Le sexe privilégié (1)

Les mères différencient l’éducation des enfants dès l’âge de 2 ans. En grandissant, la petite fille est appelée à passer maître dans l’art d’obtenir des choses des autres en échange de rien.

Esther Vilar, L’Homme Subjugué

Les hommes travaillant tous frénétiquement à l’acquisition de ressources leur permettant de s’offrir du temps de contact avec le corps des femmes qui leur plaisent, ils n’ont pas une minute pour s’entraider.

Esther Vilar, L’Homme Subjugué

Quoi que fassent les hommes pour en imposer aux femmes, dans le monde des femmes, ils ne comptent point. Dans le monde des femmes, seules comptent les autres femmes.

Esther Vilar, L’Homme Manipulé

Aussi absurde que cela puisse paraître, les hommes d’aujourd’hui ont beaucoup plus besoin du féminisme que leurs femmes. Les féministes sont en effet les dernières qui décrivent les hommes comme ils aiment se voir eux-mêmes : égocentriques, obsédés par le pouvoir, impitoyables et sans inhibitions quand il s’agit de satisfaire leur instinct. Par conséquent, les Libérales les plus agressives se trouvent étrangement dans la situation difficile de faire plus que n’importe qui d’autre pour maintenir le statu quo. Sans leurs accusations arrogantes, le macho n’existerait plus, sauf peut-être dans les films. Si la presse ne représentait pas les hommes, qui sont en fait les agneaux sacrifiés de cette « société d’hommes », comme des loups rapaces, les hommes eux-mêmes ne se presseraient plus avec tant d’obéissance dans les usines.

Esther Vilar, L’Homme Manipulé

Martin van Creveld, professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem, est l’un des experts les plus reconnus mondialement en histoire et stratégie militaires. Né aux Pays-Bas et éduqué en Israël et au Royaume-Uni, van Creveld a enseigné et donné des conférences dans pratiquement tous les grands instituts d’enseignement stratégique supérieur, tant militaires que civils. Il est l’auteur de plusieurs centaines d’articles de journaux et de magazines et a participé à des émissions de radio et de télévision dans de nombreux pays. Il est aussi l’auteur de vingt-cinq livres. La plupart portent sur l’histoire et la stratégie militaires, mais il a aussi écrit sur l’histoire politique, l’histoire des femmes, l’histoire des Etats-Unis, l’histoire israélienne, l’histoire de la conscience et l’histoire de l’égalité. Ses ouvrages ont été publiés en vingt langues différentes.
Aux Etats-Unis, il est connu surtout pour ses ouvrages d’histoire et de stratégie militaires, qui font autorité : Supplying War: Logistics from Wallenstein to Patton (1980) est, avec le traité de la guerre de Sun Tzu et De la guerre de Clausewitz, le seul ouvrage écrit par un non Américain sur la liste de livres dont l’US Army recommande la lecture à ses officiers ; avec Technology and War: From 2000 BC to the Present (1991), il figure également sur la liste de lecture de l’armée canadienne et sur celle de la marine royale australienne.
En Allemagne, ce sont ses études sur la Wehrmacht, dont Kampfkraft: Militärische Organisation und militärische Leistung 1939–1945 (1989) et Hitler’s Strategy, 1940-41, the Balkan Clue (1973), qui l’ont fait connaître. Il estime, sans la juger moralement, qu’elle avait une puissance de combat et une cohésion supérieures à celle des autres armées de la Seconde Guerre mondiale ; dans un entretien accordé au magazine allemand Focus, il compare l’armée d’Israël à la Wehrmacht (i) ; dans la préface de la dernière édition en date (2005) de Fighting Power (1989), il déclare que la Wehrmacht fut impliquée dans des crimes et rendit des crimes possibles, mais n’était pas structurellement criminelle ; jugements qui, venant d’un Israélien, méritent tous trois d’être rapportés.
Bien que la plupart de ses livres aillent à contre courant des théories et des opinions établies et aient fait polémique, aucun n’a donné plus matière à controverse que Das bevorzugte Geschlecht (2003) ; écrit en anglais vers 1999-2000, il n’a été publié dans cette même langue, sous le titre de The Priviledged Sex, qu’en 2013 : par lui-même, faute d’avoir trouvé un éditeur anglo-saxon, alors même qu’il avait été publié par des maisons d’édition aussi prestigieuses que Cambridge University Press. A peine le manuscrit achevé, il en avait dévoilé le contenu à des connaissances israéliennes, qui en avaient elles-mêmes parlé autour d’elles. « Il en a résulté un entretien téléphonique mémorable avec une journaliste israélienne bien connue. Il était tôt le matin et son appel m’a tiré du lit ; j’ai encore la photo que ma femme a prise de moi alors que je donnais l’interview, assis nu sur un de ces petits tabourets Ikea ronds juste en face d’un miroir ! Pour ma peine, la dame, pour ne pas utiliser les termes moins flatteurs qui me viennent à l’esprit, a produit l’un des textes les plus hostiles jamais écrits à mon sujet. Et ça a marché. A la rentrée universitaire, quelques semaines plus tard, j’ai dû appeler la sécurité pour me frayer un chemin à travers une foule d’environ deux cents personnes venues manifester contre mes opinions ‘machistes’ » (ii). Cent cinquante ans après l’invention, sous le prétexte de soigner la soi-disant hystérie féminine (iii), d’un appareil de massage dans lequel des pièces étaient mises en vibration par un mouvement d’horlogerie, remplacé, trois ans plus tard, par un moteur électrique, il faut donc se rendre à l’évidence : la soi-disant hystérie, qu’elle soit féminine ou masculine, en dépit des multiples perfectionnements qui ont été apportés à cet appareil au fil du temps et de son utilisation par un nombre sans cesse croissant de personnes, n’est manifestement toujours pas soignée.
Les « opinions « machistes » de Martin van Creveld sont que les femmes ne sont pas opprimées par les hommes et n’ont jamais été opprimées par les hommes. Les femmes sont en fait le sexe privilégié, l’ont toujours été dans le passé et continuent à l’être, sans doute plus que jamais. Il n’a pas plus difficulté à le démontrer que n’en avait eu Ernest Belfort Bax (1854 – 1926), le premier à avoir fait campagne en faveur des « droits des hommes » (« men’s rights ») et dont les écrits, parmi lesquels The Legal Subjection of Men (1890), produit en réponse à l’essai de John Stuart Mill sur The Subjection of Women (1869), s’attachent essentiellement à démontrer la partialité du droit anglais en faveur des femmes : « [les faits], dit-il, révèlent un état de choses dans lequel, jusque dans les moindres détails du droit et de l’administration, civils et pénaux, les femmes sont iniquement privilégiées aux dépens des hommes » (iv). Avocat, il était bien placé pour le savoir.
Mais, longtemps, les hommes n’ont-ils pas été iniquement privilégiés aux dépens des femmes dans le domaine juridique ?
La femme, du fait du contrôle qu’elle exerce sur l’utérus, sur le berceau et sur la cuisine et de l’immaturité psychologique, morale, intellectuelle et sexuelle de l’homme (v), tient celui-ci sous sa suprématie, si des contre-pouvoirs ne sont pas établis ; le droit est l’un d’entre eux ; étant donné que, dans la lutte qui opposent les deux sexes, les femmes sont dotées, disons par la nature, d’armes bien plus terribles et efficaces que celles dont disposent les hommes, il est justifié que, pour rétablir plus ou moins l’équilibre entre eux, les femmes ne soient pas égales aux hommes, ni devant la loi, ni devant le travail (vi), y compris devant le salaire (vii) ; faute de quoi ceux-ci sont totalement à la merci de celles-là. Comme Bax, auteur de The Fraud of Feminism (1913), il va sans dire que van Creveld s’oppose radicalement au féminisme. Comme tous les auteurs antiféministes, il a même tendance à faire une fixation sur ce mouvement, sans voir qu’il n’est, ou n’était, que la partie émergée de l’iceberg. « N’était » : si le féminisme, à en croire certaines féministes, est moribond, c’est parce qu’il n’a plus de raison d’exister, si ce n’est à titre de fossile muséal, ayant, contrairement à ce qu’affirment avec une fausse modestie ces mêmes féministes, atteint ses objectifs, qui, officiellement, étaient l’émancipation des femmes dans tous les domaines et l’extension de leurs droits et de leur rôle en vue d’obtenir un statut égal à celui des hommes. La partie cachée est constituée, dans les pays dits occidentaux, par ces millions d’anonymes qui, sans se reconnaître le moins du monde dans l’idéologie féministe, unies les unes aux autres par des liens aussi fusionnels que ceux qui se rencontrent chez les noirs, par une Loi peut-être encore plus exclusive, quoique non écrite, que la Torah et mues par un esprit de corps possiblement encore plus fort que celui d’un peuple aussi particulariste et exclusiviste que les Chinois, travaillent plus ou moins subconsciemment, dans la médiocrité grise d’une routine aussi mécanique que le mouvement d’une lame de hachoir industriel qui serait doublée de velours, un sourire presque inamovible aux lèvres, à féminiser totalement la société, mentalement, professionnellement, en rabaissant systématiquement tout homme blanc hérétosexuel digne du nom et en élevant tout aussi systématiquement tout homme ou femme de couleur, tout individu féminin, homosexuel, asexuel, transsexuel, etc., bref toute personne avec qui elles ont des affinités électives, dans le but d’établir une théo-gynécocratie qui ne dit pas son nom. « La femme, disait justement Nietzsche à ce propos, a toujours conspiré avec les types de la décadence, avec les prêtres, contre les ‘puissants’, les ‘forts’, les hommes » (ix).
Le mythe de la femme opprimée constitue la pierre angulaire de ce dispositif conspiratif.

Comme la plupart des livres, celui-ci est né de la curiosité. Il y a longtemps, j’ai lu Simone de Beauvoir. Selon elle, le monde a toujours appartenu aux hommes, sans que personne ait jamais pu l’expliquer de manière satisfaisante. Frappé par cette idée, j’ai décidé d’en trouver la raison ; moi, l’homme et l’historien, je résoudrais l’énigme qu’elle, la femme et la figure littéraire, avait posée.
Né en 1946, j’ai grandi dans un monde où tout tourne autour du vieux mythe de l’oppression des femmes. Selon la légende, il était une fois un âge d’or où les gens vivaient dans des familles nombreuses et entretenaient leurs jardins. Tant les hommes que les femmes vénéraient les déesses de la terre et passaient leur vie dans l’ignorance béate de la paternité. Le gouvernement était entre les mains des femmes et les hommes étaient heureux ou tout au moins satisfaits de cet arrangement. Ce jardin d’Éden finit cependant par être détruit. Le règne bienveillant des femmes prit fin et le règne des hommes corrompus commença. La défaite des femmes entraîna l’apparition du matérialisme, de la compétition, des hiérarchies, de la guerre et d’innombrables autres maux, de la vénalité au viol, de la consommation de viande à la destruction de l’environnement. Pendant des milliers d’années, les femmes gémirent sous le patriarcat. Mais le barrage se rompit et le raz-de-marée déferla. Le féminisme moderne apparut dans toute sa gloire et le monde changea à jamais : Vive la révolution !
Si ce conte de fées était vrai, quand, où et pourquoi exactement, me suis-je demandé, le matriarcat fut-il renversé ? Comment l’oppression des femmes commença-t-elle et comment se développa-t-elle ? Comment les hommes, qui forment cinquante pour cent de l’humanité, purent-ils imposer leur volonté à l’autre cinquante pour cent, partout et à tout moment, depuis lors ? En cherchant des réponses dans la littérature, je suis rapidement arrivé à la conclusion qu’il y avait une solution de continuité importante. Presque tous les auteurs acceptent l’oppression des femmes comme un fait et se contentent d’éclairer les détails, d’enchaîner les exemples horribles et de renchérir sur les preuves que fournissent les autres du triomphe du patriarcat. Très peu se demandent quand et où il vit le jour ; et, ce qui est encore plus remarquable, comment il se fait qu’il ait pu durer depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.
Parmi ceux qui se sont posés cette question se trouvent deux auteurs du XXe siècle : John Stuart Mill et Friedrich Engels. Pour Mill, l’ « assujettissement » de la femme fut le résultat de « l’infériorité de sa force musculaire », qui, à son tour, fut à l’origine de coutumes et de lois discriminatoires à son encontre. Pour Engels, l’invention de l’agriculture et de la propriété privée exclut les femmes du processus de production, les confina à la maison et fut cause du passage à la monogamie, seule manière d’identifier les héritiers légitimes.
Ni l’un ni l’autre ne put vraiment prouver sa théorie ; Mill n’essaya même pas sérieusement de le faire. Jusqu’à aujourd’hui, malgré toutes les tentatives qui ont été faites pour relier cette transition avec ce qu’il est convenu d’appeler la « Révolution mésolithique », personne n’a pu expliquer comment le matriarcat, en supposant qu’il ait jamais existé (1), fut renversé et comment le patriarcat vit le jour. Qui plus est, ces réponses passent à côté du vrai problème. Dans le passé, les gens ont souvent postulé l’infériorité spirituelle et intellectuelle des femmes et les ont décrites comme irrationnelles, emportées, émotionnelles et dépendantes. Bon nombre de ces affirmations ont été réfutées par la science moderne ; des études sur des hommes et des femmes soigneusement répartis en groupes d’essais dans des conditions (censées être) de laboratoire ont montré que ces hypothèses n’ont guère de fondement. Certaines auteures qualifient même la « tendresse » de la femme de « Mythe » et affirment que, si les hommes les avaient laissées s’entraîner correctement, les membres du sexe féminin auraient développé des muscles et une endurance semblables à ceux des hommes. Mais ces affirmations, loin de répondre à l’énigme que pose de Beauvoir, ne font que rendre les choses encore plus compliquées. S’il est vrai que les femmes sont physiquement, mentalement, émotionnellement et intellectuellement égales aux hommes, comment ceux-ci ont-ils pu les opprimer si longtemps ? Et, si les femmes sont opprimées, n’est-ce pas la preuve qu’elles ne sont pas égales aux hommes ?
Beaucoup, à commencer par Karen Horney dans les années 1920, ont tenté de résoudre la quadrature du cercle en comparant la position des femmes à celle d’une minorité opprimée qui, bien que victime de discrimination, aspire aux privilèges dont jouissent ses oppresseurs. Mais, même en ne tenant pas compte du fait que les femmes sont la seule minorité qui représente une majorité, l’analogie n’est pas correcte sur deux points.
Tout d’abord, il est reconnu que les membres d’une minorité obtiennent souvent de meilleurs résultats que la majorité ; tel est le cas, par exemple, des Juifs allemands, qui étaient largement surreprésentés dans les domaines de la médecine, du droit, de la banque et de la culture. Ensuite, la relation entre les sexes est, dans une certaine mesure. régulée par l’offre et la demande. Or il ne fait aucun doute que les hommes désirent les femmes et ne peuvent pas vivre sans elles. Par conséquent, si les femmes avaient été une minorité, elles n’auraient pas eu un statut inférieur, mais un statut supérieur ; au point où chacune d’elles aurait pu se marier avec et mener à la baguette plusieurs hommes.
Encore plus surprenant : si les femmes sont opprimées et que la rébellion contre le patriarcat est la solution, pourquoi tant de femmes s’adonnent-elles aux « illusions du post-féminisme » et si peu répondent-elles aux appels aux armes du féminisme ? Pourquoi, aux Etats-Unis, une femme sur trois est-elle féministe alors que beaucoup d’autres portent un jugement extrêmement négatif sur le féminisme ? (2) Pourquoi, de Florence Nightingale à Simone de Beauvoir, de nombreuses femmes bien connues ont-elles déclaré ne jamais avoir subi la discrimination qui serait le sort de leur sexe ? Pourquoi les enquêtes menées auprès de femmes de différentes nationalités révèlent-elles que la plupart d’entre elles ne se sentent pas discriminées ? Pourquoi seulement vingt pour cent de toutes les Européennes qui n’ont pas d’enfants – et seulement dix pour cent de celles qui en ont – pensent-elles que le mieux qui puissent arriver à une femme est de travailler ? Et, peut-être plus fondamentalement, au vu du fait que les femmes se sont rebellées de toutes leurs forces, pourquoi leur rébellion n’a-t-elle pas mené bien loin et pourquoi « la meilleure des sociétés » n’est-telle nulle part en vue ? (3)
En fait, la grande majorité des féministes modernes ont accepté que le féminisme n’a pas atteint ses objectifs. Certaines militantes parlent d’une « cage d’or, que l’on appelle aujourd’hui féminisme » et se demandent pourquoi tant de femmes ont tourné le dos à leur mouvement. D’autres déplorent la « mort » du féminisme. Même dans les pays occidentaux les plus avancés, le moins que l’on puisse dire est que la doctrine de l’égalité entre les sexes a été formellement appliquée et que la plupart des obstacles juridiques à la participation des femmes à la vie publique ont été levés. Mais, même dans ces pays, une institution, une profession ou un domaine professionnel n’est conquis par les femmes que lorsque le prestige dont jouissent ces secteurs chez les personnes des deux sexes commence à baisser, tout comme les paiements. Ni l’oppression ni la discrimination ne peuvent expliquer ce fait ; apparemment, d’autres mécanismes sont ici à l’œuvre.
Les questions et les contradictions s’étaient tellement accumulées en moi depuis que, quelques mois plus tôt, j’avais commencé à travailler à l’écriture du présent ouvrage qu’elles ont progressivement commencé à affecter mon équilibre mental ; me voyant dans cet état, ma femme m’a recommandé une longue promenade. A peine dans la rue, je me suis rendu compte que je m’étais posé les mauvaises questions, que tous les problèmes que je rencontrais dans mes recherches seraient résolus, si seulement je pouvais admettre que mes hypothèses étaient fausses. Si les femmes ne sont pas opprimées, cela expliquerait pourquoi il n’existe aucun récit convaincant des origines et de la perpétuation de leur soi-disant oppression. Si les femmes sont en fait le sexe privilégié, cela expliquerait pourquoi la plupart d’entre elles sont apparemment plus ou moins satisfaites de leur sort et pourquoi davantage de femmes n’ont pas jeté leurs produits de beauté et n’ont pas brûlé leurs soutiens-gorge pour enfiler un bleu de travail et occuper des emplois masculins comme ceux de l’industrie des déchets.
Surtout, ce revirement expliquerait pourquoi la grande majorité des femmes, au lieu de combattre leurs oppresseurs, font encore tout leur possible pour les séduire : pourquoi elles les attirent, les épousent, couchent avec eux (pas nécessairement dans cet ordre) et ont des enfants d’eux. Certes, l’hypothèse que les femmes sont satisfaites de leurs privilèges est plus convaincante que l’affirmation, faite par au moins une féministe et sans doute plus insultante à l’égard des femmes que toutes celles qui ont été faites à leur sujet par elles-mêmes ou par des hommes, selon laquelle des générations d’entre elles se sont « trompées sur la vérité, la morale ou même leurs propres intérêts ».
Quand je parle de « sexe privilégié », je ne veux pas nier que la nature a d’une certaine manière rendu le sort des femmes plus difficile que celui des hommes, en les dotant d’un corps plus faible et moins robuste et en leur faisant porter le fardeau des menstruations, de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement. Cela ne signifie pas non plus que la société a toujours fait de son mieux pour les aider à porter ce fardeau ou qu’elle a fait de leur vie un paradis. Ce livre veut seulement souligner que même cette médaille a deux revers – que les femmes sont dédommagées des désavantages qu’elles subissent par des privilèges qui les compensent, voir l’emportent sur eux. Les auteures, déterminées à voir l’oppression partout, ne sont pas plus empressées de mentionner ces privilèges que ne le sont les auteurs, culpabilisés qu’ils sont à cet égard par leurs collaboratrices. Or, si l’on ne tient pas compte de ces privilèges, une bonne partie des relations entre les hommes et les femmes devient incompréhensible. Mon but est ici de les clarifier.

Les grandes lignes de ce livre sont les suivantes. Le chapitre 1 prépare le terrain, d’abord en examinant les éléments fondamentaux du mythe de l’oppression des femmes à diverses époques et à divers endroits et ensuite en démontrant la fausseté de ce mythe. Le chapitre 2 traite des différentes voies qui mènent respectivement à la masculinité et à la féminité et montre comment la nature et la société ont conspiré pour faire en sorte qu’il soit beaucoup plus difficile de devenir et d’être un homme qu’une femme. Le chapitre 3 examine les privilèges dont les femmes ont toujours joui et continuent de jouir, en ce qui concerne le travail. Le chapitre 4 explique comment, parce que les femmes, traditionnellement, travaillent moins et remplissent des tâches plus faciles que les hommes, différentes sociétés, à des époques et en des lieux différents, ont cherché à assurer le bien-être économique des femmes en chargeant les hommes de pourvoir à tout ce qui était nécessaire à leur subsistance. Le chapitre 5 examine la situation des femmes par rapport à la criminalité et à la loi et montre que les lois sont souvent spécifiquement rédigées et appliquées en faveur des femmes. Le chapitre 6 traite de l’exemption dont jouissent les femmes de faire la guerre et des tentatives visant à les protéger contre ses horreurs. Le chapitre 7 porte sur les conséquences de l’octroi aux femmes d’un statut privilégié, à savoir la possibilité de mener une existence plus confortable, de recevoir plus d’aides sociales et de vivre plus longtemps. Le chapitre 8 examine les raisons pour lesquelles les femmes, en dépit de leurs nombreux privilèges, continuent de déplorer leur sort. Enfin, le chapitre 9 présente mes conclusions.
Lorsque je me suis lancé dans ce projet, j’ai d’abord craint qu’il ne soit aussi difficile de trouver des preuves des privilèges des femmes que d’extraire quelques onces d’or de tonnes de roche. Non seulement mes craintes se sont avérées infondées, mais il est vite devenu évident que le problème viendrait, non pas de ce qu’il n’y avait pas assez de documentation, mais qu’il y en avait presque incroyablement trop. Pour rassembler, trier, indexer, évaluer, digérer, classer et préparer toute cette documentation, il aurait fallu que je vive cent fois plus vieux que Mathusalem. Je ne peux que solliciter l’indulgence des lecteurs pour avoir entrepris cette tâche gigantesque et espérer que les nombreuses lacunes que comportent mes recherches seront comblées par d’autres, plus qualifiés que moi.

Je voudrais exprimer ma reconnaissance envers ceux qui m’ont aidé dans mon travail sur « Le Sexe Privilégié ». Ma gratitude envers la Fondation Alexander von Humboldt, qui a financé mon séjour à Potsdam, pendant la première année de mes recherches. Je remercie aussi la Fondation Margaret et Axel Johnson et son directeur, M. Kurt Almqvist qui m’a fourni de l’argent pour acheter des livres. Enfin et ce n’est pas le moins important, j’exprime mes remerciements à ceux qui m’ont aidé à trouver de la documentation, à ceux qui m’ont écouté discuter de mes recherches et à ceux qui ont revu mon manuscrit et qui m’ont permis d’éviter d’innombrables erreurs et interprétations erronées. Par ordre alphabétique : Mme Kate Aspy, le Dr Yuval Harari, Mme Margalit Israeli, le Dr Chaim Kahana, le Dr Martina Kayser, le Dr Jonathan Lewy, le Dr Miriam Liepsma, M. Amit Perl, le professeur Israel Shatzman, Mme Ella Shofman, M. Paul Spier, Mme Varda Schramm et le professeur Ben Ami Shillony. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans vous ; merci, merci, merci à tous et à toutes.
Enfin, je remercie tout particulièrement le professeur Benjamin (« Beni ») Z. Kedar. Bien qu’il soit médiéviste de formation, j’ai très souvent puisé dans les conseils de cet homme qui semble savoir tout et qui, d’une certaine façon, sait tout. Connaissant mes théories depuis longtemps, il était sceptique au début. J’ignore si j’ai réussi ou non à le convaincre. Cependant, ses doutes ne l’ont pas empêché de me fournir tout ce que je me suis habitué à recevoir de lui au cours des trois dernières décennies. Sa conversation, ses encouragements et sa critique correspondent à la définition même de l’amitié et c’est pour cela que je lui exprime ma sincère gratitude.

Martin van Creveld, Das bevorzugte Geschlecht, Gerling-Akad.-Verlag, 2003, traduit de l’allemand par B. K.

(i) « Du point de vue de l’organisation, de la doctrine et des relations entre les trois branches des forces armées, aucune armée du XXe siècle n’a ressemblé davantage à la Wehrmacht que l’israélienne » (Michael Lkonovsky, Ans Hakenkreuz geschlagen, 11 avril 2015 https://www.focus.de/magazin/archiv/serie-und150-teil-vi-ans-hakenkreuz-geschlagen_aid_212248.html) ; « aucune armée du XXe siècle n’a ressemblé davantage à la Wehrmacht que l’israélienne » (dont la création remonte aux années 1920) et non « aucune armée du XXe siècle n’a ressemblé davantage à l’israélienne que la Wehrmacht » ; pour ceux qui sont à même de saisir la nuance.
(ii) Cité in http://www.martin-van-creveld.com/tag/the-privileged-sex/. Pour avoir entrepris, elle aussi, de nettoyer les écuries d’Augias, il en a coûté plus cher encore à Esther Vilar (*) qui, plus de vingt-cinq ans après avoir publié Der dressierte Mann (1971), écrivait, dans la préface de la deuxième édition anglaise de ce livre (1998) : « Je n’avais […] pas pris toute la mesure de l’isolement dans lequel je me trouverais après avoir écrit ce livre. Je n’avais pas non plus envisagé les conséquences qu’il aurait pour mon activité d’écrivain et même pour ma vie privée – Je continue toujours de recevoir des menaces violentes » ; elle le redira dix ans plus tard, dans la troisième édition.
(*) Esther Vilar, de son nom de jeune fille Esther Margareta Katzen, est un écrivain d’origine et de nationalité allemandes née en 1935 en Argentine. Après avoir étudié la médecine, la psychologie et la sociologie et pratiqué la médecine, elle s’est dédiée entièrement à l’écriture. Elle est surtout connue pour une trilogie formée de Der dressierte Mann (1971), qui, publié en anglais sous le titre de The Manipulated Man (Abelard-Schuman, Londres, 1972 ; Pinter & Martin, Londres, 1998, 2008) et en français sous celui de L’homme Subjugué (Stock, 1972), puis de L’Homme Manipulé (Omnia Veritas, 2017), lui a valu d’être qualifiée non seulement de « sexiste, mais encore [de] fasciste » (Im Clinch, Der Spiegel, 10 février 1975) ; Das polygame Geschlecht (1974) (Le sexe polygame : ou, Le droit de l’homme à plusieurs femmes, A. Michel, 1976) et Das Ende der Dressur: Modell für eine neue Männlichkeit (1977) (Pour une nouvelle virilité, A. Michel, 1977).
Le premier livre montre comment l’homme est manipulé par la femme ; le second explique pourquoi cette manipulation est possible ; le troisième, beaucoup moins réaliste, propose des moyens d’y remédier. Pour en revenir à L’Homme Manipulé, qui anticipe la thèse de van Creveld, il affirme et montre que les femmes ne sont pas opprimées par les hommes, mais qu’elles contrôlent les hommes dans une relation qui, sans que la plupart de ceux-ci en aient conscience, est à leur avantage. Comme Anatomie du pouvoir féminin : une dissection masculine du matriarcat, il identifie le sexe (« Les hommes, écrit-elle, ont été entraînés et conditionnés par les femmes, un peu comme Pavlov a conditionné ses chiens, pour qu’ils deviennent leurs esclaves. En compensation de leur travail, les hommes sont autorisés à utiliser périodiquement le vagin d’une femme »), les flatteries, le chantage émotionnel, le mariage et les enfants comme comptant parmi les principales tactiques que la femme utilise pour arriver à ses fins.
(iii) Rachel P. Maines, Technologies de l’orgasme : Le vibromasseur, l »hystérie’ et la satisfaction sexuelle des femmes, Payot, 2009 ; voir aussi https://fordham.universitypressscholarship.com/view/10.5422/fordham/9780823255962.001.0001/upso-9780823255962-chapter-4 ainsi que Heinz Duthel, Global Prostitution Data: Facts and details of global prostitution, ePub, 2018.
(iv) Cité in Tim Browne, Classics of Men’s Rights: Shaw Alphabet Edition, 2013, p. 22.
(v) Voir https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2017/12/10/postface-a-anatomie-du-pouvoir-feminin.
(vi) Pour les raisons fondamentales qui viennent d’être présentées, c’est se fourvoyer que de réclamer, comme le font la quasi totalité de ceux et celles qui militent en faveur des « droits des hommes », l’égalité juridique entre les sexes ; égaux aux femmes devant la loi, les hommes n’en continueraient pas moins à subir l’ascendant des femmes du point de vue de la psychologie et de la sexualité.
(vii) Dans l’état actuel des choses, où (, depuis 1919,) les femmes ont malheureusement accès à toutes les professions, il est on ne peut plus légitime que le salaire d’un homme soit plus élevé que celui d’une femme à travail égal, d’une part parce que les hommes, qu’ils soient mariés ou non, dépensent une partie plus ou moins grande de l’argent qu’ils gagnent pour satisfaire les caprices des femmes qu’ils fréquentent et d’autre part parce que les femmes reçoivent plus d’allocations sociales que les hommes. Toutefois, la croyance selon laquelle il y aurait un écart de rémunération entre les hommes et les femmes à travail égal et à « compétence » égale est un mythe, dont il est inutile d’expliquer pourquoi il est complémentaire de celui de l’oppression de la femme par l’homme. Aux Etats-Unis, il a été mis à nu par différents auteurs, dont Diana Furchtgott-Roth (The Gender Wage Gap is a Myth, in Noël Merino (éd.), The Wage Gap, Greenhaven Press, 2014 ; voir aussi, pour un résumé, id., The Gender Wage Gap is a Myth, 26 juillet 2012
https://www.manhattan-institute.org/html/gender-wage-gap-myth-3786.html ou https://www.marketwatch.com/story/the-gender-wage-gap-is-a-myth-2012-07-26; le sous-titre de l’article, « Bad comparisons make for bad data », résume le problème. En France, le fait que le soi-disant écart de salaire entre les hommes et les femmes est calculé par une boutique comme l’INSEE, principalement sur la base de la somme de tous les salaires nets perçus annuellement, quel que soit le temps de travail, ne permet de toute façon pas de prendre au sérieux les statistiques en la matière.
(viii) Voir https://ernestbelfortbax.com.
(ix) Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, traduction par Henri Albert, Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 13, t. 2, Mercure de France, 1903, p. 195.

(1) Pour avoir un sens, la question de savoir si le matriarcat a existé doit se doubler de celle de savoir où et quand il a existé. L’étude des mœurs, du droit et de la religion de certains peuples de couleur indique nettement que, dans leurs régimes d’organisation sociale, la femme, dans l’antiquité, détenait le pouvoir dans la famille et jouait un rôle politique prépondérant (https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2016/08/19/isis-1/) et il est clair que le type de société qui se profile actuellement dans les pays dits occidentaux est fondamentalement gynécocratique
(https://elementsdeducationraciale.wordpress.com/2017/12/10/postface-a-anatomie-du-pouvoir-feminin/) [Note du Traducteur.]
(2) La réponse à ces questions a été apportée dans les dernières lignes de notre introduction à cette préface. [Note du Traducteur.]
(3) « Pas mené bien loin », la « rébellion » des femmes ? L’auteur reconnaît lui-même un peu plus loin que « [m]ême dans les pays occidentaux les plus avancés, le moins que l’on puisse dire est que la doctrine de l’égalité entre les sexes a été formellement appliquée et que la plupart des obstacles juridiques à la participation des femmes à la vie publique ont été levés », de sorte que, du point de vue de la femme, « la meilleure des sociétés » est bien en vue, tandis que, pour l’homme digne du nom, elle constitue un véritable enfer. [Note du Traducteur.]

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