avoir fréquenté le tristement célèbre groupe Cercle.
Le député hollandais Ernst Hirsch Ballin a également bénéficié de l’assassinat de Fortuyn, car Balkenende, devenu Premier ministre après avoir remporté les élections en raison de la mort de Fortuyn, l’a nommé ministre de la Justice en 2006. Ballin fait également partie des principaux protecteurs que Joris Demmink semble avoir eu au gouvernement.
Un membre de la famille de la baronne a infiltré le LPF de Fortuyn [85] ; un autre a rejoint le Partij voor de Dieren (Parti pour les animaux) et figurait en quatorzième position sur la liste des éligibles. Le numéro un, Marianne Thieme [86], a embauché comme assistant personnel Sjoerd van der Wouw, associé principal de van der Graaf dans le Milieu Offensief. [87] Et, par une autre coïncidence, celui qui a contribué le plus au financement du Partij voor der Vouw et de sa campagne législative est un membre de la famille qui est à la tête de Heldring & Pierson N.V [88] et dont un certain nombre de membres appartiennent au 1001 Club du Prince Bernhard. [89] Ironiquement, la banque Pierson a également des liens avec la Société républicaine et le magazine Elsevier, la publication néerlandaise de loin la plus critique à l’égard du socialisme et des Verts.
Les médias dominants n’ont pas enquêté sur le cercle d’influence de la famille Van Tuyll van Serooskerken. En 2013, la baronne pouvait toujours participer à des émissions grand public sans que personne ne la reconnaisse comme l’une de celles qui avaient lancé des gâteaux au visage de Fortuyn. La baronne indique même sur son compte LinkedIn avoir travaillé pour Milieudefensie / Friends of the Earth en 2010, mais personne ne l’a relevé non plus. [90]
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Évidemment, dans une société normale et libre, les médias remueraient ciel et terre pour trouver les liens qui peuvent exister entre van der Graaf, la baronne et Friends of the Earth, ainsi que ceux qu’ils peuvent avoir avec le gouvernement ou l’élite. Peter Siebelt, individu d’extrême droite à la solde du renseignement, a été le seul à se lancer dans cette entreprise, mais, bien sûr, il ne mentionne jamais le fait que la superclasse libérale contrôle le mouvement écologiste, préférant considérer les Verts, le Parti Socialiste et le Parti Travailliste comme les forces contrôlant les principales fondations « vertes » et les groupes d’action qui sont sous leur direction. [93]

17. Les avocats de l’assassin de Fortuyn liés à la superclasse (Rockefeller-Sörös) ET à la Société Républicaine.

Peter Siebelt a décrit un autre aspect de l’« eco nostra », à savoir le soutien qu’apportent certains avocats aux militants écologistes, mais, ce faisant, il a oublié de mentionner leurs liens avec la superclasse. Après son arrestation, van der Graaf a demandé à être représenté par l’avocat Pieter Bakker Schut. Schut a refusé [94], mais un de ses camarades d’extrême gauche qui avait travaillé avec certains de ses anciens associés [95] et avait été un sympathisant du groupe terroriste Rote Armee Fraktion [96], Britta Böhler, a accepté la charge du dossier et l’a transmis à son employé, A. A Stijn Franken. [97]
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De 1991 à 1994, Böhler a travaillé chez Loeff Claeys Verbeke [98], le cabinet d’avocats pour lequel le célèbre duo Hammerstein et l’avocat de la famille royale Salomonson travaillaient quelques années plus tôt. [99] Naturellement, Hammerstein est devenu l’homme de confiance de Fortuyn au cours de la campagne électorale. Puis, de 1994 à 1999, Böhler a été secrétaire de Greenpeace Pays-Bas, avant d’en exercer la présidence de 1999 à 2002. [100] Comme indiqué plus haut, elle a été forcée de démissionner de son poste de présidente de Greenpeace Pays-Bas pour assurer la défense de l’assassin de Fortuyn. [101] Il peut sembler surprenant qu’un cadre de Greenpeace accepte d’assurer la défense d’un terroriste vert lié à Friends of the Earth. On pourrait penser que le mouvement écologiste voudrait se distancier autant que possible d’un militant écologiste devenu un assassin politique. Le fait est que les journaux nationaux se sont montrés coopératifs, en ne posant aucune question et, grâce à Böhler, ils n’ont eu aucun mal à dépeindre le mouvement écologiste comme un front unifié soutenant les assassinats politiques. Naturellement, comme mentionné plus haut, Greenpeace est financé par les mêmes fondations que Friends of the Earth : la Fondation Rockefeller, le Fonds Rockefeller Brothers, la Fondation Ford, Mott, Tides, Turner, Packard, Hewlett, etc. Ces fondations sont toujours parmi les principaux donateurs de Greenpeace. [102] Or, comme l’ISGP l’a montré dans l’article sur la Pilgrims Society, elles constituent des créatures de la CIA et d’un certain nombre de fonctionnaires du gouvernement américain.
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Les coïncidences ne s’arrêtent pas là. Étonnamment, Britta Böhler appartient à la Société Républicaine – elle en est devenue membre en 2000, un an avant que Pim Fortuyn, lui aussi membre de la Société Républicaine, n’annonce sa candidature au poste de Premier ministre. Theo van Gogh et Tomas Ross aussi étaient membres de la Société républicaine, eux qui ont répandu de fausses informations sur l’assassinat de Foruyn. Frits Barend et Jan Mulder, les premiers à avoir organisé une table ronde avec des témoins clés de la fusillade de Fortuyn, en étaient bien membres, eux aussi. En décembre 2005, ils ont eu en quelque sorte l’audace d’organiser une discussion entre le ministre de l’Intérieur Klaas de Vries et l’ami de Fortuyn, Yves Gijrath, au sujet de l’espionnage illégal de Fortuyn par l’AIVD. Qu’y a-t-il donc d’étonnant à ce que l’avocat de l’assassin van der Graaf, Britta Böhler, s’avère être membre de ce même club, qui compte ou comptait environ 200 personnes ? Böhler a également défendu Samir Azzouz, membre du groupe Hofstad, le groupe terroriste responsable de l’assassinat en pleine rue du membre de la Société Républicaine Theo van Gogh. Pourquoi tant d’événements de portée mondiale se déroulent-ils dans une petite bulle de la superclasse ?
De 2007 à 2011, Böhler a été sénatrice des Verts. Dévouée à l’environnementalisme, elle semble être très utile à l’aile libérale de la superclasse à tous les égards. En 1994, Bohler s’est rendue en Afrique du Sud en tant qu’observatrice auprès la Fondation des avocats (Stichting Juristen) de Johannesburg, dont elle est ensuite devenue la présidente ; elle était chargée de surveiller les premières élections libres qui étaient organisées dans ce pays à la suite de l’abolition de l’apartheid. Inutile de dire que, avec le Dalaï Lama, Kofi Annan et le révérend Desmond Tutu, Nelson Mandela était l’un des leaders du tiers-monde favori de l’aile libérale de l’establishment (la princesse Mabel d’Orange, par exemple, s’était investie dans The Elders, le groupe de Nelson Mandela) ; Il était aussi le préféré de Böhler. [ 105 ]
De 2009 à 2011, elle a été membre du comité consultatif d’Interchurch (ICCO), coopérative axée sur le développement durable. Un message pris au hasard sur la page d’accueil de son site Internet nous informe que « les Indiennes vont [bientôt] gagner de l’argent en produisant des crédits-carbone », ce qui nous indique instantanément que cette ONG est financée par l’establishment. La Fondation Ford et la Fondation Bill & Melinda Gates font partie des bailleurs de fonds de l’ICCO. La Fondation Ford et la Fondation Bill & Melinda Gates financent aussi l’organisation caritative palestinienne Al-Haq, aux côtés de l’Open Society Foundations de Sörös. L’Open Society Foundations n’est pas répertoriée comme bailleur de fonds de l’ICCO, mais la Nationale Postcode Loterij, qui fournit à l’ICCO plus de 1,3 million d’euros par an, l’est certainement. [107].
Au cours de sa carrière d’avocate, Böhler a eu un certain nombre de clients très embarrassants sur le plan politique, parmi lesquels le leader kurde du PKK Abdullah Öcalan, allié du cartel de l’héroïne de Hüseyin Baybaşin ; Samir Azzouz, membre du groupe terroriste Hofstad et assassin de Theo van Gogh ; la militante anti-islam Ayaan Hirsi Ali, qui a fui les Pays-Bas, envahi par les musulmans, pour faire la fête avec les Rothschild et travailler, aux côtés des néo-conservateurs, des directeurs à la retraite de la CIA et des oligarques russes, à l’American Enterprise Institute et au Belfer Center ; et Maarten Mourik, dont le procès a presque empêché le roi Willem Alexander d’épouser sa femme actuelle, Maxima.
Le fait que Böhler se soit occupée de ces affaires sensibles s’explique logiquement par ses liens avec Pieter Bakker Schut, l’avocat que van der Graaf avait initialement demandé. Dans les dernières années de leur vie, Bakker Schut et sa femme, Adele van der Plas, sont devenus des experts en matière de la manipulation de l’Etat néerlandais. En avril 2007, le couple a poursuivi le secrétaire général du ministère de la Justice, Joris Demmink, pour fabrication et manipulation de preuves dans le but de faire jeter en prison leur client, le patron du cartel d’héroïne, Hüseyin Baybaşin. Bakker Schut et sa femme ont allégué que Demmink avait été victime d’un chantage de la part du gouvernement turc, qui aurait détenu des preuves de son implication dans le viol de mineurs en Turquie. [108] À cette époque, Demmink avait déjà été accusé de pédophilie par des médias comme Gay Krant et Panorama ainsi que par des militants comme Pamela Hemelrijk et Micha Kat. Pourquoi ne pas scruter plus en détail le passé de Bakker Schut et de sa femme ?
Pieter Bakker Schut (décédé en 2007) est allé l’université de Leyde, où il a adhéré à la fraternité Minerva, à laquelle appartiennent également la plupart des membres de la famille royale. Dans les années 1970, il a été l’avocat de la Rote Armee Fraktion (RAF), groupe terroriste communiste soupçonné ici et là d’être téléguidé par la CIA et l’OTAN dans le cadre de l’opération Gladio. Bakker Schut partageait entièrement les idéaux de la RAF, y compris le terrorisme. Il était également pour le trafic de drogue, sous prétexte que des drogues comme la cocaïne et l’héroïne ne devaient pas être illégales. [109] Plus tard, il a défendu les gangsters néerlandais Mink Kok et Sam Klepper. [110] Kok est un trafiquant de drogue et un trafiquant d’armes qui est en relation étroite avec les services de renseignement de nombreux pays. Quant à Sam Klepper, comme par hasard, en 1991, une grande cache d’armes de Gladio a été découverte chez lui. [ 111 ] Van der Graaf a immédiatement demandé à Bakker Schut de le défendre, pour être finalement défendu par un de ses proches collègues.
En 2010, l’avocate Adele van der Plas a créé la Fondation Bakker Schut (Bakker Schut Stichting). Elle a engagé Klaas Langendoen pour qu’il enquête sur les accusations du gouvernement turc contre Demmink. Langendoen, ancien chef du renseignement criminel, était au cœur de l’affaire IRT, à l’origine de laquelle se trouve Mink Kok ; celui-ci avait pu importer 15 tonnes de cocaïne du Cartel de Cali sans être inquiété. L’affaire IRT a toutes les caractéristiques de l’affaire de trafic de drogue qui était au cœur de l’Iran contra, trafic contrôlé par la CIA à travers l’agent spécial de la DEA Robert Nieves.
En 2012, Langendoen et la Fondation Bakker Schut ont produit un documentaire à gros budget de 20 minutes intitulé « Dutch Injustice: When Child Traffickers Rule a Nation » (« L’injustice aux Pays–Bas : quand des trafiquants d’enfants dirigent une nation »). Il présente les mineurs que Demmink aurait prétendument violés en Turquie en 1995. Demmink, cependant, prétend avoir été pour la dernière fois en Turquie à la fin des années 1980. Si les témoignages de ces jeunes Turcs sont aussi authentiques que les autres preuves recueillies contre Demmink, il ne serait pas surprenant qu’il dise vrai. La campagne contre Demmink a été discrètement soutenue par Robert Rubinstein, connu pour avoir été associé à des personnes comme Jack Abramoff, Charles Rockefeller (fils du sénateur Jay Rockefeller) et d’autres membres de l’élite. [ 112 ] De 1999 à 2001, Adele van der Plas a été l’avocate de l’église Santo Daime aux Pays-Bas, dont les membres avaient été arrêtés pour détention et transport d’ingrédients servant à la préparation de l’ayahuasca. Elle a gagné le procès et a veillé à ce que l’église puisse utiliser légalement l’ayahuasca dans ses rituels.
En 2014, Adele van der Plas a pris la parole à la Conférence mondiale sur l’Ayahuasca à Ibiza, qui était financée, à travers des intermédiaires, par des fonds provenant des fondations Sörös et Rockefeller. Parmi les conférenciers il y avait Jeffrey Bronfman et Ethan Nadelmann qui, depuis des décennies, œuvre pour Sörös à la légalisation de l’herbe, de l’ayahuasca, de l’ibogaïne et des champignons hallucinogènes. [113]
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On peut dire qu’Adele van der Plas met tout en œuvre pour que l’ayahuasca et d’autres psychédéliques soient légalisés, mais, en même temps, il est clair qu’elle tente de répandre de fausses informations. Elle donne clairement l’impression d’être un agent de puissantes forces liées aux services de sécurité américains, vraisemblablement l’aile libérale de la CIA. Il est également important de noter que van der Plas, l’ancien premier ministre Wim Kok et la princesse Mabel Wisse Smit d’Orange, dont les liens qu’elle a eus avec le crime organisé néerlandais sont avérés [114], sont tous les principaux représentants de Sörös. Van der Plas, en raison du combat qu’elle mène pour la légalisation de la drogue, cause préférée de Sörös (et de Rockefeller) ; Wim Kok, par les efforts qu’il déploie dans ce sens dans l’International Crisis Group de Sörös [115] et Wisse Smit, en tant qu’homme lige de Sörös dans son Open Society Foundation depuis 1997. [116] De plus, même si la politique de l’Open Society Foundation est une politique de gauche progressiste, cette fondation a travaillé main dans la main avec de nombreuses autres fondations (Ford, Rockefeller, Packard, Hewlett, etc.) qui ont financé Greenpeace et Friends of the Earth. Les avocats de van der Graaf, Pieter Bakker Schut (époux de van der Plas), Britta Böhler (Greenpeace, les Verts) et A. A Stijn Franken appartiennent également au même réseau. Il devrait être très évident maintenant qu’il s’agit ici d’un petit cercle.
Au moment de terminer cet article, je me suis souvenu qu’il me fallait parler aussi d’un certain Victor Koppe, autre éminent avocat hollandais et mari de Britta Böhler des années 1990 au début des années 2000. [117] Koppe a étudié le droit à l’université d’Utrecht puis, en 1988 et 1989, à l’université de Virginie. [118] Au seul nom d’« université de Virginie » tout théoricien de la conspiration qui se respecte demandera : a-t-il été recruté par la CIA ? Peut être. Peut être pas. En attendant, chose « incroyable », il s’avère que Böhler a fait la connaissance de Koppe dans cette même université américaine pendant le séjour de six mois qu’elle y a fait en tant qu’étudiante chercheuse. « Incroyable », disais-je, parce que son passage à l’université de Virginie n’est apparemment mentionné dans aucune de ses biographies en ligne, ni dans aucun des articles de journaux qui ont été écrits sur elle depuis les années 1990, sauf dans un article du NRC d’octobre 2007 dans lequel Koppe explique « avoir connu Böhler là-bas [tout en] participant à des activités sociales à l’université au sein d’un petit club d’Européens ». [119] Compte tenu du nombre d’affaires de sécurité nationale dans lesquelles ce duo a eu part, il est important de connaître les liens qu’il a pu avoir avec les États-Unis. Et nous ne parlons même pas de la grande proximité de Böhler avec des désinformateurs qui, comme Pieter Bakker Schut et Adele van der Plas, travaillent apparemment pour la sûreté nationale, ni de sa présidence de Greenpeace, organisation cofinancée par « l’aile libérale de la CIA ».
Les liens présumés de Koppe avec l’Institut Clingendael – le CFR néerlandais – seraient une preuve supplémentaire de sa collaboration avec la sûreté nationale. [ 120 ] Cependant, à ce jour, aucune source ne confirme qu’il ait jamais été employé par cet institut (********).
Il y a plus encore. Après leur divorce au début des années 2000, Koppe et Böhler sont restés amis et ont continué à travailler ensemble dans le même cabinet d’avocats. Ils se sont occupés de nombreuses affaires importantes, souvent ensemble : le groupe terroriste Hofstad à la suite du meurtre de Theo van Gogh ; Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd Conservation Society, accusé d’avoir saboté des navires baleiniers en Norvège ; l’ETA ; le leader kurde du PKK Abdullah Öcalan, [125] ; Hüseyin Baybaşin, le baron du cartel kurde de l’héroïne, après son arrestation aux Pays-Bas en mars 1998 (selon les journaux, « dans les relations entre les Pays-Bas et la Turquie Baybaşin est un sujet tout aussi sensible qu’Öcalan. » [126]) etc. [121] En 2002, Koppe a aidé Böhler à défendre van der Graaf [122]. Un an plus tard, tous deux ont travaillé pour la princesse Margarita, fille de Carel Hugo van Bourbon-Parme et petite-fille du prince Bernhard et de la reine Juliana. [123] Ici aussi, l’ex-couple représentait un opposant à l’aile libérale de l’establishment, puisque la princesse Margarita accusait sa propre famille (les Orange) d’aider l’AIVD à espionner et même à saper les affaires de son mari, Edwin de Roy van Zuydewijn, à l’insu du Premier ministre et du ministre de la Justice. Il se peut que ces accusations ne soient pas totalement infondées, en ce sens que le prince Bernhard pouvait demander des informations à l’AIVD sans que le gouvernement en place le sache ou soit impliqué dans l’espionnage du mari de la princesse. [124] Depuis cette affaire, le premier ministre est devenu responsable de l’administration de la maison royale.
Le monde est petit, n’est-ce pas ? Pour résumer : Victor Koppe et donc sa femme Britta Böhler défendent Baybaşin à la fin des années 1990. Böhler dirige également Greenpeace et, en 2000, adhère à la Société Républicaine. En mai 2002, Pim Fortuyn, membre de la Société Républicaine et politicien promis au poste de Premier ministre, est assassiné. Böhler démissionne de son poste de présidente de Greenpeace et, avec son mari Victor Koppe, assure la défense de l’écologiste qui a assassiné Fortuyn. Peu de temps après, les membres de la Société Républicaine Theo van Gogh et surtout Tomas Ross commencent à répandre de fausses informations sur l’assassinat de Fortuyn, notamment en affirmant qu’un second tireur y était impliqué.
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Entre-temps Pieter Bakker Schut et son épouse Adele van der Plas ont repris l’affaire Baybaşin à Victor Koppe et à son épouse Britta Böhler. Bakker Schut meurt en 2007 et son épouse continue de jouer un rôle clé dans la plus grande machine de désinformation politique jamais vue aux Pays-Bas. Ce réseau regroupe toutes sortes de personnes : Micha Kat, Jan Poot, Robert Rubinstein, Koen Voskuil, Klaas Langendoen, Martin Vrijland, Steve Brown et bien d’autres. Parallèlement à ces activités, Adele van der Plas est un des pions clés de la clique Sörös-Rockefeller-Bronfman dans le processus de légalisation des psychédéliques.
Un petit cercle et, dans ce cercle, une même poignée d’individus impliquée dans les mêmes affaires, voilà qui sent plus ou moins la conspiration, mais ce qui est véritablement révélateur ici, bien sûr, c’est que les avocats qui en font partie ont manifestement recours à la désinformation, ou, à tout le moins, ne se soucient guère que de fausses nouvelles soient répandues.
D’autre part, il semble que les avocats fassent partie de tous les réseaux impliqués dans les conspirations de grande envergure, sans doute parce qu’ils ont accès à tous les secrets de leurs clients et des procureurs qui les poursuivent. L’ISGP a mentionné quelques cas de ce genre au fil des ans. Parmi les autres avocats qui, aux Pays-Bas, ont traité de nombreux dossiers sensibles on peut citer Oscar Hammerstein, la famille Moskovicz et Gerard Spong. Ces personnes font l’objet d’une étude détaillée dans l’article sur l’affaire Demmink. L’avocat de Dutroux, Xavier Magnee, est un cas incroyable. Il a attiré l’attention des médias du monde entier sur le réseau qui aurait été derrière Dutroux et dont on aurait cherché à dissimuler l’existence, mais, en même temps, il a lancé tout le monde sur une fausse piste en braquant les projecteurs sur les groupes satanistes Abraxas et Jumet digs [127], deux diversions créées par un commissaire de police bruxellois qui apparaît dans les Dossiers-X Dutroux en tant que membre d’un réseau de maltraitance des enfants. Et nous ne parlons même pas de la grande amitié entre Magnee et la plupart des ministres et aristocrates dont les noms figurent dans les mêmes Dossiers-X Dutroux, ni de son passé d’avocat du chef de la mafia sioniste-russe Sergueï Mikhaïlov. [128] D’autres avocats de premier plan mêlés aux plus sombres activités de la sûreté nationale apparaissent dans ces Dossiers-X. La situation n’est pas différente dans les autres pays. Souvenez-vous, par exemple, de l’avocat et sénateur John DeCamp, impliqué dans l’attentat à la bombe d’Oklahoma Coty, dans le mouvement des milices et dans les réseaux de maltraitance des enfants. Passons sur le fait qu’il était le meilleur ami de l’ancien directeur de la CIA, William Colby.
Un autre pont commun entre des avocats comme John DeCamp et Xavier Magnee d’une part et Adele van der Plas, Pieter Bakker Schut, Britta Böhler et Victor Koppe d’autre part est qu’ils semblent tous faire honnêtement leur métier. Sans une connaissance approfondie des dossiers sur lesquels ils travaillent, il serait impossible de les identifier comme étant des agents désinformateurs. En fait, leur couverture est tellement bonne que, même après avoir mis au jour leurs raisonnements discutables, leurs omissions et les liens qui les unissent, il est pratiquement impossible de dire quels sont leurs objectifs exacts. Dans l’affaire de l’assassinat de Fortuyn et surtout dans l’affaire Demmink, je ne peux même pas vraiment dire avec certitude ce qui se passe exactement. Tout ce que je peux démontrer, c’est l’existence d’activités très suspectes.

Partie 4 : Résumé et conclusions

18. Résumé et conclusions sur l’assassinat de Fortuyn

Les Pays-Bas ont été gouvernés par les Libéraux tout au long des années 1980 et 1990, par Ruud Lubbers de 1982 à 1994 et Wim Kok de 1994 à 2002. Ils étaient donc à la botte de Rockefeller et de Sörös, la clique qui est derrière le groupe Bilderberg et des ONG comme l’International Crisis Group, derrière la maison royale d’Orange et les grandes fondations qui injectent tous les ans des millions de dollars dans plus d’une centaine de grands groupes de développement durable. À partir de 1989, l’élite néerlandaise met en place une loterie nationale pour aider à financer des groupes tels que Greenpeace, le WWF et Friends of the Earth en coordination avec le réseau international des ONG Rockefeller. Lubbers en particulier devient un acteur important du mouvement international des ONG et du développement durable, participant aux conférences State of the Forum avec David Rockefeller, George Sörös, Maurice Strong et d’autres membres de la superclasse tournés vers le New Age ou l’écologie. Lubbers adhère aussi au 1001 Club.
Tout au long des années 1990, certains membres de cette superclasse politique et certains cadres de ces ONG, à travers la Loterie Nationale et Stichting Doen, réussissent à mettre plus de 150 000 euros dans les poches d’un certain Volkert van der Graaf, dont le groupe, Milieu Offensief, collabore avec Friends of the Earth. En 1996, il est soupçonné du meurtre d’un fonctionnaire du ministère de l’Environnement, mais n’est pas poursuivi. Il possède une arme, ce qui est le cas de très peu de citoyens néerlandais ; il évite de parler au téléphone, craignant que les services de renseignements néerlandais l’aient mis sur écoute – ce qu’ils ont effectivement fait.
En 1996, la Société Républicaine est fondée par des individus liés aux grandes entreprises et même plus ou moins au Bilderberg. C’est dans ce petit club que se réunissent les chroniqueurs et les journalistes de tous les grands journaux néerlandais, ainsi que pratiquement tous ceux qui, aux Pays-Bas, critiquent (d’une manière acceptable) le Bilderberg et les Orange. Quelques radicaux-socialistes et quelques dirigeants des Verts adhèrent au club, dont devient également membre une poignée de (néo) conservateurs comme Pim Fortuyn, Theo van Gogh et Tomas Ross, théoricien du complot attitré des médias hollandais. C’est une association curieuse et il est tentant de penser que la Société Républicaine est un groupe d’opposition contrôlée spécialement adapté aux besoins de la superclasse néerlandaise. Il combine des éléments d’extrême droite et des éléments d’extrême gauche.
Pendant de nombreuses années, tout semble aller pour le mieux aux Pays-Bas. La superclasse politique libérale et les ONG dirigent le pays, le développement durable est toujours à l’ordre du jour et les relations du pays avec l’Union européenne sont bonnes. Il n’y a qu’un problème : les citoyens néerlandais, en particulier ceux des grandes villes, s’alarment de ce que leur culture est en passe d’être complètement détruite par l’immigration massive en provenance du tiers-monde, principalement des Caraïbes et des pays arabes comme le Maroc ainsi que de la Turquie. Le taux de criminalité des Arabes, pour ne rien dire de celui des noirs, est beaucoup plus élevé que celui des indigènes blancs. Mais la superclasse politique libérale et les ONG n’ont aucunement l’intention de restreindre sérieusement l’immigration et ne tolère même pas que l’on critique leurs politiques d’immigration. Comme l’avait déjà souligné Pim Fortuyn au début de 2002, quiconque évoque la question multiculturelle est immédiatement considéré comme un raciste fanatique.
Le 21 août 2001, tout à coup, Pim Fortuyn fait son entrée sur la scène politique. Il est le premier à critiquer le sous-développement culturel de l’islam, à parler du taux de criminalité des immigrants et des autres problèmes que le multiculturalisme pose à la population indigène, mais que les dirigeants de tous les autres partis politiques évitent d’aborder. Même le parti de Fortuyn, Leefbaar Nederland, fait pression sur lui et tente de le faire taire, mais il est trop tard. Fortuyn fonde son propre parti, Lijst Pim Fortuyn et les gens se rallient massivement à lui. En dépit du fait que sa proposition de supprimer l’armée et son manque d’intérêt pour la question de l’environnement et celle du bien-être des animaux déplaisent à beaucoup de gens, son parti monte rapidement dans les sondages et une semaine avant les élections – ou : la veille de son assassinat – il dépasse même le grand parti de Jan Peter Balkenende, en chute dans les sondages en raison de la position modérée qu’il avait prise sur les questions d’immigration. Bien sûr, les critiques de Balkenende à l’égard de l’immigration ne sont guère plus qu’un stratagème politique, mais une bonne partie du public tombe toujours dans le panneau.
Le 6 mai 2002, une semaine avant les élections, Fortuyn est abattu par un assassin solitaire. La plupart des gens soupçonnent que cet assassin est une personne d’origine immigrée, ce qui, si cela avait été le cas, aurait pu avoir pour conséquence une restriction de l’immigration. Mais non, le scénario qui arrange le plus la superclasse politique et les ONG immigrationnistes se réalise : c’est un « terroriste » vert, dont les activités ont été financées par cette même superclasse politique et ces mêmes ONG, qui avait été mis sur écoute par les services de renseignements néerlandais, qui est connu du nouveau ministre de la Justice et qui sera défendu par un groupe d’avocats liés à cette même superclasse politique et aux dirigeants de ces mêmes ONG.
A ce jour, aucun citoyen n’a été clairement informé de tout cela. Il a seulement été question d’écologistes « radicaux ». Très rarement et seulement dans les groupuscules d’extrême droite, il arrive que les avocats des Verts et de van der Graaf soient assimilés à des « terroristes » verts, mais ce n’est là encore qu’une partie de la vérité. La vérité est que, aux Pays-Bas, les ONG et la superclasse politique, celle qui était au pouvoir lorsque Pim Fortuyn s’est fait connaître, celle qui l’a continuellement diabolisé et celle qui lui a refusé une protection rapprochée, est aussi celle qui contrôlait et contrôle toujours le réseau vert dont est issu van der Graaf. Au moins une des militantes qui a lancé un gâteau rempli d’excréments d’animaux au visage de Fortuyn une semaine avant son assassinat appartenait à ce réseau. Par conséquent, ceux qui devraient être interpellés sont l’ancien Premier ministre Wim Kok et ses alliés au sein du gouvernement, les membres de la maison royale et même des membres gouvernement américain et du réseau des ONG, notamment des dirigeants de longue date du Bilderberg et agents de la « super CIA » comme Henry Kissinger et David Rockefeller. Le problème, bien sûr, est que ce réseau a contrôlé l’enquête et les médias dès le premier jour. Il est donc peu probable que des enquêtes complémentaires seront menées dans un proche avenir.
SR17
Une question importante est naturellement de savoir si van der Graaf était un agent du renseignement, un taupe de la sûreté nationale dans le mouvement environnemental. Dans son passé, rien ne l’indique vraiment. Van der Graaf milite en faveur de droits des animaux depuis sa jeunesse et certains se sont plaints de ce que, contrairement à son associé Sjoerd van der Wouw, il n’ait jamais montré la moindre sympathie pour aucun des agriculteurs qu’il a mis sur la paille [ 129 ] Cela ne signifie pas automatiquement que van der Graaf n’était pas un agent sous couverture. Son entourage ne l’a jamais entendu exprimer l’intention de faire du mal à quiconque, ni parler de politique ou même de Pim Fortuyn. [ 130]. N’y avait-il pas quelque chose de calculé dans le soin qu’il prenait à ne pas attirer l’attention sur lui ? Ne souffrait-il pas d’une sorte de dédoublement de la personnalité ? Ou serait-ce qu’il était entouré d’agents de la sécurité nationale et que ces agents continuent de le protéger, en dressant de lui un portrait qui n’est pas conforme à la réalité ? Aujourd’hui encore, il est assez difficile de déterminer ses motifs exacts, d’autant plus que le Bureau du Procureur a interdit à van der Graaf de parler aux médias après sa sortie de prison. [ 131] Bien que les médias n’aient pas besoin d’une interdiction pour oublier de poser les questions les plus importantes, cette décision a clairement joué en faveur du tueur et peut-être encore plus de tous ceux qui préfèrent que l’affaire soit enterrée le plus rapidement possible. Quelle que soit la raison exacte de cette interdiction, elle a certainement permis à van der Graaf d’avoir une vie assez confortable, après avoir changé le cours de la vie politique aux Pays-Bas un peu plus d’une décennie plus tôt.
Quant à la question de la sécurité nationale, l’ISGP a démontré par ses articles sur l’émission de radio Coast to Coast, le Alex Jones Show et le prétendu crash d’un avion sur le Pentagone, que tous les secteurs politiquement sensibles de notre société ont été truffés de personnes qui semblent se comporter et s’exprimer comme des personnes indépendantes, mais qui, à regarder de plus près leurs déclarations, doivent être considérées comme des agents du gouvernement à un degré ou à un autre. Il reste que les outsiders n’ont aucun moyen de savoir si van der Graaf appartient à cette catégorie. La baronne Marcia Falkender, secrétaire du Premier ministre Harold Wilson, l’a bien expliqué en son temps : « Le MI5 se moquait de nous. Ces gens doivent être démasqués… mais impossible de les identifier. Nous pourrions être assis dans la même pièce, vous pourriez être MI5 et je ne le saurais pas. Ou c’est moi qui aurais pu l‘être pendant toutes ces années et vous ne le sauriez pas « . [ 132 ]
Même si nous établissions que van der Graaf a été un agent de l’« aile libérale de la CIA » , le dossier Fortuyn ne serait pas automatiquement clos. Dans cet article, de nombreuses preuves ont été présentées qui indiquent que Fortuyn et certains de ses proches, comme Theo van Gogh, Oscar Hammerstein, Gérard Spong et Tomas Ross, font ou faisaient partie, comme van der Graaf et Friends of the Earth, d’un réseau para-étatique de (néo)-conservateurs et d’hommes de droite. Ce réseau (néo) conservateur est arrivé à ses fins en 2004, avec l’assassinat de Theo van Gogh par un islamiste radical. Si rien n’a été fait pour empêcher cet assassinat, c’est peut-être qu’il servait de prétexte à la poursuite de l’intervention au Moyen-Orient. Cependant, avouons-le, le motif de l’assassinat de van Gogh est encore plus difficile à déterminer que le motif du meurtre de Fortuyn. Donc, pour le moment, restons concentrés sur les anomalies qui entourent l’assassinat de Fortuyn, sur la désinformation dont il a fait l’objet, sur l’ombre de la superclasse libérale qui y plane ainsi que sur l’ensemble des éléments particulièrement disparates dont est composée la société républicaine.

Joël van der Reijden, « Pim Fortuyn Assassin Financed By Rockefeller-Orange NGO Network », 11 octobre 2016, traduit de l’anglais par B. K., https://isgp-studies.com/pim-fortuyn-assassination

(1) Voir https://isgp-studies.com/ngo-list-foundations-and-think-tanks-worldwide.
(2) Voir https://isgp-studies.com/pilgrims-society-us-uk.
(3) Voir https://isgp-studies.com/1001-club-of-the-wwf.
(4) Voir https://isgp-studies.com/index#superclass-index.
(5) Voir https://isgp-studies.com/intro.
(6) Voir https://isgp-studies.com/coast-to-coast-am-radio-on-ufos-aliens-and-conspiracy.
(7) Nous disons bien « une personne » et non pas « un étranger », car, pour le Haut Conseil à l’Intégration, responsable de la rédaction de ce texte anti-français, le Français aussi doit « s’intégrer » : « L’intégration n’est pas une notion réservée aux seules personnes étrangères ou d’origine étrangère, elle concerne chacune des personnes vivant en France et constitue l’élément fondateur du pacte social et du « vivre ensemble » » (p. 12).
(8) « Pim Fortuyn », https://www.scholieren.com/praktische-opdracht/10512.
(9) « Biografie van Pim Fortuyn », https://isgeschiedenis.nl/nieuws/biografie-van-pim-fortuyn.
(10) Ibid.
(11) « Pim Fortuyn », https://www.scholieren.com/praktische-opdracht/10512.
(12) Ibid.
(13) « The Paradox of Pim Fortuyn », 16 mai 2002, http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/from_our_own_correspondent/1977511.stm.
(14) Voir Bert Snel, PIM 1; de politieke biografie van Pim Fortuyn als socioloog en politicus 1990-2002, Amsterdam, 2013 ; id., Pim Fortuyn en zijn partijen, Leefbaar Nederland, Leefbaar Rotterdam, Lijst Pim Fortuyn, Amsterdam, 2013.
(15) Voir Edward Koning, « Making Xenophobia Matter: The Consequences of the 2002 Elections for Immigration Politics in the Netherlands », in Keith Banting et Will Kymlicka (éds.), The Strains of Commitment: The Political Sources of Solidarity in Diverse, Oxford University Press, Oxford, 2017. L’auteur ajoute « faute de quoi ils devront retourner d’où ils viennent ». Comme nous l’avons vu, jamais Fortuyn n’a proposé la déportation des immigrés extra-européens.
(16) « Pim Fortuyn en Israël », 6 mai 2012, http://www.israned.nl/2012/05/pim-fortuyn-en-israel.html , voir aussi Mohammed S. M. Eltayeb, « A Human Rights Framework for Defining and Understanding Intra-Religious Persecution in Mluslim Countries », in Nazila Ghanea-Hercock (ed.), The Challenge of Religious Discrimination at the Dawn of the New Millennium, Springer, 2003, p. 103.
(17) Cas Mudde, « A Fortuynist Foreign Policy », in Christina Schori Liang (éd.), Europe for the Europeans: The Foreign and Security Policy of the Populist Radical Roght, Routledge, Londres et New York, 2007, p. 210.
(18) Bruce Bawer,, While Europe Slept: How Radical Islam is Destroying the West from Within, Douvleday, New York, 2006, p. 168.
(19) Dick Pels, De geest van Pim: het gedachtegoed van een politieke dandy, Anthos, 2009.
(20) https://jdreport.com/koningin-juliana-zei-het-al-in-haar-troonrede-van-1950-nederland-is-vol-vol-vol.
(21) Richard Stearing, « Controlling Human Smuggling in the Netherlands: How the Smuggling of Human Beings Was Transformed into a Serious Criminal Offence », In Dina Siegel et Hans Nelen (éds.), Organized Crime: Culture, Markets and Policies, Springer, 2008, p. 170.
(22) Derk Stokmans, « Immigratie vol emoties voor partijen Paars+. De VVD voelt electorale angst voor de PVV. De liberalen zijn daarom harder ten opzichte van immigranten. Dat is een probleem in de formatie », 15 juillet 2010, https://www.nrc.nl/nieuws/2010/07/15/immigratie-vol-emoties-voor-partijen-paars-11919990-a441571.
(23) Ibid.
(24) Uit Maarten, « ‘Pim’ was niet meer dan een mediahype », janvier 2008, https://www.maartenonline.nl/pim-fortuyn-mediahype.html.
(25) Richard Stearing, op. cit., p. 170.
(26) Rob Witte, « The Dutch Far Right: From ‘Classical Outsiders’ to ‘Modern Insiders’ », in Max Taylor, P. M. Currie et Donald Holbrook (éds.), Extreme Right Wing Political Violence and Terrorism, p. 115.
(27) « Het land van Pim Fortuyn is er nooit gekomen. Immigratie en integratie zouden onder controle zijn », 2 juillet 2017, https://opiniez.com/2017/07/02/het-land-van-pim-is-er-nooit-gekomen).
(28) « 10 years after Pim Fortuyn was murdered: what the papers say », 6 mai 2012, http://www.dutchnews.nl/news/archives/2012/05/10_years_after_pim_fortuyn_was.
(29) Voir Claire Berlinski, Menace in Europe: Why the Continent’s Crisis Is America’s, Too, Crown Forum, 2007.
(30) Rob Witte, op. cit., p. 116.
(31) Richard Staring,, op. cit., p. 170.
(32) Rainer Haubrich, Claire Berlinski.Fortuyn – mit ‘Feuer und Schwert’ für die FreiheitClaire Berlinski, 3 mai 2012, https://www.welt.de/debatte/kommentare/article106257354/Fortuyn-mit-Feuer-und-Schwert-fuer-die-Freiheit.html.
(33) Voir « Mat Herben is een mol van defensie », https://stgvisie.home.xs4all.nl/VISIE/jsf-moordfortuyn.html.

(*) Voir, au sujet de l’Eastern Establishment, https://larevolutionfinale.wordpress.com/)
(**) Plus haut, l’ISGP semble critiquer le magazine Elsevier pour avoir affirmé que « les médias représentent toujours l’église de la gauche ». Fortuyn emploie ici la même expression, sans rencontrer de sa part la même critique.
(***) Pour des raisons évidentes, les médias, alternatifs ou dominants, ainsi que le « conspirationnisme de sex-shop », insistent davantage sur l’appartenance (brève) du prince Bernhard, comme la plupart des rejetons de l’aristocratie néerlandaise à l’époque, au NSDAP qu’à son rôle d’organisateur de la Résistance néerlandaise depuis Londres (Alden Hatch, H. R. H. Prince Bernhard of the Netherlands: An Authorized Biography, Harrap, 1962), où, en exil, il servira comme officier de liaison dans l’armée britannique (Prins Bernhard, wat is goed en wat is fout, waar ligt zijn balans, http://www.dedokwerker.nl/prins_bernhard.html).
(****) Nous serions tenté de dire que, dans ce cas, la fiction est plus vraie que la réalité… L’ISGP mélange ici deux questions – le point de vue de Ross sur les responsables des attentats du 11 septembre 2001 et son point de vue sur l’assassinat de Fortuyn – qui n’ont strictement rien à voir l’une avec l’autre.
(*****) Il est illogique que l’ISGP, qui se dit opposé à l’immigration extra-européenne, reproche à Ross de prendre de telles positions, qui relèvent du bon sens. Encore Ross manque-t-il d’ambition cohérence, lorsqu’il exhorte à « filtrer tout le monde », puisque ce dont il s’agit est de refouler tout le monde.
(******) Il nous semble que c’est aller vite en besogne que d’en arriver, sur la base de ces seuls éléments, à la conclusion que Fortuyn était un agent du renseignement.
(*******) Voir, au sujet des Frères du Cygne, http://zwanenbroedershuis.nl/wp-content/uploads/2017/07/folder-ilvb-fr-1.pdf.
(********) http://www.bohler.eu/nl/advocaten/victor-koppe/ le confirme.

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Postface à « Anatomie du pouvoir féminin »

« La femme veut dominer, l’homme être dominé (surtout
avant le mariage), d’où la galanterie de l’ancienne
chevalerie. »

Immanuel Kant, Anthropologie d’un point de vue pragmatique

« … toutes les choses pour lesquelles il faut de
l’esprit sont devenues ridicules. Le mal est plus
général ; on ne peut plus souffrir aucune des choses
qui ont un objet déterminé, les gens de guerre ne
peuvent souffrir la guerre, les gens de cabinet le
cabinet, ainsi des autres choses. On ne connaît que
les objets généraux, et dans la pratique, cela se
réduit à rien. C’est le commerce des femmes qui nous
a menés là : car c’est leur caractère de n’être attachées
à rien de fixe. Il n’y a plus qu’un sexe, et nous sommes
tous femmes par l’esprit, et, si, une nuit, nous changions
de visage, on ne s’apercevroit pas que, du reste, il y
eût de changement. »

Charles-Louis de Montesquieu, Cahiers : 1716-1755, II, f° 64

« Pour nous, nous avons pris des manières toutes contraires
[à celles des anciens] : lâchement dévoués aux volontés
du sexe que nous devrions protéger et non servir, nous
avons appris à le mépriser en lui obéissant, à l’outrager
par nos soins railleurs ; et chaque femme de Paris rassemble
dans son appartement un sérail d’hommes plus femmes qu’elle… »

J.-J. Rousseau, Lettres à D’Alembert sur les spectacles (*)

Les deux premières parties traitaient du pouvoir de la femme en général et du pouvoir de la mère en particulier, fondé sur cinq piliers : le contrôle de l’utérus, le contrôle de la cuisine, le contrôle du berceau, l’immaturité de l’homme, qu’elle soit psychologique, morale, intellectuelle ou sexuelle. La troisième partie explorait les fondements du pouvoir de la dulcinée (la plastique et l’Amour avec une majuscule), pour analyser ensuite les deux principaux stratagèmes dont elle se sert pour arriver à ses fins : la cour et la cérémonie de mariage, assimilées respectivement à une chasse à l’homme et au Triomphe d’un général romain. La quatrième partie traite de la femme mariée et montre que les femmes des pseudo-élites dirigent le monde grâce aux mêmes compétences que celles qui leur permettent et qui, du reste, permettent aussi aux femmes moyennes de gérer leur foyer. Si la femme est en mesure d’exercer l’autorité et le pouvoir véritables et effectifs, non seulement dans la sphère privée, mais aussi dans la vie publique, c’est aussi grâce aux dispositifs sociaux, aux valeurs culturelles et à certaines forces psychologiques ; nous aurons à étoffer et à élargir les considérations que l’auteur développe à leur sujet. Nous aurons ensuite à affronter le point qui, dans les considérations de l’auteur sur le mariage, est sans doute apparu, en raison de l’émancipation économique complète et totale de la femme depuis la publication de l’ouvrage en 1990, problématique, voire douteux, même au lecteur le mieux disposé à l’égard du patriarcat, le plus disposé à défendre intellectuellement et personnellement la société patriarcale. Ce point concerne l’objectif double du « manager d’époux ». Enfin, nous verrons que, contrairement à ce qu’affirme l’auteur, la matriarcat n’est pas la « la loi de la vie ».
Pour étayer notre propos, nous serons amené à donner des chiffres, qui, comme chacun sait, diffèrent plus ou moins selon les sources, qui, lorsqu’elles sont officielles, peuvent être plus que sujettes à caution ; nous le ferons plus par convention que par conviction, dans la mesure où ils donnent une tendance. Par exemple, pour avoir une idée de l’augmentation exponentielle du nombre d’immigrés non européens en France, la source la plus fiable n’est ni les données statistiques de l’INED, de l’ANAEM et du ministère de l’« Intérieur », c’est notre propre regard, porté sur la ville, le quartier, la rue où nous habitons.
Le pouvoir de la femme est rendu possible d’abord par les dispositifs sociaux visant à assurer avant tout la défense des intérêts de la femme. La clé de voûte de ce dispositif de défense est constitué par ce qui est historiquement la première institution d’aide sociale mise en place par l’État-providence : la sécurité sociale (1).
En principe, la femme et l’homme bénéficient tous les deux du système de protection sociale. En bénéficient-ils à la même hauteur ? Rien n’est moins certain. Sans entrer dans les détails, il est reconnu que les femmes sont « les récipiendaires privilégiées de certaines aides sociales » (2). Les allocations familiales et autres prestations sociales sont une manne financière, une sorte de second, voire de troisième mari, pour deux catégories de femmes, qui n’en forment réellement qu’une : les femmes d’immigrés originaires d’Afrique ou d’Asie, qui peuvent être soit de la même origine qu’eux, soit d’origine européenne et pour qui les diverses « caisses » dans lesquelles elles sont invitées à puiser présentent l’avantage de ne jamais pouvoir être, contrairement à leur(s) mari(s), insolvables. D’autre part, du simple point de vue de l’emploi, le développement des services d’aide à la personne sous l’impulsion de l’État-providence a profité essentiellement à la femme ; plus de huit emplois sur dix dans ce secteur sont occupés au sens quasi militaire par des femmes dans les pays anglo-saxons (3), presque neuf sur dix en France (4). En général, on peut dire que les femmes tirent davantage profit que les hommes de la sécurité sociale pour la simple raison que, en moyenne, les femmes vivent plus longtemps que les hommes, tout en étant plus nombreuses qu’eux à utiliser les services sociaux et largement majoritaires parmi le personnel de ces services.
Les dispositifs juridiques, comme les dispositifs sociaux, sont largement favorables à la femme, que ce soit ceux du droit civil ou ceux du droit canon. Les lois androcides, qui abondent dans le code civil (5), sont l’expression du droit soi-disant naturel, qui, comme l’a montré Bachofen, plonge ses racines dans le matriarcat ; elles sont l’expression du Mutterrecht, qui est à son tour le reflet de tout ce qui, chez la femme, est, sur le plan psychologique et même plus profondément, amour, égalité, humanité et promiscuité, par opposition aux principes masculins de distance, de hiérarchie et d’ordre, d’équité et de fraternité – raciale et non universelle. L’indissolubilité du mariage, proclamée par certains pères de l’Église (6), est toujours regardée comme un article de foi, en vertu de l’enseignement biblique selon lequel « l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme » (Genèse 2:24, Matthieu 19:5-6). La sévérité des dispositions prises par l’Église à propos des divorcés remariés, exclus de plusieurs sacrements, dont celui de l’Eucharistie et de certaines fonctions liturgiques et pastorales, montre l’implacable détermination avec laquelle elle combat le divorce. Certaines Églises, dans des pays qui demeurent très chrétiens, comme les États-Unis, l’Italie, la Russie ou Malte, enseignent toujours que le divorce est un péché. Si, à leurs yeux, le divorce constitue naturellement un péché à la fois pour la femme et pour l’homme et qu’il n’y a donc ici aucun deux poids, deux mesures, l’institution chrétienne du mariage fait pencher la balance en faveur de la femme : le principe de la perpétuité du mariage « [assura] la grandeur de la femme… » à partir de l’époque où, au XIIe siècle, les lois de l’Église triomphèrent (7). De toute façon, la loi civile prend le relais (8), en faisant porter quasi exclusivement sur l’homme le lourd fardeau financier du divorce (9).
L’auteur constate que les « seigneurs des affaires publiques » n’ont cessé de faire voter ou de voter eux-mêmes des lois défavorables aux intérêts des hommes et l’explique par le fait que ces « seigneurs » agissent en qualité de mandataire de leur femme, ne sont que leur porte-voix. Qu’y a-t-il derrière tout « grand homme » ? Une femme, mais pas seulement. Avant d’aller plus loin et de tenter de démasquer le « grand homme », il nous faut préciser le sens particulier qu’a cette expression en anglais, afin de prévenir tout malentendu. Comme en attestent les premiers emplois de la locution « behind every great man there is a woman », devenue proverbiale vers le milieu du XXe siècle (10) dans une Amérique où la soi-disant libre entreprise et la réussite individuelle par les affaires étaient plus que jamais exaltées, « great man » ne désigne pas un personnage héroïque, un homme qui a accompli de grandes choses du point de vue de la qualité, ni même, dans le sens où l’entendait Carlyle, un personnage très influent qui, en raison soit de son charisme, de son intelligence, de sa sagesse ou de son habileté politique, a un impact déterminant sur l’histoire, mais quelqu’un qui a du succès dans un milieu social ou professionnel (11).
Qui se cache donc derrière un « great man » ?
Il peut être franc-maçon et rendre par là même, consciemment ou non, un culte à la déesse mère (12). Il peut être homosexuel, particulièrement dans les pays anglo-saxons, où les « public schools », que fréquentent les futurs « patriarches de la classe dirigeante qui dirigent les affaires du monde », sont des nids d’homosexuels (13), dont on sait à quel point ils peuvent être, pour ainsi dire, « cul et chemise » avec les femmes (14). En dernière analyse, les « patriarches de la classe dirigeante qui dirigent les affaires du monde » sous la direction de leur femme n’ont nul besoin d’être homosexuels ou/et francs-maçons pour agir contre les intérêts des hommes ; il leur suffit d’être féminins. Seuls des hommes féminins peuvent voter des lois androcides et veiller sourcilleusement à leur respect et à leur application parce que, en raison de leur nature profonde, ils sont porteurs au sens médical des valeurs correspondantes et de leurs sous-produits. Derrière le « great man » il y a donc deux femmes : sa femme et lui-même.
Les forces psychologiques sont constituées par la peur que l’homme ressent pour la femme en tant que mère, amante et épouse, la peur du divorce, la peur de perdre le bébé qu’il a eu avec sa femme ainsi que par le poids des préjugés qu’il a sur la nature de la femme.
Ces peurs sont toutes alimentées par les pressions qu’il subit de la part de l’entourage de sa femme : parents, amies, collègues de travail, qui « constituent son réseau d’espionnage » et dont il est dans la nature et dans l’intérêt de défendre les intérêts de la femme. Ces peurs ne sont pas imaginaires, pas plus imaginaires que la peur que tout un chacun ressentirait pour un terroriste. La femme est une « terroriste de chambre à coucher » et, peut-on ajouter, une « terroriste » de salle à manger, de cuisine, de salle de bain, etc. Le terrorisme auquel elle se livre n’est pas uniquement psychologique. L’auteur fait bien de souligner que les cas de maris battus par leur femme ne manquent pas, pas plus que ceux de femmes infanticides (15). La femme est une « terroriste » d’intérieur, mais aussi d’extérieur, car, l’auteur oublie de le mentionner, l’homme – nous voulons parler ici de l’homme masculin – n’a pas tort d’avoir peur de la femme professionnellement, n’a pas tort d’avoir peur pour son emploi, pour peu qu’il soit soumis à l’autorité hiérarchique d‘une femme de carrière et que ses collègues, qu’elle les ait choisis ou non, soient des hommes féminins et/ou des homosexuel(le)s. Dans cet environnement, une femme de carrière n’a pas à faire un grand effort d’imagination pour trouver un motif pour le licencier ou un moyen pour le contraindre à démissionner.
La propension de la femme à la cruauté doit être ramenée à l’essence la plus profonde de la sexualité féminine (16). Sexuellement aussi, la femme fait peur à l’homme, pour des raisons objectives, même si l’homme ne fait dans la plupart des cas que les entrevoir ; il a de très bonnes raisons d’être frappé de crainte et de terreur à la vue de son « beau corps » (quand « beau corps » il y a), de la « nudité abyssale aphrodisienne » (17), reflet du principe « de la féminité primordiale en tant que force dissolvante, irrésistible, extatique et abyssale du sexe » (18) : Actéon ne fut-il pas transformé en cerf par Artémis et dévoré par ses propres chiens pour avoir surpris la déesse nue au bain ? Tirésias ne fut-il pas rendu aveugle par Athéna, outragée d’avoir été vue, elle, la déesse de l’intelligence, par le devin de Thèbes ?
Les préjugés qu’a l’homme sur la nature de la femme sont entretenus par l’image erronée qu’il se fait d’elle sur la foi de fictions littéraires ou cinématographiques, comme nous le verrons plus bas. Dans le monde moderne, la femme n’est certainement pas plus impuissante, pas plus vulnérable, pas plus faible et, surtout depuis que ce monde a été plongé dans un coma artificiel à l’aide des « nouvelles technologies », pas moins intelligente que l’homme. Au sujet du premier point, il nous faut encore citer Kant : « On appelle faiblesse les traits de féminité. On en plaisante, les sots en font raillerie, mais les gens raisonnables voient bien que ce sont des leviers pour diriger les hommes et les utiliser au gré des femmes (18bis). » En ce qui concerne le second point, l’auteur ne tarit pas d’éloges ironiques sur l’intelligence de la femme, ni sur la prétendue stupidité de la « blonde stupide ». Plus que d’intelligence il conviendrait de parler de sens de la ruse – l’auteur emploie d’ailleurs le terme une fois à cet égard –, de psychologie. Rhéa, Athéna, Métis sont toutes trois des déesses de l’intelligence pratique, rusée ; le premier roman psychologique de la langue française, La Princesse de Clèves, fut écrit par une femme. Loin de nous l’idée de refuser l’intelligence à la femme, d’autant que, depuis l’invention de la théorie des intelligences multiples au début des années 1980, tout le monde est autorisé à se croire intelligent ; d’autant aussi que la fétichisation relativement récente de l’intelligence, prise en soi, sous sa forme analytique, comme instrument d’une connaissance compartimentée et purement quantitative, n’est qu’un symptôme de ce que Christoph Steding appelait « la maladie de la culture européenne » (19) ; ni de contester la supériorité de la femme moyenne sur l’homme moyen sous bien des rapports. Disons alors que, dans le cadre des relations entre les deux sexes, la femme est d’autant plus intelligente que l’homme est stupide ; que la femme est d’autant plus puissante et invulnérable que l’homme est faible et vulnérable ; allons jusqu’à dire que l’homme est d’autant plus stupide qu’il est féminin, la première des stupidités étant peut-être, non pas de trouver la femme mystérieuse, mais de chercher à percer le mystère qu’il voit en elle (20).
Quoi qu’il en soit, la femme, actrice née, a l’intelligence de se faire passer pour stupide et la force de se faire passer pour vulnérable, mais cela ne serait encore rien si elle n’était pas maître dans l’art de se victimiser. De l’impression que la femme réussit à donner qu’elle est plus faible que l’homme résultent l’illusion qu’elle fait l’objet d’un traitement inégalitaire et l’instauration d’un système de deux poids deux mesures visant à compenser cette « discrimination » (21), mais c’est la victimisation de la femme qui fait que ce système penche lourdement en sa faveur. En 2009, un chercheur en sciences sociales bien placé pour parler du système du deux poids deux mesures, puisqu’il est finlandais et que la Finlande a été le premier pays au monde à rendre les femmes éligibles (22), écrivait, dans une thèse soutenue, non sans un certain courage, à la faculté de sciences sociales de l’université du Lapland, ces mots : « Si l’idée fondamentale selon laquelle les femmes en tant que genre sont désavantagées et discriminées n’est pas mise en cause dans l’administration publique des États-providence, l’évolution des États-providence modernes conduira probablement à l’expansion du sous-système matriarcal de la société et à l’intégration de la politique féminocratique en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes à tous les secteurs de l’administration publique, pour aboutir à l’institutionnalisation des deux poids deux mesures en faveur des femmes dans les politiques publiques et à la diffusion des préjugés féminins et des formes subtiles de misandrie dans la plupart des secteurs de l’administration publique (23). » En réalité, il en était déjà ainsi depuis un certain temps.
Les « valeurs culturelles » qui jouent en faveur de la femme reposent sur le gynocentrisme de l’idéologie courtoise, sur un certain nombre de conceptions théologiques judéo-chrétiennes ainsi que, l’auteur n’en fait pas mention, sur les idéaux démocratiques et républicains, qui sont de nature féminine. Un peuple européen est singulièrement touché : selon Max Gallo, « l’amour courtois [est devenu] l’une des valeurs fondatrices de l’identité nationale française (24). »
La courtoisie se définit à l’origine comme une attitude sociale et morale, plus particulièrement envers la femme. Socialement, elle est l’ensemble des règles qui régissent la vie de cour. Moralement, elle constitue l’ensemble des normes qui règlent l’attitude de l’homme envers la femme, plus particulièrement celle de l’amant envers sa dame.
La fin amors (25) correspond « à un tournant de la civilisation, à un nouveau style de vie », nouveau style de vie seigneurial, qui a pour théâtre la cour. « La courtoisie s’épanouit dans un ordre et une société fermés. Elle joue d’abord le rôle d’une formation continue pour les cadets de famille, les jeunes célibataires sans fief qui vivent en permanence à la cour du seigneur […] Elle implique à la fois une gravitation et une exclusion : la noblesse, dont tous les gestes prennent sens et valeur par rapport à la Cour, s’oppose aux « vilains », au monde de la peine et de la brutalité. » (26) La formation de la cour au XIIe siècle marque le début d’un renfermement de la noblesse et de la chevalerie sur elles–mêmes, qui aboutira au XVIIe à la « marginalisation de l’élite sociale » (27). La noblesse se dote pour la première fois d’une culture propre, que l’on appellera plus tard « culture des élites », par opposition à la « culture populaire ». « A défaut des champs de bataille, la « jeunesse noble » vit à la cour où elle apprend une existence plus policée » (28). « À l’idéal célébré dans les chansons de geste, au combat pour la France, la chrétienté, le roi, le lignage, les principes féodaux, se substitue peu à peu une « vita nuova » où la prouesse compose avec des mérites mondains, où le devoir épique et collectif cède la place à des mobiles individuels » (29). La négociation pacifique et diplomatique se substitue à la violence physique et guerrière, sous l’influence des femmes, « mieux averties de stratégies où comptaient surtout la négociation et l’alliance, la conversation et la persuasion » (30).
L’Église fut à l’origine de l’adoucissement et de l’affinement des mœurs et de l’attiédissement de la vie politique qui les accompagna. Le clergé « conçut l’idée de diriger à son profit […] la force grossière et brutale de ces chefs à demi sauvages, dont la turbulence ne reconnaissait plus d’autre droit que celui de l’épée. On vit alors les prêtres en possession d’investir les jeunes guerriers de l’ordre féodal de leurs premières armes. Le guerrier ainsi institué par le prêtre ne fut plus, il fut du moins censé ne plus être, le guerrier turbulent et farouche qui, mesurant son droit à sa force et à son courage, regardait comme sien tout ce qu’il pouvait ravir impunément. Ce fut un champion de l’Église, qui n’avait reçu des armes que pour les consacrer à la défense de la religion, à la protection du faible contre le fort, de l’opprimé contre l’oppresseur » (31). Ce fut le chevalier dans l’acception historique du mot. Dans la pratique, la femme contribua dans une large mesure à le modeler selon sa nature et ses valeurs, au travers de l’étiquette, qui, au XIIe siècle, n’en était encore qu’à ses balbutiements.
Une cour avait bien existé sous Charlemagne, mais elle ne survécut pas à ce souverain, car « ses successeurs n’avaient ni assez de loisirs pour imiter ses goûts littéraires, ni assez de revenus pour entretenir des courtisans » (32). Pour trouver des réunions qui méritent le nom de cour, il faut attendre la constitution définitive de la hiérarchie féodale ; « quand les rois eurent conquis le pouvoir de faire respecter leur suprématie, ils sentirent la nécessité de la faire constater d’une manière éclatante en réunissant, à certaines époques, les détenteurs des principaux fiefs de la couronne. De là ces cours plénières, réunions immenses, où le monarque, entouré de toute la noblesse du royaume, déployait un faste extraordinaire » (33) et qui, dès le XIIe siècle, sont de plus en plus animées par des femmes (34). Mais, après ces fêtes, les seigneurs se retiraient tous sur leurs terres et le roi restait en son château. Cependant, à mesure que les domaines royaux s’agrandirent et que, le roi, en tirant davantage de revenus, se trouva plus en état de distribuer des faveurs, les nobles vinrent se grouper autour de lui.
La cour fut organisée sous Charles V, roi de France de 1364 à 1380. « Le développement d’une société aulique est propice à la naissance d’une culture codifiée et d’un rituel de cour. Dès la fin du Moyen Âge, on trouve les premiers textes décrivant le cérémonial à la cour. Ce ne sont pas encore des textes émanant du pouvoir royal, mais ils illustrent l’importance accordée à ces nouveaux codes. Ainsi au début du XVe siècle, Christine de Pisan rédige un Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V, dans lequel elle relève les usages de la cour » (35).
La cour fut pour beaucoup dans l’élévation de la condition des femmes, particulièrement à partir du règne de Charles VIII, de 1483 à 1498. « Anne de Bretagne n’était pas seulement une belle princesse, maîtresse du cœur de son époux, une femme un peu altière, aimant le commandement et la représentation, c’était en outre une princesse souveraine de son chef, par son duché, et à ce titre elle avait ses gentilshommes et ses gardes, elle eut ses dames et ses filles d’honneur. On voit la nuance et la transition: de la domesticité et de l’intimité, les dames d’honneur s’élèvent au rang marqué par l’étiquette, et les femmes désormais ont un rang officiel comme les hommes. Les plus grands noms furent alors représentés à la cour par des membres de ces familles, qu’ils fussent grands officiers, pages, valets de chambre, dames ou filles d’honneur. De même qu’un jeune gentilhomme venait chercher fortune à la cour, une fille noble y trouva une position convenable avec la chance d’un bon mariage. L’un entrait page, l’autre entra fille d’honneur. L’entourage d’une reine ne fut plus formé par des amies de son choix et par des familières, mais il se composa des noms les plus illustres, choisis selon les mérites des chefs de famille, ou par la faveur du souverain. » (36). Le terme de « courtisan » (« courtisien ») apparaît dans la seconde moitié du XIVe siècle et celui de « courtisienne », dans le sens de « femme ayant les manières de la Cour », en 1500. Mais n’était-ce pas la femme qui donnait le ton à la cour ?
La véritable cour de France, « celle qui, plus tard, devint pour toute l’Europe le centre de la politesse et du bon goût, fut fondée par François Ier », pour qui la cour était faite pour faire la cour (l’expression de « faire la cour » date du XVIe siècle). « Tirés de leurs châteaux par la guerre, retenus près du roi pendant la paix, par des fêtes brillantes et dispendieuses, les seigneurs s’habituèrent à y vivre, loin de leurs vassaux, au milieu desquels ils étaient jadis indépendants, et vinrent, sous les yeux d’un prince magnifique, dissiper leur fortune, et porter sur leur dos, comme dit Brantôme, les moulins et les prés de leurs pères. Cette création d’une cour eut d’importants résultats ; les femmes que le roi y attira en disant qu’une cour sans dames est une année sans printemps, et un printemps sans roses, adoucirent les mœurs et leur donnèrent plus de grâce et plus d’élégance. C’est alors que naquit ce charme de la société française, qu’on appela la galanterie, et dont François Ier fut le représentant le plus aimable… » (37). Or, la galanterie, c’est-à-dire l’art de plaire en société et plus particulièrement la tendance à rechercher la compagnie des femmes et à leur plaire par un empressement flatteur, par toutes sortes d’amabilités et de prévenances, dérive directement de la courtoisie et de ses règles.
La magnificence et les goûts galants du roi, « qu’il partageait avec toute son époque, quadruplèrent le nombre des femmes placées en titre d’office » (38), quadruplement qui « fut plus favorable à l’élégance de l’esprit qu’à la pureté des mœurs » (39). « Les maisons des princesses furent autant de cercles officiels, et la cour de France eut une élégance incomparable quand la maison de la reine, son personnel et son luxe furent imités par la duchesse d’Angoulême, mère de François Ier, et par Marguerite de Valois sa sœur ; on vit alors comme une rivalité d’élégance, de grâces et de séduction surgir de ces différents groupes de filles d’honneur. Sans doute François Ier y trouva ses maîtresses, et il eut dans la maison royale des générations d’imitateurs, mais ces désordres avaient-ils attendu la venue des demoiselles d’honneur pour s’introduire à la cour ? Les filles de Charlemagne, sans remonter plus haut que le récit d’Éginhard, ont ouvert cette ère de galanterie, et personne n’a pu la fermer. Croit-on d’ailleurs que ces jeunes princes, faute de filles d’honneur, seraient devenus de petits saints et des modèles de continence ? Ils auraient été chercher leurs maîtresses dans des conditions inférieures ; la morale n’y eût rien gagné, et la cour de France y aurait perdu cette élégance de manières, et ce ton distingué qui forma nos princes, nos seigneurs et toute la noblesse à l’exercice des nobles sentiments, à la pratique des coutumes chevaleresques. Les combats au champ clos et la manie des duels furent l’exagération de ces principes ; ne les condamnons pas : ils créèrent le point d’honneur et, avec lui, la politesse, qualité si longtemps propre à la cour et qui est restée la politesse française. Les bonnes manières eurent ainsi, de bonne heure, à la cour de France, un guide délicat, et l’élévation des sentiments un appréciateur distingué. Les femmes furent les juges de ces élèves en l’art de plaire, et elles se chargèrent de récompenser le vainqueur. Poésie, beaux-arts, élégance, qu’êtes-vous, sinon les enfants légitimes de cet art qui les réunit tous ? La galanterie, il est vrai, vint à la suite ; elle fut de bonne heure admise et tenue en honneur à la cour de France. Nous devons à cette tolérance, peut-être un peu débonnaire, le poli précoce de nos mœurs et le charme particulier de la société française. Condamner la galanterie de nos cours ! mais toute la chevalerie, toute la poésie, les arts tout entiers en découlent, et, pour le prouver, suivrai-je, règne par règne, depuis les grandes maîtresses jusques et y compris madame de Pompadour, l’influence de la galanterie ? Ce serait superflu (40). » En effet. L’historien Eugène de La Gournerie juge avec moins de galanterie le développement de la galanterie à la cour à la suite de sa féminisation : « L’introduction des femmes à la cour par Anne de Bretagne fut un coup mortel porté aux mœurs de la haute société française. Anne les formait à la vertu ; mais, après elle, l’air de la cour les forma de lui-même au vice. La cour devint une école de cette galanterie spirituelle et légère qui propage d’autant plus sûrement la corruption qu’elle sait en voiler la laideur. « Une cour sans femmes, disait François Ier, c’est une année sans printemps, un printemps sans roses ». — C’est un jardin sans fleurs, ajoute Brantôme, et ressemble mieux une cour d’un satrape ou d’un Turc, que non pas d’un grand roi chrétien (41). » Brantôme avait pressenti les origines orientales de l’étiquette, Tavannes critiqua l’esprit de cour : « Qui entre libre en la cour des rois devient serf. Être assujetti aux voluptés, plaisirs, imperfections d’autrui, lever, coucher, dîner, marcher, chasser, se tenir debout, n’est pas avoir son corps à soi, non plus que l’âme n’est libre qui flatte, médit, se plie, déguise, farde, cache le vrai, publie le faux, rapporte, dissimule, s’offre à ses ennemis, trompe ses amis, conseille guerre, mort, subsides. Prenant charge aux cours des princes, adieu plaisirs ; pressé, importuné, ennuyé, en crainte, plein de contraires, en soupçon ; un songe, un rapport, une femme ruinent la faveur qui ne se peut perdre sans la vie et l’honneur. C’est folie de travailler pour ce qui se perd si facilement, s’acquiert avec tant de labeurs et se conserve avec tant de peine. Les généreux ne peuvent être courtisans, métier dont les règles se peuvent observer des pusillanimes (42). » L’étiquette fut contestée, rencontra des résistances, mais finit par prévaloir sous Henri III.
Ébauché sous ce roi avec la codification de l’étiquette à la demande expresse de Catherine de Médicis, sa mère, à qui il ne pouvait rien refuser (43), le cérémonial de cour prit sa forme définitive au cours du XVIIe siècle et ses règles s’inspirent manifestement, pour certaines d’entre elles, de celles de l’amour courtois. « La reine mère veut en fait, que l’étiquette soit un instrument de pouvoir et de diffusion d’une image. Pour cela il faut donc vivre en public, s’astreindre à une régularité sans faille, tout en introduisant la distance nécessaire avec les courtisans. Même si le fait de vivre en public n’est pas nouveau […] la nouveauté vient du fait qu’elle se fait désormais dans l’idéal chevaleresque, du roi vivant avec sa noblesse » (44). D’ailleurs, l’amour courtois est encore très vivace, « l’imaginaire des gentilshommes et des dames est encore peuplé de chevaliers errants, d’enchanteurs, de géants et de princesses captives. François de la Noue a affirmé, dans la seconde moitié du XVIe siècle, que la lecture des aventures d’Amadis de Gaule causait « un esprit de vertige » dans sa génération » (45).
Les codes de l’amour courtois sont un des éléments constitutifs de la société de cour, « dispositif central dans la modification des sensibilités et des comportements de l’homme occidental au XVIIe et au XVIIIe siècles. C’est en son sein que s’élaborent les nouvelles relations entre les hommes, partant de nouvelles règles de comportement. Comme dans un laboratoire, s’y expérimentent le contrôle de soi et l’observation d’autrui, la maîtrise des émotions immodestes et des mouvements spontanés, la régulation de l’économie pulsionnelle, une définition plus exigeante de la pudeur. La société de cour, de par ses contraintes et ses règles, façonne une nouvelle structure de l’affectivité individuelle, un nouvel habitus psychique. Sa fonction historique est paradoxalement double. Elle fonde et affirme une distinction, celle qui sépare l’homme de cour du vulgaire. Mais la Cour, tout en préservant la spécificité minoritaire d’un style de vie, est aussi le point d’où se transmettent les nouvelles conduites, qui », de la noblesse, « vont s’étendre aux autres couches de la société » au cours des siècles (46).
Puisque la courtoisie, « une des qualités essentielles attendue du chevalier [par l’Église consiste] pour lui [à] contenir son exubérance, sa force, sa brutalité, sa virilité […] en définitive […] à être maître de soi dans cette petite société fermée que constitue la cour » (47) et qu’Henri III, sous l’impulsion de sa mère, a tenté de rendre hermétique, on peut dire qu’elle servit de fondement à la société de cour et, plus tard, donc, à la société tout entière. Le caractère oriental de l’étiquette imposée à la cour par François 1er avait frappé certains observateurs, il est intéressant aussi que la cour d’Henri III ait été comparée en son temps à une école de sorcellerie (48).
Le début du XVIIe siècle marque une étape importante dans le processus de constitution de la société de cour comme instrument d’affinement des mœurs, qui restent rudes, d’autant que la reprise des guerres étrangères et la recrudescence des dissensions intérieures offrent de nombreuses occasions à l’aristocratie d’oublier les principes qu’elle « s’applique gauchement à mettre en pratique » (49) à l’hôtel de Rambouillet, alors haut lieu des bonnes manières et de la vie mondaine. L’élégance se remarque de plus en plus d’Henri IV à Louis XIII, mais l’instruction des nobles est inversement proportionnelle à leur coquetterie, tandis que les bourgeois soignent la leur – leur instruction ; la noblesse continue encore à croire qu’elle est née pour les prouesses guerrières et la gloire, que « l’étude, paisible et sans éclat, est réservée aux classes inférieures, et qu’elle abâtardit les courages » (50) et ils « mettaient […] à manifester leur ignorance, comme une sorte de point d’honneur : elle était la consécration de leur dignité sociale » (51), plus pour longtemps. La réalité ne suffisait plus. Francion, dans le roman éponyme (1623) de Charles Sorel, sieur de Souvigny, pense « qu’il fallait faire en sorte que dorénavant l’on menât un pareil train de vie que celui qui était décrit dedans les livres » (52).
En France, où, contrairement à ce qui se passait en Espagne ou en Italie, le « sexe faible » n’avait jamais été tenu à l’écart de la société, la vie à la cour rapprocha encore davantage les hommes et les femmes les uns des autres, adoucit les mœurs de ceux-là, les amollit. « Rien ne peut mieux polir les mœurs des hommes, qu’un commerce suivi avec les dames, à la condition qu’ils recherchent en elles autre chose que la satisfaction matérielle de leurs désirs, et qu’elles mettent leur amitié à un prix assez haut, pour ne pas l’accorder, sans délai, après quelques démonstrations de pure forme. Ils tachent de les gagner par l’aisance aimable des manières, l’agrément des paroles, la délicatesse des sentiments, et mille prévenances dont les menus événements de la vie mondaine renouvellent à chaque instant l’occasion. Ces pratiques contraignent et, à la longue, réforment les tempéraments grossiers » (53)..
L’ascèse qu’impliquait l’amour courtois de la part du chevalier était en passe de devenir un jeu d’esprit. Il le deviendra, une fois que l’homme aura appris à en avoir – de l’esprit. Une fois qu’il sera redevenu un enfant. Comme le remarque fort justement Kant, « [c]omme la nature voulait inspirer des sentiments plus raffinés qui relèvent de la culture, c’est-à-dire ceux de la sociabilité et de la bienséance, elle a donné au sexe féminin maîtrise sur les hommes, par la moralité, l’aisance de la parole et de l’expression, elle lui a donné un bon sens très précoce et la prétention à recevoir des hommes un accueil fait de douceur et de politesse ; si bien que ceux-ci se trouvent par leur propre générosité, enchaînés sans s’en apercevoir par un enfant et conduits par là, sinon à la moralité, du moins à ce qui la revêt, à cette bienséance des mœurs qui lui sert de préliminaires et de recommandation » (53b).
Une dame joua un rôle majeur dans ce que l’on peut bien appeler le « projet féminocentrique » du début du XVIIe siècle ; la marquise de Rambouillet. Les bals, les carrousels, les fêtes, les ballets étaient des divertissements fréquents à la cour, mais les nobles s’y évertuaient à plaire par leurs riches costumes et non par l’esprit, qu’ils n’avaient pas. C’est hors de la cour que, la paix revenue, se développa « la vie de société véritable, celle qui développe, par l’intimité constante et de bon ton entre les hommes et les dames, la galanterie de l’esprit et des manières, fait une place à l’intelligence par la conversation, habitue à faire cas du jugement des autres, à craindre la réprobation même silencieuse, à rechercher l’estime et l’admiration même discrètes, impose la réserve, la décence, la surveillance des propos et des attitudes, celle en un mot qui polit vraiment les individus et, par une action douce, lente et continue, arrête, atténue, si elle ne les supprime pas tout à fait, les grossièretés, les violences d’une nature fruste » (54) : à l’hôtel de Rambouillet. La marquise « était très artiste, au point d’être elle-même l’architecte de son hôtel, à une époque où il était rare de voir les nobles s’adonner au dessin. Éprise des belles choses, connaissant assez l’italien et l’espagnol pour s’être « formée l’esprit dans la lecture des bons livres » écrits en ces deux langues, empêchée par une maladie d’étudier le latin pour lire Virgile, elle se plaisait aux entretiens doctes et graves, causait d’Auguste et de ses vertus, demandait à Balzac des renseignements complémentaires sur Agrippa et Mécène, recevait avec joie ses discours sur l’ancienne Rome » (55) : la « sage Arthénice », comme la surnommait, obséquieux à souhait, Balzac, était le prototype de la « femme savante », ancêtre de notre « intellectuelle ». Sa discrétion, sa modestie, son amabilité, son urbanité, sa civilité tranchaient avec le caractère souvent emportée et volage de la plupart de ses contemporaines. De la « sage Arthénice » Ségrais dit que « c’est elle qui a corrigé les méchantes coutumes qu’il y avait avant elle […] et […] a enseigné la politesse à tous ceux de son temps qui l’ont fréquentée » (56). En quête de pensions, les artistes qui papillonnaient autour de la marquise dans la « chambre bleue » de l’hôtel de Rambouillet ne reculaient devant aucune flatterie. Au rebours de l’image d’être obscur et corrupteur qu’avait la femme dans la littérature de l’époque, où abondaient les personnages de prostituée, de criminelle, d’émeutière et de sorcière, ils farcissent leurs lettres galantes, qui étaient lus à voix haute dans la « chambre bleue », de métaphores qui la décrivent comme un être de lumière (57).
D’autres lieux mondains existaient, où, l’intelligence, à défaut d’être présente, était célébrée.
C’est à cette époque que, « [d]e la société savante réservée aux hommes, ou du petit cénacle réuni à la cour d’une reine humaniste, on passe à une série de constellations de lieux mixtes où hommes et femmes travaillent ensemble à la dissémination des idées, souvent sous la « direction » d’une femme » (58) : les salons de conversation et les ruelles (la ruelle est chambre à coucher de certaines dames de qualité, qui tenaient lieu de salon littéraire et mondain) (59). Le salon est « [c]onstitué autour d’une femme intelligente et mondaine, d’habitude la maîtresse de maison, capable non seulement de comprendre les conversations qui ont lieu chez elle mais aussi d’y contribuer » ; « celle-ci sert souvent d’arbitre dans les débats. Elle choisit en quelque sorte l’orientation de son salon selon ses préoccupations et ses goûts » (60). Avec la multiplication des salons, « les femmes deviennent les reines du monde […] costumes, manières, langage, elles observent tout, voient tout, saisissent promptement une lacune, un excès, un ridicule ; et la crainte de l’ironie de leur sourire ou de leur regard opère chez les hommes plus de changements que des règles impératives » (61). Qui dit mondanités dit, nous ne saurions trop insister sur ce point, sujétion de l’homme à la femme. « Arbitres de la mode et de toutes les nouveautés frivoles ou importantes, maîtresses de l’opinion des salons où elles règnent, où l’on veut leur plaire, elles doivent d’autant plus influer sur notre conduite, qu’un [homme] est homme du monde avant tout ; qu’il vit plus dans la société que dans son cabinet ; que dans les salons on décide de sa réputation, de ses succès ; que l’amour et le plaisir l’y appelant sans cesse, il doit être esclave des brillantes souveraines qui y dictent des lois. Non seulement la foule commune des hommes ressent cette domination ; mais de tous temps, presque tous les gens en place ont eu de la peine à s’y soustraire » (62).
Les femmes influencent directement les goûts et les mœurs et, en particulier, répandent et fortifient la notion de bienséance, tandis que les règles de la galanterie et de la politesse prescrites par les nombreux traités de civilité et de bienséance publiés de 1643 à 1661 sont pour ainsi dire illustrées par les romans de la Calprenède et de Mlle de Scudéry, le théâtre de Quinault et de Thomas Corneille (63) ; c’est surtout par les romans que l’aristocratie sera initiée aux règles de la politesse mondaine. Or, « les modes littéraires leurs sont en grande partie soumises et leur doivent les soucis et de délicatesse et de raffinement qui s’y manifestent » (64).
Le noble lit davantage et ne méprise plus autant le littérateur. Cependant, la bienséance, pour lui, exige surtout qu’il ne se conduise pas comme un bourgeois. Cette distinction s’estompera peu à peu. Le premier traité de civilité, composé par Érasme vers 1530 et traduit en français en 1613 sous le titre de « De La Civilité morale des enfants », s’adresse aussi bien aux adultes, quelle que soit leur condition. La notion d’honnêteté est introduite par toute une série d’autres traités de civilité du début du XVIIe siècle et devient vite une sorte de dogme. Presque tous les écrivains du XVIIe se sont occupés de la définir, sans toutefois s’accorder complètement sur son sens. « Honnêteté » désigne moins le respect de la norme morale que la conformité à des normes sociales, même s’il existe évidemment une certaine conformité entre celle-là et celles-ci. Elle peut bien être, selon le chevalier de Méré, « le comble et le couronnement de toutes les autres vertus », elle n’en reste pas moins, toujours selon de Méré (65), subordonnée à la bienséance, dont le respect repose sur la possession de certaines qualités nécessaires à la vie mondaine : le sens de la mesure (la « mesura » n’était-elle pas déjà le fondement social et moral de la chevalerie, comme de l’amour courtois ?) (66), la finesse d’esprit, pour plaire, un sens aigu de l’observation, pour savoir comment plaire, une grande capacité d’adaptation, pour savoir plaire à tout le monde. Si l’honnête homme est l’ancêtre, fût-il lointain, du chevalier et il l’est assurément (67), il se distingue de lui notamment par le fait que l’honnêteté n’est pas conçue comme une qualité propre à l’aristocratie et donc à un sang. Elle n’est pas innée et toute personne peut l’acquérir par le mérite et « l’honnêteté de mérite [peut] même revendiquer une plus haute portée morale » (68) ; « elle ne dépend que du cœur et de l’esprit […] elle est universelle » (69). L’« honnête homme » est « un citoyen du monde » (70). Même si l’adjectif ne signifie pas « bâtard », « composite », « bigarré » sous la plume de Montaigne, le premier auteur à avoir donné une définition d’« honnête homme », il est remarquable qu’il en fasse un synonyme d’« homme mêlé », car, par sa préoccupation pour l’extériorité et pour le paraître, le type de l’« honnête homme » est à ramener racialement à l’« homme méditerranéen », dont les origines n’ont pas été établies avec précision, mais dont les représentants actuels portent la marque d’un fort métissage avec des populations sémites. Ainsi s’expliquerait la tendance de cet homme, caractéristique aussi du mondain qu’est l’« homme mêlé », à se dédoubler en « un moi qui joue un “rôle” et […] un autre moi qui le considère du point de vue d’un observateur ou d’un spectateur potentiel et s’en complaît » (71).
Il est possible qu’il ait existé une « conception bourgeoise de l’honnêteté » (72) par opposition à une « conception aristocratique de l’honnêteté », mais, dans le fond, celle-ci trahit un fond bourgeois, qui ne tardera pas à remonter à la surface et à prévaloir. « La littérature devient de plus en plus la culture de l’honnête homme, et on sait que l’honnête homme […] perd peu à peu les qualités essentiellement morales qui en étaient l’essence pour devenir, dans la deuxième moitié du siècle, l’homme qui réussit dans la vie sociale par la maîtrise achevée des règles complexes de la civilité et de la galanterie » (73), honnête homme qui, comme nous le verrons plus bas, prendra le nom de « grand homme » au XXe siècle ; « honnête homme », homme domestiqué, homme mentalement féminisé. Dans la formation de l’« honnête homme », les femmes jouent un rôle central et elles sont saluées par la publication de divers ouvrages aux titres tous plus apologétiques les uns que les autres : Le Triomphe des dames (Paris, chez l’auteur, 1646) de François de Gerzan et Le Mérite des dames (1655) d’Antoine de Saint-Gabriel, Le Triomphe du beau sexe sur les hommes, où l’on fait voir les avantages et les prérogatives qui rendent les femmes supérieures aux hommes, par des preuves incontestables (1719, Hambourg) (74).
L’« honnêteté » au XVIIIe siècle se définira « non plus par ce qu’elle n’est pas par rapport au rang, la fortune, la religion, ou la cour, mais par la culture, laquelle se définira par rapport à la mode et la fortune » (75) : par une culture entièrement livresque et flasque, dont l’« honnête homme » joue dans les « sociétés », cette institution du XVIIIe siècle. « L’honnête homme, observait Marmontel, passa de son plein gré, le plus clair de sa vie dans les salons. Il leur dut ses succès, sa position et sa fortune. Ce fut plus qu’un habitué, ce fut un initié. La vie mondaine devint pour lui une seconde nature » (76). En sommeil depuis la mort de la marquise de Rambouillet en 1665 et l’accession au trône de Louis XIV, pendant le règne duquel seule la cour rayonnait, la vie mondaine en dehors de Versailles renaît à l’ultime coucher du roi (77). Les « sociétés » poussent alors comme des champignons, se formant en marge de la cour et bientôt en opposition à Versailles. Les occasions que les salons avaient toujours données aux hommes de faire leur cour ne sont plus suffisantes pour les y attirer et les y retenir : leur appétit intellectuel, peu développé jusqu’au début du XVIIIe siècle, ne cesse de grandir (78). Les « salonnières » ne sont plus toutes des nobles ; quelle que soit leur condition, elles n’ont rien perdu de la poigne de leurs devancières. « Un salon est, au XVIIIe siècle, une petite cour présidée par une dame au moins un peu mûre. Elle tient son sceptre comme il lui plaît. Elle peut faire régner une stricte discipline, subjuguer par son charme, semer la teneur à coups de remarques caustiques, témoigner à ses familiers l’affectueuse et tyrannique sollicitude d’une mère. En pénétrant chez elle, on prend l’engagement tacite de s’incliner devant la loi du pays et de se laisser de bon gré diriger, morigéner ou charnier » (79). L’une d’elles se détache des autres : Ninon de Lenclos, dont la dépravation dissimule efficacement une nostalgie de l’amour courtois qui refait surface dans sa correspondance (80). Ce fut dans son salon que « Voltaire reçut ses premiers principes ; ce fut chez elle que se forma cette secte d’épicuriens, dont les dogmes effrayèrent plus d’une fois Louis XIV, portèrent ensuite la corruption dans la cour du régent, et firent enfin la base de la philosophie du dix-huitième siècle » (81). Dans les salons, on ne parle donc plus seulement d’arts et de lettres, mais aussi de politique. Les salons sont devenus des lieux politiques qui, comme le notent deux historiennes, interprétant librement une remarque de l’abbé Castel de Saint-Pierre (1658-1743) à J.-J. Rousseau (« On ne fait rien à Paris que par les femmes. Ce sont comme des courbes dont les sages sont les asymptotes, ils s’en approchent sans cesse, mais ils n’y touchent jamais ») (82) « permettent aux femmes d’ériger en lois leurs valeurs de faibles » (83), c’est-à-dire l’« esprit philosophique ». Les relations mondaines exigent désormais l’égalité. « La femme est la médiatrice d’une société nouvelle qui se met en place ; elle y applique un principe d’égalité entre les jeunes talents et les anciennes élites » (84), naturellement sans se l’appliquer à elle-même : l’égalité est toute de façade et ne peut d’ailleurs pas être autre. Avec le contenu des conversations le ton a changé, les manières ont muté. La politisation des conversations a substitué à « la grâce badine […] l’esprit de sérieux et d’une gravité un peu empesée » (85), même si la politesse, idéal, théorisé par les auteurs bourgeois de l’Encyclopédie, de la sociabilité aristocratique du XVIIIe siècle finissant, impose de ne pas approfondir les arguments et d’éviter les considérations techniques (86). Les Lumières n’ont pas inventé la politesse, mais elles en ont fait un principe moral (87), ou, pour le dire autrement, pour le dire comme l’ont dit certains contemporains perspicaces, elles ont érigé l’hypocrisie en vertu.
En attendant, la « politesse » est présentée comme une manière d’être qui, comme celle de l’« honnête homme », exige la maîtrise de soi, le gouvernement de soi, ou mieux : de donner l’impression de se maîtriser (88). En effet et en réalité, il faut entendre par là la faculté de dissimuler ses émotions par la répression narcissique de tous les gestes et de toutes les paroles qui pourraient les trahir aux yeux des autres et surtout aux yeux des femmes, qui, dans les salons, dictaient leur loi et fixaient les règles du jeu. De la duchesse du Maine, qui tient salon au château de Sceaux, un des causeurs qui le fréquentent dit : « On ne peut montrer plus d’esprit, plus d’éloquence, plus de badinage, plus de véritable politesse, mais en même temps on ne saurait être plus injuste, plus avantageuse ni plus tyrannique (89). » Fontenelle appelle ses habitués – des nobles, des parlementaires, des gens de lettres, des mondains – « les galériens de Mlle du Maine » (90). La moindre entorse à la « politesse » peut entraîner l’exclusion de l’impoli de la « société » dans laquelle il l’a commise et de la société tout court. Elle signifie en fait sa « mort sociale » (91).
Le « processus de civilisation » que le sociologue Norbert Elias (92) a mis en évidence et étudié est celui de l’élimination de la violence physique, de la brutalité, de la force, de la virilité par l’inculcation insidieuse des règles toutes féminines de la civilité, d’abord à la noblesse à partir du « Moyen-Âge », ensuite à la bourgeoisie au XVIIe siècle, puis, à partir du XIXe siècle, à l’ensemble des autres couches sociales, par le même désir d’ascension sociale qui avait poussé deux siècles plus tôt les bourgeois à observer les convenances régissant la vie de la cour. Des règles de la courtoisie en tant qu’art de vivre, on est ainsi passés aux règles de la civilité, puis aux diktats de la moralité et du savoir-vivre. La bien-pensance, plus connue, dans les pays anglo-saxons, où elle est née dans les années 1980, peu avant la mort de Norbert Elias, sous le nom de « political correctness », c’est-à-dire, selon l’Oxford Dictionaries, le fait d’éviter des formes d’expression ou d’action qui pourraient être perçues comme une volonté d’exclure, de marginaliser, ou d’insulter des groupes de personnes socialement désavantagés ou discriminés, la bien-pensance est la manifestation terminale de la courtoisie.
Il est maintenant temps d’en venir à l’étude de l’influence qu’a exercée sur les rapports entre les hommes et les femmes la courtoisie dans son acception spécifiquement sentimentale.
Lui qui ne connaissait guère les sentiments de tendresse, de dévouement, de respect envers la femme, voilà qu’« [a]imer courtoisement [devient] pour le noble du XIIe siècle la grande affaire de la vie » (93) (aimer tout court : le fameux traité du clerc André le Chapelain, faussement traduit par « Traité de l’amour courtois », s’intitule tout simplement De amore). Jusque-là l’amour n’avait été qu’Éros, « c’est-à-dire le désir sexuel chez l’homme et la femme, avec la conviction chez cet homme de sa supériorité sur la femme, et, chez la femme le désir également, joint à la conviction intime de son infériorité, à l’idée, fortement enracinée, de son devoir de soumission à l’égard de l’homme ». La courtoise instigue un renversement de la conception des rapports entre les sexes et une inversion des rapports de force entre eux. « En effet la courtoisie prend le contre-pied de la civilisation chevaleresque du XIe siècle qu’on peut entrevoir dans les chansons de geste. Celles-ci présentent un monde de chrétienté, de combat pour la France, de principes féodaux fixes », qui incluent « un mépris des attachements féminins, ou encore une indifférence à la volonté de la femme. Cela correspond aux mœurs de l’époque qui consacrent la dépendance totale de la femme à son père d’abord, avant que celui-ci ne la livre à l’époux qu’il lui aura choisi. Il semble effectivement difficile pour la femme d’occuper les premiers rôles alors que la société du XIe siècle se fonde sur les prouesses guerrières. La courtoisie s’y oppose diamétralement par l’inversion hiérarchique de la dame sur l’homme… (94) »
L’amour, selon l’expression bien connue d’un critique littéraire du XIXe siècle, est « une invention du XIIe siècle » et c’est une invention littéraire. Du XIIe siècle date l’apparition dans la littérature et, à travers l’action de la littérature sur les mentalités, dans l’existence de la notion de « l’amour enlaçant la vie » (95), qui ne devait plus quitter ni l’art, ni la vie. La notion de courtoisie était certes dans l’air du temps depuis que l’Église en avait fait une des qualités essentielles que le chevalier devait posséder et dont il devait faire usage tout particulièrement dans ses relations avec les femmes, mais les idées « ne font pas toutes seules leur chemin dans le monde. Outre la puissance d’expansion qui leur est propre, certaines causes auxiliaires viennent en accélérer la diffusion et le progrès. Parmi ces agents secondaires, la littérature est un des plus puissants : car, si les livres commencent par reproduire l’image de la société, ils réagissent ensuite sur le monde, et lui rendent, ordinairement avec une énergie nouvelle, les sentiments dont ils se sont d’abord inspirés » (96). En Europe, la littérature proprement dite naît au IXe siècle (97) en même temps que les langues romanes, mais, alors que, pendant trois siècles, « on avait écrit des romans pour les hommes principalement occupés de la guerre (récits du cycle carlovingien), et on ne leur avait guère parlé d’autre chose », eh bien, à partir du XIIe siècle, on se mit à « [créer] pour elles des récits d’amour galant qu’on agrémenta d’incidents merveilleux… » (98) ; c’est que, vers cette époque, en France ainsi qu’en Angleterre, où domine alors la civilisation franco-normande (99), « les femmes commencent à hériter des fiefs (ou même de la royauté), revêtant de la sorte une importance qu’on ne leur avait jamais reconnue jusque-là » (100) ; ce qui peut expliquer que l’« [on] écrivait désormais pour les femmes que cette véritable révolution sociale avait faites riches et puissantes… » (101), ce qui pourrait aussi expliquer que les femmes commencèrent alors à jouer un rôle prépondérant en tant qu’auteurs et/ou protectrices dans la diffusion de la littérature (courtoise) et de ses épigones. L’initiatrice de la mode courtoise, Aliénor d’Aquitaine, comme sa fille la plus célèbre, Marie de France qui, elle, se piquait en plus de composer des lais, prit sous son aile de nombreux troubadours (102) (des premiers trouvères jusqu’à Rousseau il n’est quasiment aucun des littérateurs qui ont promu nolens volens par leurs écrits les valeurs féminines qui n’aient pas eu une ou plusieurs protectrices) (103).
Non seulement les femmes contribuèrent à la dissémination de l’idéologie courtoise, mais l’une d’entre elles au moins joua un rôle déterminant dans sa vulgarisation, en rendant la « dame » inaccessible plus accessible. D’abord, « le support de l’inspiration du lyrisme courtois avait été la poésie lyrique provençale, mais, « de forme savante et de fond affiné, [elle] ne s’adressait qu’à une élite : pour se répandre et se vulgariser, les doctrines passionnelles dont elle s’était fait l’interprète devaient se choisir un autre cadre littéraire, et ce cadre fut le roman de chevalerie » (104) et cette entreprise fut menée à bien à la fois par Chrétien de Troyes et par André le Chapelain, à la demande de la comtesse de Champagne. Celui-là fut chargé de mettre en théorie les motifs de la poésie lyrique, celui-ci de les reprendre et de les transformer sous une forme narrative et créa ainsi le roman courtois (105). Avec lui, « … le roman, qui reste aristocratique et chevaleresque, — chevaleresque, c’est-à-dire d’aventures, avec des coups d’épée, de grands exploits, des voyages dans des pays souvent fabuleux, ce qui donne au roman d’aventures, assez décrié chez nous, une bien illustre origine — devient un roman d’amour, ce qu’il est généralement resté. De sorte que l’histoire du roman, en France, est devenue l’histoire de l’évolution du sentiment de l’amour, en même temps que celle de l’évolution de la société. Comme d’ailleurs sans doute dans la réalité, les deux choses se mêlent de manière inextricable » (106). Pour suivre l’évolution du sentiment amoureux dans la réalité, nous donnerons un aperçu de l’évolution de ce sentiment dans la littérature relativement à son contenu gynocentrique. Il se nourrit aux sources du néoplatonisme, du mysticisme chrétien et, bien sûr, à celles du lyrisme courtois.
Dans Le Chevalier à la charrette, le premier roman courtois, Lancelot « semble subir une sorte de fascination qui ne le laisse plus maître de sa volonté virile : en apercevant le peigne dans lequel sont demeurés quelques cheveux de sa dame, ce guerrier, que nul danger n’est capable de faire pâlir, tombera soudain en défaillance. La vue inopinée de la reine le plonge dans une extase telle qu’il ne sait plus ce qu’il fait et risque de se laisser vaincre. Croit-il qu’elle a péri, la vie ne lui paraît plus supportable, et il cherche à se procurer la mort sans délai, il lui sacrifie plus que sa vie : il lui immole son honneur en faisant marché avec le nain. Avant de monter sur la charrette infâme, il a bien un instant d’hésitation, mais il confessera par la suite que cette hésitation fut un crime. D’ailleurs ce chevalier loyal entre tous ne songera jamais à se reprocher la trahison dont il se rend coupable envers son seigneur suzerain. L’amour règne dans son âme de façon despotique, principe des actes les plus valeureux et les plus élevés comme aussi de toutes les capitulations de la conscience. En d’autres termes, Lancelot est le prototype du passionné romanesque, qui, à dater des œuvres de Chrétien, n’a plus cessé d’incarner l’idéal érotique de la race européenne » (107). Au cas où le lecteur n’aurait pas compris à la lecture du roman l’ensemble des normes relatives à l’attitude de l’amant envers sa dame, le « De amore » les lui prescrit en bonne forme : « Le véritable amant ne désire pas d’autres étreintes que celles de son amante » ; « Tout amant doit pâlir en présence de son amante. Quand un amant aperçoit brusquement celle qu’il aime, son cœur doit commencer à tressaillir » ; « L’amoureux est toujours craintif » ; « Celui que tourmente le souci d’amour mange moins et dort peu » ; « Tout acte de l’amant a son but dans la pensée de celle qu’il aime » ; « Le véritable amant ne trouve rien de bien en dehors de ce qu’il pense plaire à son amante » ; « L’amant ne saurait rien refuser à son amante » ; « L’amant ne peut se rassasier des plaisirs qu’il trouve auprès de celle qu’il aime » ; « Le véritable amant est obsédé sans relâche par l’image de celle qu’il aime ». Le respect de telles normes implique la mortification et l’humiliation de l’amant et c’est précisément l’attitude qui est celle du héros du Lancelot en prose (vers 1224), « « plein de trouble » et répondant « moult humblement, en « manière de fin amant : Dame, certes j’ai grand « peine et n’ose demander pourquoi » ; puis, la dame étant rentrée dans son appartement avec impatience, nous apprenions que les yeux de Lancelot étaient restés « dehors, pleins de larmes avec le corps » ! Mais le narrateur en prose de ses hauts faits lui prêtera de bien autres manifestations émotives, en particulier dans la scène célèbre de son aveu d’amour, cette scène que Dante savait par cœur et qui a contribué pour une grande part à engager la sensibilité européenne sur une voie qu’elle n’a guère délaissée depuis lors » (108), en dépit de l’existence d’une voie secondaire, tracée par les fabliaux, sur laquelle « [l]es femmes […] sont toujours considérées et dépeintes comme des êtres inférieurs et malfaisants : seul un régime de terreur est capable de les mater ; encore les coups n’y suffisent-ils pas, le plus souvent, car leurs vices sont vices de nature : essentiellement contredisantes, perverses, obstinées, elles se montrent hardies au mal et capables de vengeances longuement préparées. » (109) Chez Dante, les femmes sont envisagées comme « des symboles des vérités éternelles ou des vertus sociales » et c’est sous « cette forme éthérée » qu’elles sont glorifiées (110). Après la première moitié du XIIIe siècle, la littérature romanesque se répète et stagne, mais « la conception courtoise et romanesque de l’existence continue ainsi de s’imposer à l’adhésion des classes cultivées » (111).
Au XVIe siècle. « l’amour finit par donner le ton à toute la littérature » et le triomphe de cette « tonalité » correspondit à « [l]’entrée des femmes dans le monde, ou, pour parler plus exactement, dans la bonne compagnie, qui se forme à mesure que se répand le goût des lettres et de la conversation… » (112) La doctrine de l’amour platonique « a beaucoup aidé à établir la prépondérance des femmes au seizième siècle et à faire de l’amour le sujet privilégié de la littérature. Le christianisme avait donné à l’âme humaine quelque chose de plus tendre; mais il avait tourné cette tendresse vers Dieu. La chevalerie avait essayé de se servir de l’amour comme d’un encouragement aux belles et nobles actions; mais cette tentative, qui avait mieux réussi dans les romans que dans le monde, ne donnait pas encore à l’amour un ascendant général sur le monde et sur la littérature. L’amour se renfermait entre le chevalier et sa dame. Dans le platonisme, au contraire, l’amour, devenu une sorte de doctrine savante et grave, pouvait servir d’entretien dans le monde, sans exciter de craintes ou de scrupules ; et, comme il gardait en même temps le charme qui s’attache au sentiment le plus vif du cœur humain, il avait de quoi animer et de quoi autoriser du même coup les entretiens amoureux. Si les femmes n’avaient pas eu déjà dans la société le pouvoir qu’elles tenaient de leur rang dans le christianisme et dans la chevalerie, il aurait été possible que l’amour platonique servit de texte seulement aux controverses des académies et qu’il n’entrât pas dans les conversations du monde. Mais, avec la prépondérance déjà reconnue des femmes, l’amour platonique ne pouvait pas revenir aux écoles de philosophie et s’y renfermer. Les femmes devaient s’en servir pour régner dans le monde lettré du seizième siècle, comme elles s’étaient servies de la chevalerie pour régner dans le monde féodal du moyen âge ; et, tout en prenant la doctrine platonique comme une autorité qui leur était favorable, elles devaient aussi adoucir cette doctrine, la plier aux usages du monde élégant qu’elles allaient fonder, et lui ôter son caractère académique pour en faire une science de bonne compagnie. Elles devaient enfin, en mêlant ensemble les idées de la chevalerie et de l’amour platonique, composer une science ou un art nouveau qui s’appela la galanterie et qui garda longtemps son sens honnête et grave. Cette prépondérance croissante des femmes, qui commence au seizième siècle et qui s’accomplit vers le milieu du dix-septième, a, pour ainsi dire, trois degrés principaux marqués par trois grands romans qui ont eu une grande influence sur les idées et sur le ton du monde : L’Amadis, qui représente l’amour chevaleresque qui s’adoucit et même s’effémine ; L’Astrée, qui mêle l’amour platonique à l’amour chevaleresque sous le nom d’amour pastoral ; la Clélie enfin, qui est le code de la galanterie honnête et qui marque l’apogée de la prépondérance des femmes dans le monde et dans la littérature » (113). Sous l’influence de cette littérature, il est des grands du royaume qui se prennent à penser que, « avant d’être aimé d’une femme de qualité, il fallait soupirer, pleurer, prier, écrire » (114).
La littérature chevaleresque revint à la mode à la fin du XVIIe siècle, époque à laquelle le développement de l’imprimerie permit l’élargissement du lectorat. Les romans chevaleresques réapparurent sous une forme remaniée, propre à satisfaire « aux exigences logiques et psychologiques, lentement accrues malgré tout dans les cerveaux de l’époque » (115). Le plus lu de ces nouveaux romans fut l’Amadis de Gaule, que nous avons déjà évoqué et qui avait été introduit en France par François 1er, dont, dit-on, il avait charmé la captivité à Madrid. Il donna lieu à d’innombrables imitations et continuations. Bon nombre de contemporains étaient d’avis que « le culte passionné et respectueux de la femme » venait, par le roman et le théâtre, de l’Espagne (116), où les traditions chevaleresques des Arabes, longtemps maîtres de la péninsule, l’avaient fait naître (117).
Le héros de l’Amadis, « très visiblement dessiné à la ressemblance de Lancelot, se montre encore plus émotif, plus facile aux pleurs érotiques et plus entièrement esclave de la dame de ses pensées que le pupille de Viviane. Mais du moins cette dame, la princesse Oriane, est-elle fille et épousera-t-elle son amoureux en justes noces, après lui avoir été auparavant plus que complaisante » (118). Les romans chevaleresques des siècles suivants se nourriront directement du platonisme et de la mystique chrétienne sans nécessairement passer par la lyrique courtoise. Au XVIe siècle, « la séduction par voie platonique, — alliage de la chaude passion italienne avec le désir non moins ardent, mais plus formaliste des Espagnols, sur le terrain intermédiaire du midi de la France […] — comporte quatre ou cinq étapes typiques dont la plupart se trouvent marquées, non sans quelque monotonie, dans chacune des septante et quelques nouvelles galantes que publia ce dernier romancier. « Je brûle pour vous : je vais périr consumé, » expose d’abord, soit par lettre, soit de vive voix le candidat aux faveurs d’une belle. — « Vous êtes bien osé ! La foi des hommes passe pour peu sûre : je vous prie de ne me parler pas plus longtemps sur ce ton, » riposte aussitôt la dame ou demoiselle « bien ». Mais l’amant n’est pas si sot, — pas si « grue » pour parler le langage du temps, — que de prendre au sérieux cette rebuffade conventionnelle : il insiste donc : Serez-vous sans nulle compassion, en dépit de votre grande bonté, pour votre loyal serviteur ? — Eh bien, soit, aimons-nous donc, lui est-il répondu cette fois, mais d’un amour honnête et générateur de précieuses vertus. Vous êtes trop loyal assurément pour m’en faire jamais dépasser les bornes ». » (119) — Et tel sera, presque mot pour mot, le dialogue par lettres qui ouvrira la Nouvelle Héloïse deux siècles plus tard. L’attrait qu’exercerait des décennies durant sur les imaginations féminines le rythme instable et imprécis de la prose de la Nouvelle Héloïse, « sans moules réguliers ni loi définissable, se faisant sans cesse et se défaisant, se marquant ou s ‘atténuant selon la nature des pensées… » (120), la tendresse molle des couplets de la pastorale précieuse commença à l’exercer sur ces mêmes imaginations avec la parution de La Diane amoureuse (1542), dont le succès fut immense et durable. Dans la préciosité pastorale, « on […] respire un air de paix délicieuse au sein duquel évoluent des êtres amputés de toute faculté combative et lavés de tout « impérialisme » vital par la fantaisie rêveuse du poète. Naguère, la courtoisie ou le platonisme avaient du moins remplacé, comme principe d’action, la volonté de puissance par l’amour avide de succès et dès lors incitateur de hauts faits ou de perfection sociale, dans l’exaltation du joy masculin. L’amour pastoral moderne est un sentiment dans lequel les larmes prennent désormais toute la place : ces Lancelots rustiques ne rachètent pas leurs heures de timidité langoureuse par des impulsions de prodigieuse valeur » (121). De même, dans la pastorale théâtrale, « [l]e parfait amant se trouve pris dans un réseau d’obligations humiliantes et souvent contradictoires : il doit taire son amour, faire abandon de sa liberté sans grand espoir de récompense. L’amour fonde la suprématie féminine : grandes bénéficiaires du système, les dames, à condition de faire preuve d’une « cruauté » sans faille, sont assurées de recevoir un continuel tribut d’hommages et l’Amour leur confère un pouvoir qui efface leur infirmité sociale. La religion de l’amour tend à se confondre avec le culte de la femme » (122). L’archétype de l’amoureux souffrant n’est pas que littéraire, il se retrouve dans la correspondance de l’époque (123).
Les thèmes des diverses pastorales qui parurent à la suite de La Diane amoureuse confluèrent dans L’Astrée, « qui est une sorte d’encyclopédie romanesque, résumant d’une part tout le passé chevaleresque, courtois et platonique de l’érotisme européen, annonçant d’autre part les étapes nouvelles que cet érotisme théorique va parcourir au cours du XVIIe siècle pour achever la déification de la femme ; précurseur enfin du XVIIIe siècle par l’immense diffusion qu’il procure à l’utopie pastorale de caractère romanesque et par l’écho sympathique qu’il devait éveiller un jour dans la pensée du fondateur de la religion moderne, Jean-Jacques Rousseau. » La divinisation de la femme passera, non seulement dans les romans de la première partie du XVIIIe, mais dans les œuvres littéraires des siècles suivants et, ce faisant, dans la mentalité de l’homme ordinaire, puisque, au cours des siècles, le lectorat de romans ne cessera de s’élargir. La divinisation de la femme « [aboutira] […] à une sorte de fakirisme (ou même de masochisme) amoureux » (124) d’une part et à une sorte de vampirisme amoureux d’autre part.
Rousseau non seulement avait « découvert, ou redécouvert |…] la « sensibilité » que l’intellectualisme du XVIIIe siècle avait fait disparaître, mais « il [avait révélé] une nouvelle conception de l’amour, des droits irrésistibles, divins, impérieux de l’amour, posé en adversaire de toute contrainte sociale, triomphant de ces contraintes […] » (125) et, en même temps, l’avait rendu encore plus artificiel qu’il ne l’était déjà dans l’œuvre de ses inspirateurs. La postérité littéraire de Rousseau, masculine ou féminine, « [conservera] quelque chose de littéraire, souvent de factice ». Dans « Indiana », « ou le droit à l’affranchissement pour la femme », Sand proclame à son tour « le droit à l’amour, l’amour-dieu, auquel c’est un devoir « religieux » de ne pas résister » (126). « Les jeunes filles de Balzac sont trop pures, trop douces, trop angéliques… » (127). Jusqu’au tout début du XXe siècle, ces jeunes filles « [pouvaient] rester […] le bréviaire [des] aspirations [des femmes], de leurs remords, de leur façon d’envisager l’amour » ; pour beaucoup encore élevées au couvent, les femmes subissaient toujours l’influence des anciennes conceptions chrétiennes sur la morale sexuelle et les mœurs (128). Surtout, les jeunes filles de Balzac donnaient de la femme exactement l’image erronée que les femmes souhaitent donner d’elles à l’homme et confortaient ainsi le lectorat masculin de ce roman dans leurs illusions sur la nature féminine. « Le public, écrivaient les Goncourt dans la préface de Germinie Lacerteux (1865), aime les romans faux » (129).
Au XXe siècle, le cinéma hollywoodien devait achever de vulgariser les thèmes de tradition de l’amour courtois dans toute une série de films tous plus mièvres les uns que les autres (129bis) dans lesquels les femmes et leur « morale de midinette » font faire à l’homme ce que Julius Evola appelait « une via crucis érotico-sentimentale » (130).
La question qui se pose de savoir si la fin amors a eu une réalité historique et, si tel est le cas, à quelle échelle elle fut pratiquée – longtemps, le sentiment général fut que les romans de chevalerie constituaient une « image idéalisée mais fidèle de la société féodale » (131). Au contraire, la plupart des historiens actuels sont d’avis, pour les plus modérés, qu’« il est probable que l’amour courtois, modèle littéraire, ne reflète pas les comportements de la société aristocratique (132) et, pour les plus radicaux, que l’amour courtois n’est devenu une réalité que dans l’esprit des médiévistes du XIXe et du XXe siècle (133) – cette question n’a pas, dans la perspective où nous nous plaçons, l’importance cruciale qu’elle revêt pour un médiéviste et c’est pourquoi nous avons jugé inutile de la poser avant ; elle s’efface devant cette évidence, que nous avons déjà soulignée plus haut : dans la doctrine de l’amour courtois comme art de vivre en général et comme art d’aimer en particulier se trouve in nuce l’ensemble des normes qui régissent aujourd’hui les rapports entre les hommes et les femmes à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée, normes qui, parce qu’elles sont fondées sur des critères féminins et sont devenues imprescriptibles, mettent les hommes à la merci des femmes. Les contemporains ont pu rester sourds à « [l]a théorie chevaleresque de l’amour attribuant aux femmes une véritable suprématie morale sur les hommes, proclamant les dames arbitres souveraines de la destinée des chevaliers » (134), les idées qui forment cette doctrine n’en n’ont pas moins trouvé écho, fût-ce sous une forme diluée et affadie, dans les générations successives, au point qu’elles ont fini, longtemps après la disparition des chevaliers et des dames, par conditionner les mentalités et les sensibilités, pour devenir un habitus.
Sans chercher à déterminer précisément à quelle époque les femmes, dans l’ombre, ont pris le pouvoir dans les pays dits « occidentaux », le XIIe siècle présente certaines caractéristiques de la montée d’un tel pouvoir. Devenues, comme il a été dit plus haut, riches et donc puissantes depuis qu’elles avaient obtenu le droit d’hériter (135), il est permis de penser que les femmes, dans les centres de vie aristocratique du Midi et du Sud-ouest de la France, en Provence, en Aquitaine, avaient pris « sur les seigneurs un ascendant de plus en plus marqué » (136). « Les femmes n’avaient […] pas d »autorité », pas de droits juridiquement sanctionnés selon la définition de Weber, mais elles avaient du « pouvoir », une influence plus informelle et diffuse… » (137) notamment par le patronage.
Les premiers témoignages sur le pouvoir de l’ombre féminin datent du début du XVIIe siècle, où, comme nous l’avons vu plus haut, les femmes règnent sur la vie mondaine.
En 1623, le nonce du pape écrivait : « En France tous les grands événements, toutes les intrigues d’importance dépendent le plus souvent des femmes. » (138) « Depuis François Ier les femmes avaient une grande influence dans le gouvernement, et le sceptre du pouvoir était resté entre leurs mains. Diane de Poitiers avait régné sous le nom d’Henri II, Catherine de Médicis sa veuve, sous celui de François II, Charles IX et Henri III. La belle Gabrielle, aïeule du duc de Beaufort, disposait de tout sous Henri IV. Marie de Médicis avait été régente, et Anne d’Autriche lui avait succédé » (139).
La femme de lettres Clarisse Bader (1840-1902) écrivait, dans « La femme française dans les temps modernes » (1883) : « Depuis le XVIe siècle, il faut le dire, [l’] influence [de la femme sur la vie politique française] a été généralement néfaste » (140). Mazarin, s’il était revenu à la vie à la fin du XIXe siècle, aurait sans aucun doute approuvé cette sentence, en l’amputant toutefois de son complément circonstanciel de temps, lui qui, quelques années après la Fronde, au cours de laquelle les femmes furent de toutes les intrigues, de tous les complots, déclara à Luis de Haro, ministre d’Espagne : « Vous êtes bien heureux : vous avez, comme partout ailleurs, deux sortes de femmes, des coquettes eu abondance, et fort peu de femmes de bien. Celles-là ne cherchent qu’à plaire à leurs galants ; celles-ci qu’à leurs maris ; les unes ne savent écrire que des poulets, les autres que leurs confessions, la tête leur tourne quand elles entendent parler d’affaires. En France, c’est tout le contraire ; toutes les femmes, soit jeunes, soit vieilles, prudes ou galantes, sottes ou habiles, veulent se mêler de tout. Une femme de bien ne coucheroit pas avec son mari, ni une coquette avec son galant, s’il ne lui avoit parlé pendant le jour d’affaires d’état. Elles veulent tout voir, tout pénétrer, et, qui pis est, tout brouiller… » (141).
Un siècle plus tard, la situation avait encore empiré. « Mais, remarque Montesquieu, c’est qu’il n’y a personne qui ait quelque emploi à la cour, dans Paris ou dans les provinces, qui n’ait une femme par les mains de laquelle passent toutes les grâces, et quelquefois les injustices qu’il peut faire. Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et forment une espèce de république, dont les membres, toujours actifs, se secourent et se servent mutuellement ; c’est comme un nouvel État dans l’État : et celui qui est à la cour, à Paris et dans les provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats , des prélats, s’il ne connaît les femmes qui les gouvernent, est comme un homme qui voit bien une machine qui joue, mais qui n’en connaît point les ressorts » (142). Jules et Edmond de Goncourt écrivent, au sujet de la femme au XVIIIe siècle : « [Sa] domination, qui monte jusqu’au Roi, est répandue tout autour de lui. La famille ou l’amour met auprès du ministre une femme qui s’empare de lui et le possède : le cardinal de Tencin obéit à Mme de Tencin, Mme d’Estrades dispose du comte d’Argenson, le duc de Choiseul est mené par la duchesse de Gramont, sans laquelle peut-être il aurait accepté la paix que lui offrait la du Barry, Mme de Langeac a voix délibérative sur les lettres de cachet que Terray lance, Mlle Renard sur les promotions d’officiers généraux que M. de Montbarrey fait signer au Roi, Mlle Guimard sur les bénéfices ecclésiastiques que Jarente distribue. Des ministres, la domination de la femme descend aux bureaux des ministères. Elle enveloppe toute l’administration du réseau de ses mille influences. Elle s’étend sur tous les emplois, sur toutes les charges qui s’arrachent à Versailles. Par l’empressement des démarches, par l’étendue des relations, par l’adresse, la passion, l’opiniâtreté des sollicitations, la femme arrive à remplir de ses créatures les services de l’État. Elle parvient à devenir la maîtresse presque souveraine de la carrière de l’homme, une espèce de pouvoir secret qui dispense à chacun l’avancement selon ses mérites d’agrément. Qu’on écoute un témoin du temps sur l’universalité et la force de sa puissance… » (143)
Le comte Pierre-Louis Roederer (1754-1835), commentant le passage de Montesquieu où il est question du « nouvel État dans l’État », écrit : « On vit, on sentit partout cette aristocratie féminine dont j’ai montré l’organisation dans mon Mémoire sur Louis XII, et qui joua dans la monarchie, avec un étrange privilège, celui de prendre part à tout, et de n’être engagée à rien, d’aider à toutes les prétentions sans compromettre aucun de ses droits ; en un mot, de faire marcher la monarchie sans cesser d’être une république. Belles et galantes, les femmes excitaient les désirs ; riches, elles étaient objet de cupidité : devenues puissantes à la cour ou à la ville par des alliances légitimes ou par des liaisons criminelles que la mode élevait au-dessus de la légitimité, devenues moyens d’avancement vers tous les genres de grandeur et de fortune, elles devinrent aussi objet d’ambition. Un père ambitionnait d’avoir de belles filles, comme on ambitionne un utile domaine. Il songeait aux mariages qu’elles pourraient contracter, aux alliances qu’ils pourraient acquérir. Les jeunes hommes en âge de s’établir recherchaient la beauté, moins comme une possession agréable que comme l’équivalent d’une dot, par les emplois qu’elle pouvait faire obtenir. Un mari permettait à sa femme, ou du moins consentait d’ignorer ses distractions d’un jour, d’une semaine, d’un mois, d’une ou plusieurs années, pourvu qu’elles lui fussent profitables. Les femmes disaient qu’elles se dévouaient pour le bonheur et même pour l’honneur de la famille, en obtenant par leurs distractions les protections désirées. La vérité était qu’elles songeaient à leurs intérêts en servant ceux de leur famille. Elles voulaient bien servir de moyens, mais elles avaient aussi leur but. Leur vanité demandait un rang et de l’argent ; de l’argent pour se parer ; la parure pour donner plus d’éclat à leurs charmes ; un rang pour autoriser leur luxe et leur parure : leur rang, leur luxe, leur parure, pour avoir à choisir entre un plus grand nombre d’amants. Par la galanterie, les femmes, les hommes étaient réciproquement but et moyen de leurs plaisirs et de leur ambition. Les femmes parvenues, par les intrigues galantes, au but de l’ambition, ne cessaient pas d’aimer le plaisir ; maîtresses d’un homme puissant qu’elles n’aimaient point, elles avaient besoin de consolateurs secrets. Elles étaient alors but et moyen des deux grands intérêts qui pressaient les jeunes hommes. Amante et bienfaitrice, une femme réunissait tout ce que pouvait désirer un amant : le cœur, les charmes, le crédit, tout était à lui. Les hommes parvenus par les maîtresses que leur ambition avait sacrifiées à la puissance, ne cessaient pas d’avoir pour but la possession des femmes. On voulait avoir des femmes pour obtenir des places, et des places pour avoir des femmes. On cédait sa maîtresse pour parvenir à un certain degré de puissance où l’on était sûr que d’autres viendraient offrir la leur. Ainsi, l’ambition servait la galanterie, la galanterie servait l’ambition. Tout s’enchaînait par les doubles liens de l’incontinence et de la cupidité. A portée de tous les échelons qui séparaient les emplois, se trouvait toujours quelque femme prête à aider l’ami, l’amant, l’époux qui ambitionnait de les franchir. L’intervention des femmes dans la carrière des emplois doubla la chaîne des patronages et des clientèles, des protecteurs et des protégés. Il n’est pas difficile de concevoir quelles pouvaient être, dans un semblable état de choses, les mœurs des hommes qui se destinaient à ce qu’on appelait les affaires. » (144).
Sous le règne de Louis XV, sous lequel les femmes conservaient tout leur empire sur la cour. « Un jeune homme avait-il manqué dans sa jeunesse à une attention pour une femme […] que la mère du jeune étourdi en était instruite le soir même par ses amis, et le lendemain il était sûr d’une leçon et d’une réprimande. La société, répartie en mille cercles différens, se tenait sous tous ces rapports, sans se voir habituellement. La politesse, le goût, le ton étaient une espèce de dépôt que chacun gardait avec soin, comme s’il n’eût été confié qu’à lui. Les femmes surtout étaient les premiers soutiens de ces bases de l’agrément de la société ; c’est à la politesse qu’elles mettaient le plus d’importance » (145).
« Histoires d’amour de l’Histoire de France » pourrait porter comme sous-titre : « Les grandes dames qui ont fait ou défait les grands hommes ». La plupart des grandes dames et des grands hommes dont Guy Breton épluche la vie amoureuse et sexuelle ont vécu de la « Renaissance » à la fin du XIXe siècle. L’ouvrage, publié au début des années 1990, s’arrête sur la mort mystérieuse de Félix Faure à la fin de la IIIe République. Serait-ce donc que les femmes des classes dites supérieures ont cessé de tirer les ficelles depuis cette époque ? Oui et non. Oui, parce que certaines d’entre elles ont quitté les coulisses en entrant en politique et en exerçant ainsi le pouvoir à visage découvert. Non, parce que, plus elles sont entrées en politique en y aspirant les femmes ordinaires, moins le pouvoir qui y a été exercé a été effectif, plus le pouvoir réel de l’ombre a grandi, plus les coulisses, si l’on peut dire, se sont agrandies. À cet égard, il est hautement intéressant que Chinweizu compare les femmes du gratin à des « Maîtres Passés parmi les femmes », si l’on se souvient de l’hypothèse selon laquelle la partie inférieure de la pyramide inachevée qui est au revers du Grand sceau des États-Unis d’Amérique représente la franc-maçonnerie en tant que telle, prétendument « patriarcale », tandis que le sommet représenterait l’organisation matriarcale qui en est l’inspirateur caché (146) ; si l’on se souvient de cette hypothèse et que l’on tient compte du fait que, la franc-maçonnerie recrutant davantage dans les classes dites supérieures que chez les ouvriers ou les cultivateurs, le mari des femmes du gratin a de grandes chances d’être lui aussi franc-maçon. Nous disons « aussi », parce que, dès avant la Révolution de 1789, plusieurs milliers de « grandes dames » appartenaient à la franc-maçonnerie (147), parmi lesquelles la princesse de Lamballe, nommée grande maîtresse de toutes les loges écossaises régulières de France le 10 janvier 1781.
Reste à expliquer pourquoi la femme a décidé de sortir du bois, si, dans la sphère publique comme dans la sphère privée, elle préfère « une matriarchie déguisée à une matriarchie ouverte » parce que « [l]’exercice ouvert du pouvoir donnerait à une femme des devoirs qui l’exposeraient à trop de pressions et de risques ». Les raisons de ce changement de stratégie ressortiront d’un bref rappel des principales étapes de la campagne que menèrent les « féministes » pour obtenir l’extension des droits civiques aux femmes, sans lesquels elles n’étaient ni électrices ni éligibles et ne pouvaient donc pas prendre le pouvoir légalement. Ce rappel sera assorti de l’évocation des vives résistances que l’octroi du droit de vote aux femmes rencontra longtemps chez une majorité d’hommes (148) et de l’incrédulité qu’il suscita longtemps chez plus d’une femme. Nous examinerons les progrès du suffragisme en France et en Grande-Bretagne, deux cas typiques, quoique pour des raisons différentes, à cet égard.
La Révolution de 1789 n’avait qu’entrouvert la boite de Pandore. Les législateurs étaient restés sourds à la plaidoirie qu’avait faite Condorcet en faveur du vote du sexe féminin dans un article du « Journal de la société de 1789 », tout en accédant à une partie des revendications de la « Société patriotique et de bienfaisance des Amies de la Vérité » et de la « Société des citoyennes républicaines et révolutionnaires » : le droit au divorce et un droit égal à l’héritage ; « le temps tant espéré est enfin venu du mariage d’amour et de la mésalliance officialisée » (149).
Si le terme de « féminisme » n’apparaît que dans les dernières décennies du XIXe siècle (150) le féminisme, après avoir pointé le bout de son nez pendant le Révolution, le pointe de nouveau vers 1830 (151) et sort de son terrier un peu partout en Europe dans les années 1840, dans le sillage du socialisme naissant et donc sur fond de prolétarisation de la classe ouvrière, mais aussi dans le contexte d’une extension du droit de vote, sinon à tous les hommes, comme en France, du moins à un plus grand nombre d’hommes, comme en Grande Bretagne. Si les femmes du peuple furent les premières à militer pour l’émancipation de la femme, les « femmes de qualité », qu’elles fussent aristocrates ou bourgeoises, ne tardèrent pas s’intéresser de près au féminisme, comme la baronne von Perin, fondatrice, dès 1948, du Wiener demokratische Frauenverein.
En Grande-Bretagne, au XIXe siècle, le vote était encore considéré comme un privilège tenant à la propriété et au paiement d’impôts et non comme un droit personnel attaché à l’individu. Seuls les propriétaires soumis à l’impôt avaient le droit de vote. Y compris les femmes ? Y compris les femmes. Comme, avant même l’invasion normande, les filles héritaient de leurs pères en l’absence de descendants mâles et jouissaient alors des mêmes droits que ceux-ci, les femmes titulaires de fiefs prenaient part au gouvernement, tantôt directement, tantôt par mandataires. Thomas Hughes, dans la Vie d’ Alfred le Grand, indique que les femmes nobles, mêmes mariées, conservaient leurs propriétés personnelles, pouvaient en disposer librement et que, à ce titre, elles siégeaient dans le Witenagamot, le conseil des Saxons ; elles siégeaient aussi-dans les assemblées provinciales, les comités de paroisse et elles étaient protégées par des lois spéciales. Thornagh Gurdon, dans The History of the High Court of Parliament (1731), évoque aussi la participation des femmes nobles au conseil des chefs saxons. Sous Henri III, Édouard 1er, Édouard III, Marie 1er et Elizabeth 1er, c’est-à-dire du XIIIe au XVIe siècle, plusieurs abbesses furent convoquées par le Parlement, où elles siégèrent soit en personne, soit par procuration. La dernière manifestation publique de ce droit « date de 1610 ; mais on peut voir que l’usage commence déjà à s’affaiblir, car le sheriff fait alors cette remarque qu’il est honteux pour un homme d’être élu par des femmes. Dans le siècle suivant, les juges le reconnaissent encore, mais on n’en réclame presque plus l’application. En 1739, la douzième année du règne de Georges II, devant la cour du roi (kings bench), sir William Lee étant premier juge (chiefjustice) et sir Francis Page étant second juge, on posa la question de savoir si une feme sole pouvait voter pour les officiers de la paroisse, les sacristains, et si elle pouvait elle-même exercer ces fonctions. Dans le cours du procès, sir William Lee déclara que le droit était incontestable, et qu’en nombre de cas les feme sole avaient même voté pour les membres du Parlement, mais que, lorsqu’elles étaient mariées, leur mari devait voter pour elles. Le juge Page s’exprime de la même façon dans un cas analogue, et lord Coke, qui est une autorité en ces matières, confirme ces dires » (153). Selon le droit traditionnel, la femme noble avait donc le droit de voter et de siéger ; si l’usage s’en est perdu, « il faut en accuser l’indifférence des femmes, qui n’ont point été assez jalouses de le maintenir en l’exerçant » (154) ; « point assez jalouses », ou point assez courageuses. Quoi qu’il en soit, les femmes britanniques, en le relevant [à la fin du XIXe siècle], en demandant à le remettre en vigueur […] n'[innovaient] pas, elles {retournaient] à la tradition » (155), tout en demandant qu’il soit étendu à toutes les femmes, propriétaires ou non, rentières ou non, imposables ou non.
La position des femmes « dans le monde politique demeurait quelque peu ambiguë. Le poste politique le plus élevé, celui de monarque, pouvait être occupé par une femme ; et, tout en bas du système politique, les femmes pouvaient voter et occuper des postes au niveau de la paroisse » (156). En 1869, Jacob Bright (1821-1899), député libéral et quaker – les Quakers, femmes et hommes, furent parmi les principaux précurseurs du féminisme en Angleterre (157) avant de l’être aux Etats-Unis – , réussit à introduire un amendement au projet de loi sur les corporations municipales qui donnait le droit de vote aux femmes britanniques et galloises aux élections municipales ; l’amendement avait été rédigé par le mari d’une suffragette dont nous aurons à parler plus bas : l’avocat Richard Marsden Pankhurst (158). En 1888, les femmes obtinrent le droit de voter aux élections des « country councils » et, en 1907, d’être candidates aux élections municipales (159). Mais les suffragettes voulaient plus, voulaient tout : être électrices et éligibles au Parlement. Tout et tout de suite.
La première mention qui ait été faite du droit de vote des femmes à la Chambre des Communes date du 3 août 1832, peu avant que le Reform Act, voté le 22 septembre, eut élargi le corps électoral, faisant passer de quatre cent à six cent mille le nombre d’hommes habilités à voter, dans un pays où, jusqu’au début du XVIIIe siècle, les élections étaient rares et les femmes ne semblaient pas se plaindre de ne pas être électrices (160). Cette mention concerne une pétition présentée à la Chambre des communes par le député radical et franc-maçon Henry Hunt (1773-1835) au nom d’une certaine Mary Smith. Quelques jours après le vote du Reform Act, le pasteur de l’Église unitarienne et député radical William Johnston Fox (1786–1864)) fit paraître dans le Monthly Repository un article intitulé « A Political and Social Anomaly », l’« anomalie » étant, d’après lui, que la femme était privée du droit de vote (161). La question n’apparaît cependant qu’une décennie plus tard dans le public, par la voix de l’industriel et député libéral-radical Richard Cobden (1804–1865), dans un discours prononcé le 15 janvier 1845 à Covent Garden ; la fille de Cobden, Annie Cobden Sanderson (1853-1926), membre de la loge parisienne n°1, de la loge mixte Le Droit humain et de l’Honorable Fraternité des Anciens Francs-Maçons (162), l’une des deux principales obédiences féminines en Grande-Bretagne à l’époque, deviendra l’une des militantes les plus en vue du mouvement suffragiste.
C’est au cours des années 1840 que, sous l’impulsion de Cobden, « héros de la classe moyenne » (163), de les revendications féministes, en tête desquelles le vote des femmes, se répandirent dans la bourgeoisie (164). A peine fondé en 1851, le Sheffield Association for Female Suffrage lança une pétition en faveur du vote des femmes, qui fut soumise la même année à la Chambre des Lords (165). Pourquoi l’avoir soumis à la Chambre des Lords ? Nous venons de le dire : parce qu’il s’agissait pour les membres de ce club féministe de réclamer le droit de vote pour les femmes, non pas aux élections tout court, mais aux élections parlementaires, les seules auxquelles elles n’avaient pas droit de voter.
Le suffragisme ne commença à piquer la curiosité du grand public qu’au milieu des années 1860, à l’époque où le philosophe, logicien et économiste John Stuart Mill, sensibilisé au féminisme par sa femme (166), prédisposé à l’ y être par sa sensibilité démocratique, prit publiquement fait et cause pour ce mouvement au cours de la campagne qui fut menée contre les violences conjugales, naturellement celles qui pouvaient être faites aux femmes, à partir de la fin des années 1860 en Grande-Bretagne (167), violences qu’il avait dénoncées avec tout le sentimentalisme pète-sec dont il était capable dès le début de la décennie précédente dans une série de lettres au Morning Chronicle (168). En 1866, Mill présenta à la Chambre des Communes une pétition signée par mille cinq cent femmes pour demander le suffrage. Disraeli, chef du parti soi-disant « conservateur », se rallia à lui. « Dans un pays gouverné par une femme, alors que nous reconnaissons aux femmes le droit de former une partie de l’État en qualité de pairesses de leur. propre chef, alors que nous admettons non-seulement qu’elles possèdent la terre, mais qu’elles soient dames de manoir (Lady of the manor) et tiennent des cours de justice, quand elles peuvent être gardiennes de l’Église et surveillantes des pauvres, je ne saurais voir par quelle raison on les exclurait droit de vote. » (169). « Dans l’ensemble, les hommes politiques n’étaient nullement opposés à une forme de suffrage féminin. Le parti travailliste le soutenait et des personnalités comme Keir Hardie et George Lansbury s’intéressaient profondément à la question, Lansbury s’y intéressait à tel point qu’il l’inclut dans son programme, lorsqu’il se présentasans succès à la réélection dans sa circonscription de Bow et Bromley. Un bon nombre, pour ne pas dire la majorité, de membres du Parti libéral l’appuyait, tout comme de nombreux libéraux influents, dont Churchill, Lloyd George et sir Edward Grey » (170). Le rejet systématique des projets de loi visant à accorder aux femmes le droit de vote, fût-ce sous certaines conditions, s’explique en grande partie par l’électoralisme. Parce que seuls les hommes des classes supérieures avaient le droit de vote, s’il avait dû être accordé aux femmes, il n’aurait pu l’être qu’à celles des classes supérieures, qui auraient nécessairement voté pour les « Conservateurs ». Voter en faveur d’un projet de loi suffragiste aurait donc été électoralement suicidaire pour les Travaillistes et les Libéraux, dont l’électorat étaient majoritairement composés de membres des classes moyennes et des classes inférieures.
En 1866, Earl John Russel, devenu premier ministre, présenta un projet de loi de réforme électorale, qui devait devenir l’année suivante le Second Reform Act. Il doubla le nombre d’électeurs, sans accorder aux femmes le droit de voter aux élections nationales. L’amendement qu’avait présenté Mill et qu’avaient voté à la fois Disraeli et le chef du parti de la soi-disant opposition fut rejeté. Il consistait à substituer le mot « person » au mot « man » dans le texte de loi.
La loi écrite britannique se sert du terme « person » pour désigner quiconque, homme ou femme, possède certains droits ou est sujet à certaines obligations. « Or, dans un cas particulier, un juge ayant décidé que le mot person n’est point applicable aux femmes, on avait senti le danger d’une jurisprudence qui aurait fini par dispenser les femmes de tous les impôts si on l’avait généralisée, et, pour parer 1a possibilité d’un tel abus, lord Romilly avait présente une loi, votée sans discussion par la chambre des Communes, qui décidait que le terme législatif de person était également applicable aux deux sexes, a moins que l’intention contraire n’ait été clairement exprimée par le législateur. .
« L’année suivante néanmoins, en 1867, quand on vota la réforme électorale, entraîné par l’usage. on employa encore le terme person pour désigner les votants, sans déterminer le sexe » (171). Les partisans du suffrage des femmes ne manquèrent pas de s’engouffrer dans cette brèche sémantique.
Ils incitèrent les femmes à « [essayer] de se faire inscrire. Ici on les écarta, là on les inscrivit, selon la complaisance des overseers of the poor et du revising barrister. La plupart cependant rayèrent les femmes, parfois avec amende. En somme, près de 230 femmes se trouvèrent définitivement sur les listes. Celles qu’on écartait intentèrent un procès. Elles le perdirent. Le Chief Justice n’admit pas que le législateur, s’il avait voulu introduire une modification aussi importante que l’extension de la franchise aux femmes, l’eût fait en se servant du mot homme. Rejet poli, car l’arrêt faisait remarquer que l’exclusion des femmes n’était point la marque d’une infériorité intellectuelle, mais plutôt un honneur rendu à leur sexe un privilège, « honestatis privilegium » » (172). Tel était, selon la « féministe » Millicent Garrett (1847-1929), l’un des arguments que la majorité des Britanniques opposait au droit de vote des femmes, arguments qu’elle résuma lors d’une conférence à Brighton en 1870 et dont les plus saillants étaient les suivants : « L’idée que les femmes ont droit d’être représentée est aussi monstrueuse et absurde qu’aucune personne raisonnable n’y accorderait quelques instants d’attention » ; « la vive et intense excitation suscitée par la lutte politique, si elle était partagée par les femmes, altérerait leurs capacités physiques et mènerait probablement un grand nombre d’entre elles à la folie » ; « Les femmes sont déjà suffisamment représentées par les hommes… » (173). Les deux premiers étaient dicté aux hommes britanniques par leur bon sens, le dernier par leur vanité. En dépit de ses détracteurs, la campagne en faveur du droit de vote des femmes, comme l’on s’en doute, continua de plus belle, avec la création en 1867 de la première organisation nationale suffragiste : The National Society for Women’s Suffrage. L’étape la plus importante de la tournée de conférences que Lydia Becker (1827-1890), sa fondatrice, fit en été 1867 au pays de Galles fut un discours au temple maçonnique de Haverfordwest (174). Treize ans plus tard encore, en tournée sur l’ile de Man, elle donna plusieurs conférences dans le temple maçonnique du lieu (175). En 1911, Millicent Garrett,lors d’un meeting, parla d’« une grande franc-maçonnerie entre les les femmes des différentes classes » (176). Franc-maçonnerie et féminisme – ainsi que théosophisme – avaient un objectif commun : rien de moins que la promotion du bien-être de l’humanité – rien de plus que la promotion du bien-être de l’humanité femelle (177).
En 1869, année où il publia le pathétique De l’assujettissement des femmes, écrit « sous influence féminine », Mill ne fut pas réélu, mais Jacob Bright, que nous avons évoqué plus haut, reprit la défense de la même cause au Parlement, où il ne cessa de présenter des bills en faveur du suffrage féminin. Entre 1879 et 1912, pas moins d’une douzaine de députés, tous partis confondus, en présentèrent (178). Elles furent toutes rejetées, mais les opposants étaient de moins en moins nombreux (179).
Cependant, dans la National Society for Women’s Suffrage, des dissensions ne tardèrent pas à naître et à se faire jour entre celles qui voulaient que son comité soit composé exclusivement de femmes et celles qui étaient opposées à cette idée. La NSWS en perdit sa crédibilité et, surtout, sa cohésion. Un certain nombre de groupes dissidents se formèrent dont l’objectif principal, tout en étant féministe, n’était pas nécessairement ou pas uniquement l’obtention du droit de vote pour les femmes. Se diviser pour mieux régner.
Le soutien passionné que le mouvement féministe reçut des deux étoiles montantes du socialisme fut donc le bienvenu. Dans sa première conférence, donnée en 1874 et intitulée « The Political Statuis of Women », la future théosophe et membre de la Société Fabienne Annie Besant faisait de la conquête du droit de vote un des enjeux majeurs du combat féministe. Le 17 juin 1911, elle devait participer à « la cinquième, la dernière et la plus grande procession jamais vue en faveur du vote [des femmes] » (180).
Dans « La Question féminine, co-écrit avec son époux, Eleanor Marx déclare : « Nous soutiendrons le droit de vote pour toutes les femmes, non pas seulement celles qui ont des biens… » (181), y compris celles qu’il laissait indifférentes : les femmes des classes que l’on pouvait alors légitimement qualifier de « laborieuses ». Plus que jamais, les leaders des suffragettes étaient des femmes issues, non pas seulement des classes moyennes, mais des classes dites supérieures (182). Des hommes de celles-ci, de toutes tendances politiques et de toutes confessions, médecins, ecclésiastiques, industriels, universitaires, militaires, intellectuels, financiers, vint l’initiative de créer des associations masculines favorables au suffrage féminin à partir de la dernière décennie du XIXe siècle. Pour n’en citer qu’une, la Men’s League for Women Suffrage fut co-fondée en 1907 entre autres par l’écrivain et journaliste Gerald Gould (1885–1936) et son beau-frère Israel Zangwill (1864–1926)), collaborateur de Theodor Herzl et membre de la Jewish League for Woman Suffrage de 1912 à 1914 (183).
Les Juives n’avaient cependant pas attendu 1907, année de fondation de la JLWS (184), pour s’intéresser de près au suffragisme. Née Goulden (185), Emeline Pankhurst, lassée des promesses sans lendemain des parlementaires d’accéder aux exigences des suffragettes, peu impressionnée par les légères avancées qu’avaient constitués à cet égard les projets sur le droit de vote de 1870, de 1886 et de 1897, sceptique quant à la volonté des parts politiques, y compris l’Independant Labour Party, auquel elle appartenait, de faire de la question du droit de vote des femmes une priorité, peu convaincue de l’efficacité de la diplomatie, préconisée et employée par les groupes de revendication féministes, elle avait rejoint en 1889 un groupuscule du nom de Women’s Franchise League (186), déterminée à passer à l’action directe. La WFL fut dissoute douze mois plus tard, possiblement en raison de l’hostilité que son radicalisme avait fait naître chez la majorité des suffragettes. Ce n’était que partie remise et, le 10 octobre 1903, Pankhurst fonda, avec plusieurs de ses collègues, la Women’s Social and Political Union (WSPU), organisation réservée aux femmes. « Les actes, écrira-t-elle plus tard dans son autobiographie, et non les mots, telle devrait toujours être notre devise. » (187). Elle ne le fut pas dans les premières années de l’existence du WSPU, au cours desquelles les militantes se contentèrent de faire des discours, de recueillir des signatures pour des pétitions, d’organiser des rassemblements, de publier un bulletin intitulé «Votes for Women » et de convoquer un « Parlement des femmes », dont les séances coïncidaient avec celles avec du parlement.
Mais, quand les paroles furent suivies d’actes, ceux-ci passèrent les bornes.
En 1905, la fille aînée de Pankhurst, Christabel et Annie Kenney (1879-1953) furent éjectées d’un meeting que le libéral Sir Edward Grey tenait à Manchester, après qu’il eut refusé de répondre à la question de savoir si un gouvernement libéral appuierait le suffrage féminin. Les deux femmes furent arrêtées pour avoir agressé en dehors de l’enceinte un policier qui leur avait ordonné de cesser de manifester bruyamment leur mécontentement (188). Ayant refusé de payer l’amende pour ce délit, elles furent emprisonnées et réussirent ainsi à obtenir de la presse l’attention qu’elle avait jusque-là refusée d’accorder au mouvement. Ce fut, pour Christabel, ses deux sœurs, sa mère et de nombreuses militantes du WSPU, le premier d’une longue série de délits – actes de vandalisme (En mars 1912, les militantes du WSPU envahirent les rues commerçantes du centre de Londres armés de marteaux et brisèrent plus deux cents vitrines), atteintes à la propriété privée ou publique, outrages à agent dans l’exercice de ses fonctions, incendies volontaires, etc. – délits qui donnèrent lieu à presque autant d’incarcérations et, une fois en prison, de grèves de la fin (189). Voilà ce que Pierre Grimal appelle les « exploits de Mrs Pankhurst » (190) et l’Encyclopédie Universelle un « comportement héroïque » (191). Le 4 juin 1903 au Derby d’Epsom, Emily Davison, membre du WSPU, pénétra sur la piste en pleine course et se planta devant l’un des concurrents, le cheval du roi, lancé à toute allure ; renversée à terre et piétinée, elle mourra de ses blessures quatre jours plus tard. « S’était-elle jetée volontairement ? Il paraît que oui. Mourir piétinée, je ne peux pas imaginer cette fin. Et le courage, la folie, mais surtout le courage » s’extasie-t-on ici et là aujourd’hui encore (192), sans d’ailleurs trop de préoccuper du sort du jockey, ni de celui du cheval. En réalité, comme le fait remarquer Moxon, Dickinson « était une femme aisée [fille d‘un homme d’affaires] trop déconnectée de la réalité pour se rendre compte qu’elle ne forcerait pas le cheval de course du roi à s’arrêter, en passant sous la barrière de sécurité et en se mettant ensuite devant lui » (193).
En 1999, le Times désigna Emmeline Pankhurst comme l’une des cents personnalités les plus importantes du XXe siècle (194), oublieux de ce qu’il écrivait quelques huit décennies plus tôt sur les combats de rue organisés par la WSPU à Londres. Voici le compte-rendu de celui du 23 novembre 1910 : « Caxton Hall hier après-midi était bourré de suffragettes qui attendaient la réponse de M. Asquith à la question de M. Keir Hardie sur les mesures que le gouvernement se proposait de prendre pour donner le droit de vote aux femmes. La réponse de M. Asquith a été considérée tellement peu satisfaisante qu’’elles ont décidé d’engager les hostilités et une colonne de plus d’une centaine de militantes suffragistes ont quitté Caxton Hall pour la résidence du Premier ministre à Downing-street, déterminées à tenir la promesse qu’avait faite Miss Pankhurst que la volonté du Home Office de ne pas réprimer l’émeute de vendredi dernier ne parviendrait pas à apaiser ses partisanes.
La Chambre avait ajourné la séance avant même que la colonne n’ait enfreint la loi qui interdit l’approche d’un cortège à moins d’un mille de l’enceinte de la Chambre des communes pendant la durée de la séance, les suffragistes ont traversé la place du Parlement en direction de Whitehall sans être inquiétées par la police. Comme elles approchaient de l’entrée de Downing Street, une escouade d’une quinzaine de constables en poste devant le bâtiment de Scotland Yard a fait mouvement vers l’entrée de Downing-street, qu’ils ont atteinte quelques secondes avant que la tête de la colonne suffragette n’ait contourné Whitehall. L’apparition des suffragettes sur la place du Parlement avait attiré un grand nombre de spectateurs, qui se sont attroupés autour d’elles et les ont suivis de près. Il ne fallait pas s’attendre à ce que le cordon de police résiste aux assaillantes. Dans Downing-street, les policiers et les suffragettes se battaient au milieu d’une masse grouillante de spectateurs. Les renforts de la police sont arrivés rapidement et l’évacuation de la rue a commencé. Le combat a été brutal, acharné et court – dix minutes -, même si le grand nombre d’incidents dont il a été émaillé a donné l’impression qu’il avait duré beaucoup plus longtemps.
Les femmes se sont battues beaucoup plus sauvagement que vendredi dernier. Ce surcroît de férocité peut s’expliquer par le fait que certaines d’entre elles ont juré d’aller en prison pour la cause et sont prêtes à commettre des infractions de plus en plus graves pour atteindre cet objectif. Les émeutières d’hier semblaient ne plus se contrôler du tout. Certaines criaient, d’autres riaient hystériquement et toutes se battaient avec l’énergie du désespoir. Certaines des émeutières semblaient être de très jeunes filles, sans doute victimes de l’hystérie plutôt que d’une conviction profonde.
Vitres brisées
Une femme vêtue d’un uniforme d’infirmière a brisé d’un coup de projectile une fenêtre du ministère des Colonies. Certaines des suffragistes portaient des bannières, qui ont été rapidement démontées par la police, mais celles qui réussissaient à conserver la hampe de bambou de leur bannière s’en servaient pour rosser l’agent de police le plus proche. Les femmes se comportaient comme des enragées et il était évident que leur conduite leur aliénait complètement la sympathie de la foule. Deux suffragistes ont sauté par-dessus le parapet du bâtiment où se trouve la Commission des affaires judiciaires et ont investi les lieux, d’autres ont brisé les fenêtres du Home Office avec des poids en métal et d’autres projectiles.
Une fois Downing-street évacuée, le sol est apparu jonché de bannières brisées et d’autres débris. Des matelots américains témoins de la scène ont emporté des morceaux de bannières et d’autres objets comme souvenirs. Un escadron formé sur cinq rangs au moins a été déployé à l’entrée de Downing-street et personne n’était autorisé à entrer dans la rue à moins d’être muni d’un laisser-passer. Trois dames dans une automobile privée, que les policiers avaient autorisées à passer, on dû rebrousser chemin sur ordre du commandant Wells, faute d’être en règle.
Peu de temps après que la rue a été dégagée, Mme Asquith est passé par là en automobile et a connu la même mésaventure que le Premier ministre [quelques minutes plus tôt], qui, reconnu et attaqué par les suffragettes près de la place du Parlement, avait tenté de prendre la fuite en voiture, dont un émeutier avait réussi à casser la vitre avant que M. Asquith ne prenne le large indemne. M. Birrell a quitté la Chambre et a marché en direction de St. James’s Park et c’est en y arrivant qu’il a été attaqué. Des femmes ont rabattu son chapeau sur ses yeux et l’ont bousculé et l’une d’elles lui a donné des coups de pied dans le tibia.
Alors que les combats se déroulaient à Downing Street, une grande foule s’était rassemblée à Whitehall et d’importantes forces de police ont dû y être envoyées pour la disperser. De temps en temps, une femme sortait de la foule et se jetait en vain contre le solide mur de policiers qui se dressait en travers de Downing-Street, mais, avec l’aide de quelques constables à cheval, la police a progressivement fait reculer la foule en direction de Trafalgar Square. En face de l’Amirauté, une suffragette qui s’était évanouie est restée étendue sur le trottoir pendant quelques minutes, entourée d’amies qui lui prodiguaient des soins. La police s’est comportée avec sang-froid et bonne humeur, malgré les provocations les plus extrêmes dont elle a fait l’objet. On peut mentionner qu’à la suite des combats de vendredi dernier six policiers souffrent de morsures et d’égratignures et ont dû prendre des congés-maladie. Hier, certaines émeutières ont ouvertement déclaré qu’elles allaient bientôt recourir aux attentats. »
Des attentats ont été perpétrés, quelque temps après les troubles à Downing Street, contre la maison de Sir Edward Grey, de M. Churchill, de M. Harcourt et de M. Burns et plusieurs femmes seront inculpées aujourd’hui pour avoir brisé des vitres ou endommagé des bâtiments. » (195). La même édition révélait qu’une des suffragettes arrêtées par la police ce jour-là était une vieille dame dans un fauteuil roulant autopropulsé et publiait le communiqué suivant, moins cocasse, de la Women’s Social and Political Union : « Comme le Premier ministre ne nous donne pas l’assurance que les femmes obtiendront le droit de vote l’année prochaine, nous retournons à l’état de guerre. » Elles y retournèrent, à partir de mars 1912. Il y eut des attentats à la lettre piégée contre des personnalités publiques (la lettre piégée est une arme qui a été inventée par les militantes du WSPU) (196). Il y eut aussi des attentats à la bombe contre la cathédrale Saint Paul, contre l’Observatoire Royal d’Édimbourg, contre plusieurs théâtres de Dublin, contre le Jardin Botanique de Glasgow, contre une caserne à Leeds, pour ne citer que leurs principales cibles ; le 11 juin 1914, les terroristes en jupon passèrent de nouveau à l’attaque à l’abbaye de Westminster, le 15 juillet de la même année à la célèbre chapelle de Rosslyn et, enfin, le 31 juillet – peu avant de conclure une trêve avec le gouvernement britannique en raison de l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Première Guerre mondiale – à la cathédrale Lisburn en Irlande.
Terroriste, la famille Pankhurst était également belliciste. Le 8 septembre 1914, Christabel Pankhurst revint à Londres de son exil parisien et prononça immédiatement un discours, non pas sur le suffrage féminin, mais sur « Le péril allemand ». Sous sa houlette, les suffragettes militantes devinrent rapidement des partisanes enthousiastes de la guerre. En août 1914, l’amiral Fitzgerald avait fondé l’Ordre des plumes blanches, organisation qui encourageait les jeunes femmes à offrir des plumes blanches, symbole de basse extraction et de lâcheté, aux hommes qui ne portaient pas l’uniforme, afin que la honte les pousse à s’enrôler dans l’armée (197). Les militantes du WSPU firent exploser le chiffre d’affaires des modistes, en en couvrant les soldats démobilisés, les soldats en permission, les fonctionnaires et les garçonnets. En 1916, Emmeline Pankhurst traversa l’Atlantique pour exhorter les Etats-unis à entrer en guerre (198) et se rendit en Russie en juin 1917 pour persuader les Bolcheviques de rester en guerre (199). Une affiche de propagande de l’époque (200) montre deux femmes du gratin, une jeune mère et sa fille, un jeune garçon les mains agrippées à son châle, regardant par une fenêtre ouverte des soldats partir à la guerre par une belle après-midi. Elle porte cette mention : « Women of Britain Say – « Go » ! » « And Please Don’t Come Back », semblent-elles ajouter du regard.
Les femmes britanniques obtinrent le droit de vote à la fin de la Première Guerre mondiale, non pas assurément en raison des campagnes d’attentats que le WSPU avait menés, qui avaient eu pour seul résultat de rendre la question du vote des femmes très impopulaire auprès du grand public – les partisans de l’égalité juridique et politique de l’homme et de la femme seront ravis d’apprendre que l’introduction du suffrage universel fut, non pas hâté, mais retardé, par le militantisme forcené des suffragettes -, ni même en raison de la participation des femmes, très surestimé comme le montre Webb (201), à l’effort de guerre, mais à la traduction dans le droit électoral d’une conception individualiste et égalitariste de la citoyenneté fondée sur des motifs qui tenaient à la fois de la philanthropie et du racket, motifs qui, sans la « Grande Guerre », auraient difficilement pu passer inaperçus.
Le premier aspect transparaît dans le « Representation of the People Act 1918 » (« Loi de 1918 sur la représentation populaire ») : « L’effort pour adapter la machinerie électorale aux conditions imposées par la guerre a bientôt convaincu le président de la Chambre des communes que l’ancienne pratique consistant à définir les franchises électorales en fonction du droit de propriété devait être abandonnée et qu’il fallait y substituer le principe selon lequel le suffrage est un droit personnel inhérent à l’individu. En vertu de cette décision révolutionnaire, la loi a aboli toutes les franchises électorales complexes existantes et a étendu le suffrage à tous les sujets masculins de la couronne britannique âgés de vingt et un ans ou plus et domicilié depuis six mois dans une circonscription, sans distinction de mérite ou de condition (202). » Dès lors, plus rien ne s’opposait à l’extension de droit de vote aux femmes (de 30 ans ou plus) aussi (203).
Le second aspect – la nécessité dans laquelle les parlementaires britanniques se trouvaient, paiement de l’impôt et droit de vote aux élections parlementaires étant indissolublement liés, d’accorder le droit de vote à autant de citoyens que possible, car qui disait électeurs disait contribuables : il fallait que ceux qui s’étaient remplis les poches grâce aux dépenses de guerre les fassent payer à ceux qui en étaient revenus plus ou moins sains et saufs -, ce second aspect était évidemment tu.
D’autre part, l’effet de mode joua, il y eut même une réaction en chaîne. Un grand nombre de pays, dont la petite Albanie et un certain nombre de pays du Commonwealth, dont la Birmanie, venaient d’accorder aux femmes le droit de vote, la Grande-Bretagne, en persistant à le refuser à ses citoyennes, aurait paru rétrograde, particulièrement à une époque où, déjà, le progressisme avait le vent en poupe et où le « concert des nations » ressemblaient à un concours de beauté ou à une assemblée générale de concierges.
En 1848, le suffrage universel masculin, après avoir été aboli à la Restauration, est rétabli et l’écrivaine et journaliste Eugénie Niboyet crée « La voix des femmes », sous-titré « Journal socialiste et politique, organe d’intérêts pour toutes les femmes », aux fins de réclamer le suffrage universel féminin. L’année suivante, une inconnue du nom de Jeanne Deroin, ouvrière lingère autodidacte devenue institutrice, se présente illégalement aux élections législatives et déclenche l’ire de Proudhon : « Nous ne pouvons laisser passer sans protester énergiquement au nom de la morale publique et de la justice elle-même de semblables prétentions et de pareils principes. Il importe que le socialisme n’en accepte pas la solidarité. L’Égalité politique des deux sexes, c’est-à-dire l’assimilation de la femme à l’homme dans les fonctions publiques est un des sophismes que repousse non point seulement la logique mais encore la conscience humaine et la nature des choses […]. Le ménage et la famille voilà le sanctuaire de la femme. » (204) – qu’une femme soit chargée de l’instruction et de l’éducation de garçons ne perturbait manifestement pas l’utopiste. Les journaux satiriques qualifient Deroin et ses semblables d’« enragées ». Un vaudeville intitulé par dérision « Les Femmes saucialistes » est joué au théâtre Montensier (205).
Le 14 juillet 1901, alors que l’Australie venait à son tour de franchir le pas, Jean Fernand Edmé Gautret (1862-1912), député de la Vendée, dépose sur le bureau de la Chambre des députés une proposition de loi sur le droit de vote des femmes célibataires majeures, des veuves et des divorcées aux élections municipales ; elle reste sans suite. En 1870, le journaliste, franc-maçon et libre-penseur Léon Richer (1824-1911) fonde l’« Association pour le droit des femmes » et édite l’hebdomadaire « Le Droit des femmes », il est un des organisateurs du « Congrès international du droit des femmes » qui se tient à Paris en 1878 et, au cas où personne n’aurait encore deviné ses intentions, créé en 1882 la « Ligue française pour le droit des femmes », dont Victor Hugo est le premier président d’honneur. Richer est surnommé par ses contemporains « l’homme des femmes ». En 1906 Paul Dussaussoy (1860-1909) demande une loi sur le droit de vote des femmes dans les élections aux conseils municipaux, aux conseils d’arrondissement et aux conseils généraux. Par la loi du 27 mai 1907, dite des « prud’femmes » (206), les femmes sont électrices et éligibles aux conseils des prud’hommes ; par celle du 13 juillet 1907, la femme mariée obtient la libre disposition de son salaire. Le 3 mai 1908, une grande manifestation a lieu à Paris pour le droit de vote des femmes.
Suite au décès de Duchaussoy en 1909, l’examen de son texte est reporté sine die. Redéposée à chaque législature, la proposition est finalement examinée par la séance publique en mai 1919. Le 8 mai 1919, deux mois avant que le pape Benoit XV ne reconnaisse le principe du vote des femmes et encourage les États à le leur accorder, le député de l’Yonne Pierre-Étienne Flandin (1889-1958) propose le droit de vote et d’éligibilité pour toutes les femmes âgées d’au moins trente ans. Le Sénat repousse la proposition de loi par une courte majorité. La même année, le sénateur Alexandre Bérard (1859-1923) demande : « Les mains des femmes sont-elles bien faites pour le pugilat de l’arène publique ? Et, avec une impeccable galanterie, répond, se faisant l’écho de l’opinion : « Plus que pour manier le bulletin de vote, les mains de femmes sont faites pour être baisées, baisées dévotement quand ce sont celles des mères, amoureusement quand ce sont celles des femmes et des fiancées […] Séduire et être mère, c’est pour cela qu’est faite la femme » (207). Le refus d’accorder le droit de vote aux femmes repose, sous toute la IIIe république, sur deux arguments : la place traditionnelle de la femme est au foyer, où son rôle traditionnel est celui de mère et d’épouse ; la femme est sous l’ influence de son mari ou de son curé et risquerait donc de déposer dans l’urne le bulletin que son mari lui ordonnerait ou son curé lui suggérerait d’y déposer.
A chaque législature, les députés adoptent des propositions instituant le suffrage féminin selon des modalités diverses et invitent le gouvernement à hâter la discussion du projet de loi devant le sénat, qui, soit ne les inscrit pas à l’ordre du jour, soit les repousse, par une majorité qui est cependant de plus en plus courte à mesure que les années passent. En 1932, Alain Calmel peut encore déclarer impunément : « Nous sommes disposés à accorder aux femmes tout ce que leur sexe a le droit de demander en dehors de la politique … » (208) « Ces dames voudraient être députés ? », demande, non pas aux députés, mais à sa conscience, le sénateur Raymond Duplantier. « Eh bien, non !, répond-il de manière peu rhétorique, qu’elles restent ce qu’elles sont : des putes ! » (209). Beaucoup s’offusquent de cette tirade, en commençant par les nationalistes chrétiens, par la voix du président des Croix-de-Feu, le colonel de la Rocque (210).
En 1936, la journaliste, femme de lettres Louise Weiss fonde l’organe de propagande féministe « La Femme nouvelle » et multiplie pendant quelques années les actions en faveur de l’égalité des droits civiques, sans susciter grande adhésion de la part des femmes. « Les paysannes, raconte-t-elle en 1946 à propos des conférences qu’elle donnait dans les années 1930, restaient bouche bée quand je leur parlais du vote. Les ouvrières riaient, les commerçantes haussaient les épaules, les bourgeoises me repoussaient, horrifiées » (211).
En 1946, cela faisait un an que les Françaises avaient voté pour la première fois dans un scrutin national et que certaines d’entre elles siégeaient dans une assemblée politique (33 d’entre elles avaient été élues membres de l’Assemblée nationale constituante : dix-sept communistes, six socialistes, neuf MRP, une PRL), conformément à la promesse qu’avait faite de Gaulle le 23 juin 1942 que, « une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale » et à l’amendement Fernand Grenier adopté le 21 avril 1944 par l’Assemblée consultative provisoire par 51 voix contre 16. Le Front Populaire avait pris les devants en juin 1936, en faisant entrer illégalement dans le gouvernement de Léon Blum trois femmes sous-secrétaires d’État.
Le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 proclame : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme » (art. 3). Comme si cette disposition n’était pas assez claire, en 1999 on a éprouvé le besoin d’ajouter à l’article 3 de la Constitution de 1958 celle selon laquelle « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ». Au cas où elle aurait encore manqué de clarté, elle a été réaffirmée par son inscription à l’article 1er de la Constitution lors de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et, s’amuser avec l’argent du contribuable étant l’un des passe-temps favoris de cette engeance, le législateur ainsi que les partis politiques ont été invités à la mettre en œuvre (art. 4). Là-dessus, le parlement a voté une batterie de lois visant à favoriser la soi-disant « parité ». Ce « principe républicain » a également trouvé une traduction constitutionnelle et législative dans les autres pays dits occidentaux.
De sorte que la façade du patriarcat ne cesse de se craqueler. Selon le site web « Woman in National Parliaments », qui tient les comptes jour par jour et ne le fait probablement pas bénévolement, le nombre de femmes parlementaires a plus que doublé de 1995 à 2015, passant, de quota en quota, de 11% à 25 %. Le changement de garde ne s’effectue naturellement pas assez vite au goût des Nations Unies, qui, dans la Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la participation des femmes à la vie politique (2011), déplore que « [q]uelle que soit la région du monde considérée, les femmes restent largement absentes de la sphère politique, souvent en raison de lois, de pratiques, de comportements et de stéréotypes sexistes discriminatoires ». Déplorable.
L’augmentation de la représentation des femmes en politique au cours des dernières décennies ne s’explique pas uniquement par les vagues successives de mesures prises à cet effet à l’échelle mondiale comme à l’échelle nationale depuis le milieu des années 1990. La fin du politique, marquée par le transfert du centre du pouvoir de la sphère régalienne vers les sous-sols de la haute finance et accompagnée par la professionnalisation et la déresponsabilisation du personnel politique sur fond de transformation des mœurs parlementaires, y a contribué pour beaucoup.
Depuis la substitution en 1791 du mandat impératif – par lequel les élus devaient obligatoirement respecter les directives de leurs électeurs, sous peine de se voir révoqués par ceux-ci (212) – par le mandat représentatif, les élus qui en disposent ne sont plus soumis au contrôle de leurs électeurs et ne sont donc plus tenus de suivre les instructions que ceux-ci peuvent leur donner. Pour quelles raisons une personne à qui personne ne demande des comptes et qui n’est pas tenu d’en rendre se soucierait-elle d’autre chose que de l’audience qu’a faite l’émission de télévision ou de radio à laquelle elle a été invitée ? Les pressions que subissent aujourd’hui les élus sont beaucoup moins dues à l’exercice même du mandat dont ils sont investis par des électeurs assez stupides ou naïfs pour croire qu’ils les représentent qu’aux tracasseries administratives propres à la souricière bureaucratique dans laquelle ils sont pris, aux problèmes qu’ils rencontrent dans l’accomplissement d’objectifs à court terme comme la réservation d’une table au restaurant et à long terme comme la préparation de leur retraite. Leur seule source d’inquiétude réelle est de se faire réélire par ce qu’ils appellent « le peuple » en campagne électorale et « la rue » le reste de l’année ; ils n’ont plus à redouter ses mouvements d’humeur, qu’ils soient collectifs (le soulèvement) ou individuels (le tireur isolé ou le « déséquilibré » de service).
La violence, tant redoutée des femmes, qu’elle soit physique ou verbale, a quasiment disparu des assemblées et même de leurs couloirs. Dans les pays dits occidentaux, les assassinats de politicards se raréfient à mesure que les tentatives, si l’on doit en croire les services secrets qui affirment les avoir déjouées, augmentent et il est cruellement ironique que la démocratie, dont l’avènement doit tant à l’assassinat de plusieurs monarques par des anarchistes au XIXe siècle et même au XXe siècle (213), soit le régime sous lequel l’attentat contre les masses s’est substitué à l’attentat contre leurs dirigeants, sous réserve qu’il ne s’agisse pas d’une mise en scène. Les seuls dangers que court physiquement un politicard sont de recevoir une tarte à la crème en pleine figure dans la rue, d’être giflé en distribuant des tracts sur un marché ou de mourir d’indigestion, à moins de militer contre l’invasion migratoire du continent européen organisée par les pseudo-élites, comme Pim Fortuyn, assassiné en 2002, de lutter réellement contre la corruption structurelle et endémique du milieu politicard, comme la députée Yann Piat, victime d’un « contrat » en 1994 ou d’avoir essayé de « doubler » des associations criminelles clandestines comme la mafia. Si la parole est une arme, c’est aujourd’hui un pistolet à eau. Quel politicard, dans l’espace politique ou dans l’espace médiatique, oserait encore qualifier un rival de « traître » et de « lâche », le désigner à la vindicte, fleurir son nom de qualificatifs injurieux, souligner moqueusement ses tares physiques, comme c’était monnaie courante à la période révolutionnaire ? (214). La tendance est de plus en plus à la « disqualification courtoise », « ensemble de procédés, notamment argumentatifs, qui visent à discréditer globalement l’interlocuteur, mais sans nécessairement l’attaquer directement » ; ils « peuvent |…] également contenir des propos pacificateurs ou élogieux » (215). L’injure dite sexiste elle-même, longtemps condiment indispensable des sessions parlementaires dans les pays latins, ne fait plus guère recette depuis deux décennies (216). Toute parole non élogieuse à l’égard de la femme sera considérée comme sexiste et l’auteur du « dérapage » se fera un point d’honneur d’aller médiatiquement à Canossa dans les vingt-quatre heures, pour faire, d’une voix contrite, le visage pâle, ses plus plates excuses à l’ensemble du « sexe faible » : ses propos avaient été mal interprétés. Mais, dira-t-on, que faites-vous du harcèlement sexuel, dont tant de femmes seraient victimes sur leur lieu de travail, à en croire les médias, qui ont tendance à prendre pour une généralité ce qui n’est qu’une exception, exception qui ne concerne que des activités de loisir comme la mode, le spectacle et, précisément, le journalisme ? Le harcèlement qu’il soit d’ailleurs moral ou sexuel, est « un concept juridique intangible et subjectif » (217). La création d’un délit de harcèlement sexuel n’est d’ailleurs concevable que dans le cadre d’une conception gynocentrique du droit.
Au sujet du harcèlement moral, de l’homme et de la femme c’est celle-ci qui est la mieux armée psychologiquement pour s’y livrer. « Il n’est pas rare, notait le continuateur de l’œuvre du vicomte de Ségur, de rencontrer de ces femmes impérieuses qui sont des anges pour les malheureux, et des modèles de piété et de vertu pour ceux qui ne connaissent que leur vie extérieure, mais qui, rentrées dans leur famille, exercent une véritable tyrannie sur leurs époux et sur leurs domestiques » (218). Il n’est pas rare aujourd’hui que les femmes exercent une véritable tyrannie confinant au terrorisme psychologique dans la sphère publique aussi. Manifestement troublé par la figure de la « dame de fer » – comme « la plupart des Anglais bien élevés, lui aussi a dû « faire [sa] scolarité dans le privé » , le professeur de sciences politiques à l’université d’Essex peine à définir la peur qu’elle inspirait à son entourage : il s’agit de la peur qui résulte d’une guerre de harcèlement.
Le déminage de la conduite des affaires publiques, la sécurisation du jeu parlementaire, joints à la quasi impunité dont jouissent les élus pendant l’exercice de leur mandat et à l’augmentation des divers « frais de représentation », comptent parmi les facteurs qui, dans le cadre du processus d’affinement des mœurs initié par l’Église au travers du code de la chevalerie, expliquent donc, outre l’instauration de quotas, l’augmentation croissante du nombre de femmes dans un domaine qui ressemble bien plus à un salon ou à une ruelle qu’à une arène.
Mais, dira-t-on, que devient le concept de « manager d’époux » (219) dans un contexte où, depuis le début des années 1970, d’une part, le nombre de femmes au foyer recule significativement (220) et d’autre part, le taux de mariage est en baisse constante, l’âge du mariage ne cesse de reculer, le nombre de divorces est en constante augmentation, les femmes sont toujours plus nombreuses à être les premières à engager une procédure de divorce ou de séparation (221) et, au moins dans les classes moyennes, les femmes se remarient moins que les hommes (222), tout cela donnant la nette impression que les femmes mariées, loin de vouloir empêcher leur « esclave » de s’enfuir du « nid », aspirent de plus en plus à se débarrasser de lui et que les autres ne se marient pas parce qu’elles ne veulent pas s’embarrasser d’un « esclave » ? Aussi inattendu que cela puisse paraître, il demeure valide.
D’abord, à y regarder de plus près, le nombre d’unions légales d’un homme et d’une femme n’a pas baissé au cours des cinquante dernières années, c’est juste que le mariage est désormais concurrencé par d’autres formes d’union civile. Si de nombreux blancs jugent rétrograde le mariage civil ou religieux (223), le « partenariat enregistré », qu’il s’appelle, selon les pays, « Registreret partnerskab » (1989), « Registrerat partnerskap » (1995) « Pacte civil de solidarité » (1999) ou « Civil Partnership » (2004), a le vent en poupe. Si l’on additionne le nombre annuel de « partenariats enregistrés » et le nombre annuel de mariages, civils ou religieux, on obtient environ 400000, c’est-à-dire le nombre annuel moyen de mariages dans les années 1960 (224). Que le nombre de ruptures de « Pacs » soit nettement supérieur (225) à celui des divorces n’y change rien, puisqu’il s’avère qu’un bon nombre de couples « pacsés » rompent leur « Pacs » pour se marier (226). Même si le « partenariat enregistré » a été instauré sous la pression des lobbies homosexuels (227), pression qui, n’en doutons pas, s’est souvent exercée littéralement sur les représentants et représentantes de l’autorité civile, son principal effet secondaire a donc été de stopper la chute du taux d’unions. Par ailleurs, pour la femme, la conclusion d’un contrat de « Pacs » est moins aléatoire que le déroulement d’une cérémonie de mariage : il est moins d’hommes qui, le stylo en main, prétexteront une douleur au poignet pour ne pas apposer leur signature sur le document que d’hommes qui perdent leur voix au moment de prononcer le oui sacramental.
Le problème n’a donc été que déplacé. Le nombre d’« esclaves de nid », quel que soit le statut juridique du couple, reste sensiblement le même. Mais, dira-t-on, la « pacsée » n’a pas l’occasion de célébrer son triomphe en public et donc de refermer complètement les portes du « nid » sur son « esclave » : le seul « témoin » de l’enregistrement d’un « Pacs » en mairie – la déclaration de « Pacs », longtemps à faire au tribunal d’instance, est désormais à faire en mairie – n’est-il pas le fonctionnaire en présence duquel le contrat est signé par les deux partenaires ? Rien n’empêche cependant la « pacsée » d’organiser une fête de « Pacs » et d’y inviter parents et amis – un formulaire de demande de cérémonie de « PACS » est disponible en mairie ou sur son site Internet. La cérémonie, appelée « humaniste » par certains sites Internet, est célébrée par le maire. Le nombre de sites internet, marchands ou non, dédiés au « mariage humaniste » montre qu’il remporte un succès croissant. Et, les mêmes conditions étant réunies à une fête de « Pacs » et à une fête de mariage, il n’y a a priori aucune raison pour que la femme ne se dise pas à elle-même, « alors qu’elle l’étreint et l’embrasse devant les invités du mariage» : « Pauvre imbécile […] j’ai fini par t’avoir ! Tu te figures peut-être être plus fort, tu te figures peut-être être plus intelligent, raconte-toi des histoires autant que tu le veux, si cela te fait plaisir, mais tu es maintenant l’esclave officiel de mon nid ! Et si jamais tu essaies de t’en échapper, toute la société, toutes ces personnes qui ont été témoins de cette journée, te retiendront. » Tout juste se peut-il que le triomphe de la « pacsée » soit moins éblouissant que celui de la mariée.
Ensuite, que de plus en plus de femmes ne veuillent plus se décharger sur leur époux du soin douloureux de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille et entendent gagner elles-mêmes leur vie en exerçant un emploi salarié ou en créant leur propre entreprise, afin de se rendre financièrement indépendantes de lui, personne ne le conteste. En tirer la conclusion que les femmes ont quitté leur monde, « un monde aussi sûr que possible, pour rejoindre le « monde très dangereux » des hommes et y trimer à leur tour serait cependant erroné, car, ici encore, le problème n’a fait qu’être déplacé, mais, cette fois, il l’a été pour ainsi dire littéralement.
Avant même que les femmes ne l’envahissent, le marché du travail était prêt à les accueillir dans des conditions optimales (228) : dès le milieu des années 1950, il était quasiment tertiarisé, c’est-à-dire nidifié. Pour que les femmes puissent l’envahir, il fallait qu’il soit tertiarisé ; pour qu’elles puissent s’y sentir comme dans leur « nid », il fallait une autre condition, que nous énoncerons après avoir rappelé que, « [d]ans la division du travail, à l’intérieur de chaque classe, les femmes accomplissent des tâches plus légères et moins risquées, que ce soit à la maison ou à l’extérieur » et souligné que, plus les femmes investissent l’économie, plus les tâches économiques deviennent légères et sans danger. Dans le secteur tertiaire, le plus gros danger physique couru par les membres du personnel, pour ne pas parler des cadres et hauts fonctionnaires, est de se casser un ongle en envoyant un SMS ou en ouvrant une de leurs boites d’« anti-dépresseurs » (229) ; dans l’industrie aussi, grâce, ou, tout dépend du point de vue auquel on se place, à cause de la robotisation des entreprises à partir des années 1970. La robotisation des tâches ménagères avait contribué de manière déterminante à donner aux femmes beaucoup plus de temps pour se livrer à des activités de loisir et occuper un emploi salarié (230), avant que, sous leur poids, l’emploi salarié ne devienne une activité de loisir ; la robotisation de l’industrie allait permettre de « féminiser les équipes » (231), là où le travail industriel consistait encore à transformer des matières ; depuis l’apparition des « nouvelles technologies » ; il consiste de plus en plus à manipuler des informations : lire, saisir et interpréter des données, entretenir, surveiller et contrôler des équipements et des produits » (232). Dans le secteur tertiaire, les « nouvelles technologies » ont transformé le bureau en ce que Marshall McLuhan appelle un « terrain de jeu » (233). La femme est une comédienne née et plus les femmes sont nombreuses dans un lieu de travail robotisé et informatisé, plus ce lieu ressemble à une scène, plus les occupations auxquelles on s’y livre tiennent du rôle au sens théâtral et cinématographique, plus, la femme étant un être changeant, la spécialisation laisse place au jeu de rôle. De là – les natures masculines s’imposent, les natures féminines s’adaptent – la « flexibilité du travail » et la flexibilité même de ce concept et de cette pratique économiques (234) ; de là aussi la « polyvalence (non pas la capacité de remplir plusieurs fonctions, mais le simple fait de remplir plusieurs fonctions, puisque les fonctions en question ne demandent aucune compétence pour être remplies) et la « mobilité » (le fait de changer d’activité économique). Qui, mieux que la femme, peut-être flexible, polyvalent et mobile ?
La féminisation de l’emploi est structurellement liée à la tertiarisation de l’économie et de la société (235) et cette tertiarisation (236) est essentiellement le produit de deux facteurs : le développement des services non marchands et la déréglementation des échanges dans les secteurs marchands des télécommunications, des transports, de la banque et de l’assurance, dans la décennie qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, dus, le premier, aux mesures prises par l’État-providence, le second à celles qui ont été imposées par le GATT et ensuite par l’OMC. Soixante-dix ans plus tard, les femmes sont nettement majoritaires dans les « administrations publiques », l’« enseignement » (237), la « magistrature », la « santé » et l’« action sociale », y compris, dans certains de ces secteurs, aux postes de direction, tandis que le nombre de cadres de sexe féminin ne cesse de croître dans les autres, que ce soit naturellement ou artificiellement ; et ce n’est qu’un début. Il n’est pas un des nombreux rapports de l’artificielle et tyrannique Commission Européenne sur l’emploi public qui ne manque de conclure que « des mesures doivent être prises pour augmenter la présence des femmes aux postes de haut niveau » ; l’un deux, rendu, quasiment dans le sens d’évacué par les voix naturelles, en janvier 2010, s’intitule : « More women in senior positions: Key to economic stability and growth » ; et nous sommes bien d’accord avec cette proposition, une fois rétablie dans son entier : « Key to THEIR OWN economic stability and growth. ». Nous ne doutons effectivement pas que la présence d’un plus grand nombre de femmes aux postes de direction soit essentiel à la stabilité et à la croissance économiques des intéressées.
Le « nid », pour la femme de carrière, n’est plus le foyer, c’est le bureau – elle a en quelque sorte déplacé son « nid » du foyer au bureau ; l’esclave, pour la femme de carrière, est moins l’époux, si elle en a un, que le collègue de bureau : ce n’est pas pour rien qu’il reste encore quelques hommes dans la fonction dite publique. Ils y sont conservés pour faire de la figuration et donner le change.
A l’époque où, vers la fin des années 1970, le chômage de masse a commencé à apparaître dans les pays dits occidentaux dans le sillage de la vague d’immigration d’invasion qui déferlait du Maghreb, des voix se sont élevées, peu féminines, pour accuser, à raison, même s’il eût été cohérent d’étendre l’accusation à ceux qui avaient déclenché cette vague, les immigrés de voler aux Européens leurs emplois, mais il faut prendre garde de ne pas oublier que les premières attaques contre le salariat, pour l’essentiel masculin jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, furent portées dès la fin du XIXe siècle, lorsque la main d’œuvre féminine fut introduite dans des métiers auxquels les femmes n’avaient pas accès jusqu’alors. La fonction publique fut ouverte aux femmes à la « belle époque de la Troisième République » pour des motifs comptables (238) : il s’agissait pour le pseudo-gouvernement d’alors d’entraver la titularisation des auxiliaires. Il semble d’ailleurs que le terme de « féminisation » ait fait son apparition en 1892, avec l’embauche des premières femmes dans les bureaux de poste urbains (239).
La tertiarisation est en partie responsable de l’élévation du nombre de chômeurs de sexe masculin (240). Le nombre d’hommes actifs ne cesse de diminuer (241), à tel point que les salariées sont aujourd’hui plus nombreuses que les salariés (242). « … [L]a polarisation accrue des revenus au sein de la population masculine, la baisse observée dans sa participation à l’enseignement supérieur, ainsi que le taux de chômage qui touche une partie de celle-ci, sont des faits très inquiétants [pas pour tout le monde, semble-t-il]… l’hypothèse dominante est que la chute des salaires et que le taux élevé de chômage chez les hommes, combinés à la désindustrialisation et à la croissance du secteur des services, font que les salaires des femmes et les conditions de travail de celles-ci s’améliorent au détriment des hommes » (243). La professeure canadienne qui se fait l’écho de cette thèse dominante, qu’elle partage, ne s’en appesantit pas moins sur les « inégalités persistantes » entre les salaires des femmes et les salaires des hommes. C’est toujours la même rengaine. Nous attirerons l’attention sur le fait qu’il est indécent de se plaindre que le salaire des femmes ne soit pas aligné sur celui des hommes, puisque c’est précisément pour faire baisser les salaires des hommes que les portes du monde du travail salarié ont été toutes grandes ouvertes aux femmes. De même que, comme un gosse de six ans serait capable de le comprendre, à condition qu’il ne soit pas scolarisé, l’introduction massive d’une main d’œuvre, non qualifiée ou « qualifiée », dans des pays où les salaires sont beaucoup plus élevés que ceux des pays dont elle est originaire a permis aux employeurs de tirer les salaires en bas, ainsi l’arrivée massive des femmes sur le « marché de l’emploi » a eu la même conséquence (244). Comme l’explique l’économiste Teresa Amott, « l’embauche des femme a été un élément central de la stratégie des entreprises pour restaurer [augmenter encore davantage?] la rentabilité, car les femmes étaient non seulement moins chères que les hommes, mais aussi moins susceptibles d’être organisées en syndicats et plus disposées à accepter un travail temporaire sans avantages » (245).
L’État-providence n’a été providentiel que pour les femmes, pour les femmes et la haute finance, puisque, en dépit des affirmations contraires d’économistes stipendiés par les banques, le tonneau des Danaïdes que constitue l’État-providence est pour beaucoup dans la dette publique.
Que faire ? Nous tourner, non pas par nostalgie, mais pour en prendre de la graine, vers une civilisation dont les mœurs, les lois et les institutions nous montrent clairement qu’elle fut réellement patriarcale : celle de la Grèce de l’époque archaïque.
Dans la Grèce antique, le chef de la famille est le père et il l’est d’une manière qui n’est pas simplement nominative. Il jouit d’une autorité absolue sur les siens. Il accepte, ou repousse, le nouveau-né. Il marie sans les consulter sa fille, ou son fils, mineur ; lui seul choisit l’épouse de son fils, ou l’époux, de sa fille. Il émancipe son fils. La femme est considérée toute sa vie comme mineure et placée sous l’autorité d’un kyrios (maître, tuteur) : jeune fille, elle dépend de son père ; femme, de son mari ; veuve, de son fils ou du tuteur que le mari a désigné par testament. Le kurios de la jeune fille, son père, ou, à défaut, son plus proche parent masculin du côté paternel, la « donne » en mariage entre 10 et 15 ans (246). Le futur marié la « reçoit » (247). Un mari à l’article de la mort « a le droit de léguer sa femme en mariage à un héritier qu’il désigne… » (248). Le mariage légitime, base de la citoyenneté, est une affaire de famille. Le contrôle que la femme grecque détient de l’utérus est neutralisé par le fait que les mariages sont arrangés par les familles et que, l’attirance sentimentale n’entrant pas en ligne de compte dans les unions (249), elle ne peut pas, contrairement à la femme moderne, exercer un chantage sentimental, ni même sexuel, sur son fiancé, ni sur son mari.
L’éducation dans la Grèce protohistorique nous est très peu connue ; tout juste sait-on que les enfants étaient éduqués dans l’oikos jusqu’à l’âge de 6 ans ; la fille uniquement par la mère, le garçon à la fois par le père et par la mère. À l’époque classique, le garçon, comme, du reste, la fille, est éduqué, non pas uniquement par sa mère, mais aussi par les nourrices, la gouvernante, voire la concubine du mari, ce qui, même si cette éducation se fait dans un milieu féminin, empêche que l’enfant fasse une fixation sur telle ou telle des femmes qui prennent soin de lui (250). Tout montre que le Grec tient à couper aussi rapidement que possible le cordon ombilical : « [L]’enfant noble est élevé durement. Il n’est pas nourri par sa mère. Son berceau est placé dans la chambre d’une nourrice. On lui donne parfois plusieurs nourrices pour qu’il ne s’attache à aucune et ne souffre pas trop de la séparation si l’une d’elles cesse de le nourrir, part ou meurt (251). » Le garçon quitte définitivement le giron de sa mère vers l’âge de 7 ans : « Le pédagogue va partager pendant dix ans la vie de son disciple. C’est à travers lui que l’enfant découvre peu à peu l’adulte, qu’il forme sa personnalité morale, qu’adolescent il trouve conseil et soutien dans les difficultés de son âge (252). » À Sparte, les études littéraires tenaient peu de place ; le but était de former de bons guerriers. Dès 7 ans, l’enfant devait « s’accoutumer à endurer sans fléchir les intempéries, la faim, la fatigue, la douleur » (253). Cette éducation virile, gage d’une maturité effective, ne finissait qu’à 30 ans, âge auquel le Spartiate disposait de cinq ans pour se marier. Cela dit, on voit apparaître, dès la période homérique, le type du garçon amolli et énervé par les raffinements d’une éducation dans un milieu strictement féminin : Dolon, fils unique dans un oikos de cinq filles, « … garçon superlativement gâté par sa mère et ses sœurs, gâté par ses sœurs » (254). Un passage de l’Iliade (XVI) atteste aussi de l’émergence de ce type : « Pourquoi pleures-tu, Patrocle, comme une petite fille qui, courant avec sa mère, exige qu’on la prenne, s’attache à son manteau, la retient dans sa marche et la regarde en pleurant, jusqu’à ce qu’elle l’ait prise ? »
Les femmes, particulièrement les mères, ont une influence sur l’orientation future de la société parce qu’elles élèvent la prochaine génération, mais, dans la Grèce antique, cette influence ne pouvait pas être aussi décisive qu’elle l’a été par la suite, car, d’une part, elles n’élevaient leurs garçons que dans les toutes premières années de leur vie et non jusqu’à l’adolescence, âge auquel se forment définitivement le caractère, le tempérament et les habitudes de l’individu et, d’autre part, elles se devaient de préparer les garçons à devenir, non pas des machos, mais des politai, des homoioi et de faire des filles, non pas des poupées, mais des mères de futurs politaihomoioi. La maternité éclipsait la sexualité ; l’accent était mis sur la fertilité et non sur le plaisir sexuel. La vertu par excellence de la femme grecque était la retenue, morale et physique tout à la fois (255). Sa tenue – le pyloset le chiton – reflétait cette valeur. Bien sûr, les femmes grecques aimaient à se parer de bijoux, de boucles d’oreilles, de colliers, de bagues, de bracelets, d’anneaux pour les jambes (256).
Cependant, elles ne devaient avoir ni robes transparentes, ni franges, ou bordures, à leur tunique ; en outre, le prix de leur chiton de lin et de leur manteau ne pouvait pas excéder une certaine somme. Les costumes de fête étaient plus riches, mais des bornes étaient mises au luxe (Le luxe fit des progrès et il fallut le modérer par des lois somptuaires. Dans plusieurs cités, un magistrat (le gynaecome) était chargé de surveiller la toilette, l’attirail et la tenue des femmes ; il prêtait serment avant d’entrer en charge). Cela étant dit, les personnages d’Aristophane, que celui-ci tirait de la réalité, indiquent la présence d’un type de femmes ménadique au Ve siècle à Athènes.
La femme grecque, qui se tient enfermée dans le gynécée, où elle ne reçoit que des proches parents et des femmes, ne se montrant en public que les jours de fête, ne peut être considérée comme la maîtresse de l’oikos que dans un sens relatif : si l’épouse, en l’absence de son époux, qui passe l’essentiel de son temps à l’extérieur, dirige le travail des servantes, surveille les esclaves, le seul maître des servantes et des esclaves, c’est lui ; si l’épouse règle les dépenses du ménage, c’est lui qui gère la fortune de la famille ; il dispose de la dot de sa femme (257). De plus, l’épouse grecque est tout sauf un « cordon bleu ». La nourriture des héros de l’Iliade et de l’Odyssée se composait de céréales, de viande et de fromage, de poisson, d’oiseaux, de légumes et de fruits en temps de paix et de pain et de vin en temps de guerre. À la guerre, ils préparaient eux-mêmes leur pâte à pain. Homère ne nous dit pas qui, de l’homme ou de la femme, la préparait en temps de paix. Dans les deux cas, seul l’homme est autorisé à abattre, à dépecer et à découper les animaux et à cuisiner leur viande. À l’époque classique, ces différentes fonctions seront remplies par un spécialiste : le mageiros (boucher sacrificateur) (258). L’épouse n’est pas chargée de faire la cuisine ; cette fonction est dévolue aux esclaves qui, en sus, étaient responsables des courses, de l’approvisionnement au marché, du stockage des réserves, des corvées d’eau, de la mouture du grain, du ménage, du nettoyage, etc. (259). Les activités de la femme dans l’oikos sont le filage et le tissage de la laine et, comme nous l’avons indiqué plus haut, la direction des esclaves. Avant le IVe siècle avant notre ère, les maisons ne semblent pas avoir eu de cuisine, les aliments étaient cuits en plein air sur une sorte de brasero mobile (260). C’est là une autre raison pour laquelle la femme grecque ne pouvait pas détenir le contrôle de la cuisine.
Il doit être bien entendu que les rapports hiérarchiques qui viennent d’être décrits de l’homme grec avec la femme grecque de l’antiquité sont ceux qui prévalaient dans l’aristocratie. Certes, même dans les sociétés patriarcales d’origine indo-européenne, il est fort peu probable que tous les individus, pris séparément, aient été suffisamment masculins intérieurement pour être les maîtres de leur femme ; dans les couches inférieures, a priori, des contacts auraient pu se produire plus facilement entre les hommes les moins différenciés des tribus doriennes et achéennes et les femmes pélasgiques : l’organisation sociale des Pélasges, rappelons-le, était matriarcale.
Dans l’ensemble, les rapports de l’homme avec la femme, du pater familias avec la mater familias dans la Rome pré-impériale présentent les mêmes traits, même s’ils sont moins accusés, notamment en ce qui concerne le contrôle de la cuisine (261).
Dans la situation actuelle, il faut donc d’abord prendre conscience que le matriarcat n’est « la loi de la vie » que dans les cultures où sont réunies les conditions que l’auteur met en évidence et que nous avons approfondies : le contrôle par la femme de l’utérus, de la cuisine et du berceau, l’immaturité de l’homme, psychologique, morale, intellectuelle ou sexuelle. Le matriarcat est la « loi de la vie » chez les races que de Gobineau appelait « féminines » et le devient chez celles qu’il appelait « féminisées » (262), qui comprennent, les unes, tous les peuples d’origine non aryenne et, les autres, tous les peuples d’origine aryenne métissés à ces derniers.
Les peuples européens sont des peuples féminisés depuis longtemps. Les facteurs qui expliquent le pouvoir de la femme dans les sociétés dites « occidentales » ne sont plus seulement sociaux, culturels et psychologiques, ils sont désormais aussi d’ordre racial : elles s’enfoncent de plus en plus dans le matriarcat à mesure que s’y multiplient les populations originaires de sociétés originairement matriarcales, non seulement en raison du fait que ces populations continuent naturellement à vivre en « Occident » selon leurs mœurs et coutumes propres, dont l’ouvrage donne un aperçu, mais aussi parce qu’une partie de plus en plus grande de la population dite « de souche » subit leur influence par le biais de produits culturels tels que la musique, la mode ou le cinéma.
Dans les « peuples féminisés », la plupart des hommes sont des « esclaves par nature » et sont donc « destiné[s] à être à un autre » (263) : un maître, qui, se suffisant à lui-même (étant capable d’autarcie) est « par nature apte à commander… » (264). La vocation de la plupart des hommes est donc de devenir des « esclaves de nid », que ce nid soit le foyer ou, désormais, l’entreprise. Tout irait pour le mieux, si la femme était dotée des qualités du maître. Une femme qui dirige un homme ressemble à un aveugle guidant un borgne au bord d’un précipice.

B. K., décembre 2017 (édité en janvier 2018)

(*) Rousseau était bien placé pour le savoir.

(1) Si le premier système de sécurité sociale unifié a été mis place, comme chacun sait, par Bismarck, le concept de sécurité sociale à l’époque moderne se rencontre déjà chez Simon Bolivar, dans un discours prononcé le 15 février 1819 à l’occasion de l’anniversaire d’indépendance du Venezuela (« Le système de gouvernement le plus parfait est celui qui assure le plus de bonheur, le plus de sécurité sociale et le plus de stabilité politique » – cité in Hernando Roa Suárez, El liderazgo político: análisis de casos, 4e éd., Universidad Pedagógica Nacional, Bogotá, 2005, p. 100). Il est déjà présent dans la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 (article 2), puis dans celle de 1793 (article 21) et, dès l’antiquité, il transparaît dans la doctrine chrétienne de la charité, qui a pour pendant le zakat (des aumônes prescrites par la loi) dans l’islam et le tzedakah dans le judaïsme. En vertu de la doctrine chrétienne de la charité, « [l]’Église assurait la sécurité sociale dans ses aspects essentiels : elle prenait soin des veuves et des orphelins, des personnes âgées, des chômeurs et des handicapés ; elle se chargeait de payer les frais d’enterrement des pauvres et offrait un service d’infirmerie en périodes de peste » (cité in Rodney Stark, The Rise of Christianity: A Sociologist Reconsiders History. Princeton University Press. 1996, p. 207). L’économiste Robert Henry Nelson (Economics as religion: from Samuelson to Chicago and beyond. Penn State Press, 2014, p. 103) affirme que « L’Église Catholique médiévale exploitait un système de protection sociale à grande échelle et global pour les pauvres » ; il rappelle – et c’est là le point que nous voulons souligner ici sans le développer – que le protestantisme accusait le catholicisme, républicain avant l’heure, d’encourager les gens à être pauvres par la pratique de la charité.
(2) Frédéric Gonthier, L’État providence face aux opinions publiques, PUG, 2017, p. 137. « Dans les faits, les femmes sont davantage bénéficiaires d’aides sociales en général et souvent référentes des dossiers d’allocations familiales », indique un dossier d’études des Allocations Familiales publié en 2014. Si des personnes probes pouvaient avoir accès aux comptes et aux dossiers de ce dispositif opaque qu’est la sécurité sociale, il n’est pas douteux qu’elles y découvriraient des versements de complaisance de sommes considérables à certains types d’allocataires et aussi à certaines allocataires.
(3) David Galley et Margarete Parrish, « Why are there so few male social workers? », 25 juillet 2014, https://www.theguardian.com/social-care-network/2014/jul/25/why-so-few-male-social-workers.
(4) « Les travailleurs sociaux manifestent : « La tendance est à l’ubérisation » », 7 mars 2017, http://www.europe1.fr/societe/les-travailleurs-sociaux-manifestent-la-tendance-est-a-luberisation-2996792.
(5) En Russie, Il en allait plus ou moins de même dans le code pénal dès le « Moyen-Âge » (voir De la paysanne à la tsarine. La Russie traditionnelle côté femmes, http://www.gruel-apert.com/Les-femmes-et-le-code-penal.html).
(6) Les premières fissures dans le droit patriarcal apparaissent à Rome à la fin de l’époque de la royauté, avec la promulgation de la Loi des douze tables (v. 450 avant notre ère), qui, coïncidence des plus significatives, fut rédigée sous la pression de la plèbe et constitue le premier corpus de lois écrites à Rome. « Le droit romain primitif ne reconnaît pas à la femme de volonté propre ; il la soumet à la tutelle de son père. De la loi des XII Tables [qui établit la réciprocité du droit de divorce] à Marc-Aurèle, le droit civil a évolué dans un sens favorable à la femme. Le mariage avec manu donnait à l’époux un pouvoir discrétionnaire sur sa personne et ses biens : le mariage sine manu limite ce pouvoir à sa personne, et ce pouvoir est lui-même neutralisé par l’autorité que le paterfamilim (sic) garde sur sa fille. Peu à peu, le législateur restreint les droits du mari et du père, abroge la tutelle, permet à la femme d’hériter et de tester. Mais si la Romaine veut disposer de sa fortune, c’est pour en jouir. A aucun moment, elle n’a combattu pour acquérir des droits politiques. » (Jean Freville, La femme et le communisme, in La femme et le communisme. Paris, Edit. Sociales, 1951, p. 10, consultable à l’adresse suivante : http://www.communisme-bolchevisme.net/download/La_femme_et_le_communisme.pdf, consulté le 5 novembre 2017) ; voir, pour approfondir cette question, J. Boniface-Delcro, Études sur la condition légale des femmes dans la famille, Alexandre Johanneau, Paris, 1858).
Le poids du droit canonique sur le droit civil se fait toujours sentir à propos du divorce (voir Louis Roussel, Jacques Commaille, Anne Boigeol et Marie-France Valetas, Le divorce et les Français, II. – L’expérience des divorcés, Ined [cahier n° 72], Paris, p. 57)
On admirera au passage, d’autant qu’elle illustre a contrario la thèse de l’auteur sur le mariage, la métaphore dont se sert un partisan de l’indissolubilité pour tenter de montrer qu’elle est un des bienfaits du christianisme : « La faculté de répudier sa femme ou de divorcer, admise par les autres religions, est une source d’abus et de désordres. Les passions de l’homme sont si versatiles, si capricieuses, qu’une chaîne, quelque douce qu’elle soit, si on peut la rompre, paraîtra bientôt trop pesante. On s’accoutume, au contraire, au joug dont il n’est pas possible de se débarrasser » (c’est nous qui soulignons) (M. Allemand, Traité du mariage et de ses effets, vol. 1, G. Thorel et E. Leboyer, Paris et Riom, 1846, p. 28). Précisons, pour éviter tout malentendu, que nous ne soutenons absolument pas l’instauration du divorce express ; il ne s’agit ici que de mettre en lumière le système des deux poids deux mesures dans la lettre et l’application des lois sur le mariage.
(7) Édouard Laboulaye, Recherches sur la condition civile et politique des femmes, A. Durand et Jubert, Paris, 1843, p. 158. « C’est au droit canonique, plus qu’à toute autre législation, que les femmes sont redevables du rôle élevé qui leur appartient aujourd’hui… » (ibid., p. 159).
(8) Eileen Spring (Law, Land, and Family: Aristocratic Inheritance in England, 1300 to 1800, The University of North Carolina Press, Chapel Hill et Londres, 1993) montre que, pendant toute cette période, les hommes de l’aristocratie anglaise n’ont pas cessé de combattre les lois successorales parce que trop favorables aux femmes. Au début du XXe siècle, il était démontré que le droit britannique, dans son principe et dans son application, était favorable à la femme. Pour nous en tenir ici aux « affaires civiles, le traitement de la femme est certainement très favorable, il y a peu de juges, de magistrats ou de jurés qui peuvent se libérer totalement d’un préjugé naturel en faveur de la femme. Les poursuites pour rupture de promesse de mariage en constituent un cas significatif. Une femme qui prouve qu’un homme lui a été infidèle n’a aucune difficulté à le faire condamner à des dommages-intérêts substantiels. Si c’est un homme qui porte plaine pour le même motif, même si la loi ne lui met aucun bâton dans les roues, il n’a pratiquement aucune chance d’avoir gain de cause » (Anon., « Woman’s Position Under Laws Made by Man », Women’s National Anti-Suffrage League, Londres, 1908, http://bora.uib.no/bitstream/handle/1956/3118/Women’s_position_under_laws_made_by_man.pdf?sequence=31).
(9) Le fardeau financier du divorce est plus ou moins lourd pour l’homme suivant les pays. « « La Grande-Bretagne est devenue extrêmement attrayante pour les épouses [en instance de divorce] à la recherche de récompenses financières », déclare une avocate spécialisée dans le droit des divorces. Elle a vu des situations où l’avocat français d’un Français résidant au Royaume-Uni avec sa femme française ou celui d’un Français marié à une Anglaise, dès qu’il a été informé de la décision du couple de divorcer, a sauté dans le prochain Eurostar pour Paris pour déposer une requête de divorce dans un tribunal français avant que la femme puisse déposer le sien dans un tribunal anglais » (« The myth of the kept woman », 19 septembre 2009, https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2009/sep/19/divorce-settlements-law-deech). L’Angleterre semble avoir été une pionnière dans l’instauration du système des deux poids deux mesures. Dans The Legal Subjection of Men (Twentieth Century Press, Londres,1896 ; nouvelle éd., The New Age Press, Londres, 1908), l’avocat, journaliste et philosophe Ernest Belfort Bax (1854-1926), un des premiers, sinon le premier défenseur des droits juridiques et sociaux des hommes, établit que, contrairement à la « légende », qu’il démolit d’entrée, le droit britannique est nettement favorable aux femmes, qu’elles soient mariées ou non. L’ouvrage est disponible, ainsi que les articles qu’il publia sur cette question de 1886 à 1918, à https://ernestbelfortbax.com/2014.
(10) Susan Ratcliffe (Oxford Treasury of Sayings and Quotations, Oxford University Press, Oxford et New York, 2013, p. 196) date son apparition du milieu du XXe siècle. Le distillateur Lord Thomas Dewar (1864–1930) passe pour avoir déclaré que « la route du succès est remplie de femmes qui poussent leur mari devant elles » (James H. Billington, Respectfully Quoted: A Dictionary of Quotations, Library of Congress, p. 334, https://www.phrases.org.uk/meanings/60500.htm).
Plus récemment, dans un ouvrage courageux au titre provocateur (The Woman Racket, Imprint Academic, 2008), Steve Moxon a montré, en s’appuyant sur la psychologie évolutionnaire, que, loin d’être, selon la terminologie marxiste, « opprimée » par le « patriarcat », la femme est, dans un sens qui n’a rien de marxiste, un agent d’oppression. L’auteur, ancien fonctionnaire britannique, s’était déjà signalé en 2004, avec la publication de The Great Immigration Scandal (Imprint Academic, 2004). Moxon occupait un poste de travailleur social à la Direction de l’Immigration et de la Nationalité du Home Office à Sheffield. En mars 2004, Il a affirmé dans le Sunday Times que les contrôles d’immigration avaient été supprimés pour les ressortissants des huit pays d’Europe centrale et orientale qui devaient rejoindre l’Union européenne en mai de cette année. Les révélations de Moxon ont entraîné sa suspension de la fonction publique et la démission de la Ministre d’État à l’immigration, à la citoyenneté et à la lutte contre le terrorisme Beverley Hughes (« Hughes resigns as immigration minister », 1er avril 2004, https://www.theguardian.com/politics/2004/apr/01/immigrationpolicy.immigrationandpublicservices2), baronne qui, après s’être faite oubliée du grand public, reprendra du service en 2009 comme Ministre d’État aux enfants, aux jeunes et aux familles.
The Great Immigration Scandal a été publié en août 2004. Il est à souligner que Moxon état moins préoccupé par l’afflux en Grande-Bretagne d’immigrants d’Europe centrale que par l’invasion qu’elle subissait et subit encore de populations arabo- et négroïdo-musulmanes (ibid., chap. 8).
(11) Les hommes politiques et les politicards sont loin d’être aussi bien représentés que les hommes d’affaires, les acteurs ou les artistes dans Kitty J. Pope, Beside Every Great Man… is a Great Woman (Amber Books, Phoenix, AZ, 2005) et dans Marlene Wagman-Geller, Behind Every Great Man: The Forgotten Women Behind the World’s Famous and Infamous (Dourcebooks, 2015), les deux ouvrages en langue anglaise les plus récents sur la question.
(12) Aux nombreuses pages que nous avons dédiées à l’exposition de la thèse des origines matriarcales de la franc-maçonnerie peuvent venir s’ajouter les considérations qui sont développées sur la « tradition ésotérique chthonienne » dans Dionysious Psilopoulos, The Prophets and the Goddess: W. B. Yeats, Aleister Crowley, Ezra Pound, Robert Graves and the Chthonic Esoteric Tradition (Cambridge Scholars Publishing, 2017. L’introduction est consultable à l’adresse suivante : http://www.cambridgescholars.com/download/sample/64079), où, cependant, le terme de « solaire » est employé à tort, pour qualifier des enseignements et des cultes qui ne le sont que dans le sens relatif et inférieur que nous avons indiqué, en en donnant et précisant le sens supérieur, à https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2013/03/19/mon-nom-est-personne/.
Voir, au sujet du deux poids deux mesures dans le domaine judiciaire aux Etats-Unis, l’édifiant « Women as the New Nobility in America » à https://www.youtube.com/watch?v=fh8StCFXqKc.
(13) Voir Florence Tamagne, A History of Homosexuality in Europe: Berlin, London, Paris 1919-1939, vol. 1, Algora Publishing, 2003, p. 136 ; John Chandos, Boys together: English public schools, 1800-1864, 1re éd., Yale University Press, 1984 ; Wayne R Dynes, Warren Johansson; William A. Percy; Stephen Donaldson, “Public Schools”, In Wayne R Dynes (éd.), Encyclopedia of homosexuality, vol. 2, New York: Garland Publishing Company, 1990 ; W. A. Percy, “Cambridge and Oxford“, http://www.williamapercy.com/wiki/index.php?title=Cambridge ; “Cambridge Apostles“, Claude J.- Summers, GLBTQ: An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Transgender, and Queer Culture, Chicago, IL, glbtq, 2006, consultable à l’adresse suivante : http://www.glbtqarchive.com/ssh/cambridge_apostles_S.pdf, consulté le 16 novembre 2017 ; “Cambridge’s gay past: from the 17th century to the foundation of Stonewall“, http://www.cam.ac.uk/research/news/cambridges-gay-past-from-the-17th-century-to-the-foundation-of-stonewall ; “Oxford’s Role in LGBT History“, http://oxhc.co.uk/Oxfords-Role-in-LGBT-History.asp ; Keith Windschuttle, The Remains of the Gay, in The Australian’s Review of Books, septembre 1998, http://www.sydneyline.com/HigherSodomy.htm (lien inactif), consultable à http://www.the-boondocks.org/forum/index.php?t=msg&goto=60848&, consulté le 20 novembre 2017 ; Gertrude Himmelfarb, From Clapham to Bloomsbury: A Genealogy of Morals. The amoral decadence and « higher sodomy » of the Bloomsbury group (voir http://modernhistoryproject.org/mhp?Article=Bloomsbury) ; R. Scruton, “Dark Horse“, https://spectator.org/40805_dark-horse/ ; http://aangirfan.blogspot.be/2013/06/rothschild-and-gay-cambridge-apostles.html ; voir, au sujet des ramifications entre le milieu gay et les services secrets, http://www.bbc.com/news/magazine-35360172 ; voir, au sujet de l’invention à Oxford du mythe de la « pédérastie institutionnalisée », dans la Grèce antique, L. Dowling, Hellenism and Homosexuality in Victorian Oxford, Cornell University Press, New York, 1997.
(14) Une étude récente d’Eric Russell (“Can Being Gay Provide a Boost in the Hiring Process? Maybe If the Boss is Female”, in Journal of Business and Psychology, vol. 31, n° 2, juin 2016 [p 293–306], doctorant en psychologie expérimentale à l’Université du Texas, Arlington, a révélé que les femmes hétérosexuelles ont tendance à embaucher des homosexuels plutôt que des hétérosexuels parce qu’elles estiment que les homosexuels sont plus compétents et plus chaleureux. En outre, les chercheurs en marketing ont suggéré que les hétérosexuelles préfèrent travailler avec des associés homosexuels dans la vente au détail. Que l’hétérosexuel à la recherche d’un emploi se rassure : il ne s’agit pas là de discrimination à l’embauche. Aux yeux du législateur, il n’y a « discrimination à l’embauche » que dans le cas où un homme blanc déciderait d’embaucher un homme blanc au lieu d’une personne de couleur ou d’une femme blanche parce qu’il estime le premier plus compétent que les autres. Lorsque, en revanche, une femme engage un personne en fonction de critères purement sexuels, il ne saurait s’agir de discrimination à l’emploi ; ce n’est même que justice.
(15) Voir Christophe Regina, La violence des femmes : Histoire d’un tabou social, Max Malo Editions, 2011 ; Philippe Génuit. La criminalité féminine : Une criminalité epicène et insolite. Réflexions d’épistémologie et d’anthropobiologie clinique. Psychologie. Université Rennes 2, 2007. Francais ; voir, au sujet des femmes infanticides ; encore plus tabou est le sujet traité dans Karen A. Duncan, Female Sexual Predators: Understanding Them to Protect Our Children and Youths, Praeger, Santa Barbara, CA, Denver, CO et Oxford, 2010. Sont aussi à recommander, pour une meilleure connaissance de la criminalité féminine, les trois ouvrages suivant du procureur général adjoint John Davis : How to Avoid False Accusations of Rape: Self-Defense in the Feminist State (Female Sex Predators), CreateSpace Independent Publishing Platfor, 2015 ; False Accusations of Rape: Lynching in the 21st Century (Female Sex Predators), CreateSpace Independent Publishing Platfor, 2015 ; Female Sex Predators:: A Crime Epidemic, CreateSpace Independent Publishing Platfor, 2015.
(16) Julius Evola, Metafisica del Sesso, Edizioni Mediterranée, 2013, p. 160 (traduction de l’auteur).
(17) Ibid.
(18) Ibid., p. 157.
(18bis) Immanuel Kant, Anthropologie d’un point de vue pragmatique, précédé de Michel Foucault ; Introduction a L’anthropologie, Vrin, Bibliothèque Des Textes Philosophiques, 2008, p. 240.
(54) Maurice Magendie, op. cit., p. 238.
(19) Christoph Steding, Das Reich und die Krankheit der europäischen Kultur, Hanseatische, 1942. La thèse de Steding, résumée par J. Evola (Cavalcare la tigre: Orientamenti esistenziali per un’epoca della dissoluzione, Edizoni Mediterranee, 2013 [traduction de l’auteur]), est que « la culture présente a son point de départ dans la dissociation, la neutralisation, l’émancipation et l’absolutisation de domaines particuliers, qui ont donc cessé d’être les parties plus ou moins organiques d’un tout ». Voir, au sujet de la culture moderne en général, « Chevaucher le tigre ».
Même si ce n’est pas ici le lieu de déterminer les origines intellectuelles de la culture moderne et de cette compartimentation des connaissances dans des domaines de plus en plus spécialisés qui la caractérise, nous dirons qu’elles sont à rechercher avant tout dans les courants de pensée fondés sur le rationalisme et le matérialisme, qui, aussi contradictoire que cela puisse paraître, plongent pour beaucoup leurs racines dans l’occultisme (voir, au sujet des liens étroits entre les grands scientifiques de la Renaissance et les sciences occultes, Egil Asprem, Scientific Rationalism, Occult Empiricism? Representations of the Micro-Physical World, Ca. 1900, Conférence « Looking Through the Occult: Instrumentation, Esotericism, and Epistemology in the 19th Century », Humboldt University, Berlin, 14-16 novembre 2013, http://www.academia.edu/7338512/Scientific_Rationalism_Occult_Empiricism_Representations_of_the_Micro-Physical_World_Ca._1900 ; voir, au sujet des Lumières et de l’occultisme, Paul Kleber Monod, Solomon’s Secret Arts: The Occult in the Age of Enlightenment, Yale University Press, New Haven et Londres, 2013 ; une bibliographie sur le sujet est fournie dans History of Hermetic Philosophy and Related Currents. Report, Universiteit van Amsterdam, 2013, http://www.amsterdamhermetica.nl/wp-content/uploads/2015/02/REPORT-2013.pdf ; voir aussi, au sujet du sous-sol ésotérique du modernisme, John Bramble, Modernism and the Occult, Palgrave Macmillan, 2015).
Du reste, la matière elle-même « est principe de division et multiplicité pure » (René Guénon, La Crise du monde moderne, Gallimard, coll. « idées », 1946, p. 132). Historiquement, l’émergence de la culture moderne, favorisée par la vulgarisation des doctrines matérialistes et rationalistes dans l’enseignement humaniste, puis dans l’instruction utilitariste, a été accompagnée par la formation d’expressions comme celle d’« aristocratie des lumières » (Auguste Comte, Cours de philosophie positive, 2e éd., vol. 4, J. B. Baillière et fils, Paris, 1864, p. 61), d’« aristocratie de l’esprit » (Jean Gabriel Peltier, Histoire de la révolution du dix Aoust 1792, vol. 2, Londres, 1795, p. 238), d’« aristocratie naturelle » ou d’« aristocratie de l’intelligence », expressions toutes typiques du culte superstitieux de la « pensée » [, qui] appartient en propre à la civilisation bourgeoise… » (Julius Evola, « Sull’essenza e la funzione attuale dello spirito aristocratico », in Lo Stato, n° 10, octobre 1941 ; 2e éd., in Gerarchia e democrazia, Edizioni di Ar, Padoue, 1970 [traduction de l’auteur]).
(20) « … par là même qu’elle n’est que potentialité absolument « indistinguée » et indifférenciée, la substance universelle [materia prima] est le seul principe qui puisse être dit proprement « inintelligible », non pas parce que nous sommes incapables de la connaître, mais parce qu’il n’y a effectivement rien à connaître en elle » (René Guénon, Le règne de la quantité et les signes des temps, Les Éditions Gallimard, coll. « idées », Paris, 1945, p. 24) et la femme, manifestation de la materia secunda, qui est à son tour une manifestation de la materia prima, hérite de son inconnaissabilité.
(21) Que le terme de « discrimination », synonyme de « discernement », de « différenciation », faculté sans laquelle il ne saurait être question d’intelligence, en soit venu à prendre le sens péjoratif qui est aujourd’hui le sien dans les sciences dites sociales et dans la science juridique en dit long sur l’intelligence de ceux qui l’emploient dans ce sens.
(22) Un communiqué de presse des Nations-Unis en date du 21 janvier 2011 était intitulé « Les Rapports de la Finlande, pays de rêve pour les femmes ».
(23) Pasi Malmi, Discrimination Against Men Appearance and Causes in the Context of a Modern Welfare State, Acta Universitatis Lapponiensis, vol. 157, Lapin Yliopisto, Rovaniemi. https://lauda.ulapland.fi/bitstream/handle/10024/61748/Pasi_Malmi_väitöskirja.pdf?sequence=1.
(24) Voir Max Gallo, Dictionnaire amoureux de l’Histoire de France, Plon, Paris, 2011. Plusieurs thèses s’affrontent quant à l’origine de l’amour courtois. Certains croient la trouver dans les thèmes de la poésie arabe du IXe siècle et plus particulièrement chez le juriste iranien zâhirite et poète de langue arabe Ibn Dawud (868 – 909), chez le poète, historien, juriste, philosophe et théologien musulman Ibn al-Hazm (994-1064) (Rachel Arié, Ibn Hazm et l’amour courtois, Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, n° 40, 1985. Al-Andalus Culture et société [p. 75-89] ; voir aussi Richard Lemay, À propos de l’origine arabe de l’art des troubadour, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 21ᵉ année, n° 5, 1966 [p. 990-1011]), avec l’œuvre desquels put se familiariser au cours de la première croisade (1095-1099) « le premier en date des troubadours », Guillaume IX d’Aquitaine, dont la première épouse, Ermengarde d’Anjou et ses petites-filles, Aliénor d’Aquitaine et Marie de Champagne, ne furent pas étrangères à la propagation de l’idéologie courtoise (voir Reay Tannahill, Sex in History, Hamish Hamilton, Londres, 1980, p. 266-7). Cette thèse est solide et ne s’effondrerait même pas, si, comme l’affirment certains provencialistes, les premiers poèmes courtois de Guillaume remontaient à une époque précédant sa participation à la première croisade, poèmes qu’ils sont cependant incapables de produire ; elle ne s’effondrerait pas, car, comme nous le verrons plus bas (note 94), si les thèmes de l’amour courtois sont d’origine arabe, ils n’ont pas nécessairement été rapportés du Levant par des croisés, ils ont pu être apportés dans les cours du sud de la France par des artistes arabes.
D’autres font dériver la fin amors plus particulièrement de la poésie arabo-andalouse (E. Lévi-Provençal, Les troubadours et la poésie arabo-andalouse, La pensée de midi 2000/1, n° 1, p..20-25). Selon Denis de Rougemont, la fin amors est issue de l’hérésie cathare et constitue une contestation du mariage. Selon René Nelli (L’Erotique des Troubadours, t. 1, U.G.E., Paris, 1974, p. 36). D’autres encore y voient une version profane de tels ou tels motifs chrétiens (culte marial, martyriat, mystère de la Rédemption, etc.) ; une variante de l’« hypothèse cléricale » est que le devoir courtois d’obéissance du chevalier envers sa « dame » aurait été calqué sur une particularité de la hiérarchie de l’Ordre et de l’Abbaye de Fontevrault : la soumission, voulue par leur fondateur, Robert d’Arbrissel, des moines à l’abesse ((Jean-Marc Bienvenu, L’étonnant fondateur de Fontevraud, Robert d’Arbrissel, Nel, Paris, 1981, p. 7. Seuls les hommes travaillaient à l’abbaye de Fontevraud [ibid., p. 86]) ; voir, pour un examen critique des principales théories sur les origines de l’amour courtois, Roger Boase, The Origin and Meaning of Courtly Love: A Critical Study of European Scholarship, Manchester University Press, Manchester et Rowman et Littlefield, Totowa, 1977, chap. 2 : Theories on the Origin of Courthy Love ; il est à noter, au sujet de l’hypothèse « matriarco-chevaleresque », que toutes celles qui sont examinées dans cet ouvrage et dont nous venons de rappeler les principales renvoient à un fond matriarcal.
(25) La désignation d’« amour courtois » a été forgée par le philologue romaniste et médiéviste Gaston Paris (1839-1903) dans les années 1880. « Fin amors » était le terme employé au « Moyen-Âge » pour désigner cette attitude.
(26) “Courtoisie (de courtois)”. Larousse.fr. Récupéré à partir de http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/courtoisie/38028#ugPMXGtF0R85cw7q.99.
(27) Voir Jean-Marie Goulemot, « Démons, merveilles et philosophie à l’Âge classique », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 35ᵉ année, n° 6, 1980 [p. 1223-1250].
(28) Florian Biedermann, « Amour courtois ou ironie, L’exploitation de la fin’amor dans « Le Chevalier de la Charrette » », Travail de littérature française présenté pour le Prix d’Excellence 2012 de l’Université de Neuchâtel, p. 6-7.
(29) Jean Frappier, « Vue sur les conceptions courtoises dans les littératures d’oc et d’oïl au XIIe siècle », in Cahiers de civilisation médiévale, 2e année (n°6), avril-juin 1959 [p. 135-156], p. 135.
(30) Antoni Furio, « Les deux sexes ou l’imaginaire du Mâle Moyen Âge (Espagne) », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 8, 1998, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/clio/317, consulté le 13 décembre 2017.
(31) Eugène Baret, De l’Amadis de Gaule et de son influence sur les mœurs et la littérature au XVIe et au XVIIe siècle, 2e éd., revue, corrigée et augmentée, Firmin-Didot Frères, Fils et Cie, Paris, 1873, p. 7.
(32) Noël Des Vergers, Léon Renier et Édouard Carteron (sous la dir.), Complément de l’Encyclopéd́ie moderne, t. 2, Firmin-Didot Frères, Fils et Cie, Paris, 1856, p. 205.
(33) Ibid., p. 207-208.
(34) Voir Georges Gougenheim, Des mots et des hommes : Une histoire vivante du langage, du latin à l’époque moderne, Presses de la Cité, coll. « Omnibus », 2015.
(35) Centre de recherche du château de Versailles, « Aux sources de l’étiquette à la cour de France (XVIe-XVIIIe siècles) », https://chateauversailles-recherche.fr/francais/ressources-documentaires/corpus-electroniques/corpus-raisonnes/l-etiquette-a-la-cour-de-france. « Dans les Cours d’amour, les troubadours discutaient entre eux des questions relatives à l’amour, les nobles venaient ouïr les définitions et sentences d’amour prononcées par les dames » (Baptiste-Honore-Raymond Capefigue, Les Cours d’amour : les comtesses et châtelaines de Provence, Amyot, 1863, p. 49, note 1). C’est plus ou moins dans le même esprit que fut fondée en 1400, à l’initiative de Louis de Bourbon et de Philippe le Hardi, la Cour amoureuse, qui, placée sous le patronage de Charles VI (Arthur Piaget, « La cour amoureuse de Charles VI », in Romania, t. 20, n° 79, 1891 [p. 417-454]), rassemblait « des nobles, des ecclésiastiques, des bourgeois et des humanistes, réunis pour célébrer les dames et les sentiments qu’elles inspiraient, sous forme de jeux poétiques et de chansons, à l’instar des chambres de rhétorique » (Pierre Cockshaw, Pierre Jodogne, Frank Olaf Büttner, Thérèse Glorieux-De Gand, Jacques Lemaire, Michael McCormick et Emile Van Balberghe, « Bulletin codicologique », in Scriptorium, t. 37, n° 2, 1983 [p. 99-192], p. 425.
(36) Léon de Laborde (comte), La Renaissance des arts à la cour de France, t. 1 : peinture, L. Potier, Paris, 1850, p. x-xi.
(37) Noël̈ Des Vergers, Léon Renier et Édouard Carteron (sous la dir.), op. cit., p. 209.
(38) Léon de Laborde (comte), op. cit., p. xi-xii.
(39) Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, t. 3, Charpentier, Paris, 1855, p. 7.
(40) Léon de Laborde (comte), op. cit., p. xi-xii.
(41) Eugène de La Gournerie, Histoire de François Ier et de la renaissance. Alfred Mame et Fols, Tours, 1872, p. 158.
(42) Cité in « Étiquette », in A. Chérule, Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, vol. 1, L. Hachette et Cie, Paris, 1855, p. 380.
(43) Béatrix Saule, « Insignes du pouvoir et usages de cour à Versailles sous Louis XIV », in Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], 2005, mis en ligne le 18 juillet 2007, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/crcv/132, consulté le 16 décembre 2017 ; Daria Galateria, L’Étiquette à la cour de Versailles, Le manuel du parfait courtisan, traduit de l’italien par Françoise Antoine, Flammarion, 2017.
C’est dans une lettre de 1576-77 (Lettre de Catherine de Médicis à son fils, Paris, Archives nationales, KK 544 fol. 1r°-7r°) que la reine mère enjoignit à Henri III de tenir une cour, en lui prodiguant une infinité de conseils à cette fin. Elle lui fit également un emploi du temps, qu’il devait suivre à tout prix (Léa Sangiorgio, « Rituels monarchiques en France (1515-1789) : un discours constitutionnel ? », p. 15). Dans l’établissement de ce cérémonial, Henri III put être « influencé par le cérémonial observé dans les cours européennes visitées pendant l’été de 1574, en particulier celle de l’empereur, mais la connaissance du cérémonial anglais est également l’une des sources de sa réflexion » (Nicolas Le Roux, « La cour dans l’espace du palais. L’exemple de Henri III ». In M.-F. Auzepy et J. Cornette (sous la dir.), Palais et Pouvoir, de Constantinople à Versailles, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2003, p. 229-267. Article édité en ligne sur Cour de France.fr le 1er avril 2008) ; elle l’est notamment dans tout ce qui y a trait au contrôle de l’expression des sentiments et des gestes. Ainsi, dans l’Angleterre de la fin du « Moyen-Âge », les danses de cour étaient caractérisées par un style « artificiel et retenu », imputable à « l’influence des sentiments et des attitudes artificiels de l’amour courtois » (Frances Rust, Dance In Society, Routledge & Kegan Paul, Londres, 1969, p. 38).
(44) Léa Sangiorgio, op. cit., p. 15.
(45) Eric Thierry, « L’Amour à la Cour des Rois de France au XVIe siècle. Étude d’un aspect de l’histoire amoureuse de Villers-Cotterêts », in Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie de l’Aisne. Mémoires, t. XXXI, 1986 [p. 169-178], p. 171.
(46) Norbert Elias, La société de cour, Flammarion, coll. « Champs Essais », 2008, 4e de couverture.
(47) Cité in Jacques Dalarun et Patrick Boucheron (sous la dir.), Georges Duby, portrait de l’historien en ses archives, Gallimard, coll. « Hors série Connaissance », Paris, 2015.
(48) Dans un libelle diffusé au début de l’année 1589 intitulé Choses horribles contenues en une lettre envoiée à Henri de Valois par un enfant de Paris le 28 janvier 1689, le roi est accusé d’avoir libéré « tous les « sorciers, enchanteurs et autres demnateurs », puis de les avoir autorisés à ouvrir des écoles et à se tenir dans son cabinet, si bien qu’ils lui ont donné un esprit familier nommé Teragon, anagramme par inversion de Nogaret. L’emploi de la figure du boustro- phédon traduit rhétoriquement la thématique de l’inversion. Ce Teragon est « un diable d’enfer, figuré en homme » qui s’est fait présenter au roi par les sorciers et les enchanteurs du Louvre. Henri III lui a donné son âme après l’avoir fait coucher dans son lit et laissé toute la nuit sa main dans la sienne, en gardant un anneau sur le nombril, dans la pierre duquel son âme est désormais « figurée ». Pour cacher l’identité du démon, le roi l’a « mis en parenté d’un nommé de la « , lequel a pourtant juré qu’il n’est pas son frère. La nature démoniaque de Nogaret/Teragon a été découverte par ses maîtresses et sa femme, qui peuvent certifier qu’il « n’est point un homme naturel, pour ce que son corps est trop chaud et bruslant »» (Nicolas Le Roux, La faveur du roi : mignons et courtisans au temps des derniers Valois, Champ Vallon, coll. « Époques », Seyssel, 2000, p. 666).
(49) Maurice Magendie, La politesse mondaine et les théories de l’honnêteté, en France au XVIIe siècle, de 1600 à 1660, vol. 1, Slatkine Reprints, Genève, 1993, p. 11.
(50) Maurice Magendie, op. cit., p. 51-52.
(51) Ibid., p. 52.
(52) Charles Sorel, préface et notes Émile Colombey, La Vraie Histoire comique de Francion (1623), A. Delahays, 1858, p. 129.
(53) Maurice Magendie, op. cit., p. 88.
(53b) Immanuel Kant, op. cit., p. 120.
(54) Maurice Magendie, op. cit., p. 120.
(55) Ibid., p. 122-123.
(56) Cité in ibid., p. 125.
(57) Astrid Van Assche, « Les ‘lumières’ du XVIIe siècle : Représentation de la femme dans la correspondance galante », in Lumière(s), Villeneuve d’Ascq, IRHiS–Institut de Recherches Historiques du Septentrion (« Histoire et littérature de l’Europe du Nord-Ouest », n° 53), 2016 [En ligne], consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/hleno/649, consulté le 16 décembre 2017.
(58) Danielle Haase-Dubosc, « Intellectuelles, femmes d’esprit et femmes savantes au XVIIe siècle », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 13, 2001, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/clio/133, consulté le 10 décembre 2017.
(59) Au sujet des ruelles, qui se mirent à abonder dans les années 1660, Somaize écrit : « … ces sortes de femmes appellées Pretieuses, apres avoir esté dans les tenebres, & n’avoir jugé des vers & de la Prose qu’en secret, commencèrent à le faire en public, & que rien n’était plus approuvé sans leurs suffrages. Cette puissance qu’alors elles usurpèrent, s’est depuis augmentée, & elles ont porté si loin leur Empire, que non contentes de jugerdes productions d’esprit de totu le monde, elles ont voulu se mesler elles-mesmes d’écrire… » (Antoine Baudeau de Somaize, Le dictionnaire des précieuses, nouvelle éd., vol. 1, P. Jannet, Paris, 1856, p. 22).
(60) Danielle Haase-Dubosc, op. cit.
(61) Roger Lathuillère, op. cit. p. 143.
(62) J.-A. de Ségur (vicomte de), Les femmes, leur condition et leur influence dans l’ordre social, nouvelle éd., vol. 2, Thiériot, Paris, 1828, p. 268.
(63) Voir Robert Muchembled, La société policée – Politique et politesse en France du XVIe au XXe siècle, Editions du Seuil, Coll. « L’Univers historique », Paris, 1998 ; Maurice Magendie, op. cit., 5e partie.
(64) Roger Lathuillère, La préciosité : étude historique et linguistique, 2e éd., t. 1, Droz, Genève, 1969, p. 652.
(65) Méré, Œuvres, III, p. 70 : de la vraie honnêteté. Cité in Roger Lathuillère, op. cit., p. 590.
(66) Jacques Wettstein, « Mezura », l’idéal des troubadours : son essence et ses aspects, Slatkine Reprints, Genève, 1974, chap. 2 : L’idée de mesure dans l’idéal courtois. Le sens de « mezura », est le même que celui de « mesure », dans la pensée chrétienne, où « mesure » et raison ne font qu’un.
(67) Gonzague de Reynold, Synthèse du XVIIe siècle: la France classique et l’Europe baroque, Editions du Conquistador, 1962, p. 252.
(68) Emmanuèle Baumgartner, Adelin Charles Fiorato et Augustin Redondo, Problèmes interculturels en Europe, XVe-XVIIe siècles : moeurs, manières, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, 1998, p. 117.
(69) Méré, op. cit., p. 93-94. Cité in Roger Lathuillère, op. cit.
(70) Cité in Dominique Picard, Politesse, savoir-vivre et relations sociales, PUF, coll. « Que sais-je ? », n° 3380, 2014. « L’honnête homme n’est ni François ni Allemand, ni Espagnol ; il est citoyen du monde, sa patrie est partout », pouvait-on encore lire au début du XVIIIe siècle dans la Bibliothèque contenant un amas curieux de sentences de morale de Claude du Bruillard-Coursan (chez Pierre Husson, 1702, p. 156). La sentence en question est de Savinien de Cyrano de Bergerac (« Lettre contre les frondeurs » (1651). Cité in Jean-Philippe Debleds, La Parallaxe de Mercator, vol. 2, thebookedition, p. 215). Au milieu du XVIIIe, le vicomte de Bollingbroke (Henry St. John Bolingbroke, Le Siècle politique de Louis XIV, 1753, s. l., p. 296) pontifiait à l’identique.
(71) Julius Evola, Sintesi di dottrina della raza, Hoepli, Milan, 1941, p. 92. L’amant courtois, ancêtre de l’« honnête homme », de l’« homme mêlé », a pu l’être, « mêlé », dans le sens racial. En effet, « Guillaume VII, père du premier troubadour, avait ramené des captifs d’une campagne militaire en pays maure. Après la prise de Barbastro (1064), mille jeunes prisonnières sarrasines sont rapportées comme butin et réparties entre les chefs chrétiens. Elles devinrent concubines et musiciennes. En entendant le chant mélancolique d’une belle esclave, la légende raconte que Guillaume IX enfant se serait épris des mélodies arabes… D’ailleurs, les troupes de jongleurs et de musiciens étaient souvent composées d’artistes juifs, musulmans et chrétiens, capables de chanter indifféremment en roman ou en arabe. Le chant provençal devra beaucoup, quant à sa forme, au célèbre Jezal. En écoutant la musique des troubadours et de l’Espagne métissée, on ressent la passion retenue d’un monde antique, sensuel et grave, qui rappelle l’ardeur des contes des Mille et Une Nuits » (Emmanuel-juste Duits, L’autre désir : du sadomasochisme à l’amour courtois, Editions la Musardine, Coll. « L’Attrape-corps », 2000). « L’arrivée massive de musulmans arabophones en France [un chroniqueur arabe parle de « quinze cents jeunes filles » [cité in Lynn Tarte Ramey, Christian, Saracen and Genre in Medieval French Literature, Routledge, 2014, p. 20] […] ne put pas ne pas avoir de conséquences sur la toute jeune littérature française » (ibid) et a fortiori sur le paysage racial du jeune royaume.
(72) Maurice Magendie, op. cit., p. 940.
(73) Philippe Caron, Des « belles lettres » à la « littérature » : une archéologie des signes du savoir profane en langue française (1680-1760), Editions Peeters, Louvain et Paris, 1992, p. 267.
(74) Voir Catalogue d’une partie de la bibliothèque de M. L.-C. Deneux, p. 17 et sqq., J. Techener, Paris, 1844.
(75) Alain Montandon (éd.), L’Honnête homme et le dandy, Gunter Narr verlag, Tübingen, 1993, p. 13.
(76) Joël Meyniel, Univers salonnier de Madame Geoffrin (1741-1777), Éd. Émotion primitive, 2008, p 30.
(77) Voir Anne-Madeleine Goulet, Poésie, musique et sociabilité au XVIIe siècle : les Livres d’airs de différents auteurs publiés chez Ballard de 1658 à 1694, Honoré Champion éditeur, 2004, p. 588
(78) Marguerite Glotz et Madeleine Maire, Salons du XVIIIe siècle, NEL, Paris, 1949, p. 12.
(79) Ibid., p. 13.
(80) Voir Rita El Khayat et Abdelkebir Khatib, Correspondance ouverte, Marsam, 2005.
(81) Charles-François Menville, Histoire médicale et philosophique de la femme, t. 2, Amyot et Labé, Paris, 1845, p. 247.
(82) Cité in Marguerite Glotz et Madeleine Maire, op. cit., p. 12.
(83) Ibid.
(84) Ulrich Drüner Olivier Cariguel et Richard Millet, Revue des Deux Mondes juillet août 2017 : « Quand l’amour change le cours de l’histoire, entretien avec Emmanuel de Waresquiel : ‘Les révolutionnaires ne supportaient pas le pouvoir des femmes de la noblesse' », in Revue des Deux Mondes, 2017.
(85) Voir Antoine Lilti, Le monde des salons : Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle, Fayard, 2005.
(86) Antoine Lilti, Le monde des salons : Paris au XVIIIème siècle, 6 Mars 2006, http://wodka.over-blog.com/article-2064133.html
L’article que est dédié à la politesse dans l’Encyclopédie précise que, « alors que la civilité est destinée aux personnes de condition inférieure, et correspond à des règles arbitraires dictant des attitudes extérieures, la politesse, associée au monde et aux gens de la cour, est définie de façon toute aristocratique comme l’association d’une « disposition naturelle et de « l’usage du monde »» (voir Antoine Lilti, « Sociabilité et mondanité : Les hommes de lettres dans les salons parisiens au XVIIIe siècle », in French Historical Studies, série 28, n° 3, 2005, [p. 415- 445], p. 432-433).
(87) Voir Philippe Raynaud, La politesse des Lumières : les lois, les mœurs, les manières, Gallimard, Paris, 2013.
(88) Un des conseils que donnent les traités de politesse puérils, conseil qui fut formulé d’abord par Plutarque et, semble-t-il, avant lui, par le stoïcien Chrysippe de Soles, est que « [e]n apprenant précocement à gouverner son extérieur dans la civilité la plus formelle, on apprend à gouverner son intérieur » (Bernard Jolibert, « La politesse et l’éducation à la civilité », [en ligne]). Or, c’est tout le contraire qui est vrai. Il faut d‘abord être parvenu à se gouverner intérieurement, selon des normes qui n’ont rien à voir avec celles de la « politesse », pour pouvoir se gouverner extérieurement.
(89) Cité in Marguerite Glotz et Madeleine Maire, op. cit., p. 70.
(90) Ibid, p. 69.
(91) Clarisse Coulomb, « L’exclusion des salons ou la mise à mort sociale : L’exemple de Grenoble dans la seconde moitié du xviiie siècle », in Katia Béguin et Olivier Dautresme (dir.), La ville et l’esprit de société, PUFR, coll. « Perspectives « Villes et Territoires » », Tours, 2004.
(92) Voir Norbert Elias, La Civilisation des mœurs, traduction de Pierre Kamnitzern, Calmann-Lévy, 1973 ; idem, La Dynamique de l’Occident, traduction de Pierre Kamnitzern Calmann-Lévy, 1975. Le point faible de la thèse du sociologue allemand est de passer complètement à côté du rôle essentiel qu’a tenu la femme dans le « processus de civilisation ». Sur la ressemblance entre le « processus de civilisation » et le processus psychanalytique, voir http://www.revue-interrogations.org/La-civilisation-des-moeurs-selon ; sur l’importance du roman et en particulier de La princesse de Clèves dans la modification de la sensibilité et du comportement social en quoi a consisté le « processus de civilisation », voir Anne Löcherbach, « La Princesse de Clèves et le processus de civilisation », Pratiques, 151-152, 2011, mis en ligne le 13 juin 2014, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/pratiques/1802, consulté le 10 décembre 2017. Voir aussi Claudine Haroche, « Retenue dans les mœurs et maîtrise de la violence politique. La thèse de Norbert Elias », Cultures & Conflits [En ligne], 09-10, printemps-été 1993, mis en ligne le 4 mas 2005, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/conflits/239, consulté le 12 décembre 2017.
(93) Cité in Alix Ducret, Les femmes et le pouvoir dans l’histoire de France, Studyrama, 2007, p. 45.
(94) Florian Biedermann, op. cit., p. 6.
(95) Ernest Seillière, Les origines romanesques de la morale et de la politique romantiques, La Renaissance du Livre, Paris, 1920, p. 54.
(96) Eugène Baret, op cit., p. 8.
(97) Voir Philippe Walter, Naissances de la littérature française, IXe-XVe siècle, ELLUG, Grenoble, 1993.
(98) Ernest Seillière, op. cit., p. 55.
(99) Voir, au sujet de l’héritage des femmes dans les régions du sud de la France au début du deuxième millénaire de notre ère, Eliana Magnani. « Douaire, dot, héritage : la femme aristocratique et le patrimoine familial en Provence (fin Xe – début XIIe siècle) », in Provence Historique, Fédération historique de Provence – FHP, 1996, 46 [p. 193-209], consultable à l’adresse suivante : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01456342/document, consulté le 12 décembre 2017 ; en Angleterre, les droits patrimoniaux de la femme se développèrent surtout à partir du XIIIe siècle (Michael Phifer, Women’s Property Rights on the Eve of the Black Death: A Preliminary Investigation, http://aalt.law.uh.edu/AALT6/Pubs/WomPropRts.pdf ; voir en particulier la note 30.
(100) Ernest Seillière, op. cit., p. 55.
(101) Ibid., p. 55-56.
(102) Margaret C. Schaus, Women and Gender in Medieval Europe: An Encyclopedia, Taylor & Francis, 2006, p. 641.
(103) Voir Stéphanie Félicité de Genlis (comtesse de), De l’influence des femmes sur la littérature française, Lecointe et Durey, Paris, 1826.
La thèse qui a longtemps prévalu est qu’Aliénor d’Aquitaine, nièce de Guillaume IX, duc d’Aquitaine et comte de Poitiers et premier troubadour, introduisit la littérature courtoise et, avec elle, les mœurs et les coutumes de son pays d’origine, un des premiers foyers de l’amour courtois, d’abord à la cour de France, une fois mariée à Louis VII, puis à la cour d’Angleterre, une fois remariée à Henri II et que ses filles, Marie à la cour de Champagne et Alix à la cour de Blois, en firent de même, avant que la courtoisie ne se répande rapidement dans la plupart des cours d’Europe à la faveur des mariages de leurs filles ou de leurs parentes (voir Edmond-René Labande, « Les filles d’Aliénor d’Aquitaine : étude comparative », in Cahiers de Civilisation Médiévale, 1986, 29-113-114 [p. 101-112]).
Le rôle que jouèrent Aliénor d’Aquitaine, ses filles et les autres femmes de sa famille dans la diffusion de la littérature courtoise et le style de vie qui y est lié, sans doute surestimé par les historiens du XIXe et du début du XXe siècle, est peut-être sous-estimé, depuis les travaux de Georges Duby sur la question, par les historiens actuels (voir, par exemple, Rita Lejeune, « Rôle littéraire de la famille d’Aliénor d’Aquitaine », in Cahiers de civilisation médiévale, 1re année, n° 3 juillet-septembre 1958 [p. 319-337] ; Laurence Moulinier, « Aliénor et les femmes savantes du XIIe siècle », in Arts, recherches et créations, 303, juin 2004, Hors série Aliénor d’Aquitaine, p. 142-149).
(104) Ernest Seillière, op. cit., p. 69.
(105) Voir Rita Lejeune, op. cit.
(106) Pierre Mille, Le Roman français, Paris, Librairie de Paris, Firmin-Didot et Cie, 1930, p. 12.
(107) Ernest Seillière, op. cit., p. 74-75.
(108) Ibid., p. 76
(109) Ibid., p. 82-83.
(110) Ibid., p. 89.
(111) Ibid., p. 94.
(112) Saint-Marc Girardin, op. cit., p. 2.
(113) Ibid., p. 1-4.
(114) Bussy-Rabutin (comte de), Mémoires, Mercure de France, 2010, p. 52.
(115) Ernest Seillère, op. cit., p. 102.
(116) Maurice Magendie, op. cit., p. 99.
(117) Wacyf Boutros Ghali, La tradition chevaleresque des Arabes, Plon-Nourrit et Cie, Paris, 1919, chap. : La tradition chevaleresque des Arabes.
(118) Ibid., p. 104.
(119) Ibid., p. 123.
(120) Gustave Lanson, L’art de la prose, Librairie des annales politiques et littéraires, Paris, 1908, p 204.
(121) Ernest Seillère, op. cit., p. 129.
(122) J.- M. Pelous. « Amour précieux, Amour galant (1650-1675) – Essai sur la représentation de l’amour dans la littérature et la société mondaine », in Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, n° 4, 1976 [p. 70-76], p. 71.
(123) Par exemple, les lettres du poète et prosateur Vincent Voiture à sa « belle lionne » « sont d’un « souffrant » » (voir Lebègue Raymond, « Sensibilité dans les lettres d’amour au XVIIe siècle », in Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1959, n° 11 [p. 77-85], p. 79).
(124) Ernest Seillère, op. cit., p. 141. Dans De l’Amour, « Stendhal radicalise la conception provençale de la passion amoureuse en faisant de celle-ci une force qui ronge littéralement le corps de l’amant et le conduit à la mort ». De la vie de Guillaume Balaon il ne retient que l’épisode où le roubadour se mutile à la demande de sa dame (Moussa Sarga. « La tradition de l’amour courtois dans De l’amour et dans La Chartreuse de Parme de Stendhal », in Romantisme, 1996, n° 91. Corps et Âme [p. 53-65], p. 57). Deux siècles plus tôt, les relations de l’amant avec sa dame sont présentées sous des couleurs sadomasochistes dans L’Hécatombe à Diane (1873-1892) du poète baroque Théodore Agrippa d’Aubigné (1552- 1630). « Un élément naturel, le corps de l’amant, est distribué en objets artificiels dont la dame se vêt (la peau devenant le cuir des gants), avec lesquels elle se maquille (le sang se transformant en vermillon), grâce auxquels elle se parfume et s’embellit (les cendres produisant l’ambre gris, le baume précieux et la poudre de Cipre), sur lesquels elle se délasse (les cheveux et les os faisant l’armature et le matelas du lit), avec lesquels elle s’occupe (le cœur devenant coussinet pour les épingles) ou se divertit (les nerfs participant à la fabrication du luth). Le don suppose donc comme étape préliminaire le dépouillement, la mise à nu, l’agressivité contre soi-même » (Patricia Eichel-Lojkinen Excentricité et Humanisme, Droz, Genève, 2002, p. 273).
(125) Pierre Mille, op. cit., p. 34.
(126) Ibid., p. 120.
(127) Maurice Bardèche, Balzac, Romancier, Slatkine, 1967, p. 72.
(128) Pierre Mille, op. cit., p. 48.
(129) Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, Charpentier, 1889 (nouvelle éd.), p. v.
(129bis) Voir, au sujet des excroissances hollywoodiennes du mythe courtois de Tristan et Yseult, Denis de Rougemont, L’Amour et l’Occident, Paris, 10/18, 2001, p. 303-306, ouvrage célèbre sur lequel nous ne nous sommes pas appuyés ici, car, même s’il est à créditer d’analyses fort pertinentes, le caractère foncièrement gynocentrique de l’amour courtois lui a complètement échappé.
(130) Julius Evola, « Le ragazze italiane », in Il Roma, 24 août 1952.
(131) Eugène Baret, op. cit., p. 12. Voir, au sujet de l’influence exercée par l’amour courtois sur les mœurs au XIIe siècle, Reto Roberto Bezzola, Les Origines et la formation de la littérature courtoise en occident (500-1200), H. Champion, 1966, qui, entre autres points intéressants, met en avant que les cours du nord de la France restèrent longtemps étrangères aux valeurs égalitaires de l’amour courtois. (voir Micha Alexandre, « Reto R. Bezzola. — Les origines et la formation de la littérature courtoise en Occident (500-1200), 3e p. : La société courtoise : littérature de cour et littérature courtoise », in Cahiers de civilisation médiévale, 7e année, n° 26, avril-juin 1964 [p. 187-189]). Même les historiens qui spéculent que « l’amour courtois […] n’a pas existé, sinon métaphoriquement », estiment qu’il « a malgré tout signifié et créé une certaine promotion de la femme » (Jacques Le Goff, « La déférence a-t-elle existé au Moyen Âge ? », in Communications, 69, 2000. La déférence [p. 27-36], p. 30.
(132) Jean Flori, « L’éclairage : les règles de l’amour courtois ». Lhistoire.fr. Récupéré à http://www.lhistoire.fr/léclairage-les-règles-de-lamour-courtois.
(133) Bernard O’Donoghue, The Courtly Love Tradition, Manchester University Press, Manchester et Barnes and Noble, Totowa, NJ,1982, p. 13 et sqq.
(134) Eugène Baret, op. cit., p. 12.
(135) Dès le XIIe siècle au moins, donc, les femmes « pouvaient hériter de certains fiefs, qu’on appelait pour ce motif fiefs féminins. Le pape Innocent III, qui régna de 1198 à 1216, reconnaît que les femmes françaises, qui héritaient d’un fief y avaient droit de juridiction : Selon une coutume approuvée, qui est tenue pour loi dans les contrées gallicanes , les femmes investies de grands fiefs exercent envers leurs sujets la juridiction ordinaire. D’après les Assises de Jérusalem, la femme héritait de préférence aux enfants… » (« Succession », in Adolphe Chéruel, Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, 2e partie, L. hachette et Cie, Paris, 1855, p. 1176)
(136) Voir « Littérature française du Moyen âge. La littérature courtoise du XIe au XVe siècle », http://www.cosmovisions.com/litterature-courtoise.htm#oZIl0QKs6UuDhPzh.99.
(137) Antoni Furio, op. cit.
(138) Cité in Joachim De Dreux-Brézé, Femme, ta féminité fout le camp !: Sur une lecture masculine du Deuxième Sexe, L’Harmattan, coll. « questions contemporaines », 2006, p. 20.
(139) M. W. Duckett (sous la dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture : t. 5, Bat-Bes., Paris, Belin-Mandar, 1833, p. 84.
(140) Clarisse Bader, La femme française dans les temps modernes, chap. 4, Didier et Cie, Paris, 1883.
(141) Jean-Charles Poncelin de La Roche-Tilhac, Choix d’anecdotes, 3e éd., t. 3, Paris, 1803, p. 128.
(142) Montesquieu, Œuvres de Montesquieu, t. 2, 1re partie, A. Belin, 1817, p. 263.
(143) Edmond de Goncourt et ‎Jules de Goncourt, La femme au XVIIIe siècle, nouvelle éd., revue et augmentée, G. Charpentier, Paris, 1882, p. 373-374. Les Goncourt ajoutent : « Régnant-dans l’État, la femme est maîtresse au foyer. Le pouvoir du mari lui est soumis comme le pouvoir du Roi, comme le pouvoir et le crédit des ministres. Sa volonté décide et l’emporte dans les affaires domestiques comme dans les affaires publiques. La famille relève d’elle l’intérieur semble être son bien et son royaume. La maison lui obéit et reçoit ses ordres. Des formules, inconnues jusqu’alors, lui attribuent une forte de propriété des gens et des choses de la communauté, dont le mari est exclu. Dans la langue du temps, ce n’est plus au nom du mari, c’est au nom de la femme que tout est rapporté c’est au nom de la femme que se fait tout le service on va voir Madame, faire la partie de Madame, dîner avec Madame, on sert.le dîner de Madame, expressions nouvelles, dont la lettre suffit pour donner l’idée de la décroissance de l’autorité du mari, du progrès de l’autorité de la femme » (ibid., p. 375).
(144) A. M. Roederer (comte de), Œuvres du comte P. L. Roederer, Firmin Didot Frères, 1853, p. 375.
(145) J.-A. de Ségur (vicomte de), op. cit., p. 41-42.
(146) Voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2013/03/19/mon-nom-est-personne/. Cette hypothèse a été formulée par William Bond (« Goddess Symbolism within Freemasonry », http://www.womanthouartgod.com/wmbondfreemasonry.php).
(147) Guy Breton, Histoires d’amour de l’histoire de France, t. 1, 1991, Presses de la Cité, coll. « Omnibus », p. 1034.
(148) Même pendant la période révolutionnaire, certaines voix, il est vrai isolées, s’élèveront pour s’opposer aux empiétements de la femme sur les chasses gardées de l’homme, comme le montre cet extrait du projet de décret du Conventionnel Dupont de Bigorre : « L’homme qui épouserait une femme qui exercerait le métier des hommes perdra son droit de citoyen » (cité in Jean Bonnet, « Liberté et Egalité dans la révolution française : un équilibre équivoque », in Francis Hamon et Jacques Lelièvre (éds.), L’ Héritage politique de la Révolution française, PUL, 1997, p. 135).
(149) Bernard Jolibe, « La Révolution française et le droit des femmes à l’instruction. Résumé d’une désillusion », in Revue Expressions n° 30, décembre 2007 [p. 107-134], p. 124.
(150) Karen Offen, « Sur l’origine des mots ‘féminisme’ et ‘féministe’ », in Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 34, n° 3, juillet-septembre 1987 [p. 492-496].
(151) Voir Marguerite Thibert, Le féminisme dans le socialisme français de 1830 à 1850, M. Giard, 1926 ; voir, au sujet des « premiers combats féministes » et de l’une des premières « féministes » britanniques du XIXe siècle et de son « mari compréhensif », Florence Marie, « Josephine Butler et son époque ». In Frédéric Regard (éd.), Féminisme et prostitution dans l’Angleterre du XIXe siècle : la croisade de Josephine Butler, Lyon, ENS éditions, 2013.
(153) C. Coignet, « Le Mouvement social en Angleterre, De l’affranchissement politique des femmes », in La Revue politique et littéraire, 2e série, t. 5 (t. 10 de la collection), Paris, Germer Baillière, 1873, p. 1044.
(154) Ibid., p. 1045.
(155) Ibid.
(156) Elaine Chalus, Elite Women in English Political Life C.1754-1790, Oxford University Press, Oxford,, 2005, p. 31.
(157) Mijin Cho, British Quaker women and peace, 1880s to 1920s, thèse de doctorat, Université de Birmingham, 2019.
(158) Elizabeth Crawford, The Women’s Suffrage Movement: A Reference Guide 1866-1928, Routledge, Londres, 2003, p. 514 et sqq.
(159) Krista Cowman, « Woman, Locality and Politics in Nineteenth-Century Britain ». In Krista Cowman, Nina Javette Koefoed et Åsa Karlsson Sjögren (éds.), Gender in Urban Europe: Sites of Political Activity and Citizenship, 1750-1900, Routledge, New York, 2014, p. 212.
(160) Elaine Chalus, op. cit., p. 32.
(161) Helen Blackburn, 1842-1903 Women’s suffrage; a record of the women’s suffrage movement in the British Isles, with biographical sketches of Miss Becker, 1971, Williams & Norgate, Londres ; (rééd.) Kraus, New York, 1971, p. 17.
(162) Ann Pilcher Dayton, « Freemasony and Suffrage: the Manifestation of Social Conscience ». In Alexandra Heidle et Joannes Augustinus Maria Snoek (éds.), Women’s Agency and Rituals in Mixed and Female Masonic Orders, Brill, Leiden et Boston, 2008, p. 352.
(163) Rosario López, « Richard Cobden as a Middle-Class Hero: Public Speaking and Political Debate in Victorian Britain », in Redescriptions: Political Thought, Conceptual History and Feminist Theory, vol. 20, n° 1, printemps 2017 [p. 49-67].
(164) Vicky Randall, Women and Politics: An International Perspective, 2e éd., The University of Chicago Press, 1987, p. 209.
(165) Voir Frank Meeres, Suffragettes: How Britain’s Women Fought & Died for the Right to Vote, Amberley Publishing, Stroud, 2013.
(166) Mill fut sans aucun doute un « great man » : « Il est probable que Mill n’aurait jamais écrit Sujetion des femmes, n’eut été sa relation de vingt-huit ans avec Harriet » (John Cunningham Wood (éd.), John Stuart Mill: Critical Assessments, vol. 4, Taylor & Francis, 1991, p. 285) ; « … dans tout ce que j’ai écrit, déclare-t-il dans son autobiographie, tout ce qui est et profond appartient à ma femme » (John M. Robson et Jack Stillinger, Collected Works of John Stuart Mill: I. Autobiography and Literary Essays, University of Toronto Press, Toronto et Routledge & Kegan Paul, Londres, vol. I:, 1981, p. 365 ; Françoise le Jeune, « John Stuart Mill, un féministe sous influence », Université de Nantes – CRHIA, 2010.
(167) Jeffrey Fagan et Anglea Browne, « Violence Between Spouses and Intimates: Physical Agression Between Women and Men in Intimate relationships », in National Research Council, Understanding and Preventing Violence, vol. 3: Social Influences, The National Academies Press, Washington, DC, 1994, p. 123 ; voir aussi Mary Lyndon Shanley, Feminism, Marriage, and the Law in Victorian England, p. 159.
(168) Mary Lyndon Shanley, Feminism, Marriage, and the Law in Victorian England, Princeton University Press, Princeton, NJ, 1989, p. 159.
(169) Cité in C. Coignet,, op. cit., p. 1046.
(170) Sean Lang, Parliamentary Reform 1785–1928, Routledge, Londres et New York, 2015, p. 140-141.
(171) C. Coignet,, op. cit., p. 1046.
(172) Henri Marion, Psychologie de la femme, A. Colin, 1900, p. 295.
(173) Voir Frank Meeres, op. cit.
(174) Elizabeth Crawford, The Women’s Suffrage Movement in Britain and Ireland: A Regional Survey, Routledge, Londres et New York, p. 212.
(175) Proceedings – Isle of Man Natural History and Antiquarian Society, vol. 10, n° 4, Isle of Man Natural History and Antiquarian Society, 1995, p. 385.
(176) Carol F. Cini, « From British Womens WWI Suffrage Battle to the League of Nations Covenant: Conflicting Uses of Gender in the Politics of Millicent Garrett Fawcett », UCLA Historical Journal, 14 {p. 78-100], 1994, p. 96, note 9. « Dans les mois qui suivirent le meeting, un rapprochement eut lieu entre la NUWSS [la National Union of Women’s Suffrage Societies, dirigée par Garrett] et le Parti Travailliste. »
(177) Ann Pilcher Dayton, op. cit., p. 341-359 ; id., Women Freemasons and Feminist Causes, 1908-1935 : the Case of the Honourable Fraternity of Antient Masonry, thèse soutenue à l’université de Sheffield en 2010 sous la direction d’Andrew Prescott, février 2011, p. 130 ( http://etheses.whiterose.ac.uk/15012/1/575742.pdf), qui cite cette source maçonnique : « Il est certainement approprié qu’un ordre qui a promis de « s’efforcer sans cesse de promouvoir le bien-être de l’humanité » contribue à aider les femmes, qui considèrent l’exercice du droit de vote comme une occasion de mieux servir leur pays, d’obtenir la justice politique pour leur sexe ».
(178) Martine Monacelli et Michel Prum (sous la dir.), Ces hommes qui épousèrent la cause des femmes: dix pionniers britanniques, les Editions de l’Atelier/Editions Ouvrières, Paris, 2010, p. 21 (le livre contient par ailleurs un certain nombre d’approximations).
(179) Voir, sur tout ceci, C. Coignet, op. cit.
(180) Anderson Fix Nancy, « Bridging cross-cultural feminisms: Annie besant and women’s rights in England and India, 1874-1933 », in Women’s History Review, vol. 3, n° 4 [p. 563-580].
(181) Voir https://www.marxists.org/francais/marxaveling/works/1887/00/question%20feminine.htm.
(182) Voir Steve Moxon, The Woman Racket, éd. Électronique, Andrews UK Limited, 2012, chap. 8 : The True Sufferers for Suffrage. Votes not for men.
(183) Meri-Jane Rochelson, A Jew in the Public Arena: The Career of Israel Zangwill, Wayne State University Press, Detroit, 2008, p.146.
(184) Carole Renard, « Jewish involvement in the women’s suffrage movement in Britain: navigating multiple identities in the Diaspora », in Jewish Historical Studies, vol. 48, 2016 [p. 158-176].
(185) Paula Bartley, Emmeline Pankhurst, 1re Edition, Routledge, Londres et New York, 2002, p. 18.
(186) June Purvis, Emmeline Pankhurst: A Biography, Routledge, Londres et New York, p. 31. Pankurst prétendit plus tard en avoir été la fondatrice.
(187) Emeline Pankhurst, My Own Story, Hearst’s International Library Company, 1914, p. 38.
(188) Sandra Stanley Holton, Suffrage Days: Stories from the Women’s Suffrage Movement, Routledge, Londres et New York, 2002, p. 110.
(189) C’est à la suite des grèves de la faim que les militantes du WSPU emprisonnées entamaient systématiquement que fut passé en 1903 le Prisoners (Temporary Discharge for Ill Health) Act, communément appelé « Cat and Mouse Act », qui légalisait la grève de la faim et autorisait les autorités judiciaires à libérer le gréviste sous conditions.
(190) Pierre Grimal, Histoire mondiale de la femme: Sociétés modernes et contemporaines, Nouvelle librairie de France, 1965, p. 249.
(191) Encyclopaedia universalis : supplément, Encyclopaedia Universalis Paris, 1980, p. 1701.
(192) Voir Stephanie Hochet, Un roman anglais, Editions Payot & Rivages, Paris, 2017.
(193) Le fait qu’un billet retour ait été trouvé dans son sac après l’accident prouve que Davison n’avait aucunement l’intention de mourir en martyr, ni même de se suicider, pour la cause suffragiste, sans compter qu’il a été démontré qu’elel avait prévu de partir en vacances avec sa sœur dans un proche avenir. Vanessa Thorpe, « Truth behind The death of Suffragette Emily Davison is finally revealed’, The Guardian, 26 mai 2013, https://www.theguardian.com/society/2013/may/26/emily-davison-suffragette-death-derby-1913)
(194) « TIME 100 Persons of The Century », The Times, 6 juin 1999, http://content.time.com/time/magazine/article/0,9171,26473,00.html),
(195) « Suffragist Disturbances ». The Times, 23 novembre 1910, page 8, http://www.heretical.com/suffrage/1910tms2.html.
(196) Voir Simon Webb, The Suffragette Bombers: Britain’s Forgotten Terrorists, Pen & Sword, Barnsley, 2014 p. 118.
(197) Voir, sur le rôle des femmes anglo-saxonnes dans les campagnes de recrutement de la Première Guerre mondiale stigmatisation des hommes qui, pour une raison légitime ou non, échappèrent à la mobilisation, Suzanne Evans, Mothers of Heroes, Mothers of Martyrs: World War I and the Politics of Grief, chap. 3 : You Are All I Have To Give, War Mothers’ Stories, Rewards, and the Other Face of Loss.
(198) Paula Bartley, op. cit., p. 202.
(199) Ibid., p. 200
(200) http://c8.alamy.com/comp/ENDR0J/world-war-one-1-propaganda-poster-campaign-women-of-britain-say-go-ENDR0J.jpg.
(201) Ce qui sera reconnu deux décennies plus tard par la militante Evelyn Sharp : « Personnellement, […] je ne peux m’empêcher de regretter qu’on ait cautionné l’erreur répandue qui attribue encore quelquefois la victoire de la cause suffragiste en 1918 aux services rendus par les femmes en temps de guerre » (voir Evelyn Sharp, Unfinished Adventure: Selected Reminiscences from an Englishwoman’s Life, 1933).
(202) Frederic A. Ogg, The British Representation of the People Act, in The American Political Science Review, vol. 12, 1918, p. 499.
(203) Voir, outre l’ouvrage de Moxon, « Universal Suffrage – The True History », http://redpilluk.co.uk/UniversalSuffrage.pdf.
(204) Le Peuple, 12 avril 1849. Cité in Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, 3e éd., La Découverte, coll. « Repères », 2016.
(205) Ibid.
(206) Il existait des prud’femmes sous l’Ancien Régime. Leur rôle était de défendre les intérêts des femmes dans les corporations.
(207) Cité in « Rapport du Sénateur sur plusieurs propositions de loi tendant à accorder aux femmes l’électorat et l’éligibilité. Rapport n° 561, annexé au procès-verbal de la séance du Sénat du 3 octobre 1919), in Catherine Coutelle et délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes déposé par la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Rapport d’information sur la place des femmes en politique : Place des femmes en politique : encore un effort ! », Assemblée nationale, 20 juillet 2016, p. 30.
(208) Ibid.
(209) Ibid.
(210) Laurence Klejman, Florence Rochefort, L’Egalité en marche : Le féminisme sous la Troisième République, Des Femmes, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1989, p. 252.
(211) Louise Weiss, Ce que femme veut, Gallimard, Paris, 1946. Cité in Anne Marie Sohn, « Entre deux-guerres. Les rôles féminins en France et en Angleterre ». In Georges Duby et Michelle Perrot (sous la dir.), Histoire des femmes en Occident, op. cit., t. 5, Paris, Plon, 1992. Le proverbe dans son entier est : ce que femme veut Dieu le veut », qui signifie qu’une femme parvient toujours à obtenir ce qu’elle veut.
(212) L’article 27 de la Constitution de 1958 dispose que « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel ». Dans un dictionnaire de droit en ligne, on peut lire cette chutzpah : « La France a fait le choix du mandat représentatif qui, contrairement au mandat impératif, garantit une certaine indépendance et une liberté de vote aux élus qui ne peuvent pas être révoquer par leurs électeurs » ; l’indépendance vis-à-vis des électeurs et la liberté de voter les lois que leur suggèrent de voter les lobbies qui les sollicitent et les stipendient.
(213) Voir Rachel Hoffman, « The Age of assassination. Monarchy and nation in nineteenth-century Europe ». In Jan Rüger and Nikolaus Wachsmann (éds.), Rewriting German history, Basingstoke, 2015, p. 121–141.
(214) Voir Claire Oger, « La conflictualité en discours : le recours à l’injure dans les arènes publiques, Argumentation et Analyse du Discours », 8, 2012, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/aad/1297, consulté le 17 décembre 2017.
(215) Lucie Alexis et Jérôme Ravat, « Désactiver la violence verbale : pacification et disqualification au moyen de la politesse dans Ce soir (ou jamais !) », Semen, 40, 2015, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/semen/10390, consulté le 17 décembre 2017.
(216) Claire Oger, « Dialectique de la parole et du silence », Communication, vol. 25/1, 2006, consultable à l’adresse suivante : http://journals.openedition.org/communication/1360, consulté le 17 décembre 2017.
On constate que les témoignages de la demi-douzaine de politicardes plus ou moins françaises qui prétendent avoir été victimes d’injures à caractère sexuel de la part de leurs collègues masculins s’arrêtent tous au milieu des années 1990.
(217) Julie Bourgault, « Le harcèlement moral en France : un concept juridique subjectif-objectif ? », in Santé, Société et Solidarité, n° 2, 2006. Santé et travail [p. 109-115]. Les accusations de harcèlement sexuel qui depuis quelques années, sont portées par des personnalités féminines du monde du spectacle contre des hommes du même monde et qui permettent au médias d’orchestrer des campagnes de victimisation de la femme et de culpabilisation des hommes ont ceci d’étonnant qu’elles tendent à indiquer qu’il subsiste encore quelques hétérosexuels dans ce monde et ceci d’intéressant qu’elles révèlent l’ingratitude et la petitesse des intéressées ; il faut être bien ingrat pour accuser de viol le libidineux à qui l’on doit, plus qu’à un talent de comédienne, le succès ; bien petite, pour l’en accuser des décennies après les faits, si faits il y a, une fois que la « star » a définitivement assuré, si l’on ose dire, ses arrières.
(218) M. S. R., De la condition et de l’influence des femmes sous l’Empire et depuis la Restauration, 2e éd., Paris, Thiériot et Belin, p. 334.
(219) Incidemment, la femme sait être « manager d’hommes » en général. Il peut s’agir aussi d’une mère (George Washington), d’une marraine (Bernardin de Saint-Pierre), d’une tante (Edward Gibbon), d’une grand-mère (Racine) (voir Maurice Bloch, Les Mères des grands hommes, Ch. Delagrave, Paris, 1885), d’une femme (Danton) ou des femmes en général (Talleyrand) ou encore d’une maîtresse (Camille Desmoulins) (voir Guy Breton, Histoires d’amour de l’histoire de France, t. 1, 1991, Presses de la Cité, “ Omnibus », p. 1046-1050, p. 1083-1991, p. 1091-1999).
(220) « Les nouvelles femmes au foyer en 7 chiffres clés », 30 août 2013, http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-nouvelles-femmes-au-foyer-en-7-chiffres-cles_1366083.html. Même si, compte tenu de la baisse parallèle du nombre de mariages et de ce que le nombre de « pacsées » au foyer n’est pas connu avec précision, cette baisse est à relativiser, il reste que, depuis la Seconde Guerre mondiale, il reste que le taux de femmes actives est en forte augmentation.
(221) Voir François de Singly, Séparée : Vivre l’expérience de la rupture, Armand Colin, 2011 ; dès les années 1970, les femmes étaient en France les premières à engager une procédure de divorce ou de séparation ; aux États-Unis, dès les années 1940 ; voir aussi Anne Lambert, Des causes aux conséquences du divorce : histoire critique d’un champ d’analyse et principales orientations de recherche en France, Population, 1, vol. 64, INED, 2009 ; American Sociological Association. « Women more likely than men to initiate divorces, but not non-marital breakups. » ScienceDaily, 22 août 2015, http://www.sciencedaily.com/releases/2015/08/150822154900.htm.
(222) Bernadette Bawin-Legros, Familles, mariage, divorce : une sociologie des comportements familiaux, Pierre Mardaga éditeur, Liège et Bruxelles, 1988, p. 189.
(223) Un tiers des États-uniens sont de cet avis ; voir Marion Leturcq, « Pacs et mariages en France : une analyse économique ». In Economies et finances. Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), 2011, p. 8.
(224) Voir http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/File:Crude_marriage_rate,_selected_years,_1960-2015_(per_1_000_persons)_YB17-fr.png.
(225) Claire Lesegretain, Les chrétiens et l’homosexualité : l’enquête, Éditions Chemins de Traverse, 2001, p. 3.
(226) Centre d’Observation de la Société, « Les Français divorcent moins, mais se séparent davantage », 11 janvier 2016, http://www.observationsociete.fr/structures-familiales/couples/les-francais-divorcent-moins-mais-se-separent-davantage.html.
(227) Yuval Merin, Equality for Same-Sex Couples, The University of Chicago Press, Chicago et Londres, 2019, chap. 1.
(228) Voir, au sujet du processus de tertiarisation du travail, qui a débuté au début des années 1950, Michelle Zancarini-Fournel et Christian Delacroix, La France du temps présent. 1945-2005 : 1945-2005, Belin, 2014.
(229) Il est indéniable que la féminisation de l’emploi et plus particulièrement des postes de direction a eu des effets dopants sur l’industrie pharmaceutique, les cheftaines de service étant, par une de ces bizarreries que l’on ne s’explique pas, plus sujettes au « burnt-out » ainsi qu’au « harcèlement sexuel » que les ouvrières de l’agro-alimentaire.
(230) « L’essor de la robotique a facilité la libération de la femme au XXème siècle en lui permettant de diminuer son temps consacré aux tâches ménagères. En effet, des robots peuvent désormais accomplir les tâches ménagères effectuées dans la plupart des foyers par la femme plus que par l’homme. La femme a donc pu dégager plus de temps pour s’adonner à de nouvelles activités ou à plus travailler. Par exemple les robots ménagers utilisés pour la cuisine sont apparus sur le marché au début des années soixante dans un contexte de féminisation de l’emploi. Leur facilité d’utilisation et leur prix de plus en plus bas ont permis de les élever au rang d’ustensile indispensable dans un foyer. On peut par exemple citer l’entretien du linge, qui a commencé par être lavé et battu à la rivière durant des heures, puis dans les lavoirs publiques, et finalement à la maison, mais cela prenait toujours un temps considérable. Aujourd’hui, des robots tels que la machine à laver et le sèche-linge ont permis aux individus, en l’occurence (sic) les femmes, de passer un temps négligeable sur ces tâches, et donc d’en accorder plus à d’autres activités. On peut également citer les fameux robots aspirateurs qui ne sont pas encore tout à fait au point, mais dont le développement pourrait alléger encore davantage le poids des tâches ménagères dans la vie des individus. » http://tpe-robotique-consequences-et-limites.e-monsite.com/pages/la-robotique-dans-les-services-domestiques.html , dans les années 1950, le slogan d’une des marques de robots ménagers était explicite : http://a401.idata.over-blog.com/500×324/4/28/60/29/moulinex_libere.jpg ; voir, au sujet du rôle de la machine dans l’ « empowerment » de la femme, Helen Hester, « Technically Female: Women, Machines, and Hyperemployment », http://salvage.zone/in-print/technically-female-women-machines-and-hyperemployment/.
(231) « Robotisation : ‘On se demande s’il va rester du boulot pour les gens’ », 3 avril 2017, http://www.leparisien.fr/economie/robotisation-on-se-demande-s-il-va-rester-du-boulot-pour-les-gens-03-04-2017-6818790.php.
(232) « Tertiarisation – Technologies nouvelles :
l’emploi change de définition », http://www.wallonie-en-ligne.net/1996_Societe-wallonne-depuis-Liberation/dossier/C4.HTM).
(233) Marshall McLuhan, « Living in an Acoustic World », http://www.marshallmcluhanspeaks.com/lecture/1970-living-in-an-acoustic-world/?t=09m14s. Cette analyse puissante, quoique parfois absconse et partielle, de la crise du monde dit « occidental » n’est ternie que par l’affirmation selon laquelle l’alphabet phonétique est une invention grecque, alors qu’il est quasiment établi que son origine est phénicienne (voir G. M. Mason, The date and origin of the phonetic alphabet, J. C. Barlow, Birmingham, 1838) ou maya (Ignatius Donnelly, Platon, William Scott-Elliot, Francis Bacon et C. J. Cutcliffe Hyne,.The Atlantis Collection, e-artnow, 2016, chap. 7 : « The Origin of Our Alphabet » ; il n’y a rien de « mystérieux » dans le fait que l’Église ait répandu l’usage de l’alphabet phonétique, puisque ses premiers représentants étaient des Sémites ; pour subvertir le monde grec, puis le monde romain, il leur fallait, avant même d’y exporter leurs concepts, y introduire une écriture qui facilite leur diffusion et leur acceptation.
(234) Dans La flexibilité de la main d’œuvre dans les entreprises : étude comparée de quatre pays européens (OCDE, Paris, 1989), Bernard Brunhes distingue cinq types de « flexibilité du travail » : « la flexibilité externe quantitative qui permet de faire fluctuer les effectifs de l’entreprise en fonction des besoins en ayant recours aux licenciements et aux contrats de travail de courte durée. – la flexibilité externe qualitative (ou externalisation) qui « consiste à déplacer sur une autre entreprise le lien contractuel avec le travailleur » en aillant recours par exemple aux travailleurs intérimaires ou à l’externalisation d’un certain nombre d’activités annexes à la production (gardiennage, restauration, nettoyage…). – la flexibilité salariale qui permet de faire varier à travers la rémunération des salariés, le coût de la masse salariale de l’entreprise. Elle « est conçue comme un moyen de répercuter sur les salaires les évolutions du chiffre d’affaire et de coûts de revient de l’entreprise en fonction des mouvements conjoncturels ». – la flexibilité interne quantitative qui consiste à faire varier la quantité d’heures travaillées pour un effectif donné. Elle peut être réalisée par des modulations saisonnières à partir d’un contrat portant sur une durée annuelle, des temps partiels, des travails intermittents, des heures supplémentaires… – La flexibilité interne qualitative (ou flexibilité fonctionnelle) qui « consiste, à quantité de travail donnée, à employer les travailleurs à des fonctions variables en fonction des besoins de la chaîne de production ou des fluctuations de la production » (Lionel Gastine, « La flexibilité du travail : pourquoi ? », Millénaire 3, Centre Ressources Prospectives du Grand Lyon, p. 3).
(235) Voir Annie Gauvin, « Emploi des femmes, tertiarisation de l’emploi et de la société », in La Place des femmes. Les enjeux de l’identité et de l’égalité au regard des sciences sociales, Ephesia, La Découverte, Paris, 1995.
(236) Voir Marc Montoussé (sous la dir.), Analyse économique et historique des sociétés contemporaines, 2e éd., Bréal, 2007.
(237) Dans l’éducation, la surreprésentation des femmes atteint des pics d’obscénité, aussi élevés que l’enseignement y est farcesque. « Pour quelles raisons ? » – naturellement pas : « pour quelles raisons l’enseignement est-il farcesque ? », mais : « pour quelles raisons les femmes sont-elles surreprésentées dans l’éducation ? » – demande un site pseudo-gouvernemental. La réponse tombe : « D’abord, parce que le niveau de qualification de la profession s’est élevé (bac+5). La difficulté du concours s’est durcie et nécessite une formation universitaire plus longue et réussie. Bref, les femmes suivent en majorité des filières susceptibles de les conduire vers l’enseignement. Ensuite, les hommes s’orientent vers des disciplines universitaires plus volontiers scientifiques, qui leur ouvrent des possibilités professionnelles plus rémunératrices que le professorat. » Pour pondre une pareille explication il faut avoir bac +12 et, si vous contestez le bien-fondé d’une telle explication, c’est que vous n’avez pas fait assez d’études « supérieures ». Voilà. Ce n’est pas tout : « La dévalorisation du métier d’enseignant incite les hommes à déserter la fonction » : c’est donc la faute des hommes, assimilés à des déserteurs et donc à des traîtres, s’ils sont sous-représentés dans cette profession et il faudrait donc encore remercier les femmes de se dévouer pour gagner plus de trois mille euros bruts par mois en milieu de carrière, dans un pays où, comme en Bulgarie, près d’un salarié sur cinq sont bénéficiaires du « salaire minimum interprofessionnel de croissance ». Fort heureusement pour les pleureuses, il existe encore des métiers où les femmes sont sous-représentées : elles ne sont que 2 %, par exemple, dans les métiers du bâtiment, déplorent du bout des lèvres les sites pseudo-gouvernementaux. Nul doute que la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui « aborde le sujet des inégalités dans toutes ses dimensions », l’abordera dans celle-là aussi.
(238) Dans un rapport au Président de la République sur les conditions de fonctionnement de l’administration des Postes et Télégraphes, le ministre Alexandre Millerand écrit : « La généralisation de l’emploi des femmes dans notre administration date surtout de l’époque où elles ont été introduites dans les bureaux d’exploitation. Un engouement subit est né en 1893 pour ce qu’on a appelé la féminisation. C’était le moment où, après un changement de conception de l’organisation des cadres qui avait substitué aux commis titulaires un grand nombre d’auxiliaires, ceux-ci commençaient à s’agiter pour obtenir leur titularisation » (cité in Vida Azimi, « La Féminisation des administrations françaises : étapes et historiographie (XVIIIe siècle-1945) », in La Revue française d’administration publique (RFAP), n° 145, 2013 [p. 11-38], p. 2).
(239) Ibid., p. 1.
(240) « La division sexuelle des secteurs d’activité a protégé les femmes de la crise de l’emploi et permis la continuité de la progression de l’activité féminine. Les hommes ont pâti de la désindustrialisation pendant que les femmes ont tiré parti de la tertiarisation » (Margaret Maruani, Travail et emploi des femmes, La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2000, p. 12. Cité in Marie-Blanche Tahon, Sociologie des rapports de sexe, nouvelle éd. [en ligne], Presses Universitaires de Rennes, Rennes, 2004 (généré le 21 septembre 2015), consultable à l’adresse suivante : http://booksopenedition.org/pur/24319).
(241) Bertrand Duchéneaut, Les Dirigeants de PME : enquête, chiffres, analyses pour mieux les connaître, Maxima, Paris, 1996, p. 196.
(242) Voir Marie-Blanche Tahon, op. cit.
(243) Danielle Juteau, « Introduction à la différenciation sociale ». In idem (sous la dir.), La différenciation sociale : modèles et processus, Les Presses de l’Université de Montréal, 2003, p. 31-32. Une enquête de The Economist [https://www.economist.com/news/united-states/21717068-our-new-labour-market-index-tracking-fortunes-white-working-class?frsc=dg%7Ca], torchon peu suspect, vu sa ligne immigrationniste, de sympathies envers les hommes blancs, a révélé que quatre hommes blancs de la classe ouvrière au chômage sur dix ont cessé de chercher un travail et tous ne vivent certainement pas grassement, comme les tristement célèbres « chances pour la France », de trafics ou/et d’escroqueries aux allocations républicaines.
(244) « … hommes et femmes occupant un même poste ont le même salaire mais l’alignement s’est fait sur le salaire plus bas traditionnellement proposé aux femmes », déclare Jean-François Mattei (La Vie exemplaire d’Ange-Pancrace Agostinelli, homme d’honneur et de bon conseil, Publibook, chap. 5), en parlant de l’enseignement, mais il est certain que le même phénomène s’est produit dans d’autres secteurs. De plus il est reconnu que les emplois à temps partiel, tant courtisés par les femmes mariées, tirent les salaires vers le bas (voir Edward N. Luttwak, Le turbo-capitalisme : les gagnants et les perdants de l’économie globale, trad. de l’anglais [Etats-Unis] par Michel Bessières et Patrice Jorland, Editions Odile Jacob, 1999, p. 79).
(245) Teresa L. Amott, Caught in the crisis: women and the U.S. economy today, Monthly Review Press, 1993, p. 50. Voir aussi Hester Eisenstein, Feminism Seduced: How Global Elites Use Women’s Labor and Ideas to Exploit the World, Routledge, Londres, 2010.
(246) Pierre Brulé, La Grèce d’à côté : réel et imaginaire en miroir en Grèce antique, Presses Universitaires de Rennes, 2007, note 16.
(247) Violaine Sebillotte Cuchet et Nathalie Ernoult (éds.), Problèmes du genre en Grèce ancienne, 2007, Publications de la Sorbonne, Paris, p. 118.
(248) Giulia Sissa, « La famille dans la cité grecque (Ve – IVe siècle avant J.-C.) ». In Aline Rousselle, Giulia Sissa et Yan Thomas (éds.), La famille dans la Grèce antique et à Rome, Editions Complexe, 2005, p. 19.
(249) Voir Laurence Caron-Verschave et Yves Ferroul, Le Mariage d’amour n’a que 100 ans : une histoire du couple, Odile Jacob, 2015.
(250) Bernard Legras, Éducation et culture dans le monde grec : VIIIe siècle av. J.-C. – IVe siècle, Armand Colin, 2002.
(251) Aline Rousselle, Giulia Sissa et Yan Thomas (éds.), op. cit., p. 138.
(252) Jean Roussaye, « Vouloir la coéducation, une fausse bonne idée ? ». In Philippe Maubant et Lucie Roger (éds.), De nouvelles configurations éducatives, Presses de l’Université du Québec, 2010, p. 22.
(253) Charles Létourneau, L’évolution de l’éducation dans les diverses races humaines, Vigot Frères, Paris, 1898, p. 424.
(254) Pierre Manent, Les métamorphoses de la cité, Flammarion, Paris, 2010, p. 53. Cité in Marc Chevrier, « L’Odyssée masculine. La dialectique du féminin et du masculin chez Homère ». In Camille Froidevaux-Metterie et Marc Chevrier, Des femmes et des hommes singuliers : perspectives croisées sur le devenir, Armand Colin, 2014.
(255) Pierre Brulé, La fille d’Athènes : la religion des filles à Athènes à l’époque, vol. 363, Presses de l’Université de Franche-Comté, 1989, p. 342.
(256) Louis Ferdinand Alfred Maury, Histoire des religions de la Grèce antique depuis leur origine, vol. 3, Ladrange, Paris, 1859, p. 493.
(257) Jacques Annequin, Evelyne Geny et Elisabeth Smadja, « Travail et discours symbolique. La clé des songes d’Artémidore ». In Jacques Annequin, Le travail : recherches historiques, table ronde de Besançon, 14 et 15 novembre 1997, Presses Universitaires de Franche-Comté, 1999, p. 218.
(258) Guy Berthiaume, Les rôles du mágeiros : études sur la boucherie, la cuisine et le sacrifice, Brill, 1982, p. 5 et sqq.
(259) Yvon Garlan, Les esclaves en Grèce ancienne, Maspero, Paris, 1982, p. 68.
(260) Violaine Jeammet, La vie quotidienne en Grèce antique, Paris, musée du Louvre/RMN, 2001, p. 16.
(261) Voir Clarisse Bader, La femme romaine, étude de la vie antique, Didier, Paris, 1877 ; Gaston Boissier, « Les Femmes à Rome, leur éducation et leur rôle dans la société romaine », in Revue des Deux Mondes, 2e période, t. 108, 1873 [p. 525-553] ; voir aussi, au sujet d’un aspect du contrôle féminin de la « cuisine » que n’aborde pas l’auteur, J.-M. Pailler, « Les matrones romaines et les empoisonnements criminels sous la République », in Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 131, n° 1, 1987, p. 111-128.
Les deux exemples de domination de l’homme par la femme que l’auteur tire de l’antiquité gréco-romaine – l’amour fou de Pâris pour Hélène et la passion de César pour Cléopâtre – constituaient alors des exceptions à la règle générale ; et encore convient-il de souligner que, si c’est bien la passion de Pâris pour Hélène, cause de l’« enlèvement » de la princesse troyenne, qui est à l’origine de la guerre de Troie, ce n’est pas pour l’amour d’Hellène que Ménélas convoque les anciens prétendants de son épouse, pour venger l’affront, en lançant une expédition militaire contre Troie : c’est pour venger son honneur bafoué d’époux. Ni dans l’Histoire de la guerre de Troie, attribuée à Dictys de Crète (traduite du latin par A. N. Achaintre, vol. 1, Paris, 1813, p. 68) (ayant appris que « Pâris, fuyant avec Hélène, [avait enlevé] aussi AEthra et Clymène parentes de Ménélas, qui étaient attachées au service de la reine », « Ménélas, quoique sensiblement affecté de l’enlèvement de son épouse, fut encore plus irrité de l’injure faite à ses parents »), ni chez le chroniqueur byzantin Jean Malela (« Pâris, secondé par Aethra et Clymène, parvint à corrompre Hélène, et ces princesses prirent ensuite la fuite avec Pâris de leur propre volonté », « … Ménélas, en apprenant leur fuite, resta longtemps immobile d’étonnement. » Πολὺ γὰρ ἐλυπήθη διὰ τὴν Αἴθραν· ἦν γάρ ἔχουσα ὑπολήψιν παρ’ αὐτῷ σώφρονος πάνυ. « Il était surtout affligé de la conduite d’Æthra, qui avait su se concilier son amitié et son estime par sa réputation de sagesse » [ibid., p. 68-69]), l’amour n’est pas ce qui motive Ménélas. L’Histoire de la guerre de Troie date du IVe siècle de notre ère, La chronique byzantine fut écrite au XVIe siècle ; nous ne versons ces deux œuvres au dossier qu’à cause de la vérité psychologique qui se dégage dans chacune d’elle de la description de la réaction de Ménélas à l’annonce de l’enlèvement d’Hélène. Des siècles et des siècles après la guerre de Troie, personne ne pensait que l’amour eût pu entrer dans les motifs du roi de Sparte. Du reste, le grec ancien ne dispose d’aucun terme pour désigner ce que nous nommons « amour ».
Au sujet de Rome, Justin Édouard Mathieu Cénac-Moncaut (Histoire de l’amour dans l’antiquité chez les Hébreux, les Orientaux, les Grecs et les Romains, Amyot, Paris, 1862, p. 260) y voit l’amour partout – il est vrai qu’il adopte une définition très élastique de l’amour. Il va jusqu’à affirmer, avec une exaltation palpable, que « l’amour issu de cet élément tout romain (la force) régna sans altération ni partage depuis l’origine de Rome (753 ans avant J.-C.) jusqu’à l’invasion des idées grecques du temps de Pyrrhus et de la seconde guerre Punique (200 ou 180 ans avant J.-C) », mais il n’offre, quant à cette première période, que des exemples de femmes romaines amoureuses d’hommes romains et aucun exemple de grand homme romain amoureux d’une femme romaine.
Dans un moment de lucidité, il réussit cependant à définir assez exactement la nature typique de l’attachement de l’homme romain pour son épouse, lorsqu’il évoque l’idéal conjugal de Caton : « Véritable Spartiate transporté sur le sol de Rome, il avait épousé une femme de naissance noble, mais sans fortune, afin de trouver en elle la fidélité unie à la soumission conjugale des premiers temps. Caton joignait d’ailleurs à la rudesse du vieux soldat le respect (sans doute serait-il plus juste de parler d’« estime distante », respectus), l’affection du Romain pour l’épouse compagne solidaire de tous ses actes. Il ne pouvait supporter qu’on frappât une personne du sexe, dit Plutarque, et plaçait sa réputation de bon mari au-dessus du titre de sénateur. » Dans un autre moment de lucidité, il saisit que Caton s’opposa à l’abrogation de la lex oppia parce qu’il craignait à raison qu’elle ne constitue la brèche dans laquelle les femmes s’engouffreraient pour se mêler des affaires publiques et dominer à plus ou moins long terme les hommes par le déploiement des artifices qui leur sont propres : « L’abrogation de la loi Oppia fut donc le triomphe de la galanterie grecque ; le triomphe de l’amour séducteur entouré de guirlandes de rose, célébrant ses succès au son de la flûte Que disons-nous ; le luxe grec était dépassé ! La patrie de Solon et d’Aristide ne permit jamais aux femmes honnêtes de porter des habits recherchés; elles ne pouvaient se montrer en public que vêtues avec une simplicité conforme à la décence de leur maintien Aux courtisanes seules étaient réservés les bijoux et les belles étoffes…. A Rome, au contraire, les matrones, les mater familias adoptent l’étalage des Laïs et des Phrynés ; elles ne se con tentent plus de vivre sur le Forum, d’aller, [de venir en toute liberté, sans voile sur le visage, sans surveillance autour de leur personne ; elles prétendent lutter d’élégance, obtenir les succès de la vogue, les acclamations et les compliments des oisifs. » (ibid., p. 302) Encore la lucidité de l’auteur est-elle partielle, puisqu’il ne comprend pas que la « galanterie » qui triompha à Rome n’était « grecque » que dans la mesure où les mœurs et le caractère des Grecs continentaux avaient été contaminés par l’indolence de l’Asie par le biais du sensualisme des Ioniens. « Aussi bien, comme le voyaient encore parfaitement certains historiens au XIXe siècle, n’est-ce pas à eux (les Grecs), quoi qu’on en ait dit, que les Romains (de la fin de la « République ») empruntèrent ni la licence de leurs mœurs, ni le luxe effréné de leur table, mais bien plutôt de ces colons asiatiques qui, depuis des siècles déjà, n’avaient plus de grec que le nom » (A. de Belloy, « Virgile à San Remo », in l’Artiste, série nouvelle, t. 5, Paris, 1858, p. 244).
(262) Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des Races humaines, t. 1, Firmin Didot Frères, Paris, 1853, p. 152. Il considère que « [L]a série des races féminines ou féminisées tient la plus grande place sur le globe […] [en] Europe en particulier […] [à l’exception de] la famille teutonique et une partie des Slaves » (ibid.), ce qui est discutable : comme il est remarquablement montré dans les premiers chapitres de La Démocratie est-elle une fatalité ? d’Hubert de Mirleau, les peuples germaniques, dans la période des invasions, présentent, du point de vue de la race de l’âme et de celle de l’esprit, des traits déjà particulièrement féminins, pour ne rien dire des Slaves. Pour retrouver chez un peuple l’ensemble des caractéristiques à la fois physiques, mentales et spirituelles que J. Evola regroupe sous le terme de « virilité », il faut remonter, dans l’aire européenne, jusqu’aux premiers Romains.
(263) Aristote, La politique, L. I, ch. V. Trad. Pierre Pellegrin, Les Intégrales de philo, Nathan, p. 35.
(264) Ibid, p. 35.

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