Anatomie du pouvoir féminin : une dissection masculine du matriarcat (I)

« Dans les sociétés anglo-saxonnes et surtout en Amérique,
l’homme… perd sa vie et son temps dans l’abrutissement
où le plongent les affaires et la course à la richesse –
une richesse qu’il utilise en grande partie pour payer
les produits de luxe, les caprices, les vices et les
raffinements féminins α. »

(Julius Evola)

« I believe in love, I’ll believe in anything
That’s gonna get me what I want and get me off my knees
Then we’ll burn your house down, don’t it feel so good β. »

(Lloyd Cole)

« Le but de la femme n’est pas de combattre l’homme, ou de
permettre à l’homme de la combattre, mais simplement de le
conquérir et de l’assujettir, sans jamais qu’il constitue
pour elle une menace ou un danger. Les femmes intelligentes
parviennent à leurs fins ; les femmes intelligentes sont
toujours parvenues à leurs fins γ. »

(Marie Corelli)

L’existence du matriarcat et de la gynécocratie est implicitement admise par les dictionnaires. « Matriarcat » est entré dans la première édition du Petit Larousse illustré (1906), qui en donne la définition suivante, conservée dans le Nouveau Petit Larousse Illustré (1924) : « Coutume en vertu de laquelle, chez certaines peuplades, les femmes donnent leur nom aux enfants et exercent une autorité prépondérante dans la famille : le matriarcat existe dans beaucoup de tribus nègres de l’Afrique du Sud » (encore cité dans l’édition de 1948, l’exemple ne l’est plus dans celle de 1954) (i). A la fin des années 1920, ou au début des années 1930, il prend le sens de « Type de société dans lequel les femmes détiennent légalement l’autorité et le pouvoir dans la famille et transmettent leurs noms aux enfants. Savez-vous qu’il existe, dans certains parages, de véritables gouvernements de femmes indigènes, des matriarcats, où la servante est maîtresse, tandis que les mâles, indolents et paresseux, sont enfermés dans des harems, engraissés et ne servent qu’à la reproduction ? (Morand, Rococo, 1933, p. 138) » (ii). Il est donné par la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française, qui le définit : « Régime social de certaines tribus primitives où le pouvoir était exercé par les femmes, par les mères de famille. » La neuvième édition se fait plus prudente : « Forme d’organisation sociale conçue en opposition avec le patriarcat, fondée sur la filiation en ligne maternelle et où les femmes exerceraient l’autorité politique, sociale et religieuse » ; tandis que le Larousse fait l’économie du conditionnel : « Régime d’organisation sociale dans lequel la femme joue un rôle politique prépondérant » ; la seconde acception qu’il revêt intéresse notre propos : « Fonctionnement familial dans lequel la mère a une influence, une autorité prépondérante (iii). »
L’examen de l’évolution de la définition du terme de « gynécocratie » est plus riche en enseignements. Attesté pour la première fois au XVIe siècle il n’est entré dans le dictionnaire qu’au milieu du XVIIIe siècle. Le Dictionnaire Universel François et Latin, Vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux (1740) en donne la définition suivante : « État où les femmes gouvernent, ou peuvent gouverner. » L’exemple est le suivant : « L’Angleterre et l’Espagne sont des Gynécocraties. » L »adjectif y est défini ainsi : « Se dit des États où les femmes gouvernent, ou peuvent gouverner, et avoir la souveraine autorité. » L’auteur de l’entrée ajoute, non sans une certaine mauvaise foi : « l’expérience a toujours fait connoître, que les gouvernements Gynécocratiques apportoient plus souvent des troubles et des changements, que la paix et la tranquillité, ce qui n’arrive pas si souvent aux États auxquels les hommes commandent, et dont la couronne passe de lance en lance. » Le terme entre dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), qui le définit : « État où les femmes peuvent gouverner » ; l’exemple suivant est donné : « L’ Angleterre est une Gynécocratie ». Le Dictionnaire étymologique de la langue françoise (1829) formule ainsi son sens : « Étant (sic) dans lequel les femmes ont part au gouvernement. De gunaikos, et de kratos, autorité, puissance ; gouvernement des femmes » ; le Dictionnaire classique de la langue française (1846) : « État où les femmes peuvent gouverner. » ; le Littré : « État où les femmes peuvent gouverner » (l’exemple donné dans le Dictionnaire de l’Académie française est repris) et « (p)ar extension, réunion composée de femmes, où les femmes règnent (l’exemple est tiré de J.-J. Rousseau, Hél. II, 21 : « La présence des hommes jette une espèce de contrainte dans cette petite gynécocratie »). Le Petit Larousse (1906) indique : « État qui est ou peut être gouverné par une femme, comme l’Angleterre. » La huitième édition du Dictionnaire de L’Académie française (1932-1935) modifie légèrement la définition qui était celle du terme dans les précédentes : « État où les femmes ont le droit de gouverner » ; la neuvième la retouche sensiblement : « Forme de gouvernement où le pouvoir est exercé par les femmes. » Le Dictionnaire Numérique Cordial la suit : « En politique, forme de société dominée par les femmes. » Le terme n’est pas répertorié dans le Larousse en ligne.
Plusieurs points sont à noter. D’abord, jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, le mot désigne à la fois un pouvoir effectif et un pouvoir possible, potentiel, contrairement aux autres mots en -cratie (aristocratie, autocratie, ploutocratie, théocratie, etc.). L’aristocratie n’est pas définie comme un État où les meilleurs gouvernent, ou peuvent gouverner, mais comme un État où les meilleurs gouvernent ; la ploutocratie n’est pas définie comme un État où un ensemble de personnes détiennent, ou peuvent détenir, le pouvoir du fait de leur richesse, mais comme un État où un ensemble de personnes détiennent le pouvoir du fait de leur richesse, etc. Incidemment, kratos est traduit par « domination » dans « gynécocratie », tandis qu’il l’est par « pouvoir », « puissance », « autorité », s’agissant des autres termes désignant une forme de gouvernement. La gynécocratie serait donc la « domination exercée par les femmes » et non exactement « le pouvoir exercé par les femmes ». Ensuite, il est remarquable que, selon une des définitions susmentionnées, pour qu’un État soit considéré comme une gynécrocratie, il n’est pas nécessaire que le pouvoir y soit exercé par les femmes, il suffit qu’il soit gouverné par une femme. De nombreux États ont été gouvernés, nominalement ou non, par une reine au cours de leur histoire (iv), y compris l’Égypte pharaonique et l’Égypte moderne et les pays du Commonwealth. Au XXe siècle, une cinquantaine de pays ont eu une femme pour chef d’État (v). Ce n’est pas tout : il semblerait (vi) que le développement des États de l’Asie de l’Est (la Chine, le Japon et la Corée) fut un prolongement du pouvoir qu’exerçaient les chamans dans les petites communautés à la tête desquelles ils se trouvaient. Or, les chamans en Asie de l’Est étaient et sont d’ailleurs toujours généralement des femmes.
Malgré ce faisceau impressionnant de preuves, les sciences sociales, pour une raison que nous avons exposée ailleurs, persistent à nier l’existence historique du matriarcat, de la gynécocratie, contribuant ainsi à conforter l’opinion publique dans l’illusion que l’homme a toujours et en tout lieu gouverné à lui seul et sans partage. Le monde, suivant l’un des postulats fondamentaux de l’amazonisme, est un patriarcat, c’est-à-dire « un système de structures et de pratiques sociales dans lequel les hommes dominent, oppriment et exploitent les femmes » (vii) ; dans lequel, autrement dit, « les femmes sont les esclaves et les hommes sont les maîtres » (viii). Il est généralement admis que les femmes n’ont aucun pouvoir et que, si le pouvoir féminin existait, il serait exercé par des femmes au travers d’une d’autorité publique. Il est également entendu, même dans les universités napolitaines, que les matriarches sont un produit de l’imagination et, même dans les universités bretonnes, que le matriarcat a été créé de toutes pièces par J.J. Bachofen au XIXe siècle (ix) ; que la gynécocratie est sortie de « l’imaginaire grec » (x).
Même si aucun matriarcat, aucune gynécocratie, n’avait existé au sens strict, cela n’impliquerait pas que le pouvoir féminin n’existe pas. La puissance politique n’est qu’un type de pouvoir parmi d’autres et il n’est pas nécessaire de détenir une autorité politique pour exercer le pouvoir. En outre, la personne qui règne politiquement peut ne pas être celle qui exerce réellement le pouvoir ; de là l’expression anglaise de « power behind the throne », très imparfaitement rendue en français par « éminence grise » ; combien d’épouses, ou de maîtresses, de roi n’ont-elles pas eu l’ascendant sur leur royal époux, au point d’infléchir la politique qu’il menait, voire même de la lui dicter sur l’oreiller ? (xi). La question de savoir qui, de la femme ou de l’homme, détient véritablement le pouvoir se pose encore davantage au sujet de la démocratie, étant donné que, pour ainsi dire par définition, dans ce pseudo-système de gouvernement, le pouvoir réel est exercé occultement et que les influences qui émanent de cette ombre sous forme de valeurs et de diktats, condensés dans le credo droitdelhommesque, sont de nature strictement féminine.
L’évidence à laquelle il faut se rendre en dépit de la propagande de l’amazonisme contemporain est que les femmes ne sont nullement impuissantes et sont même très loin de l’être. Serait-ce alors que les femmes ont simplement moins de pouvoir que les hommes ? La « sous-représentation » des femmes jusqu’à ces dernières décennies dans les structures du pseudo-pouvoir politique, économique et culturel pouvait le laisser croire à certains. Depuis peu, il n’est plus possible de nourrir cette illusion infantile, à moins d’être soi-même illusionné, ou, naturellement, d’être une femme. Quand bien même les femmes n’auraient pas envahi ces structures de pouvoir depuis quelques décennies, elles auraient continué à contrôler d’autres centres de pouvoir, à monopoliser d’autres formes d’autorité. En outre, les moyens d’action, de pression que possèdent les femmes sur les hommes sont plus efficaces que ceux dont disposent les hommes sur les femmes. Qui plus est, les moyens d’action des hommes sont tributaires des moyens de pression des femmes, « dans la mesure où, en raison des mécanismes du pouvoir féminin, les fruits du pouvoir masculin sont déposés aux pieds des femmes. Des commentateurs avertis attestent amplement que les hommes recherchent la richesse, le pouvoir, la notoriété et le prestige pour être aimés des femmes (xii). » Esther Vilar, dont nous aurons à reparler, déclare ainsi : « l’homme ne travaille que pour les beaux yeux d’une femme. » Le deuxième témoignage ne saurait être mis en doute, venant du milliardaire grec Onassis : « Si les femmes n’existaient pas, tout l’or du monde ne serait d’aucune utilité. » Si, aussi puissant que puissent être les hommes, ils mettent leur puissance au service des femmes, il est permis de douter que les hommes soient maîtres des femmes. Si chaque homme est commandé par sa femme, ou sa mère, ou une autre femme, les hommes peuvent gouverner le monde, mais les femmes gouvernent les hommes qui gouvernent le monde.
Pour Chinweizu, les piliers du pouvoir féminin sont au nombre de cinq : le contrôle de la cuisine, le contrôle de l’éducation des enfants, l’immaturité de l’homme, le contrôle de l’utérus, à la fois en tant qu’organe reproducteur et en tant qu’organe sexuel, source de fertilité et source de plaisir. Pour comprendre pour quelles raisons la femme gouverne l’homme, il est nécessaire d’examiner ces cinq aspects du pouvoir féminin et la façon dont ce pouvoir s’exerce sur les hommes. Ce faisant, il ne faudra jamais perdre de vue que, contrairement à ce qu’affirme l’auteur, l’obsession du pouvoir, de la célébrité, du statut social et de la richesse n’a absolument rien de « naturel » chez l’homme (xiii), ou plutôt elle n’est que le fait d’un certain type d’homme, même si la généralisation de ce type à l’époque moderne peut donner l’illusion du contraire. D’autre part, il est des races dans lesquelles les femmes sont plus enclines à dominer les hommes et, de plus, les femmes de certaines races dominent davantage les hommes, quelle que soit leur race, que les femmes d’autres races ; les jaunes en sont l’exemple même. Enfin, moins un homme est différencié, plus il est soumis à la domination de la femme. La matriarcalisation insidieuse et monstrueuse que subissent depuis plusieurs siècles les peuples de race blanche s’explique par le remplacement progressif, dû en grande partie aux guerres, des hommes blancs les plus différenciés par un matériau humain intérieurement et souvent même extérieurement informe et par la volonté des membres de la pseudo-élite de moins en moins blanche qui contrôle désormais les pays historiquement blancs d’y recréer les conditions de vie matriarcales qui étaient celles de leurs ancêtres sur d’autres continents, où même en Europe, avant que ce continent n’ait été conquis et bâti par les peuples d’origine indo-européenne.

Partie I

Caractéristiques du pouvoir féminin

1. Les cinq piliers du pouvoir féminin

« Vous sous-estimez les pouvoirs des femmes ; elles savent toujours ce qu’elles veulent et finissent toujours par l’obtenir (1). »
(remarque entendue dans une fête au Nigeria)

Le pouvoir féminin existe ; il pèse sur tout homme comme une ombre omniprésente.
En effet, le cycle de vie de l’homme, du berceau à la tombe, peut être divisé en trois phases, dont chacune est définie par la forme du pouvoir féminin qui le domine : le pouvoir de la mère, le pouvoir de la fiancée et le pouvoir de l’épouse.
De la naissance à la puberté, il est gouverné par le pouvoir de la mère, qui est exercé sur lui par sa « maman chérie ». Dans la phase suivante, il est soumis au pouvoir de la fiancée, qui est exercée sur lui par sa future épouse, cette tendre et affectueuse donzelle sans laquelle il sent qu’il ne peut pas vivre. Cette phase dure de la puberté jusqu’au jour où la dernière de ses potentielles futures épouses le prend pour époux. Il entre ensuite dans le domaine du pouvoir de l’épouse, qui est exercé sur lui par la matriarche qui vit sous le même toit que lui, c’est-à-dire sa femme chérie. Cette phase dure jusqu’à ce qu’il divorce, devienne veuf ou meure.
Dans chaque phase de sa vie, la femme exerce son pouvoir sur lui en vertu de la faiblesse particulière qui est alors la sienne. Le pouvoir de la mère s’exerce sur lui alors qu’il est un enfant sans défense. Le pouvoir de la fiancée prend appui sur le grand besoin qu’il a d’une matrice dans laquelle procréer ; s’il ne ressentait pas ce besoin, il ne se soumettrait pas à n’importe quelle propriétaire d’utérus. Le pouvoir que l’épouse exerce sur lui est fondé sur son désir d’apparaître comme le seigneur et maître d’un nid de femme ; s’il renonçait à cette vanité, personne, pas même la coproductrice de son enfant, ne pourrait le retenir dans son nid et le dominer.
Cinq conditions permettent aux femmes d’obtenir ce qu’elles veulent des hommes : leur contrôle de l’utérus ; leur contrôle de la cuisine ; leur contrôle du berceau ; l’immaturité psychologique de l’homme ; et la tendance de l’homme à être perturbé par son pénis, lorsqu’il est excité. Ces conditions sont les cinq piliers du pouvoir féminin ; elles sont décisives pour sa domination sur le pouvoir masculin. Bien que chacune d’elles soit reconnue dans les blagues populaires et les dictons, prises ensemble, leur signification est rarement notée.
Voici une de ces blagues :
Première femme : le chemin qui mène au cœur d’un homme passe par son ventre.
Deuxième femme : es-tu bien sûre qu’il n’est pas situé quelques centimètres plus bas ?
Cette plaisanterie rend hommage à la façon dont l’utérus et la cuisine contrôlent les sentiments des hommes. Un homme peut être contrôlé par la faim qui le tenaille au ventre, mais aussi par la faim qui embrase la partie de son corps qui s’étend juste en dessous de son ventre. Par conséquent, il peut être manipulé par quiconque contrôle la cuisine qui le nourrit, ou par quiconque possède l’utérus dans lequel il désire procréer.
Le fait que l’homme abandonne la cuisine à la femme et se met à plat ventre pour avoir accès à un utérus n’est pas dû aux caprices de la nature ou de Dieu, mais à la façon dont la femme, qui contrôle le berceau, a choisi de conditionner les garçons et les filles. Il faut se rappeler du proverbe qui dit que « la main qui berce l’enfant gouverne le monde » (2). Il en est ainsi parce que la personne qui forme un enfant dans ses premières années le façonne pour la vie. La femme, qui dirige la nursery, façonne les garçons et les filles à vie ; et la façon dont elle façonne les garçons détermine d’une manière décisive leur vie d’adultes.
Les femmes jouissent de deux autres avantages, comme l’illustrent de nombreux dictons. On dit qu’un homme est mûr à 60 ans et une femme à 15 ans ; ce qui explique pourquoi, aux yeux des femmes, les hommes sont des bébés ou, au mieux, de petits garçons. Lorsque l’Etats-unienne Nora Ephron a déclaré : « Les hommes sont de petits garçons » (3), elle a formulé une opinion qui est exprimée, souvent d’une manière éloquente, par les femmes du monde entier. Le fait que les hommes sont des bébés, ou de petits garçons, explique qu’une fiancée puisse mystifier son prétendant, même s’il est beaucoup plus âgé qu’elle, explique aussi qu’une femme puisse gouverner son mari si facilement. Bébé entre les mains de sa fiancée, ou de son épouse, il est rare que le prétendant, ou le mari, découvre la véritable nature de la cour, ou de la vie conjugale, avant qu’il soit trop tard pour lui ; souvent, il ne la découvre que lorsqu’il est poussé dans la tombe et laisse ainsi à sa veuve, pour qu’elle fasse la fête, tout ce qu’il a accumulé au cours d’une vie de labeur et de risque.
On dit aussi que, lorsque son pénis se dresse, l’homme perd la tête ; c’est pourquoi une femme qui veut gouverner un homme fait d’abord en sorte que son pénis se dresse et ensuite lui rend hommage.
D’où vient que le pouvoir féminin est doté de ces cinq piliers, du haut desquels il domine les hommes ? L’utérus est le don inestimable de l’évolution à la femme ; l’immaturité psychologique et le pénis, avec tout ce qu’il a de perturbant pour lui, sont les handicaps que l’évolution a infligés à l’homme. Comme si leurs avantages naturels n’étaient pas déjà assez importants, les femmes ont astucieusement annexé la cuisine et le berceau et les ont transformés en des centres de contrôle, d’où elles manipulent les hommes.
L’utérus est de loin le plus important de ces cinq piliers, Parce qu’il est d’une importance exceptionnelle dans la reproduction, parce que la femme en a le monopole et que l’homme ne peut pas s’empêcher de l’utiliser, l’utérus est devenu le quartier-général d’où les femmes manipulent les hommes. Il est le fondement absolu de pouvoir féminin.

2. L’utérus, la cuisine et le berceau : les centres de contrôle du pouvoir féminin

« J’utilise mon cerveau et mon utérus pour atteindre mes objectifs. »
(la femme d’un magnat nigérian)

« De quel droit les hommes empiètent-ils sur les domaines grâce auxquels la plupart des femmes tiennent leurs maris infidèles en leur pouvoir (4) ? »
(Bunmi Fadase, sur la cuisine)

Tous les jours de sa vie, l’homme est soumis aux diktats de l’utérus, de la cuisine et du berceau. La première série de ces diktats est celle que lui impose sa mère ; la seconde est celle que lui impose sa femme. La première le gouverne dans son enfance, alors qu’il est vulnérable ; la deuxième à l’âge adulte, alors qu’il est ambitieux. Sa fiancée exploite la nostalgie qu’il éprouve pour les diktats de sa mère et manipule son désir de se voir imposé d’autres diktats par sa future femme. C’est ainsi que la mère, la fiancée et l’épouse contrôlent un homme tous les jours de sa vie, en jouant sur ses besoins changeants, que ce soit d’utérus, de cuisine ou de berceau.
Le pouvoir de l’utérus est immense. Il maintient les hommes les plus puissants sous son emprise. L’utérus met à genoux l’homme qui cherche à y avoir accès, que cet homme s’appelle César ou Crésus, Ramsès ou Gengis Khan,. Un homme et une femme décident de se reproduire. Elle a besoin de son sperme ; il a besoin de son ovule ; sans l’un, l’autre ne peut pas procréer. S’agissant des contributions biologiques complémentaires qu’ils apportent à l’enfant, aucun n’a l’avantage sur l’autre. Une collaboration équitable et volontaire est possible.
Entre en scène l’utérus – cette usine où, les ovules et le sperme s’étant rencontrés, le fœtus va se développer jusqu’à la naissance. Hélas, pour l’homme, cette usine indispensable appartient à la femme et à la femme seule. Le monopole que la femme a de l’utérus fait que l’accouplement tourne à son avantage. Il réduit l’homme à un suppliant. Comme il ne peut survivre qu’à travers sa progéniture, l’homme paiera n’importe quel prix pour être autorisé à utiliser un utérus. Il a peu de recours. S’il s’empare de son usine contre son gré, par des subterfuges ou par la force, elle peut le contrer, en avortant, ou en étouffant l’enfant à la naissance. Il est donc dans l’intérêt de l’homme de céder à ses conditions, quelles qu’elles soient. S’il le faut, il conquerra le monde entier et le déposera aux pieds d’une femme, afin d’être autorisé à utiliser son ventre. Confronté au monopole qu’elle a de l’utérus, l’homme est obligé d’être son esclave, si tel est le prix qu’elle exige ; et elle l’exige. Une femme sait que, en raison de son monopole de l’utérus, elle a le dessus sur son prétendant ; et elle sait sortir le fouet et lui faire baisser la tête. Songeons à ce reproche qu’adresse dans une chanson une jeune fille igbo à un prétendant :
« Es-tu venu, les mains vides, me demander en mariage ? » Songeons également au mépris avec lequel une jeune bashi du Zaïre rejette son pauvre prétendant :
« Tu veux m’épouser, mais que peux-tu me donner ? Un beau terrain ? »
« Non, je n’ai qu’une maison. »
« Quoi ? Tu n’as rien d’autre qu’une maison ? Comment vivrions-nous ? Vas à Bukavu ; tu y gagneras beaucoup d’argent. Tu y achèteras de la nourriture et d’autres choses encore. »
« Non, je n’irai pas. Je ne connais pas les gens qui vivent là-bas. J’ai toujours vécu ici, je connais les gens et je veux rester ici. »
« Tu es un homme stupide. Tu veux m’épouser, mais tu n’as rien. Si tu ne vas pas à Bukavu et que tu n’y gagnes pas d’argent pour m’acheter des choses, je ne t’épouserai pas (5). »
En prévision des demandes de la mariée et du veto que, en raison de son monopole, elle peut lui opposer, un homme est formé à courir l’aventure et à conquérir le monde ; en déposant le butin à ses pieds, il évitera d’être flétri par son mépris cinglant et rejeté. Bien sûr, la situation de l’homme n’est pas aussi terrible que celle de la mante mâle, qui perd la vie pendant, ou après, la copulation ; mais elle l’est presque : l’homme, lorsqu’il s’accouple, est obligé de renoncer à sa liberté et à ses revenus.
A partir de la puberté, lorsque les hormones sexuelles prennent possession de lui, la quête d’une matrice féconde domine le comportement du mâle. On sait qu’elle a modifié le cours de l’histoire. Sa quête d’un ventre susceptible de lui donner un héritier mâle poussa Henri VIII d’Angleterre à demander au pape l’annulation de son premier mariage pour pouvoir épouser une autre femme. Quand le pape refusa d’exaucer son souhait, Henry VIII rompit avec l’Église de Rome, institua l’église d’Angleterre, prit sa tête et parvint à ses fins. Comme sa seconde femme, Anne Boleyn, s’avérait incapable de lui donner un héritier mâle, il la fit décapiter et se remaria une seconde fois.
Si intense est le désir masculin pour une matrice féconde que, après qu’un homme en a trouvé une, il se sent obligé de la protéger contre tous ses autres utilisateurs potentiels. C’est pourquoi, après avoir découvert qu’elle lui était « infidèle », plus d’un mari a tué sa femme, ou son amant et a été pendu pour sa peine. La guerre de Troie est peut-être l’exemple le plus connu de ce que les hommes sont prêts à faire pour conserver les droits exclusifs sur un utérus. Ménélas, roi de Sparte, fit la guerre à Paris, prince de Troie, parce qu’il avait enlevé Hélène, sa femme. Au moment où il la ramena à Sparte, Troie avait été totalement détruite et la fleur de la virilité des pays de la Méditerranée orientale avait péri.
Oui, en effet, une femme au ventre fécond est des plus précieuse à un homme ; au contraire, une femme à l’utérus infécond a peu de valeur pour un procréateur et n’a pas grand pouvoir sur lui.
Ô utérus, que ton pouvoir est grand ! Tu es le fondement biologique, la racine du pouvoir féminin. Panier que doit mettre un homme, s’il veut procréer, tu es la partie du corps féminin pour laquelle il paiera n’importe quel prix. Et parce que tu lui es précieuse, tu as une influence inouïe sur lui, tu es comme le filon fabuleux qui domine la vie du prospecteur.
Le pouvoir de la cuisine aussi est grand, car la cuisine satisfait la faim. La faim peut briser la volonté la plus forte ; peut réduire une forte tête à une obéissance plaintive ; peut disperser une armée puissante sans même qu’un coup de feu soit tiré. Les commandants militaires utilisent la faim comme une arme contre les villes qu’ils assiègent ; les tortionnaires l’utilisent ; les femmes l’utilisent. Comme la puissance de la faim est terrible, toute personne qui détient le pouvoir de satisfaire la faim est vraiment puissante. Et la cuisine a le pouvoir sur la faim. Elle a le pouvoir d’assouvir la faim ainsi que le pouvoir de faire mourir de faim ; et elle exerce ce pouvoir quotidiennement. Comme le dit un proverbe yoruba : « J’ai mangé hier : et alors ? » ; ou comme le disaient les anciens Égyptiens, « l’ivresse d’hier n’étanche pas la soif d’aujourd’hui » (6).
La cuisine est le centre des opérations quotidiennes du pouvoir féminin. En lui préparant ses plats préférés, ou, au contraire, en le privant de repas, la femme, qui est le commandant de sa cuisine, peut manipuler tout homme.
Malheur à celui qui dépend entièrement de sa femme pour ses repas : une vie de galérien lui semblerait paradisiaque en comparaison. S’il l’offense, ou s’il ne cède pas assez rapidement à ses caprices, il sentira les rats de la faim ronger son estomac vide ; et s’il se plaint des restes et des os qu’elle lui met sur la table, il se retrouvera devant un dessert de mots blessants. Ô cuisine, que ton
pouvoir est grand ! Et la femme, qui gouverne la cuisine, est donc vraiment puissante.
Le pouvoir du berceau aussi est grand ; car un arbre en croissance prend la forme de ses branchettes. Le berceau est le camp d’entraînement où chaque recrue apprend ce dont il a besoin pour entrer dans la communauté humaine, dans laquelle sont enracinées les habitudes fondamentales. Les habitudes sont plus puissantes que les ordres ; car les ordres ne peuvent être suivis d’effet que là où l’obéissance est inscrite dans la nature des choses ; le pouvoir du commandant du berceau ne doit donc jamais être sous-estimé.
Les mères utilisent le pouvoir qu’elles détiennent du berceau dans l’intérêt stratégique du pouvoir féminin..Dans la nursery, elles incitent les garçons à adopter certains types de comportement et les dissuadent d’en prendre certains autres. Elles apprennent au garçon à mépriser la cuisine, l’art d’élever les enfants et le ménage ; mais encouragent la jeune fille à les étudier. Un garçon qui montre un vif intérêt pour de telles activités est ridiculisé et qualifié de « femmelette », ou d’efféminé. Le garçon apprend également à révérer la mère et à obéir à la mère, à convoiter son sourire et son approbation. Ces leçons le marquent pour la vie. Son mépris pour l’éducation des enfants fera que, une fois adulte, il abandonnera la nursery à sa femme, afin qu’elle puisse la dominer et façonner la prochaine génération en fonction de l’intérêt des femmes. Son mépris pour la cuisine mettra son estomac entre les mains de la femme qui lui fera la cuisine à l’âge adulte. Sa vénération pour sa mère et son habitude de lui obéir le préparent à révérer toute femme et à obéir à toute femme, telle que sa future épouse, dont il fera sa mère de substitution.
Ô berceau, que ton pouvoir est grand ! En conditionnant l’ego d’un garçon, tu jettes les bases sur lesquelles le pouvoir féminin construit ses structures de contrôle.
Le contrôle de l’utérus est fondamental, le contrôle du berceau est stratégique, le contrôle de la cuisine est tactique ; détenir le contrôle de l’un d’entre eux, c’est avoir de grands pouvoirs ; les détenir tous les trois, c’est vraiment avoir un pouvoir extraordinaire. D’une certaine manière, les femmes les détiennent tous les trois. Dieu, ou l’évolution (le choix de l’explication vous est laissé), a donné l’utérus à la femme. Mais, comme le soulignent à juste titre les féministes, il n’y a aucune raison intrinsèque à l’éducation des enfants, ou à la cuisine, pour que le berceau, ou la cuisine, soit sous le contrôle de la femme. Il faut donc admirer que la femme en ait pris le contrôle. En annexant le berceau sans faire de bruit et en prenant le contrôle de la cuisine à l’époque où s’est établie la division du travail entre les sexes (c’est-à-dire à l’époque où s’est produite la Chute de l’Homme dans le jardin d’Éden !), la femme a réussi le coup le plus lourd de conséquences dans l’histoire humaine. Grâce à ce coup, quelque puissant que soit un homme, il s’abaisse à être gouverné par une femme. Comme ces trois piliers du pouvoir lui appartiennent, la femme peut disposer d’un homme et de tous ses biens, matériels et immatériels.
A la lumière de ce qui précède, il y a lieu de se demander pourquoi, si les hommes sont si puissants, ils permettent aux femmes de garder le contrôle de la cuisine et du berceau ?
Serait-ce simplement que les hommes ne sont pas aussi intelligents que les femme et n’ont donc pas compris que la personne qui contrôle l’utérus, la cuisine et le berceau gouverne le monde ? Serait-ce que, même si les hommes comprenaient la situation, ils n’oseraient pas anéantir le pouvoir féminin ? Se pourrait-il que le courage et l’habileté nécessaires pour venir à bout du pouvoir féminin devraient être plus grands que ceux qui ont été à l’origine de toutes les révolutions politiques de toute l’histoire ? Serait-ce que, par rapport à ce que serait une révolution contre le pouvoir féminin, la révolution américaine, la française, la russe, la chinoise et les autres n’auraient été qu’un jeu d’enfant?
Même si les hommes trouvaient la clairvoyance et le courage de défier le pouvoir féminin, il ne leur serait pas facile de mettre un terme à la domination des femmes sur eux. Le contrôle qu’exerce la femme sur l’utérus est inattaquable et le restera jusqu’à ce que le clonage ait rendu l’utérus inutile pour la procréation (7). Donc, si la recherche sur le clonage est interdite, il est facile de deviner dans l’intérêt de qui est demandée cette interdiction (8). En ce qui concerne la cuisine, il est prévisible que les femmes utiliseraient toutes les méthodes, détournées, ou directes, dont elles disposent pour combattre tout mouvement visant à leur en enlever le contrôle. Si l’on en doute, voici le commentaire qu’a fait une chroniqueuse nigériane, Buomi Fadase, sur le repas que lui avait préparé un homme ; « En léchant sur mes doigts la dernière goutte (de sauce) je me suis senti un peu mal à l’aise. De quel droit les hommes empiètent-ils sur les domaines grâce auxquels la plupart des femmes tiennent leurs maris infidèles en leur pouvoir ? Et voilà, les filles ! La prochaine fois que vous êtes dans la cuisine et que votre mari veut savoir ce que vous mettez dans la marmite, refermez-en le couvercle fermement. Mieux encore, réveillez-vous au milieu de la nuit pour faire la cuisine (9). »
De la même manière, les femmes résisteront de toutes leurs forces à tout ce qu’entreprendraient les hommes pour prendre le contrôle du berceau. Notons que même les féministes les plus radicales ne vont pas jusqu’à préconiser que les femmes abandonnent le contrôle du berceau ; si elles le faisaient, les autres femmes les lyncheraient. Elles peuvent insister pour que l’homme les aide, mais elles ne lui abandonneraient jamais complètement le berceau. Les féministes peuvent exiger des crèches dans les lieux de travail, mais les crèches doivent encore être gérées par des femmes – comme c’est le cas dans les kibboutzim. Tout ce qui tourne autour du berceau peut être réorganisé pour s’adapter aux nouvelles ambitions des femmes, mais, quelle que soit la façon dont ce domaine sera réorganisé, si le pouvoir y change de mains, il ne lui sera permis que de passer de celles de certaines femmes dans celles d’autres femmes, mais jamais dans celles des hommes.
Pourquoi, malgré tout, croit-on qu’une puissance aussi durable et omniprésent que le pouvoir féminin n’existe guère ? Pourquoi croit-on que le pouvoir appartient exclusivement à la sphère masculine ? Ces illusions sont favorisées par la nette opposition entre les caractéristiques du pouvoir masculin et celles du pouvoir féminin ; par une vue androcentrique de ce qu’est le pouvoir et, paradoxalement, par l’omniprésence même et la supériorité certaine du pouvoir féminin.
Alors que le pouvoir masculin est dur, agressif et orgueilleux, le pouvoir féminin est doux, passif et effacé. Alors que le pouvoir masculin ressemble à une force irrésistible, le pouvoir féminin est comme un objet immobile. Alors que le pouvoir masculin est comme la tempête, plein de mouvement, de bruit et de fureur, le pouvoir féminin est comme le soleil – stable, calme et incontestable. Face à une résistance, le pouvoir masculin aboie, ordonne et détruit, alors que le pouvoir féminin chuchote, manipule et corrode.
De ses étudiantes un professeur de pêche à la mouche a dit : « Elles n’utilisent pas la force brute, mais comptent plutôt sur la technique et c’est précisément ainsi que l’on apprend à jeter correctement la ligne (10). »
(Andrew Murray)
Et les femmes pêchent les hommes comme elles pêchent les poissons à la ligne. Des joueuses de rugby l’entraîneur d’une équipe féminine de rugby a dit : « Elles ont tendance à mettre l’accent sur la technique plutôt que sur l’agressivité, ce qui rend les matchs meilleurs (11). »
(Keith Evans)
Et le rugby n’est pas le seul sport dans lequel les femmes prennent le meilleur sur des brutes agressives.
En règle générale, donc, alors que le pouvoir masculin tend à être brut, conflictuel et direct, le pouvoir féminin tend à être subtil, manipulateur et indirect. Alors que l’agressivité est la marque du pouvoir masculin, la manœuvre est la marque du pouvoir féminin. Et alors que l’homme est le grand principe de l’agression physique, la femme est le grand principe de la manipulation psychologique.
Du point de vue androcentrique, il est facile d’entretenir l’illusion qu’il n’existe absolument aucune forme de pouvoir féminin et, même lorsque le pouvoir féminin est reconnu, il est facile de le percevoir comme un pouvoir d’un type inférieur, simplement parce qu’il ne porte pas ce caractère bien visible de brutalité, d’agressivité et de vantardise qui est celui du pouvoir masculin.
Le soleil, vu de la terre, semble tourner autour de cette planète, alors que, en réalité, la terre tourne autour du soleil. Il en va de même du pouvoir féminin, considéré du point de vue du pouvoir masculin. L’air, bien qu’il soit partout, est à peine remarqué et il en va de même du pouvoir féminin : sa calme omniprésence agit comme un camouflage. Sa puissance considérable est si bien enracinée, à la fois dans la biologie et dans les mécanismes sociaux, qu’elle n’attire pas l’attention et passe ainsi largement inaperçue. Tout ceci fait que le pouvoir féminin est difficile à voir, difficile à contester et encore plus difficile à renverser. A l’opposé, le pouvoir masculin, qui, étant plus faible, intimide et a besoin de s’époumoner pour être reconnu, apparaît plus grand qu’il ne l’est réellement. Passons maintenant aux différentes phases du pouvoir féminin (c’est-à-dire le pouvoir de la mère, le pouvoir de la fiancée et le pouvoir de l’épouse) et explorons la façon dont chacun est organisé et exercé.

Partie II

Le pouvoir de la mère : dans le nid de la matriarche de son père

3. Le commandant du berceau

« Les femmes … contrôlent la nursery et parce qu’elles contrôlent la nursery, elles peuvent potentiellement modifier tous les modes de vie qui les menacent (12). »
(Marvin Harris)

Le pouvoir de la mère est la forme du pouvoir féminin la moins néfaste à l’homme. Bien sûr, il est possible de sanctionner un garçon qui se comporte mal, en lui donnant une claque, en le menaçant, en le réprimandant, ou en le privant de dîner. Mais, dans l’ensemble, le pouvoir de la cuisine et du berceau sur le garçon s’exerce d’une manière douce et inoffensive. En raison de l’incapacité sexuelle du petit garçon, le pouvoir matriciel de la mère se déchaîne rarement contre lui et, en raison du tabou de l’inceste, tout aussi rarement contre l’adolescent.
Le pouvoir de la mère sur son garçon est ancré dans l’admiration de celui-ci pour la mystérieuse capacité de reproduction de la personne qui lui a donné la vie ; dans la gratitude qu’il éprouve pour l’infirmière qui prend soin de lui, qui le protège dans un monde qui lui est inconnu et qui souvent lui fait peur ; et dans le respect avec lequel il traite son premier professeur. Il s’exerce par la manipulation subtile de sa soif de chaleur, d’approbation et de louange maternelle ; et par la manipulation parfois non dissimulée de sa gratitude envers sa mère. Chez les Igbo, comme ailleurs, « la dernière supplication qu’une mère ferait à un enfant insoumis et rebelle serait la suivante : « Quoi que tu deviennes et où que tu ailles, je t’ai porté pendant neuf mois dans mon ventre ; et je t’ai nourri à mes seins, jusqu’à ce que tu sois sevré. » Seul un enfant exceptionnellement impitoyable et dénué d’imagination ne réagirait pas par des protestations de repentance et d’obéissance filiale à cet irrésistible appel aux sentiment (13). »
Cette manipulation des sentiments de culpabilité n’est que l’une des méthodes permettant au pouvoir de la mère de régenter sa progéniture. Selon Helene Deutsch, « Beaucoup de mères dans leurs efforts pour s’attacher leurs enfants font appel, intelligemment et de manière cohérente, à leurs sentiments de culpabilité : « Tu m’abandonneras, moi qui a tant souffert ? » D’autres parviennent à occuper la place de l’idéal du moi (14) si profondément et de façon si permanente que l’enfant ressent tout affaiblissement de sa relation avec sa mère comme un danger pour sa morale intérieure. Une mère matriarche dominatrice réussit souvent à maintenir ses enfants sous son emprise, en mettant en place une idéologie commune qui lui permet d’assouvir sa tendance à dominer » (15).
Les techniques du pouvoir féminin se révèlent peut-être mieux dans les batailles que livrent les filles adultes pour se rendre indépendantes de leur mère. Dans certains cas, nous avons le privilège d’observer deux adeptes du pouvoir féminin analyser leur jeu dans le feu de l’action. Dans cette bataille, la fille énumère les principales techniques par lesquelles sa mère l’avait contrôlée jusqu’à ce que, à 34 ans, elle se révolte contre elle. Les voici :
1) faire des « remarques prétendument fortuites » qui font affront aux amis et au mari de sa fille ;
2) faire en sorte que sa fille « se sente sous pression, nerveuse et incapable de te plaire » ;
3) faire en sorte que sa fille se sente exclue du cercle familial, « auquel je n’appartiens pas, auquel je ne veux pas appartenir, mais auquel je pense que devrais appartenir. Un cercle auquel je fais semblant, en ta présence, d’appartenir et ce faux-semblant me rend nerveuse » ;
4) faire en sorte que sa fille « se sente terriblement coupable », si elle a fait quelque chose « en sachant, en le faisant, que je te déplaisais, que je te contrariais » ;
5) faire en sorte que sa fille « n’aspire à rien d’autre qu’à te plaire » ;
6) manipuler la peur que, toute petite, sa fille avait « que quelque chose de terrible allait se produire et que ce serait entièrement de ma faute » ; sa crainte de se tromper et qu’on lui démontre qu’elle a tort : « Et quand tu as des accès « de mauvaise humeur » (qui, de mon point de vue, sont imprévisibles), cette peur me hante » ;
7) en essayant « de me faire culpabiliser en disant que « je te rejette » », ou en « répétant que ma lettre t’a « blessée » » ;
8) en me disant, « par tactique, que je ne suis pas « indépendante », ou que sais-je encore » ;
9) en utilisant « l’une des manœuvres classiques, utilisée inconsciemment par tous les parents » et qui consiste à dire : « Je veux que tu saches combien tu m’as énervée » ; « je pourrais te dire certaines choses – mais je ne le ferai pas » ; « après tout ce que j’ai fait pour toi… » ; « si tu pouvais te rappeler certaines des choses que tu as faites quand tu étais petite… » ; « Je vois que tu as renoncé à tous tes (c’est-à-dire ‘nos’) principes » ; « Je me rends compte que ton mari t’empoisonne l’esprit » ; « mais, en dépit de tout cela, je veux que tu saches que tu es très importante pour nous, que nous t’aimons encore » (16). »
Notons que ces techniques jouent habilement sur les craintes de la fille, sur sa culpabilité, son ignorance, ses remords, sa honte, son sentiment d’ineptitude, son soulagement d’être pardonnée, etc.
Poussée dans ses derniers retranchements par la mise au jour de ses tactiques, la mère a contre-attaqué : « Je ne sais pas quoi dire. Si je conteste certaines de tes affirmations, tu pourrais penser que je te provoque. Si je te demande des éclaircissements, tu pourrais penser que je me perds dans des détails insignifiants. Si je parle de sentiments, tu pourrais croire que je suis blessée. Si je nie ce dont tu m’accuses, tu culpabiliseras. Si je campe sur mes principes, ou que je cite mes héroïnes, ou héros, ça te semblera pontifiant ou moralisateur. Toutefois, je me dois de te dire certaines choses. Je ne suis pas « blessé » (même si c’est peut-être ce que je t’ai dit) (17). »
Ayant ici pratiquement admis que son affirmation d’avoir été « blessée » était une ruse, elle poursuit : « J’ai immédiatement eu la sensation d’avoir été humiliée, tellement humiliée que j’ai failli tomber à la renverse. Quelques jours plus tard, cette sensation a laissé place à la colère. Mais, tout le temps, j’étais en ébullition. J’ai lu ta lettre, phrase par phrase et fait de nombreux commentaires dans les marges. J’ai creusé ma mauvaise mémoire pour retrouver le souvenir de certaines des choses que tu as écrites sur moi. Un jour où j’étais amère, j’ai écouté un quintet de Mozart. J’ai pleuré tout mon soûl et je t’ai écrit un mot et j’en ai fait mention dans mon testament. Et le temps a passé. J’ai effacé les commentaires et déchiré le mot. Nous avons discuté un peu et nous nous sommes vues. Je sais que je t’aime et que je tiens à toi, peut-être, comme le dit Johann à la fin de Scenes of Marriage, avec cette maladresse qui me caractérise ; et je pense que tu m’aimes et que tu tiens à moi, toi aussi. Que dire de plus (18) ? »
En exhibant son humiliation, sa colère, son amertume et ses larmes, ainsi que ses déclarations d’amour et d’attachement réciproque et en faisant allusion à son pouvoir de modifier son testament, la mère a involontairement authentifié la liste de ses armes de contrôle qu’a dressée sa fille.
Bien des fils ne sont que vaguement conscients d’être gouvernés, au travers de ces techniques précises, par leur chère maman. Cette vague conscience fait qu’il est peu probable qu’ils puissent jamais s’opposer à leur mère ; et, même si, par miracle, ils le faisaient, ils auraient peu de chances de se battre efficacement contre un pouvoir qu’ils comprennent mal. Avec une fille, les choses sont différentes. Apprentie de sa mère, une fille apprend le jeu, connaît ses techniques et pourrait contrer efficacement les coups de sa mère, si elle en trouvait le courage. La connaissance qu’en a la fille fait que, à un moment donné, elle peut s’affranchir de l’autorité de sa mère, alors que le fils en est incapable, car il les ignore. L’emprise de sa mère sur lui dure généralement jusqu’à sa mort ; même si elle meurt avant lui, le désir tenace de son fils d’honorer sa mémoire lui permet de conserver son emprise sur lui.
L’exemple classique de l’homme gouverné toute sa vie par sa mère est le personnage de grand dictateur machiste de nombreux romans latino-américains, plus particulièrement celui de L’automne du patriarche de Gabriel Garcia Marquez. Dictateur sanguinaire et impitoyable; généralissime et patriarche éternel de sa nation, il a toujours ressenti pour sa mère la crainte obéissante et puérile qu’il avait apprise à ressentir en se nourrissant à son sein,
Mais à quoi le pouvoir maternel sert-il ? Les principaux objectifs du pouvoir maternel sont de préparer les garçons à être gouvernés par leur future épouse et de former les filles à gouverner leur futurs maris. A cet effet, les tâches principales du pouvoir maternel sont les suivantes :
1) jeter les bases d’une personnalité adéquate chez les enfants : le narcissisme chez les filles et l’héroïsme chez les garçons :
2) garantir le contrôle de la cuisine et du berceau aux filles ; et
3) renforcer le pouvoir de l’utérus, en enseignant la retenue sexuelle aux filles par le biais de codes de modestie et, à l’inverse, affaiblir la faculté des garçons à garder le contrôle de leurs pulsions sexuelles, en les rendant dépendants du corps féminin.
Prenons une belle fille et un solide garçon. Élevés avec succès par le pouvoir féminin, ils deviennent chacun l’idéal de leur genre respectif : la poupée et le macho. Pour y parvenir, la jeune fille apprend le culte de soi, ou narcissisme ; le garçon l’héroïsme, ou sacrifice de soi. Le narcissisme de la jeune fille induit chez elle un égocentrisme absolu qui étouffe les instincts d’abnégation qui sont favorisés chez le garçon par les codes masculins de l’honneur, de la bravoure et de l’héroïsme. A l’âge adulte, la poupée s’adulera, tandis que le macho vénérera la femme et la servira, au point même de sacrifier sa vie pour préserver la sienne.
La future poupée apprend à devenir narcissique, selon le principe qu’une femme doit s’adorer, si elle veut inspirer la vénération et ainsi inciter les hommes à la servir. Tout autour d’elle apprend à la femme à être narcissique. L’admiration générale qu’elle suscite lui est expliquée, dans le cas américain, par ce couplet d’une chanson pour enfants :

« Sugar and spice and everything nice
Are what little girls are made of. »

Pour faire bonne mesure, le couplet se termine par une dévalorisation radicale des garçons :

« Snakes and snails and puppy dog tails
That’s what little boys are made of. »

Cette doctrine est renforcée par l’admonestation, généralement faite à une fille, que « les garçons ne veulent qu’une seule chose » – l’écrin entre ses cuisses – « et les belles filles ne le leur donnent pas » (19) ; que sa virginité est précieuse ; que la perdre avant le mariage déshonore la famille ; qu’elle doit être protégée par tous et défendue, même au prix de leur vie, par ses parents de sexe masculin. Le message général – l’idée qu’elle est inestimable – est accentué par le comportement des mères et des pères qui montent la garde autour de leur fille, protégeant jalousement la valeur de leur bien. Comment tous ces chichis ne renforceraient-ils pas le sentiment qu’elle a de sa valeur ? Comment une telle surprotection ne rendrait-elle pas absolu l’instinct de conservation ?
Une belle fille (et toutes les autres filles qui la prennent comme modèle de la féminité) élevée de cette façon s’imagine inévitablement qu’elle doit valoir tout l’or du monde et plus ; qu’elle est un don de Dieu à toute l’humanité masculine. Au moment où, à l’âge de la puberté, son instinct protecteur se manifeste, elle a déjà acquis ce narcissisme qui guidera sa conduite de jeune femme, d’épouse, de mère, de veuve et de douairière.
Sa personnalité narcissique est ce qui amène une femme à considérer comme allant de soi que l’homme doit lui offrir des biens et des services en échange de sa contribution à leur plaisir sexuel commun. Il lui donne du plaisir, elle lui donne du plaisir, mais il paie : pour elle, c’est juste ! Sa personnalité narcissique est ce qui fait qu’une jeune paysanne de 15 ans considère comme tout naturel qu’un général, ou un nabab, trois fois plus âgé qu’elle qui lui fait la cour dépose à ses pieds tout le pouvoir et toutes les richesses qu’il a durement acquis. Il ne lui vient pas à l’idée de se demander si elle mérite cet hommage : elle sait pertinemment, dans son narcissisme matriciel, qu’elle vaut beaucoup plus, qu’elle détient la chose la plus précieuse qui existe dans le monde de son prétendant et qu’il doit la lui payer avec tout ce qu’il a au monde. Cette personnalité narcissique permet à une femme divorcée d’être convaincue qu’il est juste qu’elle reçoive une pension alimentaire pour des services qu’elle ne rend plus à son ex-mari.
Si la mère dote la future poupée d’une personnalité narcissique, elle dote le futur macho d’une personnalité héroïque. Le héros est un serviteur qui accomplit des tâches extraordinaires pour la famille, la communauté ou l’humanité : en tant que guerrier ou protecteur, organisateur des richesses, ou porteur de connaissances essentielles. Il est, au fond, un imbécile sentimental qui prend de grands risques, réalise de grands travaux, le tout en échange de vanités comme les médailles, les rubans, les statues, l’évocation de son nom dans les conversations et dans les chansons.
Au cours de sa formation, le futur macho apprend à considérer les femmes comme le sexe faible, à adorer les poupées et à considérer qu’il est héroïque de subvenir aux besoins des femmes et de les protéger. Il apprend également qu’avoir une belle femme pour épouse est la récompense la plus précieuse de héroïsme. Si ce futur macho est un berger peul, ou massai, il tire cette leçon des concours de flagellation dont les vainqueurs sont récompensés par l’admiration et l’amour de belles jeunes filles. S’il veut bien se battre et être blessé pour gagner une couronne ; s’il veut bien se battre et mourir pour un éloge posthume ; combien plus le macho ne sera-il pas prêt à sacrifier pour obtenir une belle épouse ? C’est de cette manière qu’il acquiert cette personnalité héroïque qui recherche les richesses, les honneurs, la puissance et la gloire qui lui permettront d’acheter l’amour d’une femme.
Le macho, obsédé qu’il est par la femme, considère qu’il est juste et normal qu’il procure du plaisir sexuel à la femme et la paie pour lui en procurer. Cette obsession empêche un général, ou un magnat, follement amoureux d’une catin qu’il courtise de cultiver l’idée qu’elle pourrait ne pas valoir le millionième de ce qu’il est assez fou pour lui offrir pour avoir le droit de l’aider à faire travailler son ventre.
Ces deux types de personnalité (le macho héroïque et la poupée narcissique) servent le pouvoir féminin d’une manière complémentaire. Le narcissisme de la poupée lui insuffle le sentiment qu’elle a naturellement droit d’être adorée et servie par les hommes ; l’ héroïsme du macho lui grave dans l’esprit qu’il est dans la nature des choses qu’il serve les femmes. Elle affiche l’assurance et l’égoïsme propre à un souverain absolu ; lui, le manque d’assurance et l’abnégation d’un serf fidèle. Quand un garçon et une fille qui ont été éduqués de cette manière se rencontrent, il ne faut pas être grand clerc pour savoir qui des deux dominera l’autre.
L’orientation, consacrée par le temps, des filles vers les activités ménagères et des garçons vers l’aventure en dehors de la maison est une méthode dont la mère, commandant du berceau, se sert pour garantir le contrôle de la cuisine et du berceau à ses filles.
C’est le contrôle de la cuisine que les mères commencent par assurer aux femmes, lorsqu’elles apprennent aux filles à cuisiner et aux garçons à mépriser la cuisine. Par conséquent, une fois devenu un macho, le garçon fuira la cuisine et dépendra de sa femme pour la cuisine. Et sa femme contrôlera alors son estomac. Si un homme devait néanmoins apprendre à cuisiner et devait se passer des services culinaires de sa femme, même sa propre mère en serait malheureuse. Considérons l’histoire d’un Nigérian qui ne pouvait même pas cuire un œuf au moment où sa femme l’a abandonné. Un peu plus tard, il a invité des amis à déjeuner chez lui. Selon l’une de ses invitées, l’homme a surpris tout le monde. Voici un extrait de la conversation d’après-dîner :
« Le repas, était délicieux », l’ai-je complimenté. Sa mère a grommelé. « N’avez-vous pas apprécié le repas? », lui ai-je demandé. « Pensez-vous qu’une femme saine d’esprit se vanterait de la cuisine de son fils, quand il devrait avoir une femme à la maison ? Plus vite il se remariera, plus vite je serai heureuse », m’a-t-elle répondu avec tristesse (20).
Ainsi, en tant que dépositaire du pouvoir féminin, la propre mère d’un homme ne se réjouirait pas de son indépendance et voudrait qu’une femme gouverne son estomac !
De même, les mères assurent le contrôle du berceau à leurs filles, en orientant les garçons vers l’aventure et loin des tâches relatives à l’éducation des enfants. Plus tard dans la vie, si un mari essayait de participer plus qu’occasionnellement à l’éducation de ses enfants, il serait moqué et rabaissé. Même la militante féministe qui exige que les hommes participent aux tâches ménagères et à la garde des enfants ne veut pas que son homme soit plus que son assistant, s’agissant de l’éducation des enfants. Toutes les mères, féministes ou non, connaissent la valeur du contrôle du berceau et répugnent à renoncer à ce contrôle.
Pour renforcer le pouvoir de l’utérus, les mères comptent principalement sur la retenue sexuelle qui est enseignée aux femmes par le biais des codes de modestie. Des codes qui apprennent la coquetterie à une fille ; qui lui enseignent à ne pas prendre l’initiative des rapports sexuels ; à différer ses faveurs aussi longtemps que possible, sous peine de se voir (et d’être vue !) comme sexuellement progressiste, libre ou même immorale – cette formation rend une fille plus réservée sexuellement qu’elle ne le serait autrement. Dans certaines cultures, cette formation est associée à l’excision, opération qui réduit l’excitabilité sexuelle d’une femme. Cette retenue, quelle que soit la façon dont elle est obtenue, donne un énorme avantage à une femme dans ses relations avec des hommes sexuellement désaxés.
Les mères rendent encore plus important l’avantage que confère aux femmes leur retenue sexuelle, en n’apprenant pas aux garçons à refréner leurs appétits sexuels et même en leur apprenant à devenir complètement dépendant du corps féminin. Le sevrage est destiné à briser l’attachement naturel d’un enfant aux seins gorgés de lait de sa mère et à la tiédeur réconfortante de son corps. Cependant, de nombreuses mères continuent à câliner leurs petits garçons bien longtemps après qu’ils sont sevrés. Certaines les autorisent à entrer dans leur lit alors qu’ils ont quatre ans, ou plus. Le renforcement de l’addiction des garçons au corps féminin est assuré tout à fait consciemment, non seulement par les mères, mais aussi, en général, par les tantes et les filles plus âgées. Considérons l’Incident suivant.
Un soir, dans un appartement à Londres, une Antillaise met sur ses genoux un garçon de 15 mois et essaie de lui apprendre à embrasser. La première fois qu’elle l’embrasse, le garçon fait une grimace et essaie de se libérer de son étreinte. La femme, sans se laisser décourager, l’embrasse une deuxième, puis une troisième fois. Au quatrième baiser, le garçon commence à tirer la langue. Il en veux d’autres. Il sourit de joie et agite les bras avec enthousiasme. Après les avoir observés un moment, j’ai demandé à la femme :
« N’est-il pas un peu jeune ? »
« Oh non !, m’a-t-elle répondu, « en fait, le plus tôt sera le mieux. Une fois qu’il aura trente ans, il n’y aura plus rien à faire. »
« Oh ! » me suis-je exclamé.
En un éclair, j’ai saisi la raison de ces câlins, de ces baisers et de ces attouchements du pénis, dont sont l’objet les petit garçons de la part de leur mère, leurs tantes et les amies admiratives de leurs parents.
Un enfant initié aux plaisirs charnels par les mains expertes des femmes sera prêt, même désireux, à l’âge adulte, à faire n’importe quoi pour obtenir ce qui, pour lui, sera devenu la plus grande récompense sur la terre. La mémoire subconsciente de ce plaisir addictif conditionnera son comportement bien au-delà de la puberté.
L’addiction au corps féminin affaiblit les capacités d’abstinence sexuelle d’un homme. Elle le soumet à l’influence de la personne qui peut satisfaire ses envies. Tout comme un accro à l’héroïne est à la merci de son fournisseur et volera, ou tuera, pour trouver de l’argent, afin d’enrichir son fournisseur, ainsi l’homme accro au corps féminin fera ce qui est nécessaire pour obtenir sa dose.
Compte tenu de la force de la pulsion biologique qui pousse l’homme à rechercher un ventre, on peut se demander pourquoi les femmes prennent la peine de l’accentuer encore davantage, en rendant l’homme dépendant du corps féminin. Nous devons peut-être envisager la possibilité que, si cette dépendance n’était pas renforcée, le mâle serait beaucoup moins désespéré sexuellement. Comme vous le dira tout négociateur, plus votre adversaire est prêt à tout pour obtenir ce que vous avez, plus les conditions que vous faites en sorte qu’il accepte lui seront défavorables. Ou, comme me l’a dit une amie, « Quand il s’agit de sexe, celui qui en a le moins besoin est en position de force. » Ainsi, plus un homme est prêt à tout pour assouvir ses besoins sexuels, plus le pouvoir de la femme sur lui est grand.
C’est par ces habitudes (la retenue chez la jeune fille, l’addiction chez le garçon), qui sont apprises au berceau, que le pouvoir de l’utérus, déjà grand en lui-même, est culturellement amplifié.
Jeter les bases d’une personnalité héroïque chez les garçons et d’une personnalité narcissique chez les filles ; former les enfants selon des modèles qui assurent le contrôle de la cuisine et du berceau aux filles ; et inculquer aux enfants des habitudes qui augmentent le pouvoir de l’utérus – ce sont là les tâches fondamentales qui sont accomplies par et pour le pouvoir féminin par la chère maman d’un garçon. Une mère qui a fait de son fils – un fils héroïque, fort physiquement ou intellectuellement, incapable de cuisiner et de s’occuper des enfants, allergique à la cuisine et à l’éducation des enfants – un macho ; une mère qui a fait de sa fille – une beauté narcissique qui peut refréner ses appétits sexuels, tout en aiguisant par sa pudeur le désir des hommes, qui fuit l’aventure, mais est experte en matière de cuisine et d’éducation des enfants – une poupée ; une mère qui les a élevés – la poupée, fin prête pour la victoire et le macho fin prêt pour la défaite – et les a envoyés dans le vaste monde en vue de la grande parade nuptiale est une mère qui a apporté la contribution qui était attendue d’elle à la continuation du pouvoir féminin.
Grande est sa joie, grand est aussi l’hommage que lui rendent les autres femmes.

Partie III

Le pouvoir de la fiancée : au cœur de la cour

4. Les pouvoirs de son beau corps

« Celui qui a vu ma beauté peut bien mourir pour moi (21). »
(chanson de jeunes filles portugaise, XIIIe siècle)

« Une beauté classique et un sourire dans la rue ne sont qu’un piège (22). »
(Ntozake Shange)

A partir de la puberté, rien ne désorganise l’esprit des hommes plus rapidement et plus profondément que la vue d’un beau corps de femme. Il déclenche une envie qui submerge les instincts de conservation du mâle. Une fois son désir allumé, il se fera un plaisir de passer au travers d’un mur de feu et, au travers de vagues rugissantes, de se jeter, haletant et hors d’haleine, dans les bras de la femme provocante. La susceptibilité de l’homme à la beauté de la femme donne aux femmes un puissant moyen de pression dans leurs relations avec les hommes ; cette pression est encore renforcée par l’artifice des femmes. Leur détermination à rendre le corps féminin encore plus provocant a conduit les femmes à avoir une obsession pour cet embellissement illusoire qui est communément connu sous le nom de glamour.
Le glamour baigne le corps d’une beauté illusoire ; son but est la provocation érotique ; sa fonction, pendant la cour, est d’exciter les appétits esthétiques de l’homme et de l’attirer ainsi dans le piège que la femme a tendu pour attraper le futur esclave de son nid. Le sex-appeal de son corps, renforcé par les artifices du glamour, est l’arme de pointe d’une femme dans la bataille appelée « cour ».
Les codes qui sont ceux de la femme pour donner une image séduisante d’elle-même varient avec la mode et avec la culture ; mais leur but est le même – provoquer le désir des hommes et les attirer dans les pièges de la femme. On dit qu’une femme qui s’attife dans ce but et le fait efficacement s’habille pour tuer. Une femme habillée pour tuer n’est pas habillée pour tuer un cerf, des arbres, des pigeons, ou d’autres femmes (si ce n’est en les rendant jalouses d’elle, bien sûr) ; elle est habillée pour tuer les hommes. Elle est habillée pour la chasse à l’homme ; habillée pour attirer un imbécile suffisamment proche d’elle pour lui permettre de planter le harpon de son amour dans son cœur et, après l’avoir frappé, de le traîner jusqu’à son défilé de la victoire et par la suite jusqu’à son nid.
Considérons une Occidentale qui marche dans la rue le visage peint et en minijupe, sans soutien-gorge, les seins ballottés sous un chemisier transparent. Contrairement à la croyance générale, elle ne marche pas innocemment sur le trottoir. Elle est en fait un fauteur de troubles, une provocation ambulante qui perturbe délibérément la sérénité des hommes, une chasseresse en tenue de combat déterminée à troubler la paix du monde masculin. Dans un monde juste, elle serait arrêtée pour être « habillée » pour tuer. Le reconnaître, c’est comprendre combien l’attitude qui est généralement celle des hommes envers la préoccupation des femmes pour la présentation de leur corps est stupide.
Quand les femmes parlent de leur apparence, de leurs vêtements, de leur vernis à ongles, de leurs accessoires de maquillage et du reste, les hommes ont tendance à hausser les épaules : les hommes considèrent tout cela comme des preuves de la vanité et de la frivolité des femmes. Quand une femme fait du foin à propos de son apparence, sort sa trousse de maquillage dans un bus bondé, s’épile les sourcils dans un restaurant, corrige le moindre défaut de maquillage, ou efface les traînées qu’a laissées son brillant à lèvres ; quand une femme passe une demi-journée à choisir les vêtements qui ne manqueront pas de produire l’effet escompté sur les spectateurs ; quand elle met des chaussures à talon aiguille qui risquent de disloquer ses chevilles, sous prétexte, dit-elle, qu’ils mettent ses jambes en valeur, les hommes s’en amusent généralement et se désolent de la vanité féminine. mais leurs réactions ne font que montrer à quel point les hommes sont vraiment stupides – car ce n’est ni la vanité ni la frivolité qui poussent les femmes à se dédier au glamour.
Le glamour – l’embellissement artificiel du corps à des fins de provocation érotique – est une affaire sérieuse. Lorsque les femmes conversent de leur apparence, elles parlent affaires, discutent des ficelles de leur plus Important commerce. Le but du glamour, comme celui de toute magie et de tout enchantement, est de troubler les sens des spectateurs, d’obscurcir leur raison, de les amener à croire des choses que rejetterait un esprit rationnel. Quand une femme s’arme de glamour et va chercher son prince charmant dans le marais des grenouilles, son objectif est de l’ensorceler jusqu’à ce qu’il perde la raison et que, en toute inconscience, il fasse avec elle un marché des plus inéquitable pour lui, c’est-à-dire un contrat de mariage.
Les accessoires de charme d’une femme sont parmi ses possessions les plus importantes. Ce sac à main, avec ses miroirs, ses pinceaux, ses produits de maquillage, ses onguents, ses crayons et tout le reste – est sa boîte à outils de magicien. Vous êtes-vous demandés pourquoi c’est la dernière chose dont elle se sépare, même lorsqu’elle doit se précipiter hors d’une pièce en feu ? Il est pour elle ce que son stéthoscope est pour le médecin, son porte-documents pour le directeur, ou son kit d’outils pour le mécanicien. Il contient tous les instruments essentiels de son activité économique, qui consiste à s »embellir pour amener les hommes à la servir.
Donc, la prochaine fois que vous remarquez, à la fin du déjeuner, une femme se précipitant à la salle d’eau, dont elle sort transformée, chaque cheveu à sa place, la teinte de chaque plaque de couleur assortie aux autres ; ou faisant ces travaux de réparation à table, à la vue de tous, ne ricanez pas. Prenez au sérieux Ntozake Shange, lorsqu’elle dit que la beauté est un piège et assurez-vous qu’il ne se referme pas sur vous.
Une femme qui se rend glamour est comme un guerrier qui s’équipe pour la bataille. Dans la mode occidentale contemporaine, elle se rase les jambes et les aisselles ; porte des bigoudis dans des cheveux mouillés ; s’enduit le visage d’une couche épaisse de maquillage et le laisse sécher et durcir sur sa peau ; fourre ses pieds dans des chaussures à talons hauts serrées qui provoquent des craquements articulaires, fait des régimes qui la réduisent à la minceur débilitante d’une brindille ; puis part en guerre.
Après avoir traîné sa victime chez elle (ou plutôt après que sa victime l’a traînée chez lui, où elle le dévorera), plus d’une femme a tendance à abandonner sa quête de glamour. Lorsque la chasse est terminée, il faut remballer et ranger son matériel de chasse, jusqu’à ce qu’il devienne nécessaire de repartir à la chasse. Dès lors, une femme ne fait plus attention à son apparence, se néglige, devient extraordinairement grosse, discourtoise, jusqu’à ce que son mari déconcerté se demande s’il existe un lien réel entre la beauté réservée qu’il a épousée et cette mégère dépenaillée qu’il doit supporter sans broncher.
Une fois, à Londres, une Britannique m’a dit qu’elle devait faire disparaître l’odeur de naphtaline qui émanait de ses robes voyantes. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu qu’elle devait commencer à chercher un nouvel homme ! Celui qu’elle avait autrefois pris au piège en utilisant ces mêmes vêtements venait de prendre la fuite. Son ton était très sérieux. C’était le même que celui d’un homme qui dit : « Il est temps de sortir mes appâts et mes cannes à pêche et de descendre à la rivière. C’est l’ouverture de la pêche. »
Bien sûr, la propension des femmes à se rendre glamoureuses exploite la faiblesse de l’homme pour la beauté du corps féminin : si les hommes n’étaient pas des dupes naïves qui se font avoir par des touches de peinture et des bouffées de parfum, je me demande si les femmes se dédieraient au glamour. Une fois, j’ai taquiné une Nigériane à propos de la préoccupation des femmes pour leur apparence. J’ai suggéré que les hommes étaient beaucoup plus intéressés par les qualités plus concrètes des femmes et que les femmes feraient mieux de cultiver celles-ci. Elle m’a répondu : « C’est bien beau de cultiver toutes ces qualités concrètes, mais vous devez d’abord l’attirer, non ? Si vous ne le faites pas, comment pourrait-il découvrir les autres qualités ? »
Une fois que nous nous rappelons que la principale occupation d’une femme est d’obtenir et de garder au moins un esclave mâle et que son apparence est parmi ses principaux atouts dans cette entreprise, nous devons comprendre que l’attitude condescendante de l’homme envers l’obsession de la femme pour son apparence est obtuse. Non seulement elle est obtuse ; mais c’est un signe de la stupidité des hommes. Regarderions-nous de haut un chasseur qui passe son temps à nettoyer et à huiler son fusil ; ou un pêcheur qui bichonne ses pièges ; ou tout homme qui entoure de soins ses outils de travail ? Que penserions-nous d’un magicien qui a négligé son apparence, ou qui a raté les petits tours qu’il doit faire pour manipuler l’attention de son auditoire ? Un soldat qui regarde les armes de son adversaire avec mépris, ou ne reconnaît pas les armes de l’adversaire pour ce qu’ils sont, est vaincu d’avance.
De toute évidence, les hommes ont besoin d’être protégés, à la fois contre leur propre stupidité et contre leur sensibilité à la beauté féminine. En effet, l’une des meilleures lois jamais votée par les hommes, l’une des rares que les législateurs masculins ont passée dans l’intérêt des hommes, est une loi qui fut adoptée par le Parlement britannique en 1770. Elle stipule :
« Toute femme, quel que soit son âge, rang, profession ou ordre qui exercera, après le vote de cette loi, des fascinations et des séductions contre l’un des sujets de Sa Majesté pour l’amener au mariage, à l’aide de parfums, de peintures, de cosmétiques, de dents artificielles, de cheveux postiches, de rouge d’Espagne, de corsets, de paniers, de souliers à hauts talons, de fausses hanches, encourra les peines prévues par la loi actuellement en vigueur contre la sorcellerie et semblables manœuvres et le mariage, dans ces circonstances, en cas de condamnation des parties contrevenantes, sera nul et non avenu (23). »
Sans surprise, comme la plupart des lois sages qui sont favorables aux hommes, il semble qu’elle n’ait jamais appliquée. Elle était probablement lettre morte avant d’avoir été inscrite dans les textes de loi. Si elle avait été exécutoire, les entreprises de cosmétiques n’auraient jamais pu prospérer, pas plus que l’industrie de la publicité n’aurait pu utiliser quotidiennement le fascinant corps féminin pour faire les poches des hommes au nom des vendeurs de toutes sortes de biens et de services.
Parmi les féministes, il est des prudes puritaines qui, en décriant la « pornographie », s’opposent à ce que les annonceurs fassent représenter de beaux corps de femmes sur les panneaux d’affichage, les affiches, dans les magazines et à la télévision, pour vendre des produits. Elles affirment que ces images « rabaissent les femmes ». Il est douteux que les images de filles belles et séduisantes rabaissent les femmes. Il n’est sans doute que les laiderons qui se sentent rabaissées, quand elles se comparent avec les belles images qui font saliver les hommes et leur font perdre leur maîtrise de soi. Ce sont aux femmes de déterminer si cette protestation jalouse est vraie ou fausse. Toutefois, il convient de noter que, si vraiment l’affichage public des images de beaux corps féminins « rabaissent les femmes », toutes les femmes qui exhibent la beauté de leur propre corps dans les lieux publics (rues, fêtes, bureaux, plages) « rabaissent » aussi les femmes. Si certaines images doivent être interdites parce qu’elles « rabaissent les femmes », il doit en aller de même de toutes les exhibitions tout aussi provocantes auxquelles se livrent les femmes.
Peu importe les sentiments de prudes puritaines, la dure réalité est que la beauté du corps féminin exerce sur les hommes un immense pouvoir de provocation érotique. Les annonceurs ont simplement appris des chasseuses d’hommes à utiliser cet aspect de la sorcellerie féminine pour perturber et voler les hommes. Si les hommes étaient assez intelligents pour agir dans leur propre intérêt, ils demanderaient à être protégés,,tant par la loi que par la coutume, de tout affichage public de beaux corps de femmes. Ils suivraient l’exemple de l’Iran des ayatollah et banniraient des rues, des plages, des fêtes et des autres lieux de rassemblement public tout étalage du corps féminin, en particulier lorsqu’il s’agit de tenues d’allumeuses et de positions provocantes. Ils le banniraient, non pas parce qu’il « rabaisse les femmes », mais parce qu’il dérange les hommes, ensorcelle les hommes et met le membre viril entre les mains manipulatrices des femmes.

5. L’amour : l’homme et la femme

« L’amour rend l’homme stupide et docile (24). »
(diction kényan)

« L’amour n’est pas aveugle. Il a quatre yeux ; il voit de nuit ; il voit bien le jour et la nuit. »
(une Nigériane)

Les experts parlent généralement de l’amour comme s’il avait les mêmes effets sur les femmes que sur les hommes. Ils semblent ignorer le fait que les hommes et les femmes ne sont pas identiques, mais complémentaires et que l’effet d’un courant sur les.pôles opposés d’un aimant peut également être opposé. Atteints de la folie propre à ceux qui s’imaginent être normaux, les experts refusent d’écouter les rares femmes qui ont expliqué l’impression que l’amour produit sur les femmes et persistent à projeter sur les femmes ce qui n’est vrai que des hommes. De plus, de nombreux dictons célèbres sur l’amour sont trompeurs, car ils s’appliquent uniquement aux hommes.
Par exemple, selon Ambrose Bierce, l’amour est « une maladie mentale temporaire guérissable par le mariage » (25) ; par souci d’exactitude, il aurait dû nuancer son affirmation, en précisant d’abord : « chez les hommes. » De même, lorsque Francis Bacon a fait remarquer : « Il est impossible d’aimer et d’être sage » (26), il aurait dû ajouter : « pour un homme. » De même encore, le dicton : « l’amour est aveugle » doit se lire comme suit : « un homme amoureux est aveugle à son intérêt supérieur. » Aucune de ces remarques ne vaut pour les femmes. Une femme amoureuse est loin d’être folle ; elle est tout sauf déraisonnable, ou aveugle à ses intérêts. Au contraire, son premier soupir d’amour est comme une bouffée d’ammoniaque qui lui fait retrouver ses esprits et la dote de quatre yeux et d’une vision de nuit; Il l’incite à chercher impitoyablement à obtenir ce qu’elle veut. Vraiment très rares sont les femmes qui ont la vue obscurcie et les idées embrouillées par l’amour.
L’effet que l’amour produit sur les hommes est opposé à celui qu’il produit sur les femmes. Pour le comprendre, comparons l’exemple d’un homme amoureux avec celui d’une femme amoureuse. Frappé par le harpon d’amour d’une femme, Willie Carter Spann, neveu du le président américain Jimmy Carter, a fait passer l’annonce suivante dans un journal :
« A Susan Lynn : je t’aime tellement que je voudrais ramper pendant douze kilomètres sur des éclats de verre et de rasoir pour renifler les pneus des camions qui transportent tes sous-vêtements à la blanchisserie. Les mains attachées dans le dos, je me battrai à coups de poings contre un ours polaire blessé par balle au ventre, pour pouvoir passer quelques instants seul avec toi. Je t’aime, épouse-moi. Willie Carter Spann (27). »
Un garçon doit être détraqué pour débiter de telles fadaises ! Espérons que le mariage dont il rêvait le guérira de sa démence.
Par opposition au ramollissement cérébral dont est atteint l’homme amoureux, voici le portrait que fait Barbra Streisand d’une femme amoureuse. Dans sa chanson à succès, « Woman in Love », elle déclare :

« I am a woman in love
And I’ll do anything
To get you into my world
And hold you within (28). »

Ce portrait n’est-il pas l’œuvre d’une chasseuse lucide, résolue et pleine de ressources ? Y a-il jamais eu de déclaration d’intention plus claire de pourchasser, d’enchaîner et d’asservir ? Est-il étonnant que tout homme sensé fuit l’amour d’une femme comme Kunta Kinte (29) fuit les chasseurs d’esclaves ?
Comparer Willie Carter Spann avec Barbra Streisand, c’est comprendre que l’amour est une terrible maladie du cœur pour la liberté de l’homme, mais un excellent stimulant pour une femme à la recherche d’un esclave : quand l’amour frappe un homme, il le transforme en une proie hébétée ; quand il possède une femme, elle devient une chasseuse calculatrice, lucide, qui traque froidement sa proie. Non seulement l’amour agit différemment sur l’homme et sur la femme, mais le mot lui-même a une signification tout à fait différente pour un homme et pour une femme. Quand une femme dit à un homme : « Je t’aime », elle veut dire : « Je veux que tu me nourrisses, me loges, m’habilles, me baises, me fasses de beaux enfants et me portes comme un fardeau jusqu’à ce que je capture un meilleur esclave. » Ce point de vue utilitaire est exprimé avec justesse dans une chanson romantique dans laquelle des jeunes filles nigérianes décrivent leur amant comme « la hache avec laquelle je fend le bois », puis comme « l’arbre qui produit de l’argent », « la clé avec laquelle je ferme ma porte » et « la ceinture que je place autour de mes reins (30). »
En revanche, quand un homme dit à une femme ; « Je t’aime », il veut dire : « J’ai envie d’être ton esclave et je suis prêt à faire tout mon possible pour t’être agréable et te rendre heureuse. » C’est pourquoi, quand une femme entend un homme lui dire : « Je t’aime », sa joie est grande, car elle comprend qu’il veut dire qu’il a été anesthésié par le chloroforme de son amour et qu’elle peut le ligoter en toute sécurité avec les cordes sociales, l’attacher à son nid avec les chaînes juridiques et, alors qu’il est toujours vautré dans le délire de l’amour, commencer à faire de lui un crétin travailleur.
Les poètes kiswahili sont parmi les rares experts qui ont tout compris : ils précisent que ce sont les hommes que l’amour rend stupides et dociles. L’une de leurs chansons l’affirme : « L’amour rend les hommes stupides et dociles. » Jan Knappert écrit à ce propos : « En quelques mots, la chanson offre une image saisissante de ce qui se passe dans les rues de Mombasa au milieu de la nuit. De jeunes pots de peinture errent à la recherche de leurs proies. Malheur à l’homme qui est pris dans leurs filets par leurs regards aguicheurs et leurs boniments. L’amour le submerge comme une vague, comme des frissons de fièvre. S’il est riche, il se ruinera pour plaire à cette petite créature effrontée ; s’il est un homme de pouvoir et d’influence, il rampera devant elle, là, dans la rue, pour gagner ses faveurs et recevoir peu en retour, si ce n’est des paroles insolentes. Les hommes sont comme des oiseaux qui s’efforcent en vain de s’échapper du piège dans lequel ils sont pris (31). »
Étant donné que l’amour rend un homme stupide et docile, est-il étonnant que la femme frappe un homme avec le harpon de l’amour au beau milieu de la cour ?
Un Martien en visite sur la Terre pourrait être frappé par les absurdités que profère un homme amoureux et par l’empressement avec lequel une femme sensée écoute de telles absurdités. Par exemple, un homme dira à une femme qu’elle est la plus belle femme du monde et elle donnera vraiment l’impression de le croire. Il suffit de regarder le laideron à qui il le dit pour savoir qu’elle ne ressemble en rien au portrait qu’il fait d’elle et que même la plus vaniteuse des laiderons ne croirait pas ce pauvre fou. Pourquoi fait-elle semblant de prendre son charabia au sérieux ? Eh bien, quand il lui dit, les yeux brillants et la gorge serrée, qu’elle est la plus belle femme du monde, elle comprend automatiquement que ce qu’il veut dire est qu’elle est la plus belle femme de son monde. Qu’il ait été réduit à le dire montre qu’il est tellement rongé par la passion qu’il est prêt à se laisser pétrir comme du mastic par ses doigts manipulateurs. Et, pour elle, c’est là l’aspect essentiel de la question.
L’autre absurdité qui est souvent débitée par les hommes qui ont été frappés par l’amour et qui est attendue avec impatience par les chasseuses d »hommes est la déclaration d’amour éternel. Éternel ? Rien de plus absurde que de promettre de ressentir à jamais de l’amour pour une personne. Aucune femme saine d’esprit (et gardons à l’esprit que les femmes sont très terre-à-terre) ne croit qu’un homme pourrait ressentir de l’amour pour une personne à jamais, ou même jusqu’à ce que la mort mette un terme à sa capacité à ressentir de l’amour pour quelque chose, ou quelqu’un. Les femmes savent que le monde est fait de changements et que l’émotion de l’amour est l’une des plus éphémères. Alors, quand une femme sensée désire qu’un homme lui fasse une déclaration d’amour éternel et donne l’ impression de le croire, lorsqu’il lui en fait une, que se figure-t-elle exactement ?
Une femme traduit mentalement les propos de cet homme insensé dans un langage raisonnable et l’interprète comme une preuve que, dans l’état de surexcitation psychique où il est, le bonhomme est prêt à lui promettre n’importe quoi, même des choses sur lesquelles il ne peut avoir aucune prise. C’est ce qui fait que la déclaration lui semble exquise et excitante. S’il peut lui promettre de l’aimer éternellement, cela signifie qu’il est prêt à s’engager à faire quelque chose qui est beaucoup plus à sa portée : passer le reste de sa vie sous sa servitude. Maintenant, si elle pouvait l’amener à faire cette dernière déclaration en public, devant des témoins appropriés, sa chasse à l’homme s’achèverait avec succès. Car alors le type serait dans l’obligation de lui servir de mari (à savoir de trimer pour elle) pour le reste de ses jours. .
Aussi stupide que cela puisse paraître, la déclaration d’amour éternel d’un homme à une femme a pour lui la valeur d’un serment de fidélité: Elle le force psychologiquement à remplir les obligations qui lui sont imposées par son amour pour elle. Après tout, un homme apprend à prendre très au sérieux ses serments, surtout les serments qu’il faits à sa mère, ou à sa mère de substitution. En supposant que la formation qu’il a reçue de sa mère ait été efficace, il est peu probable qu’il se soustraie à ses obligations envers sa mère de substitution, pas même bien après que s’est évaporé l’amour qu’il ressentait au moment de la déclaration.
Une femme qui arrache des absurdités à un homme amoureux ne doit pas être considérée comme insensée. Aucune femme ne prend ces absurdités au pied de la lettre. Elle sait très bien que ce sont des mensonges et des exagérations, mais ils lui donnent la preuve qu’il a suffisamment perdu l’esprit pour lui promettre n’importe quoi, y compris ce qu’elle veut vraiment de lui : une vie d’esclavage douillet. En outre, les sentiments et les serments mis à part, il convient de noter que, étant donné ce que signifie : « je t’aime » pour un homme, son : « je t’aimerai toujours » signifie : « je trimerai toujours pour toi. » Et cette musique est sûrement agréable aux oreilles d’une chasseuse d’esclaves.
Un observateur martien pourrait également être surpris que les hommes semblent aveugles au fait que l’amour nuptial a un caractère essentiellement prédateur. Comme peut le voir tout observateur lucide, entre la puberté et la ménopause une femme est mue par son instinct de nidification. Pour construire son nid, elle a besoin des services d’un pourvoyeur travailleur et d’un protecteur puissant. Ce besoin biologique donne un caractère prédateur et abusif à l’amour d’une femme qui a choisi un homme pour lui construire son nid. C’est ce caractère rebutant que les mièvreries de l’amour sentimental sont destinées à dissimuler. A dissimuler à qui ? Certainement pas à la femme, mais plutôt à sa victime espérée, qui, autrement, pourrait être tentée de fuir pour préserver sa chère liberté.
L’homme, dans sa sentimentalité, peut refuser de reconnaître que l’amour que ressent pour lui la femme qui l’aime est fondamentalement comme l’amour d’un négrier pour son esclave. Ceux qui en doutent devraient songer à la réaction typique d’une femme qui a été éconduite, ou dont le compagnon a abandonné son nid. Quand elle s’écrie : « séduite et abandonnée ! », sa rage est celle d’une lionne dont le dîner qu’elle avait prévu a fui. Quand elle s’écrie que son mari l’a abandonné, sa fureur est celle d’un négrier dont l’esclave s’est enfui. S’il est parti avec une autre femme, sa colère contre l’autre femme est celle d’un négrier contre un autre négrier qui lui a subtilisé son bien. Si les hommes étaient pleinement conscients de la nature prédatrice et du motif égoïste de l’amour d’une femme pour l’homme qu’elle a choisi pour construire son nid, ils diraient tous les jours cette prière : « Que Dieu sauve l’homme de l’amour de la femme ! » (32). Mais la sentimentalité les aveugle complètement.

6. La cour : la chasse à l’amoureux fou

« Un homme poursuit une femme jusqu’à ce qu’elle l’attrape (33). »
(anonyme)

Le scénario de la cour est réputé être le suivant : un garçon voit une fille, tombe amoureux d’elle, la courtise, la conquiert, l’épouse et l’emmène triomphalement chez lui pour qu’elle devienne sa femme au foyer (ou, aux yeux de certaines féministes,·sa domestique, sa vamp, celle qui lui fait des enfants, celle qui élève ses enfants, etc.).
La réalité est cependant plutôt celle-ci : une fille voit un garçon et décide de faire de lui l’esclave de son nid. Elle s’arrange pour attirer son attention et mettre son cœur en feu par un regard timide, un sourire aguicheur, un visage maquillé, une élégance réservée, le tortillement chatoyant de hanches serrées dans une jupe, ou une démarche stylée qui fait palpiter ses fesses.
Une fois qu’il a été attiré par elle et frappé d’amour, la cour commence sérieusement. Elle lui fait faire un parcours d’obstacles au cours duquel il doit lui prouver qu’il sera l’esclave compétent et loyal de son nid. S’il passe les tests d’admissibilité auxquels elle le soumet pour s’assurer qu’il a des ressources, qu’il est capable de défendre le nid, qu’il fait preuve de loyauté sentimentale, de loyauté sexuelle, etc. et si elle n’a pas de meilleur candidat à portée de main, elle accepte sa candidature au poste d’esclave de son nid. Elle fait en sorte qu’il montre en public qu’il lui est asservi, emménage chez lui, transforme sa maison en son nid et devient sa reine et son patron. Pour ce faire, la femme, comme le judoka, utilise l’agressivité de son adversaire pour le mettre à terre. Voilà pourquoi les gens perspicaces disent qu’un homme poursuit une femme jusqu’à ce qu’elle l’attrape.
Aussi convenable que tout cela puisse sembler, la cour n’est pas une partie de plaisir, mais une bataille – une bataille pour forcer le mâle libre à devenir un esclave fidèle. La cour est un rite de nidification dont les règles fondamentales sont dictées par l’intérêt de la femme. Sa longueur, sa complexité et sa structure générale sont déterminées par son besoin de chasser un homme viril, de l’attraper, de dompter son esprit libre et de l’attacher à elle, en tant que pourvoyeur et protecteur de son nid. Si la cour était organisée dans l’intérêt de l’homme, elle ne durerait pas longtemps : elle durerait le temps que durent un kidnapping, un viol et une fuite ; mais, parce qu’elle est organisée dans l’intérêt de la femme, elle constitue un jeu très compliqué. il s’agit pour la femme de briser la volonté du cheval qu’elle dresse.
Pour y voir tout à fait clair, il faut considérer la cour dans ses contextes les plus révélateurs: Dans une société où les mariages sont arrangés, une grande partie des tests d’admissibilité sont faits par les parents, les tuteurs ou d’autres intermédiaires, qui ont étudié les familles et les personnes qu’ils ont l’intention d’unir. En outre, dans ce type de société, il n’est pas nécessaire d’établir la loyauté sentimentale et les ressources du futur marié. Il existe une structure sociale qui cimentera le mariage en attendant que tout ceci soit établi peu à peu après le mariage et il existe des médiateurs pour veiller à ce que, dans l’intervalle, les époux fassent ce qui est attendu de chacun d’eux. Ces structures de soutien peuvent entraver la compréhension de l’essence du processus de séduction.
Dans une société où, comme c’est le cas pour l’Amérique urbaine des classes moyennes, les mariages ne sont pas arrangés, il est plus facile de déceler la dynamique centrale de la cour. Avec un minimum de soutien des structures sociales, c’est avant le jour du mariage que la femme s’emploie, de son propre chef, à trouver et à traquer l’homme, à lui briser l’esprit et à le former aux fonctions d’esclave qu’il occupera dans son nid. C’est pourquoi l’étude de la cour dans l’Amérique moderne constitue sans doute la meilleure façon de saisir les fondements de la cour.
Avant les révolutions sexuelles et féministes des années 1960 et 1970, la cavalière solitaire américaine à la recherche d’une proie était aidée par le fait que la victime qu’elle ciblait avait appris à croire que la femme nubile devait être abordée comme une déesse perchée sur un piédestal céleste de chasteté. Elle devait être regardée, charmée, adorée, implorée, laborieusement courtisée, avant d’être touchée sexuellement.
En la courtisant, l’homme se soumettait à une course d’obstacles épuisante, frustrante, douloureuse. Il avait à mesurer ses efforts et à obtenir son consentement par étapes, toutes marquées par la distribution de cadeaux : tant de roses pour un baiser sur la joue, tant de rendez-vous galants (sorties, piques-niques, dîners et films) pour une première étreinte ; tant d’autres pour un baiser du bout des lèvres ; ensuite une broche pour obtenir le privilège de la caresser ; puis une bague de fiançailles pour empêcher qu’elle soit courtisée par d’autres hommes ; et enfin un mariage pour lui conférer publiquement le privilège d »utiliser son utérus.
Pour donner l’impression au pauvre homme que ce parcours d’obstacles en valait la peine, un arc-en-ciel de bonheur éternel était peint sur la ligne d’arrivée. Il entrerait dans ce paradis de béatitude éternelle à leur lune de miel, dès l’instant où il aurait reçu le don de son inestimable virginité. On lui faisait croire qu’elle errait dans une forêt de bites en maraude, où elle préservait vaillamment pour lui sa virginité tant vantée : la nuit de noces, elle la lui offrirait comme un cadeau unique à sa virilité victorieuse.
Tout cela est d’une habilité stupéfiante ! Imaginez une chasse dans laquelle le chasseur prend l’apparence de sa proie ; dans laquelle la véritable proie a l’illusion qu’elle est le chasseur ; dans laquelle la proie est amenée à suer sang et eau, connaissant alternativement les affres de la déception et les crises d’ivresse, tandis que la chasseuse la conduit subtilement, étape par étape, dans le piège très étudié qu’elle lui a tendu. Et même après que la chasseuse a refermé le piège sur sa proie, qu’elle l’a ligotée et a commencé à la faire trimer pour elle, elle ne néglige pas d’entretenir l’illusion qu’a sa proie d’avoir été le chasseur. Tirant encore partie de la connaissance qu’elle a des pensées et des sentiments de son soi-disant chasseur, elle se jette sur le lit nuptial et joue la proie abandonnant son irremplaçable hymen à son dard. Après l’avoir plongé dans le corps de la « victime » prostrée, il se glorifie de son dard ensanglanté, comme le ferait un chasseur, après avoir tué une bête puissante. A-t-on jamais inventé un jeu de ruse et d’artifice plus exquis ?
La structure et la dynamique de la cour sont dictées par le fait qu’elles constituent un processus de sélection, un processus de négociation et un processus de dressage combinés en un seul. En ce qui concerne la sélection, la question fondamentale à laquelle il faut donner une réponse qui satisfasse la femme est la suivante : l’homme qui aspire à devenir mon mari peut-il construire mon nid comme je l’entends ? Voilà pourquoi elle mène sa cour comme un entretien d’embauche, dans lequel l’homme doit démontrer qu’il est apte à l’emploi qu’elle lui offre.
Le marché qu’elle veut conclure avec le candidat retenu est le suivant : il accepte de construire, d’entretenir et de protéger son nid et de lui fournir des vivres : elle, en retour, lui permet de contribuer par son sperme à la conception de bébés dans son ventre. Une fois qu’il est entendu qu’il doit s’acquitter de ces fonctions dans le nid en échange du grand privilège de l’inséminer, il est facile de comprendre qui des deux cette cour met en position de force : c’est elle le chef, elle qui détient l’inestimable utérus et lui est simplement un homme qui aspire à ses grandes faveurs.
En apprivoisant son prétendant, elle vise à le transformer en l’esclave loyal de son nid […] La cour est donc une zone de combat où une femme cherche à prendre possession de son futur mari. Il ne s’agit pas de savoir si la femme dominera l’homme, mais simplement de savoir comment elle le fera ; car si la femme ne réussissait pas à prendre l’ascendant sur l’homme, la cour cesserait et n’aboutirait pas à un mariage.
La durée d’une cour dépend du temps qu’il faut au patron pour se faire une idée des aptitudes du candidat, du temps qu’il lui faut pour l’apprivoiser et l’habituer à sa domination et du temps qu’il lui faut pour conclure l’affaire.
Examinons d’abord l’aspect sous lequel la cour ressemble à un entretien d’embauche. La tâche principale qu’elle veut que remplisse son mari est d’ordre économique. Il doit subvenir aux besoins du nid, surtout si elle n’est elle-même pas riche ; et, même si elle est riche, il devra gérer sa fortune. Donc, sa préoccupation première est de faire passer un test d’admissibilité économique au prétendant.
Si le statut social de l’homme est évident, le test n’est pas difficile à effectuer. Lorsque sa position sociale n’est pas évidente, elle doit la découvrir par elle-même et elle le fait avec une rigueur professionnelle.
Dans les classes moyennes de l’Amérique urbaine, l’entretien d’embauche est l’objet des rendez-vous galants. La femme demande à l’homme : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? » S’il donne une réponse facile à interpréter (par exemple, s’il dit être médecin, avocat, banquier, agent de change, ou directeur dans une grande société), cette partie de l’entretien sera expédiée. S’il répond qu’il est soudeur, chauffeur de bus, contremaître d’usine, etc, cela règle aussi la question. De toute façon, la femme a une idée assez juste de ce qu’elle cherche vraiment : combien gagne-t-il ? Quelle garantie a-t-elle qu’il va continuer à gagner au moins autant ? Les choses peuvent cependant se gâter, si la femme ne peut pas déduire la situation économique de l’homme de sa réponse, comme dans cet échange :
« Comment vous appelez-vous ? »
« Jerry ».
« Moi, c’est Sybil. Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »
« Je parle, je bois, je danse, je reluque les filles. Je m’amuse. »
« Comment subvenez-vous à vos besoins ? »
« Très bien, merci. »
« Je veux dire : sur quoi sont basés vos revenus ? »
« Sur mes deux pieds, merci. »
« Comment payez-vous votre loyer ? »
« Tout seul, merci. »
« D’où vient votre argent ? »
« De la banque, merci. »
« Avez-vous-une fortune personnelle ? »
« Par opposition à une pauvreté impersonnelle ? »
« Vraiment, vous avez une fortune personnelle ? »
« Une minute ! C’est quoi ça ? Qu’est-ce qui vous fait penser que vous avez le droit de me poser ces questions ? Écoutez. Je vous connais à peine. Nous venons de nous rencontrer ! »
« Oubliez ce que j’ai dit »
« C’est ça, merci. »
« Où êtes-vous allé à l’école ? »
« Ici, là et partout. »
« Pourquoi êtes-vous aussi cachottier ? Qu’avez-vous à cacher ? »
« Pourquoi toutes ces questions personnelles ? Ne vous a-t-on jamais appris l’art de la conversation ? C’est une fête, pour l’amour du ciel, pas un centre d’interrogatoire. »
« Je vous aime bien. Je voudrais faire connaissance. M’avez-vous vu m’intéresser à quelqu’un d’autre ici ? »
« Hé merci ! Mille fois merci. Je suppose que je suis censé me sentir flatté. »
« A vous entendre, on dirait qu’il n’est pas bien qu’une femme s’intéresse à un homme. »
« Non ! Il n’y a rien de mal à cela. Mais j’aurais préféré que vous ne vous intéressiez pas à moi de cette façon. On a l’impression que tout ce qui vous intéresse est mon bilan financier, mon statut social ! En fait, vous feriez mieux de parler à mon comptable, ou au gestionnaire de mon fonds d’investissement. Écoutez, je suis venu ici pour danser, passer un bon moment et éventuellement tirer un coup. Je ne suis certainement pas venu ici pour qu’on évalue l’épaisseur de mon portefeuille. Vous ne m’avez pas demandé ce que j’aimerais faire ici et tout de suite. La musique est bonne, la nourriture est bonne, le bon vin coule à flots. Mais vous ne m’avez pas demandé si je suis un bon danseur, ou si je baise bien. Pas un mot sur tout ce qu’on peut faire dans une fête pour passer du bon temps. Tout ce qui semble vous intéresser est de savoir si je suis un beau parti, ou quelque chose dans le genre. »
« Oh la la ! Vous, les hommes, vous n »avez qu’une chose en tête ! Votre seule envie est de baiser, baiser, baiser ! Coucher avec toutes les filles dont vous soulevez la jupe et ensuite filer ! Bim, bam, merci madame ! Et souvent vous partez sans même dire merci !
« Dîtes donc ! Les hommes n’ont qu’une chose en tête ? Et pas les femmes ? Tout ce que vous, les femmes, semblez vouloir, c’est une prise. Si vous avez déjà fait une prise, vous en cherchez toujours une meilleure. Si vous n’en avez pas faite, vous en pourchassez une. Si les hommes n’ont qu’une chose en tête, les femmes aussi. C’est juste que les hommes et les femmes ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Quoi qu’il en soit, il est hors de question que vous fourriez votre nez dans mon portefeuille. Voilà ! »
« Pourquoi êtes-vous si égoïste ? »
« Égoïste ? Pas plus égoïste que vous ? Dites-moi : si un étranger vous abordait en vous demandant : « Bonjour, vous baisez bien ? « , comment vous sentiriez-vous ? »
« Je dirais qu’il est impoli. Extrêmement culotté. Ce ne sont pas ses affaires. »
« Exactement. J’essaie de vous dire que vous êtes extrêmement malpolie. Ma situation financière ne vous regarde pas. Vous n’avez pas le droit de fourrer votre nez dans mon portefeuille. »
« Excusez-moi ! J’essayais seulement d’être amicale. »
« Vraiment ? Amicale comme vous l’êtes, qui n’aurait pas envie de caresser un requin ?
Des rencontres comme celles-là, où l’homme n’accepte pas de se soumettre à un test, sont très rares. Habituellement, l’homme est tellement flatté par l’attention qu’elle lui porte, si désireux de se faufiler entre les cuisses d’une femme intéressée, qu’il se soumet avec empressement à son « interrogatoire » amical. Pour arriver à ses fins, il est même susceptible d’enjoliver outrageusement sa situation économique. Mais, ici, la femme est probablement tombé sur un homme qui était fatigué d’être chassé. Comme l’a fait remarquer F. Scott Fitzgerald, « Tout homme au revenu élevé mène une vie de perdreau traqué (34). » On peut comprendre que ce perdreau puisse éventuellement se rebeller et refuser de participer en tant que proie ne serait-ce qu’à la phase préliminaire de la chasse.
Lorsqu’un homme réussit (par ses réponses, ou par le biais de signes extérieurs masculins de richesse comme les vêtements, la voiture, la maison, etc.) le test d’éligibilité économique que lui fait subir la femme, elle peut alors tester ses capacités de protecteur de nid. A-t-il une expérience militaire ou paramilitaire ? Est-il suivi partout où il va par un cortège de gardes du corps hyper-musclés ? Sinon, elle peut provoquer une bagarre et l’inciter à montrer si et dans quelle mesure il peut défendre le nid (et peut la défendre elle-même) contre une attaque.
Aux yeux des femmes, les bagarreurs, les videurs, les soldats, les policiers, les hauts fonctionnaires, ou les magnats, sont les protecteurs de nid par excellence. En période d’incertitude, leur besoin d’un protecteur de nid peut devenir impératif. Par exemple, dans les années 1960 et 1970 aux États-Unis, un bon nombre de femmes puissantes épousèrent leur garde du corps. Lynda Bird Johnson, fille du président Johnson, se maria à Charles S. Robb, capitaine dans le corps des Marines des États-Unis, qui avait servi comme conseiller de la Maison Blanche. Susan Ford, fille du président Ford, se maria à Charles F. Vance, agent des services secrets assigné à l’unité de protection de la famille Ford. L’exemple le plus remarquable à cette époque est sans doute l’héritière de l’empire médiatique Patty Hearst qui laissa tomber son fiancé, Steve Weed, après qu’il n’eut pas réussi à empêcher qu’elle soit enlevée par l’Armée de libération symbionaise. Elle épousa Bernard Shaw, garde du corps embauché pour assurer sa protection à la suite des expériences traumatisantes qu’elle avait vécues. Si les capacités de l’homme à faire vivre et à protéger un nid satisfont la femme, elle peut commencer à l’apprivoiser en obtenant de lui trois engagements essentiels : l’engagement sexuel, l’engagement sentimental et l’engagement économique. L’engagement économique est le plus essentiel.
Le candidat doit apprendre à s’habituer à consacrer ses revenus à la subsistance du nid et à la subsistance de la femme. Les autres ne devront plus avoir accès à ses revenus ; ceux qui ne peuvent pas en être éloignés (comme ses parents, ses frères, ses sœurs et ses amis proches), y auront un accès limité. Si l’homme est généreux par nature, cette tendance devra être refrénée et il devra apprendre, le cas échéant, à lui remettre en main propre son enveloppe de paie le jour même où il la recevra. Dans le cadre de sa formation économique, un homme modeste pourrait avoir à arrêter de fumer, de boire, de jouer et de s’adonner à tout autre « vice » susceptible de lui « manger » son revenu. Mais lorsque l’homme est convenablement riche, elle peut se contenter de le dresser à consacrer l’essentiel de ses revenus à sa chère personne.
Elle se fait également un devoir de le former à lui être fidèle sexuellement. Elle agit ainsi en partie pour réduire au minimum le risque de le voir oublier les obligations économiques qu’il a envers elle. Comme elle le sait bien, les couples se séparent souvent parce que l’homme a trouvé une partenaire sexuelle qui lui convient mieux que sa compagne. Si elle ne parvient pas à fixer ses regards baladeurs sur elle, ou à s’attacher son désir capricieux, il pourrait devenir sexuellement dépendant d’une autre femme suite à une rencontre fortuite. Une femme qui réussit à arracher les couilles de son mari à une autre femme peut aussi réussir à arracher son porte-monnaie à son mari. Pour s’assurer qu’un homme lui restera fidèle sexuellement, la principale ruse d’une femme est de le rendre sexuellement dépendant d’elle-même, que ce soit par de simples attouchements, ou par de nombreux rapports sexuels complets. Une fois qu’il ne peut plus se passer d’elle, elle ne le perd plus jamais de vue, sauf quand il part au travail, de peur qu’une rencontre fortuite avec une autre femme ne rompe le sort qu’elle lui a jeté. Ici, on peut parler de garde d’hommes comme on parle de garde d’enfants. Cette ruse a été perfectionnée par les femmes américaines sous l’apparence d’une « camaraderie » insistante et affectueuse. Au nom de la « camaraderie», elle l’encourage à rentrer directement du travail à la maison, à arrêter de sortir avec les « copains » et à l’amener avec elle partout où il doit aller en dehors des heures de travail. En effet, elle se transforme en sa chaperonne, sous prétexte que son grand amour ne pourrait supporter aucune séparation ! En fait, bien sûr, c’est pour que, main dans la main partout où ils vont, elle puisse garder son œil de geôlier sur ses organes génitaux. Ah, camaraderie, charmante camaraderie !
Pour s’assurer de son dévouement sentimental, une femme dressera un homme à attacher indissociablement ses sentiments à sa personne. Sa jalousie et son irritabilité sont d’excellents instruments pour accomplir cette tâche. Plus elle le rend jaloux, plus le feu de sa propre jalousie lie fortement son cœur au sien. Pour porter sa jalousie à incandescence, une femme peut utiliser des moyens tout à fait étranges. Elle peut encourager délibérément les attentions de prétendants rivaux. S’il devient assez jaloux pour les affronter, tout va bien ; sinon, son attachement sentimental à elle est jugé insuffisamment fort et d’autres incitations sont nécessaires. Mais si, dans une crise de jalousie, il la frappe après avoir chassé ses rivaux, dont elle avait encouragé les assiduités, elle a une preuve éclatante qu’il ne pourrait pas supporter de la perdre. De même, son acariâtreté a pour but de vérifier s’il est déterminé à ne pas la quitter, quel que soit le traitement qu’elle lui fait subir. Elle se fera désirer ; elle l’insultera et l’humiliera ; elle l’obligera à la flatter au-delà de toute mesure. S’il abandonne sa cour par frustration ou par agacement, elle pourra se dire que « jamais couard n’aura belle amie ». Traduction : sa passion n’est pas assez forte pour surmonter les tracasseries et les déceptions qu’occasionne la protection d’un nid ; par conséquent, bon débarras !
Cette situation est remarquablement illustrée dans le roman de Jorge Amado Dona Flor et ses deux maris : histoire morale, histoire d’amour : « … Bien fragile était la passion du jeune homme, se brisant au premier obstacle. Dona Flor avait été beaucoup plus cruelle à l’égard de Pedro Borges, du temps qu’elle était jeune fille. Le jeune homme du Pará avait souffert par elle :lettres retournées, présents refusés, véritables affronts, mais il demeurait ferme, l’alliance à la main.Cela, oui, était une vraie passion. Et ce freluquet de maintenant s’en allait pour une fenêtre fermée (35). » C’est ainsi que, si le comportement d’une femme pendant la cour semble arbitraire et même tyrannique, le but qu’elle cherche à atteindre en se comportant de cette manière est simple : établir son pouvoir sur lui et vérifier qu’il est total. Le prétendant doit être réduit à une obéissance aveugle envers elle, faute de quoi son emprise sur lui, dont dépendra la qualité de sa contribution à la construction du nid, pourrait se révéler fragile […]
Si le dévouement du prétendant a été jugé satisfaisant dans les domaines essentiels, elle doit alors l’amener à faire sa demande en mariage et, par conséquent, à lui montrer son désir de commencer à trimer pour elle. S’il est pas déjà à genoux, la langue pendante, il doit être réduit à cet état, puis traîné jusqu’à l’autel, où il doit accepter publiquement le contrat type entre la reine du nid et son esclave.
Pour le convaincre de lui faire sa demande en mariage, une femme a bien des armes à sa disposition – le plaisir, l’amour, le romantisme et la sollicitude maternelle. Elle peut rendre son prétendant dépendant de son corps (le plaisir) ; ou affliger son cœur d’une profonde tendresse envers elle (l’amour) ; ou le rendre fou d’elle (le romantisme) ; ou l’habituer au confort d’une maison bien tenue (la sollicitude maternelle). Chaque arme est destinée à une partie opportunément vulnérable de son être. L’amour vise sa tête, il s’agit de l’intoxiquer et de désarmer son bon sens ; le plaisir vise ses nerfs, il s’agit de les dresser à se précipiter vers son corps pour y goûter à des plaisirs apaisants , l’amour vise ses sentiments, il s’agit de faire d’elle l’objet préféré de sa tendresse ; la sollicitude maternelle vise son besoin de confort matériel, qu’il assouvissait autrefois dans le nid de sa mère. On pourrait écrire un livre sur les tactiques propres à chacune de ces armes, rien qu’en observant le comportement des femmes. Nous n’examinerons ici que quelques-unes des tactiques qu’elles emploient pour manier l’arme du plaisir et l’arme de la sollicitude maternelle. Pour attendrir un homme au point de l’amener à faire sa demande en mariage, une femme peut soit refuser d’avoir des relations sexuelles avec lui, soit satisfaire tous ses désirs sexuels. Dans ce dernier cas, la femme satisfait ses besoins sexuels assez facilement et librement, jusqu’à ce qu’il soit dépendant et ne puisse plus se passer de sa dose régulière. Puis, comme un trafiquant de drogue expérimenté, elle peut lui faire payer à n’importe quel prix ce qu’elle fournit. Et quel est le prix demandé ? Un voyage à l’autel du mariage. Une femme qui utilise cette tactique a tendance à ne plus manifester aucun intérêt pour la fourniture de prestations sexuelles à son mari peu après le mariage. Ce phénomène a donné lieu à la blague suivante à San Francisco : « Comment rendre une Irlandaise frigide ? En l’épousant ! »
La tactique qui consiste à priver de relations sexuelles le mari était très appréciée des femmes avant que les contraceptifs ne deviennent facilement disponibles. Elle est probablement aussi, sinon plus, vieille que la position du missionnaire. Elle est encore préconisée par les puritains purs et durs, qui considèrent les relations sexuelles avant le mariage comme un péché mortel. L’objectif est que l’homme soit tellement frustré qu il devienne obsédé par les rapports sexuels avec la femme. Sous prétexte de ne pas être une femme facile, elle prouve sa grande valeur en ne cédant sa prétendue vertu qu’à un prix très élevé : le mariage. Ce qu’il y a de plus bizarre, c’est que le pauvre gars se laisse entortiller par sa façon de voir les choses, par sa façon de définir la vertu et convienne avec elle que celles qui satisfont volontiers les besoins sexuels des hommes sont des femmes « faciles » et que la facilité même avec laquelle ces femmes consentent à avoir des relations sexuelles avec les hommes dévalorise ces relations. En se convertissant à sa théorie de la frustration comme valeur, il l’estime encore plus pour son refus même d’avoir des rapports sexuels avec lui. Il peut devenir tellement obsédé par elle que, dans la phase terminale de sa frustration, il capitule et accepte les conditions qu’elle pose pour coucher avec lui, à savoir le mariage ! Le groupe de pop-music Meatloaf a habilement parodié cette tactique dans la chanson « Paradise by the Dashboard Lights ».
Cette tactique a été grandement favorisée par le culte de la mariée vierge. Elle se refusait à lui, affirmait-on, afin de lui faire l’honneur et de lui donner le plaisir de la recevoir l’hymen intact ! En pratique, le pauvre gars était tellement privé de sexe qu’il acheté des produits non échantillonnées. Si elle s’avérait être une mauvaise baiseuse, ou si sa frigidité gâchait la lune de miel, ou si sa virginité tant vantée s’avérait fictive, tant pis pour le malheureux. Entre-temps, la femme avait pu faire valoir ses droits sur son travail au tribunal, ou à l’autel de l’église. Comme le contrat de mariage ne contient aucune clause de restitution, il ne pourra pas demandé à son nouveau patron d’être dégagé des obligations qu’il s’est engagé à remplir, même si elle est maladroite au lit, ou qu’elle se révèle stérile.
La tactique de la sollicitude maternelle est fondée sur la conception chrétienne selon laquelle celle qui devait être votre reine devient votre servante. Dans cet esprit, la femme manœuvre de manière à s’emparer de la cuisine, de l’entretien ménager et de l’économie domestique. Son gambit consiste à lui épargner la corvée de se faire lui-même la cuisine. Elle lui dira que sa cuisine est plus nourrissante que la sienne et entrera dans sa cuisine pour le lui prouver. Si le célibataire n’a pas de cuisine et mange à l’extérieur, elle ne se découragera pas. Elle lui proposera de cuisiner pour lui dans sa propre cuisine. S’il essaie de résister, elle n’aura aucun mal à invoquer de sa voie doucereuse tous les prétextes possibles et imaginables. Ah, manger à l’extérieur, c’est cher ! Ou elle se plaindra qu’il n’y a pas de bons restaurants ouverts après minuit, ou, si les restaurants de la ville ferment à une autre heure, après cette heure-là. Elle persistera jusqu’à ce qu’elle ait réussi à le nourrir de plats qu’elle a elle-même préparés.
Cette manœuvre accomplie, elle s’arrangera pour qu’ils habitent ensemble chez lui ou chez elle. L’objectif apparent est de vérifier qu’ils s’entendent, qu’ils peuvent faire vie commune sans se sentir comme des lions en cage. Ou il s’agit simplement de s’épargner l’inconvénient de faire la navette d’une habitation à l’autre. Une fois qu’ils ont emménagé, elle lui accorde un traitement spécial. Elle l’inonde de sourires à la moindre occasion ; elle baigne dans le glamour du réveil au coucher ; elle lui prépare des repas quand il les veut, où il les veut, lui sert même le petit déjeuner au lit, va jusqu’à glisser les douceurs dans sa bouche toute humide de désir, s’il laisse seulement entendre qu’il en a envie. Elle reprisera ses chaussettes, raccommodera ses chemises, recoudra leurs boutons, lavera et repassera ses vêtements, ira lui chercher ses pantoufles et même lui donnera un bain tous les soirs, s’il laisse seulement entendre qu’il aimait que sa mère le fasse. Elle fera les courses et lui interdira fermement l’accès à la cuisine. Elle le dorlotera encore plus qu’il ne l’était, quand il était le cher enfant gâté de sa mère. Elle persévérera dans cette manœuvre jusqu’à ce qu’elle l’habitue à ne plus se faire lui-même la cuisine, à ne plus faire lui-même le ménage, à ne plus prendre soin de lui-même. Elle persévérera jusqu’à ce que l’imbécile commence à s’imaginer qu’il serait merveilleux que tout cela puisse durer éternellement ; jusqu’à ce que le fou commence à croire que cette existence douillette durera indéfiniment, si seulement il l’épouse !
S’il ne se met pas à genoux dans le délai qu’elle lui a implicitement imparti, elle se mettra à lui donner des conseils, d’abord doucement, bruyamment par la suite. S’il tarde encore à lui complaire, elle pourrait soudainement filer chez une de ses tantes à qui elle n’a jamais rendu visite de sa vie, une certaine tante dont elle n’avait jamais parlé auparavant, mais qui a eu la bonne idée de vivre sur la face cachée de la lune. L’homme, désormais impuissant, ne peut pas se faire à l’idée de se passer d’elle, même un après-midi et encore moins pendant les semaines dont elle aura besoin pour se rendre chez sa plus chère tante. Que va faire le type, qui ne peut désormais plus se passer d’elle ?
Catastrophe! Il la supplie de ne pas partir. Mais elle part. Et dès qu’elle est de retour (non sans, pendant son absence, lui avoir téléphoné périodiquement pour l’entendre lui dire à quel point il se débrouille mal sans elle), il faudrait un miracle pour que même une ordonnance du juge, ou un ordre de son employeur, puisse empêcher qu’il se mette à genoux devant elle et lui propose de l’épouser immédiatement.
Bien sûr, ces armes et les tactiques correspondantes sont généralement utilisées conjointement, en fonction de la compétence de la chasseuse d’hommes. Elles sont habituellement suffisantes pour mettre à genoux et dompter l’homme le plus farouche, le plus épris de liberté. Parfois, elles échouent et la femme doit recourir à des tactiques grossières.
Avant que la révolution sexuelle ne la sape, la plus populaire de ces tactiques grossières était le mariage précipité. Elle fonctionnait évidemment d’autant mieux que la femme avait comblé sexuellement son prétendant. Il lui suffisait ensuite de tomber enceinte subrepticement. S’il n’avait toujours pas capitulé, s’il ne lui avait toujours pas proposé de trimer pour le nid auquel il avait déjà contribué par ses gènes, le père et les frères de la femme arrivaient lourdement armés et emmenaient le « prisonnier » à l’autel. A notre époque, où il n’y a pas d’hymens de première qualité, ni même d’hymens intacts, les mariages forcés ne sont plus aussi fréquents. Sans le culte de la mariée vierge, les mariages précipités perdent leur raison d’être: C’est que, après avoir porté préjudice à leur fille ou à leur sœur en rompant son hymen, le gars devait conserver le bien qu’il avait endommagé.
D’autres tactiques, un peu moins grossières, s’offrent encore à la femme qui veut presser son prétendant à la demander en mariage. Elle peut mettre fin à sa réticence en faisant allusion à, ou même en lui suscitant, des rivaux au profit desquels son ego serait réticent à la perdre. Quand une telle femme semble déterminée à flirter avec d’autres hommes en présence de son prétendant, son jeu est clair. En Amérique, une variante particulière de cette tactique consiste pour une fille blanche à montrer un vif intérêt à certains noirs en présence d’un soupirant hésitant. Cela attise le racisme de son prétendant, qui s’empresse de sauver la féminité blanche des accouplements dégradants avec les érotomanes noirs. Et il la sauve en l’épousant rapidement (36).
D’après ces exemples, l’observateur impartial ne peut être qu’impressionné par la position dominante de la femme dans la cour et par l’habileté avec laquelle elle utilise ses armes. Alors que l’imbécile s’imagine être un puissant et dangereux chasseur traquant une faible proie, c’est elle qui le traque et, après l’avoir attrapé, le traîne.
On peut se demander pourquoi les hommes ne disent généralement pas la vérité au sujet de la cour. Pourquoi les pères, et peut-être les grands-pères, ne mettent-ils pas en garde les jeunes contre la cour ? Eh bien, c’est en partie à cause de la fierté masculine. Le code de la chasse exige d’un homme qu’il crie sur les toits ses victoires, non ses défaites. Cela signifie qu’aucun mari ne sera prêt à admettre qu’il a été piégé et vaincu et asservi par sa petite femme. Ensuite, les hommes qui ont intérêt à dire la vérité, les célibataires de carrière, sont très peu nombreux. Et, même s’ils prenaient la peine de dire la vérité, combien d’hommes les croiraient ? La réputation (de ratés indésirables avec qui une femme ne se marierait pour rien au monde) que leur ont faite les femmes les décrédibiliserait. Ceux qui sont conditionnés à croire qu »être un mari est le destin naturel, heureux, ordonné par Dieu, de chaque homme, penseraient que c’est par dépit que les célibataires décrivent les périls de la cour.
Enfin,, le silence des hommes sur ce sujet est dû à un sentiment d’impuissance. Quand ils voient tous les hommes qui sont tombés dans les pièges des femmes au cours des siècles, ceux qui pourraient être tentés de mettre en garde les autres se disent qu’il n’y a plus rien à faire. A quoi bon ? Mû par le désir d’avoir une progéniture, l’homme, averti ou non, tomberait encore dans le piège où sont tombés ses ancêtres.

Chinweizu, Anatomy of Female Power : a Masculinist Dissection of Matriarchy, Pero Press, 1990, traduit de l’américain par B. K.

α) Julius Evola, Le Madri e la Virilità Olimpica, Edizioni Mediterranee, Rome, 2013. L’Anglo-saxon n’est plus le seul à avoir ce privilège.
β) Lloyd Cole, « Forest Fire ». In Lloyd Cole and the Commotions, Rattlesnakes, EMI Music Publishing, Warner/Chappell Music, Inc., 1984.
γ) Marie Corelli, Woman, Or Suffragette? – A Question of National Choice, Pearson, Londres, 1907 (Husband Press, 2010). Marie Corelli (1855-21 Avril 1924), nom de plume de Mary Mackay, était une romancière britannique. Elle connut un immense succès littéraire de la publication de son premier roman en 1886 à la Première Guerre mondiale. Ses romans se vendirent à plus d’exemplaires que ceux de tous les autres auteurs populaires de l’époque, y compris Arthur Conan Doyle, H. G. Wells, et Rudyard Kipling.

(i) Michel Raymond, Cro-Magnon toi-même ! Petit guide darwinien de la vie quotidienne, Editions du Seuil, 2009.
(ii) http://www.cnrtl.fr/
(iii) http://www.larousse.fr/.
(iv) https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_queens_regnant.
(v) https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_elected_and_appointed_female_heads_of_state.
(vi) C’est la thèse qui a été formulée par Sarah Nelson (Shamanism and the Origin of States: Spirit, Power, and Gender in East Asia, Left Coast Press, 2008), sur la base de documents historiques, de traditions mythologiques, de données archéologiques et d’études ethnographiques. Pedro Ceinos Arcones (El Matriarcado en Chin : Madres, Reinas, Diosas y Chamanes, Miraguano, 2011) étudie de nombreux cas où le pouvoir politique était t est toujours détenu par des chamanes.
(vii) Sylvia Walby, « Structuring Patriarchal Society ». In Anthony Giddens, Philip W. Sutton (éds.), Sociology: Introductory Readings, 3e éd., Polity Press, Cambridge et Malden, MA, 2010, p. 30.
(vii) Judy Allen et Dyan Sheldon (éds.), Picking on Men Again, Arrow Books, Londres, 1986, p. 35.
(ix) Par exemple, en 1978, Ida Magli se fendait d’un Matriarcat et pouvoir des femmes, une invention masculine, Feltrinell, Milan ; voir également Philippe Borgeaud, avec Nicole Durisch, Antje Kolde, Grégoire Sommer, La mythologie du matriarcat : l’atelier de Johann Jakob Bachofen, Droz, Genève, 1999, p. 28.
(x) Selon wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Matriarcat), « Le terme de matriarcat (du latin mater, femme et du grec arkhê, pouvoir, commandement, autorité) a été construit, à la fin du XIXe siècle sur le modèle de « patriarcat ». Initialement, « matriarcat » était employé dans le sens de « système de parenté matrilinéaire », tandis que le patriarcat désignait bien, comme l’indiquait son étymologie, un système social dominé exclusivement par les hommes. Mais « matriarcat » fut très tôt compris comme le pendant symétrique du « patriarcat », pour désigner un type de société où les femmes détiennent les mêmes rôles institutionnels que les hommes dans les sociétés patriarcales. Il n’existe pas de société humaine connue où le matriarcat, entendu dans ce sens, ait existé ».
(xi) En ce qui concerne la monarchie française, les Histoires d’amour de l’histoire de France de Guy Breton sont édifiantes à cet égard.
(xii) Chinweizu, Anatomie du pouvoir féminin : une dissection masculine du matriarcat, Pero Press, 1990, p. 12.
(xiii) Dans la Grèce antique,, le chef de la famille est le père et il l’est d’une manière qui n’est pas simplement nominative. Il jouit d’une autorité absolue sur les siens. Il accepte, ou repousse, le nouveau-né. Il marie sans les consulter sa fille, ou son fils, mineur ; lui seul choisit l’épouse de son fils, ou l’époux, de sa fille. Il émancipe son fils. La femme est considérée toute sa vie comme mineure et placée sous l’autorité d’un kyrios (maître, tuteur) : jeune fille, elle dépend de son père ; femme, de son mari ; veuve, de son fils ou du tuteur que le mari a désigné par testament. Le kurios de la jeune fille, son père, ou, à défaut, son plus proche parent masculin du côté paternel, la « donne » en mariage entre 10 et 15 ans (Pierre Brulé, La Grèce d’à côté : réel et imaginaire en miroir en Grèce antique, Presses Universitaires de Rennes, 2007, note 16). Le futur marié la « reçoit » (Violaine Sebillotte Cuchet et Nathalie Ernoult (éds.), Problèmes du genre en Grèce ancienne, 2007, Publications de la Sorbonne, p. 118). Un mari à l’article de la mort « a le droit de léguer sa femme en mariage à un héritier qu’il désigne… » (Giulia Sissa, ‘La famille dans la cité grecque (Ve – IVe siècle avant J.-C.) ». In Aline Rousselle, Giulia Sissa et Yan Thomas (éds.), La famille dans la Grèce antique et à Rome, Editiions Comlexe, 2005, p. 19). Le mariage légitime, base de la citoyenneté, est une affaire de famille. Le contrôle que la femme grecque détient de l’utérus est neutralisé par le fait que les mariages sont arrangés par les familles et que, l’attirance sentimentale n’entrant pas en ligne de compte dans les unions (voir Laurence Caron-Verschave et Yves Ferroul, Le Mariage d’amour n’a que 100 ans : une histoire du couple, Odile Jacob, 2015), elle ne peut pas, contrairement à la femme moderne, exercer un chantage sentimental, ni même sexuel, sur son fiancé, ni sur sur son mari.
L’éducation dans la Grèce protohistorique nous est très peu connue ; tout juste sait-on que les enfants étaient éduqués dans l’oikos jusqu’à l’âge de 6 ans ; la fille uniquement par la mère, le garçon à la fois par le père et par la mère. A l’époque classique, le garçon, comme, du reste, la fille, est éduqué, non pas uniquement par sa mère, mais aussi par les nourrices, la gouvernante, voire la concubine du mari, ce qui, même si cette éducation se fait dans un milieu féminin, empêche que l’enfant fasse une fixation sur telle ou telle des femmes qui prennent soin de lui. (Bernard Legras, Éducation et culture dans le monde grec : VIIIe siècle av. J.-C. – IVe siècle, Armnnd colin, 2002). Tout montre que le Grec tient à couper aussi rapidement que possible le cordon ombilical : « (L)’enfant noble est élevé durement. Il n’est pas nourri par sa mère. Son berceau est placé dans la chambre d’une nourrice. On lui donne parfois plusieurs nourrices pour qu’il ne s’attache à aucune et ne souffre pas trop de la séparation si l’une d’elles cesse de le nourrir, part ou meurt. » (Aline Rousselle, Giulia Sissa et Yan Thomas (éds.), op. cit., p. 138). Le garçon quitte définitivement le giron de sa mère vers l’âge de 7 ans : « Le pédagogue va partager pendant dix ans la vie de son disciple. C’est à travers lui que l’enfant découvre peu à peu l’adulte, qu’il forme sa personnalité morale, qu’adolescent il trouve conseil et soutien dans les difficultés de son âge. » (Jean Roussaye, « Vouloir la coéducation, une fausse bonne idée ? » In Philippe Maubant et Lucie Roger (éds.), De nouvelles configurations éducatives, Presses de l’Université du Québec, 2010, p. 22). A Sparte, les études littéraires tenaient peu de place ; le but était de former de bons guerriers. Dès 7 ans, l’enfant devait « s’accoutumer à endurer sans fléchir les intempéries, la faim, la famille, la douleur. » (Charles Létourneau, L’évolution de l’éducation dans les diverses races humaines, Vigot Frères, Paris, 1898, p. 424). Cette éducation virile, gage d’une maturité effective, ne finissait qu’à 30 ans, âge auquel le Spartiate disposait de cinq ans pour se marier. Cela dit, on voit apparaître, dès la période homérique, le type du garçon amolli et énervé par les raffinements d’une éducation dans un milieu strictement féminin : Dolon, fils unique dans un oikos de cinq filles, «… garçon superlativement gâté par sa mère et ses sœurs, gâté par ses sœurs » (Pierre Manent, Les métamorphoses de la cité, Flammarion, Paris, 2010, p. 53. Cité in Marc Chevrier, « L’Odyssée masculine. La dialectique du féminin et du masculin chez Homère ». In Camille Froidevaux-Metterie et Marc Chevrier, Des femmes et des hommes singuliers : perspectives croisées sur le devenir, Armand, Colin, 2014). Un passage de l’Iliade (XVI) atteste aussi de l’émergence de ce type : « Pourquoi pleures-tu, Patrocle, comme une petite fille qui, courant avec sa mère, exige qu’on la prenne, s’attache à son manteau, la retient dans sa marche et la regarde en pleurant, jusqu’à ce qu’elle l’ait prise ? »
Les femmes, particulièrement les mères, ont une influence sur l’orientation future de la société parce qu’elles élèvent la prochaine génération, mais, dans la Grèce antique, cette influence ne pouvait pas être aussi décisive qu’elle l’a été par la suite, car, d’une part, elles n’élevaient leurs garçons que dans les toutes premières années de leur vie et non jusqu’à l’adolescence, âge auquel se forment définitivement le caractère, le tempérament et les habitudes de l’individu et, d’autre part, elles se devaient de préparer les garçons à devenir, non pas des machos, mais des politai, des homoioi et de faire des filles, non pas des poupées, mais des mères de futurs politai, homoioi. La maternité éclipsait la sexualité ; l’accent était mis sur la fertilité et non sur le plaisir sexuel. La vertu par excellence de la femme grecque était la retenue, morale et physique tout à la fois (Pierre Brulé, La fille d’Athènes : la religion des filles à Athènes à l’époque, vol. 363, Presses de l’Université de Franche-Comté, 1989, p. 342). Sa tenue – le pylos et le chiton – reflétait cette valeur. Bien sûr, les femmes grecques aimaient à se parer de bijoux, de boucles d’oreilles, de colliers, de bagues, de bracelets, d’anneaux pour les jambes (Louis Ferdinand Alfred Maury, Histoire des religions de la Grèce antique depuis leur origine, vol. 3, Ladrange, Paris, 1859, p. 493). Cependant, elles ne devaient avoir ni robes transparentes, ni franges, ou bordures, à leur tunique ; en outre, le prix de leur chiton de lin et de leur manteau ne pouvait pas excéder une certaine somme. Les costumes de fête étaient plus riches, mais des bornes étaient mises au luxe (Le luxe fit des progrès et il fallut le modérer par des lois somptuaires. Dans plusieurs cités, un magistrat (le gynaecome) était chargé de surveiller la toilette, l’attirail et la tenue des femmes ; il prêtait serment avant d’entre en charge). Cela étant dit, les personnages d’Aristophane, que celui-ci tirait de la réalité, indiquent la présence d’un type de femmes ménadique au Ve siècle à Athènes.
La femme grecque, qui se tient enfermée dans le gynécée, où elle ne reçoit que des proches parents et des femmes, ne se montrant en public que les jours de fête, ne peut être considérée comme la maîtresse de l’oikos que dans un sens relatif : si l’épouse, en l’absence son époux, qui passe l’essentiel de son temps à l’extérieur, dirige le travail des servantes, surveille les esclaves, le seul maître des servantes et des esclaves, c’est lui ; si l’épouse règle les dépenses du ménage, c’est lui qui gère la fortune de la famille ; il dispose de la dot de sa femme (Jacques Annequin, Evelyne Geny et Elisabeth Smadja, « Travail et discours symbolique. La clé des songes d’Artémidore ». In Jacques Annequin, Le travail : recherches historiques, table ronde de Besançon, 14 et 15 novembre 1997, Presses Universitaires franc-comtoise, 1999, p. 218). De plus, l’épouse grecque est tout sauf un « cordon bleu ». La nourriture des héros de l’Iliade et de l’Odyssée se composait de céréales, de viande et de fromage, de poisson, d’oiseaux, de légumes et de fruits en temps de paix et de pain et de vin en temps de guerre. A la guerre, ils préparaient eux-mêmes leur pâte à pain. Homère ne nous dit pas qui, de l’homme ou de la femme, la préparait en temps de paix. Dans les deux cas, seul l’homme est autorisé à abattre, à dépecer et à découper les animaux et à cuisiner leur viande. A l’époque classique, ces différentes fonctions seront remplies par un spécialiste : le mageiros (boucher sacrificateur) (Guy Berthiaume, Les rôles du mágeiros : études sur la boucherie, la cuisine et le sacrifice, Brill, 1982, p. 5 et sqq). L’épouse n’est pas chargée de faire la cuisine ; cette fonction est dévolue aux esclaves qui, en sus, étaient responsables des courses, de l’approvisionnement au marché, du stockage des réserves, des corvées d’eau, de la mouture du grain, du ménage, du nettoyage, etc. (Yvon Garlan, Les esclaves en Grèce ancienne, Maspero, Paris, 1982 p. 68). Les activités de la femme dans l’oikos sont le filage et le tissage de la laine et,comme nous l’avons indiqué plus haut, la direction des esclaves. Avant le IVe siècle avant notre ère, les maisons ne semblent pas avoir eu de cuisine, les aliments étaient cuits en plein air sur une sorte de brasero mobile (Violaine Jeammet, La vie quotidienne en Grèce antique, Paris, musée du Louvre/RMN, 2001 2001, p. 16). C’est là une autre raison pour laquelle la femme grecque ne pouvait pas détenir le contrôle de la cuisine.
Il doit être bien entendu que les rapports hiérarchiques qui viennent d’être décrits de l’homme grec avec la femme grecque de l’antiquité sont ceux qui prévalaient dans l’aristocratie. Certes, même dans les sociétés patriarcales d’origine indo-européenne, il est fort peu probable que tous les individus, pris séparément, aient été suffisamment masculins intérieurement pour être les maîtres de leurs femmes ; dans les couches inférieures, a priori, des contacts auraient pu se produire plus facilement entre les hommes les moins différenciés des tribus doriennes, achéennes et les femmes pélasgiques : l’organisation sociale des Pélasges, rappelons-le, était matriarcale.
Dans l’ensemble, les rapports de l’homme avec la femme, du pater familias avec la mater familias dans la Rome pré-impériale présentent les mêmes traits, même s’ils sont moins accusés, notamment en ce qui concerne le contrôle de la cuisine (voir Clarisse Bader, La femme romaine, étude de la vie antique, Didier, Paris, 1877 ; Gaston Boissier, « Les Femmes à Rome, leur éducation et leur rôle dans la société romaine », Revue des Deux Mondes, 2e période, t. 108, 1873 (p. 525-553) ; voir aussi, au sujet d’un aspect du contrôle féminin de la « cuisine » que n’aborde pas l’auteur, J.-M. Pailler, « Les matrones romaines et les empoisonnements criminels sous la République », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 131, n° 1, 1987, p. 111-128).
Les deux exemples de domination de l’homme par la femme que l’auteur tire de l’antiquité gréco-romaine – l’amour fou de Paris pour Hélène et la passion de César pour Cléopâtre – constituaient alors des exceptions à la règle générale ; et encore convient-il de souligner que, si c’est bien la passion de Paris pour Hélène, cause de l’ « enlèvement » de la princesse troyenne, qui est à l’origine de la guerre de Troie, ce n’est pas pour l’amour d’Hellène que Ménélas convoque les anciens prétendants de son épouse, pour venger l’affront, en lançant une expédition militaire contre Troie ; c’est justement pour venger son honneur bafoué d’époux. Ni dans L’Éphéméride de la guerre de Troie (« Pâris, fuyant avec Hélène, enleva aussi AEthra et Clymène parentes de Ménélas, qui étaient attachées au service de la reine » ; puis : « A cette nouvelle, Ménélas, quoique sensiblement affecté de l’enlèvement de son épouse, fut encore plus irrité de l’injure faite à ses parents »), ni chez le chroniqueur byzantin Jean Malela (« Paris, secondé par Aethra et Clymène, parvint à corrompre Hélène, et ces princesses prirent ensuite la fuite avec Pâris de leur propre volonté » ; puis : « … Ménélas, en apprenant leur fuite, resta longtemps immobile d’étonnement. » Πολὺ γὰρ ἐλυπήθη διὰ τὴν Αἴθραν· ἦν γάρ ἔχουσα ὑπολήψιν παρ’ αὐτῷ σώφρονος πάνυ. « Il était surtout affligé de la conduite d’Æthra, qui avait su se concilier son amitié et son estime par sa réputation de sagesse. » Histoire de la guerre de Troie, attribuée à Dictys de Crète, traduite du latin par A. N. Achaintre, vol. 1, Paris, 1815, p. 68-9), l ‘amour ne motive Ménélas. L’Éphéméride de la guerre de Troie date du IVe siècle de notre ère et La chronique byzantine fut écrite au XVIe siècle et nous ne versons ces deux œuvres au dossier qu’à cause de la vérité psychologique qui se dégage de la description de la réaction de Ménélas à l’annonce de l’enlèvement d’Hélène. Des siècles et des siècles après la guerre de Troie, personne ne pensait que l’amour eût pu entrer dans les motifs du roi de Sparte. Du reste, le grec ancien ne dispose d’aucun terme pour désigner ce que nous nommons « amour ».
Mais que dire de ces lignes : « Dès l’origine de Rome, l’organisation de la famille est fondée sur le despotisme paternel le plus complet qui exista jamais. La femme romaine n’est, aux yeux de la loi, qu’une esclave, une chose appartenant au mari, un être sans initiative, sans influence, sans place marquée dans cette foule d’êtres qui rampent sous le joug de fer du pater familias. D’abord Romulus lui défend de quitter son époux pour quelque motif que ce soit. Celui-ci ne peut, il est vrai, la répudier que pour des causes extrêmement graves: quand elle a empoisonné ses enfants, quand elle s’est procuré de fausses clefs, quand elle s’est rendue adultère » ; « Cette rapide analyse du droit rigoureux nous fera comprendre la profonde infériorité dans laquelle le législateur romain, trop influencé par les souvenirs des codes de l’Orient et de la Grèce, avait placé la compagne ou plutôt l’esclave de l’homme Cet être malheureux, dégradé, abruti par la loi, sera certainement un objet, un animal domestique bien inférieur à l’âne, à la servante, à l’esclave des Hébreux, aux captives qu’Achille donnait en prix à la lutte des chars, quelque chose de comparable à la pornè des plus durs exploiteurs de Corinthe, des plus fantasques tyrans de Babylone ou de Suse… Une telle opinion serait une erreur complète !… C’est »ici, plus que dans toute autre partie de l’histoire, qu’il faut reconnaître, à côté de la loi écrite, l’existence d’un pouvoir modérateur qui la corrige, la modifie, quelquefois même l’annule complètement; une puissance dont les codes ne daignent pas prononcer le nom, mais qui n’en exerce pas moins dans le silence son action continue, persistante, énergique, sans commencement et sans fin : cette puissance cachée, mystérieuse, qui donne à la femme romaine la force inespérée de paralyser la rigueur du code, de proclamer la liberté de fait au-dessus de l’esclavage de droit, c’est l’amour. Son influence est d’autant plus énergique qu’elle agit incessamment dans chaque foyer, près de chaque Romain. Partout où vous voyez le sexe exercer une autorité publique, sérieuse, vous pouvez dire ajuste cause : là règne l’amour ; non point l’amour libertinage de la décadence hébraïque, l’amour sensuel qui s’accommode si bien au contraire de l’esclavage de la femme, du despotisme du maître, de la dégradation de tous les deux; mais l’amour viril, l’amour pur, l’amour complet. Cette Romaine enchaînée par la loi, dépouillée de ses biens, dépossédée de toutes les prérogatives de l’être pensant, trouve le secret de montrer dans la vie réelle une fierté sans égale, une liberté d’allures sans précédents, une initiative dans tous ses actes supérieures à celles de la jeune fille Spartiate, à celles des femmes fortes de la Bible et des magiciennes de l’Odyssée. Son orgueil marche de pair avec celui de son époux, son courage est à la hauteur des plus grands dangers… La loi la déclarait très-inférieure à l’homme; et voilà que, dans l’application, loin de se laisser éclipser par la majesté de son maître, majestatis viri, elle s’assied à côté de lui, le suit au milieu des périls, et sait conquérir dans l’histoire une place élevée, glorieuse. Le code prétendait la reléguer, comme l’épouse grecque, dans l’obscurité du gynécée ; elle se jette résolument au milieu des agitations de la place publique ; elle se rend tellement utile dans les cas graves, se montre si courageuse, si véritablement citoyenne, quand il s’agit de lutter pour sa famille ou sa patrie, que l’homme, saisi d’admiration par ces témoignages de solidarité, la laisse marcher de front avec lui, heureux et fier de trouver en elle une aide dans ses travaux, une énergique consolatrice dans ses douleurs. » (Justin Édouard Mathieu Cénac-Moncaut, Histoire de l’amour dans l’antiquité chez les Hébreux, les Orientaux, les Grecs et les Romains, Amyot, Paris, 1862, p. 263 et sqq)
Que leur auteur, qui n’hésite pas à affirmer en préambule, avec une exaltation palpable, que « l’amour issu de cet élément tout romain (la force) régna sans altération ni partage depuis l’origine de Rome (753 ans avant J.-C.) jusqu’à l’invasion des idées grecques du temps de Pyrrhus et de la seconde guerre Punique (200 ou 180 ans avant J.-C) » (ibid., p. 260) n’offre, quant à cette première période, que des exemples de femmes romaines amoureuses d’hommes romains et aucun exemple de grand homme romain amoureux d’une femme romaine, tout en adoptant une définition très élastique de l’amour. Dans un moment de lucidité, il réussit cependant à définir assez exactement la nature de l’attachement de l’homme romain pour son épouse, lorsqu’il évoque l’idéal conjugal de Caton : « Véritable Spartiate transporté sur le sol de Rome, il avait épousé une femme de naissance noble, mais sans fortune, afin de trouver en elle la fidélité unie à la soumission conjugale des premiers temps. Caton joignait d’ailleurs à la rudesse du vieux soldat le respect (sans doute serait-il plus juste de parler d’« estime distante », respectus), l’affection du Romain pour l’épouse compagne solidaire de tous ses actes. Il ne pouvait supporter qu’on frappât une personne du sexe, dit Plutarque, et plaçait sa réputation de bon mari au-dessus du titre de sénateur. » Dans un autre moment de lucidité, il saisit que Caton s’opposa à l’abrogation de la lex oppia parce qu’il craignait à raison qu’elle ne constitue la brèche dans laquelle les femmes s’engouffreraient pour se mêler des affaires publiques et dominer à plus ou moins long terme les hommes par le déploiement des artifices qui leur sont propres : « L’abrogation de la loi Oppia fut donc le triomphe de la galanterie grecque ; le triomphe de l’amour séducteur entouré de guirlandes de rose, célébrant ses succès au son de la flûte Que disons-nous ; le luxe grec était dépassé ! La patrie de Solon et d’Aristide ne permit jamais aux femmes honnêtes de porter des habits recherchés; elles ne pouvaient se montrer en public que vêtues avec une simplicité conforme à la décence de leur maintien Aux courtisanes seules étaient réservés les bijoux et les belles étoffes…. A Rome, au contraire, les matrones, les mater familias (sic) adoptent l’étalage des Laïs et des Phrynés ; elles ne se con tentent plus de vivre sur le Forum, d’aller, [de venir en toute liberté, sans voile sur le visage, sans surveillance autour de leur personne ; elles prétendent lutter d’élégance, obtenir les succès de la vogue, les acclamations et les compliments des oisifs. » (ibid., p. 302) Encore la lucidité de l’auteur est-elle partielle, puisqu’il ne comprend pas que la « galanterie » qui triompha à Rome n’était « grecque » que dans la mesure où les mœurs et le caractère des Grecs continentaux avaient été contaminés par l’indolence de l’Asie par le biais du sensualisme des Ioniens. « Aussi bien, comme le voyaient encore parfaitement certains historiens au XIXe siècle, n’est-ce pas d’eux (les Grecs), quoi qu’on en ait dit, que les Romains (de la fin de la « République ») empruntèrent ni la licence de leurs mœurs, ni le luxe effréné de leur table, mais bien plutôt de ces colons asiatiques qui, depuis des siècles déjà, n’avaient plus de grec que le nom » (A. de Belloy, « Virgile à San Remo ». In ‘l’Artiste’, série nouvelle, t. 5, Paris, 1858, p. 244).

(1) Bunmi Fadase (1983), « The 60th Birthday Party that Went with a Bang! », The Punch, Lagos, 2 mai, p. 4.
(2) William Ross Wallace. In Oxford Dictionary of Quotations, Londres, OUP, 1964, p. 557.
(3) Judy Allen et Dyan Sheldon (éds), Picking on Men Again, Arrow Books, Londres, 1986, p. 82.
(4) Bunmi Fadase (1983), « Watch out Girls, The Men are Getting Liberated », The Punch, 8 août, p. 4.
(5) Chinweizu (éd.), Voices from Twentieth-Century Africa, Faber and Faber, Londres, 1988, p. 249.
(6) Miriam Lichtheim (éd.), Ancient Egyptian Literature, vo1. 3, University of California Press, Berkeley, 1980, p. 178.
(7) Vu la direction qu’a prise la recherche génétique, c’est le pénis et non l’utérus qui sera bientôt inutile pour la procréation ; en 2004, des scientifiques japonais sont parvenus à faire naître des souris en combinant les gènes de deux mères (http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20040422.OBS8073/deux-mamans-et-une-souris.html) ; ils avaient été précédé dans cette entreprise androcidaire par le biologiste et physiologiste juif Jacques Loeb (1869 – 1924) qui, en 1917, démontra expérimentalement la possibilité de féconder un ovule sans sperme ; par le généticien et biologiste français Eugène Bataillon (1864 – 1953) qui provoqua expérimentalement le développement d’œufs de grenouille par une simple piqûre à l’aide d’un fin stylet de verre (Adolphe Nysenholc et Thomas Gergely, Information et persuasion, vol. 1, De Boeck Université, 2000) ; par le biologiste et médecin juif états-unien Gregory Pincus (1903 – 1967) qui, dans les années 1930, préleva des œufs vierges dans les trompes utérines d’une lapine, les traita in vitro par des solutions salines, ou par des chocs thermiques, puis les replaça dans les trompes d’une autre lapine, préparée à la gestation par l’injection d’hormones appropriées et obtint la naissance de quelques lapins sans père ; n’allant pas s’arrêter en si bon chemin, il fut à l’origine de l’invention de la pilule contraceptive au début des années 1950. [N.d.E.]
(8) L’assertion demande à être reformulée de la manière suivante : « Donc, il est facile de deviner dans l’intérêt de qui la recherche sur le clonage est autorisé. » [N.d.E.]
(9) Bunmi Fadase, op. cit.
(10) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 114.
(11) Ibid.
(12) Marvin Harris, Cows, Pigs, Wars and Witches, Vintage, New York, 1978, p. 72.
(13) Chieka Ifemesia, Traditional Humane Living Among the Igbo, Fourth Dimension, Enugu, s. d., p. 57.
(14) Dans la théorie du narcissisme selon Freud, l’idéal du moi est l’instance relativement autonome, héritière du narcissisme infantile (moi idéal), qui se caractériserait par des sentiments de toute-puissance.
(15) Helene Deutsch, The Psychology of Women, vol. 2, Bantam, New York, 1973, p. 329-30.
(16) Karen Payne (éd.), Between Ourselves, Picador, Londres, 1984, p. 360-4.
(17) Ibid., p. 365.
(18) Ibid.
(19) Ibid., p. 25.
(20) Bunmi Fadase, op. cit.
(21) Willard Trask (éd.), The Unwritten Song, vol. 2, Macmillan, New York, 1967, p. xxvi.
(22) Ntozake Shange, For Colored Girls, MacmiIlian, New York, 1977, p. 39.
(23) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 18.
(24) Jan Knappert (éd.), An Anthology of Swahili Love Poetry, University of California Press, Berkeley, 1972, p. 87.
(25) E. J.. Hopkins (éd.), Ambrose Bierce, The Enlarged Devil’s Dictionary, Penguin, Harmondsworth, 1983, p. 215.
(26) A. K. Adams (éd.), The Home Book of Humorous Quotations, Dodd, Mead & Co, New York, 1969, p. 210.
(27) Cité in Herb Caen Column (1980), The San Francisco Chronicle, 20 août, p. 35. Le souhait de l’auteur n’a pas été précisément exaucé : http://www.upi.com/Archives/1981/09/02/Ex-convict-Willie-Carter-Spann-a-nephew-of-former-President/8270368251200.
(28) « Je suis une femme amoureuse / Et je ferai tout / Pour te faire entrer dans mon monde / Et t’y garder ». Barbra Streisand, « Woman in Love ». In Barbra Streisand, A Collection of Greatest Hits… And More, CBS 465845 4. [N.d.E.]
(29) Kunta Kinté est le personnage principal du roman Racines : un esclave. [N.d.E.]
(30) « Moonlight Love Song », Ora, Etat du Bendel, Nigeria, traduit par Oje Odihirin. In C. O. D. Ekwensi (éd.), The Festac Anthology of New Nigerian Writings, Federal Ministry of Information, Lagos, 1977, p. 46.
(31) Jan Knappert, op. cit.
(32) En quoi ils resteraient sur le plan de la sentimentalité. [N.d.E.]
(33) F.P A ‘s Book of Quotations, Funk and Wagnalls, New York, 1952, p. 864.
(34) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 140.
(35) Jorge Amado, Dona Flor et ses deux maris : histoire morale, histoire d’amour, Stock, Paris, 2005.
(36) Quatre décennies après la publication d’ « Anatomie », il devient de plus en plus évident, aux États-Unis et dans les autres pays « occidentaux », qu’un nombre de plus en plus grand de femmes blanches portent un « vif intérêt » aux hommes noirs pour des raisons tactiques qui ne semblent pas avoir grand-chose à voir avec celles que met en avant l’auteur.
Dans le troisième volume de Sex and race, publié dans les années 1940, c’est-à-dire à une époque où la ségrégation raciale régnait encore aux États-Unis (comme l’auteur déclare qu’il s’est « rendu dans de nombreuses villes états-uniennes où vivent des noirs » et qu’« il n’en est aucune où le métissage n’est pas pratiqué », Sex and Race, 5e éd., Helga M. Rogers, 1972, p. 84), il faut se rendre à l’évidence que les lois favorisant la ségrégation raciale dans ce pays n’eurent pratiquement aucun effet), J. A. Rogers se demande : « Le rejet des Noirs par les femmes blanches est-il sincère ? » Les considérations qu’il développe, de manière quelque peu désordonnée, pour tenter d’apporter une réponse à cette question s’ouvrent par une anecdote : « Le Dr. Andre Tridon évoque le cas d’une de ses patientes blanches, dont la haine des noirs était tellement hystérique qu’elle voulait les faire tous lyncher. Il découvrit cependant que c’était là sa seule façon de surmonter le désir qu’elle ressentait pour eux. La nuit, elle rêvait d’hommes noirs. Un jour, le concierge noir de son immeuble se trouvait dans son appartement. Elle a avoué au Dr. Tridon avoir dû se faire violence pour ne pas lui faire des avances. Le Dr. Tridon se demande combien de femmes blanches obsédées par les hommes noirs ont bien pu provoquer des lynchages », question qui implique que le cas de cette femme blanche était loin d’être isolé. L’auteur rapporte ensuite, dans une formulation saisissante, l’explication que donne un certain Virey de la raison pour laquelle le fait d’avoir des relations sexuelles avec leurs esclaves noirs (les noirs, comme chacun sait, étaient en effet loin d’être les seuls esclaves aux États-Unis ; voir Michael A. Hoffman, They Were White and They Were Slaves: The Untold History of the Enslavement of Whites in Early America, Independent History, 1993) n’empêchait pas leurs maîtresses de les fouetter (il n’y avait en effet pas que les maîtres d’esclaves qui fouettaient leurs esclaves) : elles avaient des relations sexuelles avec eux pour satisfaire leur plaisir et les fouettaient pour satisfaire leur fierté.
Ebony, magazine destiné à un public afro-américain, dans son numéro spécial d’août 1965, insolemment intitulé « The White Problem in America », indique, d’après les témoignages de quantité de chauffeurs, d’hommes à tout faire, de majordomes noirs, etc., que leurs maîtresses blanches les ont menacés de porter plainte contre eux pour viol, s’ils refusaient d’avoir des relations sexuelles avec elles. Selon Calvin C. Hernton (Sex and Racism in America, Double Day, 1965, p. 20), « rares sont les femmes blanches et encore plus rares les hommes blancs qui admettront que les femmes blanches sont attirées sexuellement par les hommes noirs. Les blancs, en général, affirment que c’est l’homme noir qui est attiré par les femmes blanches ; que le contraire puisse être vrai est catégoriquement nié… » ; « ce qu’ils cachent n’est rien d’autre que la terrible vérité : les femmes blanches du Sud ne sont pas seulement attirées sexuellement par les hommes noirs, ce sont elles qui prennent l’initiative. » (ibid., p. 21)

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