L’écrasement des civilisés

« Encore un flan très prodigieux cette fameuse barrière des races U. S. A…. Mais, minute ! Je vais à mon tour vous dire un peu l’avenir : un jour, les Juifs lanceront les nègres, leurs frères, leurs troupes de choc sur les derniers « cadres » blancs, les réduiront, tous ivrognes, à l’esclavage. Harlem sera le quartier « blanc ». Les nègres en bringue, ils iront voir, ils feront danser les blancs pour eux, la « blanc boula ». »
Louis-Ferdinand Céline
Bagatelles pour un massacre

Bien avant que les coloniaux de Boston se révoltassent contre le roi d’Angleterre (pour une sordide question de taxe sur le thé que les avocats idéalisèrent après coup), deux formes de civilisation parfaitement distinctes se dessinaient sur le nouveau continent.
Le Nord était besogneux, démocrate, égalitaire, puritain et prédicant. Il s’inspirait directement de ces « Pères pèlerins » que le Mayflower avait amenés jadis de Hollande, après que leur prosélytisme fanatique les eut rendus indésirables en Écosse d’abord, puis dans les débonnaires Pays-Bas. Ces pionniers étaient des hommes rudes : ils avaient défriché le pays en citant la Bible. Ils méprisaient réellement les biens de ce monde. Leurs fils, par contre, ne tardèrent pas à prendre goût à la richesse. Ils se mirent à gagner frénétiquement des dollars, mais sans pour cela renoncer au vertueux vocabulaire de leurs ancêtres, ni aux marques extérieures de l’austérité. Et les nouveaux immigrants, de pauvres hères plus ou moins hors la loi dans leurs pays d’origine, trouvèrent commode, pour se refaire une virginité judiciaire, de renchérir sur le rigorisme des premiers
occupants.
Les Yankees considéraient avec une méfiance extrême sinon avec une franche hostilité tout ce qui venait d’Europe ; les hommes et les choses, les idées et les coutumes. Us tenaient pour frivole et méprisable tout ce qui embellissait la vie, tout ce qui la rendait aimable ou simplement supportable : les plaisirs les plus innocents tout autant que les divertissements libertins, l’art sous toutes ses formes, le théâtre et la littérature au même titre que les joies de la table ou de l’alcôve. Et par-dessus tout, ils ne toléraient pas la moindre hiérarchie — hormis celle de l’argent — la moindre supériorité du talent ou de l’esprit. Leurs grands-pères avaient émigré par ressentiment contre les moeurs « babyloniennes » du vieux monde, leurs pères avaient lutté les armes à la main contre le « despote » de Londres. Eux, ils se considéraient sur leur terre vierge comme un peuple élu
recevant directement du Tout-Puissant la révélation de la sagesse et la récompense matérielle de leur vertu. Dans ces conditions, pourquoi s’embarrasser de traditions ? Les traditions étaient haïssables. Elles ne pouvaient être qu’un fardeau inutile ou nuisible, l’héritage de Satan. Seul le mérite personnel comptait et ce mérite ne pouvait immanquablement s’évaluer qu’en dollars. C’est dans la Nouvelle-Angleterre qu’a pris naissance cette habitude désormais répandue dans les quarante-huit États de ne juger un individu qu’en fonction de sa réussite matérielle et de donner au succès une signification morale. Si un homme gagne de l’argent, c’est parce que Dieu est avec lui, et si Dieu est avec lui, c’est parce que c’est un juste.
Par leur recrutement, par leur formation philosophique, les Nordistes étaient à la fois prédisposés à entretenir soigneusement les préjugés démocratiques et à n’avoir que le culte du dollar.
Le Sud était bien différent. La vie y était aimable et facile, parée de toutes les grâces aristocratiques du XVIIIe siècle. Certes, on n’y méprisait pas l’argent, mais ce n’était pas, en deçà de la ligne de Dixie, le seul titre de noblesse. Les Sudistes étaient très fiers d’avoir pour ancêtres des émigrants « avouables » qui n’avaient été ni des missionnaires indésirables, ni des aventuriers traqués par les tribunaux d’Europe.
Socialement, un planteur pauvre dont la famille avait fait souche et dont on savait qu’il se conduisait en gentleman avait une position beaucoup plus enviable qu’un spéculateur heureux.
Les gens du Sud maintenaient d’autre part un contact étroit avec leurs patries d’origine. Ils en conservaient les moeurs et les traditions. Les filles copiaient leurs robes sur celles des dames de la cour de France et les garçons s’en allaient à Oxford ou à Paris achever leurs études et acquérir surtout ce vernis de politesse qui est l’apanage des civilisations raffinées.
Dans le Sud, on ne rougissait pas de posséder une bibliothèque. Les loisirs n’étaient pas tenus pour un péché mortel. De plantation à plantation, on multipliait les occasions de se rencontrer, on invitait des amis ou des parents, on les retenait ensuite, des journées entières, parfois des semaines, en s’ingéniant à imaginer pour eux d’aimables divertissements dans le goût du Trianon de Marie-Antoinette.
De plus, les gens du Sud n’acceptaient la démocratie que du bout des lèvres, parce que c’était la mode, parce qu’à l’époque, surtout en Amérique, il eût été inconcevable d’attaquer de front les « immortels principes ». Mais au fond d’eux-mêmes ils étaient acquis aux idées d’autorité. On le vit bien pendant la guerre. Alors que Lincoln se perdait à Washington en intrigues parlementaires, alors qu’il s’usait en bavardages de sous-commissions et changeait de général en chef comme de chemise pour satisfaire des électeurs influents, les Sudistes acceptèrent d’emblée, sans discussion, le principe de la dictature et laissèrent le
président Davis absolument libre de mener à sa guise les affaires de la Confédération.
Enfin, il y avait, dans les États du Sud les éléments d’une doctrine raciste.
Entendons-nous bien : aujourd’hui, tous les Américains sont racistes dès qu’il s’agit des jaunes ou des noirs, mais c’est là un réflexe de défense, une attitude individuelle que désavouent les philosophes et les législateurs et que les citoyens osent à peine avouer. Pratiquement, on n’épouse pas une négresse et on ne mange pas à la même table qu’un nègre. Officiellement, les plus affligeantes cornichonneries de notre XVIIIe siècle sont devenues, grâce à la victoire des Nordistes, l’esprit des lois américaines : tous les hommes sont égaux, tous les hommes se valent. (1) On voit tout le parti que les Juifs peuvent tirer d’un pareil état d’esprit pour s’infiltrer parmi des gens dont le racisme instinctif se limite à la couleur de la peau et qui demeurent néanmoins, sur le plan théorique, des doctrinaires de l’antiracisme.
C’est seulement dans les États du Sud, qu’avant la débâcle dé 1864, on prenait position avec une absence d’hypocrisie dont il ne reste plus trace aujourd’hui. Le Sud, raciste de fait, ne rougissait pas de l’être ouvertement, franchement. Dès que la Confédération se fut constituée, le vice-président du nouvel État se hâta de proclamer :
L’idée dominante de Jefferson et de la plupart des hommes d’État éminents au moment de l’élaboration de l’ancienne constitution fut que l’esclavage des Africains est une violation de la loi de nature. Notre nouveau gouvernement est bâti sur une idée tout à fait opposée ; ses fondations sont faites, sa pierre angulaire repose sur la grande vérité que le nègre n’est pas égal à l’homme blanc ; que l’esclavage, la subordination à la race supérieure est sa condition naturelle et normale. Notre nouveau gouvernement est le premier dans l’histoire du monde qui soit basé sur cette grande vérité physique, philosophique et morale. L’architecture de notre société est faite de la matière jugée nécessaire par la nature ; et par expérience nous savons qu’il vaut mieux, non seulement
pour la race supérieure, mais aussi pour la race inférieure qu’il en soit ainsi.
Il n’est pas douteux que s’ils eussent gagné la guerre, des gens qui professaient aussi hardiment la grande théorie moderne de l’inégalité des races auraient su se défendre contre un péril autrement redoutable que le péril nègre : l’invasion juive.
On ne leur en laissa ni le temps ni les moyens. Une des deux Amériques était de trop. Depuis le début du XIXe siècle, le fossé s’était élargi entre le Nord et le Sud.
L’incompatibilité d’humeur était trop évidente pour que, tôt ou tard, les échanges de propos aigres-doux ne se transformassent pas en conflit ouvert. Les choses cependant auraient pu demeurer en l’état longtemps encore, car c’était l’intérêt des deux adversaires de continuer à faire partie de la même unité économique, si, vers le milieu du siècle, cette querelle de tendance ne s’était aggravée d’une querelle de gros sous. Dès lors, les Yankees oublièrent que la constitution rédigée par les fondateurs de la République entendait préserver l’indépendance des États et les laisser libres, dans le cadre fédéral, de s’administrer à leur guise. Étant les plus forts, ils n’hésitèrent pas à interpréter la constitution à leur manière, à imposer par la force à la fois leur dictature économique et leur philosophie de l’existence. Lorsqu’on nous explique, à l’école, que l’esclavage fut la cause et l’enjeu de la guerre de Sécession, on se moque effrontément de nous. La guerre de
Sécession fut une guerre de tarifs douaniers. Pas autre chose. Le Nord était
protectionniste, le Sud libre-échangiste. Le Nord s’était rapidement industrialisé, il avait besoin pour ses produits manufacturés d’une forte protection. Le Sud, au contraire, vivait de ses exportations de coton, il trouvait plus avantageux d’acheter ses machines et ses étoffes dans les pays d’Europe où il écoulait ses récoltes. Mis en demeure de subir la loi du nombre, le Sud, à plusieurs reprises, menaça de se retirer de l’Union. C’eût été pour les businessmen yankees une catastrophe : ils eussent perdu à la fois d’immenses débouchés commerciaux et l’accès à la mer par le Mississipi — the old man river — dont le contrôle est indispensable à la prospérité du Middle West. Chaque fois un compromis plus ou moins satisfaisant permit d’ajourner provisoirement le conflit. D’année en année, cependant, la
querelle devenait plus aiguë, la sécession plus menaçante. Or, il était bien évident que les Nordistes n’accepteraient jamais un divorce, qu’ils iraient jusqu’à la guerre, s’il le fallait, pour maintenir l’Union et conserver leurs clients. Seulement, une guerre pour des tarifs douaniers, ça n’est pas très avouable. Il est beaucoup plus reluisant de proclamer que l’on se bat pour la fraternité humaine, le droit, la justice, la liberté, la démocratie et l’affranchissement des esclaves.
L’affranchissement des esclaves fut l’alibi des Yankees.
Ce faisant, les ploutocrates du Nord ne manquaient pas d’une certaine audace. Car, eux-mêmes, ils se livraient à la traite des esclaves, ils avaient donné à l’esclavage la forme subtile et féroce qu’il a conservé jusqu’à nos jours dans les pays libéraux.
Dans le Nord, en effet, tout comme dans le Sud on avait un urgent besoin de main-d’œuvre. Mais les descendants des premiers colons qui avaient défriché le pays s’étaient détournés, en se faisant industriels ou banquiers, des travaux manuels, et, d’autre part, l’emploi des esclaves noirs s’était révélé décevant. Les nègres transplantés coûtaient trop cher à entretenir, leur rendement était maigre, ils supportaient malaisément les rigueurs du climat, on les avait donc affranchis, mais, pour combler cette lacune, on s’était mis à importer d’Europe, en masses compactes, des travailleurs « libres ».
Des sergents recruteurs d’un nouveau genre prospectaient les bouges d’Irlande ou des Balkans, ramassaient les pauvres bougres par centaines de mille et les expédiaient en Amérique, dans les entreponts des paquebots, nantis d’un maigre viatique et d’extravagantes promesses. À leur arrivée, ces parias, qui, pour la plupart, ne parlaient pas l’anglais, étaient absolument incapables de se défendre. Il leur fallait subir exactement toutes les conditions de leurs employeurs : douze ou quatorze heures de travail par jour pour un salaire qui leur permettait tout juste de ne pas mourir de faim. Le sort de ces malheureux blancs était pire que celui des esclaves officiels, car en cas de maladie le patron n’était nullement tenu d’assurer leur subsistance et il n’était naturellement pas question de leur verser pour leurs vieux jours la moindre retraite.
Il est piquant de constater qu’aucun des tribuns qui ont tonitrué avec tant de véhémence contre la barbarie de l’esclavage dans les États du Sud ne semble s’être inquiété du sort des immigrants que l’on déchargeait chaque semaine, par pleins bateaux, sur les quais de New-York ou de Boston. Mieux, ces mêmes tribuns ont été souvent les plus acharnés à proclamer que le droit de grève (après tout c’était le seul recours de ces malheureux) eût été une abominable atteinte aux droits sacrés du patronat.
Comparativement, les vrais esclaves des plantations de coton étaient beaucoup mieux traités. Avec le temps, aux environs des années 60, l’esclavage s’était humanisé, il était devenu patriarcal.
Les Sudistes traitaient leurs esclaves non point évidemment comme leurs égaux — ils étaient trop justement conscients de leur supériorité — mais avec une condescendance familière dont la sympathie n’était pas exclue. Pour la plupart, d’ailleurs, ils avaient été élevés par une de ces mammies d’ébène, plantureuses et tyranniques, qui prenaient dans chaque foyer l’importance des nourrices du vieux répertoire espagnol. Ils connaissaient les nègres, ils savaient leur parler, leur inspirer confiance. Bien rares étaient ceux qui abusaient de leur pouvoir. La haine des races, en tout cas, était un sentiment totalement inconnu. Cette haine n’a pris naissance que plus tard, après l’émancipation, après, que les « idéalistes » de Washington eurent déchaîné la guerre civile.
Et puis l’esclavage se résorbait progressivement. Personne n’imaginait évidemment de faire des affranchis les égaux politiques des hommes blancs, mais de profondes réformes étaient en gestation qui tendaient à améliorer le sort des noirs sans compromettre l’équilibre social.
Si la libération des esclaves avait été la seule ambition des Nordistes, il est certain que la guerre de 60 n’aurait pas eu lieu. C’est néanmoins le prétexte qu’invoquèrent les pieux pharisiens du Septentrion.
Le conflit dura quatre longues années. Ce fut la plus acharnée, la plus meurtrière des guerres du xixe siècle. Jusqu’au bout les Sudistes résistèrent farouchement à un contre quatre, défendant avec un héroïsme magnifique chaque pouce carré de leur territoire. À l’appel du président Davis, le pays entier s’était dressé. Alors que, dans le Nord, la conscription n’atteignait qu’un pourcentage relativement minime de la population, dans le Sud, tous les hommes en âge de porter les armes s’enrôlèrent dans les rangs de l’armée confédérée. Des familles entières revêtirent l’uniforme, comme cela s’est vu, depuis, dans la catholique Navarre, où les vieillards et les adolescents s’élancèrent pêlemêle au combat pour sauver l’Espagne du bolchevisme, laissant derrière eux de grands villages déserts.
Rien de sordide dans cette résistance. Ce n’étaient pas leurs privilèges « féodaux » que défendaient les Sudistes, c’étaient leurs foyers, leur honneur, leurs libertés, leur philosophie de la vie. Ah ! elle était bien oubliée la querelle de l’esclavage, si oubliée que le congrès de l’Union ne se rappela la question nègre qu’après deux ans de guerre. Encore ne vota-t-il la loi qui fit de tous les esclaves des hommes libres et des citoyens que pour des raisons de propagande et de stratégie, afin de donner une satisfaction à la « conscience universelle » et pour tenter de provoquer des insurrections dans les États du Sud. Mais ce deuxième objectif ne fut pas atteint. Les soldats de couleur qui prirent part à cette guerre
furent très sensiblement plus nombreux dans les rangs sudistes que dans les rangs
nordistes.
Enfin, accablés sous le nombre, honnis par le monde entier qui s’était laissé prendre à la fable du généreux idéalisme nordiste, privés d’armes et de munitions, réduits par le blocus à la plus affreuse disette, les confédérés capitulèrent. Et les Nordistes se mirent à exploiter sauvagement leur victoire. Non seulement les Sudistes furent dépossédés de leurs droits politiques, non seulement on leur enleva leurs biens (sous prétexte qu’ils ne pouvaient plus payer d’impôts) et l’on installa à leur place des colons yankees, mais encore on leur imposa, à la force des baïonnettes, des gouvernements locaux et « librement » élus composés
uniquement de nègres analphabètes manœuvres par des aventuriers rapaces, les carpet baggers. Il est sans exemple qu’une nation vaincue ait été physiquement anéantie avec tant de méthode et de raffinement. Jadis les conquérants passaient leurs victimes au fil de l’épée. Il est permis de trouver ce procédé plus humain que les méthodes de la « reconstruction » yankee.
Les États du Sud ne se sont pas remis de cette débâcle, et surtout jamais l’Amérique n’a retrouvé son équilibre ni les moyens de justifier les espérances qu’avaient fait naître ses premiers balbutiements. L’Amérique civilisée traditionaliste, humaine, autoritaire, hiérarchisée, celle qui tenait en puissance les germes du fascisme était assassinée. L’autre Amérique triomphait, celle des puritains agressifs, des maîtres de forges et du charabia démocratique.
Merveilleux fumier offert à l’invasion juive. De tous les ghettos d’Europe et d’Orient les rapaces aux doigts crochus allaient se précipiter à la curée.
C’est aux environs de 1890 que les Juifs ont lancé sur le nouveau monde leurs premières vagues d’assaut. En moins d’un demi-siècle la conquête était achevée.
L’Amérique tout entière était entre leurs mains.

Pierre-Antoine Cousteau, L’Amérique juive, Les Éditions de France, 1942, p. 13-18.

(1) En principe, naturellement. Pratiquement, les lois qui régissent l’immigration favorisent les Nordiques au détriment des Méditerranéens et des Slaves considérés comme appartenant à des races inférieures. Mais c’est là une discrimination dont l’antiraciste Roosevelt ne se vante pas.

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