L’islam, société secrète

C’est dans sa trente-neuvième année que Mohammed fit connaissance de et se lia d’amitié avec Abou Bakr, fils d’Abou Kahafah, un marchand de tapis, de deux ans son cadet. Doué pour le commerce, il avait acquis une fortune considérable et, son père étant aveugle, il était le chef de famille. C’était un homme bon et bienveillant, aux manières charmantes et à l’esprit fin, même s’il tenait parfois des propos obscènes ; et sa compagnie était très recherchée. Comme les tribus mecquoises, comme les autres Arabes, avaient l’habitude de se réunir le soir et que certaines dames tenaient salon dans la cour de leur maison, les occasions de converser ne manquaient pas à La Mecque.
Abou Bakr adorait les héros comme nul autre ; il possédait une qualité typiquement féminine qui se rencontre parfois chez les hommes, c’est-à-dire la propension à se dévouer corps et âme à autrui, sans jamais se poser de questions, ni regarder en arrière ; ayant beaucoup cru, il ne demandait qu’à croire encore davantage. Mohammed, en fin psychologue, perçut cette qualité et l’utilisa.
Un an après qu’ils furent devenus intimes, Mohammed fit appel à Abou Bakr et c’est Abou Bakr et non Mohammed qui fit du prosélytisme. Nous ne savons pas si Mohammed avait déjà cherché à découvrir s’il pouvait faire des disciples ; ce qui est certain est qu’il trouva dans cette personne un homme capable de croire que l’un de ses concitoyens avait reçu un message de Dieu, qu’il lui incombait d’accueillir et de promouvoir. Il est beaucoup plus facile d’inviter les hommes à admettre les affirmations d’autrui que les siennes. La preuve en est que dans l’histoire de l’islam les Mahdis qui eurent le plus de succès furent ceux qui purent rester cachés alors que certains de leurs adeptes proclamaient leur avènement. Mais, dans la plupart des cas, il s’agissait d’une collusion, dont chaque partie attendait un avantage certain. Dans le cas d’Abou Bakr, l’hypothèse d’une collusion ne peut être admise. Mohammed affirma que s’il avait dû prendre un homme pour confident (khalil), il aurait pris Abou Bakr mais qu’il n’avait pas pris de confident. Abou Bakr, même s’il fut un précieux assistant, ne fut pas un complice. Il n’oublia jamais la distance entre son maître et lui-même.
Quand un homme prétend produire des messages d’un autre monde, il doit accorder à la fois leur forme et leur fond à une origine surnaturelle. Le problème qui se pose au médium est de produire un message sans avoir l’air de le fournir lui-même ; et Mohammed dut résoudre ce problème non moins qu’un médium moderne. Lorsqu’il eut ses premières révélations en public, il semble qu’il adoptât instinctivement (ou, peut-être, à l’exemple des Kahins) (1) un procédé commun aux prophètes de tous les âges, (2) tout comme à la Sibylle :

« talia fanti
Ante fores subito non voltus, non color unus,
Non comptae mansere comae; sed pectus anhelum,
Et rabie fera corda tument: majorque videri
Nee mortale sonans, adflata est numine quando
Jam propiore dei, »

Mohammed tombait dans un état d’agitation violente, son visage devenait livide (3) et il s’enroulait dans une couverture ; quand il l’ôtait, il était couvert de sueur (4) et il ne lui restait plus qu’à écrire le message qu’il avait reçu. De temps à autre un message inintelligible semble avoir précédé le message proprement dit, les lettres ne formant pas de mots et ressemblant curieusement aux premiers mouvements d’une planchette. Nous avons déjà vu qu’il y a de bonnes raisons de croire que Mohammed eut à un certain moment des crises d’épilepsie ; les phénomènes qui accompagnent ces crises peuvent lui avoir suggéré une forme qu’il aurait pu reproduire artificiellement par la suite. Le processus décrit, parfois accompagné de ronflements et de rougeurs au visage, (5) en vint à être reconnu comme la forme d’inspiration normale et put être mis en scène sans la moindre préparation ; le Prophète recevait une communication divine en réponse immédiate à une question qui lui avait été adressée pendant qu’il mangeait et, après l’avoir révélée de cette façon, terminait le morceau qu’il tenait dans sa main quand il avait été interrompu, ou une révélation lui était faite en réponse à une question qui lui avait été adressée alors qu’il se trouvait en chaire. (6) Suite à des révélations qui semblent avoir été ses toutes premières Mohammed fut appelé « l’homme dans la couverture » ou « l’homme qui est enveloppé ». Quelle qu’ait été la recette de ce processus, le Prophète semble l’avoir apprise par cœur.
Les autres problèmes que doit résoudre le médium porte sur la substance de la révélation. Une fois à la tête d’un Etat Mohammed eut beaucoup à dire mais, au commencement de sa carrière, la substance ne lui fut pas fournie par les circonstances. En règle générale, les médiums qui sont dans la même situation que Mohammed n’y vont pas par quatre chemins. Ils mettent dans la bouche de Dieu des paroles qui sont généralement reconnues comme siennes, à savoir des versets de l’Ancien Testament ou du Nouveau. Comme ceux-ci sont reconnus comme des paroles de Dieu, cela ne coûte rien de les répéter. Quand Mohammed, poussé par les circonstances à produire de plus en plus de révélations, suivit cette méthode sûre, il put déclarer que c’était par un miracle qu’il était instruit du contenu de livres qu’il n’avait jamais lus. Lorsque son style de prédicateur lui eut valu à juste titre l’approbation de grands auditoires, il put changer de disque et déclarer que le miracle résidait dans son éloquence incomparable.
Mais n’anticipons pas. Les toutes premières bribes de révélation, qui furent communiquées à Abou Bakr, semblent avoir été des imitations des discours des prédicateurs que Mohammed avait entendus lors de ses voyages. Selon une tradition, il avait entendu les sermons du « plus éloquent des Arabes », Kuss, fils de Sa’idah, qui enjoignait les hommes à se rappeler du caractère éphémère de la vie et à déduire l’existence du Créateur des phénomènes du monde. Les sujets qu’abordaient ces prédicateurs étaient sans doute le Jour du Jugement, le feu de la géhenne et la nécessité d’adorer Allah plutôt que les idoles ; car c’étaient là les thèmes ordinaires des évangélistes. (7) D’ailleurs l’expérience montre que les avertissements sur l’approche de la fin du monde trouvent facilement écho. (8) Ceux qui décrivent les premiers discours du Prophète disent qu’ils avertissaient les Mecquois de la punition divine et que l’orateur se comparait lui-même à celui qui donne l’alarme quand l’ennemi attaque. (9) Comme nous allons le voir, cette doctrine ne doit pas être dissociée de celle de la résurrection ; et les traits distinctifs de l’enseignement de Mohammed, par opposition aux idées du paganisme, étaient en tout et pour tout la doctrine de la vie future et de l’unité de Dieu. L’art oratoire arabe semble avoir été en quelque sorte rimé et Mohammed l’imita sans en comprendre la nature.
Pour repousser la supposition que Mohammed mystifiât délibérément ses contemporains il a été argué, dans les temps anciens comme dans les temps modernes, de la droiture de son caractère, qui lui aurait même valu le nom de « Fidèle ». Ainsi l’histoire selon laquelle il aurait dressé un pigeon à picorer des grains dans son oreille a excité la vive indignation de Carlyle et d’autres. En fait la tradition musulmane ne rapporte pas qu’il reçût jamais des révélations de pigeons. Pourtant il y est fait mention d’évènements qui semblent montrer qu’il avait étudié des effets théâtraux d’un genre un peu moins naïf. Dans une salle vide il prétendit ne pas pouvoir trouver de place assise, – tous les sièges étant occupés par des anges. Il détourna pudiquement son visage d‘un cadavre, par égard pour deux houris qui étaient venus du ciel pour soigner leur mari. Il y a même tout lieu de supposer qu’il lui arrivait de laisser certains de ses acolytes jouer le rôle de Gabriel ou de laisser ses disciples identifier un de ses interlocuteurs à cet ange. Les révélations qu’il eut ressemblent à celles des médiums modernes qui peuvent être étudiées dans l’histoire du spiritisme de M. F. Podmore, dont les recherches jettent le plus grand doute sur l’idée qu’un homme honorable ne peut pas mystifier ses semblables et montrent aussi que l’adhésion qu’emportent les performances d’un médium est rarement ébranlée par leur démystification. A propos de l’un des médiums dont il décrit la carrière l’auteur fait remarquer qu’il avait gagné l’amitié et toute la confiance de son assistance, qu’il était aidé par les émotions religieuses inspirées par les paroles qu’il prononçait en transe et qu’il pouvait se prévaloir d’un caractère sans tache et d’une vie honorable. La possession de ces avantages aida grandement ce médium à faire croire en sa sincérité ; mais l’historien du spiritisme, même s’il ne sait pas comment rendre compte de tous les phénomènes et qu’il reconnaît les difficultés qui accompagnent son explication, est enclin à attribuer à la ruse tout ce qui relève du merveilleux dans les performances du médium. Ce qui est clair est que Mohammed possédait les mêmes avantages que ceux qu’énumère Podmore et que c’est ainsi qu’il fit des adeptes ; que, néanmoins, le processus de révélation était si douteux que l’un des scribes chargés de mettre par écrit les effusions acquis la conviction que c’était une imposture et renonça en conséquence à l’islam. Mais à ceux qui se bornent à étudier l’efficacité politique des révélations surnaturelles il importe peu de savoir si le médium est sincère.
Nous considérons donc que c’est la réceptivité d’Abou Bakr qui explique que Mohammed ait pu jouer un rôle de médium. Il était dans le caractère de Mohammed d’attendre son heure – d’attendre le bon moment pour agir. Mais le nouveau rôle qu’il s’apprêtait à jouer n’est pas de ceux qui peuvent être improvisés – il n’est pas possible de changer complètement de vie sans période de transition. Cette transition est une période de solitude pour la plupart des médiums. Ainsi Joseph Smith, le fondateur de la secte mormone, errait dans un bois, quand un ange lui révéla le Livre de Mormon. Le voyant de Poughkeepsie, en Mars, 1844, « se promenait dans la campagne sous la protection de son maître spirituel, quand il tomba spontanément dans une transe au cours de laquelle Galien et Swedenborg lui apparurent dans un cimetière et lui communiquèrent le message qu’il devait transmettre à l’humanité ». Son œuvre, The Principles of Nature, dont il accoucha par la suite en état de transe, s’il ne remporta pas tout à fait le même succès que le Coran, eut cependant trente-quatre éditions en trente ans et est encore cité par certains comme une révélation divine. (10) Que la carrière prophétique de Mohammed débuta par une période de solitude semble attesté, même s’il y a quelques contradictions entre nos autorités sur les détails. Pendant un mois – et il semble que ce soit celui du Ramadan, qui fut considéré plus tard comme le Mois du Jeûne – les Mecquois pratiquaient un rite appelé tahannuth, dont la signification exacte est inconnue mais qui, apparemment, était une forme d’ascétisme. Pendant ce mois Mohammed avait coutume de se retirer dans une grotte au Mont Hira, à cinq kilomètres de la Mecque dans la direction de Ta’if. Il semble y avoir emmené sa famille : il est cependant probable qu’ils n’y rendaient pas le culte quotidien qu’ils rendaient à Al-Lat et à Al-‘Uzza (11) à la Mecque […] Un certain jour du mois, Mohammed descendait tout seul dans la vallée et c’est là qu’avait lieu la théophanie (ou son équivalent) qui marqua le début de sa carrière de messager divin.
L’idée de Joseph Smith était de communiquer au monde le contenu de certaines tablettes secrètes auxquelles il était le seul à avoir accès et dont il était le seul à pouvoir traduire la langue « par la grâce de Dieu ». L’idée de Mohammed était analogue ; il était autorisé (ou, selon un témoignage, forcé) de lire le contenu d’une tablette bien gardée – il ne savait auparavant ni lire ni écrire. Au miracle par lequel il devint capable de lire sans avoir appris – un épisode qui peut avoir été suggéré par des récits sur d’autres prophètes – il fait allusion (12) mais n’y insiste pas. L’idée de n’être autorisé qu’occasionnellement à avoir accès à la tablette gardée était meilleure que celle de Smith, parce qu’elle lui permit de légiférer en cas de besoin. Dans les traditions qui portent sur ce sujet la communication est faite par Gabriel, l’ange qui transmet les messages dans le Nouveau Testament ; mais, dans la théophanie consignée dans le Coran, il semble que ce fut Dieu lui-même qui descendit, qu’il s’adressa au Prophète à une distance d’un peu moins de deux portées d’arc (13) et que, la deuxième fois, celui-ci le vit « près du Lotus de la limite, non loin du Jardin du séjour des bienheureux ». Le fait qu’il se substitua à Gabriel par la suite est probablement dû au développement de la théologie du Prophète.
Nous n’en saurons jamais plus sur le commencement de la révélation. Dans le premier récit le Prophète est tellement affolé par son expérience et tellement effrayé de devenir un devin (Kahin) ou un poète qu’il manque de se suicider ; Khadija, le rencontrant par hasard, le réconforte en lui assurant qu’il serait le Nabî (Prophète) national – un mot qu’elle pouvait difficilement connaître – et s’entretient avec Warakah, fils de Nawfal, qui prononce des paroles tout aussi encourageantes. Ses paroles auraient été les suivantes : « Kaddosh, Kaddosh, c’est le sublime Nomos. » Les deux premiers mots sont hébreux et signifient « Saint, Saint ! » Le dernier est le mot grec pour « Loi ». Le caractère curieux et hybride de ces expressions peut rendre cette histoire crédible ; mais les commentateurs traduisent Nomos » par « le messager du Roi » et l’applique à Gabriel, donnant ainsi à entendre que l’exclamation ne convenait pas à l’occasion à laquelle elle est censée avoir été poussée. Dans une autre version Khadija ne consulte pas Warakah mais un esclave chrétien, qui reconnaît aussi Gabriel dans cette appellation. Warakah ne figure pas dans la suite du récit (14) et il serait téméraire d’affirmer que l’entrevue entre Khadija et lui fut historique ; on savait que Khadija avait un parent éclairé et la légende ne pouvait guère faire moins que de lui faire reconnaître la mission de son mari. Et nous n’accordons pas plus de valeur historique à la tradition selon laquelle Mohammed rêva qu’il voyait Warakah après sa mort, vêtu de blanc, ce qui signifie qu’il avait sa place en paradis. (15) En revanche il n’est pas improbable que Khadija ait pu avoir été préparée par les spéculations et les études de son cousin à une révolte contre la religion mecquoise. Dans le cas de Khadija on peut en outre imaginer a priori que le chagrin que lui causa la mort de ses fils entra dans le processus de conversion et cela est confirmé par une histoire racontée dans les Mémoires d’Ali. (16) Si les idolâtres vont en enfer, demanda-t-elle à son mari, ses parents étaient-ils en enfer ? Mohammed répondit qu’ils y étaient et, voyant qu’elle avait l’air peiné, lui assura que, si elle pouvait les voir dans leur vraie nature, elle les détesterait aussi. Elle lui demanda ensuite si ses enfants morts étaient aussi en enfer ? En réponse à cette question le Prophète eut une révélation : « Ceux qui auront cru et que leurs descendants auront suivis dans la foi, Nous ferons que leurs descendants les rejoignent. » Une réponse brillante, (17) puisqu’ainsi la mère endeuillée était assurée que le bonheur éternel de ses fils morts était subordonné à sa croyance ; la chance lui était ainsi donnée non seulement de les retrouver mais de leur permettre d’accéder au Jardin des Délices. Il n’est pas étonnant que Khadija se dévouât corps et âme à la mission et reçût la promesse d’une place très spéciale au Paradis. (18)
Il est clair que certains des commandements de l’Islam doivent avoir été établis à partir du moment où les révélations furent communiquées à Abou Bakr et à Khadija. Car il n’est en aucun cas suffisant d’avertir les gens des terreurs du jour du Jugement ; il faut donner des réponses à la question : Que dois-je faire pour être sauvé ? Et cette réponse, pour être satisfaisante, doit comporter certaines injonctions. Il semble qu’il ait été enjoint de laver les vêtements et de se détourner des idoles. Le premier de ces commandements était un acte symbolique facile – chez de nombreux peuples les vêtements ne font qu’un avec la personne qui les porte ; (19) le deuxième était difficile à suivre dans une communauté où les gens se fréquentaient beaucoup ; à en croire des histoires dont nous parlerons, le culte des idoles était très répandu. Il était difficile à une personne de renoncer à l’idolâtrie sans que sa famille le remarquât ; aussi le secret de la mission du Prophète dut-il être révélé en premier aux deux garçons qui vivaient chez Khadidja, Zaid, fils de Harithah, le fils adoptif et Ali, cousin du Prophète et fils d’Abou Talib, que Mohammed s’était engagé à entretenir, parce que son oncle avait du mal à subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. (20) Ce dernier avait environ dix ans, le premier était de dix ans le cadet du Prophète (21) – selon la version la plus vraisemblable -, mais, comme nous aurons l’occasion de le voir, entièrement soumis à l’autorité du Prophète.
Il est précisé que les révélations cessèrent pendant un certain temps après qu’elles eurent commencé, un phénomène qui peut être comparé au fait établi par Starbuck dans les cas de conversion qu’il a étudiés : les abjurations, il le montre, sont rares mais les périodes d’inactivité et d’indifférence nombreuses. On rapporte que Khadija consola le Prophète pendant la période où il cessa d’être visité par Dieu, ce qui signifie peut-être que la femme résolue qui lui permit de garder la foi pendant les années au cours desquelles sa passion dominante doit avoir été la plus forte l’obligea à suivre la direction qu’il avait prise. Mais, en fait, il y fut contraint par Abou Bakr qui commença immédiatement à faire du prosélytisme. Il ne fait pas de doute que, à la demande du prophète, la mission fut accomplie dans le plus grand secret. Abou Bakr n’en instruisit que les personnes en qui il avait confiance et qui avaient de l’influence. Mais ni lui, ni le Prophète n’étaient impatients et ils auraient été satisfaits si la propagande d’Abou Bakr avait converti trois personnes la première année. (22) Il y a tout lieu de penser qu’il fut aidé dès le début par un esclave abyssin, Bilal, dont nous aimerions en savoir plus sur les ancêtres ; car Omar déclara que Bilal formait « un tiers de l’Islam » ; (23) et, à moins que nous ne nous méprenions sur le sens de l’expression, un autre disciple prit l’habitude de se dire le quart de l’Islam (24) parce que, lorsqu’il avait rendu visite à Mohammed à Ukaz, il l’avait trouvé en la compagnie d’un homme libre (Abou Bakr) et d’un esclave (Bilal). La tradition est manifestement incapable de dire avec certitude de qui il était l’esclave. Faute d’être mieux informé, nous sommes enclin à lui attribuer certains des éléments abyssiniens des productions du Prophète. (25) Après un certain temps, il fut acheté et affranchi par Abou Bakr.
La méthode d’Abou Bakr n’a pas été rapportée dans de nombreux cas. Il y a cependant une anecdote qui semble être vraie et caractéristique. Othman, fils d’Affan, de six ans le cadet du Prophète, était un marchand de tissu qui avait pour associé un cousin de Mohammed ; (26) Il se livrait également à l’usure, prêtant de l’argent à des entreprises dont il jouissait de la moitié des bénéfices ; (27) il traitait les questions d’argent avec une remarquable acuité. (28) Sa sœur était modiste, mariée à un barbier (29) et lui-même était exceptionnellement beau, aimait beaucoup les parures personnelles et était digne, Mohammed lui-même n’osait pas apparaître en robe d’intérieur devant lui (30) ou permettre aux filles d’esclaves de jouer du tambourin en sa présence. (31) Il n’aimait pas se battre, comme l’histoire le montra plus tard, car il quitta un champ de bataille, s’enfuit d’un autre et fut tué alors qu’il lisait le Coran avec ostentation. Il aimait la fille de Mahomet, Rukayyah et apprit à son grand regret qu’elle avait été fiancée à un autre. Ayant appris la triste nouvelle, il confia son chagrin à Abou Bakr. Abou Bakr lui prêta une oreille bienveillante, puis lui demanda s’il ne pensait pas que les dieux mecquois n’étaient que du bois et des pierres. Une question d’une délicatesse douteuse, semble-t-il, à moins que l’amant n’eût fait appel à leurs services ; mais une conversation s’en suivit, dont Othman déduisit que, s’il choisissait de déclarer que les dieux mecquois étaient dignes de mépris et reconnaissait que Mohammed avait pour mission de les supprimer, il pourrait quand même obtenir la main de la fille de Mohammed. Mohammed passa alors à côté d’eux, Abou Bakr lui murmura quelque chose à l’oreille et l’affaire fut arrangée. Othman devint croyant et Rukayyah devint sa femme.
Dans ce cas, le processus de conversion est évident et ne présente aucune difficulté de compréhension pour le lecteur. Dans chacun des autres cas, l’habile missionnaire doit avoir vu une ouverture, même si, souvent, nous ne savons pas en quoi elle consista. Abou Bakr savait probablement que les femmes sont plus sensibles à la conversion que les hommes, les résidents étrangers que les indigènes, les esclaves que les hommes libres, les personnes en difficulté que les personnes nanties et prospères. Quand l’existence de l’islam fut découverte, la situation modeste de la plupart des disciples de Mohammed fut une pierre d’achoppement pour les aristocrates mecquois, qui lui demandèrent de chasser cette racaille avant qu’ils n’en décousissent avec elle. En effet, le Coran reconnaît tellement explicitement que les adeptes du Prophète étaient la lie du peuple (32) que de sérieux doutes pèsent sur les anciennes traditions qui contredisent cette affirmation […] Et plus tard, quand les aristocrates eurent été forcés de se convertir à l’Islam, ils prirent l’habitude de reprocher leur condition antérieure à leur nouveaux frères. (33) Plus d’un revendiqua par la suite l’honneur d’avoir été le premier converti par Abou Bakr ; et la durée pendant laquelle la mission resta secrète rendit leur affirmation difficile à vérifier. Quand on leur demandait ce qui les avait amenés à Mohammed, ils étaient capables de donner des réponses incroyables ; peut-être qu’ils avaient oublié le vrai motif ou qu’ils préféraient le cacher. Khalid, fils de Saïd, le quatrième ou cinquième converti, rêva que son père le poussait dans un lac de feu, dont un autre homme le sauva. Il demanda à Abou Bakr d’interpréter ce rêve. (34) Abou Bakr l’emmena chez Mohammed, puis lui fit faire une retraite à Ajyad, près de Safa, où le rêveur reconnut son Sauveur et se convertit. Les hommes font-ils vraiment de tels rêves ? Flammarion et Myers répondraient que oui. Abdallah, fils de Massoud, un client et un serf, déclara que, alors qu’il nourrissait les troupeaux d’Ukbah, fils de Mu’ait (qui devint ensuite un farouche adversaire de Mohammed), Mohammed et Abou Bakr lui avaient demandé un bol de lait ; et Abdallah fut converti à la vue du pis de la chèvre qui gonflait et se contractait au grand plaisir du Prophète. (35) Othman, fils de Maz’un, (36) un homme qui avait un tempérament d’ascète, vint un jour s’asseoir à côté du Prophète ; le Prophète leva les yeux au ciel, le fixa à un certain endroit, s’y rendit, revint et leva à nouveau les yeux au ciel. Lorsqu’Othman lui demanda la signification de cet exploit, il répondit qu’il avait été visité par un messager de Dieu, qui l’avait invité à prêcher la justice, la bonté, la chasteté, etc. et Othman crut. Plusieurs déclarèrent que l’insatisfaction des croyances païennes était ce qui les avait fait se tourner vers le Prophète ; et s’il y avait une trace de ce sentiment chez un homme, Abou Bakr faisait en sorte qu’il ne lui échappe pas. Un de ceux qui peuvent avoir été convertis de cette manière fut Sa’id, fils d’Amr Ibn Zaid ; son père avait rejeté le polythéisme et l’idolâtrie avant que la mission de Mohammed n’eut commencé, sans toutefois adopter le judaïsme ou le christianisme. Sa’id fut converti très tôt mais il n’est pas cité parmi les prosélytes d’Abou Bakr. Un autre de ces convertis a peut-être été ‘Abd al-Kaaba (le serviteur de la Ka’ba), fils de Auf, rebaptisé ‘Abd al-Rahman, car la Kaaba n’était encore dissociée du paganisme. (37) Cet homme était marchand et avait pour associé un certain Rabah, que ses nouveaux amis appelèrent « le Fidèle ». Il était doué d’un rare talent pour faire de l’argent, qu’il dépensait sans compter. Des années plus tard, (38) quand il arriva à Yathrib avec d’autres réfugiés démunis, tout ce qu’il demanda fut qu’on lui indiquât le marché ; une fois au marché, il se sentit revivre, bien qu’il n’eût pas de capital. (39) Il aurait été abstinent avant sa conversion ; aurait désapprouvé le fait de combattre dans le sentier de l’Islam, même une fois que cette pratique eut prit cours ; ne l’aurait cédé à personne en courage. Un tel homme pouvait ne pas sembler un élément prometteur pour Abou Bakr mais il était d’environ huit ans le cadet d’Abou Bakr et peut avoir été soumis à son influence. Ou, dans son cas aussi, il se peut qu’une dame jouât un rôle. Il y avait à la Mecque un certain Mikdad qui, après avoir commis un meurtre, s’était enfui de sa tribu et avait été accueilli par les Kindah ; chez eux aussi il versa le sang ; et il s’enfuit à la Mecque, où il fut adopté par un homme du nom d’Al-Aswad, de la tribu de la mère de Mohammed. ‘Abd al-Kaaba lui conseilla (au cours de la conversation) de se marier mais il refusa sa fille avec mépris ; il fut cependant consolé par Mohammed qui lui donna en mariage la fille de son défunt oncle, Zubair, dans les mêmes conditions (on peut le penser) que celles auxquelles Othman avait été contraint de se soumettre. Nous ne connaissons pas les autres mesures qui furent prises pour convaincre ‘Abd al-Kaaba. Avec Mikdad fut converti un autre homme, Utbah, fils de Ghazwan, un client probablement pauvre.
Trois des autres premiers convertis furent Al-Zubair, fils d’’Awwam ; Saad, fils d’Abou Wakkas et Talhah, fils d’’Ubaidallah. Le premier d’entre eux, suivant les traditions, avait huit, dix ou dix-sept à l’époque ; c’était un cousin du Prophète, fils d’un marchand de grains et apprenti boucher ; et l’on dit que ses parents le maltraitaient. Si sa conversion intervint bien à ce moment, c’était peut-être un camarade de jeu d’Ali, initié à des mystères qu’il ne pourrait pas révéler, car, comme nous l’avons vu, leurs familles étaient liées.
Talhah était certainement adulte et prétendait avoir été présenté à Mohammed par un moine qu’il avait rencontré en voyage d’affaires en Syrie. Si cette déclaration a de la valeur, il est probable qu’elle signifie qu’il y avait entendu dire que le paganisme arabe était ridiculisé par les adeptes de la croyance à la mode ; si leurs moqueries étaient sans effet sur la plupart des esprits, certains y étaient tout de même sensibles. Plus tard, ses habitudes dépensières le rendirent célèbres. (40)
Saad prétendit avoir été pendant toute une semaine le troisième musulman, auquel cas il aurait été le premier à avoir été converti par Abou Bakr. Il était fabricant de flèches et on raconte qu’il fut le premier à verser son sang pour la nouvelle cause. Il était âgé de dix-sept ans au moment de sa conversion. Lorsqu’ils furent amenés à Mohammed, tous les convertis éprouvèrent de la répugnance, à l’exception d’Abou Bakr. La Prophète le reconnut par la suite : mais il ne précisa pas ce qui déplaisait aux nouveaux venus. Et nous ne savons pas comment se déroulaient ces scènes solennelles : nous apprenons tout au plus que le Prophète enseignait aux prosélytes à prier. Plus tard, cependant, pour être admis à voir le Prophète, le prosélyte devait être disposé à prêter serment d’allégeance et devait s’engager à s’abstenir de certains actes immoraux ; pour la perpétration desquels il était puni dans cette vie, s’il voulait échapper à la punition dans l’au-delà ; (41) et, encore plus tard (dans le cas des hommes), il devait combattre toutes les nations, jusqu’à ce qu’elles eussent adopté la nouvelle religion. Il ne fait guère de doute que, dès le début, les prosélytes prirent des engagements aussi graves que ceux que prennent ceux qui sont admis dans d’autres sociétés secrètes ; en général, ces obligations ne sont pas des actions précises dans le présent mais la volonté de répondre à l’appel dans l’avenir. Il semblerait que, dès le début, le Prophète établit des fraternités de croyants, dont les nouvelles relations devaient remplacer les liens de sang tout comme le christianisme de la tribu des Ibad ou les chrétiens de Hira avaient fournit un lien différent des liens tribaux. La répugnance qu’observa le Prophète était probablement due à l’angoisse que même les jeunes éprouvaient à l’idée de se lier à quelque chose à perpétuité, en particulier lorsque ce quelque chose est une quantité inconnue, une voie dont l’issue est obscure.
L’évolution de la cérémonie musulmane appelée salât, dont le nom dérive dut terme juif ou du terme chrétien pour « prière », n’est pas connue en détail. Sous une forme qui fut stéréotypée par la suite, la coutume juive de prier debout, le pratique chrétienne de la prosternation (42) et celle de l’inclination (le dos horizontal et les mains sur les genoux) furent combinés et certaines formules furent prescrites. « Au début nous avions l’habitude, déclara un converti, ne sachant pas quoi dire quand nous priions, de saluer Dieu, Gabriel et Michael ; le Prophète nous apprit alors une autre formule ». (43) Une prière similaire au Pater Noster fut composée sans doute plus tard : elle contient des références polémiques à une secte ou des sectes non spécifiées. (44) Comme nous le verrons, la salât fut ensuite utilisé comme une sorte d’exercice militaire : les premiers temps il avait un caractère ascétique, le dévot « se passant une corde autour de la poitrine ». (45) La tradition affirme que la division de la journée en périodes dans le but de faire la salât cinq fois par jour fut une innovation de la fin de la période mecquoise et les éléments de la législation concernant la pureté rituelle semblent être apparus encore plus tard. Pourtant, la théorie selon laquelle Dieu ne doit être approché que par des personnes dans un état de pureté était connue dans le sud de l’Arabie avant l’époque de Mohammed, ce qui rend probable que ses premiers adeptes avaient été éduqués là-bas et, en effet, le lavage des vêtements, qui marquait la conversion, appartient au même ordre d’idées.
Au cours de cette première période, la salât était faite dans la plus stricte intimité et il ne fait aucun doute que les réunions de croyants étaient organisées avec une grande prudence. Quel que soit le rôle que les convertis avaient déjà commencé à jouer dans le culte mecquois, ils continuèrent sans doute à le jouer. Nous ne savons pas si le caractère sacré de la Kaaba fut maintenu à cette époque par le Prophète : il fut probablement rejeté. Et si la question de la direction dans laquelle devait être faite la prière fut envisagée à cette époque, il ne fait guère de doute que le temple de Jérusalem était le point vers lequel Mohammed se tournait. Le lien entre le mythe d’Abraham et la Kaaba semble avoir été le résultat d’une spéculation ultérieure et n’avoir été pleinement intégré que lorsque le besoin s’en fit sentir dans le domaine de la politique.
Une bonne partie du Coran devait déjà exister quand Abou Bakr commença sa mission ; il doit au moins avoir été en mesure d’assurer aux prosélytes que son prophète recevait des communications divines qu’il pouvait citer comme preuve de ses relations personnelles avec le vrai Dieu et il est probable qu’avec l’augmentation progressive du nombre de croyants le Coran délaissa les communications « médiumniques » au profit des sermons puissants qui furent employés dans sa seconde période. La série de phénomènes que produit un médium est extrêmement efficace auprès d’un auditoire très restreint. La nécessité d’exclure les étrangers maintient en alerte ceux qui sont présents ; l’« état supérieur » dont le médium montre l’apparition en se laissant tomber lourdement, en exigeant d’être enveloppé dans une couverture, puis en suant abondamment, produit une très forte impression ; les processus merveilleux dont les spectateurs sont témoins leur fait attacher une valeur extraordinaire aux paroles que prononce le médium en transe. Si des non-croyants sont présents, le médium (dans de nombreux cas) ne peut pas entrer en action : et, d’après les biographes, les premiers convertis témoignaient de leur foi avant d’être mis en présence de Mohammed.
Le Prophète s’efforça d’être à la hauteur de son rôle à mesure qu’il s’y identifia. On dit qu’il portait habituellement un voile, (46) une pratique qu’il adopta peut-être au moment de ces mystérieuses séances et qui lui permit d’en accroître la solennité. Au fil du temps il adopta des gestes bénins et des habitudes rustiques : quand il serrait la main, il ne retirait pas la sienne en premier ; quand il regardait un homme, il attendait que l’autre détourne la tête avant de détourner la sienne. (47) Il prenait le plus grand soin de sa personne: chaque soir, il se maquillait les yeux et son corps était à tout moment parfumé. (48) Il laissa pousser ses cheveux jusqu’aux épaules ; et, quand il commença à avoir des cheveux gris, (49) il les cacha par des substances colorantes. (50) Il possédait l’art de parler à propos aux néophytes, de dire quelque chose qui gratifiait les inclinations particulières de chacun ou qui montrait qu’il connaissait ses ancêtres. Il est difficile de dire combien de ces histoires qui illustrent les talents de Mohammed sont vraies mais il est certain qu’il était au fait des astuces connus des médiums modernes, qui permettent d’obtenir des informations privées ou de donner l’impression d’en posséder. Par ailleurs, dans les premiers temps aucun de ceux dont Abou Bakr n’était pas sûr ou qui n’avaient pas été préparés à vénérer Dieu n’étaient admis à voir le Prophète.
Les exigences de sa profession ne semblent pas lui avoir permis de faire réellement des études et cependant il ne fait aucun doute que sa connaissance des récits bibliques devint un peu plus précise à mesure que le Coran se propagea : et si cette plus grande précision peut parfois avoir été due à la mémoire du Prophète, il est plus probable qu’il acquît plus d’informations chaque fois qu’une occasion se présentait. L’histoire suivante nous donne une idée de sa méthode. Jabr, un client des Banu Abd al-Salam, était un Juif (51) qui travaillait comme forgeron à la Mecque. Lui et Yasar (également juif) avaient l’habitude, lorsqu’ils étaient au travail, de s’asseoir ensemble pour lire à voix haute leur livre sacré ; le Prophète avait l’habitude de passer par là pour les écouter. Jabr fut converti en entendant le Prophète lire la Sourate de Joseph. (52) Il a été suggéré que le contenu chrétien du Coran fut peut-être inspiré par un disciple nommé Suhaib, un Grec de Mosoul. (53) La tradition donne le nom de plusieurs personnes supposées avoir été les mentors du Prophète mais le Coran réfute cette accusation en arguant que les personnes auxquelles elle fait allusion parlaient une langue étrangère et, de ce fait, ne pouvaient pas être les auteurs du Coran, puisqu’il est écrit en arabe. Cette réponse n’est pas des plus convaincantes. Les informations que contient le Coran donnent l’impression d’avoir été choisies au hasard plutôt que d’avoir été acquises par une étude méthodique. (54) Dans une sourate médinoise qui raconte l’histoire de Saul, Saul est désigné sous le nom de Talut, manifestement à cause de sa consonance avec Galout, le nom le plus proche de Goliath que le Prophète put trouver : le nom de Samuel est oublié, il est confondu avec Gédéon et l’histoire de Gédéon est mal racontée. Ce phénomène anéantit presque la théorie d’un mentor, car aucun mentor n’aurait pu être si peu versé dans la Bible. En outre, les sources du Coran sont très nombreux – abyssiniennes et syriaques ainsi que juives et grecques. (55) En admettant donc que les récits bibliques du Coran n’aient pas été calqués sur ce que Mohammed avait entendu au cours de ses premiers voyages, il les a probablement recueillis au cours des services religieux auxquels il avait assisté ou des lectures de la Bible qu’il avait écoutées. Les djinns, d’après lui, écoutaient les conseils célestes de la même façon et par conséquent ils recueillaient des informations qui n’étaient que partiellement correctes. Il n’y avait pas moyen d’éviter ce danger, à moins d’engager un professeur, ce qui aurait impliqué des risques encore plus grands.
Mohammed défendait expressément qu’on l’entoure de publicité. Un Syrien (‘Amr, fils de’ Abasah) qui prétendit plus tard avoir été le quatrième musulman affirma que, après avoir renoncé au culte des idoles, (56) il s’était rendu auprès de Mohammed qui, d’après ce qu’on lui avait dit, détenait la vérité ; il trouva Mohammed déterminé à garder sa mission secrète : il proposa à Mohammed de se joindre à lui ouvertement mais Mohammed le lui interdit, car il servirait mieux la cause en retournant dans son pays et, on peut le présumer, en y jouant le même rôle qu’Abou Bakr. Certaines des premières révélations auraient eu lieu dans une grotte, une forme naturelle de cachette (57) et, dans des anecdotes que nous avons déjà racontées, Mohammed vit dans l’isolement ; lorsqu’Abou Dharr – qui devint ensuite un ascète célèbre – vint trouver le Prophète pour en savoir plus sur sa pensée (selon un récit), celui-ci se cachait dans les montagnes (58) : mais l’obscurité qui s’étend sur les débuts de sa mission n’est pas telle qu’elle ne laisse émerger le fait que Mohammed, après avoir fait quelques adeptes, entra dans « la maison d’Al-Arkam, sur le mont Safa ». Cet Al-Arkam appartenait à la tribu des Makhzoum et devait avoir environ dix-sept ans quand la mission commença : certains ont fait de lui le septième, d’autres le dixième converti. Sa maison sur le mont Safa semble avoir servi de lieu de réunion, où le Prophète pouvait recevoir des néophytes et tenir des séances sans crainte d’être dérangé. On nous parle ainsi de deux convertis, tous deux des esclaves grecs, Suhaib, fils de Sinan, et ‘Ammar, fils de Yasir, qui se rencontrèrent par hasard à la porte de la maison d’Al-Arkam, où ils allaient faire leur profession de foi et d’où ils s’éclipsèrent à la tombée de la nuit. (59) Plusieurs années s’écoulèrent avant que Mohammed ne pût récompenser son fidèle exécutant en lui offrant une maison à Médine. Même si le secret n’avait pas été souhaitable, la curiosité intense des Orientaux aurait sérieusement gêné ses séances, s’il les avait tenues dans une cité populeuse. Mais cette curiosité ne les incita pas à faire le court trajet qui séparait la Mecque du mont Safa, où Mahomet pouvait donc tenir ses réunions en paix. Comme, les premiers temps, le prosélytisme de ses adeptes n’interférait pas avec leur vie professionnelle, il est probable que ces réunions se tenaient à intervalles irréguliers.
Les personnes qui se rendaient chez Arkam étaient de tous les âges, le plus vieux de dix ans l’ainé du Prophète, certains avaient la trentaine ou la quarantaine, d’autres étaient très jeunes. Plusieurs étaient des esclaves ou des affranchis, dont il est facile de comprendre qu’ils éprouvaient de l’attrait pour un nouveau système offrant des perspectives d’égalité. Et, en effet, leur condition s’améliora rapidement, car l’affranchissement des croyants fut bientôt déclaré être un devoir religieux. (60) Certains étaient des métèques, qui n’avaient pas de relations à la Mecque. Hatib, fils d’Abou Balta’ah, probablement un chrétien de Hira, est un spécimen. La plupart d’entre eux sont cependant pour nous de simples noms. Dans certains cas, les familles furent converties en bloc, trois fils de Jahsh, trois fils d’Al-Harith (Hatib, Hattab, et Ma’mar), quatre fils d’Al-Bukair, trois fils de Maz’un, sont mentionnés parmi les nouveau adeptes de cette période et, dans plusieurs cas, la conversion d’un frère fut suivie par celle de l’autre ; c’est ainsi qu’Ali, le frère ainé de Jafar, rejoignit le mouvement, dans lequel il était destiné à jouer un rôle d’une certaine importance, quoique moins éminent que celui du gendre du Prophète. La faculté de rebaptiser les disciples était un des privilèges dont avaient usé d’autres prophètes et Mohammed en fit usage chaque fois qu’un prosélyte portait le nom d’une idole ou que son nom était de mauvais augure. Des titres d’honneur furent également conférés mais probablement un peu plus tard : Abou Bakr fut appelé « le Véridique », Zubair, « l’Apôtre », Abu Ubaidah, fils de Jarrah, « le Fidèle », Omar, « le Sauveur ». Ces appellations sont comme les distinctions décernées par les souverains modernes aux personnes qui ont soit rendu un service à l’Etat ou à qui a été confiée une mission importante.
Les prosélytes ne sollicitaient que les personnes dont ils pouvaient compter sur le sang-froid. Plus tard, Mohammed fut rapporté avoir recommandé un certain procédé aux personnes qui, pour sauver leur vie, devaient accomplir des cérémonies idolâtres ; avoir l’air de rendre un culte à une idole tout en lui témoignant secrètement du mépris. Ceux qui trouvaient que les idoles ne s’offensaient pas de leur attitude les méprisaient encore davantage. Pendant ce temps le culte qui devait être substitué aux anciens rites était rendu dans la plus stricte intimité.
Nous ne savons pas dans quelle mesure la société secrète était consciente de ses possibilités. L’obscurité dont elle profita au cours des premières années de son développement fut un grand avantage pour elle. Cette obscurité l’empêcha d’être étouffée dans l’œuf. La dérision et le mépris pouvaient être plus facilement bravés par quelques centaines de personnes que par le Prophète lui-même. Elle l’empêcha aussi de se mettre dans la peau du personnage de sage excentrique auquel s’étaient identifiés Warakah et d’autres, lui conférant, dès sa première apparition publique, le rôle de chef de parti : elle donna au Prophète le temps de conquérir l’influence exceptionnelle qu’il sut exercer sur un bon nombre de personnes. Elle le prépara à diriger les hommes sur une grande échelle. Les spécimens qui se réunissaient dans la maison d’Al-Arkam étaient issus de la plupart des classes que la suite de sa carrière l’amena à côtoyer : il y avait des exemples types de dévots et de sombres fanatiques – Othman, fils de Maz’un, semble avoir été l’un deux ; des esprits faibles et superstitieux ; des personnes qui voient dans la religion la possibilité d’une carrière. Abou Bakr et le Prophète montrèrent de quoi ils étaient tous deux capables en consolidant leur emprise sur cette entreprise qui se développait lentement. Aux pauvres ils versaient des subsides ; lorsque l’islam fut condamné, le Prophète se rendit compte qu’il devait subvenir aux besoins de familles entières ; mais il ne fait pas de doute que la fortune qu’il contrôlait s’avéra utile. Contrairement aux missionnaires chrétiens, qui devaient être pris en charge par ceux qu’ils avaient amenés à adopter leur religion, il pouvait prétendre qu’il ne cherchait pas de récompense ; et, de fait, il refusa toujours de vivre d’aumônes et ne permit jamais qu’aucun membre de sa famille en vécût. Les médiums les plus populaires jouent cette carte. Elle permit à Mohammed de se faire une place dans la société des princes.
Comme la plupart de ceux qui connaissent parfaitement l’humanité, Mohammed soutenait et parfois affirmait presque ouvertement la théorie selon laquelle tout homme a son prix et même un prix à estimer en chameaux.
Mais la promesse du Jardin faisait des merveilles auprès de ceux qui n’avaient pas besoin de « secours temporel ». Les descriptions éclatantes du Jardin qui sont contenues dans le Coran sont encore un puissant instrument pour les missionnaires musulmans. L’histoire de l’islam est un récit de sacrifices volontaires en vue de goûter aux plaisirs qui sont décrits d’une manière tapageuse dans ce livre sacré. Son caractère n’est pas sans rappeler certains paradis sauvages : « Dans la terre du Grand Esprit les femmes sont plus jolies que n’importe laquelle de vos squaws et le gibier y est beaucoup plus abondant », dit un Crow à Beckwourth (61) en l’exhortant à combattre. Son nom fut emprunté aux Juifs ou aux chrétiens, sa description à Ta’if, où les riches Mecquois avaient des jardins mais diverses touches y furent ajoutées chaque fois qu’il y eut lieu.
Dès que l’islam fut devenu fort, la règle en usage dans la société secrète fut formulée de manière explicite : celui qui en devenait membre y entrait pour toujours, car il était un homme mort, s’il la quittait. Cette règle, qui aujourd’hui encore rend la conversion d’un musulman pratiquement impossible, est si intimement liée à la nature des sociétés secrètes qu’elle dut être instaurée très tôt ; et la présomption de son existence fut probablement ce qui fit que de nombreux prosélytes restèrent fidèles malgré la persécution. Pourtant, une religion qui est adopté pour des motifs sordides est souvent conservée pour des raisons honorables ; et les premiers observateurs constatèrent que certains des adeptes les plus sincères de l’islam étaient des personnes qui y avaient été attirés par des pots de vin. (62)
Par ailleurs, certaines personnes sont attirées par le secret et éprouvent un certain plaisir à mener une double vie. Les sociétés secrètes existent toujours, dont les membres se réunissent pour des raisons que l’on ne soupçonne pas, parfois sans doute pour des momeries, parfois pour discuter de plans beaucoup plus vastes. Un écrivain compétent pense que les premières réunions de Mohammed portèrent sur un projet socialiste, sur une meilleure répartition de la richesse entre les riches et les pauvres. (63) Rien ne permet cependant de le prouver. Il est extrêmement probable que le réquisitoire qui était fait lors de ces réunions contre le culte des idoles incluait la condamnation des représentants du culte officiel à la Mecque et l’idée que le prophète devait être un autocrate germa probablement très tôt. Mais si l’un des membres de la société secrète avait demandé à un autre pourquoi il y appartenait, il aurait probablement répondu : afin de gagner le Paradis et d’échapper à la géhenne. (64) Les hommes étaient initiés aux mystères d’Eleusis pour une raison similaire. Les exemples ne manquent pas de convertis dont la foi reçut un choc soudain ou qui (comme diraient les incroyants) prirent soudainement conscience de l’irréalité du système dans son ensemble.
Les membres de sectes nouvelles doivent pouvoir se reconnaître par des signes à la manière des francs-maçons (65) et la salutation « Que la paix soit avec vous » fut peut-être introduite au tout début de l’islam, même si une personne qui se rendit à Médine quinze ans après le début de la mission déclara qu’elle était nouvelle. (66) Cette salutation était sans doute courante chez les Juifs et chez les chrétiens ; mais elle semble avoir profondément impressionné Mohammed qui ne cesse d’y faire allusion dans le Coran. Dieu l’adresse aux prophètes, les anges l’enseignèrent à Abraham, c’est par elle que les bienheureux sont accueillis au paradis, où elle tenait lieu de seule conversation. En adoptant cette salutation, Mohammed assimila pratiquement son système à celui des Juifs et des chrétiens. Si cette salutation fut d’abord interdite en public, les musulmans purent peut-être se reconnaître par quelque particularité vestimentaire ; ainsi, les musulmans laissaient l’extrémité de leur turban pendre dans le dos, tandis que les païens le rabattaient. (67) Plus tard, les membres des principales sectes islamiques se distinguèrent ainsi par leur manière de disposer leur turban. (68)
Enfin, il fallait donner un nom à la nouvelle secte et le choix, qu’il fût délibéré ou accidentel, se porta sur la secte des « musulmans » ou « hanifs ». Est-ce le nom sous lequel les disciples de Maslamah, le prophète des Banu Hanifa, avaient été connus ? Ou est-ce qu’une autre secte, monothéiste et se réclamant ouvertement d’Abraham, dont certains des descendants selon la Bible étaient des Arabes, avait été désignée ainsi ? Il est impossible de le dire ; aucun Arabe ne semble avoir entendu parler des hanifs, encore qu’ils savaient qu’Abraham était un et peut-être un des deux précurseurs de Mahommed ; et puisqu’en hébreu le mot signifie « hypocrite » et en syriaque « païen », les pieux disciples de Mahommed ne se soucièrent pas d’étudier son étymologie. L’autre nom, celui de « musulman », signifiait « traître » (69) et, quand la nouvelle secte devint un objet de ridicule, il permit aux satiristes de faire un mot d’esprit ; Mohammed fit preuve d’un certain humour en l’adoptant mais fit montre d’une grande ingéniosité en lui donnant un sens honorable : alors qu’il signifiait normalement « celui qui livre ses amis à leurs ennemis », il prit le sens laudatif de « celui qui se livre à Dieu » et si, comme le terme de « chrétien », il se peut fort bien qu’il fût inventé par les ennemis de la secte qu’il désignait, l’autorité divine fut alléguée comme preuve que le nom avait été inventé par Abraham. Comme les Juifs, ces nouveaux Abrahamites désignèrent leurs frères païens par le nom de « Gentils », d’origine abyssinienne. Les païens semblent avoir appelé les membres de la nouvelle secte, une fois qu’elle ne fut plus secrète, les Sabéens,(70) un mot qui signifie « milice » et dont dérive celui des Soubbas, (71) une communauté qui vit toujours dans les marais de l’Euphrate. Que ce nom fut donné aux disciples de Mahomet peut s’expliquer par l’ignorance – ainsi, les Arabes de notre époque appellent Doughty (72) un Juif parce qu’il est chrétien – ou par l’importance accordée par Mohammed à la cérémonie de l’ablution.

D. S. Margoliouth, Mohammed and the Rise of Islam, Putnam and Sons, New York et Londres, 1905, traduit de l’anglais par B. K.

(1) Les kahins étaient des diseurs de bonne aventure (N.d.T.).
(2) L’un des principaux historiens et exégètes du Coran commençait parfois à raconter ses souvenirs des paroles du prophète par un spectacle similaire. Tabari, Comm. Xii., 9.
(3) Tabari, Comm. Xviii., 4.
(4) Bouveret, Les Sueurs morbides (Paris, 1880), écrit : « Adamkiewicz a montré que la transpiration peut être provoquée par une stimulation artificielle ou volontaire des muscles et des nerfs. »
(5) Musnad, iv., 222. Bouveret, p. 47 : « La peau peut rougir simultanément », lorsque la transpiration est provoquée par une émotion violente.
(6) Ibid., iii., 21.
(7) « (…) Allah n’est pas la propriété des musulmans ; (…) de nombreuses générations d’Arabes avaient été catéchisées au nom d’Allah, avant Mohammed et (…) beaucoup d’Arabes s’étaient convertis au christianisme, invoquant le Seigneur Tout-Puissant, le Dieu de Moïse sous le vocable d’Allah connu dans tout le monde sémitique. H. Zakarias, L’Islam entreprise juive, de Moïse à Mohammed, Cahors, chez l’auteur. T I : Conversion de Mohammed au judaïsme. Les enseignements à Mohammed du rabbin de la Mecque, p. 32. Cet auteur soutient que « le Coran actuel n’est qu’une prédication juive émanant d’un rabbin de tendance pharisaïque talmudiste, dont le but était de judaïser l’Arabie et d’étendre l’hégémonie juive sous tout le bassin méditerranéen ». Ainsi « l’islam est le grand triomphe d’Israël ». (Note de l’Editeur.)
(8) History of the Mormons, Londres, 1851.
(9) « Je suis celui qui donne l’alarme », Alif-Ba’, i., 133.
(10) Ibn Sa’d II., ii., 52. Harithah Ibn Al-Nu’man déclara avoir vu Gabriel deux fois.
(10) Contemporary Rev., octobre, 1903.
(11) Musnad, iv., 222.
(12) Sourate xxix., 47.
(13) L’original est obscur.
(14) Dans Usd al-Ghabah, i., 207, on dit qu’il aurait assisté à la torture de l’un des disciples de Mohammed.
(15) Musnad, vi., 68.
(16) Ibid., i., 135.
(17) Sourate lii. f 21.
(18) Musnady iv., 356.
(19) J. Wellhausen, Reste arabischen Heidentums, Berlin, G. Reimer, 1897, p. 196.
(20) Nöldeke, Z.D.M.G., lii., p. 19, considère ce récit comme une invention.
(21) Ibn Sa’d, iii., p. 30.
(22) Isabah, ii., p. 162.
(23) Jahiz, Opuscula, p. 58.
(24) Musnad, iv., p. 385.
(25) Ils sont énumérés par Wellhausen, op. cit., p. 232.
(26) Isabah, i., p. 1036.
(27) Ibn Sa’d, iii., III.
(28) Al-Waqidi, p. 231.
(29) Isabah, i., p. 714.
(30) Sahih Muslim, ii., p. 234.
(31) Musnad, iv., p. 353.
(32) Sourate xi., p. 27.
(33) Al-Waqidi, p. 118.
(34) Abou Bakr interprète souvent les rêves. J. Wellhausen, op. cit., p. 14.
(35) Musnad, i., p. 462.
(36) Ibid., p. 318.
(37) Son nom original est contesté ; d’autres font de lui un serviteur d’Amr.
(38) Alif-Ba’, i., p. 437.
(39) Isabah.
(40) Ghurar al-Khasa’is, p. 245.
(41) Tabari, i., p. 1213.
(42) A. von Krenter, Culturgeschichtliche Streifzüge auf Dem Gebiete des Islams, Leipzig, F. A. Brockhaus, 1873, p. 15.
(43) Musnad, i., p. 423.
(44) Al-Tirmidhi la reproduit ainsi : « Conduis-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux envers qui Tu as été bienveillant et non de ceux contre qui tu es en colère [les Juifs?] et de ceux qui s’égarent [les chrétiens?]. »
(45) Tabari, Comm., xvi., 90. L’autre extrémité de la corde était probablement attachée au plafond ; Histoire du Bas-Empire, xiii., p. 312.
(46) Jahi, Bayan, ii., 79, 84.
(47) Al-Tirmidhi, p. 410 (ii., 80).
(48) Alif-Ba’, ii., p. 29.
(49) Musnad, iv., p. 188.
(50) Ibid., iv., 163. Ce point est contesté.
(51) Ou un chrétien ; les musulmans ne font pas cas de la distinction.
(52) Isabah, i., p. 452 ; Al-Waqidi (IV.), p. 349.
(53) O. Loth, Zwei arabische Papyrus. Z. D. M. G., xxxv., p. 621.
(54) T. Nöldeke, Sketches from Eastern History, London and Edinburgh, A. and C. Black, 1872, c. ii.
(55) La meilleure preuve en est fournie par la forme des noms propres. S. Sycz, Ursprung Und Wiedergabe Der Biblischen Eigennamen Im Koran, 1903, n’en tient pas suffisamment compte.
(56) Musnad iv., III.
(57) Sahih Muslim, ii., p. 194.
(58) Isabah, iii., p. 1173.
(59) Ibn Sad, iii., p. 162.
(60) Donc Abou Bakr acheta et émancipa Amir Ibn Fuhairah.
(61) Autobiography, p. 161.
(62) Sahih Muslim, ii., 212 ; Musnad, iii., 175.
(63) Les prêtres aussi décrivent Mohammed comme une personne envoyée pour obtenir des riches qu’ils rendent justice aux pauvres. Hariri, p. 328.
(64) Cf. Tabari, i., p. 1218, 10.
(65) Sur l’hypothèse de l’origine musulmane de la franc-maçonnerie, voir J. M. Aractingi et C. Lochon, Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques, Paris, L’Harmattan, 2008. Voir aussi https://archive.org/download/LinitiationDansLesConfrriesMusulmanesEtLaFranc-maonnerieLa/LinitiationDansLesConfrriesMusulmanesEtLaFrancMaonnerieLaConfrence.htm. ( NDE.)
(66) Isabah, iii., p. 70 ; mais Wellhausen l’interprète différemment. Dans Sahih Muslim, ii., p. 255, Abou Dharr pretend l’avoir inventée. Voir aussi Goldziher. Z.D.M.G., xlvi., p. 22.
(67) Hariri, Schol., 346.
(68) Hamadhani, Makamas, 199. Ainsi le font aujourd’hui les Kassites et les Yéménites (Goldziher, M. S., i., p. 84). Tout semble indiquer que Mohammed portait d’abord ses cheveux à la juive et il est probable que ses disciples en faisaient de même.
(69) Dans un vers d’une poésie arabe (qâla z-Zubairu wa aslamathu Mûgasi’û / la haira fi danisi t-tiyâbi gadûri] le verbe aslama – qui veut dire, aujourd’hui comme depuis au moins un millénaire, « devenir musulman » – signifie sans équivoque « trahir, déserter, abandonner ». Ibn Ishaq, le premier biographe connu de Mahommed, écrit : « je ne serai pas un traître [musulman] au prophète. » Khubayb, un des premiers martyrs de l’islam, déclare : « Que m’importe d’être tué comme traître (musulman), à cause du schisme qui pourrait survenir. » Schisme d’avec le christianisme. Car il semble bien que les chrétiens qualifiaient les adeptes de l’islam naissant de « muslimum », de « traitres » : de traitres au christianisme. De fait, les premiers musulmans, s’ils n’avaient pas peur de mourir pour leur religion, craignaient cependant de mourir en étant accusés de « traîtres » par les chrétiens. Cf. G. Lüling, A Challenge to Islam for Reformation : Reconstruction of a Comprehensive Pre-Islamic Christian Hymnal Hidden in the Koran under Earliest Islamic Reinterpretations, Delhi, Motilal Banarsidass, 2003, p. 151.
(70) Aussi appelés chrétiens de Saint Jean-Baptiste. De l’hébreu tzaia (milice, armée, armée des astres), le terme « Sabéen » désignerait un certain nombre de sectes gnostiques dont les Mandéens de l’Euphrate et surtout les Manichéens connus à l’époque de Mahomet ». A. Caiozzo, Images du ciel d’orient au moyen âge : une histoire du zodiaque et de ses représentations dans les manuscrits du Proche-Orient, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2003 p. 137. (Note de l’Editeur.)
(71) Soubbas signifierait « baptiseurs ». (Note de l’Editeur.)
(72) Charles Montagu Doughty, poète, écrivain et grand voyageur anglais d’origine juive dont l’ouvrage principal est Travels in Arabia Deserta (1888). (Note de l’Editeur.)

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