La terre promise

« Louis XIV n’était qu’un très petit sire en fait de victoires à côté de Félix M. Warburg de New-York. »
Louis-Ferdinand Céline
Bagatelles pour un massacre

En classant de vieux papiers, à mon retour de captivité, j’ai retrouvé un document accablant : l’annuaire du lycée américain De Witt Clinton high school, où j’ai passé, en 1921, neuf mois de mon enfance. J’avais oublié cet intermède. Ou plutôt, je n’en conservais qu’un souvenir assez vague de vacances transatlantiques, de parties de baseball sur l’herbe pelée des squares, de vagabondages avec de jeunes brutes en knickerbockers qui avaient la dégaine des « Anges de l’enfer », et aussi la hantise de ces soirées atroces où je tentais de
traduire du latin en anglais et de l’anglais en latin, en ignorant à peu près tout de
l’une, et de l’autre langue.
L’annuaire de De Witt Clinton high school a ressuscité en moi, vingt ans après, l’image de mes petits camarades. Car on les a abondamment photographiés, mes petits camarades. Il y a le groupe des forts en thème, le groupe des joueurs de saxophone, le groupe des philatélistes, le club des « bonnes histoires », les champions de natation, les policiers, les joueurs de football, les amis de la nature, les juristes, les amateurs de reportage, le radio club… Toutes ces photos sont excellentes, d’une impitoyable netteté. Toutes, sauf une, celle de la préparation militaire, où ne figurent — naturellement ! — que des aryens, sont des photos de ghetto. Elles résument l’Amérique. Elles sont l’Amérique.
Je l’avoue à ma grande confusion : en 1921, je ne l’avais absolument pas compris, je n’avais pas soupçonné le drame qui se déroulait sous mes yeux, ni les enseignements qu’il m’eût été possible d’en tirer, autrement précieux que la connaissance de quelques tirades de Midsummer night’s dream ou de Cicero’s orations. Mes camarades s’appelaient Samuel Asofsky, Alfred Baum, Nathan Beckenstein, Berkovitz, Bernstein, Jacob Cohen, Nathan Cohen, Morris Cohen, Eisenstein, Eliasberg, etc., etc.. L’orchestre était dirigé par Rapaport, la troupe de théâtre par Bercovici, l’équipe de rugby par Lévy, le baseball par Samuels, le
football par Boulotchnick, le tennis par Neuberger. Rosenthal s’occupait de la bibliothèque et Rosenbaum de l’Economics club. Aaron OEsterreicher avait la charge du réfectoire et Oppenheim de la police intérieure. Je n’invente rien, je me borne à recopier mon vieil annuaire…
Des professeurs, qui s’appelaient Salomon ou Goldbloom, nous disaient gravement que l’Amérique est peuplée d’Anglo-Saxons et que « nos ancêtres » avaient enseigné la liberté au monde, après s’être insurgés, en 1776, contre le roi d’Angleterre et défriché un empire. Ça n’était pas moins saugrenu que la classique leçon d’histoire aux petits nègres du Sénégal : « Nos ancêtres, les Gaulois… » Mais cet humour m’échappait. Je ne me rendais pas compte que mes petits camarades étaient des Juifs, que l’école était juive, que New-York était une métropole juive, que le pays tout entier était soumis aux Juifs. Tout ce qui, d’instinct, me choquait, tout ce contre quoi s’insurgeaient mes réflexes d’adolescent aryen, je ne comprenais pas, je ne pouvais pas comprendre que ce n’était pas l’américanisme, mais le judaïsme triomphant. Mon excuse est que j’avais quatorze ans et que personne n’avait jamais pris la peine d’ouvrir mes yeux sur la réalité juive…
Qui donc, d’ailleurs, eût pu m’informer ? C’était l’époque où des douzaines d’écrivains français migrateurs découvraient périodiquement l’Amérique avec de grands cris extasiés. Ils découvraient tout, en Amérique : les ascenseurs vertigineux, les frigidaires, le chewing-gum, les gangsters, le sex appeal, les bars automatiques, les abattoirs, les five and ten cents, le système Taylor et les petting parties. Tout, sauf l’essentiel, sauf les Juifs. Certains poussaient la conscience professionnelle jusqu’à noter, en passant, qu’il y avait à New-York une « importante communauté israélite ». Mais ils disaient cela d’un petit ton détaché et pudique, comme s’il s’était agi d’une constatation d’un intérêt secondaire, avec
autant de sang-froid que pour noter le charme des demoiselles californiennes et l’attrait des speakeasies.
On n’oubliait jamais, par contre, de nous parler copieusement des nègres, de l’envahissement nègre, du péril nègre ! Comme si ce péril existait ! Les nègres seraient-ils deux, trois, quatre fois plus nombreux que cela ne présenterait aucun danger pour la communauté aryenne, puisque, sur ce point, tous les Américains sont conscients de la nécessité de protéger la race blanche. Il importe peu que trente États sur quarante-huit interdisent par une loi écrite les mariages mixtes : c’est dans quarante-huit États sur quarante-huit que les « préjugés » s’opposent à ces mariages avec une intransigeance, une vigueur, une efficacité que jamais aucun règlement de police ne pourra atteindre. De plus, les nègres n’ont aucune puissance économique, aucune influence politique ; ils ne contrôlent aucune banque importante, aucun trust, ils n’éditent aucun grand journal et s’ils pénètrent au théâtre ou à la radio, c’est seulement comme chanteurs de jazz. Quoi qu’on en dise, la question nègre ne se pose pas. Elle s’est réglée d’elle-même sans textes de loi par la subordination des noirs aux blancs, par l’édification d’une invisible barrière qui interdit aux noirs, dans tous les domaines, l’accès des zones d’influence blanche.
Le problème juif si bien escamoté par les écrivains français est autrement redoutable. Le plus sérieux des spécialistes de l’Amérique, M. André Siegfried, consacre aux Juifs exactement trois pages de son si remarquable ouvrage sur les États-Unis. Il note que, de tous les étrangers, les Juifs sont ceux qui donnent l’impression de s’adapter le plus aisément, de s’américaniser avec le plus de zèle, avec trop de zèle même, mais qu’il ne faut pas s’y fier et que « finalement ces pseudo-assimilés de la première heure demeurent à l’état de ferment hétérogène ; on les distingue, non mêlés au fond du creuset » C’est l’esquisse du problème. M. André Siegfried ne va pas plus loin et aucun des découvreurs
contemporains du nouveau monde n’a tenté de donner une explication juive de l’Amérique. C’était plus prudent. Si ces Christophe Colomb de plume avaient révélé le vrai visage juif de l’Amérique, et en supposant qu’ils eussent trouvé un éditeur assez téméraire pour imprimer leur prose, que de représailles, quel boycottage ! Car, dans les pays démocratiques, le complot juif jouit de cet étonnant privilège : il peut s’étaler au grand jour, s’afficher avec insolence sans que personne ait le droit d’en dire un mot. On appelait cela, jadis, la liberté de la presse.
Et pourtant, la chose crève les yeux. Je suis retourné aux États-Unis en 1929 et en 1935, avec un peu plus de maturité d’esprit qu’en 1921, et j’ai alors découvert sans peine ce que l’on prenait tant de soin à nous cacher.
Naturellement, la conquête n’est apparente que dans les grandes villes. Il y a 1.800.000 Juifs à New-York, 300.000 à Chicago, 247.000 à Philadelphie, plus de 50.000 à Baltimore, à Boston, à Cleveland, à Détroit, à Los ‘Angeles, à Saint-Louis.
À New-York, un médecin sur trois et un avocat sur deux sont Juifs. Juif, le théâtre, juif le cinéma, juives la presse et les deux grandes chaînes de radiodiffusion : Columbia Broadcasting System et National Broadcasting Corporation. Juives les banques et la politique…
New-York, nous dit-on, n’est pas l’Amérique. Comme c’est malin ! Est-ce que Paris, par hasard, ne serait pas la France ? De même qu’une armée d’occupation n’a pas besoin de s’installer dans tous les villages, dans toutes les maisons pour tenir un pays et qu’il lui suffît de contrôler les grands centres et les points stratégiques, de même les Juifs sont les maîtres d’une nation lorsqu’ils se sont emparés de la capitale, lorsqu’ils ont domestiqué le pouvoir politique, lorsqu’ils détiennent la direction des grandes entreprises économiques et qu’ils ont le monopole des moyens d’expression. Le nombre ne fait rien à la chose. Sur 125
millions d’habitants, il n’y a guère que 4.500.000 Juifs aux États-Unis. Mais en Afrique aussi, les nègres sont beaucoup plus nombreux que les blancs. Les blancs sont cependant les maîtres, et rien ne s’y fait sans leur permission. En Amérique, les aryens de souche britannique, scandinave, allemande ou française, sont les nègres de la juiverie.
Moins discret que les pudiques voyageurs français de l’entre-deux-guerres, l’écrivain américain Werner Sombart en a convenu dans un ouvrage plein de tendresse pour les Juifs. Nous lisons à la page 51 de Jews in Economie Life :
Dans une certaine mesure nous pouvons dire que tes États-Unis doivent à l’influence juive ce qu’ils sont, ce qu’est leur américanisme, car ce que nous appelons américanisme n’est que l’esprit juif qui a trouvé son expression définitive… Et à cause de l’énorme influence que l’Amérique n’a cessé d’exercer depuis sa découverte sur la vie économique de l’Europe et sur la culture générale de l’Europe, le rôle joué par les Juifs dans la construction d’un monde américain est devenu d’une importance capitale pour révolution prise en bloc de notre histoire.
Ainsi, Werner Sombart ne se borne pas à constater la conquête de l’Amérique, il entrevoit la conquête du monde avec les États-Unis pour tremplin, il renchérit sur la fameuse prophétie de Benjamin Franklin qu’il faut rappeler ici car jamais on n’a posé le problème avec autant de clairvoyance. Benjamin Franklin n’était pourtant pas un agent de l’Allemagne, ni un fasciste hitléro-nippon. Nommé en 1749 grand maître de la loge de Pensylvanie par Thomas Oxnard, grand maître de la nouvelle Angleterre, Franklin était l’ornement de la franc-maçonnerie américaine, l’enfant chéri de nos encyclopédistes, l’idole des grands ancêtres de 89. Cela ne l’empêcha pas de prononcer, en 1787, au cours de la discussion de la constitution des États-Unis, le discours que voici :
Dans tous les pays où les Juifs se sont établis en grand nombre, ils ont abaissé son niveau moral, avili son intégrité… Ils ont tourné en dérision la religion chrétienne, ils ont établi un État dans l’État.
Si vous ne les excluez pas, dans deux cents ans, vos descendants travailleront aux champs pour leur fournir leur subsistance pendant qu’eux seront dans leurs banques en train de se frotter les mains.
Je vous préviens, Messieurs, que si vous n’excluez pas les Juifs, vos enfants vous maudiront dans vos tombeaux.
Les Juifs, Messieurs, sont des Asiatiques ; ils ne seront jamais autrement. Leurs idées ne sont pas conformes à l’idéal américain et elles ne le seront jamais, même s’ils vivent parmi nous pendant dix générations.
Un léopard ne saurait changer ses taches. Les Juifs sont des Asiatiques. Ils sont une menace pour le pays qui les admet et ils devraient être exclus par la Constitution.
Deux cents ans ne se sont pas écoulés, mais tout s’est passé très exactement comme l’a dit Benjamin Franklin.
Oh ! bien sûr, il n’y a pas que des Juifs aux États-Unis. Seulement pour voir des aryens, il faut quitter New-York, s’enfoncer dans les campagnes, découvrir ces petites villes du Middle West qui s’appellent Vincennes, Paris, London, Bismarck, La Grange ou Des Moines, où vivent les descendants des pionniers de l’époque héroïque, les fils de ces hommes rudes qui se sont élancés, à cheval, vers l’Ouest mystérieux, emmenant femmes et enfants dans des carrioles bâchées, qui ont conquis le pays à coups de carabine, qui l’ont défriché à la sueur de leur front.
Ces gens-là sont les vrais Américains. Ils ont conservé, malgré le triomphe de la civilisation mécanique et les ravages du cinéma et de la radio, la gentillesse un peu brutale, un peu indiscrète, la simplicité et le courage des nomades de la « Caravane vers l’Ouest » et de la « Chevauchée Fantastique »
Lorsque je faisais, en 1929, le tour des États-Unis avec trois jeunes Yankees, j’ai appris à connaître et à aimer ces Américains-là, ces Américains oubliés. On trouve parmi eux une hospitalité merveilleuse, l’hospitalité de la prairie. Le temps n’est pas loin où il suffisait d’entrer dans un ranch et de demander poliment un cheval pour qu’on vous le donnât aussitôt, sans explications. Mais quiconque était surpris en train de voler un cheval était pendu séance tenante.
En 1929, l’étranger, le véritable étranger qui arrivait d’Europe (dans le Middle West, les gens de New-York sont également appelés des étrangers) était aussitôt l’objet d’une curiosité chaleureuse. Il fallait absolument qu’il racontât son histoire. Et les gens l’écoutaient, bouche bée, un peu incrédules toutefois, sollicitant des précisions saugrenues et s’émerveillant :
— Non ! vraiment, il y a des haricots en France !… Vraiment ?… Encore un peu de whisky de contrebande…
On oubliait leurs ridicules. On était conquis. On pensait : « Comme ils sont « braves » ! »
Nous campions chaque soir et, un lundi, dans le Kansas, le mandat que nous recevions chaque semaine de New-York n’arriva pas. Nous n’avions plus rien à nous mettre sous la dent, mais nous étions trop fiers pour demander la charité. Un jour, deux jours se passèrent ainsi. Le troisième jour, un fermier surgit :
— Boys, je vous observe depuis dimanche. Jamais je ne vous vois manger. Vous restez là, étendus en bordure de mon champ. Que se passe-t-il ?
Nous lui avouâmes la vérité. Il se fâcha :
— Vous ne pouviez pas me dire ça plus tôt ? Allez, ouste ! Venez à la ferme.
Et il nous offrit un repas fantastique dont je garde encore le souvenir avec une extraordinaire précision. Le fermier parlait simplement des choses de la terre, un peu comme les artisans de Péguy parlent de leur métier, avec bon sens, avec amour. Il nous dit aussi combien sa tâche était rude, compliquée qu’elle était par la féroce ingérence des trusts tentaculaires qui prélevaient leurs dîmes sur le tracteur, sur les engrais, sur la récolte et qui avaient merveilleusement perfectionné la technique du rançonnement en imaginant un système de crédit qui achevait de dépouiller le fermier. Franklin l’avait prévu : « Vos descendants travailleront aux champs… et « ils » seront dans leurs banques en train de se frotter les mains. »
Aux champs et dans les usines. Il n’y a pas plus d’ouvriers juifs dans les grandes entreprises industrielles qu’il n’y a de Juifs dans les fermes du Middle West. Henry Ford l’a dit en décembre 1938, au cours d’une interview qui a quelque peu scandalisé là « conscience universelle » des journalistes new-yorkais : « Il est inutile, a-t-il constaté, de m’envoyer à Détroit des réfugiés juifs venus d’Allemagne. L’expérience prouve qu’ils ne restent jamais. Ils acceptent du travail pendant quelques semaines, le temps de se retourner un peu et de se faire quelques relations, et puis ils s’en vont ailleurs. Les « jobs » qu’on pourrait leur trouver chez moi ne seraient que des marchepieds, un tremplin pour s’élever à des postes de direction… »
On s’en doutait un peu. Les Juifs ne vont pas en Amérique pour défricher ou pour construire. Ils y vont pour profiter du travail aryen. Leur invasion est d’ailleurs toute récente et c’est là un fait sur lequel on ne saurait trop insister. Au XIXe siècle et pendant presque tout le xixe siècle, à une époque où la colonisation comportait des dangers réels et de pénibles efforts physiques, il n’y avait pratiquement pas de Juifs en Amérique. Rien pourtant ne les empêchait de venir, aucune loi ne restreignait l’immigration. N’importe qui pouvait débarquer, louer ses bras ou s’enfoncer, le fusil à la bretelle et la hache à la main, à travers les solitudes que peuplaient, seuls, les fauves et les Indiens. À ce moment, les Juifs
n’étaient ni plus ni moins malheureux qu’au XXe siècle, dans les ghettos d’Europe. Mais ils préféraient ces ghettos aux risques de la conquête.
C’est seulement lorsque l’« âge de la frontière » — comme l’appelle l’historien américain Adams — fut révolu, c’est-à-dire à partir de 1890, qu’ils se ruèrent à la curée, en masses profondes, animés d’une dévorante frénésie. Ils arrivèrent de partout, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, des Balkans. On hésite, tellement cette comparaison est banale, à écrire qu’ils arrivèrent « comme une nuée de sauterelles ». Mais comment s’exprimer autrement ? L’invasion juive des États-Unis, c’est tellement une invasion de sauterelles ! Aux pionniers aryens, les efforts ingrats et rebutants, et aux parasites la moisson, la belle moisson de cette terre prodigieusement riche. À eux, l’or et le pétrole ; à eux le blé et le fer. À eux, les banques et le Capitole.
La conquête des États-Unis par les Juifs atteint à une sorte de perfection. En moins d’un demi-siècle, les conquistadors aryens, ont été refoulés, dépossédés, réduits un peu partout à des emplois secondaires, à des besognes vulgaires. Et les nouveaux messieurs se sont installés, occupant un à un les points stratégiques, délogeant successivement les anciens occupants des bastions dont ils croyaient s’être assurés la garde pour l’éternité. Du travail bien fait, un beau nettoyage.
Déjà, à la veille de l’autre guerre, c’est-à-dire vingt cinq ans à peine après le début de la conquête, les Juifs occupaient en Amérique des positions si importantes qu’on ne pouvait plus rien entreprendre sans leur consentement.
M. André Tardieu qui fut haut-commissaire de la France aux États-Unis d’avril 1917 à novembre 1918 raconte non sans quelque naïveté, dans L’Année de Munich, comment il en eut la révélation. Sa mission avait été reçue correctement, mais sans plus et il se heurtait à une sorte d’indifférence souriante qui compliquait singulièrement sa besogne. Pour tout dire, les « Américains » se moquaient pas mal de la France, de La Fayette, des grands souvenirs d’une fraternité historique tout juste capable d’animer les fins de banquets, à l’heure des discours.
Par contre, la mission britannique qui opérait parallèlement obtenait exactement tout ce qu’elle sollicitait et M. André Tardieu s’aperçut soudain que son chef, le vicomte Reading, était né Rufus Isaac. Cet aristocrate hébreu ne perdait pas son temps à courtiser les aryens. Il allait droit au but, il faisait le siège du juge Brandeis qui était le confident du paralytique Wilson, et ses officiers, juifs pour la plupart, ne prospectaient que les milieux juifs. M. André Tardieu comprit que c’était la clef du problème, que s’il voulait éviter un échec, il lui fallait abandonner les rengaines sur La Fayette et séduire les véritables maîtres du pays.
Il adjoignit donc aux aumôniers de son service d’information deux rabbins photogéniques qu’il ne manqua aucune occasion de mettre en vedette et il s’entoura, lui aussi, d’officiers juifs copieusement décorés qui racontaient à qui voulait les entendre leurs « exploits » guerriers et galvanisaient de leur mieux leurs frères de race de New-York. Puis M. Tardieu se fit envoyer par Pichon, notre ministre des Affaires étrangères, un télégramme qu’il avait lui-même rédigé et qui contenait l’adhésion de la France au projet Balfour concernant la création d’un foyer israélite en Palestine.
Dès qu’il eut son télégramme, M. Tardieu l’apporta au juge Brandeis qui, dit-il, « pleura de joie ». Dès lors, la cause était gagnée. Et M. Tardieu de conclure : Nos relations avec le gouvernement américain, la finance américaine et la presse américaine dont nous avions un impérieux besoin me furent grandement facilitées.
On ne saurait expliquer plus clairement que déjà, en 1917, les aryens ne comptaient guère plus, aux États-Unis. Mais depuis, la situation n’a fait que s’aggraver. La pieuvre juive a poussé partout ses tentacules, étendu partout sa domination.
Le fin du fin, c’est que cette gigantesque expropriation s’est accomplie sans que les vrais Américains se rendissent compte de ce qui leur arrivait. D’abord, les premiers immigrants juifs leur étaient plutôt sympathiques. Ils étaient si humbles, si souriants, si habiles à inspirer la compassion ! Ils étaient de plus le peuple biblique, les enfants de Jéhovah et les puritains du Nord étaient bien trop imprégnés de l’Ancien Testament pour ne pas se sentir en communion d’esprit avec des gens qui se recommandaient de la même inspiration métaphysique, qui étaient rompus aux mêmes disciplines philosophiques, familiarisés avec les mêmes récits palestiniens. Dans une certaine mesure, un puritain est plus près d’un juif que d’un catholique. Et puis comment les Américains se fussent-ils méfiés ? Leur vigilance était paralysée par l’idéologie politique que les fondateurs de la Constitution leur avaient léguée et dont l’issue désastreuse de la guerre de Sécession avait définitivement consolidé le dogmatisme puéril : un homme en vaut un autre, tous les hommes sont frères, il suffit d’une génération pour faire d’un Russe ou d’un Espagnol un Américain 100 %.
Et c’était vrai, en effet, pour les Russes, pour les Espagnols, pour tous les autres représentants de la grande famille européenne. Après une ou deux générations, les
immigrants s’étaient fondus dans le creuset américain, ils avaient oublié leurs origines, ils pensaient, ils réagissaient en Américains.
Les Yankees de vieille souche avaient vu tellement de nouveaux venus s’assimiler presque instantanément, qu’ils furent sans méfiance lorsque Crémieux, Frankfurter, Warshawski et Ben Soussian débarquèrent à leur tour. Crémieux se disait Français, Frankfurter Allemand, Warshawski Polonais et Ben Soussian Syrien. Bien d’autres Français, d’autres Allemands, d’autres Polonais, d’autres Syriens s’étaient mêlés sans effort aux Américains. On leur fit bon accueil. Mais ces nouveaux venus-là n’étaient ni Français, ni Allemands, ni Polonais, ni Syriens. Ils étaient Juifs. Ils étaient les racistes les plus intransigeants du monde, les plus conscients de leur solidarité raciale et nationale, les seuls éléments de la communauté américaine qui fussent absolument inassimilables. Ils venaient de tous les horizons européens, d’Afrique ou d’Asie. Mais aussitôt débarqués, ils faisaient bloc, et quelle que fût leur origine géographique, ils s’aggloméraient non point aux Américains, mais aux autres Juifs plus anciens sur cette terre promise.
Les Américains, qui désapprouvaient la constitution de groupements nationaux, comme les associations irlandaises ou germaniques, car ces groupements, en prolongeant la fidélité à la mère patrie, retardaient l’assimilation de l’immigrant, trouvaient tout à fait légitime que le « Français » Crémieux, l’« Allemand » Frankfurter, le « Polonais » Warshawski et le « Syrien » Ben Soussian se groupassent dès leur arrivée et s’entendissent pour une action commune.
Complètement ignorants des réalités juives, oublieux du cri d’alarme de Franklin, les vieux Américains contemplaient avec un bon sourire la coalition du « Français », de l’« Allemand », du « Polonais » et du « Syrien », et ils disaient fièrement : « Vous le voyez, c’est la fusion des races… »
Il est extraordinaire qu’aujourd’hui, maintenant que la colonisation des États-Unis par les Juifs est pratiquement achevée, les Américains n’aient pas encore compris qu’ils ont été conquis et vassalisés par un peuple étranger. Il est extraordinaire qu’ils ignorent à un degré inimaginable les premiers éléments de la question juive. Leur candeur dépasse, s’il est possible, celle des Français d’avant guerre. C’est qu’ils n’ont pas, comme nous — bien qu’ils aient subi autant que nous, l’avilissement des immortels principes — une tradition de l’antisémitisme qui va de Saint Louis à Drumont et à Céline. C’est aussi parce que, lorsque des Américains ont commencé à ouvrir les yeux, il était trop tard. Les Juifs qui s’étaient introduits dans la place avaient déjà conquis la maîtrise des ondes, du papier imprimé et de la publicité. Impossible de prononcer le mot « juif », de dénoncer le péril juif sans être aussitôt muselé, brisé, anéanti.
Certes, il existe une opposition. Des clubs, des salons, des universités sont fermés aux Juifs. Des Américains peu nombreux mais résolus ont deviné le péril.
Nous parlerons plus loin de ces révoltés. Disons tout de suite que leur action n’éveille aucun écho, qu’elle se limite à des manifestations isolées sans vigueur ni envergure.
Le peuple d’Amérique ne soupçonne pas sa propre servitude. Lui qui est tellement susceptible, tellement intransigeant lorsqu’on aborde la question nègre, lui qui redoute tellement d’être submergé par une vague noire venue des États du Sud, il contemple avec apathie le noyautage des trusts et du gouvernement par les impérialistes juifs. Il subit, il accepte sans réagir. Et surtout il ne comprend absolument pas que le problème juif est un problème de race. Il s’imagine encore qu’il s’agit d’une affaire religieuse et il s’indigne à juste titre qu’on puisse ranimer des préjugés médiévaux pour reprocher à de libres citoyens leurs conceptions métaphysiques.
Comme l’écrivait le génial Céline dans Bagatelles pour un massacre : « Les Américaines yankees qu’on entend pousser de tels cris, créer de tels raffuts, d’universels hurlements (lynchage, pétitions, procès, etc…), dès qu’un nègre les caresse (en public), comment qu’elles se marient aux Juifs ! et à toute berzingue ! et tant que ça peut ! »
Le drame est là. Si les Américains pouvaient être informés de l’aspect racial du problème, sans doute comprendraient-ils plus vite, plus facilement que nous et réagiraient-ils avec une vigueur insoupçonnée. Car une longue cohabitation avec les nègres les a familiarisés avec les problèmes du sang et leur a démontré la nécessité de défendre par tous les moyens la pureté de la race blanche.
Seulement, lorsqu’il s’agit des Juifs, la question ne se pose même pas. Le plus intransigeant des Yankees, celui qui casserait les vitres si un métis pénétrait dans le même restaurant que lui accepte placidement que sa fille soit souillée par un quelconque Lévy et que des Orientaux crépus et lippus lui prennent son argent, lui imposent leur philosophie et décident à sa place de la paix et de la guerre.
Devant le Juif, l’Américain est aussi désarmé que l’oiseau des îles que fascine le serpent. Alors le Juif en profite. Il a redressé l’échiné. Il est vautré dans le fauteuil du boss, le cigare aux lèvres, les pieds sur la table. Il est le maître, le seul maître.

Pierre-Antoine Cousteau, L’Amérique juive, Les Éditions de France, 1942, p. 19-26.

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