Le sexe privilégié (2)

1. Le mythe de l’oppression

Ce chapitre vise à démolir plusieurs des mythes concernant l’oppression des femmes par les hommes. Ces mythes commencent par l’affirmation selon laquelle les hommes, dans les pays en développement, raccourcissent la durée de vie des femmes. en les privant de nourriture et de soins médicaux. En fait, dans presque tous les pays (en développement et développés), les femmes vivent plus longtemps que les hommes. Parmi ces mythes il y a aussi la croyance que, si des professions « difficiles » comme l’ingénierie comptent si peu de femmes, c’est parce que les hommes leur « en barrent la route » ; [5] en fait, même Staline ne réussit pas à forcer les étudiantes à suivre des filières technologiques [6] Certains mythes au sujet de l’oppression des femmes sont tout simplement insensés ; il en va ainsi de l’affirmation selon laquelle le clavier QWERTY, inventé il y a plus d’un siècle, continue à être utilisé parce qu’il rend la vie plus difficile aux dactylographes de sexe féminin [7]. D’autres sont carrément grotesques. Tel est l’argument selon lequel les médecins qui, au tournant du XXe siècle, persuadaient les mères d’allaiter leurs bébés et de réduire ainsi les taux de mortalité infantile se rendirent coupables d’« impérialisme masculin à l’égard des femmes » [8].
Dans ce chapitre, je me concentrerai sur trois études de cas. Je les ai choisies parce qu’elles ont conduit à certaines des dénonciations les plus véhémentes. La première est l’affirmation selon laquelle, dans la Grèce antique, les hommes confinaient les femmes à la maison et leur permettaient rarement de quitter leurs chambres. La deuxième est l’affirmation selon laquelle les misogynes européens qui se livrèrent à la chasse aux sorcières, arrêtant, torturant et exécutant d’innombrables femmes, le firent simplement pour préserver les droits du patriarcat. La troisième est que les nationaux-socialistes persécutèrent les femmes presque autant qu’ils persécutèrent les homosexuels, les gitans, les Juifs et autres.

2. Les femmes grecques vivaient-elles enfermées ?

Le débat sur la situation des femmes dans la Grèce antique, en particulier à Athènes, est aujourd’hui plus encore d’actualité qu’il y a deux siècles. Certains, comme Rousseau, considéraient l’attitude des Grecs à l’égard des femmes comme un modèle. D’autres rejetaient ce modèle, affirmant qu’il oppressait les femmes et était intrinsèquement mauvais. Bien que la réclusion des femmes ne soit qu’un des nombreux méfaits dont sont accusés les hommes grecs, cette accusation joue un rôle crucial dans l’attaque contre le patriarcat. Pour reprendre les mots d’un historien, pour que les femmes soient opprimées, il fallait d’abord veiller à ce qu’elles « ne quittent presque jamais leurs appartements ». Si les femmes « franchissaient rarement le seuil de leur maison » [9], c’est qu’elles devaient être opprimées.
L’argument qui vient d’être rappelé se compose de deux propositions. La première est que les femmes étaient confinées dans leurs propres appartements à l’intérieur de la maison ; la seconde, qu’il leur était interdit de les quitter. Cependant, si les femmes étaient en fait autorisées à se montrer en public, il n’aurait pas été très logique de les confiner dans certaines pièces de la maison. La principale source « prouvant » que les femmes grecques ne sortaient pas de leur maison est généralement considérée comme étant l’Oeconomicus de Xénophon. L’ouvrage, qui est plus un exercice de rhétorique qu’une description de la vie réelle, se propose d’expliquer comment une femme idéale devrait s’occuper de la maison pendant que son mari s’occupe de ses affaires. La seconde source est un passage d’Euripide dans lequel une femme déclare qu’« une femme, qu’elle soit innocente ou coupable, s’expose [à la médisance par cela seul qu’elle ne reste pas à la maison : je m’interdis même le désir d’en sortir, et me renfermai dans ma demeure, sans admettre au sein de mes foyers les entretiens flatteurs des femmes » [10].
La littérature grecque comprend également de nombreuses références à cette question. « Il vit la plupart du temps enfermé dans sa maison comme une femme, enviant les citoyens qui voyagent au dehors », dit Platon. Dans l’« Oraison funèbre prononcée par Périclès en mémoire des Athéniens morts dans les combats, la première année de la guerre du Péloponnèse », l’homme d’Etat grec déclare que la meilleure femme est celle « dont il est le moins question, en bien ou en mal » [11]. Cependant, ces déclarations doivent être comprises comme étant l’expression d’un idéal culturel, plutôt que comme une simple description de la réalité de l’époque. De même, le proverbe juif qui dit que « tout l’honneur d’une fille de roi est à l’intérieur » ne prouve pas que les femmes hassidiques fussent confinées chez elles.
Pour commencer, dans la mythologie, il est clair que les femmes ne vivent pas enfermées [12]. Dans un passage de l’Iliade, Zeus, pour aider les Grecs, confine les divinités dans l’Olympe. Bien que cette mesure s’appliquât aussi bien aux déesses qu’aux dieux, sa femme, Héra, n’en faisait aucun cas. Après avoir fait l’amour à Zeus, elle s’échappa de l’Olympe pour aider les Troyens. Lé déesse de la mer, Thétis, n’eut aucune difficulté à rendre visite à son fils Achille et à se faire sa messagère à diverses reprises. Cette même déesse quitta le père d’Achille, Pelée, parce qu’il ne le trouvait pas assez séduisant. Elle ne paraît avoir été particulièrement séquestrée. Dans l’Odyssée, Aphrodite put s’enfuir pour entretenir une liaison adultère avec Arès. Athéna aida Achille devant les portes de Troie et accueillit Ulysse à son retour chez lui. Les déesses, dont Daphné, Perséphone et la puissante mère de Perséphone, Déméter, avaient l’habitude de flâner dans les champs. Artémis hantait les forêts et les montagnes et ne fut jamais enfermée dans une maison.
Il en va de même des héroïnes humaines des épopées grecques. Pendant le siège de Troie, Hélène, du haut des murs de la ville, regardait ses deux maris, Ménélas et Paris, se battre. Priam, son beau-père, loin de l’en réprimander, l’avait lui-même invitée à le faire [14]. Andromaque rencontra son mari devant les portes de Troie et rendait souvent visite aux amis qu’elle avait dans la ville. La mère d’Hector, Hécube et ses dames de compagnie assistèrent elles aussi au duel final entre Hector et Achille du haut des murs de Troie. Dans l’Odyssée, Nausicaa et ses servantes se rendaient au fleuve pour laver leur linge. Quand Ulysse raconta ses aventures dans la salle du roi Alcinoos, la femme et la fille de ce dernier étaient toutes deux présentes. En l’absence de son mari, Pénélope préféra rester à la maison. Cependant, rien ne l’empêchait d’apparaître en public quand elle le voulait. Les tragédies grecques aussi regorgent de cas de ce genre ; si les femmes grecques avaient vraiment été séquestrées, la grande majorité des mythes grecs n’auraient eu aucun sens.
De plus, les déesses appartenaient, par définition, aux classes supérieures, tout comme les dames de la mythologie, parentes d’hommes puissants. Bien que plusieurs d’entre elles filaient et tissaient, aucune n’était censée travailler à l’extérieur de la maison. C’est pour cette raison et aussi parce qu’elles avaient des serviteurs des deux sexes, qu’elles pouvaient envoyer faire des courses, qu’elles vivaient davantage dans leur foyer que les femmes ordinaires. La plupart des gens appartenaient à la classe moyenne ou à la classe inférieure et ne pouvaient s’offrir au mieux que quelques esclaves. Ils ne vivaient pas en ville mais à la campagne, où ils travaillaient dans l’agriculture. En fait, il existe d’innombrables preuves que les femmes travaillaient à l’extérieur de la maison [15]. Les Grecques se rendaient à la fontaine pour aller chercher de l’eau ou laver leur linge.
D’autres travaillaient comme infirmières ou sages-femmes ou comme courtisanes, saltimbanques et prostituées. D’autres étaient des salariées agricoles. Les femmes travaillaient même comme vendeuses, comme l’indique clairement le fait que, à Athènes, il était délictueux de reprocher à un citoyen, homme ou femme, de vendre au marché [16]. Aristote a écrit qu’il était à la fois impossible et injuste d’empêcher les femmes pauvres de sortir de chez elles. Après tout, nota-t-il, elles n’avaient pas d’esclaves pour leur faire leurs courses ou les accompagner au marché [17].
Les femmes sortaient aussi de chez elles, comme en témoigne la littérature de l’époque, pour rendre visite à leur devin préféré [18]. participer à certaines cérémonies publiques [19], admirer des œuvres d’art sur l’Acropole [20], rendre visite à des prisonniers [21], plaider leur cause auprès des arbitres [22] et se rendre dans les salles d’audience pour réveiller la sympathie des juges envers leurs parents de sexe masculin [23]. Les femmes écoutaient aussi les discours publics ; l’une d’elles, Elpinice, reprocha à Périclès d’avoir prononcé un discours en l’honneur des Athéniens tués pendant la guerre contre Samos [24]. Platon dit que les femmes raffinées préféraient la tragédie à la comédie ; de ceci comme de deux autres passages du même auteur il ressort que les femmes fréquentaient les théâtres [25]. Non seulement les femmes assistaient aux funérailles de leurs proches, mais, en leur absence, ces funérailles ne pouvaient pas avoir lieu. Les femmes prenaient une part active aux affaires religieuses [26]. Elles pouvaient devenir prêtresses ; et même, certaines prêtrises étaient réservées exclusivement aux femmes. Certains des rites religieux auxquels participaient les femmes étaient pratiqués quotidiennement, tandis que d’autres étaient accomplis dans des festivals à dates fixes. Certains festivals étaient mixtes, d’autres réservés aux femmes. Aucun n’aurait pu avoir lieu si les femmes avaient été confinées chez elles. Sans parler de la fête de Dionysos, au cours de laquelle les femmes quittaient non seulement leur foyer, mais aussi leur ville, pour se rendre dans les montagnes où se tenait ce festival.
Des milliers d’œuvres d’art montrent des femmes exerçant toutes sortes d’activités : s’habillant, mettant des bijoux, tissant ou mangeant à table, jouant aux osselets, gardant des enfants ou filant. Si certaines pouvaient certainement être accomplies à l’intérieur, d’autres pouvaient l’être soit à l’intérieur, soit à l’extérieur. Cela s’applique même aux rapports sexuels ; un vase montre une femme se masturbant près d’une fontaine, sous les yeux d’une autre femme et d’un homme. Dans les cas où on les voit rencontrant un satyre, portant de l’eau, jouant au ballon, faisant un sacrifice ou dansant avec extase, la scène ne pouvait se passer qu’à l’extérieur. Si l’art avait été le seul témoignage dont nous avions disposé sur la Grèce antique, toute spéculation au sujet de l’affirmation selon laquelle les femmes grecques étaient renfermées aurait rapidement cessé.
D’autres témoignages sont évidemment disponibles. L’Oecomenicus de Xenophon est sans doute le récit le plus important sur la vie des Athéniens au début du IVe siècle avant notre ère. Ce traité, il faut le souligner, faisait partie d’une série d’ouvrages dont le but était de présenter la réalité telle qu’elle aurait dû être et non telle qu’elle était. L’un des personnages, Ischomaque, explique que les enfants humains sont fragiles et ont besoin d’un abri. Pour que les jeunes enfants grandissent à la maison, les dieux ont fait en sorte que les femmes les aiment davantage que les hommes. Quant à ceux-ci, ils sont aptes aux « voyages et aux campagnes militaires ». Les lois humaines reflètent celles qu’ont prescrites les dieux. Les hommes et les femmes sont loués ou blâmés selon qu’ils suivent ou non leur nature respective. Ischomaque compare le travail de sa femme à celui de la reine des abeilles et déclare que, si elle déserte le foyer, celui-ci s’effondre [27]. Le fait qu’il lui assigne des fonctions principalement domestiques ne signifie pas qu’il lui interdit de sortir du foyer. Tirer de l’Oeconomicus une telle conclusion est aussi erroné que de prétendre que, puisqu’il était considéré comme honteux pour un homme de passer trop de temps à l’intérieur, ils vivaient à l’extérieur comme des bêtes.
Si les femmes étaient libres de sortir du foyer, il n’était évidemment pas logique de les y enfermer et encore moins de les enfermer dans leurs appartements. D’autre part, Un examen plus approfondi des sources qui contiennent des références aux appartements des femmes révèle que la plupart de ceux-ci étaient en fait ceux des femmes esclaves. Les femmes esclaves, dit Ischomaque, occupaient des appartements séparés, afin que leur maître puisse contrôler leur reproduction. Il est vrai que le fait pour un étranger d’entrer dans les pièces intérieures d’une maison sans y avoir été invité était considéré comme un acte inconvenant. Dans un cas, des violences furent exercées sur l’intrus et entraînèrent des poursuites [28]. Pourtant, un homme pouvait parfaitement rendre visite à un ami et parler à sa femme [29]. Encore aujourd’hui, bien des gens, par ailleurs modernes, n’aimeraient pas que leurs invités jettent un coup d’œil dans leur chambre à coucher et nul n’oserait prétendre que cela prouve qu’ils y enferment leur femme. Tout au plus pourrait-on trouver des preuves que les femmes grecques étaient plus susceptibles de se trouver chez elle qu’à l’extérieur [30]. On pourrait aussi trouver des preuves que c’était par modestie que les femmes grecques quittaient la salle à manger et se retiraient dans les pièces intérieures, lorsque leur mari recevait des invités.
Confrontés à des preuves accablantes du contraire, certains historiens modernes ont fait assaut de casuistique pour soutenir que, dans de la Grèce antique, les femmes vivaient enfermées. Si les lits grecs de l’antiquité étaient plus étroits que les lits états-uniens d’aujourd’hui, c’est évidemment que les hommes et les femmes ne dormaient pas ensemble et que les femmes occupaient des appartements séparés où les hommes se rendaient rarement [31]. Si c’est la femme d’Ischomaque qui dirige la maison, c’est uniquement parce que Xénophon « conteste le rôle traditionnel de la femme athénienne » [32]. Si d’innombrables peintures montrent des femmes s’adonnant à toutes sortes d’activités de plein air, c’est évidemment que ces femmes devaient être soit courtisanes, soit esclaves. Si, dans le mythe et au théâtre, les femmes se déplacent pour la plupart à leur guise, cela prouve que les femmes imaginaires faisaient ce que les réelles ne pouvaient pas faire [33]. S’il existe d’innombrables preuves que les femmes paraissaient en public au cours des décennies qui suivirent la guerre du Péloponnèse est écrasante, c’est à cause de la vaste révolution sociale, qui n’a absolument pas été documentée, qu’entraîna cette guerre.
En vérité, la question qui se pose aux historiens modernes n’est pas de savoir si les femmes grecques vivaient enfermées. Il s’agit plutôt pour eux de savoir comment rendre compte de leur refus obstiné de regarder les faits en face.

3. La grande chasse aux sorcières

Au cours des quatre dernières décennies, une quantité énorme de documents ont été publiés sur le la chasse aux sorcières dans l’Europe moderne (1500-1650). Dans les pays anglophones, l’intérêt pour cette question a été éveillé par Magic and The Decline of Religion (1971) de Keith Thomas. Il a proposé de nouvelles interprétations et établi de nouvelles méthodes d’analyse dans ce domaine. Selon Thomas, « l’idée que les procès en sorcellerie reflétaient une guerre entre les sexes peut être écarté » [34]. Cette affirmation n’a cependant pas empêché les autres chercheurs de prétendre que la chasse aux sorcières avait pour origine la haine masculine des femmes. Un érudit est même allé jusqu’à affirmer que le phénomène, « loin de constituer simplement le reflet d’un stéréotype séculaire, le sous-produit d’une société patriarcale […] [faisait] partie et était un exemple du mécanisme permanent de contrôle social des femmes » [35]. Il n’est cependant pas facile d’expliquer comment et pourquoi il se fait que le patriarcat se serait traduit par l’organisation d’une chasse aux sorcières à cette époque particulière. Au lieu d’essayer de répondre à cette question, je vais m’efforcer de montrer que la chasse aux sorcières ne fut pas le fait de misogynes déterminés à imaginer les crimes les plus horribles pour brûler certaines femmes et remettre les autres à leur place. Tout d’abord, il faut souligner que les contemporains, hommes et femmes, croyaient fermement en la sorcellerie [36]. L’existence des sorcières n’était pas plus mise en doute que l’existence d’un Dieu ou la rotation du soleil autour de la terre [36bis]. Les contemporains se seraient moqués de l’idée que la sorcellerie était « un crime sans criminels », comme l’ont appelée certains historiens modernes. La mythologie de la sorcellerie, qui s’est construite sur plusieurs siècles, était pratiquement complète en 1480. Certaines sorcières juraient formellement allégeance au diable ou étaient possédées. Certaines sorcières étaient visitées par le diable dans leur propre maison, tandis que d’autres montaient à cheval sur un balai et s’envolaient pour des orgies connues sous le nom de sabbats. Lors de ces orgies, qui se tenaient en secret et étaient réservés aux initié(e)s, les sorcières mangeaient, buvaient et dansaient dans la promiscuité. En échange de la promesse que leur faisait le diable de leur donner des pouvoirs, elles renonçaient au christianisme et en profanaient les symboles. Les sorcières étaient coupables de maléfices ou de mauvaises actions. Ces maléfices étaient considérés comme une menace réelle, tant pour les individus que pour la société. Les maleficia ne visaient pas simplement à nuire, mais à détruire et à tuer. Certaines sorcières provoquaient des catastrophes naturelles telles que tempêtes, averses de grêle ou inondations. D’autres tuaient des gens et du bétail et provoquaient diverses maladies, dont beaucoup étaient jusqu’alors inconnues, comme, par exemple, le fait pour une femme de donner naissance à des lapins. Certaines sorcières préparaient des philtres d’amour pour séduire de nouveaux amants et faire revenir à elles ceux qui leur avaient été infidèles. Elles pouvaient aussi rendre les hommes impuissants. Grâce à leur alliance avec le diable, les sorcières pouvaient faire des choses qui n’étaient pas dans les cordes des criminels ordinaires [37]. La société avait donc autant, sinon plus, de raisons, de s’opposer à la sorcellerie que de combattre le crime en général.
Il y a toujours eu des sorcières et des sorciers dans l’histoire. Dans sa bulle de 1484 contre la sorcellerie, le Pape Innocent VIII déclara explicitement qu’elle était pratiquée par « de nombreuses personnes des deux sexes ». En 1572, le prince électeur de Saxe décida que « les sorciers, hommes ou femmes, ser[aient] passés par le fil de l’épée » [38]. Même en Angleterre, où le pourcentage de femmes parmi les accusés était anormalement élevé, les lois contre la sorcellerie parlaient toujours de « personnes ». Les représentations de sabbats montrent régulièrement le diable servi par des hommes aussi bien que par des femmes. Le pasteur puritain William Perkins alla jusqu’à blâmer Moïse d’avoir ordonné : « tu ne laisseras point vivre la sorcière « [39]. En vérité, dit-il, la Bible « n’exempte pas l’homme ». De nombreux autres experts étaient d’accord avec lui à cet égard [40]. Les contemporains étaient si embarrassés par le « fait » que la plupart des sorcières étaient des femmes qu’ils se demandaient sans cesse pourquoi il en était ainsi. Le roi Jacques Ier d’Angleterre lui-même se sentit obligé de réfléchir à la question [41]. C’est précisément parce que la sorcellerie était considérée comme réelle et non comme une invention de la société qu’il fallait en chercher la raison dans la nature même des femmes. La plupart des experts convenaient que les femmes étaient plus méchantes que les hommes. Leur nature était plus faible et leur esprit n’était pas aussi clair ; par conséquent, le diable pouvait les piéger « sans livrer bataille » [42]. Les femmes écrivains qui abordaient la question avaient tendance à être d’accord avec leurs collègues masculins [43]. Les auteurs du plus célèbre manuel de chasse aux sorcières, le Malleus Maleficarum, affirment que le mot « féminin » lui-même dérive de « feminicus », « moins de foi ». Cela ne les empêcha pas d’y inclure dix pages sur les sorciers [44].
Le crime de meurtre offre une analogie instructive de celui de sorcellerie. Si les hommes et les femmes commettent tous deux des crimes, plus de 80 % des meurtriers condamnés sont des hommes. Quand nous cherchons une explication à ce fait, nous ne disons pas que les meurtres ont été inventés par une société misandre pour exécuter les hommes ou les mettre derrière les barreaux. Nous en cherchons au contraire les raisons dans les qualités qui sont innées aux hommes : par exemple, le fait que les niveaux de testostérone sont beaucoup plus élevés chez eux que chez les femmes les rend plus agressifs que celles-ci. Bref, il n’est pas nécessairement vrai que ceux dont le travail était de traquer et de juger les sorcières détestaient les femmes – pas plus qu’il n’est nécessairement vrai que ceux qui prétendent que la violence est une caractéristique masculine qui définit les hommes ne détestent les hommes. Tous les chasseurs de sorciers essayaient de faire ce que les criminologues, sociologues et psychologues des deux sexes font aujourd’hui – à savoir expliquer un phénomène social qui les laissait perplexes.
Certains historiens ont prétendu que, en persécutant les sorcières, les hommes essayaient de réprimer la sexualité des femmes [45]. C’est absurde. Comme aurait pu le dire Shakespeare, « t’is mighty strange » que la plupart des accusés aient été des femmes âgées. Certaines étaient même très vieilles. L’aînée, qui répondait au nom d’Isabeau Blary, avait fêté son centième anniversaire. Soumise à un interrogatoire, Blary « avoua » qu’elle avait été sodomisée par le diable [46]. Inutile de dire que l’argument susmentionné n’a aucun sens, pas plus que le fait que les jeunes hommes célibataires sont surreprésentés parmi les criminels violents ne prouve que la société soit résolue à empêcher les jeunes hommes célibataires de secréter de la testostérone. Tout ce que cela signifie, c’est que ces hommes sont plus enclins à enfreindre la loi et moins effrayés par les conséquences que ne le sont les hommes ou les femmes âgés.
En Italie, les ecclésiastiques risquaient peut-être encore plus d’être accusés de sorcellerie que les femmes. En Allemagne, où il s’agissait souvent de forcer une sorcière à identifier ses complices pour s’emparer de la propriété de ces derniers, des hommes de premier plan figurèrent parmi les accusés. Ce fut aussi le cas dans le Sussex [47]. Le plus souvent, la persécution commençait au niveau du village ou du quartier, généralement après que le suspect eut acquis une mauvaise réputation. Le point de rupture survenait lorsqu’il demandait une faveur, comme de la nourriture, un coup de main ou un petit prêt. Lorsqu’elle est rejetée, pas toujours poliment, il pouvait riposter en proférant une malédiction ou une menace. Une fois que la menace ou la malédiction semblait se réaliser, la nouvelle était colportée et les autorités s’en mêlaient. Bien souvent, il appartenait aux autorités, qui étaient des hommes, de mettre un frein aux flambées locales de chasses aux sorcières. En 1597, Jacques VI d’Écosse, comme on l’appelait alors, abolit la commission générale contre la sorcellerie, qu’il avait lui-même nommée, précisément parce que les gens s’en servaient pour régler leurs comptes [48]. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, alors que la croyance en la sorcellerie commençait à décliner dans l’élite et que le peuple, lui, persistait à porter des accusations de ce genre, de nombreux procès se terminèrent par un acquittement [49].
Il est vrai que peu de femmes parmi l’élite intellectuelle écrivirent sur le sujet de la sorcellerie et tinrent des procès. D’un autre côté, les femmes au pouvoir étaient tout aussi enclines que les hommes au pouvoir à persécuter les sorcières. Aux Pays-Bas, les persécutions culminèrent au cours de la première moitié du XVIe siècle, où le pays fut gouverné successivement par trois femmes nommées par Charles Quint : Marguerite d’Autriche, Marie de Hongrie et Marguerite de Parme [50]. Quand, plus tard, Guillaume le Silencieux prit le pouvoir, les persécutions diminuèrent. De même, en France, les persécutions atteignirent leur point culminant vers la fin du XVIe siècle, sous le règne de Catherine de Médicis.
Les lois écossaises sur la sorcellerie, quant à elles, furent promulguées sous le règne de Marie, reine des Écossais. En 1547, le roi Édouard VI d’Angleterre, âgé de 9 ans, agissant sur les conseils de son entourage masculin, fit abolir toutes les peines contre la sorcellerie. Seize ans plus tard, Elizabeth permit au Parlement de les rétablir sous une forme encore plus terrible. Le règne de la « Bonne Reine Bess » marqua le paroxysme de la persécution. Sous son héritier masculin, le nombre d’affaires et le taux de condamnation diminuèrent [51]. Ces faits ne confirment guère l’allégation selon laquelle l’objectif de la chasse aux sorcières était de restaurer le patriarcat.
Les femmes participaient aux chasses aux sorcières au moins autant que les hommes. La plupart des maléfices étaient jetés par des femmes sur d’autres femmes [52]. Ce sont surtout les femmes qui accusaient les femmes de violer les règles habituelles de conduite et insistaient pour que le mari ou les parents de sexe masculin de femmes soupçonnées de sorcellerie prennent des mesures contre elles [53]. C’étaient surtout les femmes ensorcelées par d’autres femmes qui souffraient de convulsions et d’évanouissements. C’étaient surtout les femmes ensorcelées par d’autres femmes qui affirmaient aux fonctionnaires compétents, qui les croyaient ou non, vomir des épingles, des aiguilles et des crapauds [54]. Elizabeth Lowys, la première Anglaise jugée pour sorcellerie parla justice élisabéthaine, fut accusée de ce crime principalement par des femmes [55]. La dernière sorcière anglaise à passer en jugement, Jane Wenham, ne fut pas seulement accusée par une autre femme, elle incrimina elle-même trois autres femmes. Toutes furent acquittées. Wenham fut condamnée par le jury, mais fut rapidement graciée par un juge sceptique. Incapable de retourner chez elle, elle trouva refuge sur la propriété d’un propriétaire foncier [56].
Les femmes jouèrent également un rôle important dans les affaires qui, dépassant le niveau des rivalités de voisinage, étaient renvoyées devant les tribunaux. Certaines femmes engageaient des poursuites contre d’autres femmes. Et comme les prostituées, qui n’avaient pas le droit de témoigner en cour, étaient autorisées à témoigner dans les affaires de sorcellerie, il se peut que les femmes aient été surreprésentées parmi les témoins. De plus, tout comme, aujourd’hui, les forces de police emploient des femmes pour s’occuper des délinquantes, les femmes de l’époque étaient souvent employées comme geôlières, lorsqu’il s’agissait de garder des femmes soupçonnées de sorcellerie. S’il y avait des piqueurs [56bis], professionnels chargés de sonder à l’aide d’un poinçon les marques qu’avait faites le diable sur le corps de ses victimes, afin de vérifier si elles saignaient effectivement, il y avait aussi des piqueuses. L’une d’entre elles, une Écossaise, exerçait déguisée en homme, sous le nom d’emprunt de Monsieur Paterson [56ter] [57]. Que ce soit à cause d’animosités personnelles ou parce qu’elles étaient torturées, les accusées coopéraient, incriminant d’autres femmes. Des femmes jalouses de femmes que le diable leur avait préférées portaient contre elles des accusations de sorcellerie [58]. Comme il n’y avait aucune femme parmi les juges, si les accusations de sorcellerie contre les femmes avaient vraiment résulté de la haine des hommes pour les femmes, plus de femmes que d’hommes auraient été condamnées pour sorcellerie. Or, cela ne fut pas le cas. En Écosse, certes, une plus grande proportion de femmes fut exécutée, mais une plus grande proportion de femmes soupçonnées de sorcellerie fut acquittée. A Genève, c’est l’inverse qui se produisit. En Italie, la grande majorité des sorcières remises à l’Inquisition, institution entièrement masculine, écopèrent de peines très légères ou furent relaxées. Il n’est guère qu’en Angleterre qu’il est possible de détecter un net parti pris contre les femmes – en ce sens que moins ont été acquittées et plus ont été exécutées – dans les procès instruits par les tribunaux de circonscription [59] ; cependant, il y eut relativement peu d’exécutions et celles qui furent ordonnées ne le furent pas toutes par des tribunaux de circonscription.
Contrairement à une opinion fausse très répandue aujourd’hui, le problème de la sorcellerie n’était pas un problème autonome. Il faisait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste d’infractions « spirituelles », telles que l’hérésie, l’apostasie et le blasphème. Toutes étaient considérées comme des crimes contre Dieu et la religion et toutes méritaient d’être punies aussi sévèrement que la sorcellerie.
Par conséquent, la sorcellerie ne représenta qu’une petite fraction des affaires portées devant la Cour suprême du l’Inquisition. A Venise, ce chiffre s’élevait à un peu plus de 20 pour cent et la grande majorité des personnes impliquées étaient condamnées à des peines très légères, si même elles étaient condamnées [60]. Mais, alors que la plupart des personnes accusées de sorcellerie étaient des femmes, la plupart de celles qui étaient accusées d’autres délits spirituels étaient des hommes.
Ainsi, si le fait que les femmes étaient considérées comme moins intelligentes explique qu’elles aient été inculpées de sorcellerie de manière disproportionnée, il explique en même temps qu’elles n’aient pas souvent été tenues responsables de crimes connexes. C’est l’une des raisons pour lesquelles les femmes ne représentèrent que 10 pour cent de toutes les personnes exécutées au cours de la période en question. En effet, beaucoup moins de femmes furent exécutées pour sorcellerie que pour ces deux crimes féminins archétypiques que sont l’infanticide et l’empoisonnement [61].
Dans leur description des chasses aux sorcières, la plupart des historiens ont commis l’erreur de se concentrer sur la période de 1500 à 1650. Avant 1350, près de trois fois plus d’hommes que de femmes furent jugés pour sorcellerie [62]. Dans le nord de la France, entre 1351 et 1400, il y eut à peu près autant de défendeurs que de défenderesses. Dans l’ensemble de l’Europe, entre 1300 et 1499, le nombre d’hommes accusés de sorcellerie fut à peu près le même que celui des femmes accusées du même crime [64].
Aux Pays-Bas, « avant que la persécution des sorcières ne batte son plein, certaines autorités avaient déjà commencé à punir les hommes soupçonnés de commercer avec le diable « [65]. En Finlande aussi, les plus anciennes traditions autochtones considéraient généralement les sorcières comme des hommes [66]. Dans les Îles britanniques, les hommes représentaient 59 % des accusés à al même époque. Dans le canton suisse de Neuchâtel, ils en représentaient 80 pour cent et dans le Valais 78 pour cent ; dans l’ensemble de la Suisse, quasiment la moitié [67]. Parce qu’on s’est concentrés sur la période de 1500 à 1650, on ne s’est pas aperçus que, par la suite, en Allemagne, le stéréotype s’est inversé. Les personnes accusées de sorcellerie n’étaient plus principalement des femmes âgées, mais surtout de jeunes hommes [68].
En résumé, on peut dire que si les historiens avaient associé la sorcellerie aux autres délits « spirituels », comme le faisaient les contemporains, ils se seraient rendus compte qu’ils s’étaient trompés sur la proportion d’hommes et de femmes accusés de sorcellerie ou exécutés pour ce crime. Les femmes croyaient en la sorcellerie tout autant que les hommes. Leur contribution à la chasse aux sorcières fut aussi importante que celle des hommes. À certains égards, elle le fut davantage. Très souvent, c’étaient des femmes qui décidaient qu’une personne donnée devait être accusée de sorcellerie, c’étaient des femmes qui fournissaient les preuves et c’étaient des femmes qui portaient les accusations de sorcellerie.
En fait, il semble que, moins l’autorité masculine chargées de la chasse aux sorcières jugeait des affaires de conflits de voisinage, moins, donc, moins les femmes impliquées étaient nombreuses, plus le traitement des sorcières était susceptible d’être équitable [69]. En bref, pas plus que le fait que, aujourd’hui, la plupart des personnes qui commettent des meurtres sont des hommes ne prouve que les hommes sont traqués par le matriarcat, le fait que la plupart des personnes accusées de sorcellerie au début de l’époque moderne étaient des femmes ne prouve que le patriarcat ciblait les femmes en tant que femmes. Tout ce que cela prouve est que les contemporains étaient réellement déterminés à chasser et à éradiquer les sorcières des deux sexes.

4. L’attitude des nationaux-socialistes envers les femmes

L’idée de présenter les nationaux-socialistes comme les oppresseurs des femmes par excellence remonte à Betty Friedan. En 1959, elle assista à une réunion de rédacteurs en chef de magazines, tous des hommes, qui discutaient de sujets susceptibles d’intéresser les Etats-uniennes. Ce qu’elle les entendit dire ne lui fit pas plaisir. « Une des phrases allemandes qu’ils avaient dites résonna dans ma tête – ‘Kinder, Küche, Kirche’. Cette phrase signifiait que les nazis avaient décrété que les femmes devaient de nouveau être confinées à leur rôle biologique [70]. » L’accusation de Friedan contre les nationaux-socialistes fut reprise par certaines des plus importantes pionnières du féminisme moderne, dont Kate Millett, Germaine Greer, Susan Brownmiller et Andrea Dworkin ; Friedan elle-même la mentionna dans ses mémoires [71]. Ces chercheuses féministes s’efforcèrent de prouver que les nationaux-socialistes avaient persécuté les femmes presque autant que les homosexuels, les Tziganes, les Juifs et autres personnes « inférieures ». D’autres prétendaient que l’idée nationale-socialiste de la féminité représentait une forme de « racisme secondaire » [72]. D’autres encore soutenaient que l’antiféminisme était une partie aussi fondamentale du national-socialisme que l’antisémitisme, si ce n’était qu’il n’avait pas causé de morts [73]. Le fait que les nationaux-socialistes aient construit « aux hommes et aux femmes des identités polarisées » et n’aient pas accepté le dogme féministe selon lequel les hommes et les femmes sont semblables à tous égards fut considéré comme l’un de leurs pires méfaits. Un chercheur affirma même que les racines du génocide se trouvaient dans l’attitude des nationaux-socialistes envers les femmes [74].
Quelle fut la position réelle des femmes dans l’Allemagne nationale-socialiste ? Pour répondre à cette question, le mieux est de commencer par examiner le féminisme allemand avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en 1933.
Dans ce pays il existait alors une grande diversité de groupes féministes : une Frauenbund catholique, une Frauenbund protestante ainsi qu’une conservatrice, une libérale, une socialiste, une communiste, une coloniale et une juive, pour ne citer que quelques-unes des quelques 230 organisations de femmes en activité. Certaines étaient en faveur de l’égalité des droits pour les femmes. D’autres s’y opposaient au nom de la maternité et reprochaient à la République de Weimar d’avoir émancipé les femmes. Certaines étaient en faveur du droit à l’avortement, d’autres s’y opposaient et d’autres encore préconisaient la stérilisation obligatoire des personnes « inaptes » [75]. Au fil du temps, les mouvements féminins socialistes et libéraux, qui exigeaient l’égalité des droits pour les femmes, perdirent de leur pouvoir et des adhérents, tandis que ceux qui défendaient la maternité prirent de l’ampleur. Dans les dernières années de la République de Weimar, l’étiquette « féministe » elle-même était devenue un anathème pour beaucoup de femmes [76].
L’organisation qui prétendait parler au nom de toutes les autres était le Bund Deutscher Frauen (BDF), confédération informelle de nombreux groupes. Elle était dirigée par Gertrude Bäumer, militante chevronnée des droits des femmes [77]. Avant 1914, elle s’était opposée à la fois à l’avortement et à la contraception. En 1919, elle contribua à réécrire le programme du BDF, y injectant une idéologie nationaliste de droite. Dès 1932, l’organisation prônait l’abolition de la démocratie et l’établissement d’un État corporatif sur le modèle de l’Italie fasciste. Elle appela les femmes à renverser les conséquences de la Grande Guerre, comme on appelait alors la Première Guerre mondiale, en ayant autant d’enfants que possible. Inversement, les maux de société prétendument associés à la République de Weimar – libertarianisme sexuel, pornographie, avortement et maladies vénériennes – devaient être combattus et vaincus.
Une grande partie des propos du BDF trouvèrent écho auprès d’Hitler. L’objectif des nationaux-socialistes était de sauver les femmes de la débauche dans laquelle les entraînaient les Juifs, les modernistes, les internationalistes et les autres ennemis de l’Allemagne [77bis]. Des valeurs saines devaient être restaurées et les femmes jugées principalement d’après le nombre d’enfants qu’elles avaient donnés au Reich. L’objectif de l’éducation des filles était de les « préparer à la maternité ». Le mariage n’était qu’un moyen de « multiplier et maintenir la race ». Les femmes (et les hommes) sans enfants étaient considérés comme nuisible au Volk, bien qu’en fin de compte la seule mesure prise à leur encontre ait été une taxation plus lourde [78]. « Par nature », un homme était destiné au monde, à la société. « Par nature », une femme était destinée à son mari, sa famille, ses enfants et son foyer [79]. Les intellectuelles étaient, aux yeux des contemporains, des emmerdeuses. Comme la plupart des gens à l’époque, Hitler croyait que les femmes qui n’avaient pas d’enfants finiraient par devenir des malades mentales [80]. Ses plus proches collaborateurs, dont Arthur Rosenberg, Robert Ley, Gregor Strasser et Gottfried Feder, étaient d’accord avec lui sur ce point. La tâche principale des femmes était la maternité et il fallait les protéger de l’obligation de travailler hors de la maison.
Les opinions des nationaux-socialistes sur la place des femmes dans la société étaient-elles partagées par les femmes allemandes ?
La réponse, qui peut surprendre, est qu’elles le furent de plus en plus. Dès sa création, le parti réussit à attirer les femmes. La plupart étaient des matrones qui aimaient son jeune chef fougueux. Une d’elles, la comtesse von Reventlov, appela Hitler « le Messie à venir ». D’autres lui offrirent de riches cadeaux. Comme s’il s’était agi de donner raison à Nietzsche, ce fut à celle qui lui offrirait le fouet le plus élaboré. Ce fut une femme, dont le nom n’est pas passé à la postérité, qui fit l’ébauche du dessin du drapeau à croix gammée [81]. Une autre femme, Gertrude von Seydlitz, réunit l’argent nécessaire pour transformer le journal Der Völkischer Beobachter en quotidien. D’autres femmes financèrent le putsch d’Hitler de novembre 1923. Après l’échec, c’est la femme d’un ami, Helene Hanfstängel, qui empêcha Hitler de se suicider, en lui arrachant son arme des mains et en lui rappelant vertement que son devoir était de vivre pour l’Allemagne. Pendant ses treize mois d’emprisonnement, il reçut la visite de nombreuses femmes. Comme Hitler l’a écrit dans Mein Kampf, pendant cette période difficile, ce sont les femmes qui empêchèrent le parti national-socialiste de se désintégrer. En effet, même le papier sur lequel Rudolf Hess écrivit l’autobiographie du Führer fut fourni par une femme, Winifred Wagner, la belle-fille du célèbre compositeur.
Les nationaux-socialistes étaient déterminés à prendre le pouvoir, sinon par la violence, du moins par « la conquête des rues ». Par conséquent, les femmes nationales-socialistes étaient probablement moins liées au rôle féminin traditionnel que dans la plupart des autres sociétés de l’époque. Elles manifestaient, tenaient des réunions, collectaient des fonds, distribuaient des tracts et faisaient face aux perturbateurs. D’autres cousaient les uniformes des hommes des S.A, pansaient leurs blessures et organisaient pour eux des soupes populaires. Lors des élections décisives de 1930, 45 % des électeurs du NSDAP étaient des femmes. Ce pourcentage augmenta encore dans les élections qui suivirent. Les observateurs des rassemblements nationaux-socialistes notèrent que les femmes y occupaient toujours les premiers rangs [82] [82bis]. La croyance fondamentale d’Hitler était que les femmes étaient gouvernées par les émotions plutôt que par l’intellect et qu’elles avaient la plus grande admiration pour les hommes forts. Et il savait exactement comment leur parler. A leur tour, elles l’acclamaient aussi fort que le faisaient les hommes, souvent sans pouvoir s’empêcher de pleurer.
Le culte des femmes pour Hitler s’intensifia après 1933. Les foules qui le suivaient partout où il allait étaient composées en partie de femmes. D’autres femmes faisaient le pèlerinage à Berchtesgaden pour lui faire le salut national-socialiste ou lui faire toucher leurs enfants. Pour son anniversaire, les femmes lui envoyaient des hectares d’écharpes, de taies d’oreillers et de couvertures, toutes brodées de croix gammées de toutes tailles, couleurs et variétés. Lui veillait à ne pas les désillusionner. Une fois, il demanda rhétoriquement à une foule de femmes ce qu’il leur avait donné, puis il répondit à sa propre question par « l’Homme » [83]. C’était pour leur bien qu’il restait célibataire et gardait secret le fait qu’il avait une maîtresse. Rien ne devait perturber l’histoire d’amour entre les Allemandes et leur Führer. De fait, jusqu’à la chute d’Hitler et du Troisième Reich, rien ne la perturba.
Après l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, les organisations de femmes virent leur nombre augmenter. Rien qu’en 1933, 800 000 nouveaux membres rejoignent la Nationalsozialistische Frauenschaft (NSF). Le nombre de membres de la ligue féminine atteint finalement 3,5 millions. Elle comprenait certains groupes qui, comme les domestiques, en avaient été exclus auparavant et y aient été réintégrés contre la volonté des femmes « respectables ». La NSF, comme presque toutes les autres organisations de l’État totalitaire national-socialiste, n’avait que peu de pouvoir réel. Cependant, elle recevait des subventions énormes et disposait d’une marge de manœuvre importante dans ses propres domaines d’activité. La FNS se concentrait principalement sur le bien-être et l’éducation des femmes, en particulier le type d’éducation nécessaire pour améliorer la « qualité raciale » du peuple allemand. Le soutien de l’État à la NSF lui permit de mettre en œuvre son programme à une échelle qu’aucune organisation de femmes n’aurait imaginée possible auparavant. Quarante ans plus tard, la dirigeante de la Frauenschaft, Gertrudee Scholz-Klink, était encore fière de la façon dont elle et ses assistantes avaient pris les « féministes » à leur propre jeu, faisant ce qu’elles voulaient sans interférence des hommes [84].
Les femmes opposées au régime étaient souvent traitées avec des pincettes. Au début du Troisième Reich, une seule femme fut tuée, la députée social-démocrate du Reichstag Minna Cammens. Sur les quelque 150 camps de concentration construits avant la guerre mondiale, un seul, Möringen, hébergea des femmes. Ce n’est qu’en 1938 que le régime procéda à la première exécution « légale » d’une femme, la socialiste Lieselotte Hermann. Accusée d’avoir transmis des informations classifiées au siège du parti communiste allemand en Suisse, elle fut condamnée pour trahison et guillotinée avec trois de ses complices masculins. La vie à Ravensbrück, le principal camp de concentration pour femmes, était certainement loin d’être un pique-nique. Pourtant, les conditions de détention n’y étaient pas aussi dures que dans certains autres camps. En fait, certaines femmes étaient transférées d’Auschwitz à Ravensbrück précisément parce que le taux de mortalité dans ce dernier était jugé trop élevé. Jusqu’au début de 1945, où la détérioration des conditions de vie entraîna une grave malnutrition et des épidémies de maladies infectieuses, « seulement » environ 3 % des femmes de Ravensbrück mouraient chaque année [85].
Les nationaux-socialistes avaient alors commencé à réaliser leur rêve de créer une race aryenne pure en mettant en place une série de mesures pratiques destinées à encourager les femmes à se marier, à rester à la maison et avoir des enfants. Des mesures symboliques comme l’institution d’une fête des mères et l’attribution de médailles aux femmes fertiles visaient le même objectif. Certaines de ces mesures étaient antérieures à l’Allemagne nationale-socialiste ou ne lui étaient pas propres. D’autres, telles que les allocations familiales et les déductions fiscales pour les familles avec enfants, faisaient partie de la marche contemporaine, quasi universelle, vers un État providence. Pour aider les mères qui travaillaient tout en réduisant le chômage des femmes, le régime permettait aux contribuables de déduire de leurs impôts une certaine somme pour la garde des enfants [86]. Ce privilège ne fut pas aboli lors de la création de la République Fédérale d’Allemagne en 1949. Aux États-Unis, par contre, il ne fut introduit dans la loi que sous l’administration Reagan.
Le prêt au mariage est peut-être le moyen le plus connu que les nationaux-socialistes trouvèrent pour inciter les mères à fonder une famille. À l’époque, une mesure similaire fut adoptée dans la Suède sociale-démocrate. A condition que la mère et le père soient tous deux de souche aryenne, un couple allemand pouvait bénéficier d’un prêt, si la mariée s’engageait à ne pas exercer d’activité rémunérée pendant les deux ans qui suivaient son mariage. Plus tard, l’exigence que la femme ne travaille pas fut discrètement abandonnée, de sorte que toutes les mères en bénéficièrent.
Il y avait aussi les Instituts Lebensborn, type unique d’organisation d’aide sociale nationale-socialiste destinée spécifiquement aux femmes. À l’époque et plus tard, la rumeur décrivait l’Institut comme un haras où les femmes non mariées étaient fécondées par des S.S. Sa véritable mission était beaucoup plus prosaïque. Le chef de la S.S. Heinrich Himmler était favorable à la vie, à condition que la vie soit germanique et exempte de maladies héréditaires. Un des objectifs des instituts Lebensborn était d’offrir aux femmes enceintes aryennes une alternative appropriée à l’avortement. Un autre objectif, selon le leader S.S., était d’effacer en partie les stigmates dont de « ridicules imbéciles » avaient marqués les mères célibataires allemandes. L’association fournissait aux femmes un abri temporaire à des prix extrêmement bas. Les futures mères passaient les dernières semaines de leur grossesse dans un Lebensborn, sous surveillance médicale, puis elles accouchaient, se rétablissaient et recevaient une formation de base sur la manière de s’occuper d’un bébé.
La plupart des mesures nationales-socialistes d’aide aux mères se révélèrent immensément populaires. Le dirigeant de l’Association des Femmes Allemandes Catholiques, Antoine Hoppman, les qualifia d’ « idée de génie » [87]. Moins populaires, mais toujours acceptables, pour la grande majorité des femmes allemandes, étaient les aspects de la politique d’Hitler qui leur étaient défavorables. Comme une partie considérable de l’opinion publique contemporaine en Allemagne et à l’étranger, le Führer considérait les femmes comme des créatures délicates inadaptées au monde cruel et tumultueux de la politique [88]. Il détestait particulièrement les avocats.
Même s’il se rendait compte qu’il ne pouvait pas se passer des avocats, il ne cessa jamais de les qualifier de « traîtres », d’« idiots » et de « crétins absolus ». L’idée que les femmes devaient être tenues à l’écart de tout ce que le droit et la politique ont de sordide conduisit à la destitution des politiciennes et au licenciement des hautes fonctionnaires et des magistrates ainsi qu’au renvoi de quelque trois cents avocates.
Ces mesures furent soutenues à la fois par la dirigeante de l’Association des Femmes Nationales-Socialistes – qui se réjouit de la promesse d’Hitler de libérer les femmes du travail [89] – et par la grande dame du féminisme allemand, Gertrude Bäumer [90]. En tout cas, elles ne touchèrent qu’environ 1 % de toutes les femmes actives. Et la plupart de celles qui perdirent leur emploi, y compris les directrices d’école, furent mutées. Les autres bénéficièrent d’une retraite à taux plein [91].
Les opinions des nationaux-socialistes sur les femmes universitaires étaient partagées par tous leurs contemporains dans le monde développé. Elles étaient fondées sur le conviction que les femmes étaient par nature des créatures irrationnelles et que, en tant que telles, elles étaient moins adaptées à la vie académique que les hommes. On croyait aussi que les femmes universitaires étaient beaucoup plus susceptibles que leurs collègues masculins d’être la proie du malheur et de la folie. De plus, elles étaient beaucoup moins susceptibles de se marier ou d’avoir des enfants que les autres femmes. Si les deux premières croyances ne purent pas être prouvées statistiquement, la troisième put certainement l’être [92]. En l’absence de chiffres complets concernant le sort des intellectuelles sous le Troisième Reich, ceux qui proviennent de l’Université de Hambourg sont instructifs. Lorsque les nationaux-socialistes arrivèrent au pouvoir, 22 des 330 personnes appartenant au corps enseignant de cette université étaient des femmes. Sept d’entre elles perdirent leur emploi – mais pas à cause de leur sexe. Cinq durent leur malheur – le terme étant utilisé ici de façon relative, puisque quatre d’entre elles purent quitter le pays – au fait qu’elles étaient juives. En ce qui concerne les deux autres, l’une se suicida plutôt que d’accepter une mutation et l’autre démissionna plutôt que d’adhérer au NSDAP. Tout au plus, il se peut qu’une de ces femmes ait été licenciée simplement parce qu’elle était une femme ; la cause exacte de son licenciement n’est cependant pas claire [93]. La seule et unique mesure que prirent les nationaux-socialistes contre les étudiantes fut, en décembre 1933, l’instauration d’un numerus clausus de 10 pour cent de femmes. Une fois de plus, Bäumer soutint le décret. Au début de sa carrière, elle s’était fait connaître comme une des partisanes les plus zélées de l’enseignement supérieur féminin en Allemagne [94]. Elle estimait maintenant que la baisse du niveau exigeait un recul partiel. En tout cas, en février 1935, le décret fut annulé. Les seules étudiantes touchées furent celles de la promotion de 1934. Cependant, celles qui avaient été inscrites à l’université en tant qu’« auditrices » purent obtenir un crédit rétroactif sur simple demande.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, la politique consistant à éloigner les femmes des facultés qui, comme celles de politique et de sciences sociales, étaient considérées comme inadaptées à leur nature avait en fait conduit à une augmentation substantielle de la proportion d’étudiantes dans les domaines « pratiques » tels que la pharmacie, l’éducation physique et le journalisme [95]. À ce moment-là, le gouvernement avait commencé à verser une « allocation d’accouchement » de 50 Reichsmark aux étudiantes concernées, qu’elles aient été mariées ou non. Aucun autre pays n’avait accordé un tel privilège auparavant et aucun autre pays ne l’a jamais accordé depuis. De 1939 à 1944, la proportion d’étudiantes fut multipliée par sept, atteignant 49,3 % de l’ensemble des effectifs. Beaucoup de femmes à l’époque saisirent l’occasion de s’engager dans des domaines non traditionnels. Les femmes en vinrent ainsi à dominer celui des sciences naturelles, où, après avoir formé 10,8 % de l’ensemble des effectifs, elles en vinrent à en représenter 63,5 %. En génie et en technologie, le pourcentage de femmes passa de 0,7 % à 11,7 %, tandis qu’en médecine la représentation des femmes augmenta de plus du double, pour atteindre 35 %. En droit, elle passa de 2,5 % à 16,4 % [96]. À la fin de la guerre, la médecine était devenue le domaine privilégié des femmes. S’il est un régime qui n’a jamais « orienté » ses étudiantes vers les matières « plus accessibles » dont sont composées les sciences humaines, c’est bien le national-socialisme pendant les dernières années de la Seconde Guerre mondiale.
En 1933, les femmes allemandes étaient proportionnellement beaucoup plus nombreuses à travailler que leurs homologues états-uniennes [97]. A cette époque, l’Allemagne, comme le reste du monde, souffrait de la Grande Dépression. Une solution largement adoptée au problème du chômage était le licenciement des femmes dont l’époux avait lui aussi un revenu. L’Autriche, la Belgique, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et les États-Unis prirent tous ou envisagèrent tous de prendre une mesure similaire. En Allemagne, le seul projet de loi de ce type qui fut adopté n’avait pas été présenté par Adolf Hitler, mais par le chancelier Heinrich Brüning, sous Weimar. Cette loi eut peu d’effet et peu de femmes perdirent effectivement leur emploi. Dans l’année qui suivit l’arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, les tentatives de la mettre en œuvre avaient pris fin.
A ce moment-là, les réserves idéologiques que les nationaux-socialistes pouvaient faire à la présence des femmes dans la population active avaient disparu. Dès 1932, Joseph Goebbels avait noté que le Führer considérait la femme comme la « camarade » de l’homme au travail. « Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi… L’homme est l’organisateur de la vie, la femme son soutien et son bras droit » [98]. Plus tard, il ajouta que « nous serions fous de ne pas faire appel aux femmes dans la tâche commune de construire notre nation » [99]. Alors que les autres mesures des nationaux-socialistes contre le chômage commençaient à porter leurs fruits, le nombre de femmes payant l’assurance sociale passa de 4,6 millions en 1932 à 4,75 millions en 1933 et à 5,05 millions en 1934 [100]. À la fin des années 1930, le pourcentage de femmes allemandes dans la population active était plus élevé que dans tout autre pays européen, à l’exception de la France [101]. Comme dans d’autres pays, la nature de la participation des femmes au marché du travail changea. Elles étaient de plus en plus attirées par les professions de col blanc telles que le secrétariat, les communications, le commerce et les professions libérales [102] [102bis]. Comme on l’a dit, « cinq années de régime nazi ont, d’une certaine manière, fait plus pour aider les femmes professionnelles qu’une décennie de pression féministe sous la République de Weimar » [103].
Comme dans d’autres pays, les femmes allemandes sous le national-socialisme gagnaient moins que leurs collègues masculins. Comme dans d’autres pays, cela s’expliquait principalement par la réticence de leurs familles à investir dans leur formation professionnelle, ainsi que leur propre tendance à interrompre leur carrière pour accoucher ou faire face à d’autres obligations familiales. D’autre part, les autorités du Troisième Reich s’efforçaient de protéger les femmes plus que leur homologues ne le faisaient dans les autres pays. Une loi interdisait aux employeurs d’exiger des femmes qu’elles travaillent sur des machines à pédales. D’autres interdisaient aux femmes de travailler sous terre, de manipuler des matières toxiques ou de porter des charges lourdes. Le travail posté et le travail de nuit leur était également interdit. À la fin des années 1930, cependant, une pénurie de main-d’œuvre força les employeurs allemands à courtiser leurs employées. En conséquence, leurs salaires augmentèrent plus rapidement que ceux des hommes. Les femmes commencèrent à recevoir des salaires égaux à ceux des hommes dans des industries telles que le textile, les mines, le métal, l’électronique et les briques. De cette réalisation, l’Arbeitsfront, le syndicat national-socialiste, était très fier [104]. Il y avait aussi des dispositions conçues pour aider les femmes qui travaillaient, notamment des installations spéciales pour les mères, une « prime à la naissance » et une « prime d’allaitement » ainsi que des services d’infirmerie, des soins médicaux et des médicaments gratuits.
Beaucoup se révélèrent tellement en avance sur leur temps qu’elles restèrent dans le droit allemand longtemps après 1945.
L’homme chargé des préparatifs économiques de guerre de l’Allemagne était Hermann Göring. Entre autres mesures à cet effet, il élabora des plans d’enregistrement des femmes au travail obligatoire. Ce fut en vain, car des centaines de milliers de femmes trouvèrent des moyens de s’y soustraire. À partir de 1940, d’autres dirigeants clés de l’économie et de l’industrie exercèrent des pressions dans le même sens. Encore une fois, ce fut en vain. Comme Hitler le dit à son plénipotentiaire général pour la mobilisation de la main-d’œuvre Fritz Sauckel, les femmes allemandes, avec leurs « longues jambes », n’étaient pas faites pour les travaux pénibles. Elles ne pouvaient s’y livrer qu’au prix de très grands efforts physiques et psychologiques. Selon lui, pendant la Première Guerre mondiale, l’État n’avait pas réussi à protéger les femmes. Il leur avait fait subir des « souffrances indicibles », qui, à leur tour, avaient porté atteinte au moral et contribué à la défaite. C’était une erreur qu’Hitler avait jurée de ne pas commettre. De plus, ne serait-ce que parce que c’était quelque chose que « leurs maris, fiancés, pères et frères en uniforme étaient en droit d’attendre », les travailleuses devaient être défendues « à tout prix » contre « les mauvais traitements, la surcharge de travail, les insultes ou les dommages moraux ». Malheureusement, la guerre ne permit pas de protéger les femmes dans toute la mesure nécessaire. Mais, pour l’avenir, « l’objectif est de faire en sorte que, dans 20 ans, aucune femme ne soit obligée de travailler dans une usine » [105].
La réalité sociale reflète ces points de vue. Comme des millions d’hommes avaient été appelés sous les drapeaux et ne pouvaient donc plus prendre leur part aux tâches ménagères, entre octobre et décembre 1939, le nombre de femmes actives diminua de 300 000. En mai 1941, il y en avait 500 000 de moins qu’en mai 1939. Cette situation tenait en partie à ce que les dispositions prises par les autorités allemandes pour l’entretien des familles des membres des forces armées étaient beaucoup plus généreuses que celles qui avaient été prises à cet effet dans les autres pays. En octobre 1939, une loi fut adoptée qui permettait explicitement aux femmes de soldats d’arrêter de travailler. Une Britannique avec deux enfants recevait 38 % du revenu de son mari absent, une Etats-unienne 36 %, une Allemande 75 %.
L’Allemagne versait des pensions aux fiancées des soldats tombés au combat ainsi qu’aux mères de leurs enfants illégitimes [106]. Plus tard, pendant la guerre, la tendance à la réduction de la main-d’œuvre féminine s’inversa. La grande majorité des femmes nouvellement employées trouvèrent du travail dans les services publics, où leur nombre passa de 954 000 en mai 1939 à 1 746 000 en 1943.
Proportionnellement, moins de femmes allemandes que de femmes alliées étaient employées à des travaux pénibles dans les usines, les mines et les transports et leurs conditions de travail étaient relativement bonnes. Aux États-Unis, en 1943, 50 pour cent de toutes les employées travaillaient de nuit ; en Allemagne, les restrictions au travail de nuit des femmes ne furent levées qu’en janvier 1944. L’Allemagne subventionnait beaucoup plus de places dans les jardins d’enfants que ne le faisaient les États-Unis ou la Grande-Bretagne [108].
La réquisition de travailleurs étrangers pendant la guerre explique aussi que les Allemandes eurent la vie plus facile que leurs congénères à l’étranger. Leur nombre est estimé à dix millions. Employés dans les mines et les usines, ils mouraient comme des mouches. La plupart des deux millions de femmes mises au travail obligatoire étaient capturées à l’Est ; à l’Ouest, les Allemands ne réquisitionnaient pas les femmes, uniquement les hommes. Des centaines de milliers de ces femmes étaient amenées en Allemagne spécialement pour aider les Allemandes dont le mari avait été mobilisé.
Alors que la plupart des Allemandes profitaient des avantages de leur position, le régime déployait des efforts considérables pour promouvoir et faire connaître les exploits de quelques femmes particulièrement entreprenantes, comme exemples pour le reste de la société. La plus connue d’entre elles, Leni Riefenstahl, produisit les plus célèbres films de propagande jamais réalisés pour un mouvement politique.
Pendant ce temps, à une époque où les femmes britanniques et américaines n’étaient autorisées à piloter des avions que lors de missions de transport à l’arrière du front, au moins trois Allemandes devinrent pilotes d’essai. L’une d’elles, Hanna Reitsch, pilota le premier hélicoptère au monde. Une autre, Melitta Schiller, n’effectua pas moins de 1 500 vols d’essai du bombardier Stuka et fit voler les premiers prototypes d’avions à réaction et à fusée. Un troisième pilote d’essai d’avions à réaction et à fusée fut le capitaine d’aviation Beate Köstlin. Après la guerre, elle devint riche et célèbre sous le nom d’emprunt de Beate Uhse en créant une entreprise de production de matériel pornographique et de stimulants sexuels.
Comment les femmes allemandes virent-elles les mesures criminelles du régime national-socialiste [108bis] ? La réponse est que, dans la mesure du possible, elles soutinrent ces mesures. Certaines Frauenbünde commencèrent à expulser leurs membres juifs avant même qu’on ne leur en ait faut officiellement la demande [109]. Plus tard, les dirigeants de la NSF déployèrent beaucoup d’énergie pour éduquer les femmes à la nécessité de maintenir la pureté raciale. Et, comme nous l’avons déjà mentionné, certaines Frauenbünde furent longtemps favorables à la stérilisation obligatoire, dont la réussite du programme dépendait presque entièrement des dénonciations : il y avait des femmes parmi les informateurs. Pendant la guerre, 40 % du personnel de la Gestapo à Vienne et peut-être aussi dans d’autres villes était des femmes [110]. Souvent, les procédures étaient engagées par des travailleuses sociales qui rendaient visite aux femmes chez elles
Des femmes médecins aidaient à examiner les candidats à la stérilisation et effectuaient certaines des opérations correspondantes. D’autres pratiquaient des avortements obligatoires sur les femmes détenues dans les camps de concentration [111]. Des infirmières tuèrent des milliers d’handicapés mentaux et physiques, de tous âges. Les femmes, pour la plupart de la classe inférieure, mais aussi certaines de la classe moyenne, comptaient pour 10 % des gardiens des camps de concentration. Les détenus survivants se souvenaient d’elles comme de personnes particulièrement vicieuses. A Auschwitz, on sait que les gardiennes se pressaient autour des judas pour regarder les chambres à gaz se remplir de cyanure et les victimes agoniser [112] [112bis]. A Ravensbrück, une femme médecin du nom de Herta Oberheuser effectua d’horribles expériences médicales sur des détenues [113] [113bis]
En résumé, certains dirigeants nationaux-socialistes eurent très tôt des idées particulières sur la place des femmes dans la société. Cela n’empêcha pas les Allemandes de travailler pour le Parti, de faire campagne pour lui et d’être de plus en plus nombreuses à voter pour lui [113ter]. Plus tard, loin d’attaquer le féminisme, Hitler fit sien les objectifs de beaucoup de ses dirigeantes, dont Bäumer [113quater]. Il voyait les Allemandes comme une des ressources les plus précieuses du Volk, qui devait être protégée « à tout prix ». Cette protection eut des répercussions à la fois négatives et positives. Les aspects négatifs ne touchèrent qu’un très petit nombre de femmes, principalement dans la fonction publique, les universités et la profession juridique. En 1945, beaucoup plus de femmes étudiaient le droit qu’en 1933. A tous les autres égards, la politique national-socialiste était expressément conçue pour aider les femmes dans le domaine que la plupart d’entre elles considéraient depuis longtemps comme leur l’occupation principale, la maternité. Bon nombre des mesures significatives que prit le gouvernement national-socialiste à cet égard ressemblaient à celles qui avaient déjà été instituées dans d’autres pays au cours de cette période. La plupart furent louées par les femmes, à la seule exception des Lebensborn, qui étaient entourés de toutes sortes de légendes douteuses. Sa vraie faute, cependant, fut qu’il menaçait d’effacer la distinction entre les femmes enceintes qui étaient mariées et celles qui ne l’étaient pas eu.
Comme les dirigeants d’autres pays, les nationaux-socialistes tentèrent de vaincre le chômage en licenciant les femmes salariées dont le mari avait un revenu. Cependant, la tentative fut timide et n’aboutit à rien. Plus tôt que dans d’autres pays, une fois la Dépression terminée, les nationaux-socialistes commencèrent à encourager les femmes à prendre un emploi rémunéré. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la pression qui s’exerçait sur les femmes pour qu’elles entrent dans la vie active fut moins forte en Allemagne que dans les autres pays. Plus que dans tout autre pays, celles qui entrèrent sur le marché du travail exerçaient pour la plupart des métiers de col blanc. Entre-temps c’étaient des travailleurs forcés non allemands, hommes et femmes qui faisaient les travaux pénibles dans les champs et les usines. Les Allemandes étaient protégées par diverses lois et réglementations. Elles bénéficiaient aussi d’avantages, tels que des allocations et des jardins d’enfants subventionnés, que leur auraient enviés toutes leurs congénères non allemandes. Il n’est pas étonnant que la plupart des Allemandes aient conservé leur loyauté à Hitler jusqu’à la fin. Loin d’être persécutées, elles coopérèrent aux persécutions dans la mesure où elles y furent autorisées.

5. Conclusions

Un examen détaillé de ces trois mythes, qui comptent parmi les nombreux que les féministes modernes ont concoctés pour « prouver » que les hommes oppressent les femmes, a montré qu’ils sont mensongers. Pour autant que l’on puisse en juger, les femmes, dans la Grèce antique, ne vivaient ni enfermées à la maison ni recluses à l’intérieur de la maison. La chasse aux sorcières de la période entre 1500 et 1650 ne fut pas simplement un mécanisme inventé par le patriarcat pour contrôler les femmes qui ne restaient à leur place. Entre autres choses, l’accusation de sorcellerie étaient souvent portées par des femmes contre d’autres femmes, ce qui peut expliquer que la majorité des sorcières furent des femmes. Enfin, si les nationaux-socialistes avaient voulu opprimer les femmes allemandes, ils n’auraient guère suscité l’enthousiasme des femmes allemandes. Au contraire, la politique national-socialiste était principalement conçue pour aider les femmes à réaliser ce qu’elles et leurs propres dirigeants considéraient depuis longtemps comme étant leur fonction principale, à savoir la maternité. À bien des égards, cette politique fut couronnée de succès, à la fois en soi et par rapport aux autres pays. Comme le soulignaient les nationaux-socialistes eux-mêmes, pour la mise en œuvre de leurs politiques raciales, la coopération des femmes avec le national-socialisme était au moins aussi importante que celle des hommes.
Dans de nombreux autres cas également, l’idée que les misogynes ont discriminé les femmes, les ont opprimées et les ont subordonnées est un mythe. En fait, très souvent, c’est le contraire qui était vrai. A bien des égards, la société et la nature ont conspiré pour rendre la vie plus facile aux femmes qu’aux hommes. Loin d’être discriminées, les femmes, à bien des égards, ont été et sont encore libres de la plupart des fardeaux qui pèsent sur les hommes. Il en est ainsi du jour de leur naissance jusqu’au jour de leur mort, sans parler du fait qu’elles vivent plus longtemps qu’ils mènent entre les deux. Pour se convaincre de ces vérités, le lecteur n’aura qu’à parcourir les pages qui suivent.

Martin van Creveld, The Priviledged Sex, Space Independent Publishing Platform, 2013, traduit de l’anglais par B. K.

[5] Voir Gordon Weil, Gender Analysis of Dismantling the Command Economy in Eastern Europe: The Case of Poland, in Valentine M. Moghadam (éd.), Democratic Reform and the Position of Women in Transitional Economies, Clarendon, Oxford, 1993, p. 287.
[6] Bernice Glazter Rosenthal, Love on the Tractor: Women in the Russian Revolution and After, in Renate Bridenthal et Claudia Koonz (éds.), Women in European History, Houghton Mifflin, Boston, 1977, p. 389.
[7] Juliet Webster, Shaping Women’s Work: Gender, Employment and Information Technology, Longman, Londres, 1996, p. 38, 59, 60.
[8] Anne Lokke, Philanthropists, Mothers and Doctors: The Philanthropic Struggle against Infant Mortality in Copenhagen, 1860-1920, in Birgitta Jordansson and Tinne Vammen, Charitable Women: Philanthropic Welfare, 1780-1930, Odense University Press, Odense, 1998, p. 154.
[9] E. L. Flacliere, Daily Life in Athens at the Time of Pericles, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 1965, p. 55.
[10] Les Troyennes, 646-7.
[11] Platon, La République, 579b; Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, 2.45.
[12] Voir Ken Dowden, Approaching Women through Myth: Vital Tool or Self Delusion?. In Richard Hawley and Barbara Levik (éds.), Women in Antiquity, Routledge, Londres, 1995, p. 56.
[13] Aristophane, Les Nuées, 1067-70.
[14] L’Illiade, 2, 140-242.
[15] Voir David Cohen, Seclusion, Separation and the Status of Women in Classical Athens, in Ian MacAuslan and Peter Walcot (éds.), Women in Antiquity, Oxford University Press, Oxford, 1995, p. 138-40.
[16] Démosthène, 57, 30-1.
[17] La Politique, 1300a, 1323a.
[18] Théophraste, 11, 9-10 et 16, 2.
[19] Thucydides, The Peloponnesian War, 2,46; Aristophanes, Acharnanians, 253.
[20] Plutarque, Pericles, 13, 9-10.
[21] Andocide, Discours, 1, 48 ; Lysias, Discours, 13, 39-41 ; Le Phédon, 60a.
[22] Démosthène, 40, 11.
[23] Eschine, 2,148, 152 ; Platon, Apologie de Socrate, 34c-35b ; Démosthène, 19, 310, 21, 99 et 186, 25, 85, 54, 35 ; Aristophane, Les Guêpes, 568-9 ; id., Ploutos, 380.
[24] Plutarque, Périclès, Heinemann, Loeb Classical Library Londres, 28.
[25] Les Lois, 658a-d, 817a-c ; Gorgias, 502b-e.
[26] Voir Leena Vittaniemi, Partheneia—Remarks on Virginity and Its Meanings in the Religious Context of Ancient Greece, in Lena Larsen Loven et al. (éds.), Aspects of Women in Antiquity, Astron, 1998 [p. 44-57], p. 51.
[27] L’Économique, 7, 3-5 ; 9, 3-4.
[28] Démosthène, Lysias, 3.
[29] Voir David Cohen, Law, Sexuality and Society: The Enforcement of Morals in Classical Greece, Cambridge University Press, Cambridge, 1991, p. 156.
[30] Hippocrate, Epidémies, 6, 7.
[30bis] « En désignant une des pièces comme le gunaikonitis, traduit par gynécée, les historiens ont déduit que les maisons athéniennes (voire grecques) comprenaient toutes des appartements réservés aux femmes et d’autres aux hommes. Les textes décrivant de telles divisions spatiales sont cependant très rares et, aujourd’hui, les travaux des archéologues – après ceux des spécialistes des images – tendent à conclure à l’absence de spécialisation des pièces selon le genre. Il a été récemment suggéré que la spécialisation lexicale (gunaikonitis, andronitis) correspondait à des affectations d’activités temporaires de pièces multifonctionnelles. Selon les activités, les périodes de l’année ou les moments de la journée, des hommes ou des femmes étaient majoritaires dans telle ou telle pièce. Sachant que les distinctions statutaires (esclaves, membres de la maison, étrangers de la maison) importaient davantage que la distinction sexe, il est difficile de croire que les groupes aient pu être constituées uniquement d’hommes ou uniquement de femmes. Autrement dit, l’idée que les femmes libres étaient étroitement surveillées et contrôlées dans leurs allées et venues en raison de l’angoisse qu’aurait représentée la naissance d’un enfant illégitime est, comme la « tutelle des femmes » une idée qui doit être révisée. Le gynécée, symbole du contrôle de la sexualité des femmes pubères, reste introuvable » (Violaine Sebillotte Cuchet. Familles et société à Athènes à l’époque classique : un éclairage par les études de genre, 2017. ffhal-01618996f, p. 7-8). « Le mythe du gynécée ne vaut pas plus que celui de la médina » (Annie Bélis [compte-rendi], Music in the Bronze Age (SMAL, Pocket-book, 144), 1 vol. by John G. Younger In Revue Archéologique, nouvelle série, fasc. 1, 2001 [p. 109-112]), au risque d’en frustrer certaines.
[31] Voir Eva Keuls, The Reign of the Phallus, University of California Press, Berkeley, CA, 1993, p. 212.
[32] Sarah Pomeroy, Families in Classical and Hellenistic Greece: Representations and Realities, Clarendon Press, Oxford, 1997, p. 297.
[33] Dyfri Williams, Women on Athenian Vases: Problems of Interpretation. In Averil Cameron et Amélie Kuhrt, (éds.), Images of Women in Antiquity, p. 103-4 ; Helene P. Foley, The Conception of Women in Athenian Drama, in Helene P. Foley (éd.), Reflections of Women in Antiquity, Gorden & Breach, New York, 1981, p. 151.
[34] Keith Thomas, Religion and the Decline of Magic, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 1971, p. 586.
[35] Marianne Hester, « Patriarchal Reconstruction and Witch-Hunting », in Jonathan Barry et al. (éds.), Witchcraft in Early Modern Europe, Cambridge University Press, Cambridge, 1996, p. 288-9 ; voir aussi Catherine Belsey, The Subject of Tragedy: Identity and Difference in Renaissance Drama, Methuen, Londres, 1985, p. 185-6 ; et Karen Newman, Fashioning Femininity and English Renaissance Drama, University of Chicago Press, Chicago, 1991, p. 69.
[36] Voir Gerhard Schormann, Hexenprozesse in Nordwestdeutschland, Vanderhoeck & Ruprecht, Hildesheim, 1977, p. 1.
[36bis] Le second exemple n’est sans doute pas très bien choisi, car la théorie héliocentrique, formulée par Copernic en 1543 dans De Revolutionibus, peut vraisemblablement être comparée à une tempête dans un verre d’eau, le verre d’eau étant constitué ici, dans un premier temps, par le petit monde des scientifiques et les sectes (J. Dobrzycki [éd.], The Reception of Copernicus’ Heliocentric Theory: Proceedings of a Symposium Committee of the International Union of the History and Philosophy of Science Toruń, Poland 1973, Springer) et, dans un deuxième temps, par certains cénacles universitaires. Au moins jusqu’au début du XVIIIe siècle, elle ne semble guère avoir suscité qu’indifférence dans le peuple Hans-Jürgen Lüsebrink et al. (sous la dir.), Les lectures du peuple en Europe et dans les Amériques [XVIIe-XXe siècle], Editions Complexe, 2003, p.50). [N. d. E.]
[37] Voir Richard Kieckhefer, Magic in the Middle Ages, Cambridge University Press, Cambridge, 1990, p. 176.
[38] Voir Wolfgang Behringer, Hexen und Hexenverfolgung in Deutschland, Universität Tübingen, Munich, 1988, p. 157.
[39] Exode 22:18..
[40] Sermon Preached by Mr. James Hutchinson [on Witchcraft], 13 avril 1697, in Brian D. Levack, (éd.), Witchcraft in Scotland, Garland, New York, 1992, p. 379-80 ; Barbara Rosen, Witchcraft in England, University of Massachusetts Press, Amherst, MA, 1969, p. 51-60 ; Malcolm Gaskill, Witchcraft in Early Modern Kent: stereotypes and the background to accusations, in Jonathan Barry, Marianne Hester et Gareth Roberts, Witchcraft in Early Modern Europe: Studies in Culture and Belief, Cambridge University Press, Cambridge, 1996, p. 274.
[41] Voir Christina Larner, Witchcraft and Religion: The Politics of Popular Belief, Alan Macfarlane (éd.), Oxford, Blackwell, 1984, p. 20.
[42] Peter Burke, Culture and Society in Renaissance Italy, 1420-1540, Batsford, Londres, 1972, p. 164 ; voir aussi George Mora et al. (éds.), Witches, Devils and Doctors in the Renaissance: Johann Weyer, ‘e praestigiis daemonum’, Medieval and Renaissance Texts and Studies, Binghampton, NY, 1991, p. 181-2.
[43] Rachel Speght, A Muzzle for Melastomus (1617), cité in Sara Gamble (éd.), The Routledge Critical Dictionary of Feminism and Postfeminism, Routledge, New York, 2000, p. 7.
[44] Heinrich Krämer et Jacob Sprenger, Malleus Maleficarum, Pushkin, Londres, 1948 [1495], p.44.
[45] Marianne Hester, Lewd Women and Wicked Witches: A Study of the Dynamics of Male Domination, Routledge, Londres, 1992, p. 4, 108, 114.
[46] Robert Muchembled, La sorcière au village (xve-xviii siècle), Paris, Gallimard, 1979, p. 181.
[47] Ruth Martin, Witchcraft and the Inquisition in Venice, 1550-1650, Blackwell, Oxford, 1989, p. 226-7 ; Walter Rummel, Bauern, Herren und Hexen, Vanderhoeck, Göttingen, 1991, p. 317 ; Cynthia B. Herrup, The Common Peace: Participation and the Criminal Law in Seventeenth Century England, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, p. 33.
[48] Christina Larder, Crimen Exceptum? The Crime of Witchcraft in Europe, in Brian D. Levack (éd.), The Witch-Hunt in Early Modern Europe, Pearson, Londres, 2006, p. 87 ; Jim Sharpe, The Devil in East Anglia: the Matthew Hopkins Trials Reconsidered, in Jonathan Barry et al. (éds.), Witchcraft in Early Modern Europe, Cambridge University Press, Cambridge, 1996, p. 254.
[49] Voir Christina Larner, Witchcraft and Religion, Balckwell, Londres, 1984, p. 32.
[50] Marijke Gijswijt-Hofstra, Six Centuries of Witchcraft, in Marijke Gijswijt-Hofstra and Willem Frijhoff (éds.), Witchcraft in the Netherlands, University of Rotterdam Press, Rotterdam, 1991, p. 29-30.
[51] C. L’Estrange-Ewen, Witch-Hunting and Witch Trials, Kegan Paul, Londres, 1929, p. 112 et sqq.
[52] Marianne Hester, Patriarchal Reconstruction and Witch-Hunting, in Jonathan Barry et al. (éds.), op. cit., p. 298 ; Alan MacFarlane, Witchcraft in Tudor and Stuart England, Routledge, Londres, p. 160, tableau 15. Un échantillon, certes restreint, montre que, aux Pays-Bas, les femmes ensorcelées étaient deux fois plus nombreuses que les hommes ensorcelés (voir Hans de Waardt, At Bottom a Family Affair: Feuds and Witchcraft in Nijkerk in 1550, in Marijke Gijswijt-Hofstra et Willem Frijhoff (éds.), op. cit., p. 137, tableau 1.
[53] Deborah Willis, Malevolent Nurture: Witch-Hunting and Maternal Power in Early Modern England, Cornell University Press, Ithaca, NY, 1995, p. 13, 97.
[54] See G. Geis, Lord Hale, Witches and Rape, in Brian P. Levack (éd.), Witchcraft in England, New York, 225 Garland, 1992, p. 54-7.
[55] See Alan R. Young, Elizabeth Lowys: Witch and Social Victim, 1564, in Brian P. Levack (éd.), Witchcraft in England, p. 79-86.
[56] Ian Bostridge, Witchcraft and its Transformations c. 1650-1950, Clarendon Press, Oxford, 1997, p. 132-4 ; Phyllis J. Guskin, The Context of Witchcraft: The Case of Jane Wenham, in Brian P. Levack (éd.), op. cit, p. 94-117.
[56bis] Pricker, « poinçon, alène », peut aussi être traduit par « poinçonneur » ; en argot, il signifie « enculeur » ; « to prick », « faire une marque ou un trou peu profond avec un instrument pointu » ; quant au substantif, il désigne le pénis en argot. Divers poinçons, dont l’un servait pour la langue, sont reproduits dans Georges Charpak et Henri Broch, Devenez sorciers, devenez savants, Editions Odile Jacob, Paris, 2002, p. 69-70. [N. d. E.]
[56ter] Voir, au sujet de ce, ou plutôt cette Paterson, « qui permit de condamner à tort de nombreuses femmes », S. W. Mcdonald, The Devil’s Mark and the Witch-Prickers of Scotland, JRSM, vol. 90, 1997. Elle fit au moins une émule : “Christian Caddel”. (Elizabeth Ewan; Sue Innes et Sian Reynolds, The biographical dictionary of Scottish women: from the earliest times to 2004, Edinburgh University Press, Edinburg, 2006 ; Louise Yeoman, The woman who became a witch-pricker, BBC News, 18 novembre 2012. [N. d. E.]
[57] W. N. Neill, The Professional Pricker and His Test for Witchcraft, in Brian P. Levack (éd.), Witchcraft in Scotland, p. 278-9.
[58] See Richard von Dülmen, Imagination des Teuflischen, in Richard von Dülmen (éd.), Hexenwelten, Magie und Imagination, Fischer, Francfort, 1987, p. 114.
[59] J. K. Swales et Hugh V. McLachlan, Witchcraft and the Status of Women: A Comment. In British Journal of Sociology, 30 septembre 1979, vol. 30, n° 3 [p. 349-59].
[60] Ruth Martin, Witchcraft and the Inquisition in Venice, 1550-1650, Blackwell, Oxford, 1989, appendice, tableau 1.
[61] Wolfgang Behringer, ‘Erhob sich das ganze Land zu ihrer Ausrottung’… Hexenprozesse und Hexenverfolgungen in Europa, in Richard van Dülmen (éd.), Hexenwelten, Magie, und Imagination, Francfort, 1987, p. 143. Voir aussi Richard van Dülmen, Frauen vor Gericht: Kindsmord in der frühen Neuzeit, Fischer, Francfort, 1990, p. 95.
[62] E. William Monter, Witchcraft in France and Switzerland: The Borderlands During the Reformation, Cornell University Press, Ithaca, NY, 1976, p. 23.
[63] Robert Muchembled, op. cit., p. 176.
[64] Joseph Klaits, Servants of Satan, Bloomington, IN, Indiana University Press, 1985, p. 52; Peter Brown, Sorcery, Demons and the Rise of Christianity from Late Antiquity to the Middle Ages, in Mary Douglas (éd.), Witchcraft Confessions and Accusations, Tavistock, Londres, 1970, p. 17-45.
[65] Hans de Waardt et Willem de Blecourt, It Is No Sin To Put an Evil Person to Death, in Marijke Gijswijt-Hofstra et Willem Frijhoff [éds.], Witchcraft in the Netherlands, p. 69.
[66] Bengst Hennigsen et T. Kervinen, Finland: The Male Domination, in Bengst Ankerloo et Gustav Henningsen (éds.), Early Modern European Witchcraft, Clarendon Press, Oxford, 1990, p. 31-8.
[67] Richard Kiekhefer, European Witch Trials, Routledge, Londres, 1976, p. 100, 147 ; E. William Monter, Witchcraft in France and Switzerland, Cornell University Press, Ithaca, NJ, 1976, p. 26.
[68] Wolfgang Behringer, op. cit., p. 167-8.
[69] Christina, Larner, Witchcraft and Religion: The Politics of Popular Belief, Blackwell, Londres, 1984, p. 28.
[70] Kate Millett, Sexual Politics, Doubleday, Garden City, NJ, 1970 ; Betty Friedan, The Feminine Mystique, Del, New York, 1983 [1re éd/ : 1963], p. 37.
[71] Germaine Greer, The Female Eunuch, New York, McGraw Hill, 1970, p. 302 ; Susan Brownmiller, Against Our Will, Simon & Schuster, New York, 1975, p. 394 ; Andrea Dworkin, Scapegoat: The Jews, Israel and Women’s Liberation, Virago, New York, 2000, p. 30 ; Betty Friedan, Life So Far, Simon & Schuster, New York, 2000, p. 262.
[72] David Schoenbaum, Die Braune Revolution: eine Sozialgeschichte des Dritten Reichs, Kippenheuer & Witsch, Berlin, 1961, p. 426.
[73] Richard Grunberger, The 12-Year Reich: A Social History of the Third Reich, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1971, p. 252.
[74] See Claudia Koonz, Mothers in the Fatherland, St. Martin’s, New York, 1987, p. 6, 17, 405.
[75]See Ann T. Allen, Feminism and Motherhood in Germany, 1800-1914, Rutgers University Press, New Brunswick, NJ, 1991, p. 197, 201, 202.
[76] Christine Wittrock, Weiblichkeits Mythen, Sendler, Francfort, 1984, p. 81-4.
[77] See Richard J. Evans, The Feminist Movement in Germany, 1894-1933, Sage, Londres, 1976, p. 157, 235, 237, 247.
[77bis] Dans le discours qu’il prononça en 1934 à la Conférence de l’Association des Femmes Nationales-Socialistes, il déclara : « le terme de ‘libération de al femme n’est qu’un terme inventé par l’intellect juif et son contenu est caractérisé par le même esprit. Dans les véritables bonnes périodes de l’Allemagne, la femme allemande n’eut jamais à se libérer. » (cité in Brigitte Hamann, Hitler’s Vienna: A Dictator’s Apprenticeship, traduit de l’allemand par Thomas Thornton, Oxford University Press, Oxford, p. 373. [N. d. E.]
[78] Voir Hans Peter Bleuel, Sex and Society in Nazi Germany, Lippincott, Philadelphia, 1973, p. 26-8.
[79] Discours à l’Association des Femmes National-Socialistes (1934), in Max Domarus (éd.), Hitler, Reden und Proklamationen 1932-1945, Löwit, Würzburg, 1963-4, vol. 1, p. 449.
[80] Henry Picker (éd.), Hitlers Tischgespräche, Goldmann, Stuttgart, 1963, p. 11, entrée du 4 janvier 1942.
[81] Adolf Hitler, Mein Kampf, Jaico, Mumbai, 1988 [1924-6], p. 411.
[82] Herman Rauschning, The Voice of Destruction, Putnam, New York, 1940, p. 265.
[82bis] Autant l’auteur soumet avec succès la question du gynécée dans la Grèce antique et celle de la chasse aux sorcières à la « Renaissance » à une critique révisionniste fondée sur des sources primaires mises sous le boisseau par l’historiographie académique, autant son traitement de la question du vote des femmes dans les années 1920 et au début des années 1930 n’a rien que de très conventionnel et même de passablement superficiel, se faisant l’écho, comme bon nombre d’études de vulgarisation sur le sujet, de l’affirmation, faite par Rauschning en 1939 dans son roman « Gespräche mit Hitler » (« Hitler m’a dit »), selon laquelle « c’est le vote des femmes qui a permis el triomphe d’Hitler » (cité in Richard J. Evans, German Women and the Triumph of Hitler. In The Journal of Modern History, vol. 48, n° 1, On Demand Supplement, mars 1976 [p. 123-175], p.123), déclaration qui est à l’origine de la diffusion dans les décennies suivantes d’une part de la croyance que le vote des femmes en faveur d’Hitler s’expliquait par leur soi-disant irrationalisme inné et d’autre part d’une interprétation freudienne de la soi-disant attraction irrésistible qu’Hitler aurait exercée sur les femmes (« Il faut, écrit Rauschning dans son célèbre roman, avoir vu d’en haut, de la tribune des orateurs, les yeux humides, roulants et voilés des auditrices [d’Hitler] pour ne plus douter du caractère de cet enthousiasme » ; ce qui inspira plus tard à l’historien Joachim Fest (The Face Of The Third Reich, Harmondsworth, 1972, p. 401) cette sortie grotesque : « Le ‘rôle de l’érotisme dans la propagande de masse moderne’ a rarement été mieux documenté. » « Mais, avait-il déclaré avant de citer Rauschning, le ton surexcité, nettement hystérique, qui s’est rapidement répandu dans toutes les directions, est né en premier lieu de l’émotivité excessive d’un type particulier de femme âgée qui cherchait à dynamiser ses impulsions insatisfaites dans le tumulte des manifestations politiques nocturnes, devant la figure extatique d’Hitler » (8). Richard Grunberger (A Social History of the Third Reich, Harmondsworth, 1974, p. 117) n’est pas en reste qui, projetant lui aussi ses fantasmes troubles sur Hitler, assène : « Le personnage de moine d’Hitler a engendré une grande hystérie sexuelle chez les femmes du Troisième Reich, notamment chez les célibataires, qui ont transformé leurs désirs refoulés en ‘adoration larmoyante. »
Pour la trancher, cette question, il suffisait pourtant de s’intéresser aux statistiques de ce vote, comme l’a fait l’historienne Dorothee Klinksiek au début des années 1980. Sa conclusion, qu’elle a rendue dans Die Frau im NS-Staat (Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1982), est sans appel : « La thèse bien connue selon laquelle seules les femmes ont rendu possible la victoire électorale d’Hitler doit […] être rejetée comme fausse sur la base des statistiques électorales. » (des statistiques électorales complètes et non des statistiques électorales de certaines villes et de certaines régions, dont se sert Helen L. Boak [‘Our Last Hope’; Women’s Votes for Hitler: A Reappraisal. In German Studies Review, vol. 12, n° 2, mai 1989 [p. 289-310], p. 303] pour prouver « qu’il n’est plus possible de continuer à soutenir qu’Hitler et son parti n’attirèrent pas les femmes et que le NSDAP ne bénéficia guère du vote féminin »). « Il y a un accord général sur six points majeurs concernant le comportement électoral des femmes après leur émancipation en 1918. Premièrement, bien que les électrices aient été majoritaires, leur influence a été modifiée par leur tendance à voter en plus petit nombre que les hommes. Deuxièmement, les femmes ont voté beaucoup plus que les hommes pour les partis cléricaux/conservateurs, surtout pour les partis cléricaux. Le Parti du Centre Catholique et son partenaire, le Parti Populaire Bavarois (BVP), en ont particulièrement profité, bien que le Parti Nationaliste (DNVP) et les groupes d’intérêt explicitement évangéliques en aient également bénéficié dans les régions protestantes. Troisièmement, le soutien des femmes aux partis de gauche a été moindre. Les Sociaux-Démocrates (SPD) ont cependant gagné des électrices, de sorte que, à la fin des années 1920, ils obtenaient presque autant de votes féminins que de votes masculins. Le Parti Communiste (KPD) ne réussit pas à attirer un nombre important de femmes. Quatrièmement, jusqu’en 1930 au moins, le soutien des femmes au NSDAP était très limité (tout en étant plus important que celui qu’elles apportaient au KPD). Par la suite, on a assisté à une forte augmentation du vote des hommes et des femmes en faveur du NSDAP, même s’il n’est que dans quelques régions qu’il a obtenu la moitié des votes des femmes. Quoi qu’on ait put dire sur ‘le triomphe d’Hitler grâce au vote des femmes’, il est clair que les chances d’Hitler d’être élu auraient été encore plus grandes sans le suffrage féminin. Cinquièmement, les élections présidentielles de 1932 contribuent à confirmer ce point : la majorité des femmes ont soutenu Hindenburg. Si seul le vote des femmes avait compté, Hitler n’aurait pas atteint le second tour. Enfin, les femmes mariées ont voté en très grande majorité de la même manière que leur mari, tandis que les filles, les sœurs avaient souvent tendance à voter de la même manière que le chef de famille […] Il est probable que 6.5 millions de femmes allemandes votèrent pour le NSDAP en juillet 1932 et 5.5 millions en novembre 1932, dont beaucoup, sans doute, à cause de l’influence d’un mari ou d’un chef de famille » (Jill Stephenson, National Socialism and Women before 1933, in Peter D. Stachura, The Nazi Machtergreifung (RLE Nazi Germany & Holocaust, Routledge Library Editions,2014 (1re éd. : 1983), p.35-8 ; voir aussi Wendy Lower, Hitler’s Furies: German Women in the Nazi Killing Fields. Houghton Mifflin Harcourt, Boston, p. 213, note 20, 2013 ; Richard F. Hamilton, Who voted for Hitler?, Princeton University Press, 1982). [N. d. E.]
[83] Cité in Otto Strasser, Hitler and I, Cape, Londres, 1940, p. 78.
[84] Claudia Koonz, op. cit., p. xxiii-xxv.
[85] Grit Philipp, Kalendarium der Ereignisse im Frauen-Konzentrationslager Ravensbrück, 1939-1945, Metropol, Berlin, 1999, p. 103, 107, 150, 180. 226.
[86] Reimer Voss, Steuern im Dritten Reich: vom Recht zum Unrecht unter der Herrschaft des Nationalsozialismus, Beck, Munich, 1995, p. 80.
[87] Claudia Koonz, op. cit., p. 278.
[88] Voir Dörte Winkler, Frauenarbeit im Dritten Reich, Hoffman und Campe, Hambourg, 1977, p. 187.
[89] Clifford Kirkpatrick, Nazi Germany: Its Women and Its Family Life, Bobbs-Merrill, New York, 1938, p. 207 ; Hilde Browing, Women under Fascism and Communism, Lawrence, Londres, 1943, p. 9.
[90] Gertrude Bäumer, Des Lebens wie der Liebe Band, Wunderlich, Tübingen, 1956, p. 135.
[91] Dörte Winkler, Frauenarbeit im ‘Dritten Reich’, Hoffmann und Campe, 1977, p. 49-50.
[92] Voir Charlotte Grätz-Menzel, Über die rassenideologische Wirkung der akademischen Frauenberufe mit besonderer Berücksichtigung der Ärztinnen und Zahnärztinnen, Archiv für Rassen- and Gesellschaftsbiologie, n° 27, 1933, p. 143, tableau 10.
[93] Astrid Dageförde, Frauen an der Hamburger Universität 1933 bis 1945: Emanzipation oder Repression?, in Eckart Krause (éd.)., Hochschulalltag im ‘Dritten Reich’, Reimer, Berlin, 1991, p. 256-7.
[94] James C. Albisetti, Schooling German Girls and Women: Secondary and Higher Education in the Nineteenth Century, Princeton University Press, Princeton, NJ, 1988, p. 222-3.
[95] Hans R. Bleuel, Sex and Society in Nazi Germany, Bantam, New York, 1973, p. 67.
[96] Jacques R. Pauwels, Women, Nazis and Universities, Westport, CT, Greenwood, 1984, p. 101-5 ; voir aussi Michael H. Kater, Doctors Under Hitler, University of North Carolina Press, Chapel Hill, NC, 1989, p. 99.
[97] Claudia Koonz, op. cit., p. 45.
[98] Joseph Goebbels, Vom Kaiserhof zur Reichskanzlei, Zentralverlag der NDSAP, Munich, 1939, p 72.
[99] Discours (1932), cité in Werner Siebert, Hitlers Wollen, nach Kernsätzen aus seinen Schriften und Reden, Zentralverlag der NSDAP, Franz Eher Nachf. GmbH, Munich, 1937, p. 105.
[100] Statistisches Jahrbuch des Deutschen Reiches, 1935, Berlin, 1935, p. 474.
[101] Renate Bridenthal, Something Old, Something New: Women between the Two World Wars, in Bridenthal et Claudia Koonz (éds.), Becoming Visible, p. 426, tableau 18-1.
[102] Dörte Winkler, op; cit., p. 55, 64-5 ; Hans R. Bleuel, Sex and Society in Nazi Germany, Bantam, 1973, New York, p. 63.
[102bis] En réalité, les relations entre le national-socialisme et la femme professionnelle ne furent pas aussi idylliques que ne le laisse penser le tableau qu’en brosse ici l’auteur. En effet, l’augmentation sensible du nombre de femmes dans les métiers de col blanc est un héritage de Weimar et ne saurait donc être imputé au seul Troisième Reich (Marie-Bénédicte Vincent, White-Collar Workers in the Weimar Republic: Historians and Hans Fallada’s Bestseller, ‘Little Man, What Now?’, Université d’Angers, Centre de Recherches Historiques de l’Ouest (CERHIO, CNRS, 1932, Angers). Entre 1907 et 1933, le nombre d’employées de bureau et de fonctionnaires féminins augmenta de 248,9%, tandis que le nombre d’employés de bureau et de fonctionnaires masculins n’augmenta « que » de 43% ; en fait, le nombre d’employées de bureau et de fonctionnaires féminins augmenta plus rapidement que la main d’œuvre féminine dans son ensemble ; il s’agissait de secrétaires, de téléphonistes, de vendeuses, d’infirmières, de techniciennes, etc. ; en 1925, les femmes représentaient 51, 6% des membres du « corps enseignant » (Helen Boak, Women in Weimar Germany: the ‘’Frauenfrage’ and the female vote, in Richard Bessel et E. J. Feuchtwanger (éds.), Social Change and Political Development in Weimar Germany, Croom Helm, Londres, 1981, p. 188-9). De même, les femmes n’avaient pas attendu le Troisième Reich pour s’infiltrer dans les études dites supérieures. Leur nombre augmenta dans les universités de 3368 (5.6%) à l’été 1913 à 7182 (10%) à l’été 1918 (qui a dit que la guerre ne profite pas aux femmes ?), à 19394 (18.7%) à l’été 1931 (Jill Stephenson, Women and the Professions in Germany, 1900-1945, in Geoffrey Cocks et Konrad H. Jarausch, German Professions, 1800-1950, Oxford University Press, New York et Oxford, 1990, p. 277). Hitler ayant commis l’erreur de ne pas faire le ménage dans la haute fonction publique, les mauvaises habitudes prises sous et même, pour certaines, avant Weimar perdurèrent et s’accentuèrent. [N. d. E.]
[103] Richard J. Evans, The Feminist Movement In Germany, p. 263.
[104] Dörte Winkler, Frauenarbeit im Dritten Reich, p. 74.
[105] Voir ibid., p. 110-9.
[106] Hans Peter Bleuel, op. cit., p. 155.
[107] Dörte Winkler, op. cit., p. 123.
[108] Leila J. Rupp, Mobilizing Women for War: German and American Propaganda, 1939-1945, Princeton University Press, Princeton, NJ, 1978, p. 171.
[108bis] Reformulons : « Comment les femmes allemandes virent-elles les mesures du régime national-socialiste que l’auteur juge criminelles ? » [N. d. E.]
[109] Claudia Koonz, op. cit., p. 161, 246.
[110] Franz Weiss, « Die Personelle Zusammensetzung der Führungskräfte der Wiener Gestapoleitstelle zwischen 1938 und 1945. In Zeitgeschichte, vol. 20, n° 7-8, 1993, p. 247.
[111] Grit Philipp, op. cit., p. 101, 122, 123.
[112] Claudia Koonz, op. cit., p. 404-5.
[112bis] En 1952, alors que, ayant bénéficié d’une libération anticipée de Landsberg où elle purgeait une peine de vingt ans de prison commuée en dix de après avoir été « jugée coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité » par le tribunal de l’Inquisition judéo-alliée, elle exerçait de nouveau, le Dr. Herta Oberheuser (1911-1978) déclara avoir été victime d’une conspiration de communistes et d’anciens prisonniers du camp de concentration de Ravensbrück (https://individual.utoronto.ca/jarekg/Ravensbruck/Regainedfaith.pdf). L’historienne allemande Gisela Bock, dans sa critique du livre de Koonz parue en 1989 dans la revue d’histoire Geschichte und Gesellschat, accusa sa collègue états-uniene d’avoir écrit un livre tendancieux, « à la valeur historique nulle » (Atina Grossmann, La question des femmes et du nazisme au cœur du féminisme, Liliane Kandel (sous la dir.), Féminismes et Nazisme, Editions Odile Jacob, Paris, 2004, p. 214. [N. d. E.]
[113] Michael H. Kater, op. cit., p. 110.
[113bis] Il sied de préciser que de telles accusations furent portées au lendemain de la guerre par des détenus dont le témoignage n’a jamais pu être confirmé par des preuves matérielles. En ce qui concerne Dachau, le principal témoin oculaire est un certain Walter Neff qui y travaillait comme assistant du Dr. Sigmund Rascher. D’après Neff, des expériences médicales furent menées sur 180 à 200 prisonniers, dont dix étaient volontaires, tandis que la plupart des autres, à l’exception d’une quarantaine, avaient été condamnés à mort par la Gestapo (John Cobden, Lessons from Dachau Book Review. In IHR, vol. 9, n° 4, 1989). Au sujet du fameux Dr. Mengele, l’essentiel des informations dont nous disposons sur sa pratique médicale à Auschwitz provient d’un livre publié en 1947 par le médecin légiste juif Miklós Nyiszli qui a prétendu avoir été son assistant dans ce camp de concentration. Or, il est fort intéressant que l’ouvrage, qui avait d’abord été publié dans le journal hongrois Vilag, y ait été présenté comme une fiction historique (Charles D. Provan, New Light on Dr. Miklos Nyiszli and His Auschwitz Book. In IHR, vol. 20, no. 1). Carlos Mattogno a soumis les différents écrits de Nyiszli à un examen critique approfondi dans An Auschwitz Doctor’s Eyewitness Account—The Tall Tales of Dr. Mengele’s Assistant Analyzed (Castle Hill Publishers, Uckfield, 2018). Sa conclusion est formelle : « Nyiszli était soit un extraordinaire imposteur, soit un fou ; il n’y a pas moyen d’échapper à ce dilemme. Et les deux cornes de ce dilemme – le mensonge éhonté ou la folie – disqualifient Nyiszli et détruisent complètement sa crédibilité. » [N. d. E.]
[113ter] C’est faire peu de cas des celles, nombreuses, qui entrèrent en résistance contre le national-socialisme (voir Zurn et Meyer, Women Against Hitler et Hanna Elling, Frauen im deutschen Widerstand, 1933-45, Röderberg-Verlag, Cologne, 1978). « On a beaucoup écrit sur la résistance des Eglises, et en particulier des Eglises catholiques, au Troisième Reich. Mais on a rarement fait remarquer que cette résistance se serait effondrée du jour au lendemain si elle n’avait pas été solidement soutenue par la masse des femmes catholiques » (ibid., p. 159), résistance qui, dès le début de la guerre” devint « plus générale et se débrida » (ibid.). « La résistance des femmes au nazisme était en général plus directe, plus violente et plus répandue que la résistance masculine » (ibid., p. 158), particulièrement dans les milieux catholiques et protestants. Le 11 octobre 1943, des émeutes éclatèrent dans plusieurs villes de la Ruhr : les femmes des mineurs y furent en première ligne. A Witten, trois cents femmes manifestèrent avec une telle violence que les autorités furent forcées de donner l’ordre à la police de les disperser ; la police refusa de l’exécuter, sous prétexte que la cause de ces femmes leur paraissait juste. Ce qui donna lieu aux manifestations du 11 octobre 1943, ce fut le refus des autorités de distribuer aux femmes concernées des tickets de rationnement, au motif qu’elles étaient revenus sans autorisation chez elles des régions où elles avaient été évacuées suite à des raids de bombardement alliés de grande ampleur. La résistance des femmes aux ordres d’évacuation semble avoir été relativement généralisée. Elles n’avaient que peu ou pas d’intérêt pour le déroulement de la guerre et ne s’en cachaient pas. Dans les classes moyennes, de nombreuses femmes se retirèrent dans les établissements thermaux, se désengageant ainsi totalement de la vie nationale. Dans les usines, les femmes, particulièrement les femmes mariées […] avaient de plus en plus tendance à mal faire leur travail, à ne pas respecter les règles, à ne pas se rendre au travail et à être généralement considérées comme moins fiables et plus indisciplinées que les hommes. Mais, alors que les autorités punissaient sévèrement les ouvriers qui enfreignaient les règles, les ouvrières s’en tiraient à bon compte » (ibid., p. 160). [N. d. E.]
[113quater] Il serait plus exact de dire que les dirigeantes féministes, du moins certaines d’entre elles, dont Baümer, se rangèrent aux objectifs des dirigeants nationaux-socialiste, comme il ressort du reste de ce que l’auteur indique lui-même plus haut sur cette dernière. Il ne surprendra personne que les dirigeants nationaux-socialistes rejetaient résolument la philosophie féministe (Evans, The Feminist Movement in Germany, 1894-1944, Londres, 1976, p. 247-8). [N. d. E.]

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