Aperçu sur le racisme national-socialiste

Les paragraphes suivants constituent une version revue et augmentée de la note 93 de B.K. Sources inconnues, consultable à https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2014/08/25/sources-inconnues/

Après la Seconde Guerre mondiale, certains écrits de Julius Evola sur la race ont contribué largement à répandre dans les milieux néo-fascistes la vue selon laquelle le racisme allemand aurait été d’ordre biologique, voire zoologique. Implicite dans Heidnischer Imperialismus (1) explicite dans « Osservazioni critiche sul ‘razzismo’ nazional-socialista » (2), texte écrit, celui-là, à l’intention du public italien, cette vue se retrouve dans un certain nombre de ses écrits racialistes de la fin des années 1930 et du début des années 1940. Dans la seconde édition du Chemin du cinabre, l’auteur italien affirme encore que « (le) racisme d’État allemand … se présenta comme le mélange d’un certain aspect de l’idéologie nationaliste pangermaniste et d’idées tirées du scientisme biologique » et va jusqu’à mobiliser Trotski pour suggérer qu’il ne s’agissait que d’« une sorte de matérialisme zoologique ». La plupart des lecteurs et exégètes de l’auteur italien l’ont repris en quelque sorte en chœur, que ce soit (nous nous limiterons ici à quelques exemples, qui pourraient cependant être multipliés) dans l’aire anglo-saxonne (« Il [Evola] rejetait en fait, prétend l’historien, essayiste, traducteur et éditeur Nicholas Goodrick-Clarke, Alfred Rosenberg et les autres racistes biologiques du IIIe Reich » [3]), française (« Par opposition au racisme biologique et vitaliste des nazis, il (Evola) défend un « racisme spiritualiste… » [4]), espagnole (le racisme, pour Evola, « comme nous le savons, affirme Marcos Ghio, président du Centro Evoliano de América et traducteur de l’auteur italien, avait un caractère spirituel et non pas simplement biologique et matérialiste comme celui de [Rosenberg] » [5]), allemande (« L’une des principales critiques d’Evola au national-socialisme fut l’absence de tout fondement transcendant. … Cette absence de référence à la transcendance le conduisit également à faire d’autres critiques à ce régime, à son fort attachement à la nature (le Volk en tant que principe directeur), au fait que le Führerprinzip ne répondait qu’au peuple et n’avait aucune légitimation d’en haut, de là la démagogie ; à son populisme et à son racisme purement biologique” [6]) ou italienne (« Dans la conception evolienne, indique péremptoirement Giovanni Monastra, auteur de plusieurs articles sur J. Evola et collaborateur de Nouvelle École, la « race pure » n’est pas une réalité banalement biologique, comme dans la rhétorique nazie avec ses stéréotypes formés par les hommes blonds aux yeux bleus » [7] ; Franco Freda, ancien terroriste et membre d’Ordine Nuovo, essayiste et directeur d’Ar, éditeur d’un certain nombre de livres d’Evola sur la race, présente celui-ci comme “le penseur le plus important… qui ait eu en Italie une approche raciste différente de celle du racisme allemand, strictement biologique”(8)] ; l’ont donc reprise en chœur, sans, semble-t-il, chercher à la vérifier. Or, à la lumière des publications racistes allemandes de l’époque, elle s’avère infondée et même assez grossièrement fausse.
Plus d’un eugéniste, plus d’un raciologue allemand de l’époque reconnaissait, pour utiliser la terminologie de J. Evola, la race de l’âme. Outre Günther – Rosenberg, pour qui, influencé par le concept de Chamberlain de Rassenseele, « l’âme incarne la race vue de l’intérieur (e)t a l’inverse, la race est l’extériorisation de l’âme » (9) ; Egon Eickstedt (1892 – 1965), professeur et directeur de l’Institut d’anthropologie et d’ethnologie à l’Université de Breslau de 1931 à 1945, pour qui « la forme raciale physique trouve son équivalent dans une forme raciale mentale » (10).; Hippius Rudolph (1906 – 1945), dont les recherches sur le profil psychologique de la population allemande de Poznan furent financées par la SS à partir de 1942, alors qu’il était professeur de psychologie sociale et nationale à l’Université allemande de Prague et directeur adjoint de la Fondation Reinhard Heydrich ; Erwin Bauer (1875 – 1933), généticien et directeur de l’Institut Kaiser Wilhelm pour la recherche de l’amélioration des plantes, co-auteur d’un manuel de biologie (11) dans lequel il est dit que « les races humaines ne sont pas seulement différentes les unes des autres physiquement, mais aussi mentalement. S’il n’y avait que des différences physiques, la question raciale serait en fait dénuée de sens » ; Fritz Lenz (1887 – 1976), titulaire à partir de 1923 de la première chaire d’eugénisme à Munich, dont la position sur le sujet était rigoureusement la même: « S’il n’y avait que des différences physiques entre les races, dit-il (cité dans le Völkischer Beobachtung en 1934), la question raciale dans son ensemble n’aurait pas grande signification; elle n’aurait guère lieu de se poser sérieusement. Voilà précisément pourquoi la recherche des différences héréditaires de l’âme dans l’ensemble des différences raciales est d’une importance décisive » (12). Dans ‘Über Wege und Irrwege rassenkundlicher Untersuchungen » (plusieurs années avant que J. Evola ne formule sa doctrine de la race), il déclare, encore que maladroitement : « Pour évaluer un homme, l’origine raciale (die abstammungsmäßige Herkunft) est plus importante que les caractéristiques externes. Un Juif blond reste un Juif. Oui, il y a des Juifs qui ont les caractéristiques physiques de la race nordique et qui sont cependant juifs du point de vue spirituel. La législation de l’État national-socialiste définit donc à juste titre un Juif non pas par des caractéristiques raciales externes, mais d’après l’ascendance » (13) ; pour lui, comme pour nombre de ses collègues, certaines caractéristiques physiques vont de pair avec certaines caractéristiques mentales. Pour Ludwig Ferdinand Clauss (1892 – 1974), pour reprendre la caractérisation que fait J. Evola de sa « psychantropie » dans Synthèse de doctrine de la race, « la race… est une mentalité spécifique, un style héréditaire, une manière d’être différenciée. Une race doit être jugée, non pas d’après son extériorité physique, ses traits somatiques, mais d’après son intériorité psychique. Le corps… est le moyen et le terrain d’expression d’une réalité psycho-spirituelle » (14). En général, « les principes de la « psychologie raciale » (étaient) au centre des études raciales » en Allemagne (15).
En outre,les publications de la SS montrent clairement une conception de la race qui était était tout sauf matérialiste et, puisque le passage suivant est extrait d’un cahier pour les jeunes recrues, une volonté précise d’attirer dans la SS des jeunes qui la partagent: « Que le corps racial nordique représente pour nous l’idéal de la beauté, rien de plus naturel. Mais tout ceci n’acquiert sa signification réelle et profonde que parce que nous y trouvons l’expression et le symbole de l’âme nordique. Sans cette âme nordique, le corps nordique ne serait rien d’autre qu’un objet d’étude pour les sciences naturelles, comme la forme physique de n’importe quelle autre race humaine ou animale. » (16)
En 1933, le ministre de l’Intérieur Wilhelm Fritsch constitua un groupe consultatif d’experts afin de préparer les lois raciales de Nuremberg et plus généralement d’élaborer les principes de la politique raciale du IIIe Reich . Il comprenait des scientifiques et des raciologues, comme Fritz Lenz (1887 – 1976), Ernst Rüdin (1874 – 1952), Alfred Ploetz (1860 – 1940) et H. F. K Günther (1891 – 1968), de l’œuvre duquel J. Evola fut le premier à reconnaître la dimension spirituelle et éthique et dont, dans Le Mythe du sang, il utilisa la classification physique et psychologique des races européennes. Les deux premiers étaient eugénistes, le troisième était darwinien et le quatrième anthropologue. Ainsi, on peut dire que ce groupe était représentatif des diverses tendances du racisme allemand. Un eugéniste mène des recherches biologiques, génétiques, visant à déterminer les conditions les plus favorables pour la procréation des personnes en bonne santé, tandis qu’un raciologue étudie les types humains en tant que porteurs de différentes caractéristiques héréditaires physiques, mentales et spirituelles. En principe, les recherches des eugénistes et les études des raciologues sont fondamentalement complémentaires et d’autant plus productives que les premiers sont conscients du fait que le processus héréditaire n’est pas uniquement de nature biologique et que les seconds reconnaissent la nécessité d’une action concrète et pratique, c’est-à-dire de mesures prophylactiques. Peu importe cependant que ce soit le cas, ou que ce ne soit qu’en partie le cas, dans la mesure où une instance supérieure, en l’occurrence l’État, tient pleinement compte de la dimension à la fois physique, psycho-mentale et spirituelle du sang et, ce faisant, puise dans les travaux de ces savants tous les éléments susceptibles de permettre d’élaborer en conséquence une doctrine et une pratique raciales.
La loi de protection du sang allemand et de l’honneur allemand (« Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre »), promulguée le 15 septembre 1935, reflète-t-elle cette conception globale de la race ? Certes non. Un texte législatif peut difficilement intégrer de telles considérations dans sa lettre. Elles n’en étaient pas moins présentes à l’esprit des deux rédacteurs du commentaire officiel sur les lois de Nuremberg, le haut fonctionnaire Hans Globke (1898 – 1973) et Wilhelm Stuckart, (1902 – 1953) juriste, secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur allemand et président de la commission gouvernementale pour la Protection du sang allemand : « L’ajout de sang étranger provoque des changements néfastes dans le corps racial (Volkskörper), car il en affaiblit l’homogénéité, la volonté instinctivement sûre. Celle-ci fait place à une attitude incertaine, hésitante dans toutes les situations décisives, à une surestimation de l’intellect et à une division sur le plan spirituel. Le mélange de sang ne permet pas d’obtenir une fusion uniforme de deux races étrangères l’une à l’autre, mais brise en général l’harmonie spirituelle de celle qui subit le croisement… » (17). J. Evola ne dira pas autre chose, de manière plus articulée, dans Synthèse de doctrine de la race (1943) : « En règle générale, il est clair que les croisements sont nocifs et que leur nocivité est d’autant plus évidente que les éléments raciaux des deux parties sont nettement hétérogènes. Il faut souligner ensuite que le caractère délétère des croisements n’apparaît pas tant dans la détermination de types humains dénaturés ou déformés par rapport à la race du corps qui est celle de la race à laquelle ils appartiennent que dans la formation d’individus dont l’extérieur et l’intérieur ne correspondent plus l’un à l’autre, dont la race du corps peut s’opposer à la race de l’âme, qui peut elle-même s’opposer la race de l’esprit ou inversement, ce qui fait d’eux des êtres déchirés, à demi hystériques, qui, pour ainsi dire, ne se sentent plus chez eux. »
Largement infondé, le jugement porté par l’auteur italien sur le racisme allemand s’applique par contre dans une grande mesure au racisme anglo-saxon et, comme il eut du reste l’occasion de l’apprendre à ses dépens, au racisme italien de l’époque, au moins jusqu’en 1941 (18). En effet, dans la recension critique de « Synthèse de doctrine de la race » publiée dans La Diffesa della razza le 5 mai 1942 (19), Giorgio Almirante (1914 -1988), futur fondateur du MSI, se fit sans aucun doute le porte-parole de la rédaction dans son entier, en déclarant : « Notre racisme doit être celui du sang… de la chair et des muscles. »

B.K., 2015

(1) Julius Evola, Imperialismo Pagano: nelle edizioni italiana e tedesca, Mediterranee, p. 276-77.
(2) Julius Evola, « Osservazioni critiche sul ‘razzismo’ nazional-socialista, La Vita Italiana 21, n° 248, 1933.
(3) Voir Goodrick-Clarke, Soleil Noir, Camion noir, 2007.
(4) Nouvelle École, n°53- 58, 2003, p. 64.
(5) Marcos Ghio, « La superación del racismo: Evola y Günther », Centro de Estudios Evolianos, 18 novembre 2005, consultabl à l’adresse : http://www.juliusevola.it/risorse/template.asp?cod=481&cat=ART&page=4, consulté le 15 novembre 2015.
(6) H. T. Hansen, « Julius Evola’s Political Endeavors », in Men Among The Ruins, Inner Traditions/Bear, p. 60; 2002.
(7) Giovanni Monastra, « Julius Evola, des théories de la race à la recherche d’une anthropologie aristocratique », Nouvelle École, n°47, 1995, p. 43-57.
(8) Franco Freda, « I tre gradi della dottrina della razza », in Tradizione, periodico di studi e azione politica, anno I, n° 2, octobre-novembre, 1963, p. 25-30 ; in F. G. Freda, I lupi azzurri. Documenti del Fronte Nazionale, Edizioni di Ar, Padova, 2000, p. 15.
(9) Alfred Rosenberg, Le Mythe du XXe siècle, Avalon, 1986.
(10) Marius Turda et Paul Weindling (éds.) Blood and Homeland, CEU Press, Budapest, 2006, p 26.
(11) Karl Smalian, ‎Albert Bauer et ‎Georg Hachfeld, Lebenskunde für die Abschlussklassen der höheren Lehranstalten, Freytag, Berlin et Leipzig, 1937, p 144.
(12) Sonia Sikka, Herder on humanity and cultural difference: enlightened relativism, Cambridge University Press, 2013, p. 145-6.
(13) Fritz Lenz, « Über Wege und Irrwege rassenkundlicher Untersuchungen », in Zeitschrift für Morphologie und Anthropologie, Bd. 39, 3/1941, S. 397.
(14) Clauss, devenu membre du NSDAP le 1er mai 1933, en fut exclu en 1943 ; plus qu’à des motifs d’ordre idéologique, cette exclusion semble être due au fait qu’il avait violé les lois de Nuremberg, en entretenant une relation avec une Juive, du nom de Margaret Lande, voir Dirk Rupnow, Vernichten und Erinnern, Wallstein Verlag, 2005, p. 191).
(15) Marius Turda et Paul Weindling (éds.), op. cit., p. 23.
(16) Edwige Thibaut, L’Ordre SS: Éthique et idéologie, Avalon, 1991, p. 147. Ouvrage de référence sur la SS, il se distingue également par une introduction à la hauteur du sujet. Ce qu’il convient de souligner ici, dans le cadre, donc, d’une étude sur les idées fabriquées de toutes pièces, répandues à loisir et (complaisamment) reçues sur l’idéologie de l’Allemagne national-socialiste, c’est que « (j)amais dans aucun texte ne se sont trouvées (l)es expressions fausses et sans grande signification (de « surhomme » ou de « peuple de seigneurs ») qui sont le fruit de mentalités américanisées et complexées. Le « surhomme » ou « super-héros », produit des fantasmes américains, est totalement étranger à (l’) environnement (de l’homme de la SS)… Sa supériorité n’est nullement l’œuvre de son travail sur lui-même et ne mérite donc aucune admiration. Au terme de « seigneur »… les nationaux-socialistes préféraient le terme de « héros », c’est-à-dire d’homme enraciné dans sa communauté, responsable, donnant l’exemple par sa faculté à se dépasser et capable de recréer le type humain primordial à partir de ses propres valeurs (p. 27). En dépit de tout ce que ces remarques ont de juste, il convient également de préciser que leur auteur, peut-être influencé par le recours fréquent de Léon Degrelle à l’expression paulinienne d’« homme nouveau » dans la préface, n’est pas sans tomber dans le travers qu’il met en évidence, en reprenant précisément cette expression, gravée dans le faux marbre de l’historiographie des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, pour qualifier le SS. Pas plus que le terme d’« Übermensch » « Der neue Mann » n’apparaît dans la littérature nationale-socialiste,
(17) Wilhelm Stuckart et Hans Globke, Kommentare zur deutschen Rassengesetzgebung, Beck, 1936, p. 5. In Saul Friedländer, Nazi Germany and the Jews, vol. 1, HarperCollins e-books, p. 152, consultable à l’adresse suivante: https://pdf.k0nsl.org/N/Nazi%20Germany%20And%20The%20Jews%20-%20Saul%20Friedlander.pdf, consulté le 15 octobre 2015.
(18) En février 1939, l’anthropologue Guido Landra, un des principaux représentants du racisme biologique italien, fut remplacé à la tête de l’Ufficio per gli Studi e la Propaganda sulla Razza del Minculpop par Sabato Visco, directeur de l’Istituto Nazionale di Ricerca per gli Alimenti e la Nutrizione, remplacé à son tour en mai 1941 par Alberto Luchin, plus favorable à la doctrine raciale de J. Evola, qu’il projeta de faire collaborer à une enquête sur les composantes raciales biologiques, psychologiques et spirituelles du peuple italien ; le projet, comme l’indique Evola dans « Mussolini e il razzismo » (in Il Meridiano d’Italia, n° 49, 1951) avorta. Outre J. Evola, on peut citer, parmi ceux qui, à l’époque, combattaient la conception purement biologique de la race en Italie, le philosophe steinerien Massimo Scaligero (1906 – 1980), pour la justesse de ses vues sur la question raciale. « Il n’existe aucune raison, déclare-t-il par exemple dans « Razzismo spirituale e razzismo biologico » (La Vita Italiana, juillet 1941, p. 255-263), d’opposer racisme spirituel et racisme biologique. Celui-ci ne peut avoir de sens que lorsqu’il complète harmonieusement celui-là ».
(19) En ce qui concerne La Diffesa della razza, il est instructif que ce journal ait été financé par le Ministère de la Culture Populaire, un certain nombre de banques, d’industriels et de companies d’assurance ; voir Francesco Cassata, Building the New Man, chap. V. Eugenics and Racism (1938–1943), Central European University Press, 2011, consultable à
http://books.openedition.org/ceup/727?lang=fr#ftn189, consulté le 17 novembre 2015. L’ouvrage est intéressant surtout d’un point de vue factuel.

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