La race et le mythe des origines de Rome

Dans sa Vie de Romulus (I, 8), Plutarque écrit que « Rome ne serait jamais parvenue à une telle puissance si elle n’avait pas eu, de quelque manière que ce soit, une origine divine, telle qu’elle offre aux hommes quelque chose de grand et d’inexplicable. »

Cicéron répète la même chose (De la nature des dieux, II, 3, 8) pour ensuite considérer la civilisation romaine comme celle qui par la connaissance du sacré surpassait tout autre peuple ou nation : omnes gentes nationesque superavivums. À propos des anciens Romains, Salluste utilise l’expression religiosissimi mortales (les plus religieux des mortels).

En revanche, de nos jours tout cela n’est que fantaisie ou superstition pour de nombreuses personnes « sérieuses » et beaucoup d’esprits « critiques ». Les « faits » sont la seule chose qui compte pour eux. Les traditions mythiques des anciens n’ont aucune valeur, ou elles en ont seulement dans la mesure où il est supposé que, ici et là, elles ne sont que des reflets confus d’évènements réels, c’est-à-dire, historiquement tangibles. Il y a, dans cela, une mécompréhension fondamentale qui était déjà dénoncée, dans une certaine mesure, par Giambattista Vico, puis par Schelling, encore plus récemment par Bachofen et, finalement, par la plus récente école de l’interprétation métaphysique des mythes, et par ceux peu connus aujourd’hui (Guénon, W. R. Otto, Altheim, Kerényi, etc.). Selon tous ces écrivains, les traditions mythiques ne sont ni des créations arbitraires appartenant plus ou moins au plan poétique et fantastique, ni des déformations et des transpositions d’éléments historiques. En particulier en ce qui concerne les origines, il a été correctement relevé que les symboles et les légendes, « si c’est sous une forme dramatisée, représentent réellement et véritablement l’histoire des commencements d’une nation, mais pas l’histoire d’évènements se déroulant matériellement sur Terre, mais plutôt de procédés spirituels qui ont donné naissance à un nouveau peuple à côté d’autres peuples mais différents culturellement et civilisationnellement : l’histoire, pour ainsi dire, de sa période prénatale.
Légende et histoire sont étroitement liées ; la première procède d’une intériorisation et se disperse en des images, tandis que la seconde procède d’une extériorisation en tant que faits et évènements. Ces images sont le résultat de forces formatives vivantes, les faits sont organisés par la pensée humaine. Dans les légendes on est transporté par des forces formatives ; dans l’autre, il y a une organisation préméditée de faits. Mais la légende est la partie invisible et la racine de l’histoire ; ce n’est pas de la poésie, il s’agit plutôt d’une réalité bien plus vaste que l’histoire. Les fils de la destinée d’un peuple qui se démêlent visiblement des façons les plus diverses dans son développement historique, remontent aux impulsions, à la sphère créative, à laquelle les héros de ses légendes sont liés. »

D’une certaine manière, Bachofen a révélé que même lorsque des récits, reconnus en tant que mythe, sont rejetés par l’histoire profane, ils constituent tout de même un témoignage de l’esprit d’un peuple.

De cette façon, une étude des traditions mythiques, utilisant un nouveau critère, peut nous mener à des conclusions intéressantes du point de vue d’une théorie de la race qui n’est pas définie seulement par l’aspect matériel de la question, mais aborde également la réalité intérieure de la race.

À l’occasion de l’actuel anniversaire de la naissance de Rome, nous voulons illustrer cette méthode interprétative, l’appliquant précisément à l’exégèse du mythe des origines. Les légendes qui se rapportent à la naissance de Rome concentrent une telle quantité d’éléments sensibles basés sur la signification générale des civilisations et mythologies des peuples aryens qu’un ouvrage particulier serait nécessaire afin de les analyser et de les clarifier adéquatement. Nous ne relèverons par conséquent ici que les thèmes les plus notables, parmi lesquels se trouvent : la naissance miraculeuse, le thème d’être « sauvé par les eaux », du « loup », de l’ « arbre », du duo rival de jumeaux.

Le mythe de l’union d’un dieu avec une femme mortelle, dans le cas présent, de Mars avec Rhéa Silvia, de laquelle Romulus et Rémus sont nés, apparait dans quasiment toutes les traditions concernant la naissance de « héros divins ». Zeus et Léto donnent naissance à Apollon, Zeus et Alcmène à Hercule, Héraclès étant le héros symbolique des peuples aryens dorico-achéens, et Apollon ayant un lien avec la terre des Hyperboréens et avec les races nordico-aryennes primordiales. Une origine analogue, dans les traditions proprement germaniques, est attribuée aux peuples héroïques des Völsungs, auxquels Siegfried appartient.

Dans la tradition royale égyptienne antique – dont l’origine reculée peut avec raison également être considérée comme étant aryenne, atlantico-occidentale (1) – on pensait que chaque souverain avait été engendré par un dieu s’unissant à la reine : cette tradition dans laquelle la signification cachée du mythe se manifeste, sous la forme d’une naissance miraculeuse sans l’aide d’un homme, d’un père humain, fut imaginée. Puisque la reine avait son époux, l’idée que son fils est conçu par un dieu, étant mis au monde par son époux, ne peut qu’indiquer que, non pas dans sa partie mortelle, mais, pour ainsi dire, dans sa partie éternelle et « divinatoire », on pensait qu’il était un type d’incarnation d’un élément surnaturel déterminant qui lui conférait une dignité royale.

Dans le cas de Rome, par conséquent, Mars est un tel élément du dessus, qui est la représentation divine du principe de la virilité guerrière. Une telle force se tient ainsi aux origines de la cité éternelle et au fondement de son origine secrète, voilée par la légende : de telle sorte que dans certaines traditions de l’ère de la république romaine, elle fut directement conçue comme le « fils » de Mars. Et cette force de « Mars » est associée à ceux qui peuvent être les gardiens de la flamme sacrée de la vie ; symboliquement : à une vestale (Rhéa Silvia).

Les jumeaux Romulus et Rémus sont abandonnés aux eaux et sont sauvés des eaux. Ici encore se trouve un thème symbolique récurrent dans de nombreuses traditions : Moïse est sauvé des eaux, le héros indo-aryen Karna est abandonné dans un panier sur la rivière et est sauvé des eaux, et ainsi de suite. Mais le symbole contenu dans la tradition aryenne la plus ancienne est particulièrement importante, c’est-à-dire la tradition védique, dans laquelle les ascètes sont dépeints comme « des natures suprêmes qui se tiennent sur les eaux ». Des explications analogues et, par conséquent, la signification cachée d’un tel symbole, peuvent être clarifiées comme suit : les eaux ont traditionnellement toujours représenté le courant du temps, c’est-à-dire l’élément fondamental de la vie mortelle, instable, contingente, passionnée, fugace. L’homme faible est pris dans les eaux et emporté par les eaux. Le devin ou le héros, l’ascète ou le prophète (2) est sauvé des eaux, ou est capable de se tenir sur les eaux, de ne pas couler dans les eaux. D’où que ce symbole, dans le mythe des origines de Rome, doit à nouveau caractériser l’élément « divin » des fondateurs de Rome, leur, pour ainsi dire, dignité surnaturelle.

Les jumeaux trouvent refuge auprès du figuier [Ficus Ruminalis] et sont allaités par une louve. Le terme Ruminal contient l’idée de nourrir : la qualité de Ruminus, liée à Jupiter, fait allusion à la qualité du « nourisseur », du « dieu qui donne la nourriture » dans l’ancien latin. Mais il s’agit de l’aspect le plus élémentaire du symbole. En général, dans les traditions les plus anciennes des races aryennes, l’arbre est le symbole de la vie universelle, il s’agit de l’arbre du monde ou de l’arbre cosmique. C’est sous la forme d’un figuier qu’il apparait dans la légende des origines de Rome, précisément en tant que « fico indico »  [banian] – l’Ashvattha – il est représenté inversé dans la tradition indo-aryenne afin d’exprimer que ses racines sont au-dessus, dans les « cieux ». L’idée d’une nourriture mystique venant de l’arbre est un thème qui apparait souvent : le mythe de Jason, Hercule, Odin, Gilgamesh, etc. Naturellement, selon les races et leur esprit, cela présente alors diverses variations. Nous savons du mythe hébraïque que de prendre et manger depuis l’arbre afin de se rendre comme un dieu est considéré comme le principe de la culpabilité, de l’abus de pouvoir, et une malédiction. Les choses sont conçues d’une façon très différente dans les mythes des races aryennes et même dans le mythe paléo-chaldéen de Gilgamesh. Dans les légendes du Moyen Âge gibelin, le thème héroïque prévaut également et l’arbre apparait souvent comme celui de l’empire universel, l’atteindre sur les terres symboliques du mystérieux prêtre Jean signifie s’assurer la même dignité que les anciens souverains irano-aryens associés au titre de « roi des rois ».

Pour revenir au sujet principal, dans le mythe des jumeaux aux origines de Rome, nous avons ainsi l’allusion à une nourriture surnaturelle venant de l’arbre – mais également de la louve. Le symbole de la louve, considéré dans son entièreté et dans tous les récits qui s’y réfèrent, a un caractère ambigu. Lucien et l’empereur Julien rappellent que, dans le monde antique, sur la base de la ressemblance phonétique entre les deux termes, l’idée du loup [lupo] et de la lumière [luce] sont souvent associées : lykos, qui en grec signifie loup, ressemble à lyke, lumière. Mais il existe également des figurations du loup en tant qu’animal infernal, en tant que force obscure. Le loup apparait ainsi sous un double aspect, symbole d’une nature féroce et sauvage et aussi symbole d’une nature lumineuse. Cette dualité est vérifiable non seulement dans la préhistoire hellénico-méditerranéenne mais également dans celle celtique et nordique. En fait, d’un côté, dans les cultes nordico-celtique et delphique, le loup est lié à Apollon, c’est-à-dire au dieu hyperboréen, nordico-aryen, simultanément conçu en tant que dieu solaire de l’âge d’or et associé significativement par Virgile à la grandeur romaine. Sur ce fondement, « fils du loup » était une désignation des peuples guerriers et héroïques d’origine nordico-germanique, désignation qui persista même à l’époque des Goths et des Nibelungen. D’autre part, toutefois, dans l’Edda, l’ « âge du loup » signifie un âge sombre, marquant l’époque de la survenue de forces sauvages et élémentaires, presque de la puissance du chaos, contre les forces des « héros divins » ou des Æsir.

Nous pouvons maintenant également certainement rapporter cette dualité au principe qui, selon la légende des origines, « alimenta » les deux jumeaux dans la mesure où nous le voyons reflété dans leur nature même, à savoir dans la dualité antagoniste de Romulus et Rémus, comme cela nous est rapporté par le mythe. Comme d’autres l’ont déjà relevé, ainsi en est-il du thème d’un seul principe duquel une antithèse se différencie, qu’elle soit décrite par l’antagonisme de deux frères ou jumeaux ou, en général, d’un couple, qui se trouve à nouveau dans de nombreuses traditions, et non pas rarement par rapport à des moments particulièrement significatifs des origines d’une civilisation, race ou religion données. Par exemple, nous nous souvenons que dans l’ancienne tradition égyptienne Osiris et Seth sont deux frères de la discorde – parfois conçus comme des jumeaux – et qu’un incarne la force lumineuse du soleil, l’autre un principe obscur, « infernal », dont la génération est appelée « fils de la révolte impuissante ». Est-ce que quelque chose de similaire ne transparait-il pas dans la légende romaine ? Romulus est celui qui délimite le contour de la cité au moyen d’un rite sacré et d’un principe de limite – d’ordre, de loi – ayant reçu le droit de donner son nom à la cité d’après l’apparition  du nombre solaire, des douze vautours. Rémus est au contraire celui qui viole une telle limite et est tué pour cette raison. On pourrait dire que la force primordiale des origines romaines se différencie ainsi et détruit la puissance « obscure » contenue en elle-même, affirmant dans son aspect lumineux d’ordre, de domination olympienne, la force guerrière purifiée.

Il y a eu des tentatives de percevoir dans le contraste entre Romulus et Rémus le reflet du contraste entre des forces raciales aryennes, ou du type aryen, et des types non-aryens ou pré-aryens opposés. Ce genre de recherche est sans aucun doute intéressant : problématique dans ses conclusions, si elle envisage de rester exclusivement sur le plan des faits matériels ou des preuves archéologiques et anthropologiques. Elle a de plus grandes possibilités si elle pénètre également le mythe et la légende afin d’extraire des éléments qui intègrent la recherche dans d’autres domaines. Naturellement, afin d’accomplir cela, elle doit également tracer un cadre général de divers aspects de la société romaine antique, en considérant, par exemple, avec plusieurs auteurs, quelque peu probable que le système social des castes de la Rome antique correspondait à un substrat racial.

Dans cet ensemble, il est intéressant d’examiner le lien entre les deux principes, dont les figurations symboliques pourraient bien être Romulus et Rémus, et les deux monts Palatin et Aventin. Le Palatin est, comme nous le savons, le mont de Romulus et l’Aventin celui de Rémus. Selon l’ancienne tradition italique, sur le Palatin, Hercule rencontra le bon roi Évandre (qui significativement édifia un temple à la déesse Victoria sur le même mont Palatin) après avoir tué Cacus, fils du dieu pélasgien (pré-aryen) du feu souterrain : et Hercule conquit et tua dans la caverne de Cacus, située dans l’Aventin, et érigea un autel au dieu olympien, auquel il était allié selon le mythe hellénique. Des chercheurs comme Piganiol soutiennent que ce duel entre Hercule et Cacus – avec l’opposition correspondante entre les monts Palatin et Aventin – pourrait être une transcription mythique de la lutte menée par des peuples de races opposées.

La légende mythique des origines de Rome est ainsi saturée d’une signification profonde. Le triomphe de Romulus et la mort de Rémus est la clef de l’origine cachée de la romanité – et le premier épisode d’une lutte spirituelle, sociale et raciale, extérieure et intérieure, dramatique, en partie connue, en partie toujours contenue dans les symboles ou les évènements non encore saisis dans leur aspect le plus essentiel – presque, dirons-nous : par rapport à la « troisième dimension » (3). Par cette lutte séculaire Rome s’élève progressivement et s’affirme dans le monde comme la manifestation triomphale d’un principe de lumière et d’ordre, d’une éthique et d’une vision du monde qui, dans leur forme originelle et non corrompue, sont le témoignage de l’esprit aryen. Et nous savons ce qu’est, selon la tradition la plus répandue, la conclusion de la légende des origines : c’est l’apothéose de Romulus, Romulus déifié, « il retourna de la terre aux cieux après que sa partie mortelle ait été détruite au moyen du feu éblouissant ».

Ainsi ce qui a été traité n’est ni de la fantaisie, ni de la poésie, ni de la rhétorique. Des explications analogues apparaissent dans les traditions de tous les peuples (4), selon une uniformité qui devrait mener chacun à la réflexion. Aussi, concernant Romulus, le mythe contient une confiance et une certitude spirituelle : il s’agit du sens d’une réalité qui, libérée de la personne et du symbole, ne fut pas qu’une fois mais sera toujours, et sera toujours présente, dans sa grandeur, par-delà l’histoire, dans la race qui sait comment se remémorer le « mystère ».

Julius Evola, Le razze e il mito delle origini di Roma, traduit de l’anglais par J. B. d’après http://www.gornahoor.net/?p=7707.

(1) Il semblerait en effet que cela soit le cas. Voir Arthur Kemp, The Children of Ra: Artistic, Historical, and Genetic Evidence for Ancient White Egypt ; March of the Titans: The Complete History of the White Race, chapitre 8 : Nordic Desert Empire — Ancient Egypt, http://marchofthetitans.com/2013/03/05/nordic-desert-empire-ancient-egypt/ ; Ancient White Egypt: “March of the Titans” Proven Right, http://marchofthetitans.com/2013/08/11/ancient-white-egypt-march-of-the-titans-proven-right/ ; DNA and Ancient White Egypt, http://marchofthetitans.com/2017/06/09/dna-ancient-white-egypt/.
(2) La divination et le prophétisme n’ont rien de typiquement aryen.
(3) J. Evola fait ici référence à la dimension « occulte » de l’histoire.
(4) Tout du moins de tous les peuples aryens.

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