Mercantilisme et sa maîtresse (*)

Un dialogue [Lu devant la Ligue pour l’éducation politique à New York en mars 1914] [Le personnage principal du dialogue est un géant nommé MERCANTILISME. Nous le voyons regarder à la loupe à travers le toit d’une maison dans laquelle une femme fait le ménage et s’occupe de ses enfants. Après l’avoir regardé attentivement pendant un certain temps, le géant se retire dans son palais, s’assied sur son trône, fait venir son serviteur, NÉCESSITÉ, à qui il s’adresse ainsi]

MERCANTILISME – Je viens encore d’observer à l’œuvre une femme au foyer. Comme je te l’ai dit, l’énergie qu’elle dépense à s’occuper de sa famille est complètement perdue pour l’économie. Il faudrait la faire sortir de son foyer et lui faire faire un travail commercial. L’avez-vous convoquée, comme je vous l’avais ordonné ?

NÉCESSITÉ – Sire, la femme refuse de quitter sa famille.

MERCANTILISME – Lui as-tu rappelé qu’elle est une esclave à la maison ?

NÉCESSITÉ – Je l’ai fait, sire. Mais elle m’a répondu qu’il n’était pas pire d’être l’esclave d’une famille que d’être votre esclave.

MERCANTILISME – Lui as-tu proposé un salaire ?

NÉCESSITÉ – Je l’ai fait, Sire, mais elle ma répondu qu’elle était contente de son sort.

MERCANTILISME – Il faut la faire sortir de son foyer.

NÉCESSITÉ – Je n’ose utiliser la force, Sire. Je dois tenir compte de l’habeas corpus et de la Magna Carta, etc.

MERCANTILISME – Mais offre-lui l’indépendance économique, des à-coté, de l’argent, etc.

NÉCESSITÉ – Elle dit qu’elle a du travail à faire à la maison.

MERCANTILISME – Alors soustrais-la à son travail, prends(lui son métier à filer et son métier à tisser, ses ustensiles de couture et ses ustensiles de cuisine, son percolateur et ses travaux d’aiguille. Ils seront tous mis én vente. Je ferai des affaires.

NÉCESSITÉ – Sire, elle dit que, malgré tout, elle doit encore préparer à manger pour sa famille.

MERCANTILISME – Eh bien fais preuve d’un peu d’ingéniosité. Mets une épicerie fine au coin de sa rue.

NÉCESSITÉ – Mais, Sire, elle dit qu’elle doit éduquer ses enfants.

MERCANTILISME – Construis des écoles – c’est facile.

NÉCESSITÉ – Mais, Sire, elle dit qu’elle doit former ses enfants elle-même.

MERCANTILISME – Ouvre des jardins d’enfants. Enlève-lui tous ses enfants.

NÉCESSITÉ – Mais le bébé, Sire.

MERCANTILISME – Des garderies, des crèches, voilà ce qu’il faut ouvrir. Fais en sorte qu’elle sorte de son foyer. Il me faut plus de travailleurs, plus de revenus, plus d’argent, plus de profits. Fais-la sortir de son foyer. Il faut que les femmes travaillent dans l’industrie. Exploite-les.

NÉCESSITÉ – Sire, elles sortent de chez elles par milliers.

MERCANTILISME – Des milliers! J’en veux un million – il me faut de la main-d’œuvre bon marché.

NÉCESSITÉ – Mais, Sire, elles persistent à préférer les travaux domestiques dans leur variété. Il leur est difficile de faire de longues heures.

MERCANTILISME – Eh bien, si nécessaire, facilite-leur un peu la tâche. Fais voter des lois sur la réduction du temps de travail. Permets à celles qui travaillent dans des magasins de s’asseoir sur un siège, construis-y des salles de repos et ainsi de suite. Fais tout ce qui est nécessaire pour les faire sortir à leur foyer. Tout est là : les faire sortir de leur foyer.

NÉCESSITÉ – Elles arrivent. Sire – Regardez-les ! Vous en avez demandé un million ; elles sont deux millions, – et elles continuent à arriver.

MERCANTILISME – Bientôt elles arriveront encore plus vite. Mets-leur encore plus la pression. Vois comment je mène ma barque. Je les ai mis en compétition avec les hommes et j’ai baissé le salaire des hommes pour que les hommes ne puissent pas faire vivre leur famille et soient complètement chassés de certaines professions. Je dépense des millions en publicité pour stimuler les besoins des femmes, leur faire désirer de plus en plus de choses, afin qu’elles sortent de leur foyer et gagnent un salaire qui leur permettra de les obtenir. Je fais ma part ; tu fais la tienne. Fals-les sortir de leur foyer.

NÉCESSITÉ – Hélas, Sire, je fais de mon mieux, mais beaucoup sont encore réticentes. Certaines disent que les conditions de travail dans l’industrie sont trop pénibles et d’autres ont l’audace de suggérer…

MERCANTILISME – Quoi ?

NÉCESSITÉ – Elles se permettent de demander quelque chose dont on leur dit dans certains milieux qu’il améliorera leurs conditions. J’ose à peine le mentionner…

MERCANTILISME – Exprime-toi ! De quoi s’agit-il ?

NÉCESSITÉ – Sire, elles demandent le droit de vote.

MERCANTILISME – Oh, ho! Est-ce tout ? Ce n’est pas bien méchant. Pourquoi ne pas le leur donner ? Quel mal y aurait-il à cela ?

NÉCESSITÉ – Mais, Sire, je pensais…

MERCANTILISME – Ne pense pas. Tu ne vois pas plus loin que le bout de ton nez. Le fait qu’elles demandent le droit de vote est un bon signe. Cela montre qu’elles sont agitées et mécontentes, qu’elles ne savent pas exactement ce qu’elles veulent et qu’elles se raccrochent à tout ce qu’elles trouvent sous leur main. Pourquoi feraient-elles mauvais usage du droit de vote ? Les hommes ne l’ont-ils pas depuis plus d’un siècle ? En ai-je été affecté en quoi que ce soit ? N’ai je pas commencé à devenir ce que je suis aujourd’hui précisément au cours de la période même où ils l’ont obtenu ? N’ai-je pas fait travailler les travailleurs de plus en plus dur depuis lors ? Et cela ne m’a jamais causé aucun problème.

NÉCESSITÉ – C’est vrai, Sire.

MERCANTILISME – Donne-leur le droit de vote. C’est un bon moyen de faire d’elles nos jouets. Voter prend très peu de temps aux travailleurs et tout ce qui détourne leur attention de leur foyer va dans le bon sens. Arrange-toi pour qu’elles entrent en concurrence avec les hommes en politique comme elles le sont d’ores et déjà dans l’industrie. Ce sera autant de gagné.

NÉCESSITÉ – Sire, vous êtes un véritable visionnaire.Je n’avais pas vu aussi loin.

MERCANTILISME – Je suis un visionnaire quand il s’agit de mes propres intérêts. Mon véritable ennemi est le foyer – ces forteresses disséminées sur toute la terre; Ces petites taches où la concurrence est contrôlée et la coopération règne ; où la famille vit en sécurité et les hommes, les femmes et les enfants gaspillent de l’énergie dont je pourrais tirer profit. Le foyer doit être brisé, ouvert, afin que je puisse faire des affaires. Traque-les tous – les hommes, les femmes et les enfants aussi.

NÉCESSITÉ – Sire, ce sera fait. Huit millions de femmes et des centaines de milliers d’enfants sont maintenant à votre disposition.

MERCANTILISME – Bien! C’était une excellente idée que d’avoir amené les enfants. Dans le coton et dans de nombreuses industries, leurs petits doigts sont plus habiles que ceux des adultes et ils sont moins chers.

NÉCESSITÉ – Sire, quand les enfants les plus âgés sont au travail, il n’y a plus personne dans les foyers, à l’exception des bébés et des personnes âgées. Dois-je les y laisser ?

MERCANTILISME – Non. Mets les personnes âgées dans les institutions – c’est le moyen le moins coûteux de se débarrasser d’elles. Et les bébés dans des garderies, comme je l’ai dit. Fais-les tous sortir. Un foyer vide, c’est ce que je veux. Je finirai par y arriver, mais cela me prendra du temps et ton incompétence est exaspérante. Il y a encore des millions de femmes au foyer. Pourquoi ne t’occupes-tu pas d’elles ?

NÉCESSITÉ – Je suis impuissant. Sire. Leurs maris sont toujours à même de subvenir à leurs besoins.

MERCANTILISME – Il doit y avoir un moyen de les faire sortir ; utilise ton imagination.

NÉCESSITÉ – J’ai fait de mon mieux, Sire.

MERCANTILISME – Pourquoi ne pas essayer de les appeler par leur nom ? Dis-leur qu’elles sont des parasites.

NÉCESSITÉ – J’ai essayé de le faire.

MERCANTILISME – Dis-leur que leur foyer est un harem. Dis-leur que les femmes sont actuellement arriérées ; qu’elles sont retardées dans leur développement. Dis-leur que le mariage est de la prostitution légalisée. Dis-leur …

NÉCESSITÉ – Sire, vous oubliez que je n’ai qu’une seule arme ; la Nécessité ; et ces femmes n’y vivent pas ; elles ont un toit sur la tête ; je ne peux pas les déloger.

MERCANTILISME – Il me faudra donc trouver quelqu’un qui en est capable. Le foyer doit être mis sans dessus dessous ; tout et tout le monde doit être exploité. L’art, la religion, l’éducation, l’amour, l’amitié, la famille – Pour finir, je serai monarque du globe.

NÉCESSITÉ – Sire, je ne peux plus rien faire. Vous avez besoin d’un serviteur plus intelligent que moi, quelqu’un qui sait tromper et cajoler les femmes.

MERCANTILISME – Imbécile, tu viens de mettre dans le mille ! J’ai besoin de quelqu’un d’enthousiaste, d’ingénieux – quelqu’un qui peut inciter les femmes à sortir de leur foyer ; fais-leur croire que le foyer est une prison et que la fierté se trouve en dehors du foyer. Qui peut me rendre ce service ?

NÉCESSITÉ – Sire, je connais la personne qu’il vous faut. Elle s’appelle Féminisme ; elle peut faire tout ce que vous demandez. Je la ferai venir.

[Entre Féminisme, une personne intéressante et de son temps)

FÉMINISME – Sire, cela fait longtemps que je vous admire, vous et et vos formidables accomplissements. De quelle manière puis-je vous aider ?

MERCANTILISME – J’ai besoin de votre aide, Féminisme, pour accomplir mon dessein. L’objet de la vie est l’accumulation de richesses et tout devrait être orienté vers cette fin ; cependant, j’ai beau faire les plus grands efforts, une grande quantité d’énergie humaine se perd toujours dans d’autres canaux. La plus extravagante de toutes les institutions est le foyer. A l’époque pragmatique où nous vivons, c’est un anachronisme. Songez à ces centaines de fourneaux de cuisine, alors qu’un poêle suffirait pour toute une communauté. Songez à ces cheminées séparées, alors qu’une cheminée de taille colossale ferait parfaitement l’affaire. Imaginez des crèches individuelles au lieu de dortoirs. C’est un immense gaspillage. Au foyer, l’homme, la femme et les enfants gaspillent leur temps, leurs forces et leurs pensées. La famille est dépassée, encombrante – c’est un obstacle au progrès.

FÉMINISME – Je suis du même avis. Sire, non pas tant parce qu’elle constitue un gaspillage, comme vous le pensez, mais parce qu’elle se rétrécit. Mais nous convenons qu’elle doit disparaître.

MERCANTILISME – Très bien ! Nous sommes d’accord. Maintenant au travail. Par où devons-nous commencer ?

FÉMINISME – Il faut commencer par le père – le mari […] (**) celui qui préserve l’unité du foyer. Il faut l’écarter. Il ne doit plus pouvoir faire vivre sa famille.

MERCANTILISME – J’ai déjà pris des dispositions dans ce sens. Des millions d’entre eux ne sont plus à même de subvenir aux besoins de leur famille.

FÉMINISME – Dès l’instant où il cesse d’être capable d’assurer la subsistance de sa famille, il n’est plus apte à représenter la famille politiquement. Les femmes doivent voter.

MERCANTILISME – J’y ai déjà consenti. Cela ne me dérange pas. Continuez. Ce que j’attends en particulier de vous est que vous travailliez sur l’esprit des femmes indépendantes. Suscitez du mécontentement. Parlez de liens et de chaînes, etc. Sortez-les de leur foyer à n’importe quel prix – fût-ce en leur promettant de les faire accéder, c’est mieux que rien, à l’enseignement supérieur. Il permet au moins de repousser l’âge du mariage. Quelle est votre principale doctrine ?

FÉMINISME – Je prêche l’égalité des sexes.

MERCANTILISME – C’est parfait – et vous y incluez l’égalité sexuelle, j’espère ?

FÉMINISME – Oui, Sire, mais elle fait lentement son chemin. La plupart des femmes sont conservatrices en la matière. Habituellement, elles commencent d’abord par s’emparer du droit de vote, puis elles revendiquent l’indépendance économique. Elles déclarent que chaque femme doit voter et subvenir à ses propres besoins, mais elles s’arrêtent là.

MERCANTILISME – Allez plus loin, vous, gagnez leur cœur. L’amour libre ne prendra pas ; les gens ne le supporteront pas – il est révoltant. Tout ce que vous avez à faire est de prêcher sans relâche – indépendance, indépendance, indépendance. Vous finirez par les avoir.

FÉMINISME – Je suis très optimiste, Sire. J’utilise la même série d’arguments à chacune des trois étapes : je déclare que la femme est un individu et qu’elle doit donc voter ; le femme est un individu, donc elle doit être autonome; La femme est un individu, donc elle doit être libre de toute domination sexuelle. De cette façon, une fois qu’une femme a été amenée à accepter le droit de vote, elle peut être gentiment guidée d’étape en étape, vous comprenez.

MERCANTILISME – Tout à fait. Maintenant, une autre question. Pour réussir à mystifier l’humanité pendant un certain temps, il a toujours fallu avoir recours à un bon slogan. Qu’en aurait-il été de la guerre sans des mots d’ordre comme « légitime défense, « honneur national » et « patriotisme » ? Qu’en aurait–il été de l’ « ascétisme sans le mot de « pureté » ? Où en serais-je, moi, Mercantilisme, sans mon mot d’ordre : « Prospérité » ? Je suppose que vous avez également un mot d’ordre, n’est-ce pas ?

FÉMINISME – En vérité, Sire, mon mot d’ordre est « Liberté ». Tout ce que je fais je le fais en son nom.

MERCANTILISME – Très bien, excellent ! Parle tout le temps de liberté.

FÉMINISME – C’est ce que je fais, Sire. Je ne cesse jamais d’exhorter les femmes à être libres ; je ne cesse jamais de leur rappeler leur asservissement dans la famille, la tyrannie des pères et des maris, la corvée de ménage, tout ce qu’il y a de pénible dans l’éducation des enfants, la monotonie de la vie au foyer. Je leur demande de ne plus se soumettre à la dégradation que constitue le fait d’être de simples femmes. Je leur dis, Sire, je leur dis qu’elles sont des êtres humains !

MERCANTILISME – Bonne idée ! Et je présume que cela leur fait le même effet que la lecture d’un roman, n’est-ce pas ?

FÉMINISME – Toujours, Sire. L’idée les intoxique. Elle les frappe comme quelque chose de merveilleux, de beau et de nouveau.

MERCANTILISME – C’est une excellente idée !

FÉMINISME – Mais, bien sûr, je précise qu’elles ne peuvent pas être des êtres humains au foyer. Elles doivent travailler à l’extérieur, vendre leur travail, se vendre, si elles veulent devenir des êtres humains.

MERCANTILISME – Voilà qui est fort bien ! Je vois que vous savez ce que vous faîtes.

FÉMINISME – Je ne perds jamais de vue mon objet principal. Sire, qui est d’éloigner les femmes de leur foyer. Je leur assure que toutes les taches domestiques dont elles sont chargées peuvent être accomplies plus efficacement par des experts. Je les encourage à confier à des personnes étrangères à leur famille le soin de remplir leurs fonctions à leur place contre rémunération.

MERCANTILISME – Admirable! Les femmes ont plus de débouchés et je fais plus d’affaires. Continuez !

FÉMINISME – Je leur demande d’employer des spécialistes pour satisfaire tous leurs besoins. Des serviteurs pour le ménage, des enseignants pour leurs enfants, des couturières pour leurs travaux de couture, des saltimbanques pour amuser la famille. Je connais une femme qui emploie une grand-mère pour venir voir ses enfants tous les jours et leur apporter des gâteaux. Je leur dis que c’est l’âge des spécialistes et que les travaux domestiques aussi devraient être confiés à des experts. Cela permettra à la femme et à la mère de devenir elles-mêmes spécialiste de quelque chose et, en tout cas, cela les fera sortir de leur foyer.

MERCANTILISME – Bien ! Mais que faites-vous des incurables ?

FÉMINISME – A ce type de femmes. Sire, je parle du ménage municipal. Elle aime ça. Je lui dis que la ville n’est qu’une partie de sa maison. Je commence par lui parler du nettoyage des rues et du lait. Je lui dis qu’elle est directement concernée par la livraison de lait parce que son bébé boit du lait. Plus tard, je lui dirai qu’elle est directement concernée par l’approvisionnement en tabac parce que son mari en fume et par l’approvisionnement en charbon parce que sa famille se chauffe au charbon. Je compte donc m’y prendre en douceur avec elle. De la même manière, je lui suggérerai un jour d’inspecter les abattoirs, les conserveries et les dépotoirs de cendres et le lui dirai qu’il est de son devoir de superviser le commerce et l’agriculture, Et d’arbitrer les conflits du travail, de présider les tribunaux, Et de s’intéresser à la réglementation de l’ensemble des systèmes industriels, financiers et judiciaires du pays. Je vais lui montrer de façon concluante que rien ne doit l’arrêter, que tout a rapport au foyer. Mais, bien sûr, je le ferai plus tard : pour le moment, je commence par la livraison du lait et le nettoyage des rues. Ces deux taches paraissent si anodines et si proches l’une de l’autre.

MERCANTILISME – Capital ! C’est la meilleure façon de faire.

FÉMINISME – Mais, si je peux me permettre une confidence, Sire, il y a peu de temps j’ai eu une belle peur.

MERCANTILISME – Comment ça ?

FÉMINISME – Vous voyez, le fait de faire sortir les mères de leur foyer comme nous le faisons inquiète beaucoup les familles. Les gens commencent à dire que la dégénérescence de la race y est en grande partie due et attribuent la recrudescence de la débilité, de l’aliénation mentale, de la prostitution, du vice et de la corruption, au fait que les enfants ne sont plus éduqués à la maison et sont négligés. Si cette idée fait son chemin nous aurons des problèmes.

MERCANTILISME – Comment avez-vous fait face à la situation?

FÉMINISME – J’ai eu une idée ingénieuse. J’ai affirmé que c’est précisément à cause des maux de la société que les femmes sont nécessaires en politique et dans la magistrature, etc.

MERCANTILISME – Elles l’ont avalé ?

FÉMINISME – Elles ont bu mes paroles. Je persuade des centaines de femmes de sortir de leur foyer sous le prétexte de changer le monde, sans lequel elles n’en sortiraient pour rien au monde.

MERCANTILISME – C’est pour ainsi dire du génie !

FÉMINISME – Merci, Sire ! Je pense aussi que l’idée est promise à un bel avenir. J’en suis sûre. Lorsque toutes les femmes des classes moyennes seront sorties de leur foyer pour gagner leur vie, (à mesure que leurs familles seront démoralisées et que la société commencera à battre de l’aile), les femmes de la classe oisive devront aussi sortir du leur pour réparer les maux qu’elles auront causés. C’est de cette façon que je déniche certaines des repriseuses de chaussettes les plus acariâtres. Prenez Mme John Martin, par exemple, même elle doit quitter son foyer au moins une fois par an pour tenter de réparer certains des maux qu’ont causés les femmes actives. Est-ce que vous saisissez ?

MERCANTILISME – Parfaitement. Mais, dites-moi, quel est votre objectif dans tout cela ? Je sais exactement ce que je veux ; vider les foyers pour mon propre bénéfice – pour augmenter la production. Plus il y a de personnes qui travaillent, plus mes revenus augmentent. C’est simple. Mais je ne comprends pas exactement ce qui vous motive.

FÉMINISME [d’elle à lui] – Je vais vous le dire. Mon but est d’inciter la femme à se venger de l’homme et de la domination qu’il exerce sur elle depuis toujours. Je veux lui apprendre à se passer de lui, Et à le faire disparaître de la surface de la terre. Lorsqu’il ne sera plus utile, il n’aura plus de pouvoir. Alors la femme pourra affirmer sa suprématie et prendre les rênes du gouvernement. Je veux lui montrer comment remettre l’homme à sa place – le réduire à la soumission. Je veux faire de la femme une reine – Je veux féminiser le monde !

MERCANTILISME – Hum ! Je ne vous suis pas sur ce terrain. Mon objectif est d’exploiter le monde. Je n’ai pas l’intention de vous le donner. L’homme est un bon ami à moi. Il m’a permis de devenir ce que je suis. Je ne voudrais pas qu’il croule. C’est avec son consentement que j’ai encouragé les femmes à sortir de leur foyer. Mais je ne pense pas qu’il avait prévu que quelque chose de ce genre était susceptible de se produire. Je ne crois pas qu’il ait pensé que vous étiez susceptible de venir et, de plus, je pense que, lorsqu’il découvrira vraiment ce que vous mijotez, il prendra des mesures pour y mettre un terme.

FÉMINISME [les yeux brillants] (***) – Un terme ! Qu’il essaie ! Qu ‘il essaie ! Cela entraînera une déclaration de guerre, une guerre des sexes ! Très bien ; je rassemble mes forces dès maintenant dans cette éventualité. Que les hommes essaient de s’opposer à nous. Qu’ils viennent – nous serons prêts. [Féminisme serre ses petits poings et les agitent violemment dans le vide. Un bruit se fait entendre dehors ; quelqu’un approche. Féminisme lève les yeux, attentive et défiante. Entre un homme]

FIN

Mr. et Mrs John Martin, Feminism, its fallacies and follies, traduit de l’américain par B.K., Dodd, Meadway and Company, New York, 1916, p. 331-359.

(*) Comme la fin du dialogue montre clairement que FÉMINISME a un net ascendant sur MERCANTILISME, il aurait été plus approprié de l’intituler, non pas, « FEMINISM AND HIS MASTER », comme l’a fait l’auteur, mais « MERCANTILISM AND HIS MASTER ». Plus approprié également aurait été d’appeler ce personnage « AMAZONISM » et non « FEMINISM », le terme de féminisme n’étant qu’un euphémisme, trompeur et, qui plus est, flatteur pour désigner la doctrine de ce mouvement androphobe.

(**) Le passage, qui dit « once rightly called the house-band », est basé sur un jeu de mots qui est intraduisible en français. Le nom « house » signifiant « maison » et le verbe « band » « unir », tout juste pourrait-on rendre l’expression par « le ciment du foyer » et traduire ainsi la proposition par : « autrefois appelé à juste titre le ciment du foyer ».

(***) Chacun aura reconnu dans les tactiques de « Féminisme », mais évidemment adaptées aux conditions de l’époque et donc plus abouties, celles-là mêmes qu’utilisaient les premiers chrétiens à Rome pour détruire la famille romaine : « Et Celse brosse de main de maître le tableau étonnant des méthodes de propagande des chrétiens sur la place publique ou dans les gynécées où ils s’emploient à saper l’autorité du chef de famille et des précepteurs. « On y voit des cardeurs de laine, des cordonniers, des foulons, des gens de la dernière ignorance et dénués de toute éducation, qui, en présence de leurs maîtres, hommes d’expérience et de jugement, ont bien garde d’ouvrir la bouche ; mais surprennent-ils en particulier les enfants de la maison ou des femmes qui n’ont pas plus de raison qu’eux-mêmes, ils se mettent à leur débiter des merveilles. C’est eux seuls qu’il faut croire ; le père, les précepteurs sont des fous qui ignorent le vrai bien et sont incapables de l’enseigner. Eux seuls savent comment il faut vivre ; les enfants se trouveront bien de les suivre, et, par eux, le bonheur visitera toute la famille. Si, cependant qu’ils pérorent, survient quelque personne sérieuse, des précepteurs ou le père lui-même, les plus timides se taisent ; les effrontés ne laissent pas d’exciter les enfants à secouer le joug, insinuant en sourdine qu’ils ne veulent rien leur apprendre devant leur père ou leur précepteur, pour ne pas s’exposer à la brutalité de ces gens corrompus, qui les feraient châtier. Que ceux qui tiennent à savoir la vérité, plantent là père et précepteur, et viennent avec les femmes et la marmaille dans le gynécée, ou dans l’échoppe du cordonnier ou dans la boutique du foulon, afin d’y apprendre la vie parfaite. Voilà comment ils s’y prennent pour gagner des adeptes. » »

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