Discours de Caton l’Ancien pour le maintien de la Lex Oppia

Si chacun de nous, citoyens romains, avait veillé à conserver à l’égard de son épouse ses droits et sa dignité de mari, nous aurions moins de problèmes avec les femmes dans leur ensemble ; mais notre liberté, après avoir été détruite à la maison par la violence des femmes, est écrasée et foulée aux pieds jusque dans le forum ; et, pour n’avoir pas su leur tenir tête à chacune en particulier, nous les redoutons dans leur ensemble. Pour ma part, je regardais comme un récit mythique et une fiction l’histoire selon laquelle tous les hommes d’une certaine île avaient été exterminés par une conspiration formée par des femmes. Mais il n’est pas une catégorie de personnes qui ne vous expose aux plus grands dangers, si vous tolérez ses réunions, ses complots et ses conciliabules. Et j’ai du mal à décider ce qui, de l’acte en lui-même ou de l’exemple qu’il donne, est le pire.
(…)
Nos aïeux ont voulu que les femmes ne puissent traiter aucune affaire, même privée, sans la garantie d’un tuteur, qu’elles soient entre les mains de leurs parents, de leurs frères, de leurs maris ; et nous, grands dieux !, nous souffrons même qu’elles se mêlent au gouvernement, qu’elles s’immiscent dans la vie du forum, dans les assemblées et dans les comices. Car, aujourd’hui, que font-elles d’autre, par les routes et les carrefours, que de soutenir le projet de loi des tribuns de la plèbe et de recommander l’abrogation de la loi ? Lâchez les rênes à des natures effrénées et à des bêtes indomptables et flattez-vous qu’elles mettent d’elles-mêmes un frein à leur licence, si vous ne le faites pas vous-mêmes. Cette défense est la moindre de celles auxquelles les femmes souffrent difficilement d’être astreintes par les mœurs ou par les lois. Ce qu’elles veulent, c’est la liberté la plus entière ou, plutôt, la licence, s’il faut appeler les choses par leur nom. Si elles l’emportent, que ne tenteront-elles pas ?
(…)
Citoyens romains, vous m’avez souvent entendu déplorer les dépenses des femmes et, souvent, celles des hommes, non seulement des simples citoyens, mais aussi des magistrats, et me plaindre de ce que l’État est miné par deux vices contraires, l’avarice et le luxe, fléaux qui ont détruit tous les grands empires. Plus la situation de l’État devient meilleure et florissante, plus sa domination s’étend – déjà nous avons pénétré dans la Grèce et dans l’Asie, où l’on trouve tous les attraits de la volupté ; déjà même nous touchons les trésors des rois -, plus je crains que nous ne nous emparions pas de ces choses, mais que ce soient elles qui  s’emparent de nous. C’est dans un dessein hostile, croyez-moi, que l’on a introduit les statues de Syracuse dans cette ville. Je n’entends que trop de gens vanter et admirer les ornements de Corinthe et d’Athènes et se moquer des antéfixes d’argile des temples de nos dieux. Quant à moi, je préfère ces dieux qui nous sont propices et le seront encore, je l’espère, si nous les laissons à leur place.

Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXXIV, 1-4, traduit du latin par B.K. d’après la version de M. Nisard.

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