Anatomie du pouvoir féminin : une dissection masculine du matriarcat (II)

Partie IV

Le pouvoir de l’épouse : dans le nid de sa propre matriarche

8. Les managers d’époux

Il n’est que les femmes stupides qui ne savent pas commander les hommes (42).

Marie Corelli

L’homme est un animal domestique qui, s’il est traité avec fermeté et gentillesse, peut apprendre à faire à peu près tout (43).

Jilly Cooper

J’ai un manager : officiellement, ils l’appellent ma femme.

Un Londonien à la Brixton Fair, 1989

Maintenant, elle l’a épousé, a emménagé chez lui et s’est mise à diriger son « travailleur acharné ». La direction du mari, la grande préoccupation de l’épouse, a pour objectif principal de :
a) faire en sorte que le mari travaille sans relâche à acquérir les biens, le statut, le pouvoir, la renommée, etc., nécessaires à l’assouvissement de ses propres ambitions ;
(b) de l’empêcher de s’enfuir, quelle que soit la dureté avec laquelle elle l’exploite.
Pour atteindre ces objectifs, une femme apporte toutes ses compétences en matière de manipulation. Dans l’art de la direction des hommes, il est rare qu’un César puisse rivaliser avec une fille ordinaire de dix-sept ans. Les filles apprennent cet art par l’observation, dans les conversations qu’elles ont avec leur mères ou leurs tantes ou au cours des rites d’initiation, dans les sociétés où ils sont encore pratiqués, Il en résulte que, à la puberté, sinon avant, une fille ordinaire peut manipuler n’importe quelle situation pour recevoir en cadeau tout ce qu’elle désire, même sans l’avoir demandé explicitement. Le fait d’avoir ce talent, qu’elle est prête à utiliser pour diriger son esclave mâle, démontre des compétences managériales nettement supérieures à celles que pourront jamais acquérir des aboyeurs d’ordres comme les préfets, les capitaines, les généraux, les présidents, les magnats et les autres hommes qui occupent une fonction de chef. Après le mariage, elle continuera à développer ses compétences dans les cours de perfectionnement que sont les discussions de café ou les séances de potins, où les femmes parlent de choses qui, pour elles, sont sérieuses.
Une femme dirige son mari avec le plus grand professionnalisme possible. Si le professionnalisme (par opposition à l’amateurisme) consiste à faire ce que l’on fait pour obtenir une récompense financière ou tout autre récompense économique et non pour le plaisir, à le faire avec une compétence aussi grande que possible et avec une détermination rebelle à la distraction et à la frivolité, c’est dans la direction de leur mari que les femmes présentent le plus grand professionnalisme. En effet, par rapport à l’épouse de carrière, la soi-disant femme de carrière d’aujourd’hui (qui porte un costume, porte une mallette, se rend à un bureau tous les jours, fait la journée continue et se dépêche de rentrer chez elle à l’heure de pointe du soir) n’est nullement une professionnelle, mais une grande amatrice dans un domaine qui était jusqu’à présent réservé aux hommes ; car, lorsque les choses se gâtent, le plus résistant de ces garçons manqués est tenu de démissionner pour se concentrer sur son mariage.
Une fois que l’esclave du nid a été ramené à la maison, le pauvre homme est régenté impitoyablement. Il se voit confier ses tâches et est contraint de les exécuter. Il est quotidiennement mené à la baguette et espionné. S’il est particulièrement récalcitrant, on le menace de le laisser mourir de faim, de le priver de sa tranquillité d’esprit ou de ses privilèges sexuels. Les maris nigérians parlent à cet égard de terrorisme de chambre à coucher. Les armes de la terroriste de chambre à coucher vont de celles des agitateurs à ceux des dirigeants aguerris. Le répertoire comprend la louange, le blâme, la flatterie, la culpabilisation, le harcèlement, le reproche, les grèves sexuelles, le grand et le petit mensonge, le signe de tête désapprobateur, l’impitoyable manipulation des angoisses et des peurs masculines, l’anéantissement des egos fragiles, l’incitation au conflit, la désinformation, la mésinformation, la confusion délibérée et la déstabilisation.
Pour obtenir par ces armes tout ce qu’elle veut de son mari, une femme a le soutien de ses collègues de travail – son cercle d’amies et ses parents. Ils constituent son réseau d’espionnage, l’informant des activités de son mari quand il est hors de sa vue. Et, dans leurs pauses-café, où elles se réunissent pour parler de la manière de diriger leurs maris, elles s’apprennent les unes les autres à rendre la vie d’un mari réfractaire tellement impossible qu’il finira par préférer obéir aux ordres de son épouse.
Les femmes des hommes d’élite sont naturellement les meilleurs managers de mari. Ce sont les grandes dames ou les grandes matriarches qui dirigent habilement les principaux dirigeants de vastes organisations. C’est de ce type de femme dont il est question, lorsque, dans les banquets d’honneur, on dit qu’il y a une femme derrière tout homme connu. Mais, peut-on se demander, que fait une telle femme à son mari derrière lui ?
Comme nous le savons tous, derrière chaque boxeur, athlète ou pop star célèbre, il y a un manager. De même, la femme qui est derrière un homme connu est son manager. Elle le fait avancer comme un charretier conduit le cheval qui le tire. Entre ses mains elle tient les rênes de la critique et de l’admiration, des récompenses sexuelles et des punitions ; c’est grâce à elles qu’elle contrôle son ego et guide ses efforts. Elle a également à sa disposition l’ensemble des dispositifs sociaux, des valeurs culturelles et des forces psychologiques qui, depuis des millénaires, sont organisés pour permettre à la femme d’exercer le pouvoir. Il s’agit notamment du patriarcat de façade, du deux poids deux mesures, de la peur qu’a l’homme de la femme, de la stupidité de l’homme, qui est plein d’illusions sentimentales, du sacro-saint bébé qu’il a avec elle et de la peur qu’il a du divorce. La femme d’élite qui utilise ces leviers et ces ressources pour diriger son mari est un Maître Passé (une Maîtresse Passée ?) (44) parmi les femmes.
Étant donné cette maîtrise, il n’est pas étonnant que les épouses d’élite aient coutume d’affirmer que les hommes sont des bébés – des bébés naïfs, ignorants, vantards, travailleurs, gros ; et que toute femme digne du nom peut diriger n’importe quel homme. A cet égard, les femmes d’élite diffèrent de la plupart des féministes ; ces dernières ont tendance à manquer d’habileté et d’assurance dans la direction des hommes, soit parce qu’elles n’ont pas été complètement formées aux techniques de direction féminines traditionnelles, soit parce qu’elles dédaignent ces techniques. Pour l’observateur perspicace, l’assurance avec laquelle les femmes des élites gouvernent leur mari n’est pas différente de celle qu’affichent les baronnets de la classe dirigeante dans la direction de ceux qui sont habituellement soumis à leur autorité. Ces coachs/managers qui manœuvrent dans l’ombre des seigneurs des affaires publiques, ces Livie et Lady Macbeth du monde du pouvoir, sont en fait les dirigeants suprêmes du monde. Chaque communauté, aussi petite soit-elle, en produit.

9. La façade du patriarcat

Mon mari peut bien être le chef de famille, mais c’est moi qui tire les ficelles

Une femme au foyer américaine

De nombreuses sociétés de mammifères que l’on croyait autrefois dirigées par un mâle dominant sont désormais reconnues pour être des matriarchies. Les éléphants en sont un bon exemple. Parce que le grand taureau – le mâle Alpha – est toujours le plus visible et le plus menaçant, il a toujours été considéré à tort comme le chef. Mais le véritable chef du troupeau est la femelle Alpha, qui mène rapidement et tranquillement le groupe en lieu sûr. C’est elle qui prend toutes les décisions.

Anne Rasa, naturaliste et ethnologue (45).

Contrairement à la propagande féministe, qui prétend que la plupart des sociétés humaines sont et ont été des patriarchies, les sociétés humaines ne font pas exception à la règle selon laquelle les sociétés patriarcales sont un paravent de la matriarchie. En effet, le patriarcat est une façade, fort apaisante pour l’ego masculin, du pouvoir de la femme. Qu’il en est ainsi est confirmé par des femmes de certaines des cultures les plus dissemblables dans le monde. C’est une femme au foyer américaine, que j’ai citée plus haut, qui m’a dit, lors d’une réception de mariage sur un bateau dans le port de Boston, que c’est elle qui tire les ficelles de son couple. C’est une professeure saoudienne qui a déclaré au Service mondial de la BBC : « La femme saoudienne traditionnelle dirige sa famille et dirige son mari (46). »
Il peut être tentant de dire que, même si, au foyer, le patriarcat est une façade du matriarcat, il ne peut en être de même dans la vie publique, qui est un domaine presque exclusivement masculin. Mais, hélas, que ce soit au foyer ou dans l’espace public, le matriarcat est la loi de la vie. Il est possible de démontrer cette proposition en étudiant les sociétés où l’autorité et le pouvoir de la femme n’est pas entièrement caché, mais s’exerce en partie au travers d’institutions publiques officielles.
Dans de nombreuses sociétés africaines traditionnelles, les hommes et les femmes ont depuis longtemps des organisations parallèles et des pouvoirs institutionnels complémentaires. Il est courant que le roi, la reine (qui, d’ailleurs, n’est pas la femme du roi, mais la dirigeante de la branche féminine de l’organisation publique), le chef de guerre, la reine mère et leurs conseillers et collaborateurs respectifs exercent des pouvoirs distincts et compensateurs. Vues d’Afrique, une grande partie des pratiques politiques occidentales peuvent être assez déroutantes. Zulu Sofola, dramaturge nigériane et chercheuse en matière de traditions africaines, a raconté une conversation suivante qu’elle a eue avec sa mère au sujet de Margaret Thatcher, à une époque où celle-ci, Premier ministre de Grande-Bretagne, était empêtrée dans une bataille politique. La mère de Zulu Sofola, qui vit dans le milieu traditionnel Igbo, lui a demandé :

« Tout le monde dit du mal de Margaret Thatcher. Pourquoi n’use-t-elle pas de son pouvoir pour les faire taire ? »
« Elle n’a pas plus de pouvoir que n’en ont les hommes », a répondu Zulu.
« Mais où sont leurs Otu-Omu (le conseil des femmes) ? L’Omu devrait prendre l’affaire en main et remettre ces hommes à leur place. Pour qui se prennent-ils ? », a demandé la mère de Zulu.
« Les Blancs n’ont pas d’Omu », a expliqué Zulu.
« Ah ! Qui parle au nom des femmes ?, a demandé sa mère.
« Dans le monde des blancs, personne ne parle au nom des femmes », a déclaré Zulu.

Dans le cadre du système complexe d’équilibre des pouvoirs dans certaines sociétés africaines traditionnelles, les femmes sanctionnent le mauvais gouvernement avec une efficacité sans faille. Quand un roi se rend insupportable à ses sujets, une procession de grands-mères nues se rend à son palais. Aucun souverain ne survit à ce rejet définitif et dramatique dont il fait l’objet de la part des mères de ses sujets. Habituellement, la menace que représente cette marche pour des tyrans fautifs suffit à les faire plier.
En Occident, où les institutions publiques masculines et féminines parallèles ne sont pas la norme, il existe néanmoins un matriarcat déguisé. Matrones de la société, les femmes de l’élite contrôlent les partis politiques dans les coulisses, où elles agissent à l’abri des remous de la politique. Les très rares femmes qui, comme Margaret Thatcher ou Golda Meir, insistent pour savourer les risques du combat politique gouvernent les hommes qui les entourent comme les nounous mènent leurs meutes de petits garçons. Par exemple, voici comment Margaret Thatcher, en manipulant la peur que les hommes ont des femmes, dirige les hommes politiques et les fonctionnaires autour d’elle, selon Anthony King, professeur de sciences politiques à l’université d’Essex : « Mme Thatcher est, dans ses relations personnelles, une personne attentionnée. Elle n’a aucune difficulté à gagner l’affection et la loyauté de ses proches, principalement au n°10 Downing Street. Néanmoins, dans ses relations avec ses ministres, fonctionnaires et députés conservateurs, son arme distinctive – bien plus que dans le cas d’hommes comme Churchill, Macmillan ou Wilson – est la peur… Dans le cas de Mme Thatcher, l’usage de la peur comme arme politique n’est pas due à la prise de conscience d’une menace comme l’échafaud ou la garrotte. Au contraire, ceux que Mme Thatcher exécute politiquement peuvent espérer être faits chevaliers, s’ils ont de la chance, être élevés à une pairie à vie, s’ils sont plus chanceux. Mme Thatcher utilise la peur de deux manières, qui, sans être aussi pernicieuses (que celles qui viennent d’être évoquées), n’en sont pas moins pareillement efficaces. La première manière est directe, ouverte : c’est une peur « panique ». Mme Thatcher a une personnalité extraordinaire et elle est capable de houspiller, de cajoler, de menacer, de malmener, d’intimider, de mettre mal à l’aise et même d’humilier ses ministres et ses collaborateurs… Elle inspire une peur bleue aux gens et ils réagissent généralement bien. Bien sûr, il n’est pas nécessaire d’utiliser très souvent cette arme particulière : la peur de faire les frais des diatribes du Premier ministre – ou même simplement de la froideur du Premier ministre – est généralement suffisante.
Il vaut la peine de mentionner un aspect spécifique de la manière dont elle inspire la peur directement. Mme Thatcher a remarqué depuis longtemps que la plupart des Anglais bien élevés – surtout, mais pas exclusivement, ceux qui ont fait leur scolarité dans le privé – n’ont aucune idée de ce qu’il faut faire d’une femme forte et sûre d’elle-même. Non seulement on leur a appris à ne pas être grossiers envers les femmes, mais ils ont en général beaucoup de mal à traiter les femmes avec le même réalisme et la même simplicité que ceux avec lesquels les femmes traitent les hommes.
Les femmes sont pour eux des mères ou des nounous à craindre ou des sœurs à intimider (ou à adorer). L’Anglais des classes moyennes et supérieures tremble tout bonnement en présence d’une formidable personnalité féminine, déchiré entre l’envie d’attaquer et l’envie de bouder, ne sachant pas quelle serait la réaction appropriée. Mme Thatcher a remarqué depuis longtemps que ces Anglais ont du mal à lui tenir tête et en a conçu un grand mépris pour toute la troupe. Comme l’a dit un de ses anciens ministres, Sir John Nott, dans une récente interview télévisée, elle pense que tous les hommes sont des « mauviettes » (47). »
Mais les Maggie Thatcher sont très peu nombreuses et il est plus habituel pour les matriarches de la classe dirigeante de diriger les patriarches de la classe dirigeante qui dirigent les affaires du monde. Rappelons le cas de l’Américaine Mary Cunningham. À la fin des années 1970, elle avait utilisé ce que les Nigérians appelleraient « le pouvoir du bas » pour être propulsée au poste de vice-présidente en charge de la stratégie chez Bendix Corporation et en devenir de fait le numéro deux. Au sujet de sa relation controversée avec William Agee, président de Bendix (qu’elle a épousé plus tard), elle a fait observer : « Les moyens indirects sont plus efficaces… Je tisse des relations de confiance avec le président pour l’épauler et l’influencer pour le bien de la société (48). »
Oui bien sûr ! Seulement pour le bien de la société !
Le meilleur exemple récent de la façon dont les grandes matriarches dirigent les grands patriarches est peut-être celui de Winston Churchill, le grand chef de guerre des Britanniques au XXe siècle. Une de mes voisines à Londres m’a dit un jour que les hommes sont des enfants. Incrédule, je lui ai demandé si elle pensait que même des leaders comme Churchill sont des enfants. « Churchill était le plus grand enfant de tous », m’a-t-elle répondu. Peu de temps après, j’ai lu la biographie de Lady Clementine Churchill par sa fille, Mary Soames et j’ai dû admettre que Winston, à défaut d’être tout à fait un enfant, était un patriarche type – en apparence fort, dominant et imposant, mais, en réalité, dirigé et influencé par nulle autre que sa femme !
Sur la quatrième de couverture de la biographie je lis : « Clementine Churchill fut la femme parfaite pour Winston. Pendant 57 ans, elle le soutint dans les instants de triomphe comme dans les moments de désastre et de tensions qui marquèrent sa vie publique et privée… Winston lui fit toujours totalement confiance et elle devint pour lui une conseillère et un compagnon précieux. Il ne manquait jamais de lui demander son avis – mais n’écoutait pas toujours ses conseils. Elle croyait passionnément en lui et en son destin – debout à côté de lui en public, apparemment sereine, calme et détachée (49). »
Ce passage pourrait facilement décrire une relation entre un entraîneur et un athlète célèbre, comme celle d’Angelo Dundee et de Mohammed Ali. Naturellement, Clementine, une fois qu’elle avait entraîné Winston, s’asseyait au bord du ring et regardait son pupille se battre sur le ring politique, calme et détachée, si même elle ne restait pas loin du combat sanglant. Pour Clementine, entraîner et diriger Winston fut une carrière à laquelle elle se consacra consciemment. Pour reprendre les mots de leur fille, Mary, « Winston devait être l’œuvre de la vie de Clémentine. Le fait de se concentrer sur lui et sa carrière consuma le meilleur de sa pensée et de son énergie » (50).
La remarque que fit Clementine le lendemain soir des funérailles de Winston n’est donc pas étonnante. D’après Marie, avant d’aller se coucher cette nuit-là, Clémentine se tourna vers elle et lui dit : « Tu sais, Mary, ce n’était pas un enterrement – c’était un Triomphe (51). » Le triomphe de qui ? Celui de Clementine, évidemment ! Elle avait dirigé Winston pendant 57 ans et, à la mort de son mari, le monde, de son point de vue, vint rendre hommage, non pas à celui-ci, mais au coach et manager qui lui avait permis de faire une brillante carrière.
Maintenant que nous avons une idée du véritable rôle des femmes dans la direction du monde, les hommes devraient s’inquiéter de ce que nos chefs et dirigeants officiels, même les plus grands d’entre eux, que nous considérons tous comme les maîtres du monde, sont tous sous l’influence d’une femme ou d’une autre, généralement leur épouse. Chaque fois que nous regardons avec admiration un chef d’État ou un chef de famille, nous devrions admirer encore plus la petite dame à ses côtés qui le contrôle comme un marionnettiste contrôle sa marionnette. Nous ne devons pas laisser les apparences nous induire en erreur quant au rapport de forces qui existent entre eux.
Nous avons vu comment les matriarches – les Otu Omu, les grand-mères nues, Maggie Thatcher, Mary Cunningham, Clementine Churchill – dirigent les hommes dans la vie publique. Mais comment les femmes utilisent-elles généralement le patriarcat de façade pour contrôler et exploiter leur mari à la maison ? Il suffit de considérer certaines des tâches qu’une femme peut déléguer à son mari en faisant appel à son ego de patriarche ou de chef officiel de son ménage.
« 0 mon époux !, dit-elle implicitement, vous êtes le chef officiel de ce foyer, vous êtes mon chef, mon législateur, vous êtes le plus fort, ne nous nourrirez-vous pas et ne nous protégerez-vous pas, moi et notre petit enfant ? Ne veillerez-vous pas à ce que notre enfant reçoive une bonne éducation ? » De cette façon, elle lui confie habilement le poste de pourvoyeur du nid ; le poste de protecteur du nid ; et le poste d’ogre ou de gendarme du nid. S’il ne réussit pas à approvisionner le nid à la satisfaction de son épouse, il subit son mépris et se méprise lui-même, pour ne pas être à la hauteur de ses propres attentes de macho. Si des voleurs attaquent le nid de son épouse et qu’il ne peut pas les repousser, il subit son mépris et se méprise lui-même, pour ne pas être capable d’accomplir ses devoirs de macho. S’il meurt en défendant le nid de son épouse, elle pleure un jour ou une semaine et se met en quête d’un autre gardien de nid. Elle peut discipliner l’enfant en son nom ou l’effrayer en le lui présentant comme un croque-mitaine (« Attends un peu que ton papa rentre à la maison ! »), sans s’attirer le ressentiment de l’enfant. En orientant son ressentiment vers son croquemitaine de père, elle peut conserver son image de « douce mère » dans l’esprit de l’enfant. S’il refuse de remplir la fonction de gendarme et d’ogre ; s’il préfère être vu comme un « père aimant », elle lui en voudra. Comme s’en est plainte Natalie Rogers, « Mon mari préférait avoir des relations de copains avec les enfants, lorsqu’ils étaient jeunes, plutôt que de prendre sa part à la discipline. J’avais l’impression d’être l’ogre » (52).
Si la femme prenait formellement la tête de son propre nid, elle devrait faire tout cela par elle-même ; et elle devrait en faire beaucoup plus. Une « complainte de la veuve » igbo, qui a pour sujet la vie agricole, énumère les six occasions où une veuve se remémore la mort de son mari et pleure comme une madeleine. La première, c’est lorsqu’elle a besoin de lui pour effectuer les travaux agricoles (l’ensemencement, la culture et la récolte), pour chacun desquels elle doit maintenant embaucher et payer des ouvriers. La quatrième, c’est lorsqu’il y a un conseil de famille : son mari mort, « qui informera la veuve des délibérations ? » La cinquième, c’est lorsqu’il y a une fête, car c’est elle qui doit acheter sa propre volaille pour préparer le festin. La sixième « est le jour où elle est trempée dans sa maison au toit de chaume troué ; ce jour-là, elle sait que rien n’est aussi douloureux que de perdre un mari » (53).
Considérons le quatrième rôle qui est attribué au mari dans cette lamentation : celui d’émissaire politique dans l’arène des affaires publiques. Cela implique beaucoup plus pour lui que de rendre compte de ce qui se passe à l’assemblée. Chef visible du nid de son épouse, il participe à la politique afin de la protéger et de protéger son nid de ces dangers, sociaux et naturels, que la société dont elle tire les ficelles combat par des mesures publiques. Quand il devient nécessaire de protéger la société par des moyens violents, il va au combat et va jusqu’à mourir pour qu’elle puisse vivre en sécurité. Comme il est sa voix dans les affaires publiques, il contribue aux délibérations après lesquelles sont votées des lois qui servent ses intérêts.
Dans les sociétés occidentales, à l’époque où le droit de vote était réservé aux hommes, le mari, en tant qu’électeur, était l’émissaire politique de sa femme. Il utilisait son vote pour élire des législateurs masculins qui promulguaient des lois dans l’intérêt de sa femme, lois qui punissaient souvent les penchants naturels et les plaisirs des hommes et contribuaient à les rendre esclaves du nid. Certaines de ces lois, adoptées par des législatures exclusivement composées d’hommes, sont des monuments à la friponnerie et à la misandrie féminines. Par exemple, bien avant que les femmes obtiennent le droit de vote aux États-Unis, il y avait des lois contre la prostitution, service dont les hommes avaient besoin pour adoucir la tyrannie des épouses frigides ou de celles qui faisaient la grève du sexe. En outre, les lois relatives au mariage et au divorce dans les pays occidentaux témoignent depuis longtemps d’un parti pris contre le mari, parti pris en vertu duquel, dans certains cas, la maison familiale, la garde des enfants, etc., reviennent préférentiellement à la femme. Les femmes n’avaient pas besoin d’avoir le droit de vote, elles n’avaient pas besoin de devenir majoritaires dans la magistrature, pour que ces lois misandres soient votées. Elles furent adoptées par des législateurs masculins, élus par des électeurs masculins, qui agissaient tous conformément aux instructions qu’ils recevaient de leurs femmes et de leurs mères ! … Avec quel empressement un homme ne sacrifie-t-il pas les intérêts des hommes à ceux des femmes, une fois son ego de patriarche gonflé, ou le pénis en érection !
Mais pourquoi la femme moyenne préfère-t-elle une matriarchie déguisée à une matriarchie ouverte ? Il suffit de considérer la question de son point de vue. L’exercice ouvert du pouvoir donnerait à une femme des devoirs qui l’exposeraient à trop de pressions et de risques. Comme elle le sait bien, mal à l’aise repose la tête qui porte une couronne. Elle concède donc ce rôle pénible au patriarche et s’épargne ainsi beaucoup de tracas : elle fait de lui le dirigeant officiel de son nid et se décharge sur lui des responsabilités qu’impliquent les prises de décision, des soucis que cause l’exercice de l’autorité, des dangers que comporte la défense de son honneur et de sa vie dans les bagarres, les procès et les guerres. Quand elle dit se sentir faible, pose sa tête sur sa poitrine, pleure pour le lui prouver et lui permet de prendre les décisions, elle masse son ego et l’exploite, tout à la fois. Elle délègue au patriarche des fonctions à haute responsabilité et à haut risque et s’octroie le poste, plus élevé mais plus sûr, d’éminence grise. Ainsi, derrière le patriarche se trouve sa matriarche : elle gouverne son propre monde, en dirigeant l’homme qui gouverne le monde pour elle.
En vertu de cet arrangement, une femme a tout à gagner et rien à perdre, si ce n’est des fufus. Étant beaucoup plus terre à terre, elle préfère les avantages réels aux chimères, le pouvoir à la gloire, les récompenses à l’effort.
Voici la matriarche, la grande reine des abeilles, dans toute sa force. Sa force réside dans sa capacité à manipuler d’endroits cachés et protégés. Elle tire les ficelles, donnant des instructions dans l’ombre. Chef suprême de l’exécutif, elle est douée pour déléguer les fonctions les plus pénibles et dangereuses à son lieutenant en chef, le patriarche.
Et le patriarche ? Il n’est que son contremaître, rien qu’un contremaître, qui supervise le travail dans les champs. L’ego délicatement massé par les signes extérieurs du pouvoir symbolique, il apporte volontiers à sa matriarche, au mieux de ses capacités, les biens, l’honneur, le statut et la renommée. Chaque jour, il passe dix-huit heures ou plus à agir en tant que mandataire de son épouse dans le tumulte du vaste monde ; pendant une heure le matin et une demie-heure le soir, elle l’encourage et l’engage à explorer le monde pour elle. Et alors qu’il est dans son bureau à développer une hypertension ou un infarctus, elle se prélasse dans son sauna ou chez son coiffeur ; ou elle se plaît à faire du shopping, à dépenser l’argent qu’il a gagné ou encore à papoter avec d’autres reines à la table de bridge. A lui les risques et les difficultés ; à elle la libre jouissance des récompenses. Sa devise, en effet, est la suivante :

« Ô patriarche, ô mon époux !
Supporte le fardeau de l’autorité,
Mais donne m’en les meilleurs fruits. »

Si jamais il se lasse d’être un prête-nom, ou, horreur des horreurs, menace de démissionner, la petite femme sait s’y prendre pour intimider son pantin géant. Dans une lettre à sa fille, une Britannique démontre à quel point une femme peut facilement empêcher son mari de se révolter, si tant est qu’il lui en prenne l’envie. Dans cette lettre, elle lui raconte l’histoire suivante :
« Ce soir-là, ton père a bondi de sa chaise à 8 heures et est allé chercher son petit sac rempli de bouteilles de Coca vides et je me suis dit : « Doux Jésus, c’est reparti » – du whisky, le bon à rien. J’ai dit que je n’en voulais pas – ça l’a fait, il a dit qu’il se bourrerait la gueule seul et ça a chauffé pendant trois heures. J’ai eu droit aux même sornettes que d’habitude… les filles que j’ai aimées ont passé des années à le supplier de me quitter – parce que j’étais dérangée, mais il ne pouvait pas me quitter parce que A) il est du type loyal et il a décidé de me prendre telle que je suis et B) il craignait de me laisser la garde de ses enfants. Il a éclaté de rire après m’avoir dit qu’il avait démissionné, qu’il quittait son emploi le 31 décembre et que, une fois qu’il aurait touché ses indemnités de contrat, sa vie, ce serait les femmes et le jeu. Je ne verrais pas la couleur de cet argent. Tous ceux que je considère comme de bons amis, m’a-t-il dit, lui ont conseillé de me quitter. J’ai pensé à tout ça pendant deux jours – je n’avais pas dit un mot ce soir-là – dimanche soir, je lui ai dit avec le plus grand calme : « Tu ne feras pas de tes indemnités et de tes économies ce que tu as dit que tu en ferais – j’ai sué sang et eau pendant des années pour toi, pour te sauver et veiller à ce que tu ne partes pas les mains vides. » Ensuite je lui ai dit : « Tu n’as qu’à essayer, mon vieux et je vais lancer des gros bras [les amis féministes de Kate] à tes trousses, qui te mettront dans un tel état que tu ne te regarderas plus dans un miroir pendant les vingt prochaines années. Tu me dis encore une fois que je suis dérangée et je t’en collerai une dans les dents qui les projettera tellement loin dans ta gorge qu’elles ressortiront à l’autre extrémité. » « Est-ce que tu comprends ? », lui ai-je demandé, en donnant un coup de poing sur la table. Il tremblait comme de la gelée. Depuis ce jour-là, il est très gentil et je suis presque certain que, lorsqu’il a hurlé qu’il quittait son emploi (à cause de moi), il faisait du rentre-dedans pour parvenir à ses fins. Quoi qu’il en soit, comme je l’ai dit, tout va bien désormais (54). »
Oui ! Lorsque cet esclave de nid a menacé de s’enfuir avec une partie du produit du labeur de toute une vie (les indemnités et l’épargne), il a été rappelé à l’ordre par son propriétaire. Désolé de décevoir ceux qui croient que le mari est le patron de sa femme !
Mais pourquoi les hommes se contentent-ils d’un patriarcat qui n’est, hélas, qu’une simple façade ? La réponse est assez simple. Un patriarcat de façade est le maximum que leurs dirigeants puissent leur accorder ; et un patriarcat de façade est le minimum que ces dirigeants doivent accorder à l’ego masculin pour qu’il supporte de bon cœur les fardeaux du rôle qui lui est attribué. En outre, si jamais les hommes tentaient de subvertir le matriarcat afin d’y substituer un véritable patriarcat, les femmes les mettraient en échec. Les hommes, par conséquent, se contentent d’un patriarcat de façade tout simplement parce qu’ils le doivent.

10. Le deux poids, deux mesures

Le féminisme propose – comme l’en accusent les antiféministes – que les hommes et les femmes soient traités de la même façon. Le féminisme est une position radicale contre le deux poids, deux mesures en matière de droits et de responsabilités et le féminisme est un plaidoyer révolutionnaire pour un modèle unique de liberté humaine (55)

Andrea Dworkin

Une même loi pour le lion et pour le bœuf, c’est l’oppression (56)

William Blake

Les femmes qui se plaignent du deux poids, deux mesures soulignent presque toujours la tolérance générale à l’égard des coureurs de jupon et, au contraire, la réprobation qui entoure les femmes qui courent les hommes. Les féministes font valoir en outre les écarts de salaire entre les hommes et les femmes pour un même travail, l’attribution traditionnelle de tâches non rémunérées comme les travaux ménagers et l’éducation des enfants aux femmes et des emplois rémunérés à l’extérieur du foyer aux hommes. Mais tout ceci épuise-t-il le sujet ? Dans quels autres domaines de la vie le deux poids, deux mesures est-il en vigueur ? Et, en définitive, qui bénéficie ou pâtit le plus du deux poids, deux mesures : les hommes ou femmes ? Voici quelques autres domaines, des symboliques aux concrets, où est en usage le système du deux poids, deux mesures :
1) Dans le monde occidental, la femme d’un roi est reine ; mais le mari d’une reine n’est pas nécessairement roi. Sinon, pourquoi le prince Phillip, époux de la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne, n’est-il que prince et non roi ? Et pourquoi le prince Albert, époux de la reine Victoria de Grande-Bretagne, ne fut-il que prince et non roi ? Tel est le deux poids, deux mesures de la nomenclature royale.
2) Les rites de l’amour exigent que, si un homme aime une femme, il le lui montre, en lui offrant des cadeaux et en faisant des choses pour elle ; cependant, si une femme aime un homme, elle doit le lui montrer, en acceptant de lui des cadeaux et des services. Ainsi, pour lui, mieux vaut donner que recevoir, alors que, pour elle, mieux vaut recevoir que donner.
3) Les hommes sont censés apporter un soutien économique aux femmes, mais les femmes ne sont pas censées subvenir aux besoins des hommes. En effet, dans presque toutes les cultures, il est très mal vu qu’une femme entretienne un homme. Que ce soit dans le mariage ou hors mariage, il n’y a rien de mal à être une femme entretenue, alors qu’un homme entretenu fait tache. Ce deux poids, deux mesures est consacré par certains vœux de mariage qui ne sont pas réciproques. Seul l’homme fait à sa femme la promesse de « [la doter] de tous [s]es biens terrestres ». Cette non réciprocité a longtemps été inscrite dans la loi aux États-Unis. Là-bas, le mari était légalement obligé de subvenir aux besoins de sa femme, indépendamment de son revenu et de sa fortune, mais la femme n’avait pas l’obligation de subvenir aux besoins de son mari. Son salaire lui appartenait en propre et elle pouvait le dépenser comme bon lui semblait. Elle n’avait aucune obligation de contribuer financièrement à l’entretien de sa famille, à moins que son mari ne puisse gagner sa vie et ne devienne de ce fait une charge publique.
4) Une mère et un père ne sont pas également responsables du soutien financier de leurs enfants. La responsabilité en incombe principalement au père ; elle n’en incomberait à la mère que s’il venait à mourir ou était manifestement incapable de subvenir à leurs besoins. Il en est ainsi au regard de la loi américaine et c’est la coutume dans beaucoup d’autres pays.
5) La beauté et la virginité sont appréciées chez les femmes ; mais la force physique et les capacités économiques sont appréciées chez les hommes. De plus, si un homme fait perdre sa virginité à une fille, il est considéré avec désapprobation ; mais, là où il est jugé déshonorant pour une famille que sa fille perde sa virginité avant le mariage, il arrive que le coupable soit assassiné par des parents vengeurs. Mais si une femme dépouille un homme de ses biens, aucun crime ou aucun acte réclamant vengeance n’est considéré comme ayant été commis. Le type est simplement pris pour un idiot, tandis qu’il arrive que l’habileté de la jeune fille soit admirée. Sans le deux poids, deux mesures, les deux actes seraient soit critiqués, soit salués.
6) Est permis tout ce qui, comme les publicités avec des photos de femmes nues dans des poses provocantes ou le port de la mini-jupe en ville, met les hommes dans un état d’agitation sexuelle, mais rien ou presque de ce qui perturberait similairement les femmes n’est autorisé dans l’environnement. Ainsi, pour les hommes, l’environnement est dénaturé en un stimulant sexuel, tandis, pour les femmes, il reste sexuellement inoffensif.
7) Les hommes sont formés pour faire les premières démarches en vue de nouer des relations sexuelles ; les femmes pour être réservées et même offrir une résistance farouche aux avances sexuelles des hommes. Cette différence de conditionnement place les rencontres sexuelles sous le contrôle des femmes, car c’est celui qui a le moins besoin de sexe (ou qui fait semblant d’en avoir le moins besoin) qui parvient à contrôler le rituel de la rencontre.
8) Alors que les hommes vivent dans un monde très dangereux, les femmes vivent dans un monde aussi sûr que possible, comme le montre de façon flagrante le cas de la guerre. En temps de guerre, les femmes sont exemptes des risques que comporte le port des armes, risques que doivent obligatoirement courir les hommes. Même dans les cas extrêmes où des sociétés en danger jugent nécessaire de préparer toute leur population, hommes et femmes, à la guerre, les femmes sont rarement obligées de se rendre sur le théâtre des opérations. Ce deux poids, deux mesures accorde aux hommes le doux privilège d’être tués à la fleur de la jeunesse. Et si une ville est mise à sac, le sort réservé aux hommes est d’être passés au fil de l’épée. En ce qui concerne les femmes, leur vie est généralement épargnée et, au pire, elles sont mariées aux ou mises en esclavage par les vainqueurs. En tout cas, elles continuent à vivre.
9) Dans la division du travail, à l’intérieur de chaque classe, les femmes accomplissent des tâches plus légères et moins risquées, que ce soit à la maison ou à l’extérieur. En dehors de la classe des riches oisifs, où ni le mari ni la femme n’ont besoin de travailler, les deux travaillent à la maison. n’oublions pas qu’il est des tâches ménagères qui incombent au mari. Il est chargé d’entretenir la maison, ou même de la construire ; de tondre la pelouse, de réparer les clôtures, de fendre le bois de chauffage et de protéger la propriété contre les intrus. Tout cela s’ajoute à tout ce qu’il fait en dehors de la maison pour gagner de l’argent pour toute la famille par l’agriculture, le commerce ou le travail salarié. En ce qui concerne le travail à l’extérieur du foyer, dans les classes les plus pauvres, le mari et la femme doivent gagner leur vie. Dans les classes « laborieuses » et moyennes, la femme a la possibilité de ne pas gagner sa vie, mais pas le mari. Dans les classes supérieures, il n’est pas respectable pour l’épouse de recevoir un salaire. Tout ceci constitue également un deux poids, deux mesures qui est à l’avantage des femmes.
10) Un autre exemple du deux poids, deux mesures est que le chauvinisme masculin est déclaré sexiste, tandis que le chauvinisme féminin ne l’est pas. En fait, le chauvinisme féminin est dans une large mesure méconnu et épargné par la critique.
Cette liste pourrait être considérablement allongée ; mais le tableau général devrait maintenant être clair : le fardeau du deux poids, deux mesures est supporté, non par les femmes, mais par les hommes. Pourtant, ces femmes qui dénoncent le « deux poids, deux mesures » ne mentionnent pas les cas décrits ci-dessus ; et les féministes qui prétendent être en croisade pour l’égalité ne demandent pas un traitement égal dans ces domaines.
D’ailleurs, à y regarder de plus près, même l’idée que les hommes ont plus de liberté sexuelle que les femmes s’avère illusoire. Puisqu’il faut être deux pour danser un tango, les hommes, en tant que groupe, ne peuvent pas avoir plus de rapports sexuels avec les femmes que les femmes avec les hommes ! S’il y a plus de séducteurs que de séductrices, la séductrice moyenne court le guilledou plus que le séducteur moyen ! D’où vient donc l’idée que les hommes sont plus enclins à la promiscuité sexuelle que les femmes ? En partie, cela peut être dû à la tendance des hommes à se vanter de leurs conquêtes. Mais, comme nous venons de le montrer, que les hommes se vantent davantage de leurs conquêtes ne signifie pas qu’ils forniquent davantage. C’est une question d’arithmétique ! En outre, une femme aux mœurs légères a tendance à garder le silence sur ce genre de choses. Elle multiplie les aventures galantes avec une grande discrétion. De là, l’illusion que les hommes sont de mœurs plus légères que les femmes. Ainsi, le reproche que font les femmes aux hommes de ne pas avoir les mêmes droits qu’eux à la promiscuité sexuelle s’avère être un reproche qui est fondé sur les apparences et non sur les réalités.
Toujours en ce qui concerne la promiscuité sexuelle et l’infidélité, même si, à cet égard, le deux poids, deux mesures joue apparemment en leur défaveur, les femmes parviennent à en faire un bon usage pour contrôler les hommes. Une femme le tourne à son avantage de cette façon : « Pas d’aventures amoureuses pour moi ? » demande-t-elle. « D’accord, alors, si je dois rester fidèle, tu devras en payer le prix, tu devras assouvir tous mes désirs. Si tu ne me donnes pas tout l’argent que je veux pour mes plaisirs, je l’obtiendrai d’autres hommes. Ton échec m’y forcera. Ce serait de ta faute. La peur qu’éprouvent beaucoup d’hommes à l’idée que leur femme se prostitue pour obtenir ce qu’elle veut les pousse à continuer à travailler comme des forçats pour lui permettre de vivre dans le luxe.
La situation d’un tel mari doit être comparée à ce qui se passa lorsque, il y a un siècle, une jeune femme du nom de Solange menaça sa mère, la romancière Aurore Dupin, alias George Sand, de se prostituer, si elle refusait de subvenir aux dépenses que nécessitait le style de vie auquel elle aspirait. Sa mère la prit au mot et le fit en des termes très révélateurs. Solange s’était séparée de son mari et vivait dans un couvent d’une petite rente que lui versait sa mère. Elle voulait qu’elle la lui augmente pour pouvoir commencer une vie nouvelle et meilleure à Paris. Solange, par conséquent, écrivit à sa mère, Aurore :
« Avoir à vivre dans cet isolement, avec le son et le mouvement de la vie tout autour de moi – des gens qui rient ensemble, des chevaux qui galopent, des enfants qui jouent au soleil, des amoureux heureux – Ce n’est pas tant que je m’ennuie, c’est que je m’abandonne au désespoir. Les gens se demandent comment il se fait que les filles sans esprit et sans éducation se laissent entraîner dans une vie de plaisir et de vice ! Les femmes intelligentes et affectueuses sont-elles certaines de pouvoir éviter tout cela… ? (57) »

Face à ce subtil chantage, Aurore répliqua rapidement :

« Il te faudrait, pour te consoler, de l’argent, beaucoup d’argent. Dans le luxe, dans la paresse, dans l’étourdissement tu oublierais le vide de ton cœur. Mais pour te donner ce qu’il te faudrait, il me faudrait moi travailler le double, c’est-à-dire mourir dans six mois, car le travail que je fais excède déjà mes forces. Si je mourais dans six mois, tu ne serais pas longtemps riche, donc cela ne te servirait à rien, car mon héritage ne vous fera pas riches du tout, ton frère et toi. D’ailleurs, si je pouvais travailler le double et durer quelques années encore, est-il bien prouvé que mon devoir envers toi fût de me créer cette vie de galérien, de me faire cheval de pressoir pour te procurer du luxe et du plaisir ? […] Je te donnerai le plus que je pourrai […] Vraiment tu trouves difficile d’être pauvre, isolée et de ne pas tomber dans le vice ? Tu as bien de la peine à te tenir debout parce que tu es depuis 24 h. entre quatre murs et que tu entends rire les femmes et galoper les chevaux au-dehors ? Qué malheur ! Comme dit Maurice […] Essaies-en donc un peu du vice et de la prostitution, je t’en défie bien, moi ! Tu ne passeras pas seulement le seuil de la porte pour aller chercher du luxe dans l’oubli de ta fierté naturelle. Or le suicide moral est comme le suicide physique. Quand on n’en a pas la moindre envie, il ne faut pas en faire la menace à personne, pas plus à sa mère qu’à son mari. Ce n’est pas d’ailleurs si facile que tu crois de se déshonorer. Il faut être plus extraordinairement belle et spirituelle que tu ne l’es pour être poursuivie ou seulement recherchée par les acheteurs. Ou bien il faut être plus rouée, se faire désirer, feindre la passion ou le libertinage et toutes sortes de belles choses, dont, Dieu merci, tu ne sais pas le premier mot ! Les hommes qui ont de l’argent veulent des femmes qui sachent le gagner, et cette science te soulèverait le cœur d’un tel dégoût que les pourparlers ne seraient pas longs (58). »
Aurore donc, ne voulut rien savoir et ne mâcha pas ses mots. Un mari confronté à la même menace aurait peur d’être couvert d’opprobre, se résignerait et deviendrait « galérien », tout cela parce qu’il s’est engagé à soutenir économiquement sa femme ! Oui, ce que même la propre mère d’une femme ne supporterait pas, son mari est tenu de le supporter.
Conscients que les épouses peuvent menacer leur mari de se prostituer pour les faire chanter, certains hommes dans les cultures les plus pragmatiques du monde partent du principe que, peu importe ce qu’un homme donne à sa femme, elle peut encore se prostituer pour en avoir davantage ; par conséquent, donnez-lui le moins possible et fermez les yeux sur sa prostitution, mais enlevez-lui vos enfants dès qu’ils ont atteint un certain âge.
Cet extrait de roman illustre les remarques que nous venons de faire :

« Ne perdons pas de temps, Alhaji, mes enfants… sont à la maison » dit Folake, en agitant ses énormes fesses alors qu’elle se dirigeait vers le lit et se déshabillait en même temps. Karimu, tremblant de tout son corps, obéit comme un écolier.
Cinq minutes plus tard, alors qu’ils étaient étendus sur le lit, épuisés, Karimu voulut en savoir plus.
« Je suis troublé, Mama Toyin, mais pourquoi déshonorer ton mari ? Il ne te nourrit pas ?
– Oh, tu n’es pas du pays ? lui a-t-elle demandé lentement, avant de reprendre son souffle. « Je pense que le pays des Yorouba a le taux d’adultère le plus élevé dans le monde… »
« Pourquoi ? » lui a-t-il demandé sur un ton faussement sérieux.
« Je vais te le dire. Tu vois, ici, vous, les hommes, lorsque votre femme vous rejoint au foyer conjugal, vous lui donnez quelques sous pour qu’elle monte une affaire, dans la plupart des cas dans le commerce. C’est tout. Tout ce dont la femme et les enfants auront besoin, l’alimentation, l’habillement et tout le reste, c’est cette affaire qui le leur fournira. Ce que les hommes refusent de voir, c’est que les profits de cette affaire ne sont pas toujours suffisants pour couvrir les dépenses encourues. Ce qui veut dire que l’argent doit être prélevé sur le capital de l’entreprise. Tu fais ça et l’entreprise commence à péricliter. Les femmes ont beau le dire à leur mari, c’est peine perdue (59)… »

Dans cette situation, certaines femmes ne s’en laissent pas compter et se font faire des enfants par des hommes différents, dans le cadre légal du mariage ou non. Elles prélèvent ensuite à chacun d’entre eux une somme aussi importante que possible pour financer leur entreprise ou subvenir aux besoins des enfants. Un des aspects de cette pratique est dénoncé dans cette histoire entendue dans un salon de coiffure de Lagos : « Omoba a annoncé son intention de changer de nom. Connue jusque-là sous le nom de Mme Omoba Y, elle doit maintenant être appelée Mme Omoba Z. Je ne peux pas vous dire si tous les documents sont valides ou non. Je parierais cependant qu’il n’y a aucun document ! … Omoba change de statut (marital) pour la sixième fois parce qu’elle vient d’avoir un sixième enfant d’un sixième homme ! C’est-à-dire que chaque fois qu’Omoba a eu un enfant, elle a pris le nom de famille du père… Ce que dit Omoba, c’est que c’est bien joli de vouloir ou d’espérer qu’un homme fasse sa demande en mariage, mais qu’il ne peut pas ou ne veut pas toujours la faire. Elle pense que la meilleure manière pour une femme de se protéger est de prendre le nom du père de son enfant. Omoba pense que, pour un homme, avoir un enfant est un événement aussi important que le mariage lui-même (60). »
Comme nous l’avons vu, tous les deux poids, deux mesures, y compris celui qui préoccupe le plus les femmes, désavantage les hommes et contribue à garantir au moins un des nombreux privilèges des femmes. Pourtant, les féministes prétendent être en croisade contre le deux poids, deux mesures, afin d’éliminer les inconvénients qu’il présente pour les femmes ! Ne serait-il pas merveilleux que le féminisme souhaite vraiment un seul modèle de liberté humaine ? Ne serait-il pas merveilleux qu’il existe un seul et même code de conduite pour le lion et le bœuf ? Et ne serait-il pas merveilleux que ce code précise que ni l’un ni l’autre ne doit dévorer l’autre ? Ne serait-ce pas tout simplement merveilleux pour le bœuf ?
Mais hélas, étant donné leur complémentarité, exiger que les hommes et les femmes soient traités de la même façon, aient des droits et des responsabilités identiques, c’est comme essayer de mettre de force un gant gauche à la main droite. Pourtant, de brillantes féministes voudraient nous faire croire que ce serait la liberté !
Si certains deux poids, deux mesures sont inhérents à la complémentarité entre les hommes et les femmes, beaucoup ne le sont pas : ceux-ci pourraient être abolis sans dommage, si ce n’est au détriment des privilèges des femmes. Les codes vestimentaires pourraient être soit sobres pour les deux sexes, soit provocants pour les deux sexes ; les publicités pourraient étaler les caractéristiques masculines appropriées, en les rendant aussi omniprésentes et provocantes que les caractéristiques sexuelles féminines, de sorte que l’environnement serait aussi perturbant érotiquement pour les femmes que pour les hommes. Les femmes pourraient être traitées de la même façon que les hommes en temps de guerre, de sorte qu’elles risqueraient également de mourir au combat.
Si tous les deux poids, deux mesures qui peuvent être abolis l’étaient effectivement, beaucoup des handicaps des hommes dans la vie disparaîtraient. Une fois que cette montagne de désavantages aurait été supprimée, les hommes commenceraient à s’élever vers l’égalité avec les femmes en matière d’épreuves et de privilèges.

11. « Le peu d’intelligence des hommes »

La confusion mentale des hommes est une source de pouvoir féminin depuis longtemps (61)

Robert Ardrey

L’esprit de l’homme moyen est rempli de croyances idiotes sur les hommes et les femmes. Comme des vapeurs d’alcool qui stimulent l’ego, ces croyances embrouillent sa perception et l’exposent à plastronner et à chanceler dans la vie comme un ivrogne désespéré et, par conséquent, à devenir le jouet de toute femme qui le veut.
Les principales de ces croyances sont que les femmes sont faibles et fragiles ; que les hommes sont plus intelligents que les femmes ; que les femmes sont volages, passives, irrationnelles, vulnérables et sentimentales ; que les hommes sont supérieurs aux femmes dans l’ordre naturel de l’univers ; que les femmes sont mystérieuses. Ces croyances sont si manifestement stupides que tout observateur lucide et impartial ne peut qu’être d’accord avec Marie Corelli, lorsqu’elle parle du « peu d’intelligence des hommes » (62), qui permet aux femmes de les piéger.
Un regard lucide sur le monde réel révèle une situation tout à fait différente de celle que perçoit l’homme ordinaire. Il montre que les femmes sont beaucoup moins fragiles et faibles qu’elles le prétendent, que les femmes sont plus intelligentes que les hommes, que leur inconstance, leur passivité, leur irrationalité et leur vulnérabilité sont des instruments calculés de pouvoir, que les femmes sont beaucoup moins sentimentales, plus terre-à-terre, cyniques et impitoyables que les hommes, que, dans la mesure où il existe un ordre naturel, les femmes sont, en son sein, supérieures aux hommes et que les femmes ne sont absolument pas mystérieuses, mais que c’est la stupidité des hommes qui les leur fait paraître telles. Examinons ces illusions qui sont répandues chez les hommes et voyons combien peu elles sont conformes aux réalités et comment les femmes les utilisent pour exploiter et gouverner les hommes.
Les femmes sont-elles faibles et fragiles ? En tout cas, sont-elles aussi faibles et fragiles que le croit la fierté masculine ? Comme nous pouvons tous le vérifier par nous-mêmes, certains hommes sont physiquement plus forts que certaines femmes et certaines femmes sont plus fortes que certains hommes. Même s’il est vrai que, en moyenne et dans des aspects spécifiques, les hommes sont plus forts que les femmes, la différence est généralement exagérée, par les hommes pour flatter leur amour-propre et par les femmes pour les faire travailler pour elles.
Une fois, un ami et moi aidions sa copine à vider ses affaires et ses meubles de son appartement à New York. Après avoir chargé une lourde malle dans le camion de déménagement, nous remontions les escaliers essoufflés. Dès que la femme et une de ses amies nous ont vus, elles ont laissé tomber le matelas qu’elles portaient jusqu’à l’ascenseur et se sont mises à se plaindre qu’il était trop lourd ! Pourtant, avant de nous voir, elles le portaient sans difficulté visible !
L’idée du mâle fort est souvent exacerbée par l’image d’une femme faible, sans défense, pliant l’échine devant les coups d’un mari taillé en colosse. Pourtant, les cas de maris battus par des femmes beaucoup plus fortes qu’eux ne manquent pas. On n’en entend pas beaucoup parler pour deux raisons : la fierté masculine se refuse à faire de la publicité à ce genre de fait et la tendance des femmes à la dissimulation donne souvent l’impression que la femme qui bat son mari est en fait la femme battue […].
Comme pour la question de la force physique, le contraste habituel entre la fragilité des femmes et la robustesse des hommes permet aux femmes de pousser autant que possible les hommes vers des emplois difficiles et risqués. Parce que cela les aide à exploiter les hommes, les femmes ont intérêt à faire semblant d’être plus fragiles qu’elles ne le sont vraiment. En fait, l’un des objectifs invariables de la mode féminine est de renforcer l’illusion de la fragilité féminine.
Les moyens utilisés à cette fin vont du bandage des pieds dans la Chine ancienne au port de corsets serrés dans l’Angleterre victorienne, qui faisait ressembler la taille des femmes à un sablier sur le point de se briser et aux chaussures à talons hauts dans l’Occident moderne. A l’époque victorienne, une dimension physique et une dimension psychologique étaient données à l’illusion de la fragilité féminine, au travers d’une auto-présentation qui associait une taille fine à une peau pâle et à toutes les rougeurs et toutes les pâmoisons qui nécessitaient de respirer des sels. Une telle femme semblait si fragile de corps et d’âme que tout homme galant se sentait obligé de lui tendre la main et de la soutenir.
Dans la mode occidentale du XXe siècle, le talon haut est le fondement du déguisement élaboré de la robustesse féminine. Considérons une femme qu’un régime alimentaire a rendu mince comme une pelure d’oignon et qui, après avoir enfilé une jupe crayon taille basse ou taille haute qui l’empêche de faire de longues et vigoureuses foulées, se perche sur des talons aiguilles qui lui donnent plus ou moins l’air d’un grand pantin élancé sur des échasses bancales. L’impression qu’elle a soigneusement créée est celle d’un adulte qui n’arrive pas à rester fermement en équilibre sur ses deux pieds. Comme un invalide qui peut difficilement se tenir debout, sa silhouette appelle à l’aide, a grand besoin d’un homme robuste qui la soulève dans ses bras pour lui faire traverser une rue venteuse ou la porter en haut d’une colline ; ou mieux encore, de quelque galant qui s’arrêterait à côté d’elle en Rolls Royce et lui épargnerait ainsi l’effort évident de marcher dans la rue. Étant donné l’image de vulnérabilité qu’elle s’est créée, quel homme serait assez mal élevé, assez discourtois, pour lui demander de porter un lourd carton volumineux ou de franchir un caniveau ?
Un jour, un homme a demandé à une femme d’enlever ses talons hauts et sa jupe mi-longue moulante. Comme elle se tenait sur ses pieds déchaussés, aussi ferme et stable sur le sol qu’une des danseuses de Degas, il s’est exclamé :« Regarde ces chevilles ! Regarde ces mollets ! Où est la femme fragile et élancée qui chancelait sur ses jambes tout à l’heure dans la brise ? C’est à cela que servent les talons hauts ? C’est à cela que servent les jupes mi-longues moulantes ? »
Sur ces entrefaites, la dame a pris son sac à main et l’a frappé avec ! Il avait les lèvres en sang ! Oui, la fourberie avec laquelle les femmes dissimulent leur robustesse et leur force est extraordinaire. Les femmes peuvent ne pas être aussi faibles ou fragiles qu’elles en ont l’air ; mais les hommes ne sont-ils pas assurément plus intelligents que les femmes ? Sont-elles réellement plus intelligentes, ces créatures que les femmes dupent, tantôt grâce à un peu de maquillage, tantôt grâce à quelques parures et un sourire dans une lumière tamisée ? Ces dupes qui peuvent être subjuguées par quelques larmes d’actrice ou perturbés par le petit bout de cuisse que laisse entrevoir une fente de jupe ? Sont-ils réellement plus intelligents, ces imbéciles qui, tout au long de l’histoire, n’ont cessé d’assécher des marais, d’extraire du charbon et de se faire massacrer sur les champs de bataille ? Soyons sérieux.
N’oublions pas que l’intelligence ne consiste pas à exercer les métiers les plus durs, les plus ingrats et les plus risqués, mais à les laisser aux autres. Même en ce qui concerne l’activité routinière, toute femme qui ne veut pas se donner la peine de gagner sa vie parvient à s’en décharger sur un homme : son père, son amant, son mari, ses fils ou ses gendres. Pourtant, qui sont ceux qui sont assez stupides pour prétendre qu’ils sont plus intelligents que les femmes ? Ceux-là mêmes qui servent les femmes : les hommes !
En Occident, certains de ces hommes, en particulier les robots musclés, qui sont si facilement manipulés par les femmes, vont même jusqu’à considérer la « blonde stupide » comme le summum de la stupidité humaine. Pourtant, il suffit de se pencher sur la question pour constater que la blonde prétendument stupide n’est que le fruit de l’imagination ! Elle vit sur un grand pied en ne dépensant guère plus que la blondeur de ses cheveux. Elle utilise ses cheveux blonds pour gouverner le cœur et faire les poches du macho obsédé par les blondes qui a plus d’argent que d’esprit. Elle a la vie facile et fait un gros héritage sans jamais se départir de son rire. Elle excelle à maximiser les retours sur investissement, tirant habilement le meilleur de la vie avec le minimum effort. Franchement, la proverbiale « blonde stupide » est probablement l’être le plus intelligent au monde.
Et si une « blonde stupide » n’a réellement pas les capacités intellectuelles pour comprendre des choses complexes, eh bien pourquoi pas ? Dans son monde, la seule callisthénie mentale dont elle a besoin est d’exprimer ses désirs et un macho épris de blondes déplacerait des montagnes pour les satisfaire. Il n’est pas étonnant qu’elle néglige de faire de l’exercice et encore moins de faire travailler sa matière grise. Quelque stupide que soit une « blonde stupide », elle est toujours plus intelligente que tous les hommes qu’elle dirige par le culte qu’ils rendent à ses cheveux jaune d’or ; car comment pourrait-on être plus intelligent que son dirigeant ? Dans tous les cas, le degré de stupidité d’une « blonde stupide » est directement proportionnel à la taille du cerveau qu’il suffit à une femme d’avoir pour lui permettre de diriger même les plus intelligents des hommes.
Il faut admettre qu’une belle femme n’a pas besoin de beaucoup de cervelle pour obtenir ce qu’elle veut dans la vie. Comme disent les Igbo, la beauté est la richesse de la femme. Aussi stupide que soit une belle femme, quand elle appuie sur le bouton approprié de l’ego d’un grand robot intelligent,il obéit à ses ordres. Si elle lui dit : « Je parie que tu n’es pas assez fort pour soulever ce rocher », son ego, piqué au vif, répondra : « Pas assez fort pour soulever ce petit caillou ? » Et pour prouver qu’il est bel et bien Superman, notre Samson se déchirera les ligaments de la colonne vertébrale et risquera d’attraper une hernie en soulevant un rocher de dix tonnes tout seul.
Pour ne pas avoir à se donner la peine de tenir les comptes de la famille, elle lui dira : « Chéri, tu sais que je ne suis pas douée pour les chiffres, sois un ange et exerce ta sagacité sur ces relevés bancaires. » Et pour être à la hauteur de cette flatterie, il épluchera les comptes toute la nuit, pendant qu’elle dormira d’un sommeil réparateur. Pourtant, malgré tout, le robot croit qu’il est plus intelligent que son manipulateur ! Les femmes, hélas, ne sont pas stupides. Mais, comme elles sont de remarquables manipulatrices, elles choisissent de paraître stupides pour ne pas blesser par la vérité l’ego masculin. En conséquence, les hommes semblent plus intelligents que les femmes, mais ne semblent tels qu’aux yeux du mâle stupide. Et chaque fois qu’une femme est terriblement tentée d’arrêter de dissimuler et de montrer à quel point elle est intelligente, le surmoi féminin, alias « L’Ange du foyer », lui murmure (comme il l’aurait fait fait à Virginia Woolf) :« Soyez bienveillante, soyez tendre, flattez, trompez ; usez de tous les artifices, de toutes les ruses de votre sexe. Ne laissez jamais deviner que vous avez des idées à vous (63). »
Et pourquoi ne devrait-elle pas obéir ? Qu’a-t-elle à perdre, en permettant à son esclave de croire à toutes ces absurdités qui le poussent à travailler inlassablement pour elle ?
Les hommes doivent vraiment considérer avec scepticisme les démonstrations de stupidité des femmes. Quand les hommes le feront, ils découvriront, probablement à leur grand étonnement, qu’il s’agit d’une stupidité calculée au service de la cupidité. Et ils devront admettre qu’il faut beaucoup d’ingéniosité pour réussir à feindre cette stupidité.
Les hommes affirment que les femmes sont volages, passives, irrationnelles, vulnérables et sentimentales. Dans la mesure où ces affirmations sont vraies, ces caractéristiques, contrairement à ce que supposent les hommes, ne sont pas des marques de faiblesse ou d’infériorité : elles sont plutôt la preuve de la suprématie des femmes et sont aussi des instruments du pouvoir féminin.
L’inconstance n’est-elle pas la caractéristique du pouvoir arbitraire ? Tout subordonné apprend vite à ne pas être inconstant envers son supérieur ; l’inconstance, chez un subordonné, est synonyme de manque de sérieux et c’est un luxe qu’il ne peut se permettre, s’il ne veut pas être congédié. Chez les hommes, seuls les despotes, comme Staline ou Louis XIV, peuvent être aussi inconstants que la femme moyenne.
Et la passivité n’est-elle pas le signe de pouvoirs et de privilèges considérables ? Notons que l’activité incessante des ouvrières est au service de la reine, qui est passive !
Et l’irrationalité affichée de la femme ne fait-elle pas partie de son jeu de pouvoir ? N’est-elle pas une ruse qui place les hommes dans une situation de frustration telle qu’ils lui cèdent tout ? Elle joue la comédie de manière si irrationnelle que, exaspéré, l’homme, en échange d’un peu de paix et de raison dans la maison, lui accorde tout ce qu’elle veut. Vus sous le bon angle, la légèreté, la passivité et l’irrationalité de la femme ne sont pas des signes de faiblesse ou d’infériorité, mais plutôt des témoignages des pouvoirs supérieurs de la femme. Ce ne sont pas les caractéristiques des serfs, mais les privilèges des princesses.
L’illusion de l’impuissance féminine est aussi une arme pratique contre les hommes. Il devrait être assez évident, surtout après le triomphe des femmes dans des carrières qui étaient antérieurement masculines, que tout ce que l’homme peut faire, la femme peut aussi le faire, si ce n’est le mettre enceinte. Donc, la femme n’est intrinsèquement pas plus impuissante que l’homme. Mais exagérer son impuissance la sert bien : cela l’aide à faire travailler les hommes pour elle, qu’il s’agisse pour eux de lui ouvrir la porte ou de faire des guerres qui protègent ses intérêts. Dans le ménage, elle tire souvent honteusement parti de sa soi-disant impuissance. Par exemple, considérons ce cas d’un homme qui a découvert que sa femme lui est infidèle. Devant l’évidence des faits, elle a fini par avouer, mais a ajouté : « Je ne le verrai plus ; si tu me quittais, je ne saurais pas quoi faire. » Une fois la galanterie du mari ainsi attisée par le spectacle de la soi-disant impuissance féminine, il a passé l’éponge sur sa grave violation de leur contrat conjugal !
L’illusion masculine selon laquelle les femmes sont sentimentales découle probablement du fait que les femmes sont sujettes à des accès émotifs tels que les câlins et les pleurs, ont des conversations avec des bébés et sont des lectrices avides et des écrivains prolifiques de romans. On peut donc penser qu’elles ne sont pas impitoyables, dures ou cyniques. Comme toujours, les réalités sont plutôt différentes. Dans une lettre à Madame Mohl, une vieille amie de sa famille, Florence Nightingale, la célèbre dame à la lampe, déclara : « Vous dites que les femmes sont plus bienveillantes que les hommes. Or, si je devais tirer un livre de mon expérience, il commencerait par ces mots : « Les femmes n’ont aucune compassion. » Vous, vous vous fiez à la tradition – moi, je fonde ma conviction sur ma propre expérience (64). »
Une mère écrivit ces mots à une de ses filles à propos d’une autre d’entre elles : « Annie a un cœur de pierre, ne vous laissez pas prendre par ses larmes, elle peut en verser rien qu’en appuyant sur un bouton (65). »
Cela devrait nous amener à nous interroger sur les rivières de larmes d’actrice que toute femme est toujours prête à faire couler ! Et Indira Gandhi, se comparant à son père, Pandit Nehru, déclara : « Je suis moins romantique et émotif qu’il était. Les femmes sont plus terre à terre que les hommes (66). »
Ces affirmations sont confirmées par les recherches récentes du professeur Donald Kanter sur les femmes européennes et américaines. Selon un rapport de presse, « Kanter, psychologue de l’Université de Boston, a mené une enquête auprès de 2250 femmes européennes pour une agence de publicité. Il a découvert plusieurs couches de « cynisme stupéfiant. » Huit femmes sur dix pensent que la plupart des gens mentent pour obtenir ce qu’ils veulent, plus de 80% d’entre elles conviennent que les gens détestent profondément se donner du mal pour aider les autres et qu’il est de plus en plus difficile de se faire de vrais amis. « Je m’attendais à ce que le beau sexe soit plus doux, plus charitable », a conclu Kanter. « Les réponses que nous avons obtenues montrent que la plupart des femmes européennes pensent que les gens sont des menteurs, que seul l’argent compte dans la vie et qu’une personne désintéressée est quelqu’un de pathétique. C’est pourquoi elles méprisent Jimmy Carter. » Kanter vient de terminer une nouvelle enquête sur les épouses américaines de la classe moyenne et est consterné par les résultats. Environ 50% d’entre elles croient que la plupart des gens ne se préoccupent que d’eux-mêmes et que près des deux tiers sont d’accord avec les femmes européennes pour dire que, dans l’ensemble, les êtres humains sont égoïstes, menteurs et cupides. « Les tendances centrales sont assez alarmantes », a déclaré Kanter. « Je n’aurais jamais cru qu’il y avait tant de femmes qui pensent ainsi. » (67) »
Pauvre professeur Kanter ! Une de ses illusions sur les femmes semble avoir été brisée et il a l’air assez choqué ! Il y a de quoi s’étonner de l’éducation sentimentale qui l’a aveuglé sur le cynisme fondamental des femmes. Quoi qu’il en soit, si l’on en croit Florence Nightingale et Indira Gandhi, la découverte de Kanter n’est pas extravagante et la cynique qui est en Miss America est la cynique qui est en toute fille.
La conviction de l’homme d’être naturellement supérieur à la femme est peut-être le plus grand hommage jamais rendu à la vanité masculine par l’aveuglement volontaire : la preuve de la supériorité de la femme est partout. Tout ce qu’une femme a à faire pour avoir des relations sexuelles, que ce soit pour le plaisir ou pour la procréation, est de signaler qu’elle est disponible et, à moins qu’elle ne soit indiciblement laide et puante, tous les hommes se bousculeront pour l’obliger. Les pauvres diables doivent montrer leurs qualifications et doivent passer tous les tests qu’elle établit, ou elle leur refusera l’accès à son corps. Pourtant ce sont ces mêmes mâles – qui doivent se battre et se déchirer les uns les autres ; qui doivent courtiser, cajoler, mendier ou même recourir au viol pour avoir accès à son corps – ce sont ces mâles tout à fait pitoyables qui se déclarent fièrement supérieurs à elle ! Ils oublient comme par hasard (leur ego les y aide) de se demander ce qu’ils diraient eux-mêmes des candidats qui prétendent être supérieurs à celles qui les ont interviewés, jugés, sélectionnés et leur ont octroyé des postes qu’ils avaient quémandés à genoux.
La notion de supériorité masculine est un mythe prétentieux, une manifestation d’arrogance par laquelle l’homme chercher à compenser la conscience aiguë de son infériorité. Loin d’être inférieure à l’homme, la femme lui est supérieure et sa supériorité est incontestable et repose sur l’utérus. Après tout, même les réalisations d’un César ne sont que les témoignages qu’il offre de ses compétences à une femme dont il veut utiliser l’utérus, lorsqu’il se trouve en concurrence avec d’autres prétendants.
Depuis la nuit des temps, l’homme a le sentiment que la femme est mystérieuse et ce sentiment persiste aujourd’hui encore. Les Égyptiens de l’époque pharaonique l’exprimèrent par ce dicton : « On ne perce pas plus le cœur d’une femme que l’on ne connaît le ciel (68). » Un Britannique du 19ème siècle, Coventry Patmore, leur fit écho : « Une femme est une terre étrangère, dont, bien qu’il s’y installe jeune, un homme ne comprendra jamais tout à fait les coutumes, la politique et la langue (69). »
Et même Sigmund Freud, grand explorateur de la psyché humaine, avoua : « La grande question … à laquelle je n’ai pas été capable de répondre, malgré mes trente années de recherche sur l’âme féminine, est : « Que veut une femme? » (70) »
Tous les jours, un homme, quelque part, déconcerté, se pose la même question éternelle : « Qu’est-ce que veut une femme ? » Pourquoi les hommes trouvent-ils les femmes si déconcertantes ?
La réponse, selon l’Allemande Eva Figes, est que « la vision que l’homme a de la femme n’est pas objective, il la voit telle qu’il voudrait qu’elle soit et les idées qu’il se fait d’elle sont disparates et incohérentes » (71). Ce manque d’objectivité est précisément ce qui explique que la femme, qu’il ne s’autorise pas à voir telle qu’elle est, déroute l’homme : s’il prenait la peine d’observer et d’étudier la femme, au lieu de projeter sur elle ses propres fantasmes et ses propres désirs, il la trouverait beaucoup moins mystérieuse.
À mon avis, les hommes comprendraient beaucoup mieux les femmes, s’ils évitaient une erreur subjective : parce que l’intérêt que portent les hommes aux femmes est principalement d’ordre sexuel, les hommes ont tendance à penser que le sexe est la principale raison pour laquelle les femmes s’intéressent aux hommes. Ce faisant, ils oublient le fait que les hommes et les femmes sont biologiquement complémentaires, mais pas identiques et que, par conséquent, l’intérêt qu’ils ont l’un pour l’autre est complémentaire, mais pas identique. Cette erreur élémentaire est la clé de l’incapacité historique des hommes à comprendre les femmes. Lorsque le comportement des femmes est analysé du point de vue des intérêts et des besoins des hommes, il devient incompréhensible et ce à juste titre.
Les femmes, évidemment, ne font pas la même erreur ; elles ne confondent pas ce qui intéresse principalement les hommes chez elles et ce qui les intéresse principalement chez les hommes. Comme elles comprennent ce qui intéresse les hommes chez les femmes, elles s’en servent pour analyser le comportement des hommes et c’est pourquoi elles les trouvent transparents, si transparents qu’une femme, Jackie Robb, a pu dire : « Pour connaître un homme à fond, il suffit de regarder comment il épluche une orange (72). » D’ailleurs, le fait que les femmes comprennent si facilement les hommes et que les hommes trouvent les femmes si déconcertantes est une preuve supplémentaire que les femmes sont plus intelligentes que les hommes.
Il ne devrait pas être trop difficile à ceux qui ont compris les mystères de l’univers, y compris l’évolution et la physique quantique, de comprendre les femmes, à condition qu’ils ouvrent les yeux, regardent et fassent travailler leurs méninges. Si les hommes partent du principe que les sexes sont complémentaires ; s’ils acceptent que les hommes recherchent les biens, la célébrité, les honneurs et le pouvoir pour l’amour des femmes (c’est-à-dire pour qu’elles leur permettent d’accéder à leur utérus en échange) ; s’ils tiennent compte du dicton igbo selon lequel la beauté est la richesse de la femme et la richesse la beauté de l’homme, alors ils comprendront à quel point il est naturel que le but de la femme soit de faire commerce de son utérus et de sa beauté pour avoir sa part des biens, de la célébrité, des honneurs et du pouvoir de l’homme. Le comportement des femmes est donc facilement compréhensible et loin d’être mystérieux : il est déterminé par leur intérêt principal. En bref, il n’est que dans l’esprit confus de l’homme que la femme est mystérieuse.
Dans l’ensemble, contrairement aux illusions flatteuses que nourrissent les hommes, l’homme peut être le sexe le plus musclé et le plus cérébral ; la femme n’est pas le sexe le plus faible, mais le plus rusé. Quelque sentimentales et impuissantes que puissent sembler les femmes, en ce qui concerne les choses qui leur importent, elles sont moins sentimentales, moins naïves, plus cyniques, plus impitoyables et plus tenaces que les hommes. Si les hommes pouvaient être ne serait-ce qu’à moitié moins inconstants, passifs ou irrationnels que les femmes, les choses ne seraient-elles pas plus faciles pour eux ? Quant au dogme selon lequel les femmes sont inférieures aux hommes, il est tout simplement stupide. Aucun de ceux qui connaissent les réalités du monde ne l’accepte. Demandez à Chaucer, demandez à Boccace, demandez aux anciens de la tribu des Chagga. Et, quant au caractère mystérieux de la femme, c’est une ombre projetée sur elle par la confusion mentale des hommes. Toutes ces stupides illusions masculines permettent aux femmes de manipuler et de diriger les hommes ; et c’est pourquoi les mères et toutes les autres femmes préfèrent les encourager plutôt que les dissiper.

12. La peur de la femme

Il existe chez l’homme une peur profonde de la femme. L’homme moyen éprouve un sentiment d’impuissance à l’égard de la sexualité de la femme et se sent vulnérable à cette sexualité.

Juliet, mère célibataire nigériane (73)

Ce sont des femmes dont les hommes ont le plus peur.

Un psychiatre américain (74)

Les hommes américains ont peut-être mis dehors les premières Tuniques Rouges, vaincu les Indiens et conquis la lune, mais la vérité est qu’ils battent maintenant en retraite dans le plus grand désordre devant leurs propres femmes.

Alan Whicker (75)

Les mythes de nombreux de pays laissent apparaître que la femme est pour l’homme un être à craindre : à craindre comme mère et comme épouse. La femme en tant que mère évoque la crainte, la femme en tant qu’épouse provoque la terreur. Dans les deux cas, c’est la peur – peur révérencielle et peur hostile – que la femme inspire à l’homme. En tant que Grande Mère, la femme jouit de la peur due à celle qui donne la vie ainsi que du respect et de la loyauté dus à la nourrice, à l’enseignante, à la guérisseuse, au coach et au premier refuge contre le danger. Dans son aspect terrifiant, qui accoutume à l’obéissance, la femme est représentée dans les panthéons de nombreux pays : en Égypte, par Aset / Isis (déesse de la naissance, déesse de la Terre, régénératrice d’Asare / Osiris, souveraine du ciel, de la terre et du monde souterrain) ; en inde, par Prithivi (déesse de la terre, divinité de la végétation qui a sauvé le monde de la faim) ; chez les Aztèques, par Omecihuatl (mère de la race humaine) ; chez les Grecs, par Gaïa et, chez les Romains, par Terra (mère des dieux, mère universelle, personnification de la Terre); chez les Igbo, par Ala (déesse de la terre, déesse de la créativité, gardienne de la moralité). Dans toutes ces formes, la femme comme mère inspire l’obéissance à l’homme.
L’habitude qu’ont les hommes d’obéir à leur mère fait partie des traits de caractère immuables de ces grands dictateurs machos qui, toute leur vie, restent de petits garçons à maman. Des dirigeantes à poigne, que ce soit dans le monde des affaires ou dans le domaine de la politique, dominent leurs lieutenants et sont capables de les dominer en partie en évoquant chez les hommes la peur qu’ils éprouvaient pour la Mère-qui-doit-être-obéie, lorsqu’ils étaient enfants.
Beaucoup de mythes et de légendes témoignent également de la peur que l’homme ressent envers la femme en tant qu’épouse dévorante, dont la compagnie est fatale à la liberté et à l’esprit aventureux de l’homme. Examinons-en quelques-uns : le mythe babylonien de la rencontre de Gilgamesh avec Ishtar ; la légende grecque des combats d’Ulysse contre Calypso, Circé et les Sirènes ; et le mythe hébreu de la chute pathétique d’Adam sous l’influence sournoise de son épouse Eve.
Dans l’épopée de Gilgamesh, nous lisons qu’Ishtar pria Gilgamesh de l’épouser et que Gilgamesh lui répondit avec mépris, en énumérant les amants précédents de la déesse et en rappelant le destin cruel qu’ils avaient connu :

« Quel est ton amant que tu aimes pour toujours
Quel est ton héros qui, dans l’avenir, est agréable ?
Allons! Je révélerai … tes prostitutions !
Du côté… de son côté.
A Tammouz, l’amant de ta jeunesse,
Année par année, tu lui as fixé la lamentation.
L’oiseau « petit-berger », le bariolé, tu l’aimas
Et tu le frappas et tu brisas son aile !
Il se lient (var. il demeure) dans la forêt, il crie : « mon aile ! »
Tu as aimé le lion, parfait en vigueur,
Et tu lui as creusé 7 et 7 fosses!
Tu as aimé le cheval,fier dans le combat,
Et tu lui as destiné la courroie, l’aiguillon, le fouet,
Tu lui as destiné de galoper durant sept doubles-heures,
Tu lui as fixé de troubler (l’eau) et de (la) boire,
A sa mère Silili tu as destiné une lamentation !
Tu as aimé le berger, le pasteur,
Qui toujours te répandait de la fumée,
Chaque jour il t’immolait des chevreaux,
Tu l’as frappé et en léopard tu l’as changé
Ils le pourchassent ses propres patres,
Et ses chiens mordent sa peau !
Tu as aimé Isoullanou, le jardinier de ton père,
Qui toujours te portait des choses précieuses,
Chaque jour faisait briller ta table ;
Tu levas les yeux sur lui et tu allas vers lui :
Mon Isoullanou, rempli de force, mangeons !
Et avance ta main et touche notre pudeur !
Isoullanou te dit :
Moi, que désires-tu de moi ?
Ma mère n’a pas cuit ; moi, je n’ai pas mangé.
Ce que je mange, ce sont des aliments de hontes et de malédictions.
L’épine du buisson est le vêtement (?) … !
Toi, tu entendis cette parole,
Et tu le frappas et en tallalu tu le changeas ;
Tu le fis rester au milieu de sa demeure,
Pour ne plus monter sur le toit. Il ne descend plus.
Et moi, tu m’aimeras et comme ceux-là, tu me métamorphoseras. » (76)

Quand Gilgamesh, ayant appris ce qui était arrivé à ses prédécesseurs, repoussa les avances d’Ishtar, que fit-elle ? Se sentant méprisée, elle poussa son père Anu, dieu du ciel et père des dieux, à créer un taureau céleste qui dévora les guerriers de Gilgamesh, les tuant par centaines avant d’être tués par Gilgamesh et Enkidu, son compagnon d’armes. Ah Ishtar, terrible Ishtar ; cruelle, impitoyable et capricieuse déesse de l’amour, dont l’étreinte ne peut être ni acceptée ni repoussée sans danger ! Ah Ishtar, personnification de l’essence terrible de la femme amoureuse que connaissent les hommes !
Ulysse, lors de ses rencontres avec les Sirènes, avec Calypso et avec Circé, survécut aux tentatives que fit la femme amoureuse pour l’attirer, le piéger et le retenir prisonnier.
Qui étaient les Sirènes ? Elles étaient de charmants démons marins femelles qui, pour faire périr les hommes, les attiraient par des chants auxquels ils ne pouvaient pas résister. En dehors de la mythologie, une sirène est madame tout le monde, toute femme fatale séduisante et destructrice, qui subjugue un homme par ses yeux, sa voix, son attitude ou tout autre geste ou attribut fascinant et l’entraîne à sa ruine d’une manière ou d’une autre. Ulysse survécut à sa rencontre avec les Sirènes, en se faisant attacher au mât de son navire et en bouchant les oreilles des marins de son équipage avec des boulettes de cire, de façon à les rendre sourds à leurs chants. Il put ainsi jouir de la voix enchanteresse des sirènes, en passant devant elles, sans se jeter dans la mer et nager jusqu’à elles et à sa perte.
Qu’en est-il de Calypso ? Quand Ulysse débarqua sur son île, la nymphe lui fit bon accueil, prit soin de lui, proposa de l’épouser et envisagea de lui donner l’immortalité et la jeunesse éternelle, si seulement il restait à jamais avec elle. Pourquoi tout cela ne persuada-t-il pas Ulysse de rester ? Il avait d’autres projets. Après avoir passé de nombreuses années à la guerre de Troie, il était désireux de rentrer chez lui pour retrouver sa femme et son fils. Calypso ne voyait pas les choses de cet œil. Dans l’espoir de l’habituer à elle, elle l’accueillit avec hospitalité, le retint sur son île pendant huit ans, l’y retint alors même qu’elle « ne lui plaisait plus » et que « la nuit il reposait, sans amour auprès [d’elle] » (77). Elle aurait pu le garder prisonnier pour le reste de sa vie, si Zeus, roi des dieux, n’était pas intervenu et ne lui avait pas ordonné de la quitter. Il n’est aucun homme parmi ceux qui aiment leur liberté et ont des projets idoines, qui se résoudrait à être retenu contre son gré, quelles que soient la gentillesse et les prodigalités dont il bénéficie, même si on lui promettait la jeunesse éternelle.
Circé était une sorcière qui changeait les hommes en cochons. A son arrivée sur son île, Ulysse envoya ses hommes pour l’explorer. Ils trouvèrent la maison de Circé. Elle les accueillit, les nourrit de potage, puis, de sa baguette magique, les transforma en cochons et ordonna qu’ils soient enfermés dans sa porcherie pour être abattus ultérieurement. Seul Euryloque parvint à s’échapper. Il courut avertir Ulysse de ce qui s’était passé. Après avoir consulté ses dieux, qui lui expliquèrent comment résister aux charmes de Circé, Ulysse partit à la recherche de Circé pour sauver ses hommes.
Considérons les tours de Circé et la manière dont Ulysse les déjoua. Son premier tour consista à lui servir du potage drogué pour affaiblir sa résistance à sa magie, puis à agiter sa baguette et à l’expédier à la porcherie. Loin de se laisser découragée par son échec, elle essaya un autre tour. Elle poussa un cri, se jeta à genoux, fondit en larmes et l’invita dans son lit, où elle prévoyait de lui enlever son courage et de le rendre ainsi sensible aux effets de sa baguette magique. Pour résister à ses larmes et à son sex-appeal, Ulysse sortit sa forte épée. En capitulant, Circé fit l’éloge d’Ulysse en ces termes : « … nul homme jusqu’à ce jour n’a pu résister aux effets de ce breuvage, soit qu’il l’ait pris, soit même qu’il l’ait approché de ses lèvres (tu portes dans dans ta poitrine un cœur indomptable ?) (78). » Certes, il s’agissait là de grands éloges ! Elle ajouta : « Eh bien donc, remets ton glaive dans le fourreau, et partageons la même couche. Unissons-nous enfin et chassons la défiance de nos âmes (79). »
La rencontre entre Circé et Ulysse illustre le fait que, exposé au désir d’une femme, un homme est assiégé par une déesse prédatrice dont l’appétit est insatiable. Tout homme qui la contrarierait aurait besoin de toute la ruse et de toute la discipline d’un Ulysse, ainsi que des bons conseils de ses dieux. Tout homme qui conserverait sa liberté devrait être prêt à recourir à la violence, si besoin était. La femme, comme le chasseur d’esclaves (80) veut vivre. Si vous ne voulez pas être capturé, vous devez faire clairement comprendre à celle qui essaierait de vous priver de votre liberté qu’elle y perdrait la vie. Rien d’autre ne saurait la décider à battre en retraite et à vous laisser tranquille.
Notons aussi que c’est seulement dans la défaite que Circé finit par accepter une relation basée sur l’amour et la confiance, Il n’est que lorsqu’une chasseuse d’homme est persuadée qu’elle ne peut pas vous asservir qu’elle est prête à se contenter d’une amitié, qui n’est pour elle, étant donné sa nature, qu’un pis aller. Hélas, une bête de proie ne prend pas facilement goût à l’échange équitable ; un parasite ne prend pas facilement goût à la symbiose. Les hommes qui insistent sur l’équité dans les relations avec les femmes doivent avoir un cœur à toute épreuve contre les enchantements ainsi qu’une épée à la lame aiguisée à portée de main et la volonté de s’en servir contre toute éventuel asservisseur.
L’esprit de Calypso et de Circé trouve écho dans le fameux texte de Barbra Streisand à propos d’une femme amoureuse qui ferait n’importe quoi pour faire entrer un homme dans son monde et l’y maintenir. La peur qu’a l’homme de cet emprisonnement est exprimée dans ce poème japonais :

« Prends-moi dans tes bras, dit la femme.
L’homme l’a prise dans ses bras.
Et est resté, pour le reste de sa vie, entre ses mains (81). »

Les femmes peuvent se réjouir d’une telle perspective ; les hommes, naturellement, en ont peur et craignent donc les femmes.
La leçon la plus importante de la rencontre d’Ulysse avec ces femmes est que le sort d’un homme entre les mains d’une femme prête à tout pour trouver un conjoint dépend de lui. S’il se laisse piéger et apprivoiser, il sera fatalement réduit en esclavage ; s’il reste ferme, il peut échapper à son destin, ou du moins exiger une relation équitable et symbiotique. Il est sans doute significatif que, bien qu’Ulysse ait pu, grâce aux conseils des dieux et des déesses qui le protégeaient, s’extirper des griffes de Circé, il n’échappa à l’emprise de Calypso qu’après que Zeus, le tout-puissant, lui eut donné expressément l’ordre de s’en dégager. Cela ne suggère-t-il pas qu’il est plus difficile à un homme de se soustraire à une femme qui, comme Calypso, essaie d’affaiblir sa volonté par la gentillesse et la douceur que d’échapper à toutes celles qui, comme Circé, cherchent à l’emprisonner de manière beaucoup moins amicale ? Parce qu’il est plus difficile à un homme d’y résister, il peut être plus dangereux pour sa liberté qu’une femme le prenne par la douceur.
Néanmoins, laquelle, d’une Calypso ou d’une Circé, un homme doit-il choisir pour compagne, s’il doit en choisir une ? Mieux vaut une Calypso qu’une Circé, car le cœur de Calypso n’est pas un bloc de silex. Elle n’ignore pas ce qu’est la compassion ; elle a plus ou moins conscience de ce qui est juste et il est possible de négocier un accord avec elle. Il est fort peu probable qu’il soit possible de conclure un marché avec une Circé, dont le style de domination ne se prête pas à la négociation ou au compromis, du moins pas tant qu’elle n’est pas définitivement vaincue – et encore… Ce qu’il y a de merveilleux dans les aventures d’Ulysse est que le héros est versé dans l’art des ruses et que l’on peut apprendre de lui de nombreuses techniques de survie. Ses rencontres avec les Sirènes, avec Calypso et avec Circé devraient être utilisées pour apprendre aux adolescents à se comporter envers les prédatrices avec lesquelles ils commencent à avoir des relations.
Le mythe hébreu de la chute de l’homme est généralement interprété comme l’histoire de la chute de l’espèce humaine, hommes et femmes confondus, du paradis, de son bannissement du jardin d’Éden et de sa condamnation à une vie de labeur et d’épreuves. Dans un sens beaucoup plus spécifique, ce mythe raconte essentiellement comment l’homme est tombé dans un état inférieur à celui de la femme ; comment Adam, à l’origine seigneur et maître d’Eve, son épouse, a déchu et est devenu l’esclave d’Eve.
C’est l’histoire d’un brillant coup par lequel la femme, se plaignant des souffrances de la grossesse et de l’accouchement, a provoqué une division du travail qui a transféré à l’homme les tâches économiques difficiles et les entreprises risquées. Pour avoir mangé la pomme qui lui avait été donnée par Eve, Adam a été condamné à gagner sa vie à la sueur de son front et à subvenir aux besoins de ses enfants et de sa procréatrice d’épouse. Le subterfuge suprême d’Eve fut de faire porter la responsabilité du nouvel arrangement au serpent, à Adam et à Dieu.
Il est naturel que l’homme craigne la femme pour avoir réussi ce coup fondamental. Il est naturel que l’homme craigne une femme fatale qui a retourné la situation en sa faveur face à lui et l’a condamné à une vie de risques et de labeur. Étant donné la profonde aversion de tous les primates à l’égard des serpents et des reptiles, il est encore plus naturel que l’homme craigne une personne qui trafique avec des serpents et en est une confidente.
Ces mythes résument l’expérience que l’homme a de la femme comme épouse, que celle-ci prenne la forme d’Ishtar, dont le désir ne peut être ni satisfait ni repoussé impunément ; de Circé, la magicienne qui réduit les hommes en esclavage ; des Sirènes, les enchanteresses mortelles ; de Calypso, celle qui garde les prisonniers avec douceur et affaiblit la volonté ; ou d’Eve, la tentatrice qui communie avec les serpents et réduit l’homme à une vie de labeur.
La leçon que les hommes doivent tirer de tous ces mythes est : IL FAUT CRAINDRE LES FEMMES ! L’homme moyen réagit ainsi : si Adam, le père de tous, a plié devant Eve, qui suis-je pour résister à une fille d’Eve ? Effectivement, Gilgamesh et Ulysse ont vaincu ces femmes dangereuses ; mais ai-je les talents et la détermination de ces hommes héroïques ? Effectivement, IL FAUT CRAINDRE LES FEMMES et, si et quand elles vous attrapent, leur obéir et les servir.
Un climat psychologique de peur aide grandement le dirigeant arbitraire. De même que la multitude, quoique implicitement plus forte, hésite à renverser son chef et sa poignée de gardes, ainsi l’homme intimidé, même s’il est plus fort que sa femme, hésite à s’affranchir de sa domination. La peur que l’homme a de la femme établit un climat psychologique dans lequel le pouvoir féminin peut se maintenir sans recours à la force brute. Le principe opératoire est le suivant :

Intimidez l’esprit, faites peur à la raison,
Et vous n’aurez pas à fouetter le corps.

13. Le bébé comme arme de la femme

Un bébé est une matraque braillarde en chair et d’os avec laquelle une femme peut battre un homme à plates coutures et l’obliger à travailler dur pour elle. Même un embryon, une ombre de fœtus, dans son ventre fait l’affaire, lorsqu’une femme veut plier un homme à sa volonté. Lorsqu’elle se lasse de subvenir à ses propres besoins, elle peut se décharger de ses soucis sur un pauvre malheureux, en se faisant engrosser par lui, sachant très bien qu’il faudrait être un homme sans cœur pour abandonner leur enfant et que là où le bébé va, elle, sa mère et sa nourrice vont. C’est pourquoi le bébé est probablement l’outil ultime d’une femme pour obtenir un mari, le retenir et l’exploiter.
Une femme qui persuade un homme de la mettre enceinte sait que, malgré les réticences de celui-ci à devenir l’esclave de son nid, elle peut compter sur l’arrivée du bébé pour affaiblir sa volonté. D’abord, rien ne touche davantage la corde sensible d’un père que le bébé. Son désir de protéger le petit-salé sans défense contre les agressions et les risques qui pourraient lui nuire, son sentiment de responsabilité à l’égard du petiot qui est sorti de ses reins, font qu’il lui sera difficile de chasser la mère à la poitrine de laquelle le nourrisson s’accroche si désespérément. Ensuite, ses copains le pousseront à faire son devoir de père, quelle que soit l’hostilité qu’il peut ressentir envers la mère de l’enfant pour l’avoir abusé. Bien que l’animosité puisse grandir entre elle et lui, il sera prié de rester avec elle pour le bien du bébé. Un bébé est donc une arme redoutable entre les mains d’une femme qui veut piéger un homme.
Si le petit poing serré d’un bébé peut lier si fixement à sa mère un homme qui est peu disposé à rester avec elle, imaginez ce qu’il peut faire pour elle, si l’homme a volontairement contribué à concevoir le bébé. Outre son instinct de protection envers son nourrisson sans défense ; outre sa peur d’être frappé d’ostracisme, si l’enfant souffrait de négligence, un troisième facteur entrerait en jeu, à savoir ses propres raisons de vouloir l’enfant. S’il le voulait par désir d’un héritier, d’un successeur ou d’une personne qui immortalise son nom, son ambition serait anéantie, si quelque chose arrivait à l’enfant. Mais l’avenir de l’enfant ne serait-il pas également menacé, si sa mère devait le négliger ou l’abandonner ? Pourrait-il se pardonner de lui avoir fourni par sa propre conduite une excuse pour abandonner ou négliger l’enfant ? A cause des ambitions qu’il nourrit pour l’enfant, le bébé devient un redoutable instrument de chantage entre les mains de sa femme. Considérons cet extrait d’une chanson intitulée « Une mère à son premier-né » :

« Ô mon enfant, maintenant je suis heureuse.
Maintenant, en effet, je suis une femme.
Plus une épouse, mais une mère de famille.
Sois splendide et magnifique, enfant du désir.
Sois fier, comme je suis fière.
Sois heureux, comme je suis heureuse.
Sois aimé, comme maintenant je suis aimée.
Enfant, enfant, enfant, amour que j’ai eu de mon homme ;
Mais maintenant, seulement maintenant, je connais l’amour dans sa plénitude.
Maintenant, seulement maintenant, je suis sa femme et la mère de son premier-né.
Son âme est en sécurité sous ta garde, mon enfant et c’est moi, moi, moi, qui t’a fait.
Donc je suis aimée.
Donc je suis heureuse.
Donc je suis une femme.
Donc c’est un grand honneur pour moi.

Tu entretiendras sa tombe quand il ne sera plus.
Par le sacrifice et l’offrande tu te souviendras de son nom année après année.
Il vivra dans tes prières, mon enfant et il ne connaîtra plus la mort, ce qui sortira de tes reins lui donnera vie éternelle.
Tu es son bouclier et sa lance, son espoir et sa rédemption.
Par toi, il renaîtra, comme les jeunes arbres au printemps.
Et moi, je suis la mère de son premier-né.
Dors, enfant de la beauté, du courage et de la félicité, dors.
Je suis contente (82). »

La chanson exprime le bonheur de la mère et son sentiment de plénitude, à l’arrivée de son premier-né. Elle se réjouit à cause du pouvoir que son premier-né lui donne sur son mari. Ce pouvoir, elle le sait, vient des devoirs qu’un père attend de son premier-né qu’il accomplisse pour lui, dont celui de garder vivants son nom et son souvenir dans le cœur de l’humanité après sa mort physique. Dans ces conditions, elle sait que leur enfant est son attestation de droit aux prestations du père. Elle sait qu’elle le tient maintenant par quelque chose qui est encore plus fort que la loi, la coutume et l’opinion publique, à savoir ses propres ambitions. C’est pourquoi elle est maintenant heureuse et satisfaite. Oui, en effet : une femme attrape un homme par les couilles et le retient solidement par leur bébé.
Un bébé n’est pas simplement une arme stratégique à long terme dans les mains de sa mère ; c’est aussi un fouet tactiquement utile dans les querelles quotidiennes entre mari et femme. Si son mari n’arrive pas à satisfaire ses exigences, elle peut tourmenter son cœur en le négligeant. Elle peut même menacer de s’en aller avec l’enfant et heurter ses sentiments paternels. Ou elle peut menacer de partir seule, lui laissant le soin de s’occuper de l’enfant. Tout sentimentaliste qui doute qu’une mère puisse négliger son propre enfant pour punir le père n’a qu’à penser aux bébés abandonnés dans les caniveaux par leurs dévouées mères ! Une mère capable d’abandonner son bébé parce qu’il l’a suffisamment incommodée est tout à fait capable de le négliger ou de le mutiler, quand elle veut faire chanter ou punir le père.
Si le père de l’enfant, pour sa part, tente de quitter la mère, elle peut le menacer de le priver de tout contact avec lui dans l’avenir. S’il la met au pied du mûr, elle peut le punir en tuant l’enfant. Ceux qui doutent qu’une mère vindicative puisse aller aussi loin doivent se rappeler l’histoire où Médée a massacré ses propres enfants pour se venger de leur père, Jason, après qu’il l’a quittée pour une autre femme. Telles sont les façons dont une mère utilise son bébé pour remettre son mari dans le rang.
Le fouet qu’un bébé met dans la main de sa mère n’est pas seulement métaphorique ; il est parfois tout à fait réel. Par exemple, un Nigérian dans la quarantaine a été contraint par sa mère de se remarier, après huit bonnes années de divorce. Sa nouvelle femme, qui était assez jeune pour être sa fille, s’est armée de verges pour le corriger et s’est comporté avec lui comme un esclavagiste, après avoir eu un enfant de lui (83) […].
Tout bien considéré, on peut se demander si beaucoup de femmes n’éviteraient pas purement et simplement de faire des bébés, si les bébés ne leur étaient pas d’une aide précieuse pour forcer un homme à subvenir à leurs besoins, même après une séparation ou un divorce.

14. Les indemnités de divorce

Il y a bien sûr de nombreuses raisons pour divorcer, mais la principale semble être l’aversion et l’hostilité croissantes que les hommes ont pour cette meule autour du cou qu’est la femme.

Betty Friedan (84)

Je n’ai jamais su ce qu’était le vrai bonheur jusqu’à ce que je me marie, Et, à ce moment-là, il était trop tard.

Max Kauffmann (85)

Pour un homme sain, le divorce est la voie de sortie légale de l’esclavage du nid du mariage. Dans chaque société, la question de savoir si cette voie de sortie de la misère conjugale est rebutante ou engageante dépend des obstacles et des sanctions dont elle est parsemée.
Dans les pays d’islam strict, comme l’Arabie Saoudite, où le pouvoir et l’autorité de la femme sont probablement les plus faibles au monde (86), il n’est pas très difficile pour un homme d’obtenir le divorce. Dans les sociétés très catholiques, où le pouvoir et l’autorité de la femme sont probablement les plus forts au monde, le divorce est interdit par la loi séculière ou par la loi religieuse, voire par les deux. Les voies de sortie de l’esclavage du nid sont donc des voies illégales, à savoir l’abandon de domicile conjugal, le meurtre de l’épouse ou le suicide
Là où il existe une sanction juridique ou morale absolue contre le divorce, le mariage devient, pour le mari, une forme d’emprisonnement à perpétuité, une meule bavarde et agaçante autour du cou. La où le divorce est autorisé, mais est assorti de sanctions discriminatoires contre le mari (par exemple, la pension alimentaire, l’établissement des règles d’attribution de la garde des enfants en faveur de la mère, l’expulsion du mari du domicile conjugal, l’attribution de la moitié des biens du mari à sa femme, l’ostracisme, etc), ces sanctions peuvent retenir un mari prisonnier à vie du nid de sa femme.
Considérons le sort d’un homme qui contracte naïvement un mariage, dans l’espoir d’être heureux pour toujours et qui découvre que ses beaux jours sont déjà derrière lui ! Lorsque la femme qu’il a épousée s’est transformée en une présence décorative, une mégère, une esclavagiste sans cœur et un fardeau financier ; lorsque les relations sexuelles sur demande qu’elle lui avait laissé espérer ne sont plus d’actualité, soit parce que la fiancée libidineuse est devenue une femme frigide, ou parce qu’elle ne l’aime plus et a pris des amants ; lorsque les brumes de l’amour se sont dissipées et qu’il voit que sa maison est sa prison ; lorsqu’il envisage de reprendre sa liberté : dans ce moment de vérité, il doit songer à ce que le divorce lui coûterait.
Dans sa condition d’esclave de nid, il considérera avec attention ce qui suit :
1) la honte de devoir lui verser une pension alimentaire qui lui permettra de subvenir à ses besoins et de prendre un nouvel amant ;
2) l’humiliation d’être chassé de la maison qu’il a construite ou achetée et de devoir la laisser à la femme qu’il n’aime plus ;
3) la douleur de lui abandonner la moitié de ses biens, biens qu’il a soit hérités soit acquis à la sueur de son front ;
4) la crainte de la voir obtenir la garde de leur enfant et de ne pas avoir de droit de visite ou de n’en avoir qu’un restreint ;
5) la peur d’être frappé d’ostracisme et de perdre son prestige, dans une société qui le considérera comme un homme faible parce qu’incapable de garder sa femme.
Tiraillé entre la perspective d’être condamné pour toujours au malheur sous le fouet de sa mégère esclavagiste et la certitude de subir ces sanctions blessantes et ces humiliations, le mâle moyen, dont l’ego est des plus fragile, ne choisirait de divorcer que pour ne pas devenir fou, se suicider ou assassiner son asservisseur et être pendu pour l’avoir assassiné.
Une fois qu’une femme est convaincue que son mari ne peut divorcer d’avec elle, soit parce que le divorce est illégal ou théologiquement effrayant, soit parce qu’il est trop coûteux financièrement et psychologiquement, elle a toute latitude pour être une esclavagiste aussi impitoyable qu’elle le souhaite. Elle le conduira impitoyablement au bord de l’abandon de domicile conjugal, de la folie, du meurtre ou du suicide et fera machine arrière juste avant qu’il ne passe à l’acte. C’est ainsi que les sanctions sévères auxquelles donne lieu le divorce, sanctions qui rendent l’évasion du mari prohibitivement coûteuse pour lui, sont des armes entre les mains de ceux dont l’intérêt est que le mari reste prisonnier du nid. Les hommes qui, en tant que législateurs, adoptent de telles lois de divorce, ou qui, en tant que prêtres, décident que le divorce est un péché, sont vraiment les geôliers impitoyables de tous les maris relevant de leur juridiction.

Chinweizu, Anatomy of Female Power : a Masculinist Dissection of Matriarchy, Pero Press, 1990, traduit de l’anglais par B. K.

(42) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p.88.
(43) Fred Metcalf (éd.), The Penguin Dictionary of Modem Humorous Quotations, Harmondsworth: Penguin, 1986, p. 162.
(44) « Past master » est un titre honorifique habituellement conféré au Maître d’une Loge lors de son installation. [N. D T.]
(45) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 117.
(46) BBC World Service, 23 septembre 1982.
(47) Anthony King, « Mrs Thatcher: Matching Up to Princely Standards », The Daily Telegraph (Londres), 6 octobre 1988, p. 12.
(48) Gail Sheehy, « The Bendix Furor – Woman’s Untold Story », The San Francisco Chronicle, 13 octobre 1980, p. 6.
(49) Mary Soames, Clementine Churchill, Cassell, Londres, 1979, 4e de couverture.
(50) Ibid., p. 236.
(51) Ibid., p. 498.
(52) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 45.
(53) Isidore Okpewho (éd.), The Heritage of African Poetry, Longman, Londres, 1985, p. 162.
(54) Karen Payne, op. cit., p. 234.
(55) Andrea Dworkin, op. cit., p. 216.
(56) Cité in Chinweizu, The West and the Rest of Us, Pero Press, Lagos, 1987, p. 242.
(57) Karen Payne, op. cit., p. 87.
(58) George Sand, Lettres d’une vie, Gallimard, coll. folio classique, 2004, Paris, p. 737-743. L’extrait cité quelques lignes plus haut de la lettre de sa fille a été retraduit de l’anglais. [Note du Traducteur.]
(59) Kowus Bisi-Williams, « Why Women Flirt », Vanguard (Lagos), 17 mars 1989, p. l2.
(60) Gloria Ogunbadejo, « The Human Angle », Vanguard (Lagos), 28 février 1989, p. 5.
(61) Robert Ardrey, op. cit., p. 138.
(62) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 168.
(63) Karen Payne, op. cit., p. 3.
(64) Ibid., p. 109.
(65) Ibid., p. 239.
(66) Cité dans South Magazine (Londres), décembre 1984, p. 19.
(67) « The Cynic in Mrs. America », in « Jeremy Campbell’s Washington Letter », The Standard (Londres), 10 mars 1982, p. 7.
(68) Miriam Lichtheim, op. cit., p. 195.
(69) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 90.
(70) Alexander Pope, « ‘An Essay on Criticism,’ Who Said What When ? », Bloomsbury, Londres, 1988, p. 27l.
(71) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 92.
(72) Ibid., p. 171.
(73) Gbemi Egunjobi, « Why Do Men Fear Commitment? », Vanguard (Lagos), 5 septembre 1989, p. 5.
(74) Judy Allen et Dyan Sheldon, op. cit., p. 86.
(75) Ibid., p. 89.
(76) Edouard Dhorme, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, V. Lecoffre, 1907, p. 245, p. 247, p. 249. L’auteur n’a cité de ce passage connu de l’épopée de Gilgamesh que les trois premiers et les quatre derniers vers. Nous jugeons opportun de le faire figurer ici en entier. [Note du Traducteur.]
(77) Homère, Odyssée, trad. d’Eugène Bareste, Lavigne, Paris, 1842, p. 96.
(78) Ibid., p. 189.
(79) Ibid.
(80) Les chasseurs d’esclaves noirs étaient d’abord des noirs, comme le montre le très pointu et très instructif ouvrage de Robert Bousquet « Les esclaves et leurs maîtres à Bourbon, au temps de la Compagnie des Indes. 1665-1767 » ; voir en particulier le deuxième chapitre, consultable à l’adresse suivante : http://www.reunion-esclavage-traite-noirs-neg-marron.com/IMG/pdf/chapitre02_livre_01.pdf, consulté le 21 novembre 2017
(81) Bernard Soulie, Japanese Erotism, trad. par Evelyn Rossiter, Productions Liber SA, Fribourg et Genève, 1981, p. 68.
(82) Chinweizu (éd.), Voices from Twentieth-Century Africa, Faber and Faber, Londres, 1988, p. 154.
(83) Bunmi Fadase, « Men Who Marry Younger Wives », The Punch (Lagos), 27 février 1984, p. 4.
(84) Betty Friedan, The Feminine Mystique, Penguin, Harmondsworth, 1965, p. 237.
(85) Fred Metcalf, op. cit., p. 158.
(86) L’affirmation selon laquelle « [d]ans les pays d’islam strict, comme l’Arabie Saoudite, […] le pouvoir et l’autorité de la femme sont probablement les plus faibles au monde » est contredite par le témoignage de la professeure saoudienne que l’auteur cite plus haut (« La femme saoudienne traditionnelle dirige sa famille et dirige son mari » ; selon les bédouins, il en va de même de la femme égyptienne, Abu-Lughod, « A Dutiful Daughter ». In Soraya Altorki et Camillia Fawzi El-Solh (éds.), Arab Women in the Field: Studying Your Own Society, Syracuse University Press, Syracuse, NY, 1988, p. 145 ; aux Emirats Arabes Unis, il semble que ce soient surtout les femmes âgées qui « portent la culotte », Sayyid Hamid Hurriez, Folklore and Folklife in the United Arab Emirates, Routledge, 2013, p. 93).
« L’Arabie préislamique était dominée par des clans matriarcaux. Les mariages étaient matrilocaux, l’héritage matrilinéaire. Il était courant qu’une femme ait plusieurs maris. Les hommes vivaient chez leur femme. Le divorce était demandé par l’épouse. Si elle tournait sa tente vers l’Est pendant trois nuits de suite, le mari était éconduit et il lui était interdit d’entrer à nouveau dans la tente » (Barbara G. Walker, The woman’s encyclopedia of myths and secrets, HarperOne, 1re éd., 1983, p. 50, qui résume ainsi les pages dédiées à la description des mœurs et des institutions de l’Arabie préislamique dans Amaury de Riencourt, Sex and Power in History. Dell Publishing Co, 1974). L’islam est arrivé et tout a changé. Non. L’islam est arrivé et tout a changé en surface. La période antéislamique a beau être considérée comme celle de la « nation ignorante » (jâhilîya), il existe une continuité entre les traditions, les coutumes et les lois en vigueur à cette époque et les dispositions de la charî’a (voir Fahmi Mansour, « La condition de la femme dans la tradition et l’évolution de l’islamisme. Notes sommaires sur la place des femmes dans la littérature » [p. 24-52], in Sou’Al, n° 4, novembre 1983 ; Wael B. Hallaq, The Origins and Evolution of Islamic Law, Cambridge University Press, Cambridge, 2005, chap. 1 : « The Preislamic Near East, Muhammad, and Islamic Law » ; « Arab women before and after Islam: Opening the door of pre-Islamic Arabian history », 9 mai 2016, http://www.arabhumanists.org/arab-women-pre-islam/.), le style de vie des femmes a même peu évolué (Organization of American Historians, National Endowment for the Humanities, Fund for the Improvement of Postsecondary, Restoring women to history, Organization of American Historians, 1990, p. 25). [N. D. T.]

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