Les mondialistes et les islamistes (I)

Lorsque Machiavel observe que « … les dissensions dans une république viennent souvent de l’oisiveté qui suit la paix ; le premier cri de guerre devient aussi le signal de l’union », il peut avoir raison s’agissant de ce qu’il appelle la « république romaine », mais il a tort en ce qui concerne les républiques italiennes, les républiques marchandes italiennes, de son temps.
Les dissensions qui y règnent viennent du fait que leur activité principale est le commerce, car, comme le remarque René Guénon « La matière… est essentiellement multiplicité et division, donc source de luttes et de conflits ; aussi, qu’il s’agisse des peuples ou des individus, le domaine économique n’est-il et ne peut-il être que celui des rivalités d’intérêts. » De là vient essentiellement que la ploutocratie, comme le montre Aristote (qui, toutefois, l’appelle oligarchie) est, avec la tyrannie, le moins stable des gouvernements. Le manque de stabilité de ce système politique est encore accru par une caractéristique psychologique des personnes qui y détiennent le pouvoir du fait de leur richesse : « la défiance mutuelle qu’ils s’inspirent », jointe à une profonde méfiance du peuple. « … aux yeux des grands bourgeois florentins, écrit Machiavel au sujet de sa ville natale, la peur du peuple l’a toujours emporté sur celle de l’étranger, la peur de l’ennemi de l’intérieur sur celle de l’ennemi de l’extérieur. Ainsi a-t-on, pour des motifs politiques, remis la défense de la Cité entre les mains de condottiere et de troupes mercenaires au lieu de la confier à ceux dont c’était l’intérêt de lutter pour leur liberté. » De manière analogue, sept siècles plus tard, il est de moins en moins rare que les postes clés des républiques européennes soient occupés par des fonctionnaires ou des politicards d’origine étrangère, voir même de couleur, tous laquais des véritables détenteurs du pouvoir, qui se trouvent être aussi les détenteurs des richesses. De facto, ces républiques sont donc constituées en ploutocratie. Pire, les détenteurs des richesses, comme un nombre de plus en plus important des fonctionnaires et des politicards qu’ils parachutent à tel ou tel poste pour mener servilement la politique « mondialiste » qu’ils ont élaborée dans les coulisses, sont, dans une proportion croissante, non seulement d’origine étrangère, mais de race de couleur, sans parler des femmes. Ils représentent ce que F.P. Yockey appelle le « cultural distorter », l’ennemi intérieur de l’« Occident », dont le but est « l’annihilation spirituelle et physique » des peuples européens de race blanche et, plus précisément, des derniers rares représentants de celle-ci.
Que l’ennemi de l’Europe soit devenu strictement intérieur depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est là ce qui ressort on ne peut plus clairement de l’esprit de toutes les mesures prises par les laquais présidentiels, ministériels et bureaucrates du « cultural distorter » depuis lors, dans quelque domaine que ce soit, économique, social ou culturel. Plus la destruction totale de l’Europe approche, plus il est dans l’intérêt de l’ennemi intérieur de l’Europe de faire croire à la populace que l’ennemi de ce qui reste de l’Europe est extérieur. Il eut d’abord recours au stratagème de la « Guerre froide » (« холодная война ») (1954 – 1975), qui devint « fraîche » à la suite de la crise économique du milieu des années 1970 dans les pays « occidentaux », pour prendre fin, sans avoir éclaté, avec l’implosion, organisée par les milieux financiers auxquels les Etats-Unis servaient de paravent, de l’URSS, en 1991. Le philosophe politique machiavélien allemand d’origine juive et pape putatif du néo-conservatisme Léo Strauss (1899 – 1973), dont la doctrine a été bien résumée par l’une de ses principales biographes de la manière suivante : « S’il n’existe aucune menace extérieure, alors il faut la créer de toutes pièces », ne vécut pas assez longtemps pour assister à la seconde application concrète de son principe : la « menace islamique ». La « menace islamique » fut montée de toutes pièces par l’ennemi intérieur de l’Europe à la fin des années 1970, la « menace soviétique » n’allant pas tarder à être renvoyée au magasin des accessoires.
La collusion entre les mondialistes et les islamistes dans le but de détruire ce qu’il peut bien rester de l’Europe n’est plus un secret pour les patriotes dignes de ce nom. Elle a été mise en évidence par Alexandre Del Valle dans Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l’Europe (1997) L’ouvrage, il fallait s’y attendre, reçut un accueil très mitigé des critiques autorisés, certaines justifiées, d’autres aberrantes et teintées de jobardisme. Les premières portent sur des points de détail ; les secondes, sur le fond.
Outre-atlantique, l’ouvrage fut, sans surprise, taxé d’anti-américanisme (http://www.meforum.org/1249/islamisme-et-etats-unis-une-alliance-contre), sans qu’on soit allé, l’argumentation étant étayée par de nombreux documents, jusqu’à le qualifier de « primaire ».
Sur le fond, il a été déploré à juste titre que l’auteur « utilise très peu de sources américaines ». L’essai que nous publions ci-dessous remédie amplement à cette lacune. Ecrit quelque cinq ans après Islamisme et Etats-Unis, une alliance contre l’Europe, il consolide la thèse de Del Valle en s’appuyant ou sur des sources primaires qui étaient apparues entre-temps, ou sur des documents que Del Valle n’avait pas utilisés. Il a deux défauts majeurs, dont il faudra essayer de faire abstraction et qui, en tout cas, n’entament pas la thèse qu’il soutient : le premier, qu’il est loin d’être le seul à avoir, est de considérer que la politique moyen-orientale de chacun des protagonistes « occidentaux » est l’expression des objectifs géostratégiques d’autorités politiques souveraines agissant selon leurs intérêts nationaux propres, alors qu’elle ne répond qu’aux intérêts strictement privés des représentants de la haute finance apatride qui agissent dans les coulisses. Au lieu de « Grande-Bretagne », d’« Etats-Unis », de « France », il serait donc plus conforme à la réalité de parler respectivement, pour faire court, de N. M. Rothschild & Sons Limited, de N.M. Rothschild & Sons LLC et de Rothschild Frères.
Le second, qui découle généralement du premier, est la diabolisation culpabilisante de l’« Occident ».
Entendons-nous bien : l’islam est, comme toute idéologie prosélyte et universaliste, expansionniste et conquérante.
A peine le Coran est-il révélé à Mohamed que des armées arabes se lancent à la conquête de l’empire byzantin, conquièrent la Syrie en 635, conquièrent l’Arménie et l’Egypte en 639, font le siège de Constantinople en 717-718 ; en 651, la Perse est conquise au terme de 15 années de guerre, la conquête de l’Afghanistan est achevée en 709, comme celle de l’Afrique du Nord ; en 712, les Arabes musulmans soumettent l’Inde, les territoires actuels de l’Ouzbékistan et du Kirghizstan ; leurs armées débarquent en Espagne en 711 et auraient été arrêtées à Poitiers en 732 ; La Crète est conquise vers 824, la Sicile est conquise à partir de 827, Malte en 870, les Baléares en 902, Chypre en 965. Convertis au sunnisme au Xe siècle, les Seldjoukides, tribu nomade d’Asie centrale, commencent leur conquête de l’Anatolie en 1060, pour l’achever trois siècles plus tard. Les Turcs ottomans conquièrent la Thrace en 1366, la Macédoine en 1371, la Bulgarie en 1394, la Thessalie en 1399, une partie de la Serbie et le centre de l’Albanie en 1467, le Monténégro en 1499, prennent Belgrade en 1521, prennent Rhodes en 1522, s’emparent de Buda et de la plus grande partie de la Hongrie en 1526, s’emparent de la Bosnie, de la Croatie, de la Slavonie, de la Dalmatie en 1527, assiègent Vienne en 1529, puis en 1683 ; un Etat musulman est établi par la force des armes en 1725 en Afrique occidentale, un Etat d’esclaves, ceux-ci composant deux tiers de sa population (http://www.britannica.com/blackhistory/article-24157), sans compter, à l’époque moderne, les innombrables djihad, du Viet Nam au Caucase en passant par la Somalie.
Une invasion arabe de l’Europe par la force armée n’est cependant plus de mise, les temps ont changé, le personnel politique aussi, qui, parce qu’il est aux ordres du « culture distorter », a ouvert tout grand les portes de l’Europe aux Arabes – entre autres. « Nous avons, déclarait Khadafi à Al Jazeera en avril 2006, 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épées, sans fusils, sans conquêtes. Les 50 millions de musulmans d’Europe en feront un continent musulman dans quelques décennies. Allah mobilise la nation musulmane de Turquie et la fait entrer dans l’Union Européenne. Ca fait 50 millions de musulmans en plus. Il y aura 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie, un pays musulman, est déjà entrée dans l’Union européenne. La Bosnie, un pays musulman, est déjà entrée dans l’Union européenne. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une situation fâcheuse. Et il en est de même pour l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien déclarer la guerre aux musulmans. » (http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/1676.htm (il faut noter l’hypocrisie consommée de l’ancien leader libyen, qui, dans l’alternative qu’il laisse, feint d’ignorer que l’« islamisation » de l’Europe fait partie du programme de ses pseudo-élites ; il faut aussi noter, non sans déplorer la tiédeur coupable de leurs interventions médiatiques (*), que les partis européens qui se présentent comme des opposants à l’« islamisation » de l’Europe ne se servent pas des munitions que leur fournissent régulièrement un certain nombre de personnalités arabes. « Il y a cinquante millions de musulmans en Europe. 80% de ces musulmans sont des mendiants, qui vivent de l’aide sociale de l’Occident. En d’autres termes, les Européen paient des impôts et l’Etat donne de l’argent aux musulmans pour qu’ils achètent de la nourriture. Le musulman en Occident ne gagne pas son pain quotidien. S’il était dans le monde islamique, il mourrait – même les vaches et les chèvres ne peuvent pas subvenir à leurs besoins dans le monde islamique… En Suède, il y a 500 associations islamiques et une seule association juive. Chaque mosquée en Europe est un repaire de voleurs. En conformité avec les lois européenne sur le soutien des religions et la diversité culturelle, les musulmans sont financés par l’Etat et les responsables des mosquées volent ces fonds. » (Yahya Abu Zakariya, Mayadeen TV, octobre 12, 2012 (http://www.youtube.com/watch?v=2nFFq9CkG4k) il est à peine besoin de préciser que ce journaliste n’a été poursuivi en justice par aucune espèce d’« association »)
En bref, autant la menace d’une « islamisation » en quelque sorte institutionnalisée des pays d’Europe de l’Ouest est objectivement réelle, autant la « menace terroriste islamique » est un leurre, destiné à faciliter encore davantage l’« islamisation » en cours des pays d’Europe de l’Ouest en détournant la populace européenne plus ou moins de souche de la menace intérieure que constitue véritablement la présence de millions de musulmans sur le sol européen vers une menace islamique qui viendrait de l’extérieur. Concrètement, il s’agit de braquer les projecteurs sur les régions exotiques où les islamistes arabes, noirs ou jaunes sont basés pendant que, avec la bénédiction et la complicité des sbires gouvernementaux et technocrates du « culture distorter », des milliers de leurs frères de race franchissent allègrement chaque jour les passoires que sont les frontières de l’U.E., à destination des Allocations Familiales et des CAF les plus proches de leur point de chute en Europe de l’Ouest.
Le problème étant beaucoup plus racial que religieux, le terme d’« islamisation » est mis ici entre guillemets.

La Grande-Bretagne s’empare du Moyen-Orient

Comme indiqué dans le livre de F. William Engdahl A Century of War – Anglo-American Oil Politics and the New World Order, la Grande-Bretagne commença à s’intéresser véritablement au Moyen-Orient quand ses dirigeants comprirent que le pétrole n’allait pas tardé à remplacer le charbon comme source d’énergie. Au tournant du siècle, la Grande-Bretagne dépendait entièrement de l’Amérique, de la Russie et du Mexique pour ses approvisionnements en pétrole. Cette situation fut rapidement jugée inacceptable et les pressions que l’espion britannique Sidney Reilly exercèrent sur le géologue et ingénieur australien William Knox d’Arcy permirent à la Grande-Bretagne d’obtenir du monarque persan Reza Khan des droits de forage. D’Arcy lui paya l’équivalent de 20000 $ en espèces pour les droits d’exploitation du pétrole perse jusqu’en 1961 et s’engagea par contrat à s’acquitter d’une redevance de 16% sur toutes les ventes. La société britannique avec laquelle Reilly persuada d’Arcy de s’allier prit ensuite le nom d’Anglo-Persian Oil Company, l’ancêtre de la puissante British Petroleum (BP).

Cependant, le fait que la Grande-Bretagne avait réussi à se faire approvisionner en pétrole persan ne signifiait pas qu’elle avait mis la main sur les réserves de pétrole du Moyen-Orient. Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait connu une explosion économique étonnante, en partie due à son alliance avec l’Empire ottoman et aux vastes réserves pétrolières auxquelles celui-ci lui avait donné accès. En 1889, les Allemands travaillèrent à un accord avec les Turcs pour financer, par le biais de Deutsche Bank, un chemin de fer de Constantinople à l’Anatolie et, dix ans plus tard, ils signèrent avec eux un accord pour la construction d’un chemin de fer de Berlin à Bagdad.

La Grande-Bretagne fit en sorte que cette liaison ferroviaire ne soit jamais achevée, en utilisant la Serbie, son alliée, pour faire barrage à l’alliance que l’Allemagne avait conclue avec l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie et l’Empire ottoman. On considère généralement que la Première Guerre mondiale fut déclenchée par l’assassinat de l’archiduc autrichien Ferdinand par des Serbes. La Serbie joua un rôle clé dans la Première Guerre mondiale, mais le conflit n’est pas simplement le résultat de ce seul événement. La vérité est que la Première Guerre mondiale fut fomentée par les Britanniques, dont les experts en géostratégie prévoyaient qu’il deviendrait la ressource la plus importante du monde (1).

En 1916, au plus fort de la Première Guerre mondiale, les Britanniques élaborèrent des accords avec la France, avec l’aval de l’Italie et de la Russie, qui prévoyaient le partage du Moyen-Orient en zones d’influence entre les deux premières puissances, en prévision d’une victoire sur l’Empire ottoman, Ces accords secrets, connus sous le nom de Sykes-Picot, créèrent les frontières arbitraires des pays que sont aujourd’hui la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak et le Koweït. La Grande-Bretagne contrôlerait le golfe Persique à travers l’Irak et le Koweït et recevrait également la Palestine et la Jordanie. La France recevrait la Syrie et le Liban, l’Italie se vit promettre des parties de l’Anatolie et certaines îles de la Méditerranée et la Russie devait obtenir une partie de l’Arménie et du Kurdistan.

Pendant la guerre, la Grande-Bretagne transféra plus de 1,4 million de soldats du front de l’Ouest à l’Est, pour combattre les Ottomans. Alors qu’1,5 million de Français moururent et 2,6 millions d’entre eux furent blessés dans les tranchées, la Grande-Bretagne vola de victoire en victoire dans le Moyen-Orient. Après la guerre, la Grande-Bretagne maintint plus d’un million de soldats dans la région et, en 1918, le général britannique Allenby constata qu’il exerçait de facto une autorité militaire absolue sur la quasi-totalité du Moyen-Orient arabe (2).

Alors que T.E. Laurence dirigeait la révolte arabe contre les Ottomans au nom des Britanniques, il avait assuré à ses alliés arabes que la Grande-Bretagne respecterait leur volonté d’indépendance, mais, après la guerre, ces promesses furent ignorées. En 1917, dans une lettre ouverte à Lord Lionel Walter Rothschild, Lord Balfour promit que la Grande-Bretagne était prête à reconnaître officiellement un Etat juif en Palestine.

Dans sa lutte contre l’Empire ottoman, la Grande-Bretagne obtint le soutien de deux importants dirigeants arabes. Le premier était Hussein bin Ali de la dynastie hachémite, dynastie qui prétendait descendre directement du prophète Mohammed. Il régnait sur la région du Hedjaz, qui comprenait la Mecque et Médine. Les Britanniques jouèrent sur son statut de figure « sainte » pour élargir autant que possible le soutien populaire dont il jouissait. Le second dirigeant arabe de premier plan que les Britanniques mirent dans leur giron était Mohammed Ibn Saoud, chef de la secte tribale wahhabite de l’Arabie centrale. Ibn Saoud utilisa l’argent que lui donnèrent les Britanniques pour renforcer sa position de figure religieuse et acheter le soutien des Bédouins.

Après la défaite des Ottomans et la publication des accords Sykes-Picot et de la déclaration Balfour, Hussein bin Ali, comprenant qu’il avait été trahi, abdiqua. Ses trois fils, Ali, Fayçal et Abdallah s’essayèrent alors à la politique.

Ali fut roi du Hedjaz et chérif de La Mecque d’octobre 1924 à décembre 1925, où il fut évincé par les forces probritanniques d’Ibn Saoud. Les Saoudiens dirigent l’Arabie depuis. La plus grande erreur (3) de la Grande-Bretagne fut de se désintéresser des Saoudiens et des déserts de l’Arabie, permettant ainsi à la Standard Oil de Californie d’acheter les droits de prospection pétrolière en Arabie Saoudite pour 250000 dollars en 1933 (4). Depuis ce temps, la famille royale saoudienne entretient une relation très spéciale avec les États-Unis.

Fayçal avait travaillé avec T.E. Lawrence et avait prit Damas aux Ottomans. Le 7 mars 1920, le Congrès national syrien vota l’indépendance de la Syrie et le proclama « roi constitutionnel » du Royaume arabe de Syrie sous le nom de Faysal Ier. Il fut cependant contraint d’abdiquer quelques mois plus tard, après que la Syrie eut été placée sous mandat français. Il s’exila en Grande-Bretagne et, un an plus tard, ce prince sunnite fut parachuté roi du territoire à prédominance chiite de l’Irak. Faysal Ier régna jusqu’à sa mort en 1933, son fils Ghazi jusqu’à sa mort en 1939, suivi par son fils, Faysal II, le dernier roi de l’Irak, qui fut tué dans un coup d’Etat militaire en 1958.

Abdallah monta sur le trône de l’Émirat de Transjordanie en 1921 et, en tant que roi, il conserva une attitude ouvertement probritannique, en dépit de la trahison dont avait été victime son père. Abdallah comprit qu’il n’avait rien à gagner à se mettre en porte-à-faux avec les Britanniques et les Britanniques se servirent de lui pour calmer la fureur de son peuple à l’annonce officieuse de la création d’un Etat juif en Palestine. Le roi Abdallah fut tué dans la mosquée Al-Aqsa en 1951 et son petit-fils de seize ans Hussein monta sur le trône. Le roi Hussein régna jusqu’à sa mort en 1999 et son fils gouverne depuis le Royaume hachémite de Jordanie sous le nom d’Abdallah II.

Dans A Brutal Friendship – The West and the Arab Elite, l’historien arabe Saïd Aburish identifie trois phases distinctes dans les relations entre l’islam et l’Occident au XXe siècle (5).

La première phase, selon Aburish, fut les années qui suivirent immédiatement la Première Guerre mondiale. Les dirigeants arabes avaient beau avoir été trompés et trahis par les Britanniques (6), ils étaient impuissants à exercer une quelconque autorité sur les masses arabes sans l’appui des Britanniques.

Ibn Saoud était le chef de la secte wahhabite et la Grande-Bretagne, consciente de son influence de figure religieuse, finança sa conquête de toute l’Arabie.

Les Hachémites étaient la plus grande force traditionnelle arabe jusqu’à ce qu’Ibn Saoud les chasse de la Mecque et de Médine. Dans leur « pitié », les Britanniques placèrent ensuite Abdallah et Faysal respectivement sur le trône de Jordanie et sur celui de l’Irak. Ces princes hachémites étaient des étrangers, c’est le moins que l’on puisse dire, mais les Britanniques jouèrent à fond la carte de la religion, en se servant du prestige religieux des Hachémites pour justifier leurs actions auprès des peuples arabes. Tout Arabe serait heureux d’être gouverné par un clan « saint » comme les Hachémites.

Les Britanniques utilisèrent l’Islam en Palestine aussi, quand, en 1921, ils firent élire un de leurs protégés, Haj Amin Husseini, un descendant de Mahomet, au poste de Grand Mufti de Jérusalem. En Palestine, presque toutes les grandes familles arabes trouvèrent rapidement intérêt à être probritanniques et le Grand Mufti conserva cette attitude au moins jusqu’à 1936, lorsque l’établissement imminent d’un Etat juif en Palestine le força à soutenir enfin la volonté de son peuple (7).

En ce qui concerne la première phase des relations entre l’islam et l’Occident, Aburish écrit : « Tous les dirigeants politiques de l’époque tiraient leur légitimité de l’Islam et tous les dirigeants politiques étaient probritanniques. L’Islam était un instrument pour légitimer le gouvernement, la tyrannie et la corruption des dirigeants arabes. Pour l’Occident, l’islam était acceptable, il pouvait être utilisé et, de fait, il l’était (8). »

Les élites arabes ne pouvaient pas continuer indéfiniment à se servir de l’islam comme facteur de légitimation pour assujettir leurs peuples. La force qui se leva pour s’y opposer fut le nationalisme arabe laïc, incarné par la personne de Gamal Abdel Nasser. Ce mouvement cherchait à libérer le Moyen-Orient de la domination occidentale et en même temps il méprisait l’Islam, qui avait été utilisé avec succès pour soutenir et justifier l’autorité des élites. Avant d’aborder la deuxième phase des relations entre l’Occident et l’islam, qui commença avec la montée du nationalisme arabe, nous devons nous pencher brièvement sur l’histoire de l’Egypte

II. La Grande-Bretagne et l’Egypte

Au début de la Première Guerre mondiale, l’Egypte était contrôlée par la Grande-Bretagne depuis plus de trente ans. Alors que les Britanniques avaient utilisé l’Islam pour abattre les Ottomans et soutenir leurs États-clients, ils constatèrent que, en Egypte, l’islam n’était pas une ressource très malléable, du moins pas aussi longtemps que la Grande-Bretagne y resterait en colonisatrice.

L’influence occidentale sur l’Egypte commença en 1798, lorsque Napoléon envahit l’Égypte pour menacer les routes commerciales de la Grande-Bretagne vers l’Inde. C’était la première fois qu’une nation arabo-musulmane faisait l’objet d’une conquête majeure et décisive dans l’histoire de l’islam et celle-ci marqua le début d’un lent déclin de la fierté et de l’influence musulmane. La domination de Napoléon ne dura pas longtemps, car les Britanniques, temporairement alliés aux Ottomans, chassèrent les Français d’Egypte quelques années plus tard.

De ce chaos sortit un commandant albanais de l’armée ottomane du nom de Mohammed Ali, qui contribua à expulser les Britanniques d’Egypte et devint par la suite gouverneur de l’Egypte sous l’autorité ottomane. Ali neutralisa la menace des mamelouks égyptiens, puis se consacra à la modernisation de l’Egypte. A la mort d’Ali, ses successeurs, Abbas et Saïd Pacha, gouvernèrent l’Egypte. Saïd Pacha initia le projet du canal de Suez et son successeur Ismaïl Pacha le mena à son terme en 1869. Le canal fut financé principalement par des investisseurs français, mais, à cette époque, la France était fermement contrôlée par la Grande-Bretagne. L’influence britannique en Egypte ne cessa d’augmenter, lentement mais sûrement, non pas militairement, mais économiquement. L’idéologie britannique du « libre-échange » fut adoptée et l’industrie égyptienne en pâtit. L’Egypte se trouva bientôt lourdement endettée.

En 1879, Ismaïl fut chassé du pouvoir et remplacé par son fils Toufik Pacha qui, de guerre lasse, abandonna le contrôle de l’économie égyptienne aux Britanniques. En 1882, les troupes britanniques débarquèrent et s’emparèrent de toute l’Egypte. Elles occupèrent l’Égypte jusqu’en 1956, où elles en furent chassées par le président Nasser.

Au début de la Première Guerre mondiale, le Khédive Abbas estima qu’il était possible de se débarrasser de la Grande-Bretagne et encouragea le peuple à soutenir les Ottomans. La Grande-Bretagne le fit destituer rapidement et mit son oncle Hussein Kamal au pouvoir. A la fin de la guerre, les forces nationalistes égyptiennes ne cessèrent de mener campagne pour l’indépendance contre les occupants britanniques. Leurs espoirs furent anéantis, lorsque les Etats-Unis se rangèrent du côté de la Grande-Bretagne.

En 1922, la Grande-Bretagne renonça à son « protectorat » sur l’Egypte, tout en restant responsable de la « défense » de l’Egypte et de la protection des étrangers en Egypte. L’Égypte avait obtenu l’« indépendance » et le roi Fouad Ier, descendant de Mohammed Ali, prit le pouvoir, en dépit du fait que le pays restait sous l’occupation britannique.

En 1928, l’association des Frères musulmans fut fondée par un instituteur égyptien nommé Hasan el-Bannâ (1906 – 1949). La Fraternité était une société secrète religieuse connue du public pour son l’importance qu’elle accordait à l’éducation islamique et pour ses activités de bienfaisance. Avant la Seconde Guerre mondiale, les services de renseignements britanniques nouèrent des liens avec la Fraternité par le biais de l’agent Freya Stark, aventurier et écrivain britannique (9), dans le but de surveiller la présence allemande de plus en plus grande en Afrique du Nord et de rester au courant des différents mouvements politiques qui y naissaient. Les Frères musulmans se répandirent dans le monde musulman et devinrent une sorte d’équivalent musulman des fraternités maçonniques occidentales (10). Il devint aussi l’une des premières organisations islamiques terroristes fondamentalistes.

Dans les années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale, les intrigues que menait la Grande-Bretagne en Egypte pour conserver le contrôle de sa colonie et du canal de Suez étaient essentiellement concentrées sur trois cliques : les royalistes, alliés avec le roi Fouad et, après 1935, son fils le roi Farouk ; le parti nationaliste Wafd, qui était soutenu par le peuple au travers du Parlement égyptien, qui avait été établi par les Britanniques.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, le Wafd, du moins publiquement, soutint les alliés parce que ceux-ci avaient fait croire aux nationalistes que l’indépendance complète serait accordée à l’Egypte immédiatement après la guerre. Cependant, le roi Farouk était plus réservé dans son soutien aux alliés et, en privé, il ne cachait pas ses sympathies pour l’Axe, tandis que de nombreux membres de base des Frères musulmans étaient connus pour pencher aussi en faveur de l’Allemagne. Mais l’Allemagne n’était pas destinée à libérer l’Egypte de l’occupation britannique. L’armée allemande d’Afrique du Nord fut défaite à la bataille d’El Alamein en octobre 1942, puis progressivement repoussée hors de l’Afrique.

Après la guerre, les Frères musulmans et le Wafd menèrent campagne contre la monarchie répressive du roi Farouk et contre les Britanniques, qui repoussaient sans cesse leur retrait du territoire égyptien. En 1949, el-Bannâ fut assassiné par le gouvernement égyptien, déchaînant la colère des fondamentalistes. En 1952, le Wafd remporta une grande victoire aux élections parlementaires, en conséquence de quoi le premier ministre el-Nahhas Pacha dénonça les accords de 1936 par lesquels Farouk avait permis que la Grande-Bretagne prenne le contrôle du canal de Suez. Farouk remercia tout de suite el-Nahhas et de violentes émeutes anti-britanniques éclatèrent immédiatement dans toute l’Egypte. Des officiers de haut rang de l’armée égyptienne saisirent l’occasion pour organiser un coup d’Etat. Ils s’emparèrent ainsi du pays et en chassèrent le roi Farouk.

Les « Officiers Libres », puisque c’est ainsi qu’ils se faisaient appeler, étaient sous le commandement du général Muhammad Naguib et comprenaient Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate. Naguib fut bientôt évincé et Nasser apparut comme l’homme fort du pays en 1954. Il ne tarda pas à interdire le Wafd et les Frères musulmans et commença à régner en dictateur.

Nasser fut rapide et audacieux dans ses initiatives visant à moderniser et à industrialiser l’Egypte et à affirmer l’indépendance de sa nation. Il tendit la main aux États-Unis et à la Banque mondiale, pour qu’ils l’aident à financer la construction du barrage d’Assouan, mais ils refusèrent et il fut forcé de se tourner vers les Soviétiques. Il chercha également à améliorer son armée et l’Occident lui proposa de lui fournir des armements, à la condition qu’il engage son pays dans les alliances militaires régionales sous contrôle britannique. Nasser refusa et signa un contrat d’armement avec la Tchécoslovaquie en 1955.

Le 26 juillet 1956, Nasser expulsa les Anglais de la zone du canal de Suez et le remit sous le contrôle de l’Egypte pour la première fois depuis 1882 Trois mois plus tard, la guerre de Suez commença. Israël prit le contrôle de Gaza en cinq jours et les troupes britanniques et françaises reprirent la zone du canal. L’Organisation des Nations Unies condamna l’opération militaire et un cessez le feu fut conclu le 6 novembre. Le canal fut ensuite restitué à l’Égypte.

À la suite de cette guerre, Nasser devint le héros des peuples arabes et des mouvements nationalistes laïcs apparurent dans tout le Moyen-Orient. En 1958, l’Egypte fusionna avec la Syrie dans la République arabe unie, à laquelle s’associa le Yémen du Nord. Ce mouvement panarabe avait autant la faveur des masses arabes qu’il était redouté par leurs dirigeants. Aburish écrit : « Dans les années 1950 et plus tard, l’Occident s’opposa au mouvement nationaliste arabe laïc pour deux raisons : il contestait son hégémonie régionale et menaçait la survie des dirigeants de ses Etats-clients. Rien n’empêchait un mouvement laïc de coopérer avec l’URSS. En fait, la plupart de ces mouvements étaient légèrement socialistes. En outre, ils préconisaient l’unité arabe sous une forme ou sous une autre – une union ou une politique commune -, ce qui menaçait les régimes traditionnels pro-occidentaux de l’Arabie saoudite, de la Jordanie et d’autres Etats-clients. L’Occident le perçut comme un défi à relever (11). »

Cela nous amène à la deuxième phase des relations entre l’Occident et l’islam, telle que définie par Aburish. C’est une période au cours de laquelle l’Occident instrumentalisa l’intégrisme islamique pour déstabiliser ou renverser les régimes qui refusaient d’être dominés par l’Occident.

III. Le renversement de la première démocratie iranienne

Dès le début, la Central Intelligence Agency entretint des relations très étroites avec les services secrets britanniques et cela est prouvé par les détails du coup d’Etat contre Mossadegh en 1953, qui marqua le début de la deuxième phase.

Le Dr Mohammad Mossadegh ne cessa jamais d’être un leader du mouvement nationaliste iranien contre l’impérialisme de l’Empire britannique. Né dans la classe dirigeante iranienne, il fut élu au parlement iranien en 1906, mais refusa le poste, parce que, légalement, il était trop jeune pour l’occuper (il n’avait pas encore 30 ans). Il fit ses études en France et en Suisse et obtint son doctorat en droit en 1913. Il rentra en Iran, où il exerça d’abord comme professeur d’université, avant d’être nommé vice-ministre des Finances, puis ministre de la Justice. Il était ministre des finances en 1921, lorsqu’un coup d’Etat soutenu par les Britanniques fit de Mohammad Reza Pahlavi l’homme fort du pays.

Dans les années qui suivirent, Mossadegh servit le peuple iranien en occupant un certain nombre de fonctions, avant d’être finalement écarté de force de la fonction publique vers la fin du règne de Reza, en raison des critiques qu’il formulait contre son régime corrompu. En 1941, le gouvernement changea de nouveau et Reza Pahlavi, shah depuis 1925, fut contraint de fuir en Afrique du Sud, où il vécut jusqu’à sa mort. Mossadegh fut alors en mesure de retourner à Téhéran, où il prit une part active aux débats du Parlement, notamment par des passes d’armes avec le fils de Reza, Mohammad Reza Shah.

Malgré les obstructions et les fraudes, Mossadegh fut élu Premier ministre de l’Iran par le Parlement en 1951. Une de ses premières initiatives de Premier ministre fut de nationaliser le pétrole iranien, qui appartenait jusque-là à l’Anglo-Persian Oil Company. En 1901, comme indiqué plus haut, la Grande-Bretagne avait acheté à Reza Khan les droits sur le pétrole iranien pour 60 ans. Elle avait passé au Shah un autre bail de 60 ans en 1933. Suite à la nationalisation de l’Anglo-Persian Oil Company, la Grande-Bretagne décida de porter l’affaire devant la Cour internationale de justice, ce qui contraignit Mossadegh à se rendre à La Haye, puis à l »ONU et à La Haye, pour faire valoir que les contrats conclus avec les gouvernements antérieurs n’étaient pas valides. La campagne de Mossadegh fut un franc succès et la communauté internationale déclara que l’Iran avait le droit de prendre le contrôle de son pétrole.

La nationalisation n’avait pas été sans faire craindre aux Britanniques que leurs intérêts soient menacés. Le gouvernement iranien promit de verser 25% des bénéfices des ventes de pétrole à la Grande-Bretagne à titre de compensation et se porta garant des emplois britanniques. Néanmoins, la Grande-Bretagne refusa de négocier et répondit par une démonstration de force navale, suivie par des embargos, des boycotts et le gel des avoirs iraniens (12).

Au cours des années précédentes, l’hostilité grandissante des Iraniens à l’égard des Britanniques n’avait pas facilité la tâche aux services des renseignements britanniques en Iran, si bien que, pour lutter efficacement contre Mossadegh, les Britanniques se tournèrent vers leurs copains de la CIA. Stephen Dorril documente cette affaire dans son livre MI6: Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service. Il écrit : « Malgré la propagande britannique, le gouvernement Mossadegh était généralement démocratique, modéré, et semblait devoir réussir à faire de la classe moyenne le pilier de l’État. Elle était officiellement vue par l’administration Truman comme populaire, nationaliste et anti-communiste (13). »

Pour faire changer la position américaine sur Mossadegh, les stratèges britanniques jouèrent sur la paranoïa communiste de l’Amérique et essayèrent de présenter le régime iranien comme faible et perméable à la manipulation soviétique. Dans les derniers jours de l’administration Truman, le chef du Bureau du Moyen-Orient de la CIA, Kermit Roosevelt, rencontra John Sinclair et d’autres représentants du MI6 pour « leur proposer de renverser conjointement Mossadegh » (14). Une fois Eisenhower à la Maison Blanche en janvier 1953, la CIA fut libre d’agir, ce qu’elle fit, lorsque les Britanniques promirent d’accorder aux compagnies pétrolières américaines une participation de 40% dans le pétrole iranien en échange de l’aide qu’elle leur apporterait pour renverser Mossadegh et remettre la main sur les réserves de pétrole iranien (15).

Les Britanniques et les Américains se mirent finalement d’accord pour faire du fils de Reza Khan, Mohammad Reza Shah, un incapable, le nouveau souverain de l’Iran. Le jeune Shah refusa d’abord les offres qui lui furent faites par les conspirateurs, même après la visite de colonel américain H. Norman Schwarzkopf, le 1er août 1953 et une réunion ultérieure avec Kermit Roosevelt. Dorril écrit que « Le Shah n’accepta finalement de soutenir le plan qu’après la confirmation officielle de la participation britannique et américaine dans une émission de radio spéciale ». Un message codé fut diffusé à la BBC Perse pour dissiper les doutes du Shah, préalablement informé du code (16).

En préparation du coup d’Etat, les Américains financèrent l’ayatollah Bihbani et la Grande-Bretagne donna 100000 $ à un groupe dirigé par l’ayatollah Qanatabadi pour attiser des troubles contre Mossadegh. La CIA donna 10000 $ à l’ayatollah Kashani, dont les partisans jouèrent un grand rôle dans les manifestations dans le centre de Téhéran. Un autre groupe d’agitateurs intégristes était dirigé par Tayeb Haj-Rezaei, une figure qui devint plus tard un partisan de l’ayatollah Khomeiny (17).

À la mi-août 1953, le gouvernement de Mossadegh fut miné par une multitude de manifestations et de complots financés par la CIA et les Britanniques. Le 15 août, le ministre des Affaires étrangères de Mossadegh fut enlevé dans le but d’intimider le gouvernement. Le lendemain, le Shah publia un communiqué dans lequel il déclarait destituer Mossadegh, tandis que du matériel de propagande était distribué qui affirmait à tort que les mollahs allaient être pendus par les membres du parti communiste, le Tudeh (18). Le 17 et 18, des foules composées de fanatiques religieux et de partisans du Shah convergèrent vers Téhéran pour semer le chaos et la terreur. Le 19, en collusion avec le chef de la police, ces foules purent atteindre la résidence du Premier ministre et, après une bataille acharnée, Mossadegh fut chassé du pouvoir. Plusieurs jours après, le Shah revint d’Italie. 25 ans plus tard, il serait chassé du pouvoir par les mêmes fanatiques fondamentalistes qui l’avaient aidé à monter sur le trône. Les Britanniques furent impliqués dans sa chute, comme nous allons le voir. L’islam radical est en effet un instrument utile pour les Britanniques. Leur manipulation de l’islam radical ne faisait que commencer.

IV. La guerre de la Grande-Bretagne contre Nasser

Dans leurs relations avec Nasser, les Britanniques utilisèrent tous les moyens nécessaires, y compris l’espionnage, la diplomatie, la corruption et même la force armée, pour conserver le contrôle de l’Egypte et du canal de Suez. Nouvellement créée, la CIA aussi commença à s’intéresser à l’Egypte, quand Nasser parut vouloir se rapprocher de l’Union soviétique. Aburish explique comment cette nouvelle affaire complexe évolua : « Selon l’agent de la CIA Miles Copeland, les Américains se mirent à la recherche d’un Billy Graham musulman (19) vers 1955… Lorsque la recherche et, a fortiori, la création d’un Billy Graham musulman s’avéra problématique, la CIA commença à coopérer avec les Frères musulmans, une organisation de masse musulmane fondée en Egypte, mais qui comptait des adeptes dans tout le Moyen-Orient arabe… Cette coopération marqua le début d’une alliance entre les régimes traditionnels (arabes) et les mouvements islamiques de masse contre Nasser et les autres forces laïques (20). »

La CIA suivit l’exemple des services de renseignements britanniques et chercha à utiliser l’islam pour réaliser ses objectifs. Elle voulait trouver un chef religieux charismatique qu’elle pourrait promouvoir et contrôler et elle commença à coopérer avec des groupes tels que les Frères musulmans. L’ascension de Nasser fit que la Fraternité fut aussi courtisée plus sérieusement par les régimes arabes pro-occidentaux de l’Arabie saoudite et de la Jordanie. Il leur fallait mobiliser le peuple contre la montée du nationalisme arabe d’inspiration nassérienne pour préserver leurs régimes.

Les Frères musulmans étaient un allié évident de ces régimes contre Nasser, car celui-ci les avait interdit en l’Egypte, après qu’ils eurent tenté de l’assassiner en 1954, La Fraternité rejetait la politique de Nasser, parce que, dans l’ensemble, cette politique mettait la religion en dehors de la politique. Officiellement, la Fraternité était une organisation illégale, mais elle restait influente et s’opposait activement au régime laïc égyptien, souvent main dans la main avec l’Intelligence Service. En juin 1955, le MI6 approcha la Fraternité en Syrie pour l’inciter à manifester contre le nouveau gouvernement, qui ne cachait pas sa sympathie pour le socialisme et exprimait le désir de s’unir à l’Egypte (21). La Fraternité devint un atout encore plus important après que Nasser eut annoncé la prise de contrôle de Suez par l’Egypte. Dorril nous renseigne sur la façon dont cette décision fut perçue en Grande-Bretagne : « Le 26 juillet à Alexandrie, dans un discours calme, mais qui fut décrit par Londres comme hystérique, Nasser fit l’annonce de la nationalisation, qui, d’un point de vue strictement juridique, n’était rien d’autre qu' »un rachat d’actions ». Cette nuit-là à Downing Street, Eden [le Premier ministre britannique] ne cacha pas à ses invités l’amertume que lui causait cette décision… Eden convoqua un conseil de guerre, qui dura jusqu’à 4 heures du matin. Un Premier ministre agité déclara à ses collègues qu’il était exclu de laisser Nasser « nous prendre à la gorge ». Le « musulman Mussolini » doit être « détruit ». Eden ajouta : «. Je veux qu’il soit chassé du pouvoir et je me fiche qu’il y ait l’anarchie et le chaos en Egypte (22). »

L’ancien Premier ministre Churchill avait mis de l’huile sur le feu, en conseillant à Eden de dire aux Égyptiens que, « s’ils continuent à se montrer insolents envers nous, nous lancerons les Juifs sur eux et nous les jetterons dans le caniveau, d’où ils n’auraient jamais dû sortir » (23).

Sir Anthony Nutting, membre du ministère des Affaires étrangères à l’époque, se souvient d’une conversation téléphonique au cours de laquelle Eden, mécontent de la lenteur de la campagne contre Nasser, finit par sortir de ses gonds : « Qu’est-ce que c’est que ces balivernes que vous m’avez envoyées ?… Qu’est-ce que c’est que toutes ces idioties sur l’isolement de Nasser, ou sa « neutralisation », comme vous l’appelez ? Je veux qu’il soit détruit, vous comprenez ? Je veux qu’il soit assassiné (24) … »

En préparation du coup d’Etat, l’Information Research Departement (IRD) fut mis en action. Les Britanniques intensifièrent leurs efforts pour contrôler les émissions de radio en Egypte et chargèrent la BBC, le Service de presse de Londres et l’Agence de presse arabe de faire circuler de fausses rumeurs. De faux documents furent créés qui suggéraient que Nasser avait l’intention de s’emparer de l’ensemble du commerce du pétrole au Moyen-Orient et un rapport bidon fut diffusé qui alléguait que les dissidents égyptiens étaient envoyés dans un camp de concentration tenu par d’anciens Nazis (25).

La Grande-Bretagne avait du mal à décider qui prendrait la relève en Egypte après l’élimination de Nasser. Le MI6 organisa des réunions avec les membres du Wafd et les alliés de l’ancien premier ministre el-Nalhas Pacha. L’ancien leader des « Officiers libres », le général Naguib, enlevé et placé en résidence surveillée par Nasser, fut considéré comme un président possible et certains milieux britanniques préconisèrent même que le prince Mohammed Abdel Moneim, le membre de la famille royale égyptienne le plus « présentable », soit fait roi (26).

Selon Dorril, la recrue la plus importante pour le complot britannique visant à renverser Nasser fut un officier de renseignement égyptien Mahmoud Khalil Issam Eddine, à qui, pour faire de lui un contact sûr, ils fournissaient des renseignements sur l’ennemi le plus direct de l’Egypte : Israël. Dorril rapporte la remarque suivante d’un chef du Mossad : « Mettre en danger la sécurité d’Israël en remettant des informations secrètes sur Israël ne troublait apparemment pas la conscience de la Grande-Bretagne. » La situation des Britanniques était alors compliquée, car ils travaillaient avec Israël à une attaque militaire coordonnée contre l’Egypte. Cette attaque eut finalement lieu en octobre (27).

Le fait qu’aucun candidat à la succession de Nasser ne se détachait nettement ne gênait pas les putschistes. Dorril conclut que « le MI6 ne croyait pas qu’il était absolument nécessaire d’avoir une solution de rechange. Le service était persuadé qu’une fois que Nasser aurait été renversé, des candidats convenables se feraient connaître » (28).

À la fin du mois d’août, Nasser réagit à la menace croissante des services secrets britanniques. Les bureaux de l’Agence de presse arabe furent perquisitionnés et un certain nombre d’employés furent arrêtés qui avouèrent ensuite être des agents britanniques. Deux diplomates britanniques furent expulsés ; l’un d’eux, J.B. Flux, avait « été en contact avec « des étudiants d’une certaine famille religieuse » dans le but de les inciter à « fomenter des émeutes fondamentalistes qui pourraient servir de prétexte à une intervention militaire pour protéger la vie des Européens »». D’autres « hommes d’affaires » et « diplomates » britanniques furent arrêtés ou expulsés et, en raison de l’efficacité de l’offensive de Nasser, Dorril écrit que, juste avant la guerre de Suez, les services secrets britanniques avaient découverts qu’ils n’avaient « plus d’atouts dans le pays,» et que « le MI6 devait utiliser des agents extérieurs pour son plan d’assassinat » (29).

En fin de compte, les menées subversives de la Grande-Bretagne en Egypte ne donnèrent rien, même après qu’elle eut décidé d’envahir militairement le pays à la fin de 1956. Nasser bénéficiait d’un soutien très important dans le peuple égyptien et la communauté internationale se rangea de son côté contre les Britanniques, en obligeant ceux-ci à rendre le canal de Suez à l’Egypte. Nasser devint le leader d’une Egypte enfin libre de tout contrôle britannique.

Depuis lors, la Grande-Bretagne n’a pas cessé de mener une guerre secrète de faible intensité contre les gouvernements égyptiens : contre Nasser jusqu’à sa mort, contre son successeur, Sadate et même contre Moubarak après lui. Le gouvernement égyptien laïc a toujours été l’un des ennemis les plus coriaces du terrorisme islamique, alors que le plus gros bailleur de fonds des groupes terroristes égyptiens a été la Grande-Bretagne. Ce dernier point va totalement à l’encontre des idées préconçues de la plupart des citoyens britanniques et américains, mais dans les pages qui suivent, nous allons en apporter la preuve.

V. L’Islam se retourne contre l’Occident

Comme nous l’avons dit, Saïd Aburish a défini trois étapes dans les relations entre l’Occident et l’islam. La première fut une période pendant laquelle la Grande-Bretagne utilisa l’Islam pour tenter de légitimer les dictateurs fantoches qu’elle avait installés dans ses colonies arabes après la Première Guerre mondiale. La deuxième phase fut une période au cours de laquelle la Grande-Bretagne (avec les Etats-Unis) utilisa l’Islam militant pour l’aider à renverser des gouvernements comme ceux de Mossadegh et de Nasser, qui tentaient de lutter contre la domination occidentale. Aburish écrit : « La lutte entre Nasser et les Frères musulmans et ses ramifications… continua jusqu’à la guerre de 1967. Le soutien de l’Occident à l’islam était fourni ouvertement aux dirigeants des mouvements islamiques, qui l’acceptaient sans réserve (30). »

Aburish note que l’Islam avait une bonne image dans les pays occidentaux jusqu’à cette époque. Le mouvement islamique était surtout connu pour ses positions anti-communistes et la possibilité que l’islam conservateur puisse se retourner contre l’Occident n’effleurait guère les esprits.

Aburish décrit ainsi la troisième phase : « La troisième étape du développement des mouvements islamiques débuta après la guerre de 1967. La défaite de Nasser fut une défaite pour les forces qu’il représentait, la laïcité et, Nasser affaibli, les mouvements islamiques se mirent à prendre la direction politique des masses arabes du Moyen-Orient (31). »

La guerre de 1967 rendit les mouvements islamiques beaucoup plus puissants. La théologie islamique prit le dessus sur la laïcité et une forme plus puissante de nationalisme arabe apparut. La guerre des Six Jours vit l’Occident laisser Israël défaire ses voisins arabes, prendre possession du Sinaï, de la Cisjordanie et du plateau du Golan, sans bouger le petit doigt. Il devint alors clair pour la plupart des musulmans que l’Occident avait pris parti pour Israël contre les Arabes et leur ressentiment envers l’Occident augmenta. Cette troisième phase des relations entre l’Occident et l’Islam s’ouvrit, lorsque les factions de ce mouvement islamique fondamentaliste largement anti-occidental commença à exercer une influence politique dans toutes les régions du monde musulman.

Après la mort de Nasser en 1970, Anouar el-Sadat, le nouveau président égyptien, tenta d’atténuer la menace de l’islam militant en libérant tous les membres emprisonnés des Frères musulmans, en dépit du fait que la Fraternité avait été impliquée dans au moins quatre tentatives d’assassinat distinctes contre Nasser en seize ans. Sadate passa des accords avec le roi Faysal d’Arabie Saoudite et ils devinrent les sponsors et les promoteurs de l’université islamique Al-Azhar ainsi que de mouvements islamiques comme Al Dawa et Al-i’tisam. Ces dirigeants comprirent qu’il était préférable de faire au moins semblant de soutenir la montée des mouvements islamiques (32).

Le 6 octobre 1973, l’Egypte et la Syrie lancèrent une attaque surprise contre l’armée israélienne dans le Sinaï et sur le plateau du Golan. Le 16, l’OPEP augmenta le prix du baril de pétrole de 70% et, le lendemain, les dirigeants arabes de l’OPEP annoncèrent qu’ils décrétaient un embargo progressif contre l’Europe et les Etats-Unis et qu’ils ne le lèveraient pas tant qu’Israël n’aurait pas été contraint de revenir à ses frontières d’avant 1967. A Century of War raconte comment le Conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Henry Kissinger, réussit à convaincre l’Allemagne de ne pas demeurer dans la neutralité, alors que la Grande-Bretagne « fut autorisée à se déclarer neutre ». La Grande-Bretagne demeura dans la neutralité tout au long de la guerre des 6 Jours et fut l’un des rares pays occidentaux à ne pas être mis sous embargo par les pays arabes producteurs de pétrole (33).

La guerre du Kippour prit fin le 26 octobre. Les régimes arabes en sortirent renforcés à plusieurs égards. Premièrement, ils avaient finalement damné le pion à Israël sur le plan militaire et avaient recouvré une partie de leur territoire. Deuxièmement, ils avaient largement redoré leur blason auprès de leur peuple et la voix des militants islamiques s’en trouva temporairement étouffée. Enfin, les pays arabes bénéficièrent soudainement de l’énorme augmentation des revenus pétroliers, le prix du baril étant passé de 3,01 $ au début de 1973 à 11,65 $ au début de 1974 (34).

Engdahl indique que la hausse des prix du pétrole avait été planifiée par l’establishment anglo-américain et mentionnée lors de la conférence Bilderberg de mai 1973 à Saltsjoebaden en Suède. Kissinger avait été la cheville ouvrière de l’orchestration du conflit israélo-arabe, prétexte pour augmenter les prix du pétrole, qui permit de sauver les projets pétroliers de la Grande-Bretagne en mer du Nord, qui étaient considérés comme des investissements risqués. La conséquence la plus catastrophique de la hausse des prix de l’énergie fut de mettre un terme brutal à l’industrialisation des pays du Tiers Monde, en forçant nombre d’entre eux à emprunter beaucoup d’argent au fil des ans pour payer leur énergie et donc à s’endetter chroniquement auprès des banques anglo-américaines (35). Après la guerre, l’establishment décerna le prix Nobel de la paix à Kissinger et, en 1995, la reine Elizabeth le fit chevalier honoraire de l’Empire britannique, pour les services dévoués qu’il avait rendus à la Couronne tout au long de sa vie.

Si les régimes arabes devinrent soudainement extrêmement riches en raison de la hausse des prix du pétrole, la menace des mouvements islamistes demeura. Le roi Faysal d’Arabie Saoudite feignait de soutenir l’islam, mais était souvent obligé de sévir contre les chefs religieux et les organisations qui semblaient critiquer constamment la cupidité, le luxe et la corruption ostentatoires de la famille royale. Faysal fut assassiné en 1975 par son neveu, le prince Faysal ibn Musad, en représailles à l’exécution par Faysal du frère d’ibn Musad, un musulman fanatique qui avait attaqué une chaîne de télévision au motif que la télévision constituait une violation de l’Islam (36).

En Egypte, le régime de Sadate subit d’énormes pressions de la part des mouvements islamistes, après qu’il eut signé les Accords de Camp David avec Israël en 1978. Cette signature conduisit à l’assassinat de Sadate par des membres du djihad islamique, une branche des Frères musulmans, le 6 octobre 1981.

En 1982, un grand conflit éclata entre les Frères musulmans et le gouvernement syrien à Hama, en Syrie. Il fit 20000 victimes. Le président syrien Assad révéla que les forces des Frères musulmans étaient munies d’armes de fabrication américaine.

Aburish observe qu’aucun de ces événements ne sembla changer quoi que ce soit à la façon dont l’Islam militant était utilisé. « Hama, l’assassinat de Sadate et de Faysal et d’autres actes moins graves n’interrompirent pas le soutien des régimes occidentaux et de leurs Etats-clients arabes aux mouvements islamiques. En outre, l’Arabie Saoudite et l’Egypte permirent aux islamistes d’utiliser leur appareil d’Etat pour faire de la propagande en faveur de l’islam… Et Israël, toujours enclin à soutenir les mouvements factieux, apparut comme un autre défenseur de l’Islam et commença à financer les Frères musulmans et le mouvement islamiste palestinien Hamas (37). »

Le succès le plus remarquable du mouvement islamique à cette époque fut bien sûr le renversement du Shah et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. Les services secrets britanniques s’étaient servis de leurs contacts avec les mollahs et les ayatollahs iraniens pour renverser Mossadegh et mettre au pouvoir le Shah en 1953, ils avaient conservé ces contacts et les avaient utilisés de nouveau pour renverser le Shah, lorsque son régime ne fut plus en odeur de sainteté.

L’histoire officielle de la révolution islamique iranienne veut que la révolte qui amena Khomeiny au pouvoir ait été spontanée et populaire et qu’elle ait été dirigée contre une dictature répressive détestée par le peuple, mais soutenue sans réserve par les Etats-Unis. Il est vrai que le gouvernement du Shah n’était pas une démocratie et que ses services secrets, formés par la CIA, étaient l’un des services de renseignement les plus efficaces au monde. Mais ce qui n’est pas signalé, c’est que, avant l’énorme campagne médiatique parrainée par la Grande-Bretagne au nom de l’ayatollah, le gouvernement du Shah était aimé par la grande majorité de la population.

Après la destitution de Mossadegh, le Shah mit en oeuvre un certain nombre de politiques nationalistes qui le rendirent très populaire dans son pays, mais qui, dans certains cas, inquiéta l’establishment anglo-américain. Tout d’abord, il signa des accords pétroliers avec la compagnie pétrolière italienne ENU. Puis, en 1963, il lança une série de réformes qui devinrent connues sous le nom de « Révolution blanche ». Le Shah devint un nationaliste dont l’orientation était trop similaire à celle de Nasser pour être au goût de l’establishment:

– Il acheta des terres aux classes supérieures et les revendit à bas prix, avec celles de la Couronne, aux fermiers, ce qui permit à plus d’un million et demi de personnes de devenir propriétaires fonciers et mit fin à l’ancien régime féodal.
– Il donna aux femmes le droit de vote et interdit le port du voile, une initiative d’inspiration « occidentale » qui fut mal accueillie par le secteur religieux.
– Il lança un programme de développement de l’énergie nucléaire de 90 milliards de dollars.
– Il élimina la lucrative industrie de l’opium, qui s’était constituée une centaine d’années plus tôt sous l’impulsion de l’Empire britannique (38).

En 1973, The Economist consacra une de ses couvertures à l’Iran, avec la légende suivante : « l’Iran, le prochain Japon du Moyen-Orient ? » L’économie iranienne avait connu un taux de croissance annuel de 7-8% de 1965 à 1973 et était devenue un exemple à suivre pour les nations en voie de développement. Pour l’establishment anglo-américain, cela ne pouvait pas durer. Les objectifs principaux de l’establishment étaient la dépopulation et la désindustrialisation (39). Ils avaient été formulés par des décideurs comme Lord Bertrand Russell et préconisés par des laquais de l’establishment comme Kissinger, Brzezinski et McNamara (le dirigeant de la Banque mondiale), ainsi que par les élites britanniques qui contrôlaient le Fonds mondial pour la nature et d’autres organisations internationales paravents de protection de la nature et de l’environnement. L’Iran devait être mis à bas.

L’attaque contre le gouvernement du Shah vint des Frères musulmans et des mollahs et ayatollahs d’Iran, soutenus et manipulés par les services secrets britanniques. John Coleman, ancien agent du renseignement britannique et auteur de plusieurs ouvrages et monographies détaillant le plan de création d’un gouvernement mondial socialiste, déclare, dans son rapport sur la Révolution islamique d’Iran (40), que les Frères musulmans furent créés par « les grands noms du renseignement britannique au Moyen-Orient, T.E. Lawrence, E.G. Browne, Arnold Toynbee. St. John Philby et Bertrand Russell » et que leur mission était de « maintenir le Moyen-Orient dans son état d’arriération, afin que ses ressources naturelles, le pétrole, continuent à être pillées… »

Coleman écrit qu’en 1980 les émissions de Radio Free Iran divisait les ennemis du Shah en quatre catégories: 1. les politiciens iraniens achetés par le Shin Bet israélien, 2. Les réseaux d’agents de la CIA, 3. Les propriétaires fonciers féodaux, 4. La franc-maçonnerie et les Frères musulmans (considérés comme étant le même ennemi).

Dans son rapport, Coleman écrit que les iraniens, « à un moment plaisantaient même sur les mollahs, en disant qu’il auraient dû être estampillés « Made in Britain » ». Lorsque le Shah présenta son plan de modernisation en 1963, l’ayatollah Khomeiny s’imposa comme le leader de l’opposition religieuse. Jusqu’à son exil en 1964, Khomeiny résidait dans la ville sainte de Qom. Coleman relate que Radio Free Iran affirmait que, à Qom, Khomeiny recevait une « allocation mensuelle de la Grande-Bretagne et est en contact permanent avec ses maîtres, les Britanniques ».

Khomeiny fut expulsé d’Iran et s’installa en Irak. Il y vécut plusieurs années, jusqu’à ce qu’il soit arrêté par le gouvernement irakien et déporté en 1978. Des pressions furent alors exercées sur D’Estaing pour le forcer à offrir à Khomeiny l’asile en France, afin que celui-ci y poursuive ses « études islamiques ». En France, il devint une célébrité dans tout l’Occident et le symbole de la révolution islamique contre le Shah. Coleman écrit : « Une fois que Khomeiny fut installé au Château Neauphle-le-Château, il ne cessa plus de recevoir des visiteurs, dont beaucoup étaient de la BBC, de la CIA ou des services secrets britanniques (41). »

Dans le même temps, Amnesty International poursuivait son intense campagne contre le gouvernement du Shah, en l’accusant de torture et d’autres terribles violations des droits de l’homme. La presse internationale reprit cette information et la répandit dans le monde entier.

La BBC devint ensuite le principal promoteur de l’ayatollah. Coleman écrit : « C’était la BBC qui préparait et distribuait aux mollahs qui étaient en Iran tous les enregistrements des discours de Khomeiny, qui enflammaient les paysans. Puis la BBC commença à diffuser aux quatre coins du monde des récits sur l’utilisation de la torture par la SAVAK du Shah… en septembre et en octobre 1978, la BBC se mit à diffuser les divagations incendiaires de Khomeiny en Iran, en farsi. Le Washington Post déclara : « la BBC est l’ennemi public numéro un de l’Iran (42). »»

Le service persan de la BBC en vint à être surnommé en Iran l’« Ayatollah BBC » à cause du fait qu’elle se faisait sans arrêt l’écho des moindres paroles de Khomeiny (43). Bientôt une grande partie de la population iranienne, pour la plupart de jeunes étudiants impressionnables, fut convaincue que le Shah était vraiment maléfique et que le retour à l’islam chiite pur sous la direction de l’ayatollah était le seul moyen de sauver leur pays. L’administration Carter, manipulée par le laquais de la Grande-Bretagne Brzezinski, collabora alors avec les Britanniques pour renverser le Shah et le remplacer par Khomeiny.

Coleman rapporte que Carter nomma le membre de la Trilatérale George Ball à la tête d’une commission sur la politique états-unienne dans le golfe Persique. La recommandation de Ball était que les États-Unis devaient retirer leur soutien au régime du Shah. Les mémoires du Shah, citées par Coleman, confirment que les Etats-Unis la suivirent, contrairement à ce que voudrait nous faire croire la propagande médiatique de l’establishment : « Je ne le savais pas alors et peut-être que je ne voulais pas le savoir – mais il est clair pour moi maintenant que les Américains voulaient m’évincer. Comment devais-je interpréter la nomination soudaine de Ball comme conseiller de la Maison Blanche pour l’Iran ? Je savais que Ball n’était pas un ami de l’Iran. J’étais au courant que Ball travaillait sur un rapport spécial sur l’Iran. Mais personne ne m’a jamais informé des domaines sur lesquels portait le rapport et encore moins de ses conclusions. J’en ai pris connaissance un mois plus tard, alors que j’étais en exil et mes pires craintes ont été confirmées. Ball faisait partie de ces Américains qui voulaient m’abandonner et finalement abandonner mon pays ».

Après l’abdication du Shah et son exil en 1979, son « solide allié », les Etats-Unis, refusa même de lui accorder l’asile, le forçant à s’installer avec sa famille en Egypte. Au cours de la prise de l’ambassade américaine, où les partisans de l’ayatollah avaient retenu une cinquantaine d’Etats-uniens en otages pendant 444 jours, il apparut clairement au monde entier que le mouvement islamique anti-démocratique, anti-israélien, était également très anti-occidental. Néanmoins, l’establishment anglo-américain continua à soutenir et à promouvoir l’Islam radical.

En 1977, Bhutto fut enlevé; en 1979, le Shah fut enlevé; Sadate fut assassiné en 1981 et, en 1982, les Frères musulmans se révoltèrent en Syrie. Avant 1977, le Moyen-Orient était sur le point de parvenir à la stabilité et de rattraper les pays occidentaux sur le plan industriel et économique, grâce à des politiques nationalistes et aux prix élevés du pétrole. Au début des années 80, le Moyen-Orient était à feu et à sang. L’Egypte était ébranlée, Moubarak consolidait tant bien que mal son pouvoir. L’Iran et l’Irak, tous deux armés par l’Occident, commençaient une longue guerre. Israël et la Syrie envahissaient un Liban en proie à une guerre civile et la Russie envahissait l’Afghanistan, où les rebelles étaient soutenus par le Pakistan. Le programme de dépopulation et de désindustrialisation prôné par la Grande-Bretagne et adopté par les Américains avait pris un excellent départ.

VI. L’Afghanistan, le Pakistan, l’ISI et la BCCI

Le 3 juillet 1979, à l’insistance de conseillers tels que Brzezinski, le président Carter signa une directive autorisant une aide secrète aux opposants fondamentalistes au régime communiste en place en Afghanistan (44). Cette décision fut interprétée comme un acte qui mènerait vraisemblablement à une intervention soviétique directe et c’est exactement ce qui se passa le 24 décembre de l’année où, après y avoir été invité par le gouvernement afghan, l’armée russe prit position pour protéger les biens publics contre les attaques des rebelles.

Dès le début de la guerre en Afghanistan, la CIA collabora avec les services secrets pakistanais (ISI) et finança les moudjahidin rebelles. Aujourd’hui, il est généralement admis que le djihad des moudjahidin contre les forces soviétiques fut le détonateur de l’islam radical et que, lorsque les Soviétiques se retirèrent du territoire afghan au début de 1989, le pays se retrouva avec des dizaines de milliers de mercenaires islamiques chômeurs qui ne tardèrent pas à s’intéresser à l’Occident.

L’histoire de l’Afghanistan a toujours été étroitement liée à celle du Pakistan, région anciennement colonisée par la Grande-Bretagne. L’engagement britannique dans le sous-continent remonte aux premières années du XVIIe siècle, lorsque l’empereur mogol de l’Inde, Jahângîr, autorisa les marchands de la British East India Company à y établir des comptoirs commerciaux. On considère généralement que la domination britannique sur l’Inde débuta vraiment en 1757, lorsque les forces de la BEIC dirigées par Robert Clive défirent l’armée du nabab du Bengale à la bataille de Plassey. En 1803, la mainmise britannique sur le sous-continent s’accrut encore, lorsque les dirigeants de l’Empire mogol devinrent tributaires de la BEIC. La vallée de l’Indus, le centre du Pakistan moderne, passa sous le contrôle des Britanniques, après que ceux-ci eurent conquis l’empire Sikh et, avec lui, le Pendjab en 1848-1849. Les régions qui forment aujourd’hui l’Inde et le Pakistan furent gouvernées par la Grande-Bretagne sans interruption, jusqu’à ce que l’Empire britannique se retire et créé ces deux pays en 1947.

Un certain nombre d’officiers britanniques restèrent dans la région pour conseiller (et contrôler) la jeune armée pakistanaise. L’un d’eux était le major général Walter Joseph Cawthorn qui, en tant que chef adjoint d’état-major de l’armée pakistanaise, créa la Direction pour le renseignement interservices (ISI) en 1948, Cawthorn était un agent d’origine australienne du MI6 qui avait dirigé des opérations dans le Moyen-Orient, dans l’Inde et le Sud-est asiatique de 1939 à 1945. Il devint Sir Cawthorn en 1958, après avoir été fait chevalier par la reine d’Angleterre et, en 1960, il revint à Melbourne, où il fut nommé chef des services secrets australiens (45). L’ISI fut créé pour permettre au Pakistan de régler le différend qui l’opposait à l’Inde sur la question du Cachemire et sur le tracé d’autres frontières communes aux deux pays et, au fil des ans, de l’agence de renseignement militaire qu’elle était, elle devint une véritable CIA pakistanaise, qui entretint dès le départ des relations étroites avec les services secrets britanniques.

La puissance du l’ISI ne cessa d’augmenter au cours des vingt années suivantes, jusqu’à l’élection au suffrage universel du premier président pakistanais issu de la société civile, le socialiste Zulfikar Ali Bhutto, en 1971. Bhutto présenta immédiatement les mêmes tendances nationalistes que Nasser, Mossadegh et le Shah et son régime tomba en disgrâce auprès du gouvernement britannique et de l’Occident. En 1972, Bhutto retira son pays du Commonwealth et se rapprocha de la Russie, de la Chine et des Etats arabes.

En 1977, le coup d’Etat, inévitable, eut lieu et le président Bhutto fut renversé par le général Zia-Ul-Haq qui avait été nommé chef d’état-major de l’Armée par Bhutto en 1976 à la demande de Gulam Jilani Khan, l’inamovible directeur général de l’ISI. Dans son livre If I am Assassinated, qu’il écrivit en prison, Bhutto fit de longs commentaires sur ses luttes constantes avec l’ISI et sur la trahison dont l’ISI usa à son égard. Il raconte également que Kissinger le menaça pour avoir doté le Pakistan d’un programme énergétique nucléaire, en lui disant : « Nous allons vous punir pour l’exemple ! » De fait, Bhutto fut exécuté en 1978, après avoir été soumis à un simulacre de procès, malgré les objections des chefs d’Etat du monde entier (46).

Un porte-parole des Frères musulmans fit cette déclaration quelques années plus tard : « La Confrérie s’est emparée de l’Iran et du Pakistan. Bhutto, c’était l’intrusion de l’Occident dans l’Islam. Bhutto était tout ce que le Pakistan n’était pas. C’est pourquoi nous l’avons tué. Et nous allons utiliser sa mort en guise d’avertissement aux autres (47). »

Rétrospectivement, le scandale de la BCCI révèle les relations étroites de la Grande-Bretagne avec la pègre pakistanaise. La Banque de Crédit et de Commerce international fut la première banque multinationale du Tiers-Monde. Créée en 1972 par le banquier pakistanais Agha Hasan Abedi, elle fut d’abord financée par Cheikh Zayed d’Abou Dhabi à hauteur de 2500000 $. Elle valait 23 milliards de dollars à sa fermeture en 1991. Elle avait été créée juste à temps pour profiter de l’argent qui coulait dans le Moyen-Orient grâce aux revenus de l’industrie pétrolière.

L’une des premières initiatives de la BCCI pour s’imposer sur la scène internationale fut l’achat en 1976 de 85% de la Banque de Commerce et Placements (BCP) de Genève. La BCCI mit Alfred Hartmann à sa tête. Hartmann devint ensuite le directeur financier de BCC. Holding et donc l’un des dirigeants les plus influents de la BCCI. En outre, Hartmann était membre du conseil d’administration de NM Rothschild and Sons, London et le président de la banque Rothschild AG de Zurich (48).

La BCCI se constitua en société au Luxembourg, célèbre pour sa législation bancaire accommodante et ne tarda pas à ouvrir des branches et des sociétés de portefeuille dans le monde entier: aux îles Caïmans, aux Antilles néerlandaises, à Hong Kong, Abou Dhabi, Washington D.C., etc. Cependant, en 1980, lorsque la BCCI demanda enfin et obtint une licence de la Banque d’Angleterre, elle avait déjà plus de branches au Royaume-Uni que dans tout autre pays. En fait, l’un des principaux conseillers économiques de la BCCI était l’ancien Premier ministre britannique (1976-1979) Lord James Callaghan (49). La BCCI pouvait avoir été créée par un Pakistanais, mais, en définitive, elle était une banque basée en Angleterre et contrôlée par la Grande-Bretagne.

Au fil des ans, la BCCI se livra à presque tous les types de transactions illicites auxquels une banque peut se livrer, y compris le blanchiment d’argent issu de la vente de la drogue et des armes, la corruption, la fraude, etc. La CIA ne se priva pas de l’utiliser. Le cartel de Medellin non plus. Elle joua un rôle dans l’affaire Iran-Contra. Elle ouvrit même une branche au Panama pour permettre à Noriega de faire sortir son argent du pays. Après la fermeture de la BCCI, le Guardian indiqua que le terroriste Abou Nidal y avait ouvert plusieurs comptes. Jonathan Beaty et S.C. Gwynne, les journalistes du Times qui enquêtèrent sur le scandale, écrivent : « Selon les sources du Guardian, le groupe Abu Nidal utilisa longtemps une succursale de Londres de la BCCI pour transférer l’argent dont il avait besoin pour lancer des attaques contre des cibles occidentales et le MI5 avait connaissance de l’existence de ces comptes. Il ne semblait y avoir aucun doute que les banquiers de la BCCI savaient exactement à qui ils avaient affaire : un des banquiers de la succursale de Londres raconta à quel point ils étaient soucieux de fournir tous les services possibles aux terroristes, afin de garder des clients dont les comptes contenaient plusieurs milliards de dollars (50). »

Toutefois, le but principal de la BCCI et la raison de son ascension fulgurante furent ses liens avec l’ISI et les moudjahidin qui combattaient contre l’Union soviétique en Afghanistan. En 1978, après que Zia eut remplacé Bhutto à la tête du Pakistan, il nomma son ami Fazle Haq gouverneur de la province du Nord-ouest, zone limitrophe de l’Afghanistan par laquelle des tonnes de drogues et d’armes étaient introduites clandestinement au Pakistan. Fazle Haq était un ami et un important bailleur de fonds du fondateur de la BCCI Abedi et la BCCI fut utilisée pour blanchir les millions que l’ISI tirait du trafic de stupéfiants (51).

Par coïncidence, en 1983, le Fonds mondial pour la nature suggéra que deux parcs nationaux soient créés dans le Nord-ouest du Pakistan. Bien qu’elles ne fussent pas très riches en faune, leur sol s’avéra excellent pour la culture du pavot et l’organisation d’incursions de moudjahidin en Afghanistan (52).

L’ancien enquêteur du Sénat Jack Blum déclara, à propos du rôle de la BCCI dans la guerre en Afghanistan, lors de son témoignage devant le Congrès américain : « Cette banque était un produit de la guerre en Afghanistan et des personnes très proches des moudjahidin afghans ont affirmé que de nombreux responsables militaires pakistanais profondément impliqués dans l’aide et le soutien au mouvement rebelle afghan volaient l’argent que nous leur envoyions au titre de l’aide internationale et utilisaient la BCCI pour cacher l’argent qu’ils volaient, pour mettre sur le marché les livraisons d’armes américaines qu’ils volaient et pour gérer les fonds qui provenaient de la vente de l’héroïne, qui était apparemment fabriquée par un groupe de moudjahidin (53). »

Lorsque le général Zia prit le pouvoir, tous les éléments étaient réunis pour lancer la gigantesque opération de trafic de drogue, de fraude et d’escroquerie que fut la guerre en Afghanistan. Selon Beaty et Gwynne, Zia entretenait « des relations d’étroite collaboration » avec le fondateur de la BCCI Agha Hasan Abedi avant même son accession au pouvoir (54). Le dispositif triangulaire du général Zia, composé du gouvernement, de l’ISI (qui l’avait mis au pouvoir) et de la BCCI, se mit à préparer le soulèvement des moudjahidin afghan pour le compte de la CIA, avec l’aide des services de renseignement britanniques. Au cours de la guerre en Afghanistan, environ 5 milliards de dollars d’aide provenant des impôts du contribuable américain furent englouti dans l’effort de guerre et l’ISI forma quelque 83 000 moudjahidin musulmans.

Le rôle de la Grande-Bretagne dans le développement de l’expérience afghane fut crucial, bien qu’il soit souvent négligé aujourd’hui. Presque immédiatement après l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques, Lord Nicholas Bethell, agent de carrière britannique du renseignement, lança Radio Free Kaboul Libre, la voix des moudjahidin. Bethell avait participé à des opérations dans le Moyen-Orient toute sa carrière et il était un bon ami de l’espion britannique Kim Philby. Le personnel de Radio Free Kaboul comprenait aussi Winston Churchill III, ancien ministre des Affaires étrangères Baron Chalfont, Lord Morrison de Lambeth, ancien chef du Foreign Office, le fonctionnaire des services secrets britanniques Ray Whitney. En 1981, Lord Bethell accompagna le Premier ministre Margaret Thatcher aux États-Unis pour recueillir des fonds pour les rebelles et, ensemble, ils rencontrèrent plus de 60 membres du Congrès et sénateurs, ce qui déboucha sur la création d’un Comité pour un Afghanistan libre qui ne cessa de faire pression en faveur des moudjahidin.

Une autre création britannique fut l’Afghan Aid UK, implanté à Peshawar par l’épouse du journaliste britannique John Fullerton. Le commanditaire principal de ce groupe était le vicomte Cranbourne, qui témoigna plus tard devant le Groupe de travail spécial conjoint du Congrès sur l’Afghanistan pour obtenir l’appui des Etats-Unis. Son organisation reçut une aide financière importante du gouvernement britannique et de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) (55).

La Grande-Bretagne faisait pression pour qu’une guerre soit déclenchée en Afghanistan, elle voulait que les contribuables américains la finance, elle manipulait la situation financière de la BCCI pour en tirer profit. La BCCI fut fermée par la Banque d’Angleterre en 1991, après et seulement après le retrait russe, en raison de la campagne courageuse d’une poignée d’enquêteurs américains. Beaty et Gwynne écrivent : « Bien que la Banque d’Angleterre ait fait sa fête à la BCCI le 5 juillet 1991 et ait ainsi déclenchée une réaction en chaîne mondiale qui avait brisé le jouet d’Agha Hasan Abedi en mille morceaux, elle le fit avec réticence et seulement après avoir attendu extrêmement longtemps. Elle n’avait pas été héroïque, mais lâche. Elle n’avait bougé que sous la contrainte d’une redoutable alliance américaine entre la Banque de la Réserve fédérale et le procureur du district de Manhattan (56). »

Le rapport final du Congrès américain sur l’affaire de la BCCI déclare : « Par convention, la Banque d’Angleterre avait effectivement mis en oeuvre un plan avec la BCCI, Abou Dhabi et Price Waterhouse, qui consistait à cacher la véritable situation de la BCCI, tout en coopérant ensemble pour essayer d’éviter une perte catastrophique de plusieurs milliards de dollars. A partir d’avril 1990, la Banque d’Angleterre participa involontairement (57) au camouflage des agissements criminels de la BCCI (58). »

La BCCI était la banque de prédilection des terroristes du Moyen-Orient et des trafiquants d’armes et de drogue, des cartels sud-américains, des milords du crime organisé et même des services de renseignement comme l’ISI, le Mossad, le MI6 et la CIA. En fait, le directeur adjoint de la CIA Robert Gates appela la BCCI, par plaisanterie (sic), la « Banque des bandits et des criminels » (59). Pendant au moins une décennie, les autorités britanniques lui permirent de fonctionner d’une manière insensée et, après sa fermeture, des documents importants furent mis sous scellés et cachés aux enquêteurs américains. Lorsque le scandale éclata, les médias se concentrèrent principalement sur les liens de la BCCI avec les Etats-Unis et la CIA, tant l’establishment britannique est opaque et n’a pas son pareil pour limiter les dégâts. Il est probable que toute la vérité ne sera jamais connue.

Alors que la guerre en Afghanistan tirait à sa fin et que le retrait russe devenait inévitable, la situation devint beaucoup plus complexe. Le soutien américain aux moudjahidin diminua à mesure que la CIA tentait de s’opposer à la mise en place d’un gouvernement afghan fanatique. De nouveaux seigneurs de la guerre apparaissaient et la drogue passait de plus en plus par de nouvelle routes, notamment par l’Iran et les républiques du Sud de l’Union soviétique. La diminution du financement et des livraisons d’armes du gouvernement américain, jointe à une diminution du flux d’argent issu du trafic de drogue, contribua largement au déclin de la BCCI.

Ceci nous amène à attirer l’attention sur l’industrie pharmaceutique et l’impact qu’elle eut dans sur le conflit afghan. Peter Dale Scott, Alfred W. McCoy et Michael C. Ruppert sont trois autorités dans ce domaine. En bref, leurs recherches les ont amenés à la conclusion que les médicaments (notamment la cocaïne et l’héroïne) sont des produits contrôlés, tout comme le pétrole, l’or et les diamants, par des systèmes complexes de production, de distribution et de flux financiers occidentaux (60). Aujourd’hui, l’industrie pharmaceutique mondiale génère environ 600 milliards de dollars par an et une grande partie de cet argent est injecté (blanchi) dans les banques anglo-américaines et / ou Wall Street. Ces chercheurs affirment que l’une des tâches les plus importantes des services de renseignement occidentaux est de s’assurer que les flux financiers issus de la drogue continuent à alimenter le système financier anglo-américain.

Quoi qu’il en soit, il convient de souligner que la production d’opium en Afghanistan explosa à partir du moment où ce pays devint le terrain de jeu de la Grande-Bretagne et de la CIA. La production d’opium passa de 100 tonnes par an au début des années soixante-dix à 300 en 1982, puis à 575 en 1983. À la fin des années quatre-vingt, vers la fin de la guerre, la production afghane de pavot à opium avait atteint environ 1600 tonnes par an (61).

Le racket de la CIA fut tellement efficace qu’en 1981 l’Afghanistan fournit environ 60% de l’héroïne consommée aux Etats-Unis, alors qu’elle n’en fournissait qu’une quantité presque négligeable deux ans auparavant. Le pavot était cultivé en Afghanistan, transformé en héroïne dans des laboratoires des deux côtés de la frontière pakistano-afghane et l’héroïne était ensuite passée en contrebande aux États-Unis et en Europe. Le gouvernement du général Zia aussi baignait dans l’héroïne, en dépit de l’éloge que faisait de lui la communauté internationale pour avoir réduit la culture du pavot du côté pakistanais de la frontière et du fait que le nombre d’héroïnomanes au Pakistan était passé de 5000 en 1981 à plus de 1,2 million en 1985 (62).

En outre, il est intéressant de noter que l’agression des Etats-Unis contre le régime taliban fit suite à la relative réussite du plan d’éradication du pavot que ce régime avait mis en application (63). En juillet 2000, le mollah Omar avait interdit la culture du pavot et, en février 2001, les fonctionnaires de l’ONU responsables du contrôle des drogues furent en mesure de confirmer que la production de pavot n’augmentait quasiment pas dans les zones contrôlées par les Talibans. La perspective d’une baisse des revenus de la vente de la drogue aurait-elle constitué pour l’Occident une incitation supplémentaire à éliminer les Talibans ? Serait-ce la raison pour laquelle le retour rapide des agriculteurs afghans à leur culture de rente favorite ne rencontra guère d’obstacles après l’éviction des Talibans du pouvoir (64) ?

Quand la CIA commença à intriguer en Afghanistan, elle dépendait presque entièrement de ses contacts au sein de l’ISI. Ils étaient les seuls à pouvoir lui fournir des renseignements et diriger l’effort de guerre. Les Etats-uniens, à la demande de l’ISI, apportèrent leur soutien à un groupe de sept chefs de guerre moudjahidin afghans indépendants, les « sept de Peshawar ».

Finalement, l’un des sept, un chef de guerre du nom de Gulbuddin Hekmatyar, devint le principal bénéficiaire de l’aide américaine, en dépit de son passé communiste (65), sa vision extrémiste de l’islam et son flagrant anti-américanisme. Hekmatyar avait étudié l’ingénierie à l’Université de Kaboul, puis il avait suivi une formation à l’Académie militaire de Kaboul, avant d’en être expulsé. Hekmatyar avait rejoint les Frères musulmans au début des années 70 et, au moment de la guerre en Afghanistan, il s’était imposé comme le leader d’un groupe appelé Hezb-i-Islami, ou Parti de l’Islam, même s’il n’avait jamais suivi de cours d’éducation islamique classique. Au fil des ans, ses disciples se firent connaître pour leur fanatisme (ils devinrent tristement célèbres pour avoir jeté de l’acide sur le visage des femmes qui refusaient de porter le voile) et Hekmatyar devint le plus gros producteur d’opium en Afghanistan. Il possédait des milliers d’hectares de champs de pavots et, selon McCoy, il possédait au moins six laboratoires d’héroïne sur le côté pakistanais de la passe de Khyber (66).

En mars 1990, le Comité de recherche républicain du groupe de travail sur le terrorisme et la guerre non conventionnelle de la Chambre des représentants présenta un rapport de 19 pages qui critiquait la CIA pour avoir noué des relations avec le Parti islamique de Hekmatyar et pour avoir dissimulé les problèmes que son groupe avait créés. Au fil du temps, il apparut que Hekmatyar était un agent du ISI, qu’il blanchissait de l’argent grâce à la BCCI et qu’il collaborait également avec le KGB pour s’assurer qu’il conserverait son statut de chef de guerre le plus puissant parmi de nombreux concurrents. Jeffrey Steinberg de l’EIR résume la situation ainsi : « Bien que les diplomates américains et les agents du renseignement en poste au Pakistan aient souvent mis en garde contre les vues anti-occidentales et pro-iraniennes de Hekmatyar, aient émis l’hypothèse qu’il avait des liens avec le KGB et aient même reconnu son statut incontesté de « roi de l’héroïne » en Afghanistan, ses forces reçurent la plus grande part du soutien militaire américain et international tout au long de la guerre en Afghanistan. Les rapports de renseignements remis à Washington sur le déroulement de la guerre étaient indiscutablement partiaux et remplis de fausses informations, décrivant les moudjahidin de Hekmatyar comme les combattants les plus accomplis. Souvent, les rapports du Pentagone et de la CIA étaient identiques aux rapports établis par les services secrets britanniques – avec les mêmes fautes d’orthographe et les mêmes erreurs typographiques. Des rapports de terrain plus fiables indiquaient que Hekmatyar consacrait plus de temps et d’efforts à combattre les groupes moudjahidin rivaux qu’à combattre les Soviétiques (67). »

L’image déformée que l’ISI donnait de la situation transparaît dans le livre « Afghanistan : The Bear Trap », dans lequel (co-écrit avec un ancien officier de l’armée britannique) le brigadier-chef Mohammed Yousaf, ancien chef du Bureau afghan de l’ISI, décrit Hekmatyar comme quelqu’un de « scrupuleusement honnête » et le chef moudjahidin le plus coriace et le plus vigoureux. Yousaf soutient que la guerre dura plus longtemps qu’il n’était nécessaire parce que les États-Unis n’apportèrent pas assez de soutien à Hekmatyar et aux islamistes et que ce soutien commença même à s’affaiblir à la fin des années 1980, alors que les Soviétiques occupaient encore l’Afghanistan. Yousaf n’apprécia pas que la CIA n’ait pas permis aux islamistes de remporter une victoire écrasante, même si les talibans finirent par s’imposer après plusieurs années de guerre civile (68).

Le point de vue de Yousaf peut être comparé au rapport présenté à la Chambre des représentants par les Républicains en 1990, que le journaliste d’International News Imran Akbar aborde dans un article (69) qui rend également compte des liens présumés du KGB avec Hekmatyar.

Hekmatyar fut contraint de fuir en Iran après que les talibans eurent pris le pouvoir en 1996, Mais le gouvernement iranien mit bientôt un terme à ses opérations en Iran et l’expulsa en Afghanistan. Plus ouvertement anti-américain que jamais, il se mit à offrir des récompenses en argent pour l’assassinat de soldats américains et déclara illégitime le nouveau gouvernement afghan installé par les Etats-uniens. En mars 2002, la CIA aurait tenté de l’assassiner avec un missile tiré par un drone Predator, alors qu’il se rendait avec son entourage près de Kaboul. Ce protégé de l’ISI reste l’un des acteurs les plus dangereux en Afghanistan aujourd’hui (70).

Dans son livre, Yousaf fait également de son mieux pour expliquer que le personnel américain ne prit jamais part à la formation des moudjahidin afghan : « Jusqu’au retrait soviétique d’Afghanistan au début de 1989, aucun instructeur américain ou chinois n’assura la formation de moudjahidin au maniement d’armes ou d’équipements militaires. Même pour les systèmes d’armes plus lourds et plus sophistiqués… ce furent toujours nos équipes pakistanaises qui formèrent les moudjahidin. C’était une volonté politique délibérée, mûrement réfléchie, à laquelle nous sommes restés résolument attachés, malgré les pressions croissantes qu’exercèrent la CIA et plus tard le ministère américain de la Défense, pour que nous les laissions prendre la relève. Dès le début, les Américains voulurent participer directement à la distribution des armes, à la planification opérationnelle des opérations et à la formation des guérilleros. Du début jusqu’à ce que le dernier soldat soviétique ait quitté le pays, nous avons réussi à leur tenir tête (71). »

La CIA était le bailleur de fonds et le fournisseur d’armes, un point c’est tout. C’était l’ISI de Yousaf qui dirigeait le djihad afghan contre les Soviétiques et c’était l’ISI qui acheminait le soutien de la CIA aux seigneurs de guerre afghans les moins fréquentables. Il ressort clairement du dossier que les objectifs de l’ISI et ceux de la guerre en Afghanistan en général étaient fixés par les Britanniques beaucoup plus que par la CIA. Les Britanniques avaient méthodiquement encouragé les Américains à s’engager dans la guerre en Afghanistan ; ils entretenaient des relations étroites avec l’ISI, qui menait la guerre; Ils contrôlaient en grande partie la banque qui en tirait grand profit et, quand la guerre fut terminée, ils accueillirent en Grande-Bretagne les nombreux anciens combattants moudjahidin qui y demandèrent l’asile.

Ossama ben Laden était l’un de ces anciens combattants et, au début de 1994, il acheta une propriété et vécut pendant une courte période dans la banlieue londonienne de Wembley. Pendant son séjour à Londres, il établit un Comité de consultation et de réforme pour chapeauter son réseau financier et renforça sa propagande dans le monde occidental grâce à ses relations avec le cheikh Omar Bakri de Londres et avec Abdel Bari Atwan, le rédacteur en chef d’Al-Qods al-Emirates, l’un des plus influents journaux de langue arabe dans le monde. Yossef Bodansky, auteur de la biographie à succès de Ben Laden, écrit (en 1999) : « Au moment où Ben Laden a quitté Londres, il avait consolidé un système étendu d’entités qui constituaient pour lui une substantielle – mais clandestine – source de financement. Ce système de diffusion de données fonctionne toujours efficacement depuis Londres (72). »

Peter Goodgame, « The Globalists and the Islamists: Fomenting the Clash of Civilizations for a New World Order », 2002, traduit de l’américain par B.K.

(*) C’est ainsi que, sur les plateaux de télévision, on entend même leurs représentants donner du « Monsieur » ou du « Madame » aux raclures endimanchées avec lesquelles ils papotent, avec lesquelles ils se comportent un peu comme le propriétaire d’une maison qui, prenant le même voleur sur le fait pour la quinzième fois consécutive, alors que celui-ci s’apprête à s’emparer de son dernier meuble, lui demanderait de faire attention à ne pas l’abîmer.

(1) Frederik W. Engdahl, A Century of War: Anglo-American Oil Politics and the New World Order, Pluto Press, 1re éd., 2004, p. 30-36.
(2) Ibid., p. 50-52.
(3) « Erreur » ou échange de bons procédés ? [N.D.E.]
(4) Saïd K. Aburish, A Brutal Friendship: The West and the Arab Elite, Victor Gollancz Ltd, Londres, 1997, p. 76.
(5) Ibid., p. 57.
(6) La « trahison » serait de courte durée, puisque l’ensemble des pays arabes obtiendrait leur indépendance dans les cinq décennies qui suivirent [N.D.E.]
(7) Saïd K. Aburish, op. cit., p. 57, p. 59.
(8) Ibid., p. 57.
(9) Stephen Dorril, MI6: Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service, Free Press, New York, 2000, p. 622.
(10) Comme déjà indiqué dans un autre article, il n’est pas impossible que la franc-maçonnerie ait une origine arabe ; voir J. M. Aractingi et C. Lochon, Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques, Paris, L’Harmattan, 2008. Voir aussi https://archive.org/download/LinitiationDansLesConfrriesMusulmanesEtLaFranc-maonnerieLa/LinitiationDansLesConfrriesMusulmanesEtLaFrancMaonnerieLaConfrence.htm. (Note de l’Editeur.)
(11) Saïd K. Aburish, op. cit., p. 60.
(12) William Blum, Killing Hope – U.S. Military and CIA Interventions Since World War II, Common Courage Press, Monroe, ME, p. 65.
(13) Stephen Dorril, op. cit., p. 575.
(14) Ibid., p. 580.
(15) Ibid., p. 583.
(16) Ibid., p. 589.
(17) Ibid., p. 592-593.
(18) Ibid., p. 592.
(19) Billy Graham était un théologien et prédicateur protestant américain issu du mouvement évangélique [N.D.E.]
(20) Saïd K. Aburish, op. cit., p. 60-61.
(21) Stephen Dorril, op. cit., p. 622.
(22) Ibid., p. 623.
(23) In Evelyn Shuckburgh et John Charmley, Descent to Suez: diaries, 1951-56, Weidenfeld and Nicolson, 1986, p. 28-29.
(24) Stephen Dorril, op. cit., p. 613.
(25) Ibid., p. 624-625.
(26) Ibid., p. 629.
(27) Ibid., p. 629-630.
(28) Ibid., p. 630.
(29) Ibid., p. 632-633.
(30) Saïd K. Aburish, op. cit., p. 61.
(31) Ibid., p., 61-62.
(32) Ibid., p. 62 (le moins que l’on puisse dire est qu’ils faisaient très efficacement semblant) [N.D.E.]
(33) W.F. Engdahl, op. cit., p. 151.
(34) Ibid., p. 151-152.
(35) On le sait, ces emprunts n’ont jamais été et ne seront jamais remboursés, si ce n’est par le contribuable européen et états-unien. En effet, une dette n’est jamais purement et simplement annulée, son remboursement est indirectement à la charge des contribuables du pays qui l’a accordé. Comble de l’escroquerie, puisqu’elle s’apparente à un détournement de fonds, il n’étonnera personne que le concept d’annulation de la dette ait son origine dans l’Évangile selon Mathieu 18.
La région du monde pour laquelle la hausse des prix de l’énergie fut vraiment catastrophique fut l’« Occident » [N.D.E.]
(36) W.F. Engdahl, op. cit., p. 150-156.
(37) Saïd K. Aburish, op. cit., p. 62.
(38) Ibid., p. 62.
(39) La désindustrialisation de l’Europe, s’entend. Rétrospectivement, la thèse selon laquelle l’« establishment anglo-américain » voit d’un mauvais œil l’émergence des économies des pays dits « sous-développés » est réduite à néant par le phénomène de la délocalisation économique, qui commença dans les années 1980. Tout juste se peut-il que l’« establishment anglo-américain » ait jugé dans les années 1970 que le temps de la délocalisation n’était pas encore venu.
Quant au soi-disant programme de « dépopulation » et aux déclarations dans ce sens qu’ont faites plusieurs membres de la canaille d’en haut dans les années 1980 et 1990 (voir
What the Malthusians Say, in The American Almanac, 1994 – http://members.tripod.com/~american_almanac/malthsay.htm), la population mondiale était de 6,2 milliards en 2002, elle est de 7,1 milliards en 2014. Nous le répétons : la croissance exponentielle de la population mondiale, à savoir de la population mondiale de couleur est, parallèlement à la reproduction des individus les plus dégénérés de la race blanche, une des conditions nécessaires, non pas à la réussite du plan de domination mondiale des pseudo-élites, puisque cette domination est quasiment un état de fait, mais à sa pérennisation.
(40) John Coleman, The Conspirators’ Hierarchy: Committee of 300, WIR, 1997, p.129.
(41) Voir Houchang Nahavandi, La révolution iranienne : vérité et mensonges, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1999, Chap. IX.
(42) Ibid., Chap. XI.
(43) John Coleman, « What Really Happened In Iran? », World In Review, 1984.
(44) Le Nouvel Observateur, 15-21 janvier 1998, p. 76, consultable à l’adresse suivante : http://www.voltairenet.org/article165889.html.
Encore convient-il de souligner que Brzezinski ne sortit du bois qu’à la suite de l’affirmation qu’avait faite l’ancien directeur de la CIA Robert Gates dans ses mémoires que les services secrets américains avaient commencé à aider les moudjahidin afghans six mois avant l’intervention soviétique.
(45) « First Supplement to A Who’s Who of the British Secret State » Lobster magazine, n° 19, mai 1990 ; « Pakistan’s Inter Services Intelligence in Afghanistan », Sapra India (http://www.freedomfiles.org/war/isi.htm) ; voir également There to the Bitter End, Anne Blair, Allen & Unwin, 2001.
(46) Zulfikar Ali Bhutto, If I am Assassinated, Vikas, New Delhi, 1979 – disponible à http://bhutto.org/Acrobat/If-I-am-assassinated-by-Shaheed-Bhutto.pdf. ; Maj Gen Yashwant Deva , « ISI and its Chicanery in Exporting Terrorism », The Indian Defence Review, 1995 – http://www.bharat-rakshak.com/LANCER/idr00006.htm.
(47) John Coleman, op. cit., p. 16, 1984.
(48) Bill Engdahl and Jeff Steinberg « The Real Story of the BCCI », EIR, Vol. 22, N° 41, 13 octobrr – http://www.larouchepub.com/other/1995/2241_bcci.html. Voir aussi http://scribblguy.50megs.com/bcci.htm,.
(49) Jonathan Beaty et S.C. Gwynne, The Outlaw Bank: A Wild Ride Into the Secret Heart of BCCI, 1993, Random House, New York, p. xv.
(50) Ibid., p. 118.
(51) Ibid., p. 48-49.
(52) Scott Thomspon and Joseph Brewda, « Sadruddin Aga Khan: Mujahideen Coordinator », EIR, Vol. 22, N° 41, 13 octobre 1995 – http://www.larouchepub.com/eiw/public/1995/eirv22n41-19951013/eirv22n41-19951013_025-sadruddin_aga_khan_mujahideen_co.pdf .
(53) Bill Engdahl et Jeff Steinberg, op. cit.
(54) Jonathan Beaty et S.C. Gwynne, op. cit.,p. 146, p. 251, p. 262, p. 279, p. 286-287, p. 324, p. 346.
(55) « The Anglo-American Support Apparatus Behind the Afghani Mujahideen », Adam K. East, EIR, Vol. 22, N° 41, 13 octobre 1995.
(56) Jonathan Beaty et S.C. Gwynne, op. cit., p. 101 (L’explication ne manque pas de naïveté. En réalité, la BCCI fut fermée parce qu’elle avait rempli ses objectifs. [Note de l’Editeur.])
(57) « Involontairement », cela va sans dire.
(58) Jonathan Beaty et S.C. Gwynne, op. cit., p. 106.
(59) Ibid., p. 346 ; voir aussi « The BCCI. Affair » – http://www.apfn.org/apfn/BCCI.htm.
(60) Voici deux articles qui montreront clairement à quel point ces « systèmes complexes » sont « occidentaux : http://en.metapedia.org/wiki/Jews_and_the_narcotic_drugs_trade ; http://www.chabad-mafia.com/drugs.
(61) Alfred McCoy, « Opium History, 1979 To 1994 » – https://www.mail-archive.com/ctrl@listserv.aol.com/msg32623.html.
(« Avant la guerre soviéto-afghane (1979-1989), la production d’opium en Afghanistan et au Pakistan était dirigée vers les petits marchés régionaux. Il n’y avait pas de production locale d’héroïne (Alfred McCoy, « Drug Fallout: the CIA’s Forty Year Complicity in the Narcotics Trade », The Progressive, 1er août, 1997) ». On n’insistera jamais assez sur le fait que « L’économie de la drogue afghane fut un projet conçu avec soin par la CIA et soutenu par la politique étrangère américaine ». Michel Chossudovsky, « The Spoils of War: Afghanistan’s Multibillion Dollar Heroin Trade ashington’s Hidden Agenda: Restore the Drug Trade », Global Research, février 15, 2014 ; 14 juin 2005 – http://www.globalresearch.ca/the-spoils-of-war-afghanistan-s-multibillion-dollar-heroin-trade/91) [N.D.E.]
(62) Alfred McCoy, « Drug Fallout ».
(63) Michael C. Ruppert, « The Lies About Taliban Heroin », FTW – http://www.fromthewilderness.com/free/ww3/10_10_01_heroin.html.
(64) Les Talibans sont moins regardants aujourd’hui : http://www.newyorker.com/magazine/2007/07/09/the-talibans-opium-war%5D.
(65) « en dépit » ou à cause « de son passé communiste » ? Il faut en effet savoir que la plupart des va-t’en-guerre « néo-cons » de l’administration G.W. Bush sont d’anciens trotskistes [N.D.E.]
(66) William Blum, op. cit.,p. 338-52 ; voir aussi Michael C. Ruppert, « Osama Bin Laden – A CIA Creation and its Blowback,' » (http://www.fromthewilderness.com/free/ww3/08_01_98_osama_bin_laden.html et Imran Akbar, « Gulbuddin Hekmatyar Had Links With KGB, » The News International
8 octobre 1992 – http://www.rawa.org/gul-kgb.htm.
(67) Jeffrey Steinberg, « War In Afghanistan Spawned A Global Narco-Terrorist Force », EIR, Vol. 22, N° 41, 13 octobre 1995 – http://www.larouchepub.com/other/1995/2241_afghansi_intro.html.
(68) Mohammad Yousaf et Mark Adkin, Afghanistan- The Bear Trap, the Defeat of a Superpower, Jang Publishers, Lahore, 1993, p. 115 – disponible à http://www.afghanasamai.com/Dscutions-poleticalcullture/Afghanasamai-2012/BATTLESafghanistanTheBearTrapDefeatofaSuperpowerMohammedYousaf.pdf
(69) Imran Akbar, op. cit.
(70) « CIA tried to kill Afghan warlord », BBC, 10 mai, 2002 – http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/1978619.stm
(71) Mohammad Yousaf et Mark Adkin, op. cit., p. 40-41, p. 233-235.
(72) Yossef Bodansky, Bin Laden – The Man Who Declared War On America, Forum Prima, 1999, p. 101-102.

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