Les méfaits de l’instruction

Les abbayes de Fulda et de Herzfeld, fondations carolingiennes, avaient enfin réussi à exercer leur influence au delà des marches saxonnes. Grâce à ces foyers de propagande et de rayonnement évangélique, les farouches disciples de Woden s’étaient trouvés peu à peu enveloppés malgré eux d’une atmosphère chrétienne. La foi nouvelle avait trouvé même des apôtres parmi les Saxons, surtout parmi les adolescents, que Charlemagne emmenait en otage et dont il confiait l’éducation aux écoles monastiques de la Germanie. Rendus à la liberté, ces néophytes fervents devenaient à leur tour missionnaires au milieu de leurs parents et de leurs compatriotes.

A. Vetault, Charlemagne, Tours, Alfred Mame et Fils, 1878.

781-782. Le roi de France tient sa cour à Worms, à Ratisbonne, à Cuierci. Alcuin, archevêque d’York, vient l’y trouver. Le roi, qui à peine savait signer son nom, voulait faire fleurir les sciences, parce qu’il voulait être grand en tout. Pierre de Pise lui enseignait un peu de grammaire. Il n’était pas étonnant que des Italiens instruisissent des Gaulois et des Germains, mais il l’était qu’on eût toujours besoin des Anglais pour apprendre ce qui n’est pas même honoré aujourd’hui du nom de science.
On tient devant le roi des conférences qui peuvent être l’origine des académies, et surtout de celles d’Italie, dans lesquelles chaque académicien prend un nouveau nom. Charlemagne se nommait David, Alcuin, Albinus ; et un jeune homme nommé Ilgebert, qui faisait des vers en langue romance, prenait hardiment le nom d’Homère.
783. Cependant Vitikind, qui n’apprenait point la grammaire, soulève encore les Saxons. Il bat les généraux de Charles sur les bords du Véser. Charles vient réparer cette défaite. Il est encore vainqueur des Saxons ; ils mettent bas les armes devant lui. Il leur ordonne de livrer Vitikind. Les Saxons lui répondent qu’il s’est sauvé en Danemark. « Ses complices sont encore ici, » répondit Charlemagne et il en fit massacrer quatre mille cinq cents à ses yeux. C’est ainsi qu’il disposait la Saxe au christianisme. Cette action ressemble à celle de Sylla ; les Romains n’ont pas du moins été assez lâches pour louer Sylla. Les barbares qui ont écrit les faits et gestes de Charlemagne ont eu la bassesse de le louer et même d’en faire un homme juste : ils ont servi de modèles à presque tous les compilateurs de l’Histoire de France.

Voltaire, Annales de l’Empire depuis Charlemagne, 1753.

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