La révolution mondiale des peuples de couleur

Jahre der Entscheidung n’avait pas été publié qu’il était interdit par le pouvoir national-socialiste et cela, compte tenu du contexte, non sans raison, du fait des vues plutôt aberrantes que cet ouvrage contient sur la race en général. Il n’en demeure pas moins qu’O. Spengler avait bien saisi le rapport de forces qui existait entre la race blanche et les races de couleur à son époque, rapport de force qui, comme il l’avait indiqué, n’allait pas cesser d’évoluer en faveur des races de couleur ; il avait également bien vu qu’une guerre raciale avait débuté, qu’elle avait été déclenchée par les races de couleur et qu’elle avait été préparée sur le sol de notre continent par la lutte des classes.
Cet ouvrage a fait l’objet de deux éditions françaises jusqu’à ce jour, dans une traduction en partie défectueuse et parfois même tendancieuse. En voici le dix-neuvième chapitre.

La civilisation occidentale de ce siècle est menacée non par une seule, mais par deux révolutions mondiales de la plus grande envergure. Toutes les deux n’ont pas encore été reconnues quant à leurs véritables proportions, leur profondeur et leurs effets. L’une vient d’en bas, l’autre du dehors : lutte des classes et lutte des races. L’une est déjà en grande partie derrière nous, encore que ses coups décisifs – quelque part dans la zone anglo-américaine – soient encore à venir. L’autre a commencé résolument avec la Grande Guerre et a rapidement acquis une tendance et une forme définies. Dans les prochaines décades toutes les deux combattront côte à côte, peut-être en alliées ; ce sera la crise la plus grave que les peuples blancs – unis ou non – devront traverser ensemble, s’ils veulent avoir un avenir.
Toutes les cultures du passé ont également connu cette « révolution du dehors ». Elle a toujours eu pour origine la haine compulsive que la supériorité incontestable d’un groupe de nations culturelles, reposant sur des formes et des moyens politiques, militaires, économiques et spirituels qui avaient atteint leur plein et harmonieux développement, inspirait autour d’elles, chez les êtres inférieurs sans espoir, chez les « sauvages » ou les « barbares », chez ceux qui étaient exploités et sans droits. Ce style colonial ne manque à aucune des hautes cultures. Mais cette haine n’excluait pas un secret mépris du mode de vie étranger, que l’on apprenait peu à peu, que l’on perçait à jour en s’en moquant et dont on osait enfin évaluer la limite des effets. On a vu que bien des choses pouvaient être imitées, que d’autres pouvaient être rendues inoffensives, ou bien qu’elles n’avaient point cette force qu’on leur avait attribuée au début dans une muette horreur (1). On observa les guerres et les révolutions au sein de ces races supérieures, on fut initié, en étant contraint de les employer, aux secrets de l’armement (2), de l’économie et de la diplomatie. A la fin on douta de la véritable supériorité des étrangers et, dès que l’on sentit que leur résolution de régner avait faibli, on pensa à la possibilité d’une attaque et de la victoire. Il en a été ainsi dans la Chine du troisième siècle avant Jésus-Christ, où les peuplades barbares au nord et à l’ouest du Hong-Ho et au sud du Ian-Tse-Kiang ont été entraînées dans les luttes décisives des grandes puissances ; dans le monde arabe au temps des Abbassides, où les tribus turco-mongoles avaient apparu d’abord en mercenaires, ensuite en maîtres et il en a été ainsi surtout dans l’antiquité classique, où nous pouvons examiner avec précision les événements qui ressemblent tout à fait à ceux vers lesquels nous marchons inexorablement.
Les attaques des barbares contre le monde antique commencent à partir de l’an 300 avec les migrations des Celtes, qui approchaient sans cesse de l’Italie, où les tribus gauloises avaient soutenu les Étrusques et les Samnites contre Rome dans la bataille décisive de Sentinum (295) et où Hannibal s’en était encore servi avec succès. Vers 280, d’autres Celtes avaient conquis la Macédoine et la Grèce du Nord, où toute autorité de l’Etat avait cessé d’exister par suite des luttes intestines et ils ne s’étaient arrêtés que devant Delphes. En Thrace et en Asie Mineure ils avaient fondé des Empires barbares parmi une population hellénisée, en partie même hellénique. Un peu plus tard, dans l’Orient, dans l’Empire décadent d’Alexandre le Grand, la réaction barbare commence dans d’innombrables révoltes contre la culture hellénique, qui doit reculer pas à pas (3), si bien qu’à partir de l’an 100, Mithridate, allié aux « sauvages » de la Russie du Sud (les Scythes et les Bastarnes) et comptant sur les Parthes de l’Ostiran qui avançaient de plus en plus en Syrie, pouvait espérer détruire l’Etat romain, qui sombrait alors dans le chaos des luttes de classes. Il ne put être arrêté qu’en Grèce. Athènes et d’autres villes s’étaient ralliés à lui, ainsi que les tribus celtes qui se trouvaient encore en Macédoine. Une franche révolution régnait dans les armées romaines. Les parties combattaient les unes contre les autres et les chefs s’entretuaient, même devant l’ennemi. A cette époque l’armée romaine cessa d’être une troupe nationale et devint la suite personnelle de particuliers. Ceux que Hannibal avait menés en 218 contre Rome, ce n’étaient pas les Carthaginois proprement dits, mais surtout les hommes des tribus sauvages de l’Atlas et de l’Espagne méridionale, avec qui Rome devait mener ensuite, à partir de l’an 146, des luttes terribles et interminables – c’étaient les pertes occasionnées par ces guerres qui avaient conduit à l’insurrection des paysans romains lors des tumultes gracchiens – et avec qui le Romain Sertorius essaya plus tard de fonder un Etat dirigé contre Rome. A partir de l’an 113, il y eut l’attaque celto-germanique des Cimbres et des Teutons, qui ne put être repoussée qu’après la perte d’armées entières, par le chef révolutionnaire Marius qui venait de vaincre Jugurtha ; ce dernier avait armé l’Afrique du Nord contre Rome et avait empêché toute contre-attaque en corrompant pendant des années les politiciens romains. Aux environs de 60 commença un deuxième mouvement celto-germanique (les Suèves, les Helvètes) que César contrecarra par la conquête de la Gaule, pendant que Crassus attaquait en même temps les Parthes victorieux. Mais alors la résistance par l’expansion était finie. Le projet de César, reconquérir l’Empire d’Alexandre et supprimer ainsi le péril parthe, ne fut pas réalisé. Tibère dut reculer de nouveau la frontière en Germanie, parce qu’on n’avait pas réussi à remplacer les légions anéanties de Varius et qu’après la mort d’Auguste eut lieu la première révolte des légions de frontière. Dès lors, il régna un système de défensive. Mais l’armée se remplissait de plus en plus de barbares. Elle devient une puissance indépendante. Les Germains, les Illyriens, les Africains, les Arabes (4), deviennent des chefs, pendant que les hommes de l’Empire sombrent dans la « paix éternelle » à la manière des fellahs et, lorsque les grandes attaques commencèrent au Nord et à l’Est, ce ne fut pas seulement la population qui conclut des traités avec les envahisseurs et qui devint volontairement leurs sujets : le pacifisme tardif d’une civilisation lasse.
Toutefois, une défense systématique avait été possible pendant les siècles que dura cet état de choses ; en effet, l’Orbis terrarum de l’Empire romain était une région définie, qui avaient des frontières, lesquelles pouvaient être défendues. Bien plus grave est la situation dans l’Empire actuel des peuples blancs qui s’étend sur toute la surface terrestre et qui comprend les races de couleur. L’humanité blanche, dans son désir irrésistible d’horizons illimités (5), s’est dispersée partout, est allée en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique du Sud, en Australie et dans les innombrables lieux situés entre ces continents. Le péril brun, jaune, noir et rouge est au-dedans de l’Empire blanc, il pénètre dans les conflits militaires et révolutionnaires entre les puissances blanches, il y prend part et il menace de devenir finalement maître des événements.
Mais de qui se compose ce monde des peuples de couleur ? Ce sont, non seulement l’Afrique, les Indiens – à côté des nègres et des métis – de toute l’Amérique, les peuples islamiques, la Chine, les Indes jusqu’à Java, mais encore et surtout le Japon et la Russie, qui est redevenue une grande puissance asiatique, « mongole ». Lorsque les Japonais a vaincu la Russie un espoir s’est allumé dans toute l’Asie : un jeune Etat asiatique avait maté, avec les moyens occidentaux, la plus grande Puissance de l’Occident et avait ainsi détruit le nimbe d’invincibilité qui entourait l’« Europe ». Cela a agi comme un signal, aux Indes, en Turquie, même au Cap et dans le Sahara : il était donc possible de revaloir aux peuples blancs les souffrances et les humiliations de tout un siècle. Depuis ce temps, la fourberie profonde des hommes asiatiques réfléchit à des moyens inaccessibles et supérieurs à la pensée occidentale.
Et enfin, après avoir subi en 1916 la deuxième défaite décisive du côté de l’Ouest, ce qui a suscité le contentement ironique de l’Angleterre alliée, la Russie a jeté le masque « blanc » et est devenu de nouveau asiatique de toute son âme et avec une haine ardente de l’Europe. Elle a tenu compte des expériences de la faiblesse intrinsèque de celle-ci et, forte de ce savoir, elle a créé des méthodes de combat nouvelles, particulièrement rusées, dont elle s’est servie pour unir tous les peuples de couleur du monde dans l’idée d’une révolte commune. Ceci est, à côté de la victoire du socialisme ouvrier sur la société des peuples blancs, la deuxième véritable conséquence de la Grande Guerre, laquelle n’a tranché, ni même éclairci, aucun des vrais problèmes de la grande politique. Cette guerre fut une défaite des races blanches et la paix de 1918 fut le premier grand triomphe des peuples de couleur : le fait que ces peuples, en siégeant dans la « Société des Nations » – qui n’est qu’un misérable symbole de choses honteuses – ont le droit de participer aux discussions des questions litigieuses concernant les Etats blancs, est symbolique.
Le fait que les Allemands d’outremer ont été maltraités par les indigènes sur l’ordre des Anglais et des Français n’était pas un procédé d’une nouveauté surprenante. Cette méthode a commencé avec la révolution libérale du XVIIIe siècle : en 1775, les Anglais avaient soulevé les tribus indiennes, qui ont attaqué les Américains républicains, en les brûlant et en les scalpant et on ne doit pas oublier de quelle manière les Jacobins ont soulevé les nègres d’Haïti pour les « droits de l’homme ». Mais que les peuples de couleur du monde entier fussent conduits, sur le sol européen, par les blancs contre les blancs, qu’ils aient appris les secrets des moyens militaires les plus modernes et les limites de leurs effets et qu’ils aient été renvoyés chez eux avec la croyance d’avoir vaincu les puissances blanches, c’est cela qui changea de fond en comble leurs idées sur les rapports entre les puissances. Ils sentirent leur force commune et la faiblesse des autres ; ils commencèrent à mépriser les blancs comme jadis Jugurtha la puissance de Rome. Ce n’est pas l’Allemagne, c’est l’Occident qui a perdu la guerre quand il a perdu le respect des peuples de couleur.
Moscou fut le premier à comprendre toute la portée de ce déplacement du centre de gravité politique. En Europe occidentale on ne le comprend même pas aujourd’hui. Les blancs, race supérieure, ont déchu de leur rang de jadis. Ils mènent des pourparlers aujourd’hui là où il commandaient hier et demain ils seront obligés de flatter pour avoir droit aux pourparlers. Ils ont perdu la conscience de leur puissance comme d’une chose naturelle et ils ne s’en aperçoivent même pas. Dans le tourbillon de la « révolution du dehors » ils ont laissé échapper le choix de l’heure, qui est allé à l’Amérique et surtout à l’Asie dont la frontière se trouve maintenant à la Vistule et dans les Carpates. Ils sont de nouveau acculés à la défensive – pour la première fois depuis le siège de Vienne par les Turcs – et il leur faudra de grandes forces, morales et militaires, dans la main de très grands hommes, s’ils veulent résister au premier assaut gigantesque, qui ne se fera pas attendre longtemps.
En Russie, les deux révolutions, la blanche et celle des peuples de couleur, ont éclaté simultanément en 1917. L’une superficielle, citadine, le socialisme ouvrier avec la foi occidentale au programme et au parti (6), faite par les littérateurs, les prolétaires universitaires et les agitateurs nihilistes dans le genre de Bakounine en alliance avec le ferment des grandes villes, rhétorique et livresque d’un bout à l’autre, a massacré la société créée par Pierre le Grand, d’origine en majeure partie occidentale et a installé sur la scène le culte bruyant de « l’ouvrier ». Le machinisme, si étranger et si odieux à l’âme russe, est subitement devenu une divinité et le sens même de la vie. Mais là-dessous a commencé, lente, tenace, silencieuse, pleine de promesses, la révolution du moujik, du village, le bolchevisme asiatique proprement dit. L’éternelle soif de terres du paysan, qui a chassé les soldats du front pour qu’ils participent au grand partage de la terre, a été sa première manifestation. Le socialisme ouvrier a vite reconnu le danger. Après l’alliance du début, il a tiré parti de la haine des paysans propre à tous les partis citadins – qu’ils soient libéraux ou socialistes -, pour entamer la lutte contre cet élément conservateur, qui avait toujours survécu dans l’histoire à toutes les formations politiques, économiques et sociales de la ville. Il a exproprié le paysan, il a rétabli le servage de fait et la corvée qu’Alexandre II avait abolis en 1862 et, grâce à la gestion bureaucratique hostile à l’économie rurale – tout socialisme qui passe de la théorie à la pratique étouffe très vite dans la bureaucratie –, il a fait que les champs ne sont plus cultivés, que la quantité de bétail n’est plus qu’une fraction de ce qu’elle était autrefois et que la famine de style asiatique est devenue un état permanent que seule une race sans volonté, née pour l’esclavage, peut supporter.
Mais le bolchevisme « blanc » est en train de disparaître rapidement. Le visage marxiste n’est là que pour les dehors, pour déchaîner et pour diriger la révolte contre les puissances blanches en Asie du Sud, en Afrique et en Amérique. Une nouvelle couche de dirigeants, plus asiatique, a remplacé l’ancienne, qui était à demi occidentale. Elle habite de nouveau dans les villas et les châteaux autour de Moscou, entretient de nombreux domestiques et ose déjà déployer un luxe barbare dans le goût des khans mongols du XIVe siècle, enrichis par le butin. Il existe une « richesse » de forme nouvelle, qui rentre dans le cadre des idées prolétariennes.
De même, on retournera à la propriété paysanne et à la propriété privée tout court, ce qui n’exclut pas le fait du servage ; on le peut, car c’est l’armée qui a le pouvoir, ce n’est plus le « parti » civil. Le soldat est le seul être en Russie qui mange à sa faim et il sait pourquoi et pour combien de temps. Cette puissance est inattaquable du dehors grâce à l’étendue géographique du pays, mais elle attaque elle-même. Elle a des mercenaires et des alliés partout dans le monde, déguisés comme elle est déguisée elle-même. Son arme la plus forte, c’est la diplomatie nouvelle, révolutionnaire, très asiatique, qui agit au lieu de négocier (7), de derrière et d’en bas, au moyen de la propagande, de l’assassinat et de l’insurrection et qui est ainsi de beaucoup supérieure à la diplomatie des Etats blancs, laquelle n’a pas encore perdu, malgré tous les journalistes et les avocats politiciens, son vieux style aristocratique, originaire de l’Escurial et dont Bismarck fut le dernier maître.
La Russie est le maître de l’Asie. La Russie, c’est l’Asie. Le Japon n’en fait partie que géographiquement. Quant à sa « race », il est certainement plus proche des Malais orientaux (8), des Polynésiens, et de certaines peuplades indiennes de l’ouest de l’Amérique. Mais il est sur mer ce que la Russie est sur terre : maître d’une vaste région, où les puissances occidentales n’ont plus de prestige. L’Angleterre n’est point maîtresse à ce degré dans « son » Empire, ni même dans ses colonies asiatiques – tant s’en faut. Le Japon étend très loin son influence. Il en a au Pérou et près du Canal de Panama. La prétendue parenté de sang entre les Japonais et les Mexicains a été soulignée et fêtée, à l’occasion, des deux côtés (9). Au début de 1914, au Mexique, les milieux dirigeants indiens ont formé le « Plan de San Diego » d’après lequel une armée composée d’Indiens, de nègres et de Japonais devait envahir les Etats du Texas et d’Arizona. La population blanche devait être massacrée, les Etats nègres deviendraient indépendants et on fonderait un Mexique plus grand qui serait un Etat de race purement indienne (10). Si ce plan avait été réalisé, la Grande Guerre aurait commencé avec une toute autre répartition des puissances et à base de problèmes différents. La doctrine de Monroe sous forme de l’impérialisme du dollar, avec son bout tourné vers l’Amérique latine, aurait ainsi été détruite. La Russie et le Japon sont aujourd’hui les seules puissances actives du monde. Grâce à elles, l’Asie est devenue l’élément décisif des destinées mondiales. Les puissances blanches agissent sous sa pression et ne s’en aperçoivent même pas.
Cette pression consiste en l’activité de la révolution raciale des peuples de couleur, qui se sert de la révolution blanche – de la lutte des classes – comme d’un moyen. On a déjà parlé des causes profondes de la catastrophe économique. Après que la révolution d’en bas sous forme du socialisme ouvrier eût fait la brèche au moyen des salaires, l’économie des peuples de couleur, conduite par la Russie et le Japon, envahit le monde avec son arme des salaires bas et elle est en train d’achever la destruction (11). A cela s’ajoute la propagande politico-sociale menée dans des proportions énormes, la diplomatie asiatique proprement dite de nos jours. Elle pénètre entièrement l’Inde et la Chine. A Java et à Sumatra, elle a fait naître un front racial contre les Hollandais et elle a mené à la décomposition de l’armée et de la flotte. De l’Extrême-Orient elle s’efforce de gagner la race indienne, très douée, du Mexique jusqu’au Chili et, pour la première fois, elle réveille chez les nègres le sentiment de leur communauté, qui est dirigé contre les races supérieures blanches.
Ici, c’est également la révolution blanche qui a préparé le terrain pour les peuples de couleur depuis 1770. La littérature libérale anglaise de Mill et de Spencer, dont le mode de pensée remonte au XVIIIe siècle, livre la « philosophie » aux écoles supérieures de l’Inde. Les jeunes réformateurs trouvent ensuite tout seuls le chemin de là jusqu’à Marx. Sun-Yat-Sen, le chef révolutionnaire chinois, l’a trouvé en Amérique. De là est née une littérature révolutionnaire nationale, dont le radicalisme dépasse de beaucoup Marx et Borodine.
Le mouvement d’indépendance de l’Amérique espagnole depuis Bolivar (1811) est impensable sans la littérature révolutionnaire anglo-française et sans l’exemple de Napoléon ; de même, le mouvement d’indépendance nord-américain vis-à-vis de l’Angleterre. A l’origine ce fut une lutte uniquement entre les blancs – entre l’aristocratie créole qui vivait dans le pays depuis de longues générations et possédait des domaines fonciers et les fonctionnaires espagnols qui maintenaient le rapport de domination coloniale. Bolivar, un blanc pur sang (12) tout comme Miranda (13) et San Martin, avait le projet de fonder une monarchie qui devait s’appuyer sur une oligarchie purement blanche. Le dictateur argentin Rosas – une puissante figure de style « prussien » – représentait encore cette aristocratie contre le jacobinisme, qui s’est répandu très vite du Mexique jusqu’à l’extrême Sud, trouvait un appui dans les clubs maçonniques anticléricaux et réclamait l’égalité universelle, y compris celle des races ; c’est ainsi que commença le mouvement des Indiens purs et métissés, dirigé non seulement contre l’Espagne, mais contre le sang blanc en général. Il a progressé sans cesse et aujourd’hui il est près de son but. A. V. Humboldt avait déjà remarqué que dans ces pays on était très fier de son origine purement ibérique et la tradition de l’origine des Wisigoths et des Basques (14) vit encore dans les nobles familles du Chili. Mais au milieu de l’anarchie qui règne depuis le milieu du XIXe siècle, cette aristocratie a en grande partie disparu, ou bien elle est retournée en Europe. Les « caudillos », démagogues guerriers d’origine indigène, sont maîtres de la politique. Parmi eux il y a des Indiens pur sang, extrêmement doués, comme Juarez et Porfirio Diaz. Aujourd’hui la classe supérieure blanche ou qui se considère comme telle comporte un quart et jusqu’à un dixième de la population, à l’exception de l’Argentine. Dans certains Etats, les médecins, les avocats, les professeurs, même les officiers sont presque exclusivement Indiens et ils se sentent apparentés au prolétariat métissé des villes, le « Mechopelo », dans la haine contre la propriété blanche, qu’elle soit entre les mains des Créoles, des Anglais ou des Américains du Nord. On fait un culte du prétendu communisme des Incas, en quoi on est soutenu par Moscou. L’idéal racial d’une Administration purement indienne est peut-être prêt de sa réalisation.
En Afrique, c’est le missionnaire chrétien, en particulier le méthodiste anglais, qui, en toute innocence – avec sa doctrine de l’égalité de tous les hommes devant Dieu et du péché de la richesse – laboure la terre sur laquelle l’envoyé bolchevik sème et récolte. En outre, le missionnaire islamique, venant du Nord et de l’Est et se trouvant déjà sur les rives du Zambèze (pays du Nyassa), suit ses traces avec beaucoup plus de succès. Là, où il y avait hier une école chrétienne, il y aura demain une mosquée. L’esprit viril (15), guerrier, de cette religion est plus compréhensible pour le nègre que la doctrine de la miséricorde, qui lui enlève seulement le respect des blancs ; et, surtout, le prêtre chrétien est suspect parce qu’il représente une race supérieure blanche, alors que la propagande islamique, plus politique que dogmatique, s’érige contre lui avec une détermination habile (16).
Cette révolution globale de tous les peuples de couleur du monde avance parmi des tendances très différentes, nationales, économiques, sociales ; elle se dirige ouvertement tantôt contre les gouvernements blancs des Empires coloniaux (l’Inde) ou de son propre pays (le Cap), tantôt contre une classe supérieure blanche (Chili), tantôt contre la puissance de la livre ou du dollar, contre l’économie étrangère en général, ou encore contre les financiers de son pays parce qu’ils font des affaires avec les blancs (Chine), contre l’aristocratie ou la monarchie de son pays ; l’élément religieux s’y ajoute : la haine contre le christianisme, ou contre la prêtrise et l’orthodoxie en général, contre les mœurs et les coutumes, contre la conception du monde et la morale. Mais au fond il y a toujours une seule et même chose, depuis la révolution de Taiping en Chine, la révolte des Cipayes aux Indes et celle des Mexicains contre l’empereur Maximilien : c’est la haine de la race blanche et la volonté absolue de la détruire. Peu importe que les civilisations très vieilles et lasses, telles que la civilisation chinoise et hindoue, ne soient guère capables de maintenir l’ordre sans une domination étrangère ; ce qui importe, c’est qu’elles soient capables de secouer le joug blanc, et c’est le cas. Quant à savoir laquelle des puissances de couleur sera le prochain maître, si ce sera la Russie ou le Japon, ou un grand aventurier avec une vaste armée derrière lui, peu importe de quelle origine, c’est ce qui sera décidé plus tard ou peut-être ne sera-ce jamais décidé. L’Egypte ancienne a très souvent changé de maître depuis l’an 1000 avant Jésus-Christ – les Libyens, les Assyriens, les Perses, les Grecs, les Romains -, elle n’a jamais été capable de se gouverner elle-même, mais toujours et chaque fois elle a été capable de révoltes victorieuses. Et quant à savoir si parmi les nombreux autres objectifs il y en a un seul qui sera réalisé ou qui peut l’être, c’est pour le moment une question tout à fait secondaire. La grande question historique, la voilà : réussira-t-on à renverser les puissances blanches ? Et, à ce sujet, il s’est formé une grande unité de décision, qui donne à réfléchir. Et le monde blanc, que possède-t-il en forces de résistance morale et matérielle contre ce péril ?

Oswald Spengler, Années décisives. L’Allemagne et le Développement historique du monde, 5e éd., Paris, Mercure de France, 1934, traduit de l’allemand par R. Hadekel, revu et corrigé par B. K.

(1) Le jugement de Jugurtha sur Rome.
(2) Les Libyens et les « peuples marins » par les Egyptiens du Nouvel Empire, les Germains par Rome, les Turcs par les Arabes, les nègres par la France.
(3) E. Meyer, Blüte und Niedergang des Hellenismus in Asien, 1925.
(4) 4. Quand bien même ces peuples étaient tous des barbares étymologiquement, il est absurde, même aberrant, de ne pas faire de distinction entre eux du point de vue racial. Même si, de ce point de vue, il ne fait aucun doute que les peuples qui descendirent de Scandinavie dans l’Europe du Sud en plusieurs vagues migratoires de 400 à 800 de notre ère n’étaient pas purs, il n’en reste pas moins qu’ils étaient apparentés aux Romains des origines et que leur sang revivifia dans une certaine mesure la civilisation romaine sémitisée du Bas-Empire. (Note de l’éditeur.)
(5) Ce qui domine l’esprit hellène et, en général, « aryen », « c’est le dédain de l’infini, cette notion rebelle, informe. La pensée hellénique [et « aryenne » en général] n’estime parfait que ce qui est achevé, défini, donc borné, ce qui forme un tout harmonieux et organique. » C. Labo, Aristote, Paris, Mellottée, 1922, p.36-37. Qu’a-t-il donc bien pu, s’il est permis de s’exprimer ainsi, se passer dans la tête du blanc, pour que, plusieurs siècles après la fin du monde gréco-romain, le « dédain de l’infini », l’impossibilité même de le concevoir, y fasse place à un « désir irrésistible de l’infini », le sens inné de la mesure et de la proportion, à l’appétit de démesure et à la soif de disproportion et de discordance ? Abstraction faite des croisements, il est certain qu’une exposition continuelle et intense au chant des sirènes du sous-produit d’une idéologie dans laquelle Dieu est indéterminé (Yahvé est inconnaissable, ineffable, sans qualités) n’y est pas pour rien.
Sur un plan plus contingent, quelle qu’ait été le pedigree racial de C. Colomb, une question qui fait couler beaucoup d’encre (un fait significatif est qu’il rapporta dans son journal que l’équipe de reconnaissance qu’il envoya à l’intérieur des terres à son arrivée sur ce continent qu’il croyait être l’Asie comprenait un Converso, un certain Torres, qui « comprenait l’hébreu et le chaldéen et même un peu l’arabe » ; il devait servir d’interprète, si l’expédition rencontrait des Indiens qui parlaient l’hébreu. Colomb affirmait qu’il était tout à fait possible que ces peuples soient les descendants des dix tribus d’Israël, dont le sort est décrit dans le canon biblique lui-même), on sait que ceux qui, comme Luis de Santangel, ont financé ses expéditions au long cours étaient d’origine juive. Une fois les quatre autres continents plus ou moins conquis et plus ou moins organisés par les blancs, l’on sait aussi que les Juifs y ont mis la main sur le commerce : du sucre au cacao, des piments au tabac, la quasi totalité des industries étaient sous le contrôle des Juifs – et le restera. Pour l’Amérique du Nord et du Sud, voir P. Bernardini, N Fiering, The Jews and the Expansion of Europe to the West, 1450 to 1800, European Expansion and Global Interaction, Vol. 2, New York, Berghahn Books, 2001. (Note de l’éditeur.)
(6) Si elle avait son origine géographique dans les pays occidentaux, cela n’est pas à dire que, spirituellement, cette foi était « occidentale », ancrée qu’elle était dans la philosophie philo-orientale des Lumières. Le rationalisme, le libéralisme et l’universalisme que les slavophiles et les pro-occidentaux russes identifiaient comme une composante intrinsèque de l’esprit européen, ceux-là pour les rejeter, ceux-ci pour les prôner, trouvent leur origine dans l’esprit sémite, comme nous avons eu l’occasion de le montrer dans « La liberté : un concept d’esclaves ». Quant à Pierre le Grand, qui est généralement présenté comme le créateur de l’Etat moderne « à l’européenne » en Russie, il n’est pas inintéressant que ce soit sous son règne et à son initiative que l’orientalisme est devenu une discipline universitaire ; le philosophe Leibniz n’avait pas été pour rien dans cette initiative. D. Schimmelpenninck van der Oye, Russian Orientalism, p. 224. (Note de l’éditeur.)
(7) Disons qu’elle fait les deux : qu’elle agit, tout en négociant. Staline est l’un des premiers tyrans à avoir compris l’importance du « débat » dans l’économie démocratique. « Amenez-les à la table des négociations, disait-il, pendant qu’ils seront tous autour de la table, nous, nous agirons dans leur dos ». Aujourd’hui, il n’est pas un politicard qui n’y aille de son couplet sur le « débat », les « grands débats ». (Note de l’éditeur.)
(8) Les Boughis ou Malais orientaux sont originaires des Célèbes. (Note de l’éditeur.)
(9) L. Stoddard, The Rising Tide of Color, 1920, p. 131 et suiv.
(10) Dans la ville de Mexico il y a une statue de Guatimozin, le dernier Empereur des Aztèques. Personne n’oserait ériger un monument à Fernando Cortez.
(11) Quand on apprend que le Japon vend à Java les bicyclettes à 12 marks (70 fr.) et les ampoules électriques à 5 pfennigs (50 cent.) la pièce, tandis que dans les pays blancs on doit exiger dix fois ces sommes pour ne couvrir que les frais ; quand le petit paysan javanais avec femme et enfants offre le sac de riz, récolté par lui, à la moitié du prix que les plantations modernes avec leurs employés blancs sont obligés d’exiger, alors tout l’abîme de cette lutte s’ouvre devant nos yeux. Puisque la technique occidentale n’est plus un secret et qu’on l’imite à la perfection, le contraste ne consiste plus dans la méthode de la production, mais uniquement dans ses frais.
(12) Bolívar était en réalité « métis, avec une prédominance du type caucasien » http://www.courrierinternational.com/article/2011/07/27/bolivar-petit-mais-les-dents-blanches. (Note de l’éditeur.)
(13) De nombreux éléments tendent à indiquer que le patronyme de Miranda est d’origine juive. http://www.sephardim.com/namelist.shtml?mode=form&from=D&to=K. (Note de l’éditeur.)
(14) Et des Arabes et Juifs qu’on a forcés à se convertir ; on reconnaît ces derniers par leurs noms très catholiques : Santa Anna, Santa Maria, San Martin (cela n’empêche pas l’auteur d’indiquer, quelques pages plus haut, que San Martin était un « blanc pur sang ». (Note de l’éditeur.)
(15) La croyance au caractère viril de l’islam était fort répandue chez les orientalistes et les traditionalistes contemporains de Spengler et, encore aujourd’hui, elle a la vie dure. Pour se rendre compte à quel point elle est erronée, il faut revenir sur les cinq aspects principaux de la civilisation dans laquelle Mohammed a prêché l’islam : premièrement, les Arabes étaient organisés en groupes tribaux, ces groupes tribaux étant fondés sur les liens de parenté. Deuxièmement, ils avaient un panthéon de divinités. Troisièmement, la vertu fondamentale était la « murûwa », c’est-à-dire les qualités du « big man », du chef, du patronage de qui tous les membres de la tribu dépendaient. Quatrièmement, le but suprême de la vie résidait dans l’accomplissement d’actes dont les générations se souviendraient ; cinquièmement, le modèle de légitimation était fondé sur la tradition ancestrale.
Mohammed mit en question chacun de ces aspects. Il les inversa : premièrement, le critère de légitimation ne serait pas « ce qui a toujours été fait », mais « ce que Dieu a envoyé », à savoir la révélation ; deuxièmement, le but suprême de la vie réside dans le retour à Dieu , d’où chacun était issu, le Jour de la Résurrection ou du jugement ; troisièmement, compte tenu de l’ objectif, la vertu de « celui qui craint Dieu » ou de celui qui se prépare pour le grand jour devient primordiale – donc, non pas la virilité, mais « Taqwa » (l’humilité et la crainte de Dieu). Quatrièmement il y a un seul Dieu, qui est unique, car il n’a ni consorts, ni égaux ; cinquièmement, l’unité fondamentale de la société humaine n’est pas à la tribu, mais l’oumma, une communauté fondée sur la piété. Ici, le critère n’est pas la lignée ancestrale, la richesse ou tout autre aspect de l’existence mondaine : « Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. » (49:13) (voir L. C. Becker, C. B. Becker, Encyclopedia of Ethics, New York, Routledge, 2001, p. 890)
« Murûwa » est traduit, entre autres, par courage, bravoure, générosité, zèle et, précisément, virilité ; comme « murûwa » dérive de « mar‘ », « homme », ce dernier sens paraît tout à fait plausible à un non arabisant ; cependant, des arabisants ont signalé que, dans une de ses acceptions, il désigne l’« humanité » et, dans une autre, un « idéal », un idéal masculin ; comme cet idéal inclut toutes les valeurs chevaleresques (E. Sizoo, Responsabilité et cultures du monde : dialogue autour d’un défi collectif, Ed. Charles Léopold Mayer, 2006, p. 202) et que celles-ci, dans l’Arabie préislamique comme, plus tard, dans l’Europe du « moyen-âge », outre le culte de l’honneur et celui des armes, comprennent le culte de la femme, « murûwa » ne se superposerait pas à « virilité » et serait même assez éloigné du sens véritable de ce dernier terme. (Note de l’éditeur.)
(16) Mais il existe également une église méthodiste éthiopienne hostile aux Européens, dont les missionnaires viennent des Etats-Unis et qui a provoqué des révoltes, par exemple en 1907 au Natal et en 1915 au Nyassa.

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