Le ghetto de New-York

« Ô New-York ! Kahall Souk ! Shylockerie la plus clamoreuse, la plus insultante, la plus triviale, la plus obscènement matérialiste, la plus mufle du monde ! à vos ordres ! Irrévocablement ! emportés par la grandeur du sacrifice ! Nous frétillons de toutes les joies à la pensée que bientôt grâce aux bénéfices sur nos batailles, sur nos vingt millions de cadavres vous allez retrouver votre joie de vivre, votre prospérité délirante, vos pâmoisons d’orgueil les plus éblouissantes, la suprême félicité ! l’Apothéose jubilante Kabalique ! »
Louis-Ferdinand Céline
L’École des Cadavres

Le ghetto de New-York ? Il n’y a pas de ghetto à New-York. New-York est un ghetto.
Chaque fois que j’essaie de rassembler mes souvenirs, de ressusciter les images de mes séjours à New-York, ce sont des Juifs qui surgissent en gros plans agressifs et obsédants. Je revois des foules confuses, estompées, qui grouillent dans un décor classique d’obélisques vertigineux, la ruée matinale vers le travail, la ruée nocturne vers le plaisir, le vacarme des rues encaissées où stagne une cohue d’autos plus lentes que les piétons, les bagarres féroces autour des portes du métro sur une litière de quotidiens énormes, abandonnés aux caprices du vent, les lumières de la ville qui hurlent l’érotisme, les carrés d’herbe chlorotique épargnés par le ciment armé, encombrés de chômeurs, le rush des gladiateurs du football en armures de cuir, les briques rose sale de la 14e rue et le marbre étincelant de la 42e, les flâneurs parfumés de Riverside et les mauvais garçons sordides de l’East River, le vice, le labeur et l’amour de cette métropole frénétique, déconcertante et brutale où l’on se sent plus désespérément seul au milieu de sept millions de termites que dans la plus solitaire des thébaïdes.
Et par-dessus tout cela, en surimpression, des Juifs et des Juives.
Ils ne sont pas seuls, bien sûr. Il y a à New-York pas mal d’Irlandais, un million d’Italiens, beaucoup d’Espagnols, trois cent mille nègres et même quelques Anglo-Saxons. Mais si l’on veut bien admettre que, dans nos vieux pays, dès que les Juifs atteignent un pourcentage de un pour vingt on a l’impression d’être submergé, à New-York où ils sont un million huit cent mille, soit un Juif pour quatre habitants, on ne voit plus qu’eux, ils ne sont pas seulement présents partout, ils sont la ville elle-même. Le voyageur, qui se contente de découvrir l’Amérique à New-York et qui ne voit que cela, doit revenir avec la conviction que les beaux athlètes des Jeux olympiques et les filles aux longues jambes des films californiens sont un truc de propagande assez grossier, sans équivalence dans la réalité quotidienne.
Le « Yankee » standard de New-York est un petit bonhomme lippu, aux oreilles décollées, aux muscles flasques, aux épaules tombantes. Il s’habille comme Clark Gable, il s’essaye à porter la petite moustache imperceptible des Roméos d’Hollywood, mais il ne réussit qu’à devenir encore plus inquiétant. Il vise à acquérir les séductions de l’Occident et il ne parvient qu’à prendre le genre gangster. Les mâles de New-York semblent avoir été rassemblés là pour figurer dans un gigantesque film policier. On regrette, en les voyant, leurs sosies à papillotes des synagogues de Cracovie qui, eux, du moins, sont nature.
Quant aux femmes, elles sont désolantes. Ni Myrna Loy, ni même Mae West. De grosses dames flétries à vingt-cinq ans, aux chairs gonflées de sucreries, à la peau huileuse et vêtues d’étoffes bariolées avec un mauvais goût criard.
Est-ce à cause de ces gens-là que New-York, cette « espèce de foire ratée écœurante et qu’on s’entêterait à faire réussir quand même » comme l’a écrit Céline dans le Voyage au bout de la nuit, donne une aussi désolante impression de saleté ? La chose n’est pas douteuse. On s’est donné beaucoup de mal pour nous expliquer que New-York ne peut pas être propre, que ses avenues taillées comme de minces canons dans le bloc compact des gratte-ciel entretiennent de perpétuels courants d’air qui brassent sans répit les poussières et les immondices.
C’est une explication par trop commode. À Los Angeles aussi, il y a des gratte-ciel et des courants d’air, et la ville est propre. S’il ne s’agissait d’ailleurs que des poussières entrainées par les tourbillons… Non, la saleté de New-York est congénitale, elle est raciale. Elle s’étale sans pudeur dès qu’on s’éloigne un peu — très peu — des caravansérails de marbre où se superposent les résidences de l’aristocratie, dès qu’on s’écarte des temples insolemment cossus élevés par Israël à la gloire du cinéma.
Alors, la crasse dépasse en horreur tout ce que l’on pouvait voir sur l’ancienne « zone » des fortifs de Paris. C’est la crasse du ghetto, un horrible bric-à-brac oriental avec une toile de fond de poutrelles rouillées et d’escaliers de secours (fire escape) pavoisés de loques qui achèvent de sécher sous de nouveaux sédiments de poussière.
Je ne connais rien d’aussi hideux que le restaurant communiste de la 13e rue. Devant la porte, des nègres dépenaillés vendent le Daily Worker et les New Masses ; on liquide également au rabais des livres dépareillés et orthodoxes, les œuvres de Lénine, Under fire by Henri Barbusse et des recueils de « révélations » sur la terreur nazie. Tout ceci est imprimé en anglais : c’est pour l’usage externe. À l’intérieur du restaurant les intellectuels chevelus, qui dévorent un goulash prolétarien dans un décor de cauchemar d’une inexprimable saleté, sous de grandes affiches antifascistes, ne lisent que des journaux yiddish. Ceux-là n’ont même pas besoin de feindre l’assimilation. Le communisme est pour eux l’affirmation de leur nationalisme.
Je ne sais pas jusqu’à quel point je ne préfère pas ce judaïsme loqueteux aux manifestations sordides mais plus dégradantes du judaïsme de luxe.
Ce sont des Juifs qui ont imaginé la technique perverse des burlesque shows, l’exploitation systématique d’un érotisme que l’on exacerbe avec de diaboliques raffinements sans jamais lui permettre de se satisfaire.
Ce sont eux qui ont inventé les taxi girls, cette forme de la traite des blanches plus avilissante que la prostitution.
Ce sont eux qui ont multiplié à travers New-York ces gigantesques salles de spectacle dont la monstruosité est la honte de notre époque. À Paris, le Rex de M. Jacques Haïk, avec son plafond badigeonné au bleu d’outremer et piqué d’étoiles, avec ses nymphes de plâtre, ses minarets, ses balcons gothiques et ses pergolas, nous offre un assez bel exemple de ce que peut réaliser Israël lorsqu’il a les coudées franches. Les Juifs de New-York ne sont ni moins ni plus barbares que M. Jacques Haïk, mais comme ils sont beaucoup plus puissants que leurs compatriotes du ghetto de Paris, leur mauvais goût s’étale et s’impose avec plus d’insolence encore.
C’est une débauche de colonnades corinthiennes et de gargouilles, d’ornements massifs outrageusement dorés, et de lambris aux couleurs criardes, l’accumulation forcenée de tout ce qu’il ne faut pas faire, de tout ce qu’il faut éviter.
Le voyageur qui a visité le Paramount de New-York, ou le Roxy, ou l’Hippodrome, se hâte de conclure que les Américains ne conçoivent que des monstruosités. Ce qui est très injuste. Je ne prétends certes point que les Américains ont dans l’ensemble le goût très sûr. (Ils ont cependant créé en Nouvelle-Angleterre et dans les États du Sud un « style colonial » qui ne manque pas de charme). Mais les fautes de goût les plus visibles, les plus affligeantes que l’on note à New-York et ailleurs (je pense aux castels médiévaux des ploutocrates d’Hollywood) sont d’abord la manifestation de l’esthétique juive triomphante. Les vrais Américains — en ceci comme pour bien d’autres choses — supportent les conséquences de leur méconnaissance du problème juif. Ils se sont laissé asservir et on les tient pour responsables des attentats auxquels se livrent leurs conquérants.
On dit également chez nous, pour flétrir l’immonde Paris-Soir des distingués industriels Beghin et Prouvost, qu’il a introduit dans notre presse les mœurs américaines. Américaines ? Allons donc… Il n’y a pas de journaux américains à New-York. Il n’y a que des journaux juifs. Et ceux qui ne le sont pas complètement ont bien été forcés de suivre le mouvement, de copier la formule qui réussit si merveilleusement, de tout sacrifier au scandale, au sensationnel, de fignoler des présentations tapageuses, d’élever à la hauteur d’un art le mépris du lecteur.
Lorsqu’on voyait déferler sur New-York, en fin d’après-midi, la marée des tabloïds, on finissait presque par trouver que notre Paris-Soir avait de la tenue… L’un d’eux — j’ai malheureusement oublié son nom — sortit un soir avec cette manchette gigantesque : Valentino mort. On savait que le célèbre acteur était très malade. Tout le monde se rua sur les éditions spéciales. Et ce n’est qu’après avoir acheté le journal que l’on pouvait lire en lettres minuscules € annonce la rumeur publique, heureusement démentie. » Rudolph Valentino n’était pas mort du tout, mais le directeur du tabloïd avait trouvé cet excellent procédé typographique pour écouler son papier.
Toute la technique du journalisme juif tient dans cette anecdote et il n’est point surprenant que pour obtenir une bonne copie des procédés new-yorkais les pieux MM. Beghin et Prouvost aient placé à la tête de leur Paris-Soir les horribles petits Juifs Lazareff et Weiskopf (dit Gombault). Ces apatrides se sont sentis tout de suite à leur aise. The right men in the right place.
Autrefois — je veux dire avant 1933 — les journaux de New-York fabriquaient du sensationnel avec des histoires d’alcôve, des divorces photogéniques et des cuisses de stars. Depuis que Hitler est arrivé au pouvoir, un nouvel élément s’est offert à l’activité des re-write men des rédactions new-yorkaises. Car Hitler était devenu — nous en reparlerons — l’ennemi public n° 1, l’homme à abattre, le réprouvé dont on demandait la tête avec d’autant plus de fracas que les Juifs américains étaient bien persuadés qu’ils ne risquaient personnellement rien dans l’aventure. Et l’on pense bien que les gens qui n’hésitaient pas à tuer Valentino par anticipation, n’allaient pas reculer devant d’autres truquages. J’ai eu entre les mains un magazine montrant une « salle de tortures » dans un camp de concentration allemand. Ma foi, la photo était prise de telle manière que c’était assez confus, mais terrifiant. Il fallait être averti pour savoir que la salle des tortures était tout simplement une salle de douches… À moins que l’hydrothérapie soit considérée par les fils d’Israël — par ceux du moins qui débarquent de Bukovine ou de Russie blanche — comme une véritable torture.
En même temps qu’ils accumulent les horribles détails sur la « barbarie » raciste, les journaux juifs de New-York ont adopté une fois pour toutes — comme ceux de Paris avant la guerre — ce petit ton goguenard et méprisant que nous connaissons bien pour l’avoir tant de fois retrouvé chez nous dans les articles de Léon Blum : Hitler est un grand méchant loup, mais ça n’est pas sérieux, ça n’est pas solide, il ne peut pas se maintenir, il est à la veille de s’effondrer…
La grande vedette féminine de la presse de New-York, « Miss » Dorothy Thompson, femme de Sinclair Lewis, la Geneviève Tabouis américaine écrivait dès 1931, après avoir approché Hitler :
Ce petit bonhomme ridicule, il suffirait de faire « hou ! » devant lui pour le dégonfler. Il ne sera jamais dictateur !
Et depuis lors, tous les quotidiens de New-York ont très ponctuellement répété tous les jours avec la même béatitude les mêmes âneries. Sous-estimation et dénigrement systématiques des révolutions fascistes, empoisonnement de l’esprit public par les procédés les plus vils, excitation constante à la guerre. Telle est la presse juive de New-York.
Les citadelles de la puissance juive se dressent à l’extrême pointe de Manhattan dans un jaillissement de ciment, d’acier et de stuc. C’est là que Broadway prend sa source. C’est là que gesticulent les épileptiques de Wall Street. Tout le business du pays est entassé, verticalement, sur la maigre superficie d’un tout petit canton. Qui n’a pas travaillé dans un de ces buildings ignore ce que peuvent donner les raffinements de la taylorisation. Lorsque j’étais, en 1929, l’employé d’une firme financière — juive naturellement — la Credit Alliance Corporation, je quittais chaque soir mon bureau le cerveau vide, les jambes molles, les nerfs à bout, vingt fois plus épuisé que je ne l’ai jamais été, pendant ma captivité, en déchargeant du charbon dix grandes heures chaque jour dans un kommando de Thuringe.
C’est qu’il règne dans ces temples du business une sorte de frénésie religieuse qui contamine les plus apathiques. Gagner de l’argent est vraiment un sacerdoce, une chose sainte à laquelle il convient de se donner corps et âme. C’est le seul critérium moral, la seule manière de déterminer les préséances sociales.
Combien de fois des gens à qui je venais d’être présenté, avec qui je n’avais parlé que quelques instants, m’ont-ils brutalement demandé : How much do you make ? « Combien gagnez-vous ? » Ils étaient bien excusables. Ils voulaient me situer. Car il n’y a pas à New-York de sots métiers, ou des métiers malhonnêtes, pas plus qu’il n’y a des métiers honorables ou raffinés. Il n’y a que des gens qui « font » beaucoup d’argent — et qui ont droit automatiquement à, la considération admirative de leurs compatriotes — et des gens qui végètent. Ces derniers ne sont pas intéressants. Et s’ils végètent, par surcroît, en étant des intellectuels ou des artistes, alors leur cas devient franchement risible.
Si peu de sympathie que j’aie pour les Anglo-Saxons, je me refuse à considérer que cette manière de jauger les hommes soit d’origine britannique. À Londres, un lord désargenté est mieux considéré qu’un aventurier parvenu et, dans le sud des États-Unis, les vieilles familles de planteurs qui ont accédé à un niveau de civilisation supérieure refusent de se commettre avec les businessmen yankees.
Je ne crois pas non plus que le délire des affaires soit un vice anglo-saxon. Les marchands de la City ont le sens du loisir, ils se font une règle de respecter — si ridicule que cela puisse être parfois — les rites du week-end. Ils ne songent pas, comme cela est de règle à New-York, à tout sacrifier, absolument tout, au business. Non point, certes, pour accumuler de l’argent, car rien n’est plus étranger aux Américains que la conception de l’épargne, mais pour le seul plaisir de gagner des dollars, le plus de dollars possible, très vite et par n’importe quel moyen.
Et cela, cette falsification des valeurs humaines sous le signe de l’argent, cette folle ruée vers l’or des autres, c’est si spécifiquement juif qu’il est inconcevable qu’aucun des découvreurs de l’Amérique dont les récits encombraient notre presse d’avant guerre n’ait eu l’élémentaire honnêteté de le dire. Ils contemplaient d’un œil amusé les sarabandes des messieurs trop crépus autour du veau d’or de Wall Street et ils notaient : « Comme ces Américains sont cupides. »
Les Américains ? Non. Les Juifs.
Allons voir maintenant d’autres Juifs. Des Juifs moins honorablement connus, mais qui ne se « défendent » tout de même pas trop mal. Allons à la Préfecture de Police.
Je fus admis en 1935 à visiter cette institution — j’étais l’envoyé spécial de Je Suis Partout qui, soit dit en passant, n’a pas attendu la chute de M. Mandel pour appeler un Juif un Juif — et ce fut une promenade bien instructive. Il y avait là un étalage hallucinant des moyens de répression dont disposent les cops new-yorkais. Mais ce modernisme ne tendait en somme qu’à mieux démontrer l’impuissance de la loi. Et les policiers eux-mêmes ne se privaient pas de le dire.
On me montra toutes sortes d’armes perfectionnées, on me décrivit l’organisation des services d’alerte, on me promena longuement dans une vaste pièce où des radiotélégraphistes, le casque aux oreilles, dirigent à distance les patrouilles des voitures blindées qui sillonnent la ville. J’arrivai ensuite dans les bureaux de l’anthropométrie. C’était simplement merveilleux : tous les malfaiteurs, les petits et les gros, tous les ennemis publics étaient en carte, de face et de profil, alignés dans des classeurs impeccables, ranges par spécialité. Ici les pickpockets, là les racketeers, un peu plus loin les souteneurs, puis les confidence men, les vulgaires assassins et les gun molls. Et tout au milieu, dans une armoire isolée — car il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes — les « ennemis publics », les grandes vedettes, du crime étiquetées par ordre de malfaisance, l’ennemi public n° 1, l’ennemi public n° 2, l’ennemi public n° 3, etc.
Le policier qui me servait de cicérone, un gros Irlandais roux, tout pénétré de l’importance de sa mission, ne tenait pas à épuiser d’un coup l’intérêt de cette visite. Il savait doser ses effets. Il m’imposa, avant d’atteindre l’armoire des célébrités, une revue du menu fretin, une initiation progressive, en quelque sorte. J’ai vu défiler ainsi, par catégories, tous les spécimens de la pègre : des gangsters coquettement vêtus, des petits voyous sournois, des étrangleurs à face bestiale, et des femmes pas très jolies — bien moins jolies que les dames-bandits du cinéma — qui, toutes, à la différence des hommes, arboraient des sourires éclatants. Est-ce ma faute si aucun de ces réprouvés ne s’appelait Smith où Brown, si tous les souteneurs avaient une origine méditerranéenne et tous les escrocs une origine juive ?
Mais cette revue n’avait d’autre but que d’allécher ma curiosité et, lorsque le policier crut comprendre que mon initiation était suffisante, il m’entraîna avec un grand geste théâtral, avec une sorte de dévotion, vers les vedettes.
— Voilà, me dit-il fièrement, l’ennemi public n° 1 de la ville de New-York : Fleggenheimer, dit Dutch Schultz, le roi des machines à sous.
Je vis — toujours de face et de profil — un vilain bonhomme aux yeux bridés, au nez écrasé, aux lèvres énormes.
Mais oui, c’est un Juif, me dit le policier qui était, comme la plupart des Irlandais de New-York, quelque peu antisémite. Vous ne voudriez tout de même pas qu’il ne fût pas Juif… c’est une des plus grosses fortunes de la ville : vous n’imaginez pas l’argent qu’on peut gagner avec les machines à sous. À condition, bien entendu, d’en avoir le monopole, d’imposer ses machines dans tous les établissements publics et d’en chasser les concurrents, à coups de revolver si besoin est. Dutch Schultz possède des millions et des millions de dollars. Il a une
demeure à Long Island qui est un véritable palais. C’est quelqu’un
Mais il n’est pas en prison ? Vous avez sa fiche, sa photo, son adresse…
Le policier se mit à rire d’un bon gros rire irlandais :
Pas la peine de se fatiguer à arrêter Dutch Schultz. Autant de fois nous le traduirons devant un tribunal, et autant de fois il sera acquitté. La dernière fois, nous avions réussi à le faire inculper pour fraude fiscale… Remarquez que ce gaillard a pas mal de vies humaines sur la conscience, mais ça, c’est encore plus difficile à prouver, personne ne veut témoigner contre le chef d’une bande bien organisée… Tandis que, pour la fraude fiscale, aucun doute n’était possible, Dutch Schultz truquait sa comptabilité et ne payait pas ses impôts. N’importe quel contribuable moyen eût été condamné. Pas Dutch Schultz. Après vingt-huit heures de délibération, les jurés de Malone (État de New-York) l’ont acquitté et l’ennemi public n° 1 est sorti du tribunal en triomphateur, sur les épaules de ses amis. Ça sert d’avoir de belles relations… Quant à nous, nous n’y pouvons rien. Nous ne pouvons qu’attendre que Dutch Schultz se fasse descendre par des tueurs d’une bande rivale.
Et, en effet, quelques semaines plus tard, le corps du gangster était retrouvé criblé de balles, dans l’arrière-boutique d’un café où il comptait sa recette.
New-York avait perdu son Juif ennemi public n° 1. Elle conservait ses autres Juifs, ses banquiers juifs, son gouverneur d’État, le Juif Lehman, son maire juif, M. La Guardia.
Il est logique que New-York ait à la tête de sa municipalité M. La Guardia. Autant il était choquant de voir M. Blum à la tête d’un « vieux pays gallo-romain », comme le nôtre, autant il est normal que les Juifs de New-York se fassent administrer par un des leurs.
M. La Guardia, que ses amis ont surnommé poétiquement « la petite fleur rouge » (the little red flower), est un homme de taille exiguë, court sur pattes, avec une grosse tête de crapaud déplumé qui n’est pas sans rappeler celle de Bela Kun, cet autre Juif. Je l’ai vu, en 1935, au City Hall. Il recevait Mme Lebrun, qui venait d’arriver sur Normandie, dont c’était le premier voyage.
Ruisselant de sueur, gesticulant avec des grâces éléphantesques, la « petite fleur rouge » évoquait l’indissoluble fraternité des grandes démocraties. Et derrière lui, une épaisse cohorte d’Hébreux — toute la municipalité — encadrés par de gigantesques policemen irlandais, souriaient aux caméras avec d’affreux rictus de marchands de tapis. La pauvre Mme Lebrun, acculée contre le micro, accablée par le vacarme des grands mots sonores, balbutiait, avec un accent d’élève de sixième, deux phrases soigneusement apprises par cœur :
Zis is very charming, monsieur le maire. I zank you very much, monsieur le maire.
Une fanfare attaqua la Marseillaise et tous les édiles du ghetto de New-York rectifièrent la position. Apothéose de l’amitié franco-juive.
À ce moment, les naïfs s’imaginaient encore que la France était aimée pour elle-même, pour son magnifique passé et ses vertus ancestrales. On a vu, en 1940, ce qu’il en était. Plus de démocratie, plus d’amour. La France que chérissait la tribu de New-York était la France de Blum, le dernier bastion continental de la juiverie, le « soldat du Droit » que l’on excitait par de bonnes paroles à se sacrifier pour la Cause, l’espoir suprême des émigrés pressés de rentrer à Berlin dans nos fourgons, pressés de se faire un marchepied de nos cadavres pour recouvrer leurs fiefs d’outre-Rhin.
Pouvait-on en douter ? Bien avant que le premier coup de canon eût été tiré, New-York était déjà en guerre depuis longtemps contre le fascisme et l’hitlérisme. Guerre limitée à des exercices de rhétorique ou à des manifestations comme l’assaut du paquebot Bremen, le 27 juillet 1935 par des émeutiers juifs scandaleusement acquittés ensuite par le juge juif Brodsky et félicités d’avoir jeté dans l’Hudson le « pavillon de pirate » du navire. On ne tirait pas de coups de canon, mais c’était bien déjà la guerre. La Guardia, que le Juif Lecache appelait dans Le Droit de vivre — justement dans le même numéro où Jean Cocteau adhérait à la croisade antiraciste — l’« Anti-Nazi n° 1 », patronnait tous les meetings, toutes les manifestations où s’exprimait l’horreur du nouvel ordre européen.
Qu’on m’amène Hitler, proclamait-il devant les foules de « Madison square garden », et je le ferai pendre sur-le-champ.
Évidemment, il n’était pas question que La Guardia se chargeât d’aller lui-même se saisir du Führer. À chacun son rôle : aux Français les bombes des stukas et aux Américains l’ivresse des invectives radiophoniques. En mars 1937, devant les délégués de l’American Jewish Congress réunis à New-York, La Guardia proposa qu’à la prochaine exposition internationale on, édifiât une chambre des tortures où figurerait une effigie d’Hitler « le fanatique en chemise brune ». Et comme le gouvernement de Washington fit au Reich, du bout des lèvres, de vagues excuses, La Guardia retourna devant l’American Jewish Congress pour proclamer avec un joli mouvement du menton que rien ne pourrait le faire taire. Puis les congressistes adoptèrent d’enthousiasme la motion suivante : Nous prenons l’engagement d’intensifier le boycottage des produits allemands afin de protéger (!!!) le peuple allemand de la destruction dont l’hitlérisme le menace.
De même que les Anglais « protègent » les Français en les assassinant, les bons Juifs de New-York brûlaient de « protéger » les Allemands en les faisant étriper par les soldats français.
Mais, en 1938, les Français parurent s’être dérobés à leur « mission ». Ils avaient poussé l’insubordination jusqu’à s’entendre avec les Allemands. Aussi fallait-il entendre le concert d’imprécations des matamores du ghetto de New-York.
La France s’est déshonorée ! lançait M. La Guardia, aux acclamations de ses belliqueux (mais prudents) administrés.
Et le grand rabbin Stephen Samuel Wise, cette autre moitié de Jéhovah — au moyen âge, le pape et l’empereur étaient les deux moitiés de Dieu, aujourd’hui, à New-York, le Saint-Empire bicéphale d’Israël a son maire et son rabbin — Wise donc se voilait la face d’horreur.
Je n’ai pas approché Stephen Samuel Wise qui est un trop puissant seigneur pour perdre son temps avec de chétifs journalistes européens, mais je sais l’importance de ce personnage et l’influence qu’il exerce sur la communauté new-yorkaise et sur la politique générale des États-Unis.
C’est à lui, d’ailleurs, que le traître de Gaulle s’est adressé récemment pour l’assurer qu’après la « victoire » (!!!) anglaise, les Juifs seraient réintégrés, en France, dans leurs postes de commandement. Or, comme de Gaulle, si vil qu’il soit, n’a vraisemblablement pas fait de gaîté de cœur une aussi compromettante déclaration, comme il paraît certain qu’il l’a faite sous la pression d’un chantage impératif — « prononcez-vous publiquement pour les Juifs ou on vous coupe les vivres ! » — on peut mesurer ainsi la puissance du grand rabbin.
Assez curieusement, Stephen Samuel Wise a beaucoup moins le type juif que certains de ses compatriotes au sang plus mélangé (La Guardia, par exemple, a des ancêtres italiens). Avec ses lèvres minces, ses yeux enfoncés dans leurs orbites, et son teint blafard, il a plutôt l’air d’un pasteur méthodiste constipé par un abus d’hypocrisie.
Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Stephen Samuel Wise est merveilleusement juif et nullement hypocrite. Il est même d’une admirable franchise. C’est lui qui a écrit, le 13 juin 1938, dans le New-York Herald Tribune, ces lignes qui expliquent toute la politique américaine :
Je ne suis pas un citoyen américain de religion juive. Je suis un Juif. Je suis un Américain. J’ai été un Américain pendant les soixante-trois soixante-quatrièmes de ma vie, mais j’ai été un Juif pendant quatre mille ans. Hitler a eu raison sur un point : il appelle le peuple juif une race. Et nous sommes une race.
Une race qui s’est emparée de tous les leviers de commande, qui a brisé toutes les résistances.

Pierre-Antoine Cousteau, L’Amérique juive, Les Éditions de France, 1942, p. 27-35.

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