Les méfaits de l’instruction publique (III)

La civilisation d’un peuple repose sur un petit nombre d’idées fondamentales. De ces idées dérivent ses institutions, sa littérature et ses arts. Très lentes à se former, elles sont très lentes aussi à disparaître. Devenues depuis longtemps des erreurs évidentes pour les esprits instruits, elles restent pour les foules des vérités indiscutables et poursuivent leur œuvre dans les masses profondes des nations. S’il est difficile d’imposer une idée nouvelle, il ne l’est pas moins de détruire une idée ancienne. L’humanité s’est toujours cramponnée désespérément aux idées mortes et aux dieux morts.

Il y a un siècle et demi à peine que des philosophes, fort ignorants d’ailleurs de l’histoire primitive de l’homme, des variations de sa constitution mentale et des lois de l’hérédité, ont lancé dans le monde l’idée de l’égalité des individus et des races.

Très séduisante pour les foules, cette idée finit par se fixer solidement dans leur esprit et porta bientôt ses fruits. Elle a ébranlé les hases des vieilles sociétés, engendré la plus formidable des révolutions, et jeté le monde occidental dans une série de convulsions violentes dont le terme est impossible à prévoir.

Sans doute, certaines des inégalités qui séparent les individus et les races étaient trop apparentes pour pouvoir être sérieusement contestées ; mais on se persuada aisément que ces inégalités n’étaient que les conséquences des différences d’éducation, que tous les hommes naissent également intelligents et bons, et que les institutions seules avaient pu les pervertir. Le remède était dès lors très simple : refaire les institutions et donner à tous les hommes une instruction identique. C’est ainsi que les institutions et l’instruction ont fini par devenir les grandes panacées des démocraties modernes, le moyen de remédier à des inégalités choquantes pour les immortels principes qui sont les dernières divinités d’aujourd’hui.

Certes, une science plus avancée a prouvé la vanité des théories égalitaires et montré que l’abîme mental, créé par le passé entre les individus et les races, ne pourrait être comblé que par des accumulations héréditaires fort lentes. La psychologie moderne, à côté des dures leçons de l’expérience, a montré que les institutions et l’éducation qui conviennent à certains individus et à certains peuples sont fort nuisibles à d’autres, Mais il n’est pas au pouvoir des philosophes d’anéantir les idées lancées dans le monde, le jour où ils reconnaissent qu’elles sont erronées. Comme le fleuve débordé qu’aucune digue ne saurait contenir, l’idée poursuit sa course dévastatrice, et rien n’en ralentit le cours.

Cette notion chimérique de l’égalité des hommes qui a bouleversé le monde, suscité en Europe une révolution gigantesque, lancé l’Amérique dans la sanglante guerre de sécession et conduit toutes les colonies française à un état de lamentable décadence, il n’est pas un psychologue, pas un voyageur, pas un homme d’État un peu instruit, qui ne sache combien elle est erronée ; et pourtant il en est bien peu qui ose la combattre.

Loin d’ailleurs d’être entrée dans une phase de déclin, l’idée égalitaire continue à grandir encore. C’est en son nom que le socialisme, qui semble devoir asservir bientôt la plupart des peuples de l’Occident, prétend assurer leur bonheur. C’est en son nom que la femme moderne, oubliant les différences mentales profondes qui la séparent de l’homme, réclame les mêmes droits, la même instruction que lui et finira, si elle triomphe, par faire de l’Européen un nomade sans foyer ni famille.

Des bouleversements politiques et sociaux que les principes égalitaires ont engendrés, de ceux beaucoup plus graves qu’ils sont destinés à engendrer encore, les peuples ne se soucient guère, et la vie politique des hommes d’État est aujourd’hui trop courte pour qu’ils s’en soucient davantage. L’opinion publique est d’ailleurs devenue maîtresse souveraine, et il serait impossible de ne pas la suivre.

L’importance sociale d’une idée n’a d’autre mesure réelle que la puissance qu’elle exerce sur les âmes. Le degré de vérité ou d’erreur qu’elle comporte ne saurait avoir d’intérêt qu’au point de vue philosophique. Quand une idée vraie ou fausse est passée chez les foules à l’état de sentiment, toutes les conséquences qui en découlent doivent être successivement subies.

C’est donc au moyen de l’instruction et des institutions que le rêve égalitaire moderne tente de s’accomplir. C’est grâce à elles que, réformant les injustes lois de la nature, nous essayons de couler dans le même moule les cerveaux des nègres de la Martinique, de la Guadeloupe et du Sénégal, ceux des Arabes de l’Algérie et enfin ceux des Asiatiques. C’est là sans doute une bien irréalisable chimère, mais l’expérience seule peut montrer le danger des chimères. La raison ne saurait transformer les convictions des hommes.

Gustave Le Bon, Lois psychologiques de l’évolution des peuples, 2e édition revue, Paris, Félix Alcan, éditeur, 1895, p. 10-12.

Les luttes séculaires des races ont surtout pour origine l’incompatibilité de leurs caractères. Il est impossible de rien comprendre à l’histoire si l’on n’a pas toujours présent à l’esprit que des races différentes ne sauraient ni sentir, ni penser, ni agir de la même façon, ni par conséquent se comprendre. Sans doute les peuples divers ont dans leurs langues des mots communs qu’ils croient synonymes, mais ces mots communs éveillent des sensations, des idées, des modes de penser tout à fait dissemblables chez ceux qui les entendent. Il faut avoir vécu avec des peuples dont la constitution mentale diffère sensiblement de la nôtre, même en ne choisissant parmi eux que les individus parlant notre langue et ayant reçu notre éducation, pour concevoir la profondeur de l’abîme qui sépare la pensée des divers peuples. On peut, sans de lointains voyages, s’en faire quelque idée en constatant la grande séparation mentale qui existe entre l’homme civilisé et la femme, alors même que celle-ci est très instruite. Ils peuvent avoir des intérêts communs, des sentiments communs, mais jamais des enchaînements de pensées semblables. Ils se parleraient pendant des siècles sans s’entendre parce qu’ils sont construits sur des types trop différents pour pouvoir être impressionnés de la même façon par les choses extérieures. La différence de leur logique suffirait à elle seule pour créer entre eux un infranchissable abîme.

Cet abîme entre la constitution mentale des diverses races nous explique pourquoi les peuples supérieurs n’ont jamais pu réussit à faire accepter leur civilisation par des peuples inférieurs. L’idée si générale encore que l’instruction puisse réaliser une telle tâche est une des plus funestes illusions que les théoriciens de la raison pure aient jamais enfantée. Sans doute, l’instruction permet, grâce à la mémoire que possèdent les êtres les plus inférieurs — et qui n’est nullement le privilège de l’homme, — de donner à un individu placé assez bas dans l’échelle humaine, l’ensemble des notions que possède un Européen. On fait aisément un bachelier ou un avocat d’un nègre ou d’un Japonais ; mais on ne lui donne qu’un simple vernis tout à fait superficiel, sans action sur sa constitution mentale. Ce que nulle instruction ne peut lui donner, parce que l’hérédité seule les crée, ce sont les formes de la pensée, la logique, et surtout le caractère des Occidentaux. Ce nègre ou ce Japonais accumulera tous les diplômes possibles sans arriver jamais au niveau d’un Européen ordinaire. En dix ans, on lui donnera aisément l’instruction d’un Anglais bien élevé. Pour en faire un véritable Anglais, c’est-à-dire un homme agissant comme un Anglais dans les diverses circonstances de la vie où il sera placé, mille ans suffiraient à peine. Ce n’est qu’en apparence qu’un peuple transforme brusquement sa langue, sa constitution, ses croyances ou ses arts. Pour opérer en réalité de tels changements, il faudrait pouvoir transformer son âme.

Ibid., p. 34-35.

C’est une erreur spéciale aux peuples latins de croire qu’il y ait parallélisme entre l’instruction et l’intelligence. L’instruction implique uniquement la possession d’une certaine dose de mémoire, mais ne nécessite pour être acquise aucune qualité de jugement, de réflexion, d’initiative ni d’esprit d’invention. On rencontre très fréquemment des individus abondamment pourvus de diplômes quoique très bornés, mais on rencontre, aussi fréquemment, des individus fort peu instruits et possédant pourtant une intelligence élevée.

Ibid., p. 38.

Publicités
Cet article, publié dans dysgénisme, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s