Le changement racial dans la noblesse espagnole (700-1600)

La pureté serait dangereuse, la pureté serait impure, à moins qu’il ne s’agisse de la pureté de l’eau potable en Afrique, ou de « la pureté des principes révolutionnaires » à laquelle Robespierre et les siens font référence dans la loi du 22 Prairial qu’ils demandent à la Convention Nationale (*) et en vertu de laquelle toutes les personnes d’un « sang impur » sont condamnées à « abreuver (leurs) sillons », ou encore de « la pureté des principes républicains », en vertu de laquelle la loi du 5 pluviôse an Il se propose de livrer « les coupables qui (la) corrompent » « au glaive de la loi, à l’aide de moyens prompts, justes et sévères » (**), pour ne rien dire de la pureté de la cocaïne et de la pureté du diamant qui sert à la négocier.
Dans tous les autres domaines, en commençant par celui de la race, le mélange serait un bien en soi, à tel point que l’on en a fait un but ultime, que l’on s’efforce d’atteindre coûte que coûte. « L’homme de demain, écrivait prophétiquement Coudenhove-Kalergi dans Praktischer Idealismus (1923, p. 22), sera un métis (« der Mensch der fernen Zukunftwird Mischling sein »). Coudenhove-Kalergi, Père fondateur des Etats-Unis d’Europe et premier lauréat du prix Charlemagne, était issu d’une Japonaise et d’un aristocrate orientaliste d’ascendance grecque, hongroise, tchèque et flamande. Toute personne qui veut le mélange est elle-même le produit d’un mélange.
La propagande antiraciste de l’occupant ne cesse de faire tambouriner médiatiquement que les peuples européens actuels sont issus de mélanges, s’imaginant ainsi réfuter et ruiner le racisme. Or, le racisme ne l’avait pas attendue pour faire ce constat ; dès le milieu du XIXe siècle, Arthur de Gobineau expliquait la décadence des civilisations par des causes raciales et, plus précisément, par le métissage ; H.F.K. Günther, dans sa Rassenkunde des deutschen Volkes (1922, p. 130-31) reconnaît que « La majeure partie des Allemands sont non seulement issus de géniteurs de races diverses mais pures, mais sont aussi les résultats du mélange d’éléments déjà mélangés » ; Julius Evola, outre qu’il fera la distinction entre les croisements favorables (entre certaines souches données de la même race) et les croisements défavorables, ne cessera de souligner qu’il n’existe pas aujourd’hui de races pures au sens absolu (voir, en particulier, Synthèse de doctrine de la race). Mais, ajoute-t-il immédiatement, « cela n’empêche nullement que le concept de race pure soit pris comme point de référence, comme idéal et but à atteindre. » Ce qui vaut pour une race vaut a fortiori pour un peuple.
Livrés au christianisme depuis deux millénaires, les peuples blancs n’ont pas été en mesure de se prémunir mentalement et psychologiquement contre le métissage que favorise cette idéologie génocidaire au sens étymologique. La bienveillance avec laquelle une majorité d’hommes blancs accueillent aujourd’hui l’étranger de race de couleur dans leurs pays, si elle est due en partie au caractère efféminé de ces blancs, s’explique aussi par le fait que la race de l’âme d’un certain nombre d’entre eux, en raison d’une ascendance plus ou moins affectée par des croisements plus ou moins défavorables, est étrangère à leur race du corps. En d’autres termes, ils ne sont blancs que de peau : psychiquement, ils appartiennent à d’autres races que la blanche. L’immigration de masse de populations de couleur à laquelle notre continent est en proie depuis la fin des années 1970 n’a pu être acceptée passivement par les peuples blancs que parce que le terrain génétique avait été préparé au cours des générations, particulièrement dans les couches supérieures. De tous les pays concernés l’Espagne est sans doute celui qui a été touché le plus tôt par l’hybridation.

El tizón de la nobleza de España, ou Ascendance juive et maure de la noblesse espagnole
Le changement racial dans la noblesse espagnole (700-1600)
T.L., 2015, traduit de l’anglais par B.K.

PREMIÈRE PARTIE

L’Espagne a eu une histoire particulière, dans la mesure où, dès le VIIIe siècle, elle a été le théâtre d’un conflit entre trois peuples: le castillan, le maure et le juif. Longtemps, aucun d’eux n’a pu prendre le dessus sur les autres. Ils ont dû vivre sur le même territoire et il est approprié de parler à leur égard de « castes », qui, cependant, se sont progressivement mélangées.

Ce mélange peut expliquer l’existence même de l’Espagne impériale du XVIe siècle. L’empire espagnol fut le produit de la confiance en soi et de la vaillance militaire castillane, du goût du Maure pour la technologie et des connaissances des Juifs en matière de finance ainsi que de leur rêve utopique d’un empire mondial.

A l’époque où commençait à se former l’empire, de nombreux Juifs et Maures faisaient déjà partie de la noblesse castillane et du gouvernement castillan. A partir de 1478, année où fut établie l’Inquisition, les Juifs furent de plus en plus nombreux à se convertir au christianisme (de là le nom qui leur fut attribué de « conversos »). L’un des objectifs avoués de l’Inquisition, outre l’imposition du christianisme à tous, fut l’ « extirpation de toutes les formes de judaïsme », considérée comme essentielle au maintien du royaume (cependant, le fanatisme et l’intolérance de l’Inquisition, dont il n’est pas surprenant que de nombreux fonctionnaires aient été d’origine juive, est étrangère à la mentalité aryenne – comme l’est le concept dénaturé de « limpieza de sangre ») (+). En outre, il semble que les mesures hostiles contre les Juifs aient été prises par le roi sous la pression de la population et non de la noblesse.

Dans le même temps, le dernier bastion maure en Espagne, Grenade, avait été conquis. La caste castillane avait donc fini par l’emporter. Elle recouvrit ses privilèges, que les Maures et les Juifs lui avaient disputés. Une société strictement ségrégationniste voyait le jour. Le temps était venu de dresser des listes et de déterminer qui était qui. Ce ne fut pas facile, car il apparut que de nombreuses familles castillanes avaient du sang maure et juif.

Le cardinal Francisco de Mendoza y Bobadilla publia deux livres importants sur le sujet – Libro verde de Aragón et El tizón de la nobleza de España-, à l’époque où le roi venait d’achever la reconquista et d’instaurer l’Inquisition. Ils montrèrent tous deux que la plus grande partie de la noblesse castillane du XVIe siècle avait du sang juif et maure, y compris Ferdinand II le catholique, juif par sa mère, Juana Enrriquez. Les deux livres finiraient par être interdits par un arrêté royal et brûlés ; pas immédiatement, mais dans la première moitié du XVIIe siècle. C’est la raison pour laquelle il n’en reste aujourd’hui que trois ou quatre exemplaires.

Don Francisco écrivit El tizón de la nobleza de España parce qu’il avait été offensé par le fait que son neveu s’était vu refuser une nomination à cause de sa (présumée) ascendance douteuse. Il voulut montrer que la plus grande partie de la noblesse espagnole était elle-même métissée. Ses sources étaient tout à fait valides et comprenaient, par exemple, le bien connu Libro de Genealogías du comte Don Pedro.

Don Pedro avait cherché à montrer qu’un certain nombre de maisons espagnoles avaient du sang juif ou maure. Don Francisco alla plus loin et effectua une analyse plus approfondie. Par exemple, il affirma que le célèbre chevalier Don Hernando Alfonso était maure, que plusieurs maisons descendaient de lui d’une manière ou d’une autre et que, à la chute de Tolède, il s’était converti au christianisme et avait été baptisé par le roi chrétien, qui l’avait couvert de cadeaux. Il affirma également que les familles Portocarrero et Pacheco étaient d’origine étrangère, celle-ci ayant pour ancêtre le Juif Ruy Capón, celle-là descendant d’une juive nommée doña Polonia, ou Paloma, ou encore Palda. Comme nous le verrons, ces deux familles transmirent leur sang à d’innombrables maisons nobles.

Nous allons maintenant détailler les affirmations de Don Francisco et examiner quelques-uns des cas les plus frappants de familles nobles d’ascendance mixte, afin d’avoir une image plus claire de l’état racial de la noblesse espagnole. Ce texte peut également donner des indications sur l’histoire des autres pays européens. Si l’on admet qu’un processus similaire s’est produit dans toute l’Europe, les remarques de Guénon sur les changements marqués de la mentalité des peuples européens au XVe siècle prennent tout leur sens.

DEUXIEME PARTIE

Pacheco
Cette famille descendait de Don Gonzalo López Tabiera et Doña María Ruiz, dont le père était le Juif Ruy Capón, marchand prospère de la première moitié du XIVe siècle. Après sa conversion au christianisme, il fut nommé surintendant des Finances par la reine Doña Blanca. Puis il fut fait chevalier et reçut de grands cadeaux du roi Don Alfonso qui lui donna même sa fille en mariage. D’autres membres de la famille de Ruy Capón entrèrent dans des maisons nobles et royales par mariage.
María Gómez Tavira, une des filles de Ruy Capón et de sa noble épouse, fut mariée à Lope Fernández Pacheco, seigneur de Ferreira d’Aires au Portugal. Des dizaines, voire des centaines, de familles nobles descendaient de, ou étaient apparentées à, ce sang. En voici la liste, qui est cependant probablement incomplète : Conde de Benavente, Duque de Florencia, Marqués de Villafranca, Conde de Aranda, Duque del Infantado Duque de Castro Villa, Marqués de Montesclaros, Conde de Medellín, Conde de Alcaudete, Duque de Alba (de Tormes), Almirante de Castilla, Marqués de la Guardia, Conde de Luna, Conde de Alba de Liste, Conde de Monterrey, Marqués de tavaran Don Bernardino de Mendoza, hermano de Mondéjar, Marqués de Priego (Pliego), Adelantado de Castilla, Marqués de Viana, Duc de Feria, Duque Alburquerque, Marqués de Gibraleón, Marqués de Comares, Marqués de Mondéjar, Marqués de Ayamonte, Conde de Agudos (Monteagudo), Conde de Oropesa, Duque de Maqueda, Conde de Fuensalida, Conde de Osorno, Don Francisco Pacheco, Señor de Almunia, Señor de Albadalejo, Señor de Malpica, Doña Magdalena de Bobadilla, Marqués de las Navas, Casa de Palma, la Casa del Duque de Arcos, Casa del Marqués de los Vélez, Marqués de Villanueva del Fresno, Duque de Alcalá, Condestable de Castille, Marqués del Carpio, Conde de la Puebla, Conde de Castro, Conde de Montalbán, Conde de Castro, Marqués del Carpio, Casa del Señor de Pinto, Marqués de Camarasa, Casa del Señor de la Casa Rubios, Conde de Valencia, Duque de Nájera, Conde de Buendía, Marqués del Carpio, Marqués de Montemayor, Marqués de Cerralvo, Don Diego de Acuña, Don Juan de Acuña, Don Fernando de Acuña, Conde de Villa Mediana, Casa del Mariscal de Valencia en Zamora, Señor de Peñaranda, Duque de Medina Celi, Marqués de Falces, Marqués de la Guardia, Conde de Aranda, Conde de Coruña, Marqués de la Fuente, Lope de Guzmán, Álvarez de Toledo, etc.

Portocarrero

Cette vieille famille castillane descendait de Don Hernando Alfonso, un riche et éminent Maure du XIIe siècle, né à Cordoue, qui s’était converti au christianisme à la prise de Tolède par Alfonso VI. Un grand nombre de maisons espagnoles descendent de Don Hernando Alfonso. Don Pedro Portocarrero († vers 1600), un descendant de Don Hernando Alfonso, fut marié à Beatriz Enrriquez, une juive née à Guadalcanal et liée au roi Don Alfonso.

Don Pedro de Castille, évêque de Palencia

Don Pedro de Castille (1394-1461) avait une concubine, Isabel Oleni, dont le père était un Juif anglais issu de la fraction la plus basse de la société. L’orthographe de son nom varie beaucoup dans les documents de l’époque : Olin, Oleni, Dioelni, Drohelin, Droklin, etc., mais jamais Droellin, nom d’une famille anglaise de la haute noblesse, comme voudraient nous le faire certains généalogistes intéressés. Ils eurent deux fils et deux filles, ancêtres de nombreuses maisons espagnoles : Marques de Alcañices, Conde de Denia, Marques de Poza, Conde de Miranda, Conde de Salinas, Conde de La Corogne, Duque de Villahermosa, Señor de Fuente y Dueña, les fils de Don Pedro de Zúñiga, les fils de Don Francisco de Castilla, Don Alfonso de Castille, les frères de Marqués de Gibraleón, Marqués de Frómista, Don Antonio Fonseca de Toro, les fils de Don Gómez Henrriquez, Don Pedro Castilla en Valladolid, Don Juan de Castille, de Madrid, Don Juan de Castilla y Aguayo, Marques de Santa Cruz, Conde de Santisteban del Puerto, etc.

Les ducs de Bragance

Cette maison, qui devint tellement puissante qu’elle finit par gouverner le Portugal et le Brésil, était issue d’Alfonso, bâtard du roi du Portugal et d’Inés Fernández de Esteves, dont le père était un fonctionnaire juif converti au christianisme. De nombreuses autres maisons nobles sont descendues de ce sang.

Les comtes de Mirabel, Veras et Davila
Un des membres de cette lignée eut une fille avec l’épouse d’un barbier et la maria à un noble. Au moins trois maisons différentes furent ainsi contaminées. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une grande maison, son cas illustre passablement une tendance qui semble avoir été générale dans la noblesse de l’époque, celle qui consistait à avoir des enfants avec une plébéienne – souvent maure ou juive – et à les marier à des nobles.

Le duc de Villahermosa
Le cas suivant est symptomatique de la frivolité de la noblesse européenne au cours des derniers siècles, frivolité qui finit par lui être fatale. Le duché de Villahermosa avait été créé dans un temps reculé. Alfonso de Aragón y Escobar (1417-1485), duc de Villahermosa, fils du roi Juan II, avait pris une maîtresse juive, María Sánchez (Junques) – surnommée « La Coneja » -, qui s’était convertie au christianisme. Deux enfants étaient nés de cette union ; ils furent tous deux légitimés et reçurent des titres prestigieux. Naturellement, ils eurent à leur tour des enfants avec des nobles.

Les comtes de Puñonrostro
Cette maison descendait de Pedro Arias de Ávila, un Juif (converti au christianisme) au service du roi Enrique IV (1425-1474) comme administrateur colonial. Fils de commerçant, il était déjà très riche, quand il fut anobli. Il avait deux fils : l’un devint évêque de Ségovie, l’autre comte de Puñonrostro, comté créé spécialement pour lui.

Don Pablo de Cartagena y Burgos
Don Pablo, évêque de Carthagène, écrivain et poète, de son vrai nom Salomon Halevi, resta longtemps fidèle au judaïsme, jusqu’à ce qu’un pape l’autorise à rejoindre l’Église. Il prit ensuite rapidement du grade et devint le précepteur du roi Juan II de Castille et, plus tard, évêque de Carthagène et Burgos.

Aragón
Selon l’auteur, l’Aragón était l’une des régions les plus durement touchées par le métissage.

Navarre
Selon l’auteur, il y avait en Navarre de nombreux conversos qui occupaient des postes importants.
Vizcaya
Un médecin juif de Vizcaya, Mosén Pablo, avait quatre filles, qu’il réussit à marier avec des membres des maisons nobles de la région.

(*) Jacques Necker, De la révolution française. Nouvelle édition avec des additions de l’auteur, vol. 6, Paris, 1797 p. 348.
(**) Le Baron Auguste Edmond Petit de Beauverger, Les Institutions Civiles de la France, Paris, 1864, p. 119.

(+) Le 10 janvier 1433, la reine Maria décréta au nom des conversos de Barcelone l’absence de distinction légale entre vieux-chrétiens et nouveaux-chrétiens. L’année suivante, le concile de Bâle statua que « … parce que par la grâce du baptême, ils deviennent concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu et qu’il y a beaucoup plus de mérite à renaître par l’esprit qu’à naître par la chair… les convertis jouissent des privilèges, libertés et immunités dans les villes et les endroits où ils renaissent par le baptême ; privilèges que les autres obtiennent seulement grâce à la naissance et à la filiation ». Quelques mois plus tard, le roi Alfonso d’Aragon rejeta les mesures discriminatoires qui étaient sur le point d’être prises contre les néophytes dans la province de Catalayud. Le 31 janvier 1437, le pape Eugène V, interpellé par les convertis de la couronne d’Aragon, condamna ces « fils d’iniquité… chrétiens seulement de nom », qui demandaient que les nouveaux convertis soient interdits de toutes fonctions ou emplois publics » (éds. Margaret R. Greer, Walter D. Mignolo rt Maureen Quilligan, Rereading the Black Legend, The University of Chicago Press, 2008, p. 80).
Cependant, la sentençia estatuto, promulguée en 1449 par l’alcade de Tolède, Pedro Parmiento, est généralement considérée comme le premier statut de « limpieza de sangre », même si les raisons qui y sont invoquées pour chasser tous les conversos de l’administration ne sont nullement d’ordre racial (éds. Andrew M. Beresford, Louise M. Haywood et Julian Weiss, Medieval Hispanic Studies in Memory of Alan Deyermond, Tarnesis Book, 2013, p. 219-20), mais exclusivement d’ordre religieux. Elle « fut le premier chapitre d’une polémique dense et compliquée à laquelle participèrent certains des intellectuels conversos les plus brillants de l’élite culturelle et religieuse de la cour du roi Juan II » (éds. Barbara Borngässer, Henrik Karge et Bruno Klein, Grabkunst und Sepulkralkultur in Spanien und Portugal, Iberoamericana Vervuert, 2006, p. 181).
Alfonso de Carthagène, fils de l’évêque juif de Burgos, fit paraître l’année suivante une réfutation théologique du statut de Parmiento, intitulée significativement Defensorium Unitatis Christianae. Le pape, Nicolas V, à qui il en avait appelé pour annuler le décret, le suivit, en dénonçant « d’exclure les chrétiens (les conversos) de leurs fonctions pour la seule raison qu’ils appartiennent à une certaine race ». Le 24 septembre 1449, Nicolas V, par une bulle tout aussi significativement intitulée Humani generis inimicus, condamna, sous peine d’excommunication, tous ceux qui feraient « quelque différence entre les convertis récents et les autres chrétiens ». Il l’annula l’année suivante par deux nouvelles bulles, sous la pression, semble-t-il, du roi. Cette annulation ne fit qu’enflammer le débat entre ceux qui prenaient la défense des conversos et ceux qui exigeaient qu’ils fussent livrés à l’Inquisition. Alfonso de Espina s’imposa comme l’ennemi juré des conversos. Général de l’Ordre des Franciscains, recteur de l’Université de Salamanque et confesseur du roi Henri IV de Castille, farouche partisan d’une croisade contre les Sarrasins et d’une « reconquête de la Terre Sainte », il est l’auteur d’un traité de cinq livres contre ceux qui nient la divinité du Christ, contre les hérétiques, contre les Juifs, qu’il souhaite voir expulsés d’Espagne, les musulmans et le diable. Fortalitium Fidei s’en prend particulièrement aux Juifs, qu’il accuse d’empoisonner les puits et de commettre des meurtres rituels, tout en affirmant qu’il est du devoir de l’Eglise de les contraindre à baptiser leurs enfants. D’autre part, de Espina explique que les Juifs sont issus de l’union d’Adam avec des animaux (éds. Margaret R. Greer, Walter D. Mignolo rt Maureen Quilligan, op. cit., p. 82). Un chercheur a récemment statué que de Espina, Longtemps soupçonné d’être lui-même un converso, n’en était pas un et que ce soupçon était fondé « on fragmentary knowledge, secondhand sources, and in many cases, unfounded argument » (Meir Amor, Abstract: State Persecution and Vulnerability: A Comparative Historical Analysis of Violent Ethnocentrism Ph.D. 1999, Université de Toronto – à http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/s4/f2/dsk3/ftp04/nq41006.pdf, p. 295, consulté le 10 février 2015). Il reste que de Espina est un nom séfarade (http://www.sephardim.com/namelist.shtml?mode=form&from=D&to=K, consulté le 10 février 2015)
La suite est connue. Les statuts se multiplièrent et finirent tous par être approuvés, non seulement par les papes et les divers ordres religieux, mais aussi par les monarques espagnols contemporains. Ce qui est beaucoup moins connu est qu’ils ne furent pas appliqués à la lettre. Le premier point est qu’ils firent l’objet d’atténuations plus ou moins importantes. Par exemple, chez les Jésuites, « En violation ouverte de la pensée d’Ignace de Loyola, la Ve Congrégation générale, convoquée à la fin de 1593, ordonna, dans son décret 52, de ne pas recevoir dans la Compagnie les candidats d’origine juive. Le P. Ribadeneira protesta hautement contre l’adoption de ce statut de pureté de sang; il renouvela inutilement sa protestation lors de la VIe Congrégation générale limitavit, tenue en 1608 : celle-ci, toutefois, atténua l’empêchement et « ad quintum generationis gradum ». Cela n’empêcha pas de nombreux Jésuites espagnols de se prononcer ouvertement pour la modération et la limitation des statuts de pureté de sang » (I.S. Revah, La controverse sur les statuts de pureté de sang. Un document inédit : « Relación y consulta del cardenal G[u]evara sobre el negocio de fray Agustín Saluzio » [Madrid 13 août 1600], p. 269) L’ordre de Saint Jérôme, fort prisé par l’aristocratie espagnole, fut réputé accueillir les conversos à bras ouvert, tout au moins jusqu’en 1486, où, en raison de la découverte de moines d’origine juive dans le monastère de Guadalupe et des procès qui s’ensuivirent, l’entrée de l’ordre fut « provisoirement » interdit aux convertis et à leur descendance. Mais « le statut était loin de faire l’unanimité dans l’ordre, et il ne fut pas très strictement appliqué durant quelques années » (Sophie Coussemacker, Convertis et judaïsants dans l’ordre de Saint-Jérôme: un état de la question, Mélanges de la Casa de Velázquez, 1991, volume 27). Il n’entra dans les faits qu’en 1492. En attendant, quatre des accusés du procès de Guadalupe furent relaxés au bras séculier et les cinq autres acquittés.
Le cas de l’un de ces derniers, Diego de Zamora, profès de Lupiana, rappelle celui de de Espina: ce moine, qui « avait mené une opération de ségrégation des Juifs et des convertis, dans la province de Guadalajara, à la demande de la reine », « était d’origine converse et manifesta plusieurs fois, au cours de son existence, la tentation de revenir au judaïsme » (ibid., p. 18) Un des défenseurs de l’ordre était Hernando de Talavera, prieur du Pardo de Valadolid, évêque d’Avilla et premier archevêque de Grenade. Accusé d’être apostat et d’avoir fait de son palais une « véritable synagogue », il eut lui-même droit à un procès inquisitorial en 1505. Comme les actes de ce procès ont été perdus, il est impossible de savoir si des preuves de « purezza de sangre » lui furent demandées à l’audience. Bien que d’ascendance juive par sa mère, il n’aurait eu aucune difficulté à en fournir, puisque, c’est le second point, les fausses généalogies, que l’on fabriquerait partout cinquante plus tard (Pierre Cosabel, Sciences de la Renaissance, p. 51), étaient déjà monnaie courante. Quoiqu’il en soit, de Talavera fut acquitté et ses familiers, pour la plupart juifs, relâchés.
Ces quelques exemples, qui pourraient être multipliés, montrent qu’il est parfaitement exact que la notion de « limpiezza de sangre » était dénaturée. Ils indiquent aussi que l’image raciste qui a été donnée de l’Espagne de l’époque est caricaturale.

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