Le zénith de la technique (2)

La chute de l’État mécanique

Si nous revenons en arrière afin de comparer la pensée du dix-septième siècle avec celle du dix-neuvième, de profondes différences entre les points de vue et les suppositions de leurs observateurs philosophiques sont immédiatement évidentes.

Nous trouvons dans tous les systèmes philosophiques du dix-septième siècle la notion d’équilibre. Nous trouvons les idées d’harmonie et de perfectibilité de façon récurrente partout dans la métaphysique, l’épistémologie, l’éthique et l’éducation. La pensée de Leibniz et Wolff est pleine de ces idées. L’entièreté de cette philosophie peut être considérée comme un système d’ajustement et de compromis. Même les souverains absolus de cette époque et les politiques de leurs États furent formés par ces idées. Dans la monadologie de Leibniz, la loi de causalité n’est toujours pas absolue, puisque sujette à des facteurs non déterminés par elle. Ces idées eurent des effets d’une grande ampleur. Car on peut dire que la pensée fondamentale d’une coopération harmonieuse entre tous les pouvoirs humains, l’idée d’une harmonie préétablie de la raison humaine, est toujours à la base de la philosophie de Kant, bien que Kant lui-même fut hostile à la philosophie de Leibniz et de Wolff. La chaleur humaine des idées du dix-septième siècle irradie toujours dans la froideur, la rigueur et le détachement scientifique de la pensée kantienne. La raison, l’intellect, le jugement sont les points de départ de Kant, et leur portée ainsi que leurs limites sont l’objet de sa recherche épistémologique.

Cependant, à partir de Kant, la philosophie du dix-neuvième siècle assume de plus en plus le caractère d’une philosophie de la volonté. Nous trouvons peu de préoccupation de la volonté humaine dans la pensée de Kant, moins encore que dans celle de Luther, dont l’essai De servo arbitrio fait partie des écrits fondamentaux du protestantisme. Mais Schopenhauer déclara la volonté humaine être « la chose en soi ». Cette identification aurait été incompréhensible à Kant, car Kant déclarait qu’il est impossible de comprendre et de définir la nature des choses « en soi ». L’idée de la suprématie de la volonté humaine culminera dans la « volonté de puissance » de Nietzsche. Que la puissance soit avant toute chose le but de la volonté fut clamé par Nietzsche avec autant de passion que cela fut nié par Schopenhauer. La manière dont Nietzsche fit campagne pour son idée de volonté de puissance rappelle celle de Calliclès dans Gorgias de Platon.

La philosophie de la volonté a des prémisses et des conséquences particulières. Il est en premier lieu évident que ces anciennes idées de perfectibilité, d’harmonie et d’équilibre ne peuvent être conciliées avec elle. Car si nous commençons par la volonté, tout est mis en mouvement. La pensée devient dynamique ; elle est portée par le mouvement. Mais vers quel but ?

Que la volonté pure connait des limites doit toujours être reconnu. A posse ad esse non valet consequentia (« De la possibilité d’une chose on ne doit pas conclure à son existence. ») Le succès, par exemple, ne dépend pas exclusivement de la volonté, même les plus grands efforts de la volonté ne peuvent le forcer. Le geste accompli et parfait se distingue plutôt par le fait qu’en lui l’effort disparaît. Les grandes œuvres d’art, par exemple, apparaissent toujours sans effort ; dans une excellente peinture, une superbe statue, l’effort artistique et la création minutieuse s’effacent devant la perfection de l’ensemble. La volonté et le succès  ne sont pas identiques, et par conséquent la volonté de puissance en elle-même n’accomplit pas tout. Elle peut échouer, elle peut aller à la ruine, et cela se produit en particulier quand elle n’est pas en accord avec la nature humaine de laquelle elle naît. Elle peut mener à une simple caricature de la puissance, à une distorsion montrant que peu ou rien n’a résulté de tous les efforts voulus. Ce qu’accomplit une telle volonté de puissance exagérée est comme l’œuvre d’un mauvais artiste qui veut dépeindre la force. Dans le but de créer l’impression d’une force extraordinaire, il exagère tous les muscles et les proportions à l’exception de la proportion fondamentale de laquelle seule la puissance d’un personnage peut devenir manifeste sans effort. L’affirmation d’une volonté de puissance omniprésente reste de guingois à moins que l’autorité supérieure n’ait été établie, sans laquelle cette volonté de puissance ne peut être ni convaincante ni fructueuse.

La surévaluation de la volonté contient en elle-même un élément destructeur. Elle implique une surestimation du mouvement, de l’action directe, du type humain qui suit aveuglément son instinct, de la vitalité pure de la vie. Les mouvements imposés par la volonté pure tendent également à devenir mécaniques et non libres, parce qu’ils sont de toute façon voués à échouer concernant les objectifs qu’ils poursuivent. Mais cette pensée dynamique n’est en aucun cas un signe d’une force physique exubérante, pas plus qu’elle n’est un signe d’une riche personnalité, débordante d’idées. Il est au contraire profondément significatif que notre idée de la plus haute puissance soit celle d’un calme divin, et que nous associions le sublime, non pas au mouvement, mais à la majesté qui règne dans le repos. La volonté de puissance, au contraire, lutte pour la puissance, parce qu’elle ne l’a pas. C’est une volonté médiocre ; c’est pourquoi elle est si avide de puissance.

Les philosophies qui font de la volonté humaine la mesure de toute chose sont toujours liées à des époques de bouleversement, lorsque la pensée humaine est affectée par des actes destructeurs. De servo arbitrio de Luther et Essai d’inversion de toutes les valeurs de Nietzsche sont caractéristiques à cet égard. Leur justification repose sur la reconnaissance d’un état destructeur dans les affaires humaines. Cette reconnaissance soulève aujourd’hui des questions décisives. Qui est le destructeur ? Qu’est ce qui est détruit ? Quelle est l’ampleur de cette destruction ? Dans quel ordre et dans quelle direction la destruction procède-t-elle ? Où sont les éléments d’un nouvel ordre qui condamnent l’ancien ordre à la destruction ? Finalement – et c’est ce qui concerne notre sujet – quel est le rôle de la technologie dans cette destruction ?

La technologie, comme toute observation le prouve, est complètement intégrée à notre époque. Elle a créé une nouvelle organisation rationnelle du travail. Elle étend cette organisation par le biais de cet automatisme mécanique qui est le signe de sa perfection croissante. Elle est une force changeante, transmutante, destructrice. Elle convient parfaitement à notre époque, non parce qu’elle contient les éléments d’un nouvel ordre, mais parce qu’elle est l’instrument le plus efficace pour se débarrasser de l’ancien ordre, pour le nivellement des différenciations préexistantes, pour une égalisation fondamentale. Car il s’agit de la manière dont elle fonctionne, de par sa lutte pour l’égalité arithmétique, c’est-à-dire mécanique – pour utiliser un concept platonicien.

Puisque toutes les choses mécaniques exploitent des forces élémentaires, nous savons avec certitude que dans un état de technologie perfectionnée l’espèce humaine exploitera un maximum de forces élémentaires. Nous touchons ici à la limite du progrès technique. Nous percevons une ultime barrière à son avancée. Car rien n’est plus certain que le fait que l’homme moderne, dans sa lutte pour la puissance, utilisera résolument ces forces qu’il a assujetties avec vigueur.

En d’autres termes, le surplus de forces élémentaires que l’homme a obtenu par son exploitation destructrice de la nature se retourne ainsi contre lui et menace de le détruire. Dans les termes d’une langue ancienne, il s’agit de la vengeance d’esprits élémentaires que le magicien moderne a évoqués. Avec une hostilité qui n’est plus déguisée, les forces élémentaires accumulées exploitées dans nos machines se rebellent contre leurs maîtres. Il s’agit de la régression qui a lieu exactement dans la mesure même du progrès technologique.

En examinant ensuite les zones menacées de façon prééminente par la destruction, c’est-à-dire les zones de peuplement les plus denses et les plus industrialisées, nous percevons la direction de la régression destructrice et ses relations. Et alors seulement l’aspect « démonique » de cette régression devient pleinement manifeste. Le temps mort que nous pensions pouvoir commander et pouvoir mettre à notre service à volonté, ce temps mort enchaîne maintenant fermement l’homme moderne au moyen des machines qu’il domine. Il se moque du travailleur ; il l’enferme derrière les mêmes barreaux qu’il lui a fabriqués. Le temps mort apparaît en théorie être une quantité indéfinie, incommensurable. Mais quand il entre en conflit avec le temps biologique de la vie humaine, quand notre temps vital devient esclave du temps mécanique, cela marque la fin de tout loisir, la fin de tout temps humain. De cette manière le monde entier a également rétréci ; tout d’un coup il a semblé qu’il n’y avait plus d’espace vital là où il semblait autrefois être sans limite (1).

La pensée mécanique ne se réduit jamais à violer ce qui est mort ou ce qu’elle croit être mort. Si l’univers était vraiment de cette docilité sans vie que la pensée mécanique présuppose, alors essayer de perfectionner la technologie serait une entreprise tout-à-fait sûre. Mais partout où se trouve quelque chose sans vie, se trouve également quelque chose de vivant. Nulle part ne se trouve la mort sans la connotation de la vie, puisque l’une est dénuée de sens et inconcevable sans l’autre. C’est la raison pour laquelle tout ce qui est mécanique réduit profondément ce qui est vivant. Peu importe où la technologie applique ses mécanismes et son organisation dans la nature, elle organise simultanément la résistance à sa propre imposition, et la force de cette résistance frappe l’homme avec une précision chirurgicale, avec l’exactitude oscillatoire d’un balancier dans ces horloges qui mesurent le temps sans vie. Comme les Anciens disaient : Les démons sont généralement endormis ; celui qui a l’audace de les réveiller doit en premier lieu entrer dans leur sphère. Si nous adoptons cet avis, il n’y a aucun doute quant au fait que les démons sont aujourd’hui pleinement éveillés (2).

Dans cette optique, l’anxiété et la peur de la destruction noircissent l’esprit de l’homme moderne. Il le sent dans ses nerfs car ils sont devenus plus sensibles, un phénomène qui est étroitement lié à une certaine perfection de la technologie. Vivant comme il le fait avec la prémonition d’une catastrophe imminente, l’homme moderne est effrayé par un quelconque bruit inconnu. Car lorsque notre raison devient impuissante, elle tourne de plus en plus autour de la catastrophe. La catastrophe est l’évènement qui obsède l’esprit humain quand cet esprit ne perçoit plus une échappatoire, quand il cède à la peur au lieu d’utiliser sa sagesse. C’est pourquoi les théories de la catastrophe et leurs porte-paroles surgissent partout de nos jours. Elles masquent leur désespoir psychologique par des doctrines d’âge des glaces imminent ou d’inondations cataclysmiques. Elles font tomber la lune sur la Terre ; elles prédisent la fin de la civilisation, et affirment que la prochaine guerre signifiera la fin de tout. En réalité, cependant, rien ne touche à sa fin ; ils sont seulement au bout de leur sagesse et se plongent par conséquent dans le désespoir. La catastrophe mondiale est un évènement imaginaire projeté dans le futur par un esprit devenu sans espoir. Il est bien sûr certain que nous devons tous mourir, et il n’y a pas besoin d’être un prophète pour prévoir les grands bouleversements et changements du futur. Mais le pouvoir de la mort se manifeste alors seulement en relation avec la vie. Il y eut de tout temps une relation exacte entre la destruction réelle et ce qui est prêt à être détruit. Et il s’agit d’un état des choses que les efforts humains ne peuvent changer.

Comme cela a déjà été mentionné, le progrès de la science et de l’exactitude du savoir scientifique sont possibles seulement selon l’hypothèse de base selon laquelle les lois de la nature avec lesquelles le scientifique doit travailler sont inaltérables. L’expérience perdrait toute autorité pour lui si elle ne pouvait être répétée indéfiniment, si la réponse à une question donnée ne restait pas la même une fois établie. Le savoir scientifique progresse au moyen d’un milieu mort et rigide, et la science vieillit avec ce savoir. Il se déplace uniformément vers un mécanisme strict, qui répète tous les mouvements uniformément. Le monde est une machine, l’homme un automate. La machine que le technicien conçoit ne fait qu’imiter cette machine universelle, cette super-machine qui sert de force motrice à tous ces pistons, roues, chaînes d’entrainement, tourniquets grâce auxquels les travaux de la technologie sont bâtis. La science qui est coordonnée à la technologie est causale ; elle découle de toutes les observations que nous avons été capables de relever dans le mécanisme causal de la nature. Au fur et à mesure que ce savoir s’étend et produit de grands travaux, il devient de plus en plus évident que ce savoir se meut inéluctablement sur les rails que la pensée mécanique lui a tracés. Car le progrès technique, par sa nature même, mène à cette mécanisation complète qui assujettit l’individu à la même contrainte. Le temps sans vie vient à l’avant-plan. La vie devient subordonnée à un automatisme omniprésent qui la règle.

[…] (3)

Alors que cet examen touche à sa fin, permettez-nous de jeter un dernier regard au mythe symbolique de Prométhée. La vision que les anciens mythes donnent de l’homme créateur de gadgets est résolument défavorable. Elle aurait été encore plus adverse aux puissants explosifs et au moteur à combustion interne de l’homme moderne.

Nous nous rappelons que Prométhée, le plus sage des titans, se fit le protecteur de l’homme créateur de choses, mais il échoua dans sa révolte contre les dieux. Que Prométhée dut voler le feu aux dieux et que c’est précisément ce vol qui provoque leur courroux contre les titans et les hommes est une caractéristique de la plus grande importance.

Quel type de feu apporte-t-il sur Terre dans la tige creuse d’une férule commune ? Le mythe est vague quant au lieu où il le déroba, mais le navire qu’il utilisa fait allusion au fait que ce feu ne provint pas de la forge d’Héphaïstos mais du Soleil – que ce que Prométhée vola faisait partie du grand feu solaire. Quelle est la signification du vol ? La vie est impensable sans le feu solaire. Le courroux des dieux ne peut alors pas avoir été provoqué par le fait que Prométhée ait essayé d’apporter ce feu à l’homme en tant qu’élément donnant la vie, car le Soleil est toujours parvenu à l’homme en tant que tel ; il n’y avait pas besoin de le voler. Non, le courroux des dieux fut provoqué par quelque chose de très différent, à savoir par l’asservissement du feu sacré que Prométhée osa perpétrer. Ce fut un acte de profanation, une entreprise des plus dangereuses. La raison pour laquelle ce vol a si fortement et longtemps fasciné l’esprit humain repose dans ce pouvoir sacré, sanctifiant, purifiant, d’expiation de la flamme (4).

Nos moteurs modernes ne sont pas alimentés directement par l’énergie solaire. Il est peut-être significatif que les nombreuses tentatives faites pour exploiter directement l’énergie solaire afin de produire de la vapeur, par exemple, ont jusqu’à présent échoué. Ce que notre technologie dérobe et exploite sont les réserves dans lesquelles l’énergie solaire sommeille sous des formes transmutées, comme le charbon et le pétrole qui sont saturés de feu solaire (5). Le feu de la forge, le premier feu de la technologie provient ainsi de la Terre. L’alchimie symbolisera plus tard l’esprit de ce feu dans la « salamandre ». C’est à partir du feu terrestre et avec lui que la technologie débute (6). Elle rend dès le début ce feu subordonné à la construction d’appareils qui d’une manière ou d’une autre sont exploités par le feu. L’ensemble de notre personnel technique se ramifie à partir des forgerons. De là apparurent les serruriers puis, dans les premiers âges de la spécialisation technique, tous ces techniciens dont le nombre est aujourd’hui légion.

C’est l’âge de fer qui règne maintenant.
Les hommes ne cesseront plus désormais,
et le jour et la nuit,
de se consumer en peines et en travaux.
– Hésiode.

Héphaïstos lui-même est un patron de l’homme, le créateur. Il est aussi couvert de suie, en sueur et pâle que le sont tous les forgerons, dont la peau pâlit sous le rayonnement des flammes.

Pourquoi boîte-t-il, pourquoi Wieland boîte-t-il ? Et pourquoi l’artisanat des forgerons est-il enseigné par des nains, des créatures difformes et estropiées ? Parce que leur relation avec les trésors des gouffres, des grottes, des entrailles des montagnes où les métaux reposent, était autrefois considérée comme illicite et sacrilège. Pourquoi une ancienne crainte est-elle attachée à l’art du travail des métaux ? Pourquoi est-ce que les mythes rapportent tellement de mauvais actes et de désastres à cet artisanat, depuis Dédale ? (7)

Les dieux n’aiment manifestement pas l’homme créateur ; ils s’opposent violemment à lui à certains moments, tandis qu’à d’autres moments ils en souffrent en tant que personnage à moitié burlesque à leur côté, comme Héphaïstos. Ils défont la révolte et la prétention des titans. Mais toute technologie vient d’un terreau titanique, et l’homme créateur est toujours de la race des titans. Et nous le rencontrons ainsi tout d’abord dans les paysages volcaniques. De sa parenté titanique vient son amour de l’énorme, du gigantesque, du colossal ; sa joie dans les grands travaux qui impressionnent par leur quantité et leur masse, par l’immensité de leur matière empilée. Ce trait, d’ailleurs, explique pourquoi l’homme technicien manque si souvent du sens de la beauté et des proportions ; il n’est pas artiste.

Le mythe de la bataille des titans et le mythe de Prométhée nous racontent comment les Hellènes, le plus artiste de tous les peuples (8), les familiers de la beauté de la règle du nombre d’or, surmontèrent la tentation de s’allier avec les titans (9). Et il ne fait aucun doute que ce mythe décrivit une fois pour toutes le rôle comparativement modeste de la machine dans l’antiquité. Son industrie sans répit, son activité affairée, sa soif excentrique de puissance font de l’homme le créateur de gadgets haineux des dieux. La majesté de Zeus est la plénitude de l’être, la force tranquille. La force de Prométhée, en revanche, repose sur le soulèvement rebelle, sur l’envie de renverser Zeus de son trône d’or, de chasser tous les dieux, et de se rendre maître du monde.

Symboliquement parlant, le technicien est également estropié dans sa pensée. Il est borgne comme tout cyclope. Son empirisme à lui seul l’indique. Il ne s’embarrasse pas de se demander où tous ses efforts mèneront en fin de compte. Sa factualité consiste précisément à éviter cette question, parce qu’elle réside en dehors du domaine de son travail. Nous pouvons attendre de lui une pensée technique, le type que le savoir spécialisé peut produire, mais nous ne devons attendre de lui aucune sagesse en dehors du champ technique. Sa préoccupation des faits non seulement l’empêche de penser à lui-même ; elle entrave aussi son approche d’une sagesse plus spirituelle qui ne peut pas se réduire à des mécanismes.

Sa lutte pour la puissance a tout de même des limites que nous pouvons définir, puisque nous pouvons délimiter les zones dans lesquelles la technologie présente, presque parfaite, est efficace. Le pillage qui est inséparable de son gaspillage insouciant et impitoyable des hommes et des matériaux ne peut pas se poursuivre encore longtemps. Il s’achève par l’épuisement de ces réserves sur lesquelles repose ce progrès technique consommateur. Nous rencontrons souvent une tendance à représenter ces réserves comme inépuisables, mais une telle affirmation est contredite par le rationalisme de son exploitation. Car cette rationalisation est le meilleur critère du déclin des ressources naturelles (10). Tous les calculs à propos des réserves souterraines sont quelque peu questionnables, et ils restent questionnables même si les statistiques en tant que telles sont hors de tout doute. Car ce que toutes ces statistiques négligent est le fait que parmi ces ressources consommées par le progrès technique se trouvent les ressources humaines. Elles échouent à prendre en considération les limites de l’expansion technologique, limites qui sont fixées par des forces destructrices, qui s’érigent contre l’homme et ses travaux dans la mesure même où ces forces élémentaires sont exploitées dans nos machines. Elles oublient, finalement, que l’organisation humaine est étroitement liée à l’existence de richesses non organisées, à savoir, que nous nous organisons afin d’exploiter de telles richesses. Toutefois, une fois que les richesses non organisées s’approchent de l’épuisement, l’organisation humaine devient malade, devient une fin en soi, croît cancéreusement et sans limites ; à la fin elle détruit tout ce qui n’est pas organisé.

Aucune invention humaine ne pourrait possiblement abolir la réciprocité entre la progression mécanique et la régression élémentaire. Avec cette réciprocité à l’esprit, nous tenons un critère avec lequel mesurer ces grands espoirs et attentes qui sont actuellement placés dans les inventions mécaniques nouvelles et sans précédent. Une de celles-ci est la prétention que le progrès technique alimentera, par exemple, par la fission nucléaire, l’homme en énergie à une échelle insondable, que l’homme réussira à exploiter les forces élémentaires bien au-delà de tout ce qui a été connu jusqu’ici. Les espoirs d’exploiter de telles forces ne sont peut-être pas utopiques. Ce qui est complètement utopique est l’optimisme naïf sur lequel de telles spéculations se basent, et l’innocence avec laquelle elles sont présentées. Y a-t-il quelque chose que l’homme devrait davantage craindre, quelque chose qui pourrait devenir plus terrible que de telles découvertes et inventions ? Quelles possibilités destructrices s’ouvrent là où de telles inventions sont mises au point (11) ! La science fiction, pour laquelle ce genre d’invention est favori, nous présente habituellement un noble héros qui utilise la nouvelle force au bénéfice de tous les hommes. Même s’il en était ainsi, qu’est-ce qui pourrait être plus odieux que l’idée que l’usage d’une telle invention dépende de la volonté d’un seul homme ? Ne devrions-nous pas le craindre, aussi noble soit-il, bien plus que le criminel le plus vicieux et inhumain ? Placer de tels pouvoirs entre les mains d’un seul homme est une pensée plus inhumaine que n’importe quel crime humain.

La soif de puissance de la technologie est intacte. Nous observons chaque jour à quel point son fer de lance porte plus loin, et à quel point ses organisations s’étendent constamment. Les relations entre la technologie et l’État changent au cours de cette course offensive. L’État lui-même est maintenant conçu par la technologie comme une organisation qui doit être amenée à la perfection, qui doit être contrôlée par un automatisme parfait. Le technicien affirme que l’État peut correctement remplir sa tâche seulement quand il devient organisé sur une base complètement technique, quand l’idée de l’État et de son but sont organisés en un fonctionnalisme centralisé, une machine universelle à laquelle rien n’échappe.

Mais cette définition anéantit précisément l’essence même de l’État. Car ce qui est indispensable à l’État est ce qui n’est pas l’État, ce qui ne peut jamais devenir l’État. Ce quelque chose par lequel seul l’État peut être un État est le peuple. Le peuple peut très bien être conçu comme le porteur de l’État ; il y a toutes sortes de relations entre le gouverné et le gouvernement ; mais le peuple ne peut en aucun cas être l’État. L’idée même de l’État est invalide et vide une fois que s’effondre cette base sur laquelle l’État est bâti. L’organisation technique de l’ensemble du peuple au point où aucun secteur de la vie ne reste inorganisé, entraîne en fin de compte la chute de l’État.

Friedrich G. Jünger, Die Perfektion der Technik, traduit par J. B. d’après The Failure of Technology, Gateway, 1956, p. 173-189.

(1) En parallèle à la massification urbaine de la populace survient de surcroît la multiplication et la popularisation des moyens de transport puisqu’une populace cosmopolite, si elle est certes massifiée, est corollairement nomade, et par conséquent mouvante. Ainsi s’explique le développement de voies de communication de masse à grande vitesse, dont les transports en commun.
Aux voies de communication de masse s’ajoutent les réseaux de télécommunication chargés d’élargir le cosmopolitisme au plan virtuel et de le faciliter sur le plan réel. [N. d. T.]
(2) Et la populace pleinement possédée. [N. d. T.]
(3) Nous n’avons pas jugé pertinent de publier cette partie du texte. Par soucis d’honnêteté, nous la reproduisons toutefois en note ci-dessous.

La science peut être assimilée à un énorme monastère dont les innombrables cellules sont des alcôves dans lesquelles l’homme travaille (a). Il est vrai qu’il ne s’agit pas d’un couvent de dévots se préparant au paradis (b). Ces hommes ne sont également pas voués au célibat. On ne peut pourtant pas nier que dans la passion du dévot pour la science, réside quelque chose d’ascétique, de monachique, une certaine stérilité de l’homme charnel (c). Le monde de la science est une hiérarchie de ceux qui sont les pères de ses grandes idées ; il est en tant que tel inviolablement masculin (d). Toute pensée rationnelle, si l’on retrace son origine, remonte à un homme. D’où que non seulement la pensée scientifique mais également la pensée technique sont essentiellement paternalistes (e). Avec son grand respect des idées, le scientifique cherche à établir et à assurer leur paternité, et il s’agit d’une raison supplémentaire pour laquelle il vit dans une hiérarchie paternaliste (f). Dans n’importe quel domaine où la rationalité de la science peut s’appliquer, il s’agit toujours d’une rationalité causale. Celui qui n’est pas capable de penser rationnellement et causalement ne peut pas faire de sciences exactes. C’est pourquoi les femmes sont largement exclues de la science ; ce ne sont pas leurs affaires (g). Les femmes qui pénètrent la cellule du travail scientifique sont comme des travailleuses asexuées dans une ruche. Il y a bien sûr des bas-bleus scientifiquement doués, tout comme celles qui se glissent dans les vêtements des hommes. Mais, contrairement à la ruche, la travailleuse est ici l’exception et non la règle (h).

L’adage Mulier taceat in ecclesia (Que les femmes se taisent dans les assemblées) s’applique également à la science. Tout ce qui est matriarcal est très éloigné de la science et doit en être gardé à l’écart, car si jamais la pensée féminine prenait le dessus, elle détruirait la science elle-même ; elle briserait la force de la pensée rationnelle. Les femmes ne sont en règle générale pas scientifiquement créatives, pas plus qu’elles ne sont des inventeurs ; notre technologie n’est pas de leur cru. (i)

Les femmes ne sont pas de cette espèce créatrice de gadgets à laquelle le technicien appartient. Elles ne sont pas non plus des mécaniciennes, servantes adaptées à la machine (j). Le progrès technique, qui favorise l’émancipation de la femme dans le but de l’absorber en tant que travailleuse dans son organisation, la prive non seulement de son pouvoir féminin, mais porte également atteinte à sa raison d’être (k). La vue de femmes employées dans des activités techniques a toujours quelque chose d’incongru. Laurence a fait remarquer à juste titre qu’on laisse la femme derrière soi quand on va à la machine (l). Et en effet, pourquoi les femmes devraient-elles bricoler avec les machines ? Leur point fort réside ailleurs. Les femmes appartiennent avant tout à l’aspect procréateur de l’existence (m), tandis que les machines nous confrontent à un monde mort d’automates stériles et asexués (n). La machine n’est pas de la matière animée comme le golem de la saga juive. Elle n’est pas de l’argile animée par la magie d’un rabbin savant (o), pas plus qu’elle n’est un esprit créé par l’homme, un homoncule. Elle est un automate mort, un robot, répétant inlassablement et uniformément la même opération. Elle est aussi rationnelle qu’un mécanisme peut l’être, et la précision mécanique avec laquelle elle fonctionne présuppose un esprit travaillant avec une exactitude mécanique, tel qu’il a été décrit par Baudelaire dans un vers amer bien applicable au technicien :

Cette crapule invulnérable
Comme les machines de fer,
Jamais, ni l’été ni l’hiver,
N’a connu l’amour véritable.
(a) La science est devenue une religion abrahamique à part entière, avec son dieu (Prométhée ou, pour remonter à la source, la déesse mère (*), dont il est un agent (**)), ses idoles, son clergé, ses lieux de culte, ses écoles, ses dogmes, ses croyances, sa liturgie, ses courants, ses sectes et sectateurs que sont les scientistes.
(*) Voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2016/08/19/isis-1/.
(**) Voir note 4.
(b) Mais préparant l’établissement du prétendu paradis terrestre sémitique, féminin.
(c) Il est vrai que les produits de la science appliquée ont fortement contribué à l’augmentation du célibat, de l’infécondité, de l’infertilité masculine, de l’impuissance et de l’androgynie masculine (de par leur pollution ostrogénique et anti-androgénique), au détriment de l’homme et au bénéfice de la femme.
Quant à ce qu’est l’ascétisme, voir Julius Evola, La Doctrine de l’Éveil, Archè, Milan, 1991, premier chapitre.
(d) Il serait plus juste de dire que le monde de la science (appliquée) est une hiérarchie d’entreprises et d’ « hommes » d’affaires ayant réussi à imposer leurs produits et services ; en cela, il est inviolablement féminin, puisque la recherche de l’enrichissement personnel n’a rien de viril.
Quant aux individus impliqués dans les sciences appliquées pour des motifs autres que financiers, il en va de même puisque la volonté de changement est également féminine.
(e) En quoi que toute pensée rationnelle soit d’origine masculine expliquerait-il que la pensée scientifique et technique soit paternaliste ?
(f) L’individu affairé dans les sciences appliquées cherche à établir la « paternité » de ses inventions  dans le but d’empêcher autrui de se les approprier, ce afin de s’enrichir. Quel est le rapport avec une hiérarchie paternaliste ?
(g) Toujours est-il que la part des femmes n’a cessé de croître dans le monde « scientifique ». Une des raisons qui expliquent ceci  tient à la nature foncièrement cérébrale de la femme, et également au fait que les sciences appliquées ne requièrent pas d’activité physique.
Notons leur part particulièrement importante dans tous les domaines liés à la psychologie, qui en vient à réduire la psyché à un mécanisme, notamment afin de faire des affaires.
(h) La comparaison à la ruche est pertinente, puisqu’il s’agit d’un matriarcat. Peu importe que la science appliquée soit la vocation de femmes ou d’hommes féminins, puisqu’elle contribue à la transformation des sociétés jadis blanches et patriarcales en une grande ruche négro-asiatique matriarcale.
Quant à l’androgynie, il s‘agit d’un « idéal » féminin, voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2016/08/19/isis-1/, note 104c.
(i) La pensée féminine, qui pourtant n’a cessé d’être imposée (nous écrivons bien « d’être imposée » et non pas « de s’imposer ») aux peuples blancs, n’a nullement mené à la disparition de la pensée « scientifique », bien au contraire. Cette dernière est devenue un puissant auxiliaire de la première ; et c’est bien pour cette raison que le « progrès » technologique est ardemment soutenu par la femme et l’homme féminin. La matriarcalisation de l’Europe va ainsi de pair avec le développement des « sciences », ce qui est présenté comme un « progrès inéluctable » par les ennemis de la race blanche, suivant leurs objectifs.
Le développement de la technologie n’a cessé de donner des pouvoirs à la femme et de permettre son « émancipation », ainsi que de réduire l’homme à l’impuissance et d’entrainer sa féminisation physique et psychique. Ce qui en dernier lieu revient à l’asservissement de l’homme par la femme.
Il ne faut pas non plus oublier que le « progrès » technologique pourrait aboutir à la parthénogénèse.
Il apparait donc clairement que la technologie est un des moyens visant à la mise en place subreptice et pernicieuse du matriarcat dans les sociétés jadis blanches et patriarcales.
(j) Le « progrès » technique a mené à une mécanisation, une machinisation et une informatisation des secteurs du primaire, du secondaire et du tertiaire, ce qui ne peut que bénéficier aux femmes et explique leur part sans cesse croissante dans le secteur du tertiaire.
Si les femmes ne sont certes de manière générale pas créatives mais destructrices – tout du moins vis-à vis de tout ce qui peut être aryen ; à ce sujet, voir https://www.youtube.com/watch?v=UxpVwBzFAkw et https://www.youtube.com/watch?v=kOMkl3ApTK0 -, reste que les produits de la science appliquée, dont elles sont friandes, leur ont avant tout profité, car dans le virtuel, elles se sentent comme chez elles.
(k) Il serait bien étrange que l’ « émancipation » de la femme la prive de son pouvoir ; tout du moins pas par rapport à l’homme en tout cas, tout au contraire.
À ce sujet, voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2017/04/19/lamazonisme-et-son-maitre/.
(l) Disons plutôt qu’on laisse l’homme derrière soi quand on va à la machine.
(m) La femme ne donne pas la vie, l’homme la donne en fécondant la femme.
De plus, la « science » a mis à la portée de la femme les ignobles banques de sperme et les monstrueuses affaires des « mères porteuses », sans compter la parthénogénèse.
Encore une fois, le « progrès » technologique porte atteinte à l’homme tandis qu’il donne des pouvoirs à la femme.
(n) Les automates asexués nous ramènent au matriarcat. Voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2016/12/22/la-deesse-mere-et-ses-homosexuels/, note 13b.
(o) N’oublions pas que les « scientifiques » essaient de falsifier et contrefaire la vie en l’altérant par le biais de la technologie, afin de créer de monstrueuses chimères sorties tout droit de leur psyché féminine tellurico-lunaire.
(4) Pour être plus précis, le mythe de Prométhée se réfère à la lutte entre matriarcat non blanc et patriarcat aryen.
Voir Paul Lafargue, Le Mythe de Prométhée, https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1909/00/laf_19090000j.htm.
Il convient de ne pas tenir compte de l’évolutionnisme et du matérialisme historique du texte.
Ajoutons que l’auteur fait comme si les Hellènes d’origine aryenne étaient les descendants des populations pélasgiennes préhelléniques non blanches. Ce n’est évidemment pas le cas et la venue des premiers explique précisément le passage d’une société matriarcale à une société patriarcale ; la lutte entre titans et dieux olympiens étant celle entre dieux pélasgiens et dieux helléniques. [N. d. T.]
(5) L’auteur veut certainement dire de feu tellurique. Le charbon et le pétrole sont issus respectivement pour l’un de la dégradation de la matière organique de végétaux et pour l’autre de la décomposition de la matière organique de végétaux et d’animaux. [N. d. T.]
(6) « Dans les régions du Sud, il était au contraire naturel que l’objet de l’expérience la plus immédiate ne fût pas le principe solaire, mais ses effets, dans la luxuriante fertilité liée à la terre; que donc le centre se déplaçât vers la Mère Terre comme Magna Mater, le symbolisme vers des divinités et entités chthoniennes, les dieux de la végétation et de la fécondité végétale et animale, et que le feu passât, d’un aspect divin, céleste et bénéfique, à un aspect opposé, « souterrain », ambigu et tellurique. »
Julius Evola, Révolte contre le monde moderne, chapitre Nord et Sud.

Au demeurant, il va de soi que les produits de la « science » appliquée, qui trouvent leur origine dans l’exploitation du feu souterrain, des minéraux souterrains, des métaux souterrains, des hydrocarbures souterrains, aient une nature intrinsèquement tellurique. [N. d. T.]
(7) Il est intéressant de noter, eu égard aux considérations suivantes, que les ordinateurs, vecteurs de la virtualisation du monde, se composent principalement et fondamentalement de minéraux et de métaux.

« D’autre part, le cube est au contraire la forme la plus « arrêtée » de toutes, si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est-à-dire celle qui correspond au maximum de « spécification » ; aussi cette forme est-elle celle qui est rapportée, parmi les éléments corporels, à la terre, en tant que celle-ci constitue l’« élément terminant et final » de la manifestation dans cet état corporel ; et, par suite, elle correspond aussi à la fin du cycle de manifestation, ou à ce que nous avons appelé le « point d’arrêt » du mouvement cyclique. Cette forme est donc en quelque sorte celle du « solide » par excellence, et elle symbolise la « stabilité », en tant que celle-ci implique l’arrêt de tout mouvement ; il est d’ailleurs évident qu’un cube reposant sur une de ses faces est, en fait, le corps dont l’équilibre présente le maximum de stabilité. Il importe de remarquer que cette stabilité, au terme du mouvement descendant, n’est et ne peut être rien d’autre que l’immobilité pure et simple, dont l’image la plus approchée, dans le monde corporel, nous est donnée par le minéral ; et cette immobilité, si elle pouvait être entièrement réalisée, serait proprement, au point le plus bas, le reflet inversé de ce qu’est, au point le plus haut, l’immutabilité principielle. L’immobilité ou la stabilité ainsi entendue, représentée par le cube, se réfère donc au pôle substantiel de la manifestation, de même que l’immutabilité, dans laquelle sont comprises toutes les possibilités à l’état « global » représenté par la sphère, se réfère à son pôle essentiel ; et c’est pourquoi le cube symbolise encore l’idée de « base » ou de « fondement », qui correspond précisément à ce pôle substantiel. Nous signalerons aussi dès maintenant que les faces du cube peuvent être regardées comme respectivement orientées deux à deux suivant les trois dimensions de l’espace, c’est-à-dire comme parallèles aux trois plans déterminés par les axes formant le système de coordonnées auquel cet espace est rapporté et qui permet de le « mesurer », c’est-à-dire de le réaliser effectivement dans son intégralité ; comme, suivant ce que nous avons expliqué ailleurs, les trois axes formant la croix à trois dimensions doivent être considérés comme tracés à partir du centre d’une sphère dont l’expansion indéfinie remplit l’espace tout entier (et les trois plans que déterminent ces axes passent aussi nécessairement par ce centre, qui est l’« origine » de tout le système de coordonnées), ceci établit la relation qui existe entre ces deux formes extrêmes de la sphère et du cube, relation dans laquelle ce qui était intérieur et central dans la sphère se trouve en quelque sorte « retourné » pour constituer la surface ou l’extériorité du cube. »
René Guénon, Le règne de la quantité et les signes des temps, chapitre De la sphère au cube.

« Par contre, quand il ne s’agit que d’un usage profane des métaux, et étant donné que le point de vue profane lui-même a nécessairement pour effet de couper toute communication avec les principes supérieurs, il n’y a plus guère que le côté « maléfique » des influences correspondantes qui puisse agir effectivement, et qui se développera d’ailleurs d’autant plus qu’il se trouvera ainsi isolé de tout ce qui pourrait le restreindre et lui faire équilibre ; et ce cas d’un usage exclusivement profane est évidemment celui qui, dans le monde moderne, se réalise dans toute son ampleur.

Nous nous sommes surtout placé jusqu’ici au point de vue de la « solidification » du monde, qui est d’ailleurs celui qui aboutit proprement au « règne de la quantité », dont l’usage actuel des métaux n’est encore qu’un aspect ; ce point de vue est, en fait, celui qui s’est manifesté en toutes choses de la façon la plus apparente jusqu’au point où le monde en est arrivé présentement. Mais les choses peuvent aller plus loin encore, et les métaux, du fait des influences [210] subtiles qui y sont attachées, peuvent aussi jouer un rôle dans une phase ultérieure tendant plus immédiatement vers la dissolution finale ; assurément, ces influences subtiles, dans tout le cours de la période qu’on peut qualifier de matérialiste, sont en quelque sorte passées à l’état latent, comme tout ce qui est en dehors de l’ordre corporel pur et simple ; mais cela ne veut point dire qu’elles aient cessé d’exister, ni même qu’elles aient cessé entièrement d’agir, quoique d’une façon dissimulée, dont le côté « satanique » qui existe dans le « machinisme » lui-même, surtout (mais non pas uniquement) dans ses applications destructives, n’est en somme qu’une manifestation, quoique les matérialistes soient naturellement incapables d’en rien soupçonner. Ces mêmes influences peuvent donc n’attendre qu’une occasion favorable pour affirmer leur action plus ouvertement, et, naturellement, toujours dans le même sens « maléfique », puisque, pour ce qui est des influences d’ordre « bénéfique », ce monde leur a été pour ainsi dire fermé par l’attitude profane de l’humanité moderne ; or cette occasion peut même n’être plus très éloignée, car l’instabilité qui va actuellement en croissant dans tous les domaines montre bien que le point correspondant à la plus grande prédominance effective de la « solidité » et de la « matérialité » a été déjà dépassé. »
Ibid., chapitre Signification de la métallurgie. [N. d. T.]
(8) Les Hellènes n’étaient originairement certainement pas le plus artiste de tous les peuples. Leur penchant pour l’art tient directement à la venue d’étrangers, au moins pour une certaine part non blancs, dans leurs cités.

« Cette famille individualiste, à un seul ménage, qui est la forme propre à la classe bour­geoise, était précisément celle des négociants, industriels et artisans qui vivaient, en étran­gers, dans les cités antiques. Ces classes démocratiques, en lutte perpétuelle avec les aristo­crates de la famille patriarcale pour la conquête des droits civils et politiques, s’enrichissaient et croissaient en nombre dans les villes maritimes et commerciales de l’Ionie et de la Grande Grèce, où la poésie lyrique, la poésie individualiste par excellence, se substituait à la poésie épique des temps patriarcaux, démodée et tombée en décadence et où naissaient la philo­sophie, les sciences et les arts, qui devaient prendre un si merveilleux essor dans l’Athènes de Périclès. »
Paul Lafargue, Le Mythe de Prométhée. [N. d. T.]
(9) Voir note 4. [N. d. T.]
(10) « Il est à un moment donné la tâche des sciences purement naturelles de préparer le sol sur lequel la machine se développera ; et puisque le sol exploité est presque épuisé, il est important que de nouveaux sols soient constamment ajoutés. » (Heisenberg)
L’importance de cette déclaration réside dans la reconnaissance du caractère consommateur de la machine. On peut supposer que la terra incognita, la terre inexplorée, est illimitée, ses richesses inépuisables. Mais ces richesses ne sont pas à la portée de n’importe qui. Car pour chaque caverne au trésor il doit y avoir un Ali Baba en possession du mot magique. La pensée rationnelle n’a pas accès à des terres inexplorées, elle travaille toujours sur des sols exploités.
(11) L’exploitation technique de l’énergie atomique est de nos jours possible. Et on ne peut pas écarter la possibilité que durant des expériences de ce genre, non seulement les expérimentateurs scientifiques, mais peut-être aussi la Terre entière pourraient voler en éclats. Il est significatif que la physique atomique repose dans une large mesure sur l’étude des réactions de désintégration.

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